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Le blog de Lucien PONS

Emmanuel Todd: "Les bonnets rouges, une chance pour la France".

30 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Emmanuel Todd: "Les bonnets rouges, une chance pour la France"

  
Samedi 23 Novembre 2013 
  
Propos recueillis par Bertrand Rothé
  

L'anthropologue et historien, coauteur du "Mystère français", revient pour "Marianne" sur la révolte bretonne. Une action à ses yeux pleine de promesses quant aux capacités de résistance du pays.

Marianne : Il y a un an avec Hervé Le Bras vous avez publié «le Mystère français», une analyse approfondie de la situation de la France. Ce travail soulignait les particularités de la Bretagne. A ce moment-là, pouvait-on imaginer que cette dernière se révolterait ?

Emmanuel Todd : Dans notre livre, la Bretagne est très présente pour des raisons rationnelles et irrationnelles. Elle occupe incontestablement une place particulière en France. Ses systèmes familiaux sont très divers, ses performances scolaires sont étonnantes. C'est désormais la région la plus à gauche, un bastion du Parti socialiste, le PS y ayant migré de ses terres du Nord et du Sud. Du côté sentimental, à des degrés divers, Hervé Le Bras et moi-même avons des origines bretonnes et passons beaucoup de temps là-bas.

La Bretagne offre un exemple extrême mais caractéristique de basculement dans la révolte d'une région que les commentateurs percevaient comme prospère, de gauche, européiste et stable. Notre livre a été trop rapidement analysé comme une radiographie de la France qui va bien, en opposition à celle qui va mal. Les régions qui allaient bien, selon cette lecture, étaient les anciens bastions catholiques, ou de «catholicisme zombie». La pratique religieuse catholique, forte jusque vers 1960, y a tardivement disparu mais a laissé subsister une forte aptitude à la coopération - des communes, des groupes professionnels, par exemple -, bref une forte intégration locale. Le reflux récent de la religion y a surtout libéré un dynamisme spécifique. Depuis la réforme protestante, et encore plus depuis la Révolution de 1789, le catholicisme était arc-bouté contre la modernité. Sa disparition a libéré une énergie positive. Aujourd'hui, les régions «catholiques zombies» ont de meilleurs résultats éducatifs, des taux de chômage plus faibles, une meilleure résistance à la crise économique. Mais ce que le Mystère français suggérait, c'est seulement que les régions catholiques zombies allaient moins mal que les régions de vieille laïcité, pas qu'elles allaient bien. La crise touche tout le monde, le vide du pouvoir est visible partout.

Mais la révolte ?

E.T. : Nous y arrivons. Cette région lancée sur les rails de l'européisme est aujourd'hui touchée de plein fouet par la logique européenne du jeu sur le coût du travail, sous contrainte de l'euro. Et nous constatons que son dynamisme culturel donne à cette région la force de la révolte. Les historiens savent bien que les révolutions sortent du progrès, pas de la régression. La tradition d'entraide et de solidarité héritée du catholicisme contribue à l'efficacité de la protestation. A cela vient s'ajouter un autre élément de cohésion : la Bretagne est une région où l'immigration ne compte pas. Il suffit de feuilleter l'annuaire du Finistère pour s'apercevoir que les noms y sont massivement bretons. Ces milieux populaires ne sont pas divisés par l'immigration. Cette société politique n'est pas désorganisée par le Front national, insignifiant régionalement. Ce que montre paradoxalement la révolte bretonne, c'est à quel point le FN, parce qu'il divise les Français, est une aide au système, fait partie du système. Quand le FN n'existe pas, la société a la cohésion nécessaire à la révolte.

On peut donc conclure que, parce que la Bretagne est «à la pointe de la modernité» (Jacques Julliard, Marianne, n° 864 du 9 novembre 2013), elle est à la pointe de la révolte ?

E.T. : Oui, c'est assez bien résumé, mais attention, il faut se méfier de toute caricature. La Bretagne est aussi une France en miniature. C'est une région très diverse. La partie du Finistère la plus concernée n'est pas n'importe quelle Bretagne. C'est une région catholique certes, mais où ont toujours existé des poches de gauche importantes.

Dont des poches communistes...

E.T. : Oui, une poche de communisme rural, centrée sur la partie ouest des Côtes-d'Armor mais qui atteignait l'intérieur du Finistère autour de Carhaix. Et, faut-il le rappeler, le PC a une tradition plus nationale centraliste que le PS régionalisant. Le pays bigouden, au sud-ouest de Quimper, a un fond républicain. Et tout cela ne date pas d'hier : dans son Tableau politique de la France de l'Ouest sous la IIIe République (1913), André Siegfried soulignait le potentiel républicain de la Bretagne. Il montrait que le département du Finistère était, par la présence de la marine nationale à Brest, directement relié à Paris. L'interprétation de la révolte en termes d'autonomisme breton, malgré l'omniprésence du gwenn ha du, le drapeau blanc et noir breton, est absurde. La réalité profonde du mouvement n'est pas dans Christian Troadec, maire bretonnant de Carhaix, mais dans le fond rouge de sa région qui ne relève effectivement pas d'un type socialiste banal. L'identité bretonne combine, sans contradiction, fidélité à la Bretagne et loyauté envers la France.

On reproche aussi à cette révolte de ne pas être très cohérente...

E.T. : C'est incontestable, les revendications sont floues. Mais comment cette révolte pourrait-elle être cohérente puisque l'idéologie au pouvoir elle-même n'est plus cohérente, en cette période crépusculaire d'échec de l'euro, dans une province qui croit à l'Europe ? De toute façon, une révolution n'est jamais cohérente dès le départ. Toutes les oppositions s'expriment et les forces dominantes n'apparaissent que par étapes. Je propose un début de clarification conceptuelle : on pourrait dire que la Bretagne des producteurs, ouvriers et patrons, affronte le Paris des prédateurs, les banques et l'Etat, banques et Etat étant désormais contrôlés par les mêmes inspecteurs des finances.

Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui attendaient plutôt une révolte des banlieues ?

E.T. : Je répondrai qu'il y a déjà eu une révolte des banlieues, en 2005, qui relevait d'une même logique : l'abandon de régions entières par les élites et les groupes nationalement dominants. La révolte des banlieues a d'ailleurs aussi démarré, autour de Paris, dans une région où le Front national ne compte plus, cette fois-ci parce qu'il y avait déjà eu tant d'immigrés que la question de l'immigration était dépassée. Ça se confirme : la faiblesse du FN permet la révolte. Le FN sert le statu quo : Marine Le Pen et l'UMPS, même combat.

Comment expliquer la phrase de Mélenchon : «A Quimper, les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres» ?

E.T. : Mélenchon s'est démasqué. Il montre son appartenance aux élites parisiennes et son mépris du peuple. Certes, la stupéfaction est la même partout, spécialement à gauche. La CFDT nationale a développé un hallucinant discours antipatrons bretons, assez amusant quand on se souvient de la façon dont la CFDT a aidé Hollande et le patronat à rendre plus «flexible» le marché du travail. Mais au moins peut-on voir dans l'hostilité de la CFDT à la révolte sociale une trace du catholicisme de la CFTC, avec son respect de l'autorité, sa préférence pour la collaboration des classes. «Merci, notre maître»...

Le cas Mélenchon, lui, ne correspond à rien de connu. Cet homme se gargarise du mot «révolution» mais traite des révoltés porteurs de bonnets rouges d'«esclaves», il est insensible à la symbolique du rouge et du bonnet dans un contexte français et non seulement breton. Il semble d'ailleurs dépourvu d'une culture révolutionnaire minimale : les révolutions naissent toujours dans l'ambiguïté. La Révolution française a commencé par une révolte des parlements au nom d'une idéologie qui n'avait rien de progressiste. Quant à son discours anticlérical, c'est l'élément stable de sa doctrine, puisqu'il rejette aussi la révolte tibétaine au nom de l'anticléricalisme... Loin d'être un révolutionnaire, Mélenchon est un petit-bourgeois radical-socialiste qui n'aime pas le désordre. Avec lui, la gauche de la gauche est vraiment mal barrée.

Le groupe Les Economistes atterrés ont aussi condamné cette révolte «archaïque» qui «refuse les contrôles et les taxes»...

E.T. : La condamnation est ici différente : ils refusent le rejet de l'impôt. Ils ont raison de se méfier. Durant les trente dernières années, le rejet de la fiscalité a été une revendication constante de la droite ultralibérale, c'est aujourd'hui celle du Tea Party américain, la droite extrême du Parti républicain. Il faut bien sûr sauver la protection sociale et donc son financement par l'impôt. Reste que bien des révolutions commencent par une crise fiscale et un rejet de l'impôt injuste. En 1789, l'exemption fiscale de la noblesse et du clergé a mené à la banqueroute et à la convocation des états généraux. On connaît la suite. La révolution anglaise a commencé parce que Charles Ier a dû convoquer le Parlement pour obtenir les impôts nécessaires à la répression d'une révolte écossaise. Tiens, l'Ecosse, avant la Bretagne, un véritable festival interceltique...

Mais nous entrons dans une période nouvelle. Il faut voir à quoi servent les prélèvements obligatoires. Au financement de l'Etat social et des nécessaires biens communs, bien sûr. Mais l'impôt, de plus en plus, permet aussi de servir les intérêts d'une dette publique qui n'est plus légitime. Le prélèvement fiscal sert désormais aussi à donner de l'argent à des gens qui en ont déjà trop. Nous sommes confrontés à une ambivalence de l'impôt, à une ambivalence de l'Etat, serviteur à la fois de l'intérêt collectif et d'intérêts privés, d'intérêts de classe, diraient les marxistes. Il faut clarifier la situation, nous ne couperons pas à un débat sur la légitimité de l'impôt.

Deuxième problème de légitimité de l'impôt, l'Europe. Dans un cadre strictement national, le vote du budget par les députés légitime l'impôt, sans discussion possible. Mais le transfert à Francfort du pouvoir de création monétaire dépossède en pratique les députés de leur contrôle du budget. Les instances bruxelloises, aujourd'hui sous contrôle idéologique allemand, exigent un contrôle de ce budget. L'impôt est de ce fait déligitimé au sens où la théorie de la démocratie représentative conçoit la légitimité. Il y a là un vaste champ de réflexion pour la philosophie politique. Mais, honnêtement, le bon sens immédiat nous permet de voir que cette écotaxe, dont le prélèvement doit être assuré par le secteur privé après une négociation douteuse, n'a rien à voir avec l'impôt légitime et noble de l'Etat social.

Quelles sont les évolutions possibles de cette révolte ?

E.T. : Après la révolte des banlieues, la révolte bretonne marque une étape dans la dislocation du système social et politique français. Il me semble que nous avons franchi un seuil parce que la capacité des classes dirigeantes françaises à protéger leur peuple n'est plus du tout évidente. C'est l'effet de la crise qui dure depuis 2008 et de la montée en puissance de l'Allemagne à l'intérieur du système européen. Dans les déclenchements révolutionnaires, il y a souvent, avec l'impôt, la question nationale, dimension révélée en creux par la présence du drapeau breton. Une classe dirigeante est en danger si elle apparaît internationalement ridicule. La Grande Jacquerie trouve son origine dans l'incapacité des chevaliers français à faire face aux archers anglais, la révolution russe ne peut s'expliquer sans la défaite face aux armées allemandes.

Nous ne sommes pas loin de cette situation en France. Nous vivons une déroute industrielle et nos dirigeants n'en finissent pas de se ridiculiser sur la scène internationale. Moscovici accepte sur Chypre un accord qu'il ne comprend pas, Fabius tente de nous entraîner dans une guerre syrienne pour finir éjecté par les Russes de la négociation. Quant à Hollande, il semble moins président de la République française que vice-chancelier du système allemand. Aucun pouvoir ne peut survivre dans la durée à l'appauvrissement économique et à l'humiliation nationale. Les commentateurs français ont du mal à comprendre pourquoi Angela Merkel est si populaire dans une population allemande qui ne profite pas des succès allemands à l'exportation. Tout simplement parce que l'Allemagne vit le contraire d'une humiliation nationale : la gratification nationale d'être redevenue dominante en Europe et de voir les autres obéir.

Mais la Bretagne là-dedans ?

E.T. : La révolte bretonne est une chance pour la France... Une révolte dans la grande région socialiste et européiste, au cœur du conformisme qui paralyse la France ! Le véritable enjeu maintenant est idéologique. Si les Bretons s'aperçoivent que l'Europe est leur problème, que leurs vrais concurrents sont les Roumains et les Allemands qui importent ceux-là à 5 € l'heure, le système idéologique explose, et là, tout est ouvert... Les classes dirigeantes françaises ne peuvent plus défendre l'euro, il est liquidé et la France, toutes énergies libérées, revient dans l'histoire.
 
REPÈRES BIO

Né en 1951, Emmanuel Todd est notamment l'auteur de l'Illusion économique (1998), Après la démocratie (2008) et le Mystère français (2013), coécrit avec le démographe Hervé Le Bras.
 
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LES VISÉES NÉOLIBÉRALES SUR L’ÉDUCATION. Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

30 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

LES VISÉES NÉOLIBÉRALES SUR L’ÉDUCATION
 
Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

 
Le 29 novembre 2013.

 
Résumé

Ce sont les visées néolibérales sur l’éducation qui démolissent le système éducatif. Elles peuvent être décrites en quatre objectifs : faire de l’éducation un marché rentable ; former une main-d’œuvre « employable » ; fabriquer l’ « homme néolibéral » ; écraser la capacité de résistance des enseignants et personnels de l’Education nationale. Cette stratégie néolibérale doit trouver en face d’elle une opposition résolue sur chacun de ces points, dans la perspective du système éducatif pour un socialisme du XXIe siècle.

  • Pour accéder à l’étude du M’PEP ou l’imprimer, cliquez ci-dessous :
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La lettre volée : "Ils ont des bonnets rouges...". Le blog d'Edgar

30 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

 

Mardi 26 novembre 2013

Il fallait la faire celle-là, c'est donc fait.

 

Des commentaires sur mon billet précédent signalent que les bonnets rouges ne s'attaquent pas à l'Union européenne, et donc que Todd ou moi avons tort de penser que les protestations bretonnes peuvent ouvrir sur quelque chose de positif en termes de reconstruction républicaine.

 

Je ne suis pas complètement naïf et il ne m'avait pas échappé que le mouvement des bonnets rouges n'était pas univoque.

 

Pour ce qui est du régionalisme, j'avais signalé en 2006 les projets régionalistes de l'UFCE, qui tendent à un découpage de la France (je recopie encore cette carte de l'Europe des régions, élaborée par les Verts européens).

 

europe_verte.jpg

 

Je connais l'Institut de Locarnthink tank autonomiste breton vaguement déguisé - une citation bien connue d'un des présidents : "le problème de la Bretagne, c'est la France !"

 

Je découvre en rédigeant ce billet (c'est l'une des vertus du blog, ça conduit à se documenter) un animateur des bonnets rouges qui se déclare européen anti-jacobin.

J'avais découvert la semaine dernière, via l'Agence Bretagne Presse (encore des autonomistes), le parti Breizh Europa, qui se veut Breton et européen, en contournant Paris évidemment.

J'ai été choqué par une phrase de Jean-Pierre Le Goff dans un entretien au Monde, qui soutenait Hollande et invoquait les "français et les bretons" comme s'il s'agissait de deux régions voisines du bel ensemble européen.

Donc oui, tout cela existe, il ne s'agit pas de l'ignorer. Mais l'autonomisme breton existe depuis longtemps, et a même une longue tradition de collaboration européenne. Il n'est pas né il y a quinze jours.

hermine.jpg

 

Est-ce donc une raison pour abandonner l'ensemble des protestations contre la crise émanant, entre autres, de la Bretagne, aux autonomistes ?

 

Ce serait une erreur de faire ce choix à mon sens.

 

Je note que l'UPR, ce parti que j'évoque régulièrement, participait aux manifestations bretonnes. Et la page Facebook de l'UPR du seul Finistère a plus "d'amis" que celle de Breizh Europa.

 

L'UPR manifestait donc au milieu des bonnets rouges, en réclamant la sortie de l'UE. Ils n'ont pas été passés à tabac apparemment, et ont même fait une brève apparition au Petit journal.



upr-29.jpg

 

 

Todd s'est donc enthousiasmé pour conférer un sens républicain et anti-européen à une manifestation où des indépendantistes étaient effectivement à la manoeuvre pour faire de la récupération.

 

La seule question qui compte c'est de savoir s'il faut les laisser faire, surtout si l'on est convaincu que l'appauvrissement républicain qui provoque cette révolte, est causé par l'Europe elle-même ?

 

D'autres ont une réponse similaire à la mienne :

 

bn-j.jpg

 

 

 

http://www.lalettrevolee.net/

 

 

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Bancocratie : de la république de Venise à Mario Draghi et Goldman Sachs. Le blog de Jean Lévy.

29 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Economie

Vendredi 29 novembre 2013 5 29 /11 /Nov /2013 08:30

Du 12e au début du 14e siècle, l’Ordre des Templiers, présent dans une grande partie de l’Europe, s’est converti en banquier des puissants et a contribué à financer plusieurs croisades. Au début du 14e siècle, il est devenu le principal créancier du roi de France, Philippe le Bel. Face au poids d’une dette qui grevait ses ressources, Philippe le Bel s’est débarrassé de ses créanciers et, par la même occasion, de sa dette en diabolisant l’Ordre des Templiers, l’accusant de multiples crimes1. L’Ordre a été interdit, ses chefs exécutés et ses biens confisqués. Il manquait un État et un territoire à l’Ordre des Templiers pour faire face au roi de France. Son armée (quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers), son patrimoine et ses créances sur les dirigeants ne l’ont pas protégé de la puissance d’un État décidé à éliminer son principal créancier.

À la même époque (11e – 14e siècles), les banquiers vénitiens financent aussi des croisades et prêtent de l’argent aux puissants d’Europe, mais ils manœuvrent beaucoup plus habilement que l’Ordre des Templiers. A Venise, ils prennent la tête de l’État en lui donnant la forme d’une république. Ils financent la transformation de Venise, cité-État, en un véritable empire comprenant Chypre, l’Eubée (Négrepont) et la Crète. Ils adoptent une stratégie imparable pour s’enrichir durablement et garantir le remboursement de leurs créances : ils décident eux-mêmes d’endetter l’État vénitien auprès des banques qu’ils possèdent. Les termes des contrats de prêts sont définis par eux puisqu’ils sont à la fois propriétaires des banques et dirigeants de l’État.

Alors que Philippe le Bel avait intérêt à se débarrasser physiquement de ses créanciers pour se libérer du poids de la dette, l’État vénitien remboursait rubis sur l’ongle la dette aux banquiers, qui eurent d’ailleurs l’idée de créer des titres de la dette publique qui pouvaient circuler d’une banque à l’autre. Les marchés financiers commençaient alors à se mettre en place2. Ce type d’emprunt est le précurseur de la forme principale d’endettement des États tel qu’on le connaît au 21e siècle.

Sept siècles après l’écrasement de l’Ordre des Templiers par Philippe le Bel, aujourd’hui les banquiers d’Europe, tout comme leurs prédécesseurs vénitiens ou génois, n’ont manifestement pas d’inquiétude à avoir à l’égard des gouvernements en place.

 

Les États nationaux et le proto-État qu’est l’Union européenne d’aujourd’hui sont peut-être plus complexes et sophistiqués que les Républiques de Venise (ou de Gênes) du 13 au 16e siècle, mais ils sont tout aussi crûment les organes d’exercice du pouvoir de la classe dominante, le 1% opposé aux 99%. Mario Draghi, ancien responsable de Goldman Sachs en Europe, dirige la Banque centrale européenne. Les banquiers privés ont placé leurs représentants ou leurs alliés à des postes clés dans les gouvernements et dans les administrations. Les membres de la Commission européenne sont très attentifs à la défense des intérêts de la finance privée, et le lobbying que les banques exercent auprès des parlementaires, des régulateurs et des magistrats européens est d’une efficacité redoutable.

Quand Goldman Sachs suggère une baisse d'un tiers des salaires en France


Si une poignée de grandes banques capitalistes occupe le devant de la scène ces dernières années, cela ne doit pas cacher le rôle des grandes entreprises privées de l’industrie et du commerce, qui usent et abusent de leur proximité avec les structures étatiques de manière tout aussi habile que les banquiers. L’interconnexion et l’imbrication inextricables entre les États, les gouvernements, les banques, les entreprises industrielles et commerciales, et les grands groupes privés de communication constituent d’ailleurs une des caractéristiques du capitalisme, dans sa phase actuelle comme dans les précédentes.

Un livre accable encore Goldman Sachs

Un livre accable encore Goldman Sachs

Effectivement, dès la victoire du capitalisme comme mode de production et comme formation sociale dominante, le pouvoir est exercé par les représentants des grands groupes privés et leurs alliés.

D’un point de vue historique, le New Deal initié par le président Roosevelt en 1933 et les trente années qui ont suivi la 2e guerre mondiale apparaissent comme une parenthèse pendant laquelle la classe dominante a dû faire des concessions, certes limitées mais réelles, aux classes populaires. Les grands patrons ont dû dissimuler quelque peu leur emprise sur l’État. Avec le tournant néolibéral entamé dès la fin des années 1970, ils ont abandonné la discrétion. Les années 1980 mettent sur le devant de la scène une classe dominante complètement désinhibée qui assume et affiche avec cynisme la course au profit et l’exploitation généralisée des peuples et de la nature. La formule, tristement célèbre, de Margaret Thatcher « There is no alternative » marque jusqu’à aujourd’hui le paysage politique, économique et social, à travers des attaques violentes des droits et des conquêtes sociales. Mario Draghi, Angela Merkel, Silvio Berlusconi (grand patron italien), José Manuel Barroso apparaissent comme des figures emblématiques de la poursuite du projet thatchérien. La complicité active des gouvernements socialistes (de Schröder à Hollande en passant par Blair, Brown, Papandreou, Zapatero, Socrates, Letta, Di Rupo et bien d’autres) montre à quel point ils se sont insérés dans la logique du système capitaliste, à quel point ils font partie du système tout comme Barack Obama de l’autre côté de l’Atlantique. Comme l’a affirmé le milliardaire américain Warren Buffett : « C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner ».

Le système de la dette publique tel qu’il fonctionne dans le capitalisme constitue un mécanisme permanent de transfert de richesses produites par le peuple vers la classe capitaliste. Ce mécanisme s’est renforcé avec la crise commencée en 2007-2008 car les pertes et les dettes des banques privées ont été transformées en dettes publiques. Sur une très vaste échelle, les gouvernements ont socialisé les pertes des banques afin qu’elles puissent continuer à faire des bénéfices qu’elles redistribuent à leurs propriétaires capitalistes.

Les gouvernants sont les alliés directs des grandes banques et mettent à leur service les pouvoirs et les deniers publics. Il y a un va et vient permanent entre les grandes banques et les gouvernements. Le nombre de ministres des Finances et de l’Économie, ou de premiers ministres, qui proviennent directement des grandes banques ou qui y vont quand ils quittent le gouvernement ne cesse d’augmenter depuis 2008.

Le métier de la banque est trop essentiel à l’économie pour être laissé dans les mains du secteur privé, il est nécessaire de socialiser le secteur bancaire (ce qui implique son expropriation) et de le placer sous contrôle citoyen (des salariés des banques, des clients, des associations et des représentants des acteurs publics locaux), car il doit être soumis aux règles d’un service public3 et les revenus que son activité génère doivent être utilisés pour le bien commun.

La dette publique contractée pour sauver les banques est définitivement illégitime et doit être répudiée. Un audit citoyen doit déterminer les autres dettes illégitimes ou/et illégales et permettre une mobilisation telle qu’une alternative anticapitaliste puisse prendre forme.

La socialisation des banques et l’annulation/répudiation des dettes illégitimes doivent s’inscrire dans un programme plus large4.

Comme pendant la république de Venise, aujourd’hui dans l’Union européenne et dans la majorité des pays les plus industrialisés de la planète, l’État est en osmose avec la grande banque privée et rembourse docilement la dette publique. Le non remboursement de la  dette illégitime, la socialisation de la banque ainsi que d’autres mesures vitales seront le résultat de l’irruption du peuple comme acteur de sa propre histoire. Il s’agira de mettre en place, sous un contrôle populaire actif, un gouvernement aussi fidèle aux opprimés que les gouvernements de Merkel et de Hollande le sont aux grandes entreprises privées. Un tel gouvernement du peuple devra faire des incursions dans la sacro sainte grande propriété privée pour développer les biens communs tout en respectant les limites de la nature. Ce gouvernement devra également réaliser une rupture radicale avec l’État capitaliste et éradiquer toutes les formes d’oppression. Une authentique révolution est nécessaire.

Eric Toussaint, publié sur le site du CADTM

1 Voir David Graeber, Dette 5000 ans d’Histoire, Paris, Les liens qui libèrent, 2013 ; Thomas Morel et François Ruffin, Vive la Banqueroute !, Paris, Fakir Editions, 2013.

2 Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme. XVe-XVIIIe siècle, Paris, Armand Collin, 1979 ; David Graeber, Dette 5000 ans d’Histoire, Paris, Les liens qui libèrent, 2013.

3 Le secteur bancaire devrait être entièrement public à l’exception d’un secteur coopératif de petite taille avec lequel il pourrait cohabiter et collaborer.

4 Voir Damien Millet et Eric Toussaint, « Europe : Quel programme d’urgence face à la crise ? », http://cadtm.org/Europe-Quel-progra..., publié le 10 juin 2012. Voir également : Thomas Coutrot, Patrick Saurin et Éric Toussaint, « Annuler la dette ou taxer le capital : pourquoi choisir ? », Annuler la dette ou taxer le capital : pourquoi choisir ? publié le 28 octobre 2013. Enfin voir : Que faire de la dette et de l’euro ? http://cadtm.org/Que-faire-de-la-de... publié le 30 avril 2013.

entreleslignesentrelesmots | 19 novembre 2013 à 7 h 00 min | Catégories: ATTAC/COPERNIC /CADTM/CETIM | URL: http://wp.me/pRE4U-3et
http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-bancocratie-de-la-republique-de-venise-a-mario-draghi-et-goldman-sachs-121301793.html

Nouvelle publication sur Entre les lignes entre les mots


Bancocratie : de la république de Venise à Mario Draghi et Goldman Sachs

 

 

 

 

by entreleslignesentrelesmots

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Intérêt général, intérêts particuliers. Par Daniel Gluckstein, Secrétaire national du POI.

29 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le syndicalisme

Intérêt général, intérêts particuliers

 

 

Mercredi 27 novembre 2013

 

par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.

 

La déclaration adoptée ce 25 novembre par cinq confédérations « rassemblées » à l’initiative de la CFDT et de la CGT (1) mérite la plus grande attention. On y lit que « l’expression légitime des intérêts particuliers ne peut sans danger laisser se développer les corporatismes en ignorant l’intérêt général ».

 

Qu’est-ce que cela signifie ?

 

« L’expression légitime des intérêts particuliers », c’est l’essence de la démocratie, la reconnaissance qu’il existe des intérêts contradictoires — en particulier ceux qui opposent les exploités aux exploiteurs — qui s’expriment notamment dans l’existence de partis et de syndicats.

 

« L’expression légitime des intérêts particuliers», c’est la reconnaissance de la lutte de classe, et donc du droit imprescriptible de la classe ouvrière à s’organiser pour les faire prévaloir.


Tous ceux qui, dans le passé, ont voulu brider l’expression des intérêts particuliers au nom de « l’intérêt général » ont pavé la voie à l’instauration du corporatisme, un système dans lequel les organisations de classe sont sommées de s’intégrer aux institutions de l’Etat (2).


En l’occurrence, la déclaration du 25 novembre se conclut par l’appel à participer à la manifestation du 30 novembre contre le racisme. Le racisme ? L’histoire témoigne que cette mauvaise graine — qui exploite politiquement des préjugés fondés sur l’ignorance pour tenter d’opposer les exploités entre eux — ne fleurit et prospère que sur le terreau de la décomposition sociale et du communautarisme. Or si l’un et l’autre se développent aujourd’hui, c’est en conséquence directe de la politique du gouvernement Hollande-Ayrault répondant aux injonctions de l’Union européenne et du capital financier.


Ce n’est pas « le racisme » qui organise avec les patrons les plans de licenciements, qui fait voter la contre-réforme des retraites, la réforme Peillon et l’acte III de la décentralisation, qui menace dans tous les domaines les droits de la classe ouvrière et qui impose l’austérité. C’est le gouvernement.


L’intérêt général — ou l’union nationale, quel que soit le nom qu’on lui donne —, c’est le corporatisme, l’inverse de la démocratie. La démocratie, c’est la lutte de classe, pour défendre pied à pied les intérêts ouvriers et populaires et bloquer la politique meurtrière du gouvernement.


D’un côté, la manifestation du 26 novembre appelée par CGT et CGT-Force ouvrière contre la réforme des retraites. De l’autre côté, la manifestation politico-syndicalo-sociétale du 30 novembre pour la défense du gouvernement (sous couvert de lutte contre le racisme). Entre les deux, un gouffre : celui qui sépare l’indépendance de classe de l’intégration, la démocratie du corporatisme.


Le POI, pour sa part, se refuse à prendre place dans quelque combinaison que ce soit dont l’objectif ne soit pas d’aider à réaliser l’unité des travailleurs et de leurs organisations dans le combat de classe, sur une ligne de rupture avec le gouvernement, sa politique et l’Union européenne.



(1) Deux jours après la manifestation de Lorient au cours de laquelle Berger et Lepaon ont revendiqué un « volet social » dans le « pacte régional pour l’avenir de la Bretagne ».


(2) Que la CFDT, fondée à l’origine sur l’encyclique papale corporatiste Rerum Novarum, tienne ce langage, rien d’étonnant. Mais que vient faire la signature de la CGT, confédération syndicale ouvrière, au bas d’un tel document ?


 

 

http://img.over-blog.com/300x192/2/67/10/73/logo-POI-carre.jpg


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Le Grand Marché Transatlantique. Le sort réservé à l'agriculture. Une vidéo à ne pas manquer.

29 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le traité Transatlantique.

Il est à peu près évident pour ceux qui osent garder un peu d'objectivité dans ce dossier que l'asservissement des peuples par les multinationales va être plus important et difficile à combattre, une fois les accords transatlantiques signés.

Une loi française nous protège de la malbouffe, le bœuf aux hormones et j'en passe, on n’en tiendra pas compte ! Une loi française interdisant l'exploitation des gaz de schistes semble nous mettre à l'abri de ces horreurs économiques, cela se fera quand même! Nous pensons pouvoir résister à ces malversations officielles ? Sachez qu'il n'en est rien. Un tribunal privé entièrement au service des multinationales est prévu pour imposer la logique marchande aux états récalcitrants. Les jugements rendus par cette organisation au service de la mafia qui gouverne le monde, seront contraignants pour les contrevenants. Cela signifie que cet organisme est supérieur à toutes les juridictions publiques. Cela signifie qu'il est supérieur à toutes les constitutions.

 

Je pense que la vidéo ci-dessous a le mérite de traiter le sujet de façon claire et ludique.

 


 
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Centrafrique : avons-nous les moyens de nos ambitions ? Par Dominique Jamet.

29 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'armée française

Centrafrique : avons-nous les moyens de nos ambitions ?

centrafrique
Le 29 novembre 2013
   
L’État n’est plus qu’un nom, une pure fiction dans un pays où le seul règne est celui du chaos.

Répondant à la demande instante d’un gouvernement et d’un État en péril de mort, cautionnée par l’Organisation des Nations Unies, accueillie avec transport par l’immense majorité de la population, l’intervention de notre armée au Mali, en janvier dernier, pleinement justifiée par l’urgence, irréprochable au regard du droit international, a bénéficié sur le moment, chose rare, de l’approbation unanime des Français.

L’opération Serval a de surcroît été couronnée par le succès. Elle a très vite réalisé ses objectifs essentiels : stopper le déferlement des milices islamistes sur Bamako, refouler l’adversaire vers le Nord du pays, détruire ses capacités opérationnelles. C’est sur cette base qu’ont pu être organisées et se dérouler sans obstacle les élections présidentielles puis législatives qui ont rétabli une légalité et une légitimité démocratique au Mali.

Cela étant dit, qu’il ne faut ni nier ni sous-estimer, il est clair que ce pays demeure institutionnellement et politiquement fragile. Qu’à tout moment, les têtes de l’hydre djihadiste peuvent y repousser. Que nos forces, avec leurs effectifs limités, sont en mesure de faire échec à toute nouvelle offensive islamiste mais ne sont pas à même de quadriller un territoire grand comme deux fois la France et d’y rétablir une paix durable. Et qu’enfin, le départ de nos troupes, initialement prévu en juillet, risque d’être indéfiniment retardé, comme c’est déjà le cas au Tchad, en Côte d’Ivoire ou au Niger, si l’on veut éviter le retour des désordres qui sont à l’origine de leur envoi sur place.

 

C’est aujourd’hui au Centrafrique que sonne l’alarme. L’État n’est plus qu’un nom, une pure fiction dans un pays où le seul règne est celui du chaos. Réduit à ses seules forces, le gouvernement mis en place par une alliance anarchique de militaires putschistes, de combattants islamistes, de bandits transfrontaliers et de voyous attirés par la soif de l’or et l’odeur du sang, est totalement incapable, en eût-il la volonté de rétablir même un semblant d’ordre et de mettre fin aux viols, aux pillages, aux massacres et à la guerre civile sans merci qui s’étend de jour en jour comme un feu de brousse. La simple humanité justifie une intervention qui se traduira là aussi, dans un premier temps, par la déroute et la dispersion de ces Grandes compagnies qui ressuscitent sur le continent noir, en plein XXIe siècle, les horreurs de notre Moyen Âge.

 

Mais après, mais plus tard ? Si notre supériorité technique et le professionnalisme de nos soldats nous mettent à l’abri d’une défaite, pouvons-nous nous payer le luxe financier et prendre le risque politique de maintenir indéfiniment des troupes étrangères sur le sol d’États souverains qui n’ont trop souvent secoué le joug colonial que pour tomber sous la coupe de dictateurs ou de gouvernements corrompus, mais dont la population n’est pas moins jalouse d’une indépendance qu’elle n’entend pas voir remise en cause ? Le comble serait que l’on en vienne à soupçonner nos intentions et à nous reprocher des interventions qui sont pourtant exemptes de tout désir de rétablissement d’un ordre ancien, même si elles ne sont pas toujours pures de toute arrière-pensée économique.

 

La Côte d’Ivoire il y a deux ans, le Mali au début de cette année, à présent le Centrafrique nous posent en définitive une question simple et capitale : sommes-nous prêts à assumer, avec toutes ses conséquences, militaires et politiques, le rôle de gendarme de l’Afrique francophone ? Si la réponse est affirmative, il nous faut accepter l’idée que cette responsabilité nous engage pour très longtemps et admettre que le poids de cet engagement est incompatible avec l’affaiblissement programmé de notre défense nationale.

 

Nos capacités de « projection », proches de leurs limites, réduisent nos interventions à des effectifs de plus en plus dérisoires, alors même que François Hollande, sur les théâtres extérieurs, développe un interventionnisme inattendu. Après l’envoi de 3.000 hommes au Mali, nous ne disposons que de 1.000 hommes pour le Centrafrique. Et si demain le feu se propageait au Cameroun, en Guinée, au Congo, que sais-je, est-ce avec une escouade de hussards, un peloton de dragons ou une patrouille de parachutistes que nous volerions au secours des États et des gouvernements concernés ? Peut-on faire de plus en plus avec de moins en moins ? Avons-nous toujours les moyens d’une grande politique ? Il y a des offensives qui ressemblent à des fuites en avant.

 

http://www.bvoltaire.fr/dominiquejamet/centrafrique-avons-nous-les-moyens-de-nos-ambitions,42949?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=f66adb7a40-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-f66adb7a40-25039029

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Non à « l'État BNP » : pour une séparation de la Banque et de l'État. Une pétition lancée par Olivier Berruyer.

29 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Economie

Non à « l'État BNP » : pour une séparation de la Banque et de l'État

Non à « l'État BNP » : pour une séparation de la Banque et de l'État
                                                  

Pourquoi c'est important

Le Directeur du Trésor est le haut-fonctionnaire en charge, entre autres, de la régulation du secteur financier. Véritable « vice-ministre en charge du secteur bancaire », il a une importance stratégique considérable.

En réponse à une (éventuelle...) demande du Président, c'est lui qui aurait la charge de préparer une vraie loi de séparation des activités bancaires, une taxe sur les transactions financières, une lutte drastique contre la spéculation, un renforcement de la réglementation financière, une lutte contre l'optimisation fiscale des banques, etc...

Le Canard enchainé du 20/11/2013 a indiqué que le gouvernement envisageait de remplacer l'actuel Directeur du Trésor, nommé par Nicolas Sarkozy, et de nommer à sa place François Villeroy de Galhau - qui est l'actuel directeur général délégué de BNP-Paribas !

Le Monde a indiqué que ses propres informations "confirmaient celles du Canard enchaîné". L'intéressé a pour l'instant mollement démenti, et le gouvernement est resté très flou.
Les va-et-vient, d’habitude à sens unique « public vers banques privées », sont une mauvaise habitude particulièrement fréquente en France.

Une telle nomination, en sens contraire, approfondirait encore plus nos difficultés de contrôle de la finance, et serait de nature à livrer l’État au bon vouloir des banques – dans une situation miroir des États-Unis, où ces pratiques sont fréquentes, avec les résultats que l’on constate.

Même si cette nomination était abandonnée, le simple fait que de très hauts responsables administratifs et politiques ne voient pas le problème, ignorant le symbole et les risques, est très problématique en termes démocratiques. Le fait que cela soit possible n’est donc plus acceptable.

Cette affaire est donc l’occasion, outre de protester contre une telle nomination, de promouvoir un renforcement des mesures anti-pantouflage, dont l’affaire Pérol avait déjà montré la nécessité il y a quatre ans.

Nous demandons donc :

1/ de ne pas nommer dans les prochaines semaines de banquier comme Directeur du Trésor ;

2/ de renforcer les mesures anti-pantouflage « public / banques », en interdisant aux ministres et/ou hauts fonctionnaires de Bercy, Matignon, l’Elysée et la Banque de France d’exercer des fonctions salariées ou de conseil dans une banque ou un organisme financier moins de 5 ans après leur départ du gouvernement ou de l’administration. Pour le Directeur du Trésor et le Gouverneur de la Banque de France, ce délai est porté à 10 ans.

3/ d'appliquer la même règle pour les arrivées en provenance du privé à ces postes.

Il y a près de 110 ans, notre pays a su séparer l’Église de l’État, au plus grand bénéfice de la République. Il est grand temps de réaliser une séparation identique des banques, rompant avec des pratiques délétères remontant à l’époque des banques nationalisées.

Cette saine réforme pourra alors ouvrir la voie à des réformes financières plus profondes.

« La réforme que nous allons voter laissera le champ libre à l’activité républicaine pour la réalisation d’autres réformes essentielles. » [Aristide Briand, rapporteur du projet de loi de séparation de l’Église et de l’État, 3 juillet 1905]



Les Crises

Plus d'informations:

Un banquier au Trésor : nouvel exemple d’une pratique répandue (La Tribune)
http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/20131120trib000796798/un-banquier-au-tresor-nouvel-exemple-d-une-pratique-repandue.html

Remaniement à la tête des deux plus grandes directions de Bercy (Le Monde)
http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/20/reforme-fiscale-remaniement-a-la-tete-des-deux-plus-grandes-directions-de-bercy_3516850_3234.html
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[État BNP] Luttons contre la pauvreté… Mo-bi-li-sez vous ! Le blog d'Olivier Berruyer.

29 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Economie

29 novembre  2013

[État BNP] Luttons contre la pauvreté… Mo-bi-li-sez vous !    

Oui, aidons un homme à faire le bon choix, celui de la dignité, celui lui permettant de rester propre sur lui.

Oui, aidons François à ne pas faire le mauvais choix.

 

Car il pense probablement que, en quittant BNP pour la Direction du Trésor, diviser son salaire par 5 n’est pas un problème – quel Saint Homme, quelle abnégation. Qui ne le ferait pas ? Maigre sacrifice, en effet, pour avoir la joie de travailler au quotidien avec Pierre Moscovici.

 

 

Il semble clair, dans ce contexte, que la seule raison qui puisse guider François à faire une croix sur un futur triplement de son même salaire, c’est qu’il pense pouvoir rester à ce poste très longtemps. Toute autre raison serait parier sur un futur re-retour gagnant chez BNP, en étant récompensé d’une docilité au Trésor des années durant – et ça, cela serait tellement peu chrétien, que c’est évidemment exclu.

 

 

Mais qui a prévenu François que le Président Hollande risquait – oh, hypothèse bien improbable – de ne pas être réélu, un peu handicapé par sa côte de popularité presque à un chiffre ?

Non, faisons un geste, et aidons François à rester dans sa banque.

 

Signons la pétition “Reste chez BNP François” ici même... Près de 4 000 déjà…

 

  

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Des juifs dans la collaboration, de Maurice Rajsfus. le blog de Jean Lévy.

29 Novembre 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire

Des juifs dans la collaboration, de Maurice Rajsfus

Des juifs dans la collaboration,

de Maurice Rajsfus


Des juifs dans la collaboration est paru en 1980. L’auteur, le journaliste devenu historien Maurice Rajsfus, est né en 1928, de parents juifs polonais, morts en déportation à Auschwitz et Maurice Rajsfus fut lui-même raflé au Vel d’Hiv alors qu’il n’était qu’adolescent (il en réchappa par miracle). L’ouvrage est préfacé par Pierre Vidal-Naquet, historien connu notamment pour ses travaux sur le génocide juif et le négationnisme, qui apporte au livre son indispensable crédit. Le livre, épuisé, n’a été ni réédité ni réimprimé depuis sa sortie.
Des Juifs dans la Collaboration démontre notamment que de nombreux juifs ont participé activement à la déportation de leurs coreligionnaires pendant la guerre et rend caduque l’argument (dominant aujourd’hui) selon lequel l’État français est seul responsable de la déportation des juifs. Cette distinction entre d’un côté les juifs de France, et de l’autre l’Etat français (donc les Français non-juifs), distinction créée par Jacques Chirac le 16 juillet 1995 au Vel d’Hiv, n’a donc pas lieu d’être.
Elle se révèle être ce qu’elle est : une nouvelle discrimination raciale, 50 ans après les faits, dans ce même Vélodrome d’Hiver. Avec, faut-il l’ajouter, l’assentiment officiel des représentants de la communauté juive, comme en 1942.

Aussi insupportable que cela puisse paraître, l’UGIF,  ancêtre du CRIF (...), mis en place par Pétain et les nazis (l’UGIF était en relation directe avec la Gestapo), aida à constituer des listes de juifs à rafler et à déporter.

Maurice Rajsfus témoigne autant qu’il relate les faits. Dans la préface, Pierre Vidal-Naquet explique très clairement  que c’est parce qu’aucun historien (lui le premier) n’a voulu réaliser ce travail  qu’un journaliste l’a entrepris.
Le livre, qui propose une somme impressionnante de documents d’archives, de témoignages et d’analyses, n’a jamais été réédité depuis 1980. (...)  "

 

 

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-des-juifs-dans-la-collaboration-de-maurice-rajsfus-121255035.html

 

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