Message d'Yves Cimbolini à sa hiérarchie où il explicite son refus de posséder des actions gratuites d'EDF.
MR Yves CIMBOLINI
Agent technique exploitation
RTE -TESE
GET Cote d’Azur
MR Pierre GADONNEIX
Président Directeur Général
EDF
Objet : Tombées du camion
Mr le président,
Vous n’êtes pas sans savoir que les industries électriques gazières telles que nous les avons connues jusqu' alors on été crées en 1946 et qu’elles sont l’émanation du Conseil National de la Résistance, dont le programme du 15 mars 1944 prévoyait entre autre la nationalisation des grands moyens de production.
Je vous rappelle que les membres de ce conseil ont prouvé plusieurs fois leur attachement aux valeurs de la nation tout d’abord pendant l’occupation en s’engageant dans la résistance, mais aussi après guerre. En effet le programme visionnaire du Conseil National de la Résistance prévoyait, notamment à travers la nationalisation des grands moyens de production, de doter la France d’un outil industriel sans précédent à la pointe du progrès dont nous en profitons encore les bienfaits.
Compte tenu de cela, je pense pouvoir affirmer que l’entreprise EDF appartient à la nation et qu’elle en est la propriété insaisissable (c’est même écrit sur ses compteurs)
Vous comprendrez donc l’ampleur de ma surprise, à la réception d’un courrier m’indiquant que des actions EDF gratuites me seraient données prochainement.
Comment peut-on me donner une partie de ce qui fait partie du bien public ?
Comment puis-je accepter cela sans me transformer en receleur ?
Croyez moi, je me suis longuement posé la question (pas si longtemps que ça en fait), et j’en ai facilement déduit que je ne pouvais accepter ces actions.
Accepter ces actions c’est accepter un système que je combat.
Accepter ces actions qu’elles soient payantes ou gratuites équivaut pour moi, à
trahir ceux qui dans une période très difficile de notre histoire, ont œuvré au péril de leur vie, et qui l’ont même perdue parfois, afin que nous vivions dans une société meilleure.
Je pense à Jean MOULIN, George BIDAULT, Louis SAILLANT, mais aussi Marcel PAUL, et tous les résistants et syndicalistes qui ont su défendre nos libertés. Je ne peux me résoudre à conclure leur action par un acte purement mercantile.
Il y a quelques temps, j’ai écrit à mon directeur de sous unité pour lui demander de prendre des mesures afin que ma messagerie ne soit plus encombrée par des messages ayant attrait à l’actionnariat salarié, qui sous cette forme libérale ne peut être qu’un leurre, voire à terme une escroquerie pour les agents.
Ma jeunesse je l’ai vécue dans un quartier plus proche de la cour des miracles que de Neuilly, dans un appartement de vingt mètres carrés au maximum, avec pour loisir principal la rue et son lot de surprises. Pourtant grâce à mes parents ouvriers, j’y ai appris, que l’on ne gagne pas sa vie sur le dos des autres, que voler n’est pas gagner, que tout doit se mériter.
Pendant les dix huit mois que j’ai passés en école de métier, plus exactement à la Pérollière, au-delà du métier passionnant que j’ai appris, grâce au contact des anciens, j’ai acquis ou confirmé certaines valeurs sociales qui m’animent encore aujourd’hui, qui se traduisent entre autre par un attachement sans concession au service public.
Je vous informe qu’en 2004 si j’ai fait plusieurs jours de grève pour défendre l’entreprise intégrée dans l’intérêt des usagers, ce n’est pas pour participer aujourd’hui à son morcellement matérialisé par des actions, qu’elles soient faites de papier recyclé ou non.
Je réside dans la région niçoise et pour ce qui est des confettis nous avons tout ce qui faut lors du carnaval. Le dernier jour nous nous payons même le luxe de bruler le roi.
Je vous demande donc Mr le directeur de remettre ces actions où elles étaient, et de ne plus essayer de me tenter. Toute nouvelle tentative sera vouée à l’échec donc ne gaspillez plus le précieux temps du service public en le détournant pour ce genre de choses.
Enfin considérant qu’un peu d’histoire ne fait du mal à personne je vous joins le programme du Conseil National de la Résistance. Je vous invite à le lire, vous verrez il est vraiment d’actualité, d’ailleurs il ne parle pas que des IEG, il parle aussi, entre autre, des retraites, de la sécurité sociale, bref tout ce qu’aujourd’hui les partisans du monde libéral s’acharnent à détruire, faisant abstraction du sacrifice de nos anciens et de l’avenir de nos enfants. Comme la lettre de Guy MÔQUET il mériterait d’être lu et commenté dans nos écoles.
Au fait Mr le président savez vous qui est à l’origine de cette phrase « ce que vous nous prenez aujourd’hui, nous vous le reprendrons demain au centuple » ?
C’est un patron revanchard, qui avait la défaite amère lors de la nationalisation des IEG.
Le temps de la revanche aurait il sonné ? Peut être…..Dans ce cas là nous pouvons espérer car le temps de la reconquête n’est plus très loin.
En vous écrivant cette lettre je suis conscient que je prends des risques. Le risque de vous déplaire (je plais toujours à ma femme ça me suffit), le risque de vous mettre en colère (je ne suis pas inquiet mon bureau n’est pas à coté du votre), enfin, le risque de ne pas être compris (c’est celui qui me gène le plus, mais bon, faudra faire avec).
En fait, ce sont vraiment de petits risques, comparés aux risques pris par ceux qui nous ont montré l’exemple ?
Après tout qui ne risque rien n’a rien.
Dans l’attente de vous lire peut être bientôt, je retourne à mes actions……celles de la rue bien entendu, elles rapportent plus sur le court et le long terme.
Avant de vous quitter Mr le Président, et en toute humilité, je me permets de vous faire une petite suggestion qui vous aidera dans votre quête effrénée du bonheur des agents.
Au lieu de leur donner des actions dont la valeur est incertaine et sujette à fluctuations je vous propose de faire un geste fort en augmentant leur pouvoir d’achat à travers leur salaire (n’hésitez pas c’est une valeur sure) et leur évolution de carrière. Des négociations sont en cour profitez en n’hésitez pas à vous faire entendre on pourra même vous donner un petit coup de pouce.
Je vous prie d’agréer Mr le Président l’expression de mes respectueuses salutations.
MR Yves CIMBOLINI
Membre CGT de la commission secondaire de TESE-RTE
Délégué du personnel au GET Côte-d’Azur
Et avant tout Citoyen !