Comment Roosevelt s’est invité dans la campagne pour les présidentielles 2012.
Lundi 9 Avril 2012. Bertrand Rothé - Marianne
De François Hollande à Nicolas Sarkozy, en passant par Arnaud Montebourg, tous en appellent au père du New Deal américain. On le cite, on s’en inspire, on tente même d’enfiler son costume.
Qu’est-ce qu’ils ont tous avec Roosevelt ? Nicolas Sarkozy est allé puiser chez le père du New Deal pour son discours de Villepinte, invoquant le Buy American Act, afin de réclamer des règles du jeu équitable entre les entreprises européennes et le reste du monde. Le démographe Emmanuel Todd voit en François Hollande une sorte de Roosevelt français. Jean-Marc Ayrault, conseiller spécial de M. Hollande, défend son champion et son idée de taxer fortement les plus riches en invoquant aussi le président américain : « Roosevelt a frappé fort, il a demandé un effort à tout son pays » et « Nous, nous demandons un effort à tous les Français pour redresser la France ». Un collectif s’est même créé, « Roosevelt 2012 », regoupant à la fois Stéphane Hessel, Michel Rocard ou Patrice Peloux, réclamant 15 réformes pour sauver la donne. Les éditorialistes s’y mettent aussi. Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, se demande également si le candidat du PS ne pourrait pas être « notre futur Roosevelt ».
Comment expliquer un tel engouement ? Ce n’est pourtant pas le nouveau programme d’histoire en classe de première qui surexpose Roosevelt. Le New Deal, politique interventionniste mise en place entre 1933 et 1938 pour contrecarrer les effets de la Grande Dépression, a pratiquement disparu de l’analyse de la crise de 1929. Chez Hachette, par exemple, Roosevelt s’est volatilisé des cours. Il doit se contenter d’une petite note biographique en page 362. Il ne faudrait pas donner de mauvaises idées aux lycéens ! Jusqu’à l’année dernière, les manuels consacraient une double page aux conséquences de la crise. La relance de type New Deal gagnait par KO contre les politiques déflationnistes, et les conséquences désastreuses du retour à l’équilibre budgétaire étaient instantanément perceptibles.
Alors d’où vient cette hypermédiatisation inédite de Roosevelt par les élites ? Chassé des manuels d’histoire, le président du New Deal est entré avec force par la petite porte de la primaire. Tout commence en effet en 2008 lorsque certains commentateurs économiques comparent la crise des subprimes à celle de 1929. Il y a urgence. Le système financier est proche de la crise d’apoplexie. Les Etats et les banques centrales injectent des milliards pour sauver le système. Un week-end d’octobre 2008, l’Europe met sur la table 1 700 milliards de dollars. « Trente-huit années de déficit de l’assurance maladie », sourit le Parisien. Les politiques ont peur de la réaction des populations. Il n’y avait pas un centime pour financer les retraites, les hôpitaux fermaient parce que les caisses de la protection sociale étaient vides, seulement un fonctionnaire sur deux qui partait à la retraite allait être remplacé, et d’un seul coup l’argent coulait à flots pour sauver les banques.
Les actionnaires du système financier, les employés des salles de marché devraient brûler un cierge au journaliste qui a eu l’idée d’introduire la comparaison avec la mère de toutes les crises. Bingo ! L’idée fonctionne au-delà de toute espérance. Les conséquences violentes de la crise des années 30 peuplent encore largement notre inconscient collectif. Les plus ignorants en histoire connaissent Hitler et le destin malheureux de la démocratie allemande. Certains gardent en mémoire l’iconographie des manuels d’histoire, et notamment ces longues queues devant les soupes populaires à New York. Les plus cultivés ont même suivi la famille Joad sur la route des Raisins de la colère, le roman de Steinbeck (1939). Les livres de photos de Dorothea Lange sont un élément du statut culturel des bobos : l’esthétique si dérangeante des enfants de fermiers américains souffrant de la faim hante couramment leurs étagères.
Dans ces conditions comment ne pas trembler ? L’anesthésie est générale. Des milliers de milliards de dollars sont injectés dans l’économie, sans que personne réagisse. Le système financier est sauvé. L’histoire aurait dû se terminer là, mais les médias et les hommes politiques ont bien compris ce qu’ils pouvaient tirer de cette analogie. Pour introduire une nouvelle idée, il est toujours intéressant de raviver une peur : créer une tension est le moyen le plus efficace d’accrocher l’attention.
La méthode commence alors à échapper à ses instigateurs. Elle avait été conçue pour protéger les banques et les traders, elle va entrer en résonance avec la hantise de la régression sociale. La faute en revient à un livre de l’économiste américain Paul Krugman qui propose, après une analyse poussée, un programme politique aux démocrates américains. A priori on est très loin de la France, sauf que L’Amérique que nous voulons va interroger les Français sur la situation de leur pays. Paul Krugman estime que la société de 2010 ressemble énormément à celle de 1929. Il explique avec moult références universitaires que le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail privilégie largement les actionnaires. Les exigences des 15 % de retour sur investissement ont laminé les revenus du travail. Les différences de revenus ont accentué le phénomène. « Les PDG des 102 très grandes sociétés, en 1970… étaient payés en moyenne 40 fois ce que gagnait à l’époque l’actif moyen… Au début des années 2000, en revanche, la rémunération moyenne des PDG dépassait 367 fois celle du salarié moyen », comme en 1929. Il analyse ensuite les évolutions de l’imposition. « Le taux le plus élevé d’imposition du revenu (qui de nos jours est de 35 % seulement), qui était monté jusqu’à 63 % sous le premier mandat Roosevelt et jusqu’à 79 % sous le second, au milieu des années 50… atteint 91 %. » Sa conclusion est sans appel : « Aujourd’hui, l’inégalité des revenus est aussi forte que dans les années 20. » Et il en appelle à un nouveau New Deal.
Le livre sort à l’automne 2008, au moment où la crise occupe tous les médias. Il ne fait pas un tabac. Mais l’académie Nobel va allonger sa durée de vie en librairies. En octobre, elle remet en effet son prix à Paul Krugman et permet à ses thèses de dépasser largement le cercle des seuls amateurs d’économie. Sur ce terreau fertile, en 2011, trois économistes vont révéler que la situation n’est pas meilleure en France. Pour une révolution fiscale, de Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez (Seuil), nous apprend que l’impôt n’est plus du tout progressif en France. Les classes populaires, entre 1 100 et 2 200 euros de revenu brut mensuel individuel, payent entre 40 et 46 % de leur revenu en impôt, tous prélèvements confondus. A l’opposé du spectre, ceux qui ont des revenus bruts supérieurs à 14 000 euros par mois payent en valeur relative moins d’impôts que les plus fragiles de nos citoyens. Les très riches peuvent remercier Rocard, DSK, Fabius, Villepin et Sarkozy, de niches fiscales en baisses d’impôt les riches ne sont plus étranglés par l’imposition. Nos trois économistes proposent une réforme, un impôt progressif de six tranches, qui remplacerait tous les prélèvements. Tout le monde paierait l’impôt, les plus pauvres à hauteur de 2 % de leurs revenus, tandis que les plus riches en seraient de leur poche à 60 %. Adieu, les tranches et tous les systèmes complexes, l’impôt deviendrait transparent.
Le succès du livre est immédiat. La thèse sera largement médiatisée et va notamment susciter une critique sévère d’Elie Cohen et de Philippe Aghion, professeur à l’université d’Harvard. Dans une tribune du Monde, ces deux conseillers de François Hollande vont attaquer la proposition avec toutes les litotes habituelles de la contre-révolution libérale. « Un tel système peut décourager l’innovation et la croissance. » Ces « prélèvements deviennent » quoi ? « Rapidement confiscatoires ». Une telle fiscalité va empêcher « l’entrée sur notre sol d’entrepreneurs innovants », et elle « encourage la fuite des cerveaux ». Cette critique fera pourtant beaucoup de bien à la thèse du trio. Les ventes s’envolent, très rapidement ils dépassent 20 000 puis 30 000 exemplaires. Les internautes viennent visiter le site Internet. Nous serions donc revenus à la situation de 1929. Reste à trouver des idées et un héros pour nous sortir d’affaires, en deux mots un New Deal et un Roosevelt.
Arnaud Montebourg sera le deuxième artificier de l’« affaire Roosevelt ». Candidat à la primaire, il est le premier membre d’un parti de gouvernement à proposer un nouveau système, une nouvelle donne, en anglais un new deal. Alors que beaucoup de Français cherchent des alternatives au libéralisme, il veut sortir de la mondialisation. Il emprunte le concept de démondialisation à Bernard Cassen, ancien patron du Monde diplomatique, et c’est parti. Il ose parler de protectionnisme, de production nationale, de réindustrialisation. Le débat est porté par des hétérodoxes. Emmanuel Todd y croise l’économiste et philosophe Frédéric Lordon. Derrière ces voltigeurs, aucune institution, aucun groupe constitué. Rien ou si peu. Contre toute attente, la greffe va prendre. La preuve, les réactions vont être très vives. Une fois encore, le Monde y va à la pioche. Le 30 juin, le journal titre « Absurde démondialisation » ; comme si cela ne suffisait pas, le 1er juillet il remet le couvert, « La démondialisation est un concept réactionnaire ». Même Attac va se mobiliser. Ainsi les altermondialistes historiques « s’inquièt[ent] de la fortune rencontrée par la démondialisation ». On croit rêver. Arnaud Montebourg réagit frontalement et cite le président américain. Ainsi, lorsque le Journal du dimanche essaie de le positionner comme le plus à gauche de la primaire, il réagit : « Je récuse cette idée-là ! Je suis plus à droite que Franklin Roosevelt en 1933… Lui était un gauchiste à côté de moi ! »
Ses idées plaisent. Alors que les instituts de sondage lui promettaient entre 5 et 13 % des intentions de vote, Arnaud Montebourg termine troisième du premier tour de la primaire, avec plus de 17 % des voix. L’idée d’un New Deal séduit les Français. Aiguillonnés par ce virulent outsider, les deux ténors de la présidentielle sentent que le vent a tourné. Ils doivent réagir, eux aussi, mais leur besace est vide, et ils se prennent les pieds dans la doxa. Leur formation, leur allégeance au libéralisme ne les ont pas préparés à ce grand virage. Quand François Hollande propose de taxer à 75 % les plus riches, il n’a même pas prévenu Jérôme Cahuzac, le « M. Budget » du PS. Interrogé sur une chaîne de télévision, celui-ci croit d’abord à un canular. Même chose lorsque Nicolas Sarkozy propose le « Buy European Act ». Le lendemain, il affirme lui-même que « le protectionnisme est une très mauvaise chose ». Mais comment leur en vouloir ? Nos deux candidats s’apprêtaient à faire aux Français la pédagogie de l’équilibre budgétaire et ils n’ont aucune alternative radicale à proposer. Faute de New Deal, ils tentent de s’habiller en Roosevelt.
Comment expliquer un tel engouement ? Ce n’est pourtant pas le nouveau programme d’histoire en classe de première qui surexpose Roosevelt. Le New Deal, politique interventionniste mise en place entre 1933 et 1938 pour contrecarrer les effets de la Grande Dépression, a pratiquement disparu de l’analyse de la crise de 1929. Chez Hachette, par exemple, Roosevelt s’est volatilisé des cours. Il doit se contenter d’une petite note biographique en page 362. Il ne faudrait pas donner de mauvaises idées aux lycéens ! Jusqu’à l’année dernière, les manuels consacraient une double page aux conséquences de la crise. La relance de type New Deal gagnait par KO contre les politiques déflationnistes, et les conséquences désastreuses du retour à l’équilibre budgétaire étaient instantanément perceptibles.
Alors d’où vient cette hypermédiatisation inédite de Roosevelt par les élites ? Chassé des manuels d’histoire, le président du New Deal est entré avec force par la petite porte de la primaire. Tout commence en effet en 2008 lorsque certains commentateurs économiques comparent la crise des subprimes à celle de 1929. Il y a urgence. Le système financier est proche de la crise d’apoplexie. Les Etats et les banques centrales injectent des milliards pour sauver le système. Un week-end d’octobre 2008, l’Europe met sur la table 1 700 milliards de dollars. « Trente-huit années de déficit de l’assurance maladie », sourit le Parisien. Les politiques ont peur de la réaction des populations. Il n’y avait pas un centime pour financer les retraites, les hôpitaux fermaient parce que les caisses de la protection sociale étaient vides, seulement un fonctionnaire sur deux qui partait à la retraite allait être remplacé, et d’un seul coup l’argent coulait à flots pour sauver les banques.
Les actionnaires du système financier, les employés des salles de marché devraient brûler un cierge au journaliste qui a eu l’idée d’introduire la comparaison avec la mère de toutes les crises. Bingo ! L’idée fonctionne au-delà de toute espérance. Les conséquences violentes de la crise des années 30 peuplent encore largement notre inconscient collectif. Les plus ignorants en histoire connaissent Hitler et le destin malheureux de la démocratie allemande. Certains gardent en mémoire l’iconographie des manuels d’histoire, et notamment ces longues queues devant les soupes populaires à New York. Les plus cultivés ont même suivi la famille Joad sur la route des Raisins de la colère, le roman de Steinbeck (1939). Les livres de photos de Dorothea Lange sont un élément du statut culturel des bobos : l’esthétique si dérangeante des enfants de fermiers américains souffrant de la faim hante couramment leurs étagères.
Dans ces conditions comment ne pas trembler ? L’anesthésie est générale. Des milliers de milliards de dollars sont injectés dans l’économie, sans que personne réagisse. Le système financier est sauvé. L’histoire aurait dû se terminer là, mais les médias et les hommes politiques ont bien compris ce qu’ils pouvaient tirer de cette analogie. Pour introduire une nouvelle idée, il est toujours intéressant de raviver une peur : créer une tension est le moyen le plus efficace d’accrocher l’attention.
La méthode commence alors à échapper à ses instigateurs. Elle avait été conçue pour protéger les banques et les traders, elle va entrer en résonance avec la hantise de la régression sociale. La faute en revient à un livre de l’économiste américain Paul Krugman qui propose, après une analyse poussée, un programme politique aux démocrates américains. A priori on est très loin de la France, sauf que L’Amérique que nous voulons va interroger les Français sur la situation de leur pays. Paul Krugman estime que la société de 2010 ressemble énormément à celle de 1929. Il explique avec moult références universitaires que le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail privilégie largement les actionnaires. Les exigences des 15 % de retour sur investissement ont laminé les revenus du travail. Les différences de revenus ont accentué le phénomène. « Les PDG des 102 très grandes sociétés, en 1970… étaient payés en moyenne 40 fois ce que gagnait à l’époque l’actif moyen… Au début des années 2000, en revanche, la rémunération moyenne des PDG dépassait 367 fois celle du salarié moyen », comme en 1929. Il analyse ensuite les évolutions de l’imposition. « Le taux le plus élevé d’imposition du revenu (qui de nos jours est de 35 % seulement), qui était monté jusqu’à 63 % sous le premier mandat Roosevelt et jusqu’à 79 % sous le second, au milieu des années 50… atteint 91 %. » Sa conclusion est sans appel : « Aujourd’hui, l’inégalité des revenus est aussi forte que dans les années 20. » Et il en appelle à un nouveau New Deal.
Le livre sort à l’automne 2008, au moment où la crise occupe tous les médias. Il ne fait pas un tabac. Mais l’académie Nobel va allonger sa durée de vie en librairies. En octobre, elle remet en effet son prix à Paul Krugman et permet à ses thèses de dépasser largement le cercle des seuls amateurs d’économie. Sur ce terreau fertile, en 2011, trois économistes vont révéler que la situation n’est pas meilleure en France. Pour une révolution fiscale, de Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez (Seuil), nous apprend que l’impôt n’est plus du tout progressif en France. Les classes populaires, entre 1 100 et 2 200 euros de revenu brut mensuel individuel, payent entre 40 et 46 % de leur revenu en impôt, tous prélèvements confondus. A l’opposé du spectre, ceux qui ont des revenus bruts supérieurs à 14 000 euros par mois payent en valeur relative moins d’impôts que les plus fragiles de nos citoyens. Les très riches peuvent remercier Rocard, DSK, Fabius, Villepin et Sarkozy, de niches fiscales en baisses d’impôt les riches ne sont plus étranglés par l’imposition. Nos trois économistes proposent une réforme, un impôt progressif de six tranches, qui remplacerait tous les prélèvements. Tout le monde paierait l’impôt, les plus pauvres à hauteur de 2 % de leurs revenus, tandis que les plus riches en seraient de leur poche à 60 %. Adieu, les tranches et tous les systèmes complexes, l’impôt deviendrait transparent.
Le succès du livre est immédiat. La thèse sera largement médiatisée et va notamment susciter une critique sévère d’Elie Cohen et de Philippe Aghion, professeur à l’université d’Harvard. Dans une tribune du Monde, ces deux conseillers de François Hollande vont attaquer la proposition avec toutes les litotes habituelles de la contre-révolution libérale. « Un tel système peut décourager l’innovation et la croissance. » Ces « prélèvements deviennent » quoi ? « Rapidement confiscatoires ». Une telle fiscalité va empêcher « l’entrée sur notre sol d’entrepreneurs innovants », et elle « encourage la fuite des cerveaux ». Cette critique fera pourtant beaucoup de bien à la thèse du trio. Les ventes s’envolent, très rapidement ils dépassent 20 000 puis 30 000 exemplaires. Les internautes viennent visiter le site Internet. Nous serions donc revenus à la situation de 1929. Reste à trouver des idées et un héros pour nous sortir d’affaires, en deux mots un New Deal et un Roosevelt.
Arnaud Montebourg sera le deuxième artificier de l’« affaire Roosevelt ». Candidat à la primaire, il est le premier membre d’un parti de gouvernement à proposer un nouveau système, une nouvelle donne, en anglais un new deal. Alors que beaucoup de Français cherchent des alternatives au libéralisme, il veut sortir de la mondialisation. Il emprunte le concept de démondialisation à Bernard Cassen, ancien patron du Monde diplomatique, et c’est parti. Il ose parler de protectionnisme, de production nationale, de réindustrialisation. Le débat est porté par des hétérodoxes. Emmanuel Todd y croise l’économiste et philosophe Frédéric Lordon. Derrière ces voltigeurs, aucune institution, aucun groupe constitué. Rien ou si peu. Contre toute attente, la greffe va prendre. La preuve, les réactions vont être très vives. Une fois encore, le Monde y va à la pioche. Le 30 juin, le journal titre « Absurde démondialisation » ; comme si cela ne suffisait pas, le 1er juillet il remet le couvert, « La démondialisation est un concept réactionnaire ». Même Attac va se mobiliser. Ainsi les altermondialistes historiques « s’inquièt[ent] de la fortune rencontrée par la démondialisation ». On croit rêver. Arnaud Montebourg réagit frontalement et cite le président américain. Ainsi, lorsque le Journal du dimanche essaie de le positionner comme le plus à gauche de la primaire, il réagit : « Je récuse cette idée-là ! Je suis plus à droite que Franklin Roosevelt en 1933… Lui était un gauchiste à côté de moi ! »
Ses idées plaisent. Alors que les instituts de sondage lui promettaient entre 5 et 13 % des intentions de vote, Arnaud Montebourg termine troisième du premier tour de la primaire, avec plus de 17 % des voix. L’idée d’un New Deal séduit les Français. Aiguillonnés par ce virulent outsider, les deux ténors de la présidentielle sentent que le vent a tourné. Ils doivent réagir, eux aussi, mais leur besace est vide, et ils se prennent les pieds dans la doxa. Leur formation, leur allégeance au libéralisme ne les ont pas préparés à ce grand virage. Quand François Hollande propose de taxer à 75 % les plus riches, il n’a même pas prévenu Jérôme Cahuzac, le « M. Budget » du PS. Interrogé sur une chaîne de télévision, celui-ci croit d’abord à un canular. Même chose lorsque Nicolas Sarkozy propose le « Buy European Act ». Le lendemain, il affirme lui-même que « le protectionnisme est une très mauvaise chose ». Mais comment leur en vouloir ? Nos deux candidats s’apprêtaient à faire aux Français la pédagogie de l’équilibre budgétaire et ils n’ont aucune alternative radicale à proposer. Faute de New Deal, ils tentent de s’habiller en Roosevelt.
Roosevelt, le New Deal et Keynes
Le krach de 1929 est une date importante. La crise qui va s’ensuivre est la plus importante du XXe siècle. C’est à la fois l’événement qui permet à Hitler d’arriver au pouvoir en Allemagne et la matrice des Trente Glorieuses.
Deux personnages jouent un rôle déterminant pendant cette période : Keynes et Roosevelt, un théoricien de l’analyse économique et un homme politique. Le premier va expliquer comment le déficit budgétaire, dans certaines conditions, permet de sortir des crises, et le second va mettre en œuvre cette politique.
Tous les deux sont des libéraux, ils veulent sauver le capitalisme. Ils refusent d’être qualifiés de socialistes, et ce sont encore moins des marxistes. Ils pensent que l’économie ne s’autorégule pas, que les crises peuvent s’autoentretenir longtemps. Mais le système peut, à certains moments, avoir intérêt à soutenir la demande, c’est-à-dire la consommation des ménages ou de l’Etat. Par exemple, Keynes souhaite qu’en cas de crise on augmente le salaire des plus pauvres pour qu’ils consomment plus et assurent ainsi des débouchés aux industries.
Ainsi la redistribution des richesses fut-elle une des priorités de Roosevelt. Sous sa présidence, pour la première fois de l’histoire des Etats-Unis, un gouvernement fédéral indemnise les chômeurs. Il ne s’arrête pas là et met en place des programmes de grands travaux pour leur donner du travail. Les fermiers américains bénéficient d’aides importantes contre la réduction de leur production. Très dubitatif sur l’autorégulation des marchés, il favorisa le développement du syndicalisme.
Avec son New Deal, Roosevelt a posé les bases de l’Etat-providence que lord Beveridge et le Conseil national de la Résistance allaient développer en Grande-Bretagne et en France. Il a aussi montré que la démocratie libérale pouvait cohabiter avec une certaine forme de planification.
Petite anecdote, Roosevelt a rencontré Keynes une seule fois dans sa vie, et il semble que le président américain n’ait rien compris au discours de l’économiste.
Deux personnages jouent un rôle déterminant pendant cette période : Keynes et Roosevelt, un théoricien de l’analyse économique et un homme politique. Le premier va expliquer comment le déficit budgétaire, dans certaines conditions, permet de sortir des crises, et le second va mettre en œuvre cette politique.
Tous les deux sont des libéraux, ils veulent sauver le capitalisme. Ils refusent d’être qualifiés de socialistes, et ce sont encore moins des marxistes. Ils pensent que l’économie ne s’autorégule pas, que les crises peuvent s’autoentretenir longtemps. Mais le système peut, à certains moments, avoir intérêt à soutenir la demande, c’est-à-dire la consommation des ménages ou de l’Etat. Par exemple, Keynes souhaite qu’en cas de crise on augmente le salaire des plus pauvres pour qu’ils consomment plus et assurent ainsi des débouchés aux industries.
Ainsi la redistribution des richesses fut-elle une des priorités de Roosevelt. Sous sa présidence, pour la première fois de l’histoire des Etats-Unis, un gouvernement fédéral indemnise les chômeurs. Il ne s’arrête pas là et met en place des programmes de grands travaux pour leur donner du travail. Les fermiers américains bénéficient d’aides importantes contre la réduction de leur production. Très dubitatif sur l’autorégulation des marchés, il favorisa le développement du syndicalisme.
Avec son New Deal, Roosevelt a posé les bases de l’Etat-providence que lord Beveridge et le Conseil national de la Résistance allaient développer en Grande-Bretagne et en France. Il a aussi montré que la démocratie libérale pouvait cohabiter avec une certaine forme de planification.
Petite anecdote, Roosevelt a rencontré Keynes une seule fois dans sa vie, et il semble que le président américain n’ait rien compris au discours de l’économiste.
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