Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Le blog de Lucien PONS

OGM, résultats de Séralini et al., intérêts privés...Sur le blog:"Indépendance des chercheurs".

25 Septembre 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Agriculture

OGM, résultats de Séralini et al., intérêts privés...

Le 22 septembre 2012, un an après l'annonce par la collaboration OPERA d'un prétendu neutrino supraluminal très médiatisé par la suite mais que des études ultérieures ont démenti, Hervé Kempf interroge dans Le Monde « OGM, qu'a fait l'Etat ? ». C'est de toute évidence la bonne question, après la publication dans la revue d'Elsevier Food and Chemical Toxicology de l'article de Gilles-Eric Séralini et sept autres auteurs Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize présentant des effets sur les rats du maïs génétiquement modifié. A propos de l'article de Séralini et al., CinéObs emploie le titre « "Tous cobayes?" : le plaidoyer anti-OGM qui fait mouche », se référant à la parution prochaine d'un film de Jean-Paul Jaud basé sur cette étude scientifique. 20 minutes souligne « Les OGM inquiètent huit Français sur dix, selon un sondage », et L'Express : « Huit Français sur dix inquiets de de la présence d'OGM dans les aliments ». Serait-ce là que le bât blesse ? Alors que le résultat erroné d'OPERA avait été relayé par les médias français avec un incroyable suivisme, les critiques ne manquent pas à l'égard l'article récent de Séralini et al. Le blog Sciences2 de Libération (Sylvestre Huet) va jusqu'à poser en exemple l'annonce d'OPERA d'il y a un an par rapport à la publication récente de Séralini et de ses sept collaborateurs. Quel rapport avec la réalité, si on pense qu'un responsable d'OPERA est devenu le scientifique le plus médiatisé de l'année écoulée sur la base de ce résultat erroné ? Le 22 septembre également, un blog de l'Agence Science-Presse écrit « L'étude anti-OGM : comment s'assurer des médias favorables », reprochant à l'équipe de Gilles-Eric Séralini d'avoir « imposé aux journalistes français et britanniques "choisis" une interdiction de parler à d’autres experts ». Mais les choses sont-elles si simples, si on pense à l'influence des lobbies des OGM, aux crises récentes des expertises, à la prolifération des conflits d'intérêts dans le monde scientifique et à la dépendance croissante de la recherche par rapport aux sponsors privés ? Et quelles sont les garanties d'impartialité des auteurs des critiques adressées à Gilles-Eric Séralini et à ses collaborateurs ? Même le travail de Séralini et al., sur lequel Notre Temps relève « La grande distribution a participé au financement de l'étude sur les OGM », a été financé avec des fonds privés. Malheureusement, lorsque Hervé Kempf soulève la question de savoir « pourquoi, donc, les autorités publiques n'ont pas demandé à des chercheurs publics des études approfondies et neutres sur la nocivité des OGM », ayant en vue des organismes publics comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) ou l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), la réponse n'est guère compliquée. Depuis trois décennies, et de plus en plus ouvertement après l'accession de Jacques Delors à la présidence européenne en janvier 1985, tous les gouvernements français de « droite » comme de « gauche » ont progressivement poussé les chercheurs à dépendre du secteur privé pour financer leurs recherches. Une tendance qui risque de s'aggraver encore avec les actuelles Assises de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, où la « territorialisation » de la consultation ne pourra qu'affaiblir le rôle du CNRS, de l'INRA et des autres établissements publics nationaux.

 

Il est sans doute trop tôt pour émettre un avis sur l'article Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize signé par Gilles-Eric Séralini, Emilie Clair, Robin Mesnage, Steeve Gress, Nicolas Defarge, Manuela Malatesta, Didier Hennequin et Joël Spiroux de Vendômois, publié par Food and Chemical Toxicology.

Dans des déclarations au Nouvel Observateur le lendemain de la mise en ligne de l'article sur le site de Food and Chemical Toxicology, l'un de ses auteurs, Joël Spiroux de Vendômois, a explicitement souligné la nécessite d'une contre-expertise, http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120920.O... :

... Nous voulons aussi une contre-expertise, mais faite par des chercheurs indépendants. Pas par ceux qui produisent les études pour les fabricants d’OGM. Ce qui n’est pas la position de l’EFSA pour l’instant (Agence européenne de sécurité sanitaire).

(fin de l'extrait des réponses de Joël Spiroux à Morgane Bertrand dans l'article du 20 septembre 2012 OGM : 9 critiques et 9 réponses sur l'étude de Séralini)

Mais si cette étude « dérange », les critiques sont-elles pour autant fondées ?

Un article de Science Insider intitulé France and European Commission Order Review of Controversial GM Study in Rats ( http://news.sciencemag.org/scienceinsider/2012/09/france-... ) relève l'inquiétude de Marc Fellous (généticien de l'Université Paris 7), pour qui la situation créée par cet article serait « terrible » car le public « ne fait plus confiance aux experts ».

Mais peut-on raisonnablement ignorer le caractère général de la crise des expertises ? De nombreux domaines semblent être visés (médicaments, nucléaire, vaccins...). Sans oublier la crise tout aussi générale des revues dites « avec comité de lecture », la montée des résultats rétractés et des conflits d'intérêts...

Et qui, aux Assises de l'Enseigement Supérieur et de la Recherche, pourra aborder en profondeur de tels problèmes dans une consultation organisée sur la base de structures territoriales où les chercheurs du CNRS et de l'INRA devront passer par des intermédiaires influents à l'échelle locale ?

Le site du Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN), http://www.criigen.org/ , annonce la parution d'un livre de Gilles-Eric Séralini intitulé Tous cobayes ! OGM, pesticides, produits chimiques. On peut lire dans cette présentation :

Par la faute de laboratoires et d’experts à la solde de lobbies surpuissants – agroalimentaire, biotechnologies, médicaments –, combien de foyers sont touchés aujourd’hui par des cancers, des maladies nerveuses, hormonales, immunitaires ? L’insuffisance des tests, leur absence de transparence et la compromission des agences sanitaires doivent cesser.

(fin de citation)

Voir également, sur le site du Nouvel Observateur, les articles (cliquer sur chaque titre) :

OGM : crise aiguë à Bruxelles

Lobbying pro-OGM : "Voyages, cadeaux et un peu plus..."

Lepage : "Tout est organisé pour qu'il n'y ait pas de recherches!"

Jouanno : "Je me souviens de la visite menaçante de Monsanto"

 

Quant aux questions de déontologie dans la présentation et la publicité des résultats, l'exemple du neutrino d'OPERA d'il y a un an brandi par Sylvestre Huet dans son article OGM, Seralini et le débat public ( http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/09/ogm-sera... ) paraît particulièrement mal choisi.

Dans notre article du 8 août 2012 « OPERA, neutrino : résultats rectifiés (II) » ( http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/... ), nous écrivions à propos de cette annonce d'OPERA du 22 septembre 2011 :

 

(...) Dans la société moderne, la question de l'information scientifique du public revêt une importance stratégique. Mais cette information est-elle objective et indépendante ? Dans le cas de l'annonce par la collaboration OPERA d'une vitesse prétendument supraluminale du neutrino associé au muon, la campagne médiatique qui lui a fait suite n'a tiré aucune conséquence des avertissements très explicites immédiatement formulés par des articles théoriques. Le premier article de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres (arXiv:1109.6308) a été diffusé six jours après celui d'OPERA. Le lendemain, des articles de Gonzalez-Mestres (arXiv:1109.6630) et d'Andrew Cohen et Sheldon Glashow (arXiv:1109.6562) soulignaient encore les incohérences que pouvait comporter sur le plan de la phénoménologie le résultat annoncé par OPERA. Pourtant, le forcing médiatique a duré encore des mois, au point que le responsable d'OPERA le plus en vue dans cette affaire est devenu d'après Nature le chercheur le plus médiatisé de l'année écoulée. Finalement, la collaboration OPERA a rectifié il y a moins d'un mois le résultat de sa mesure. Quelle réflexion éthique, institutionnelle, collective ou de la part des médias, a fait suite au retrait de l'annonce initiale d'OPERA ? (...)

(...)

 

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2012/09/22/ogm-resultats-de-seralini-et-al-interets-prives.html

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article