Déconfiture sur la planète Andros, soupe populaire sur celle de Paros. A Paroikia, capitale de cette île bien connue des surfeurs et des cycladophiles œcuméniques, certains enfants du collège se rendent tous les jours à l'église voisine pour se nourrir à la soupe populaire. Un comité d'élèves a même saisi le conseil municipal et la presse locale s'alarme (journal, Nea Tis Parou – Antiparou, 24/12/2011). Voilà où peut conduire la monoculture du tourisme et du P.S. grec. Ragousis, ami de Georges Papandréou, ancien maire de Paros, figure emblématique de son parti, ne se manifeste plus ! Attention, on prévient «qu'une petite flamme peut provoquer une explosion, détruisant la cité entière et jusqu'aux remparts des barons. Ces derniers, ne semblent pas entendre la longue marche de tous ceux qui dans le pays, désormais ont faim». Ce n'est pas Rizospastis, le quotidien du P.C. grec qui nous prévient ainsi, mais www.capital.gr, un site d'information axé cotations boursières, nouvelles économiques et … investissements, sous la plume de son éditorialiste, Thanassis Mavridis (04/01/2012). Après tout, toutes nos nouvelles sont inlassablement économiques. Et la gauche (non P.S.), attend encore le grand soir en pleine nuit noire. Kairsoscopes ?
Nous sommes pourtant plus lucides qu'avant, pris toutefois dans l'épais brouillard du futur, car nous sommes convaincus de la sortie de la Grèce de la zone euro et c'est sauve qui peut. Cela devient du burlesque, scénarisations incessantes à la radio, tantôt l'euro du sud, tantôt l'ex-drachme, tantôt le dollar, tantôt une monnaie de change (et de singe) en guise de tickets de rationnement, émise par les banques destinée à couvrir le marché intérieur, de plus en plus noir et enfin mardi matin, la nouvelle trouvaille à la radio: “nous serons payes en obligations de l'État”, quelle obligeance ! Enfin mardi soir, une amie vivant au Canada, qui vient de téléphoner, faisant état de ses "informations" suivant lesquelles, la fin de l'euro pour la Grèce sera pour la deuxième quinzaine de mars .. cela nous rapproche encore plus de l'accélération des rumeurs durant les temps de guerre. Donc on perd toute notre tête. Concentration zéro. Sa dégradation est telle, que les accidents de la route causant la mort de nombreux automobilistes sont en hausse alarmante, selon les derniers chiffres sur la ville même d'Athènes.
Le temps météorologique athénien de ce début janvier 2012 et pourtant beau et frais. “Cela durera au mieux deux jours, le vent du sud va se changer brusquement en vent du nord, je le sens ... ah pas un seul client depuis midi, l'Europe c'est une p... ”, tel était la prévision empirique d'un marchant de poisson du port, ancien pécheur lui même à Rafina, sur la côte Nord-Est d'Athènes. Pour le reste, il n'y en a plus quoi prévoir. On laisse alors venir. Nos radios, nos journaux se déchainent, l'avenir est incertain à la petite semaine, à la petite cuillère, on clôturera notre compte avec l'euro, janvier, février, mars, avril ....
Les trains étaient bondés lundi soir en provenance du Nord de la Grèce. Retour bon marché depuis le kairos (temps) des fêtes, mais l'arrivée devient-elle coûteuse dans Athènes si «dechronisée». Les voyageurs se donnant à cœur joie sur notre temps de crise, désaccords sur le fait de la supposée responsabilité collective, unanimisme pourtant sur la responsabilité des politiques. Une dame interpèle le contrôleur. “En montant dans le train il n'y avait plus personne pour nous guider afin de trouver nos wagons, et à la gare, un seul agent, celui travaillant au guichet; une honte”. “Mais Madame, vous le savez, nos anciens collègues se sont vus vite mutés au ministère de la santé. Suivant les termes du mémorandum II, il fallait réduire les effectifs dans le chemin de fer, donc ils sont devenus ambulanciers ...”. “Bon passons, vous n'étiez pas un peu profiteur vous aussi ? Puis, ils nous faut pas mal de kairos jusqu'à Athènes, non ?”. “Non Madame, je n'ai jamais profité de rien, sauf de mon salaire même amputé, je ne fais que travailler comme vous, je l'espère en tout cas, et je suis toujours à votre service, souriant comme vous voyez”. “Je suis au chômage vous savez ...”. “Excusez moi madame, je vous souhaite de retrouver du travail cette année 2012, ah oui, nous arriverons à Athènes dans quatre heures, le kairos sera un peu long”. “Merci, je vous souhaite également de ne pas le perdre ... votre travail cette année ....”.
Regarder et voir droit devant dans le temps, le Kairos des Grecs anciens, la météo, par un certain glissement sémantique chez les Grecs modernes. “Un homme politique se juge aussi à sa capacité à saisir ce que les Grecs anciens appelaient le kairos : le moment opportun. Pour faire basculer une situation, accélérer, prendre l’avantage”, affirme aussi Nicolas Demorand dans Libération (3/01/2012). Et voila que selon le directeur de publication à ce journal, “Pour la première fois avec autant de netteté, il déroule la feuille de route de sa campagne et décrit les valeurs qui guideraient son quinquennat. Quels seraient les leviers dont il disposerait comme président d’un pays en crise, dans une économie mondialisée”.
Bloomberg ce matin, se dit convaincu «que la meilleure solution pour la Grèce n'est pas la sortie de l'euro mais la dévalorisation violente de son économie intérieure, c'est-à-dire par un chômage élevé, les syndicats et le monde du travail accepteront les très bas salaires. Ainsi le pays redeviendra concurrentiel et la croissance reviendra» (sic), cité par www.in.gr (4/1/2012). Quelle démonstration franche sur le but et le vrai mécanisme de la plus grande tromperie de la décennie pour ne pas dire de l'après 1945. Ni grande idée de l'Europe, ni Jean ni Monnet, seulement ... monnaie.
Puis ces jours, nous avons toujours une pensée pour la France et sa douloureuse campagne électorale. «Ah ces Français vont-ils comprendre, nous y songeons..», me disait hier un ami traducteur. Il avait également lu la presse française où, François Hollande explique de son coté que «le chômage est au plus haut parce que la croissance est au plus bas» et que certes «il y a la crise. Elle est le produit de la mondialisation débridée, de l’arrogance et de la cupidité des élites financières, du libéralisme effréné, sans oublier l’incapacité des dirigeants européens à dominer la spéculation» (Libération, 3/1/2012). Et alors ? Je ne vois pas la «netteté, [dont] il déroule la feuille de route de sa campagne», selon l'analyse de Nicolas Demorand. Surtout que la bonne question n'est pas «plutôt que de reconduire un président qui aurait tellement changé, pourquoi ne pas changer de président, tout simplement ?» (François Hollande), mais que faire face à l'euro, cette monnaie des spéculateurs … attitrés, aux mains desquels les pays de la zone ont depuis longtemps déposé leur souveraineté. Les spéculateurs (banques connues et autres ramifications kairoscopiques moins connues), ont alors fabriqué les dettes dites souveraines, pour passer ensuite au stade suivant, celui de la dictature. Le but de l'euro, tout comme celui des instances de l'U.E. est notre asservissement, ni plus ni moins. Comme si, amputer les salaires dans le public ou dans le privé réduirait la dette, eh bien NON, c'est faux. Un tiers de la population grecque se trouve sous le seuil de pauvreté et la dette explose. Car en réalité il n'y a plus de seuil de pauvreté … estimable en Europe sous le destin bancocratique. La mort, tout simplement !
La kairoscopie (supposons de bonne foi, pourquoi pas) de François Hollande, consiste à affirmer que « nous pouvons, même dans une économie mondialisée, maîtriser notre destin. Nous le pouvons en comptant d’abord sur nos propres forces, et en agissant au niveau de l’Europe, à condition que celle-ci soit réorientée» ou encore que «le choix que vous aurez à faire sera décisif. Décisif, il le sera pour vous, pour vos enfants, pour l’avenir de votre patrie, pour l’Europe aussi, qui attend et espère entendre à nouveau la voix de la France, une France dont elle a besoin pour retrouver un projet et un destin».
Sacs de ciment, source: vlemma.wordpress.com
