Guerre en Syrie et les Brics face aux impérialistes. La Syrie: Importante interview d'Alain Chouet, ancien chef de la DGSE française à Damas
Interview d’Alain Chouet, ancien chef de poste de la DGSE à Damas, puis cadre supérieur des services secrets,
Il est très à jour sur le monde arabo-musulman, interview recueillie par Jean Guisnel, pour Le Point.
En résumé : le gouvernement français a perdu la boussole...
1/Totalement illégal
Hollande annonce ces livraisons d’armes avec une telle tranquillité qu’on peut en venir à penser que c’est légal, et que c’est juste un choix politique. Non, c’est totalement illégal. Aucun doute.
Le Point.fr : « Est-il opportun que la France livre des armes à l'opposition syrienne ? »
Alain Chouet : « Je suis confondu par cette affaire. On se trouverait complètement en dehors de la légalité internationale, dans une situation sans précédent. Pour prendre une comparaison, c'est comme si la France, en 1992, avait décidé unilatéralement d'armer le GIA (Groupe islamique armé) et le FIS (Front islamique du salut) algériens, sous prétexte qu'ils avaient gagné les élections et que les militaires avaient interrompu le processus électoral.
Dans le cas de la Syrie, nous armerions des groupes non représentatifs et reconnus par personne, si ce n'est par nous ! L’ONU n'a pas reconnu l'opposition, et d'ailleurs, de quelle opposition parlons-nous ? Elle est totalement hétéroclite et divisée, les militaires ne reconnaissent pas l'autorité des politiques et, à l'intérieur de la composante militaire, les milices djihadistes ont pris le pas sur les autres. »
Pour Alain Chouet, parler d’armes « défensives » ou « non létales » n’a pas de sens, parce qu’il s’agit d’armes « offensives », et surtout il souligne « Et je ne sais pas à qui on va les donner... » Il explique que l’Armée syrienne libre (ASL) est composée d'officiers et d'hommes de troupe « qui ont déserté vers la Turquie », laissant la place aux groupes salafistes et aux djihadistes.
Et il insiste : « Je repose donc la question : quelles armes allons-nous donner et à qui ? »
2/ Aucun mandat pour renverser Assad
Fabius avait appelé à l’élimination physique de Bachar el-Assad, et maintenant il veut le renverser. Alors ?
Alain Chouet : « Nous n'avons aucun mandat de l'ONU ou de qui que ce soit d'autre, ni de légitimité juridique pour renverser le président Assad quels que soient ses torts. Ce n'est pas aux Français ni aux Anglais de le faire, mais aux Syriens ».
Et il poursuit :
« Dès lors qu'un ministre des Affaires étrangères proclame qu'il va apporter une aide militaire à des étrangers désireux de renverser leur gouvernement, on entre dans une forme nouvelle et dangereuse de l'illégalité internationale ».
3/ Quel avenir pour la Syrie ?
Jean Guisnel l’interroge sur son appréciation globale sur la situation.
Alain Chouet : « Depuis deux ans, la situation s'est gravement dégradée. On est dans un pays dévasté, ruiné, en proie à des affrontements ethniques et confessionnels, où rien ne sera plus jamais comme avant. On est entré dans une logique de guerre civile semblable à celle qui a ensanglanté le Liban pendant 15 ans. Mais je vous le dis nettement : ce n'est pas en armant des salafistes qu'on va arriver à une solution.
D'une façon hypocrite, la France a appelé à une solution négociée en disqualifiant d'emblée une des parties sommée de ne pas se présenter à la table des discussions, en l'occurrence le pouvoir en place. Que reste-t-il alors à négocier ? Depuis le début de cette affaire, on se trouve dans le flou militaire, juridique, politique ou idéologique. J'ai le plus grand mal à m'y retrouver. On est dans une ambiguïté absolue en soutenant en Syrie ceux contre lesquels on lutte ailleurs ».
Là, on touche le fond. Au Mali, un djihadiste est un ennemi, qu’il faut éliminer. En Syrie, c’est un combattant de la liberté, qu’il faut armer. Il y a vraiment de quoi se poser des questions sur nos choix diplomatiques et militaires.
Le sommet des pays Brésil Russie Inde Chine Afrique-du-Sud qui se tient à New-Delhi va probablement donner son lot de surprises et d'initiatives. Quels sont les enjeux de ce sommet ? Quels seront ses résultats ? Réponse dans quelques jours ; En attendant quelques pistes pour décrypter l'inévitable propagande télévisuelle.
Afrique du Sud - Le 5ème sommet des BRICS constitue une opportunité de promouvoir le développement du pays
19 Mars 2013 - 10:50
"Les 26 et 27 mars, l'Afrique du Sud accueillera le 5ème sommet du BRICS à Durban, ce qui sera un moment décisif pour le gouvernement sud-africain et le Congrès national africain (ANC) au pouvoir", a rapporté la South African Broadcasting Corporation citant Saliem Fakir, conférencier à l'université de Stellebosch.
Les BRICS regroupent les grandes économies émergentes que sont le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Ce sera la première fois que l'Afrique du Sud accueille le sommet du BRICS, depuis son adhésion officielle au sein de ce groupe de pays le 24 décembre 2010.
Depuis la tragédie de Marikana en août 2012, "il y a eu une réaction au capital occidental qui a cherché à diriger et sermonner l'ANC au pouvoir sur la manière de diriger et de mener ses activités de ressources minérales", a indiqué cet expert.
Une fusillade a éclaté le 16 août 2012 alors que la police tentait de disperser plusieurs milliers de mineurs en grève à la mine de Marikana, contrôlée par des capitaux occidentaux, dans la province du Nord-Ouest, dans le nord du pays. Cet incident a fait 34 morts et 78 blessés parmi les mineurs tandis que 270 autres étaient arrêtés, s'imposant ainsi comme le conflit le plus sanglant entre la police et des travailleurs depuis la fin de l' apartheid en 1994.
"Il y a une tendance à évoluer vers un nouvel axe de relations, et la participation au groupe BRICS est capital dans ce changement », a estimé cet expert. « Les politiques anticoloniales et antiimpérialistes passées ont contribué à façonner l'éthique du groupe BRICS".
Il y a quelques semaines, le président sud-africain Zuma a mis en garde les compagnies occidentales qu'elles devaient changer leurs méthodes et cesser d'agir de manière coloniale à l'égard des gouvernements africains sous peine de conséquences graves.
Saliem Fakir a souligné que l'intérêt croissant de trois autres membres des BRICS, l'Inde, la Russie et la Chine, pour les secteurs des mines, des infrastructures et des services en Afrique du Sud au cours des cinq dernières années était un facteur " encourageant cette transformation" et qu'il "gagnera encore en puissance au fur et à mesure que progressera la confiance de ces membres dans l'Afrique comme terrain de croissance future".