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Le blog de Lucien PONS

LA GRÈCE SOUS LA TROÏKA : l'austérité tue

27 Janvier 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Jeudi 26 janvier 2012.

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Stress, dépressions nerveuses, problèmes psychologiques, infarctus : fragilisée par le désastre économique, la population grecque paye aussi la crise de sa santé. Mais dans le même temps, les hôpitaux sont attaqués par les mesures d'austérité. La gestion de la dette du pays par la troïka a donc aussi un coût humain élevé : plus d'un suicide par jour actuellement en Grèce.

Au rez-de-chaussée de l'hôpital de Thessalonique, il y a la queue à l'accueil, avant de rejoindre le couloir bondé. Là où Georges attend, ses radios sous le bras, le ticket n° 22 à la main. Bientôt midi. Il est arrivé à 9 heures. Il souffre d'un problème à l'œsophage, « peut être au poumon aussi » explique-t-il.

 


En Grèce comme ailleurs, l'immobilier s'est arrêté en premier. Lui était ferronnier… « Heureusement, j'ai toujours la sécu », poursuit Georges qui connaît l'alternative de ceux qui ne l'ont plus : « si tu te soignes, tu ne manges pas ». D'où cette peur du lendemain qui le mine lui aussi. « Les gens sont stressés et déprimés. On voit beaucoup plus de monde qu'avant mais il y a toujours moins d'infirmières et de soignants pour les recevoir, d'où les queues », explique Antonis Ziakas, cardiologue à l'hôpital.

 


« syndrome post-traumatique »

L'état de santé des Grecs ? « Il ressemble au syndrome post-traumatique, celui qu'on voit sur les victimes d'une guerre » constate le spécialiste. Dire que la crise rend les gens littéralement malades ? Le diagnostic que confirme le Dr Georges Kazenakis, son collègue chirurgien.

« Actuellement, on reçoit quotidiennement entre 50 et 100 patients en cardio avec une nette hausse des infarctus chez les hommes, notamment les quadragénaires qui représentent trois ou quatre urgences par jour. C'est lié au stress, à l'anxiété », précise-t-il.

 


Mais pour faire face, les moyens sont en constante diminution… « Dans les hôpitaux, nous manquons ponctuellement de désinfectant, de pansements, de coton. La bureaucratie traîne, alors parfois, on est en rupture », poursuit le Dr Kazenakis, dont le salaire est passé de 4 000 € à 2 700 €, gardes de nuit comprises. Mais une évolution beaucoup plus grave le préoccupe. « Compte tenu du manque d'argent, l'administration opte maintenant pour du matériel chinois ou indien dont la qualité laisse à désirer. Faute de pouvoir investir, nous prenons aussi un vrai retard technologique. Les jeunes médecins partent en Australie et beaucoup d'industriels pharmaceutiques quittent la Grèce. »

 


Illustration ? Stavros était représentant pour le laboratoire allemand Merck. « On vendait des médicaments efficaces contre le cancer. Merck a préféré fermé. Les cancéreux devront trouver autre chose », explique-t-il, aidant désormais sa femme à la pharmacie familiale. Or les pharmaciens se retrouvent aussi en difficulté. Ils avancent les médicaments mais depuis 8 mois, la sécu ne les rembourse plus : elle leur doit 340 M€. Hier, ils ont à nouveau baissé le rideau pour protester.

 


L'austérité tue

Face à l'urgence, Médecins du Monde est aussi en première ligne. 5 000 visites au dispensaire de la rue Dragoumi en 2010, 10 000 en 2011, les mêmes constats cliniques qu'à l'hôpital… Mais surtout, un chiffre : « En moyenne, il y avait 250 suicides par an en Grèce. Aujourd'hui, plus de 400 », confie le Dr Kokozidis. L'austérité tue. Au volant de son taxi, Miltiade porte un nom prestigieux, celui du vainqueur de Marathon. Et dans cette Grèce où vivre le quotidien est devenu une course d'endurance, lui ne demande qu'un cadeau à Noël : « La santé pour l'année ».

 

La Dépêche

 


A ses difficultés économiques, la Grèce voit s’ajouter une situation sanitaire de plus en plus préoccupante.


La cure d’austérité que subit la Grèce n’a, pour ses habitants, de cure que le nom. Une récente étude britannique, publiée dans le journal médical The Lancet, souligne que les coupes budgétaires drastiques opérées dans le secteur de la santé ont sensiblement dégradé la situation sanitaire du pays. La proportion de personnes qui reportent leur visite chez le médecin ou le dentiste a augmenté. Et les admissions à l’hôpital public ont bondi de 24 % par rapport à 2009, tandis que celles des cliniques privées chutaient de près de 30 %.



Les auteurs décrivent un système hospitalier gravement touché par la réduction de ses financements (- 40 % depuis le début de la crise). Au manque de personnel et aux ruptures d’approvisionnement en médicaments s’ajoute la corruption des professionnels de santé, devenue un passage obligé quand on veut être pris en charge rapidement.



En outre, la réduction du financement de l’accompagnement des usagers de drogue a eu pour conséquence l’accroissement de 20 % du nombre des consommateurs d’héroïne et, par ricochet, du nombre de nouvelles contaminations au VIH, dont la hausse est estimée à plus de 52 % en 2011 par rapport à 2010. Ce risque est d’autant plus fort que la suppression de nombreux programmes à destination des usagers de drogues (85 % ne sont pris en charge par aucune structure) pousse une partie d’entre eux vers la prostitution, multipliant les risques de contamination.

 

 

Une vague de suicides

Mais les coupes budgétaires dans le domaine de la santé ne sont pas les seules responsables de la détérioration du contexte sanitaire. La Grèce fait aussi face à un accroissement sans précédent du nombre de suicides (+ 25 % entre 2010 et 2011), alors qu’il était jusque-là l’un des plus bas d’Europe. Une des causes de cette vague serait l’impossibilité de rembourser ses dettes, à laquelle vient s’ajouter un climat social profondément dégradé : la violence a augmenté et les homicides ont doublé entre 2007 et 2009.

Les ONG ont partiellement pris le relais du système de santé défaillant. Ainsi, l’association grecque Médecins du monde a vu la fréquentation de ses centres d’accueil augmenter de 30 % en un an. Comme le soulignent en conclusion les auteurs de l’article du Lancet, “ une plus grande attention à la santé et à l’accès aux soins est nécessaire pour s’assurer que la crise grecque ne détruise pas ce qui fait larichesse du pays : ses habitants ”.

David Belliard

 

Nouvelles Hors Les Murs

 

Cri du Peuple 1871 : http://www.mleray.info/article-la-grece-sous-la-troika-l-austerite-tue-97884012.html

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