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Le blog de Lucien PONS
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[Reprise] Moi, je ne suis pas Charlie ! Je suis Claude !, par P. Piccinin. Par Olivier Berruyer.

31 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #la liberté, #La Laïcité, #Terrorisme, #Je suis Charlie?

 

Édito du Courrier du Maghreb et de l’Orient de ce mois de janvier.

Rappel : Les-crises.fr condamne sans ambiguïté les attentats de Paris – tout comme toutes les incitations à la haine et tous les terrorismes – des forts comme des faibles.

“J’aurais bien voulu être Charlie, mais je dois être Claude.

Claude, c’est un jeune professeur de philosophie politique, qui enseigne dans une école supérieure de la région parisienne.

C’est un fidèle lecteur du Courrier du Maghreb et de l’Orient ; et il suit régulièrement mes coups de gueule sur Facebook…

Claude, il y a quelques jours, a découvert, dans son fil d’actualité, le petit placard que j’avais posté sur ma page, la veille, très tard ; je l’avais moi-même emprunté à un ami algérien, qui vit à Toulouse.

Ce qui m’avait décidé ?

En visant les dernières infos du jour, tandis que je zappais, j’étais tombé sur cette scène : une meute de bienpensants, à New York, qui ânonnaient benoîtement « Je suis Charlie », avec un accent américain abominable…

Probablement ces Charlies états-uniens n’avaient-ils jamais ouvert une seule fois dans leur vie un exemplaire de l’hebdomadaire français, ni jamais vu aucune des caricatures de Cabu, Charb ou Wolinski ; s’il faut en croire l’éditorialiste James Brooks, en tout cas, qui affirmait, dans un article paru dans The New York Times (« I’m NOT Charlie Hebdo »): « S’ils avaient essayé de publier leur journal satirique sur n’importe quel campus universitaire aux États-Unis, durant ces deux dernières décennies, ils n’auraient pas tenu 30 secondes. Les étudiants et les cercles facultaires les auraient accusés d’attiser la haine. L’administration leur aurait coupé toute subvention et leur aurait fait fermer boutique. »

C’en était pathétique ; de ce pathos écœurant que peut exhaler un mouvement de foule idiot, imbécile, une réaction épidermique, où tout le monde fait tout comme tout le monde, sans rien vraiment comprendre aux enjeux, mais pour ne pas être en reste, pour ne pas prendre le risque de se tromper tout seul… Par peur, de se tromper tout seul…

Mais aussi parce que c’est tellement agréable de se sentir solidaire…

Surtout quand ça n’engage à rien !

  • « Je ne suis pas Charlie
  • Je suis la Palestine qui se fait voler…
  • Je suis la Syrie qui se fait bombarder…
  • Je suis l’Afrique qui meurt de faim et de massacre… »

Claude a imprimé le placard et l’a affiché au tableau noir de sa salle de cours.

Au soir de cette journée-là, Claude m’écrit…

Dans l’après-midi, une petite troupe aux babines haineuses s’est présentée à sa porte. Des étudiants, plusieurs de ses collègues, quelques parents d’élèves…

Ils voulaient le lui faire enlever, son placard.

Claude s’y est opposé.

Devant son refus, la troupe a assailli le rectorat de coups de téléphone et la porte de son directeur de coups de poings.

« Indigné », son directeur s’est joint à la petite foule hystérique. Il a ordonné à Claude d’enlever le placard de dessus son tableau.

Une nouvelle fois, Claude s’y est opposé.

« Déchirez ce torchon ! », s’est alors exclamé un des quidams. « Il faut défendre Charlie ! », a-t-il vociféré de plus belle. « Il faut défendre ‘la liberté d’expression’ ! » (sic)

La troupe, alors, a envahi la salle ; Claude, qui a tenté de résister, a été violemment bousculé, poussé à terre.

Et les fiers et courageux défenseurs de la liberté d’expression ont arraché le placard qu’il avait affiché dessus son tableau noir.

Tous ont applaudi.

Eux tous, qui, très certainement, jamais, dans l’entièreté de leur existence, d’aucune façon, ne se sont mis à un seul moment en danger pour défendre quelque forme de liberté.

Claude voulait poser une question, à propos d’un phénomène.

Peut-être voulait-il aussi remémorer à ses étudiants les vastes tragédies de l’Orient, plus ou moins oubliées dans les méandres d’un inconscient collectif.

Il n’en a pas eu le droit.

Depuis cet événement, Claude est sous le coup d’une procédure disciplinaire.

Peut-être devra-t-il définitivement quitter sa salle de cours et son tableau noir.

Alors, non ! Décidément, non ! Et, après ça, moins que jamais ! Je ne suis pas Charlie !

Parce que je ne saurais m’associer à ces gens-là !

Parce que, si Claude a pleuré le jour où il a appris l’assassinat des journalistes de la rédaction de Charlie Hebdo, ces « Charlies » qui l’ont frappé, « bunkérisés » dans leurs certitudes, dans leurs convictions bornées, eux, ils n’ont jamais levé le petit doigt pour la Syrie, la Palestine et l’Afrique.

Parce que tous les Charlies du Monde qui se sont subitement sentis investis de la mission de défendre « la liberté d’expression » en frappant Claude pour lui clouer le bec, je ne les ai pas vus… Je ne les vois jamais, eux… Lorsque je manifeste pour que l’on apporte de l’aide aux centaines de milliers de réfugiés Syriens… Lorsque je manifeste pour que cesse les carnages à répétitions qu’Israël perpètre à Gaza… Lorsque je manifeste pour que les multinationales arrêtent d’affamer l’Afrique… Les Charlies subitement apparus un peu partout n’ont jamais été ni la Syrie, ni Gaza, ni la Côte d’Ivoire.

Parce que, comme les milliers de familles arabo-musulmanes qui vivent dans les villes d’Occident, je pense à mes proches, à chaque heure, à ceux-là, qui meurent quotidiennement plus nombreux dans les guerres du Moyen-Orient ; parce que je comprends mal pourquoi les Charlies ne se mobilisent pas pour eux.

Parce que je refuse de participer à cette névrose collective, ce qui ne m’empêche pas d’exprimer ma tristesse devant la souffrance et l’horreur des attentats de Paris, même si Charlie Hebdo n’était plus, depuis longtemps, le champion de l’esprit critique et de la vérité à tout prix qu’il a été jadis et si cette rédaction avait passé pas mal de petits compromis avec le politiquement très correct, depuis que Philippe Val y a remis de l’ordre, un ordre très favorable à Israël dont Charlie Hebdo avait pris le parti en 2006, et depuis que le comité s’était élargi à des personnalités de l’acabit de Caroline Fourest, pseudo-intellectuelle chantre de l’islamophobie…

Parce que je refuse de m’associer à ce qui s’est rapidement mué en une scandaleuse pleurnicherie réservée aux membres du grand club occidentalo-occidental, alors que, depuis des années, tous ces gens se fichent éperdument de tragédies autrement plus effroyables qui, de l’autre côté du grand lac Méditerranée, plongent dans l’horreur des centaines de milliers de familles.

Parce que je ne peux pas être Charlie avec tous ces inconscients qui ne savent pas la réelle valeur de « la liberté d’expression », quatre mots dont ils ignorent tout des réalités intrinsèques.

Parce que je suis effrayé par leur sectarisme hypocrite, par ce communautarisme de proximité qui frise le racisme le plus débridé, jamais avoué, ni assumé dès lors.

Parce que je ne peux pas être à la fois la Palestine, la Syrie et l’Afrique… et Charlie. Pas ce Charlie-là, en tout cas ; pas cette indécence qui, je crois, n’aurait peut-être pas vraiment plu à l’un ou l’autre des douze défunts… Qui les aurait embarrassés, gênés.

Parce qu’on n’est pas obligé d’avoir les mêmes sentiments que tout le monde. Parce qu’on ne devrait pas avoir à s’inquiéter si, avec la raison et l’esprit, on n’exprime pas les mêmes émotions viscérales que tous ceux-là qui s’empressent d’hurler le même slogan.

Parce que je n’ai jamais eu la mémoire courte et parce que je me souviens que ceux-là mêmes qui braillent à présent sur toutes les chaînes de télévisions et de radios contre une atteinte à « la liberté d’expression », politiciens, journalistes et simples quidams, il y a quelques mois, en meutes, l’écume aux lèvres, muselaient sans vergogne et avec une arrogance féroce la voix dissidente d’un autre humoriste par trop dérangeant… La liberté d’expression à géométrie variable…

Parce que je m’opposerai toujours à ces policiers de la pensée.

Parce que je n’ai pas besoin de me donner l’impression d’exister, à travers un quelconque « Je suis Charlie ». Même s’il est éminemment politiquement incorrect de l’écrire, c’est effectivement bien de cela qu’il s’est agit, dans le cas de beaucoup des badauds qui se sont rassemblés sous cette épithète, de ces derniers jours…

Mais ce phénomène de masse a surtout eu l’effet pervers d’étourdir les analystes et de les détourner des réels enjeux des trois attaques qui ont frappé la capitale de la France.

Dès les premières heures (et trop souvent à ce stade encore), en effet, toute la communication autour des ces attaques a été axée sur l’idée d’une cible unique et d’une atteinte à la liberté d’expression. Aucun des médias mainstream occidentaux n’a même évoqué la revendication de l’attentat, que l’État islamique, le jour même, se glorifiait d’avoir commandité, information pourtant publiée par plusieurs quotidiens algériens et reprise ensuite dans la presse arabophone.

Ainsi, c’est seulement après la troisième attaque que certains des commentateurs de presse ont commencé à reprendre leurs esprits et, en un habile glissement, à peine perceptible par le grand public, à recentrer leur propos sur l’implication de l’État islamique. Très peu, encore, ont fait le rapprochement avec l’attaque djihadiste qui avait eu lieu quelques mois plus tôt, au Musée juif de Bruxelles, une attaque elle aussi liée à la dimension tentaculaire de l’État islamique.

Les deux attaques, qui, à Paris, ont suivi celle du siège de Charlie Hebdo, confirment la thèse selon laquelle les caricatures de Mahomet n’étaient pas la motivation unique des djihadistes. Charlie Hebdo était une cible parmi d’autres, dans un contexte de guerre, celui du conflit désormais internationalisé qui oppose l’Occident et ses alliés arabes à l’État islamique qui a fait tache d’huile en Syrie et en Irak, un conflit dont la France est partie prenante.

Dès les premiers instants, il était assez évident que ces attaques frontales, comme à Bruxelles, relevaient d’une forme d’action et d’un modus operandi signés de l’État islamique.

Or, c’est précisément dans le cadre de ce conflit qu’il fallait d’emblée inscrire ces événements et à la lumière de ces circonstances qu’il fallait les interpréter : ce n’est pas une question de liberté de presse (ou d’expression; ce qui n’est pas la même chose…) ; c’est une guerre sainte. Ce sont les guerres que l’Occident mène en Orient, qui débordent et inondent aujourd’hui les rues des métropoles européennes. C’est une croisade inversée… mais pas une guerre de civilisation…

Mon éditorial, en ce mois de janvier, devait porter sur la nouvelle politique sociétale et médiatique qui se redessine tout en subtilité dans le Golfe persique, dont les vieilles monarchies, vacillantes, tentent de faire peau neuve et de trouver un second souffle. Il aura été quelque peu bousculé par l’actualité, tout comme Claude.

Notre rédaction a en effet reçu beaucoup de réactions. Des réactions de nos lecteurs en Europe, mais aussi en Afrique et au Moyen-Orient. Et nous ne pouvions faire l’impasse sur cet événement ou, plus exactement, sur les conséquences qui s’en sont déjà faites sentir.

Mais notre revue n’y a en rien perdu. Au contraire, elle a pleinement joué son rôle, celui auquel doit s’astreindre tout organe de presse honnête et sincère ; elle a accompli sa mission, de se battre pour la vérité, pour la justice et, à l’encontre de ceux-là mêmes qui censurent au nom de principes qu’ils foulent au pied, pour la liberté d’expression. Pas seulement celle de quelques-uns. Pas seulement celle d’une majorité. Mais celle de tous. De l’Occident à l’Orient.

Source : P. Piccinin, historien et politologue pour le Courrier du Maghreb et de l’Orient

 

 

13 réponses à [Reprise] Moi, je ne suis pas Charlie ! Je suis Claude !, par P. Piccinin

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« CONVERSION RÉPUBLICAINE » : une tribune de Jean-Pierre Chevènement [Marianne]

31 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #La gauche, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;

Publié par Michel El Diablo

 

« CONVERSION RÉPUBLICAINE » : une tribune de Jean-Pierre Chevènement [Marianne]« CONVERSION RÉPUBLICAINE » : une tribune de Jean-Pierre Chevènement [Marianne]

Tribune de Jean-Pierre Chevènement, parue dans Marianne le 22 janvier 2015

Le peuple français s’est mis debout, le 11 janvier 2015, pour dire son attachement à la République. D’abord à un mode de vie fondé sur la liberté et particulièrement celle de s’exprimer, bref à une civilisation. Il a refusé le chantage à la peur que prétend exercer sur lui un terrorisme d’un autre âge. Mais ce sursaut républicain devra s’inscrire dans la longue durée. En effet, nous n’éradiquerons pas facilement ce terrorisme là, qui se développe à l’intersection des plaies de notre société et des conflits qui frappent le monde musulman (1200 millions d’hommes et de femmes). Il faudra des années, voire des décennies, pour y parvenir. 

La raison en est simple : Pour venir à bout du terrorisme, il faut le couper de sa base potentielle. Aucune action policière, si efficace qu’ait été celle qui a été conduite et si nécessaire soit-elle dans les temps à venir, ne peut se substituer à cet axe stratégique fondamental. 

Les pays européens ont connu des mouvements terroristes dans les années 1970-1980 (Fraction armée rouge, Brigades rouges, Action directe). Ces mouvements ont échoué parce que les masses ouvrières dont ils se réclamaient ne se reconnaissaient nullement dans leurs méthodes et dans leurs objectifs.
 

 

Il en va différemment avec le djihadisme armé. Celui-ci prétend imposer par la terreur – et d’abord aux musulmans – son identité politico-religieuse totalitaire, basée sur le retour à l’Islam des origines. Il naît du salafisme, lui même encouragé par le wahabisme. L’explosion de la richesse pétrolière dans les pays du Golfe depuis le début des années 1970 a fait basculer vers ceux-ci le centre de gravité du monde arabe et d’une partie du monde musulman. Sous l’influence de leurs « fondations », l’influence du salafisme a grandi partout, des confins pakistanais au Sahel africain, en passant par le cœur du monde arabe, le Machrek. Al Quaïda est née comme une projection du Moyen-Orient sur l’Afghanistan. Daesh est d’abord le fruit vénéneux de la politique américaine vis-à-vis de l’Irak. Mais nos banlieues elles-mêmes ne sont pas épargnées. Les conflits du Moyen-Orient, favorisés par le non règlement du problème israélo-palestinien depuis plusieurs décennies et attisés par un interventionnisme occidental à courte vue (Irak, Libye, Syrie), ont malheureusement l’avenir devant eux : on n’assèchera pas facilement le terreau des conflits dans le monde arabo-musulman. Peut-être pourrons-nous aider à préserver le Maghreb. 


Prévisible depuis longtemps
[1], le conflit qui frappe la France à son tour s’alimente à deux sources : la perte de repères d’une jeunesse précarisée et le sentiment d’injustice et de persécution que le monde musulman éprouve à tort ou à raison à l’endroit du monde occidental. A raison, parce que l’interventionnisme paré de prétextes humanitaires hypocrites a trop souvent pris le relais du colonialisme. Mais à tort aussi dans la mesure où l’Islam, tenté il y a un siècle par la réforme (la « Nadha ») ne l’a pas vraiment réalisée, n’acceptant pas un rapport libre à la religion qui dégagerait en lui d’immenses potentialités. Malek Chebel rappelle un hadith du Prophète : « Allah a voulu se faire connaître. Il a créé le monde pour que l’Homme, saisi de sa Sublime Beauté, puisse le vénérer à sa guise » [2]

Faire de l’Islam en France un Islam éclairé qui rayonnerait dans le monde musulman, telle était l’intuition de Jacques Berque. Elle m’a inspiré, en 1999, le lancement d’une consultation (« Istichara ») ouverte à toutes les sensibilités musulmanes présentes sur notre sol (y compris l’UOIF et le Tabligh). Toutes ont contresigné une déclaration portant sur les principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les Pouvoirs publics et le culte musulman en France
[3] (laïcité, séparation de l’Eglise et de l’Etat égalité homme-femme, etc.). Sans doute certains problèmes – la formation des imams - sont restés pendants mais, aujourd’hui, les musulmans disposent dans la plupart de nos villes de lieux de cultes dignes. Un Islam compatible avec la République doit pouvoir combattre et isoler les tentations de djihadisme armé de quelques voyous égarés. 


Ce terrorisme djihadiste frappe d’abord les musulmans. Dois-je rappeler que plus de cent journalistes algériens ont payé de leur vie, dans les années 1990, la conquête de leur liberté d’expression face à l’obscurantisme ? Refusons les amalgames trop rapides qui confondraient l’ensemble des musulmans avec une poignée de fanatiques. Ce serait faire le jeu du terrorisme. Les agressions contre les lieux de culte musulmans ne sont pas seulement odieuses et criminelles. Elles sont imbéciles. Combattre le terrorisme, c’est aussi combattre l’esprit de croisade. C’est aux musulmans d’abord qu’il revient pourtant de séparer le bon grain de l’ivraie. Les pays occidentaux peuvent les y aider et d’abord en ne multipliant pas les ingérences expéditionnaires et déstabilisatrices. 

La France, parce qu’elle a une politique claire, est fondée à demander à ses citoyens, qu’ils soient musulmans, juifs ou chrétiens, de ne pas importer sur son sol le conflit israélo-palestinien, a fortiori sous la forme d’horribles attentats antisémites qui frappent des Français en raison de leur religion. 


La France, parce qu’elle a une politique claire, est devant un défi de longue durée. Il lui faut aussi balayer devant sa porte. Ce n’est pas la République qui est la cause des ratés de l’intégration des jeunes issus de l’immigration dans la communauté des citoyens. C’est le défaut ou l’insuffisance de République. 

De bons apôtres présentent le multiculturalisme comme remède alors qu’il n’est bien souvent que l’alibi des communautarismes. Il faut, au contraire, défendre la République comme un régime où, en dehors de ce qui est prohibé par la loi, la liberté est la règle. Une certaine bien-pensance s’en prend à la laïcité présentée comme « agressive ». La laïcité se borne à séparer le domaine du religieux propre à chacun de l’espace commun où tous les citoyens sont conviés, à travers l’exercice de leur raison naturelle, à participer à la définition de l’intérêt général. La laïcité n’est nullement dirigée contre les religions. La lettre de Jules Ferry aux instituteurs (1883) rappelle que le maître, dans ses cours d’éducation morale, ne peut rien avancer devant ses élèves, qui blesserait la conscience d’un de leurs parents. Un professeur de dessin dans l’Ecole de la République ne saurait caricaturer Mahomet. La République, pour être refondée, doit l’être sur la base de concepts clairs. 
La République a besoin d’un nouveau programme du CNR [4] pour résorber les fractures de notre société. Il y a, bien évidemment, celle que crée le chômage et d’abord celui des jeunes. Chacun le ressent : l’Europe doit rompre avec une politique de stagnation économique qui détruit des emplois au lieu d’en créer. 

Outre l’emploi, il y a aussi l’éducation et la culture. Il faut mettre l’accent sur ce qui unit et non sur ce qui divise, sur ce qui rassemble et non sur ce qui sépare. Arrêtons avec le « droit à la différence » qui débouche toujours sur la différence des droits. 

Pour la gauche, qui a deux ans devant elle, le moment est venu de faire cette « conversion républicaine » à laquelle elle a trop souvent tourné le dos (affaire du voile en 1989). On entend encore récemment que l’addition des minorités permettrait de remplacer la majorité populaire dans laquelle la gauche trouvait traditionnellement sa base et sa raison d’être. L’heure de la refondation républicaine ne sonnera pas deux fois. Un pays qui ne s’aime plus ne saurait intégrer de nouveaux citoyens. Le récit national français a été détruit par tous ceux qui, dans leur tête, avaient déjà abandonné la France à Le Pen il y a trente ans : il faut reconstruire ce récit national, rompre avec les discours masochistes, aider la France à retrouver l’estime de soi, sans laquelle elle ne pourra surmonter sa crise d’identité actuelle. Là est le rôle, magnifique, de l’Ecole de la République. Pour transmettre les connaissances et les valeurs républicaines, pour expliquer la laïcité, pour faire aimer la France, notamment à travers sa littérature et son histoire, les programmes de l’Ecole devront être revus et publiés sous une forme accessible à tous. Il faut à nouveau étudier les grandes œuvres. La formation des maîtres est la clé : « on ne transmet, disait Hannah Arendt, que cela à quoi on croit ». 

L’accès à la citoyenneté permettra seul d’« assécher le terreau » où peut germer le terrorisme djihadiste. Cela prendra du temps mais cela donnera du sens à la politique. 


Je n’ai rien dit au chapitre de la sécurité parce que le Président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, assurant une efficace coordination des forces de police et de gendarmerie, se sont montrés tout à fait à la hauteur des évènements et que je leur fais confiance pour perfectionner notre dispositif centralisé de lutte contre le terrorisme, tout en préservant l’Etat de droit. 

Pour autant la refondation républicaine est une tâche autrement plus vaste. Elle sera de longue haleine. C’est une immense révolution intellectuelle et morale qu’il faut conduire. 

L’unité nationale qui s’est manifestée le 11 janvier sera fondatrice si le gouvernement parle clair et juste en tous domaines et s’il appelle la France à l’exigence et à l’effort. Le monde dans lequel nous sommes entrés est difficile. Il ne nous fait et ne nous fera pas de cadeaux. La gauche est-elle capable d’effectuer, au bord du gouffre, cette « conversion républicaine »  à laquelle j’ai souvent appelé ? 

Le peuple français n’attend que cela. Il a déjà rendu à la France ce qui lui faisait le plus défaut : la fierté. La France, nation suprêmement politique, peut encore, si nous le voulons, montrer le chemin à une Europe et à un monde qui ont besoin d’être éclairés par les valeurs que la République incarne. 


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[1] Jean-Pierre Chevènement, Défis républicains, Fayard, 2004, p. 388-415. 
[2] Malek Chebel, L'inconscient de l'Islam, CNRS Editions, décembre 2014. 
[3] Cette Déclaration du 28 janvier 2000 contresignée par le Ministre de l'Intérieur est reproduite dans l'annexe 4 de Défis républicains, livre que j'ai publié chez Fayard en 2004. 
[4] Conseil National de la Résistance
 
 
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«Apologie du terrorisme» : un prof de philosophie suspendu. Par Jean Lévy.

31 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Terrorisme, #la liberté, #La République, #La France, #Ecole, #Je suis Charlie?

31 janvier 2015

«Apologie du terrorisme» : un prof de philosophie suspendu

«Apologie du terrorisme» : un prof de philosophie suspendu

Kim HULLOT-GUIOT

30 janvier 2015


Le professeur de philosophie est suspendu pour quatre mois à titre conservatoire. (Photo Thomas Samson. AFP)

HISTOIRE

Après les meurtres perpétrés par Coulibaly et les frères Kouachi, la plupart des enseignants, souvent démunis, ont voulu faire circuler la parole,organiser des débats, poser des mots sur ces événements glaçants. Dans le même temps, la ministre de l’Education nationale prévenait : tous les élèves ou les enseignants qui tiendraient des propos discutables seraient sanctionnés, voire signalés à la police.

Un exercice difficile qui pourrait coûter cher à Jean-François Chazerans, professeur de philosophie au lycée Victor-Hugo de Poitiers. Il s’est vu reprocher d’avoir «tenu des propos déplacés» lors de la minute de silence (à laquelle il assure cependant n'avoir pas assisté), jeudi 8 janvier, en hommage aux victimes, rapporte la Nouvelle République. «Il y a eu des plaintes de familles, a expliqué au journal régional le recteur de l’académie de Poitiers, Jacques Moret. L’enseignant aurait tenu des propos déplacés […]. J’ai immédiatement diligenté une enquête. Le professeur a été suspendu. Il fallait l’éloigner de ses élèves. La procédure suit son cours. Le conseil de discipline statuera [le 13 mars] sur la suite de sa carrière.»

Sa suspension de quatre mois a été agrémentée d’une plainte en justice. Le parquet de Poitiers a ouvert une enquête pour «apologie d'actes de terrorisme». La teneur des propos en question n’a pas été précisée.

«On a très peu d'infos, on sait simplement que [Jean-François Chazerans] n'était pas à la minute de silence [qu'il est accusé d'avoir perturbée]. Est-ce que dans son débat il y a des choses qui ont été interprétées par les élèves, puis répétées et à nouveau interprétées par les parents ? […] On peut se demander si le fait qu'il ait essayé de réfléchir à la montée du jihadisme chez les jeunes n'a pas été interprété comme une façon de leur trouver des excuses», a expliqué à Libération Nadine Aloisio, membre du bureau de Sud Education.

Décrit par le quotidien régional comme un militant d’extrême gauche, Jean-François Chazerans s'était exprimé, samedi, affirmant que les élèves avaient été à l’initiative du débat : «Je ne sais pas ce qu’on me reproche. Je ne sais pas quel cours, quel débat est concerné. [Les inspecteurs d’académie m’ont] juste dit : "Ce sont des propos qui ont été tenus en classe." On évoque qu’il y avait eu des plaintes d’élèves et de parents qui sont montées directement au rectorat. Je suis sonné, je m’attendais à tout sauf à ça. Ce fameux jeudi, j’ai organisé des débats avec mes six classes de terminale. Le but était de comprendre les causes du terrorisme en sortant autant que possible de la passion et de l’émotion du moment

Il poursuit : «Ma réaction de citoyen est de dénoncer avec force ces actes odieux, horribles. On ne peut quand même pas m’accuser d’avoir la moindre sympathie pour les jihadistes. Ce sont des groupes fascistes que je combats. Il n’y a pas eu une quelconque apologie du terrorisme lors de mes cours. Au contraire…»

Contacté par le Figaro, un membre du personnel de l’établissement parle d’un prof «qui a le goût du débat avec les élèves, toujours soucieux de faire s’exprimer ses élèves, [animateur] de longue date d’un café-philo».

Sur une page Facebook de soutien à Jean-François Chazerans, un jeune homme qui se présente comme un ancien élève abonde :

«Il aime vraiment son métier, respecte ses élèves, et transmet à travers ses cours des messages pacifistes. Il amène ses élèves à réfléchir par eux-mêmes, c’est ce qu’on attend d’un prof de philo…» Un père d’élève : «Je connais bien Jean-François Chazerans comme militant, certes, mais aussi comme prof. Il a été le prof […] d’un de mes fils et je peux témoigner de la valeur de cet enseignant qui sait inculquer à ses élèves les méthodes leur permettant une pensée autonome.» Un autre élève : «Il m’a toujours fait penser à Robin Williams dans le Cercle des poètes disparus et cette figure m’a permis d’avancer. Il est des professeurs qui s’inquiètent réellement du sort de ses élèves N’en jetez plus !

Un rassemblement de soutien a eu lieu mercredi à Poitiers et une pétition a été lancée. Le syndicat Sud Educ s’interroge : «Comment pourrait-on le suspecter de ne pas respecter les victimes de ces actes odieux, qu’il condamne par ailleurs, alors qu’il partage bien des engagements qui sont ceux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo Au-delà du fond, Nadine Aloisio dénonce aussi la méthode : «[Jean-François Chazerans] n'était même pas au courant [que des parents avaient appelé le lycée]. La parole du prof vaut donc moins que celle de l'élève ou des parents ? On est des punching-balls ? Voilà comment on protège les profs : on les met en première ligne, puis on ne les soutient pas.»

La proviseure du lycée, que nous avons contactée, n'a pas souhaité s'exprimer. L'intersyndicale des enseignants du lycée Victor-Hugo

a lancéun préavis de grève pour le jeudi 5 février.

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L'Allemagne entre deux maux, par Jacques Sapir.

31 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La nation ., #La République, #Grèce, #Le capitalisme;, #La finance dérégulée

L'Allemagne entre deux maux

29 janvier 2015
Par 

Angela Merkel - CC PPEOn commence seulement aujourd’hui à bien mesurer ce que la victoire de SYRIZA peut signifier pour le zone Euro. En réalité, cette victoire met l’Allemagne au pied du mur et fait éclater son double langage quant à la zone Euro. Privée de marges de manœuvres néanmoins, l’Allemagne peut réagir violemment et provoquer, indirectement, la dissolution de la zone, même si elle en est la principale bénéficiaire aujourd’hui. Pour comprendre cela, il faut rappeler ici quelques points.

La victoire de Syriza

La victoire, véritablement historique, de SYRIZA en Grèce a propulsé son chef, le charismatique Alexis Tsipras sous le feu des projecteurs. Il convient de rappeler que ce parti est en réalité une alliance regroupant des anciens gauchistes, des anciens communistes, des écologistes, et des anciens socialistes. Ce qui a fait le ciment de cette improbable alliance, et qui explique son succès, avec plus de 36% des suffrages exprimés, est en réalité bien plus profond, mais aussi plus complexe, que la “question sociale”. Non que cette dernière ne soit importante, voire tragique. On comprend le refus d’une austérité meurtrière qui ravage la population grecque depuis 2010. Mais il y a aussi la question de la souveraineté nationale. Le refus de la soumission aux injonctions de Bruxelles et de la commission européenne, qui s’est exprimé dès le lendemain de l’élection, est une dimension très importante de la victoire de SYRIZA. La question sociale, sur laquelle se focalisent les commentateurs français, pour importante qu’elle soit, n’explique pas tout. En réalité, SYRIZA s’est engagé dans un combat pour le souveraineté du peuple grec contre les bureaucrates de Bruxelles et de Francfort, siège de la Banque Centrale Européenne. La victoire de SYRIZA annonce peut-être celle de PODEMOS en Espagne au début de cet automne. Et, tout comme dans SYRIZA, la composante souverainiste est loin d’être négligeable dans PODEMOS, ou encore dans le parti irlandais qui briguera lui-aussi la victoire au début de 2016, le SIN FEINN.

Au-delà du symbole, il y a des actes. Et les premiers actes de Tsipras ont été des signaux très forts envoyés aux autorités de Bruxelles. Tout d’abord, il a constitué son gouvernement en passant une alliance avec le parti des « Grecs Indépendants » ou AN.EL. Beaucoup considèrent que c’est une alliance hors nature de l’extrême-gauche avec la droite. Mais ce jugement reflète justement leur incompréhension du combat de SYRIZA et sa réduction à la seule question sociale. Ce qui justifie l’alliance entre SYRIZA et les « Grecs Indépendants », c’est justement le combat pour la souveraineté de la Grèce. Tsipras, dès son premier discours, a parlé de l’indépendance retrouvée de son pays face à une Union Européenne décrite ouvertement comme un oppresseur. Le deuxième acte fort du nouveau gouvernement, qui n’a eu aucun écho dans la presse française mais qui est fondamental, a été de se désolidariser justement de la déclaration de l’UE sur l’Ukraine. Une nouvelle fois, comme on pouvait s’y attendre, l’UE condamnait la Russie. Tsipras a dit, haut et fort, que la Grèce n’approuvait pas cette déclaration, ni sur le fond ni dans sa forme. Or, ce point va devenir de plus en plus important. La politique de l’Union Européenne concernant les affaires internationales est une politique intergouvernementale. Cela implique que les décisions soient prises à l’unanimité1. Le nouveau gouvernement grec reproche donc à l’UE cette décision car elle a été prise sans respecter les procédures internes à l’UE2. Il est désormais clair que l’UE ne pourra plus se comporter comme avant en ce qui concerne tant la Russie que l’Ukraine. Le troisième acte a été la décision du gouvernement, annoncée par le nouveau ministre des Finances M. Varoufakis, de suspendre immédiatement la privatisation du port du Pirée. Cette décision signifie la fin de la mise à l’encan de la Grèce au profit de l’étranger. Ici encore, on retrouve la nécessité d’affirmer la souveraineté de la Grèce. Mais, cette décision est aussi un coup très dur porté aux diverses compagnies qui s’étaient attablées devant ce marché.

Le dilemme allemand

Il faut alors chercher à comprendre la position de l’Allemagne. La déclaration du Ministre de l’Économie, M. Sygmar Gabriel est à cet égard éclairante. Il a ainsi déclaré qu’"il faut que soit respecté un principe de justice à l'égard de notre population"3. Il a souligné que ce fameux « principe de justice » devait s’appliquer à l'égard "des gens en Allemagne et en Europe (...) qui se sont montrés solidaires" [des Grecs]. En réalité, ces aides sont allées majoritairement aux banques européennes qui avaient acheté une grande part de la dette grecque. Il n’y a pas eu de « solidarité » avec le peuple grec, mais un principe bien compris de socialisation des pertes. Néanmoins, il faut s’interroger sur le pourquoi de cette déclaration.

L’Allemagne ne veut pas que la zone Euro se transforme en une “union de transferts”. C’est une constante depuis le début des négociations sur la zone Euro. On peut le comprendre, d’ailleurs, car si les principes d’un réel “fédéralisme” étaient appliqués (comme ils le sont à l’intérieur d’un État comme la France) l’Allemagne, “région” riche de la zone Euro, devrait contribuer à hauteur de 8-9% de son PIB par an sur une période d’au moins dix ans. On peut considérer que ceci aboutirait à casser les reins à l’économie allemande. Mais l’Allemagne veut – par contre – les avantages de la monnaie unique, et d’un taux de change inchangé avec ses pays “clients”. C’est ici que le bat blesse. En effet, soit l’Allemagne accepte une nouvelle – et très importante – restructuration de la dette grecque (ou un moratoire) et elle sera immédiatement saisie de demandes analogues par des pays comme le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie. Soit l’Allemagne adopte une position “dure”, en l’enrobant de pleurnicheries obscènes comme celles de Sygmar Gabriel (et en oubliant toutes les restructurations de la dette allemande qui ont eu lieu au XXème siècle) et provoque un affrontement avec la Grèce. Mais alors, le risque est important de voir la Grèce quitter l’Euro, et un processus de contagion se mettre en place.

De fait, et quoi que fasse l’Allemagne, elle sera confrontée à ce processus de contagion, soit à l’intérieur de l’Euro (et avec une pression de plus en forte pour voir augmenter sa contribution) ou à l’extérieur, avec une dislocation probable de la zone Euro. L’Allemagne a encore le choix, mais c’est un choix entre deux maux. Et l’on peut penser que, dans ce cas, elle choisira ce qui pour elle, ou plus précisément pour ses dirigeants, apparaîtra comme le moindre : la rupture de la zone Euro. Mais l’Allemagne ne peut pas, pour des raisons historiques, porter la responsabilité d’une destruction de cette zone. Elle devra, à tout prix, la faire porter aux Grecs, quitte a déployer des trésors de mauvaise foi.

Quoi qu’il en soit, l’avenir s’annonce sombre pour l’Allemagne qui se rend compte aujourd’hui qu’elle est dans un piège, ce piège même où elle avait cru enfermer les autres pays. Quelle que soit l’issue qu’elle choisira, l’Europe, qui est aujourd’hui une forme de propriété allemande, sortira affaiblie. Mais cet affaiblissement tire en réalité son origine du fait que l’Allemagne a sciemment pratiqué une politique de “cavalier solitaire” tout en prétendant adhérer à des mécanismes fédéraux. Le double langage se paye toujours, et dans ce cas il se payera à un prix particulièrement élevé.

Une anticipation par le BCE ?

Il faut alors revenir sur la conférence de Mario Draghi du jeudi 22 janvier. On a déjà signalé l’importance de la limitation à 20% de la garantie de la BCE sur les nouveaux achats de titres. Mais on peut se demander si, en réalité, Mario Draghi n’a pas anticipé la situation à venir, et une probable décomposition de la zone Euro. On peut lire sa politique, et ses déclarations comme le choix suivant : pas de mutualisation des dettes s’il n’y a pas de mutualisation économique (et en particulier budgétaire). Cette position est très sensée. La mutualisation des dettes n’aurait effectivement de sens que si l’on aboutissait rapidement à un système de mutualisation économique, et budgétaire. Or, Mario Draghi n’est pas sans savoir que l’Allemagne est fortement opposée à une telle mutualisation. Aussi est-il en train d’organiser le fractionnement monétaire du marché des dettes, et donc la renationalisation de ces dernières. Ceci pourrait bien être la dernière étape avant la dissolution de la zone Euro.

Mais, pour qu’il y ait une dissolution “organisée”, il faudrait que l’Allemagne reconnaisse le dilemme dans lequel sa propre politique l’a plongée. Il est très peu probable que les dirigeants allemands, qui ont tous – que ce soit la CDU-CSU ou la SPD – été connivents à cette politique, l’acceptent. Disons le tout de suite, c’est très peu probable. Le cheminement auquel nous devons nous attendre est donc celui d’une montée de l’affrontement avec la Grèce conduisant cette dernière à faire défaut sur sa dette et à se faire “expulser” de la zone Euro, non pas dans les formes (car rien ne permet de le faire) mais dans les faits. La BCE coupera l’alimentation de la Banque Centrale grecque et décidera que les “euros” émis en Grèce ne peuvent plus circuler dans le reste de la zone Euro. Notons que des mécanismes de ce type ont été en leur temps employés, pour une durée certes très courte, sur Chypre.

Il est aussi clair que le gouvernement grec se prépare à ce type de scénario. Il va réaliser un budget en équilibre strict, moyennant bien entendu l’affectation des dépenses prévues sur les intérêt de la dette à d’autres dépenses. Mais, si cette politique fait sens pour la Grèce, elle ne le fait nullement pour la zone Euro, qui devra alors affronter une crise de défiance massive, et une contagion rapide sur d’autres pays. Ce sera le scénario de “dislocation” de la zone Euro.

Il serait important que notre personnel politique commence à s’y préparer. Mais l’on peut craindre que, vivant dans une bulle et pratiquant une forme particulière d'autisme politique, il ne voit rien venir et soit confronté à la réalité de manière très brutale.


  1. Gaspers Jan, « The Quest for European Foreign Policy Consistency and the Treaty of Lisbon », in Humanitas, Journal of European Studies, Vol. 2, No. 1, 2008. []
  2. Voir le blog du Ministre des Finances M. Yanis Varoufakis : http://yanisvaroufakis.eu/2015/01/29/a-question-of-respect-or-lack-thereof/ []
  3. http://www.boursorama.com/actualites/berlin-la-grece-doit-etre-juste-envers-ceux-qui-l-ont-aidee-0ff393fe5dc32ad1f58ad5d344e137e6 []

Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

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"Nous citoyens de Russie...". Un plaidoyer pour la paix. Par Hélène Richard-Favre.

31 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La Russie, #La guerre, #La paix, #L'OTAN., #Le capitalisme;, #La finance dérégulée

31/01/2015

"Nous citoyens de Russie..."

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Le texte que je reproduis ci-dessous a déjà été lu par près deux mille personnes.

Ecrit en russe, il a été traduit dans de nombreuses langues et diffusé dans autant de pays.

Il m'a été transmis et j'ai proposé de le partager sur mon blog, le voici:

 

Chers Européens,

Nous, citoyens de Russie, de plus de cent nationalités, de différentes confessions, races, croyances, orientations politiques, idéologiques, sexuelles et de tout le reste, nous voulons nous adresser à vous directement, sans confier ce texte aux politiciens et aux médias, car nous croyons le moment venu de parler sans intermédiaires.

Nous constatons avec une vive préoccupation que la situation en Ukraine a engendré la plus grave crise politique en Europe depuis la guerre froide.

Les dirigeants des États et des alliances militaires, pour la première fois depuis des décennies, n'excluent pas la possibilité d’une guerre sur notre continent, ce qui signifierait la mort de millions de personnes, de nos enfants, de nos parents et de nos proches. C’est une folie absolue que de voir nos peuples se laisser aller à la guerre et ne nous laisser que le rôle de figurants et d'observateurs.

Nous pensons que le moment est venu, pour les gens, de prendre leur destin en mains. Des politiciens irresponsables, des phobies de guerre froide, des blocs militaires, des armes de destruction massive, des bases militaires et des armées font surgir la menace de nouveaux conflits en Europe.

Nous sommes convaincus qu'aucun des peuples d'Europe ne veut la guerre. Il n'y a aucune raison ni de conditions à ce que des différends entre politiciens et des problèmes géopolitiques ne conduisent à de nouveaux troubles pour nos peuples. Si vos médias vous disent le contraire, s’ils essaient de vous convaincre que quelqu'un en Russie pense autrement, voulant envahir n'importe quel territoire ou asservir d'autres peuples, ce ne sont que des mensonges pour vous faire accepter des sanctions ou d'autres formes de pression sur la Russie.

Personne en Russie ne veut de conflit avec l'Europe, aucun citoyen de Russie n'est hostile aux Européens, aucune nation européenne ne devrait se sentir menacée par la Russie. Nos vœux concernant des minorités russes en Europe ne passent pas au-delà des conventions européennes et des principes fondamentaux des droits de l'homme.

Nous ne voulons que des garanties fondamentales pour notre sécurité, alors que notre nation a subi de multiples agressions venant de l'Europe au cours des deux derniers siècles. Or ce désir naturel n'a rien à voir avec une menace contre d'autres États. Nous ne voulons pour nous que des garanties de paix.

Nous demandons instamment à tous les gens lucides de l’Europe d'influencer les autorités de leurs pays, de faire cesser la diffusion de slogans militants et provocateurs, de ne pas céder aux mensonges des politiciens et des médias sur la «menace russe»,d' inviter les autorités au dialogue et à la recherche de solutions mutuellement acceptables au nom d'une Europe unie et calme.

Le temps des peuples d'Europe est arrivé. Ensemble, nous devons créer des structures nouvelles et des mécanismes pour la paix et la sécurité, pour assurer la résolution pacifique de tous les différends et le respect des droits de l’homme et des peuples.

Donnez une chance à la paix!

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Yelena

30 Janvier 2015 , Rédigé par Lucien Pons

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UKRAINE - Massacre du 2 mai 2014 à ODESSA : pour la VÉRITÉ et la JUSTICE !

29 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #La guerre, #La finance dérégulée, #La Russie, #Europe supranationale, #L'OTAN., #l'ONU, #Comité pour une Nouvelle résistance

29 janvier 2015

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Conférence de presse à Paris le 26 janvier 2015

 

INTRODUCTION par Gilles Questiaux, animateur du blog « Réveil communiste »

 

Nous voulons donner la parole à des témoins du massacre survenu à Odessa en Ukraine, le 2 mai 2014, Irynia et Elena, ici présentes.

 

Les organisateurs parisiens sont Monika Karbowska (association « Féministes pour une autre Europe ») , Gueorgui Chepelev (association « collectif citoyen pour la paix en Ukraine ») et moi-même (Gilles Questiaux, membre du PCF et de son réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » et animateur du blog Réveil communiste).

 

La conférence de presse, ainsi que la réunion publique à la librairie Tropiques ce soir fait partie d’une tournée qui passe par sept villes de France, organisée par Danielle Bleitrach (qui anime le blog « histoire et société » et Marianne Dunlop, membre de la fédération du PCF du Pas-de-Calais.

 

Nous disposons de la salle jusqu’à 18 heures, ce qui nous donnera le temps d’une discussion. La conférence est filmée, et sera mise en ligne sur Réveil Communiste. Le public n’apparaîtra pas sur le film. Nous remercions les journalistes qui ont répondu à notre invitation.

 

Bref rappel des faits :

 

Le massacre d’Odessa s’est produit quand des opposants de gauche au changement de régime qui a eu lieu en Ukraine en février 2014 ont tenté à leur tour de manifester. De planter à leur tour un campement permanent, en suivant la méthode non violente qui a pour but de susciter l’intérêt et la sympathie de l’opinion internationale. La réaction ne s’est pas faite attendre. Le 2 mai 2014, le campement a été détruit, et les manifestants ont été poursuivis par des nervis armés, encerclés dans la maison des syndicats qui a été incendiée. Ceux qui n’ont pas été brûlés vifs ont été battus à mort lorsqu’ils tentaient d’échapper aux flammes. Le tout sous l’œil de la police.

 

Et filmé en direct sur les réseaux sociaux. Le bilan officiel est de 48 morts, et l’association de victimes a identifié 66 morts et disparus. Il n’y a pas de liste officielle ni d’enquête digne de ce nom.

 

La révolution du Maïdan à l’envers, ou « anti-Maïdan »a été ainsi jugulée. Mais au prix fort : aujourd’hui, la guerre civile ravage le pays.

 

Le but de notre conférence de presse est de contribuer à obtenir justice pour ceux qui ont été assassinés froidement et publiquement, pour servir d’exemple.

 

Pour le moment les morts et les disparus d’Odessa ne pèsent pas lourds dans les consciences occidentales. Ils n’étaient pas dans le bon camp. Pour le moment, le parti pris de l’opinion, et de ceux qui l’influencent a abouti à une situation inqualifiable et nauséeuse : un massacre politique aussi grave que ceux qui viennent d’avoir lieu à Paris, et comme il ne s’en est pas produit en Europe depuis des dizaines d’années, a été minimisé et occulté.

 

Le précédent qui me vient à l’esprit est celui du 17 octobre 1961. Comme pour le massacre des Algériens de paris, le massacre des militants de gauche ukrainiens est bien connu de tout le monde. On ne prétend même pas l’ignorer. Mais on hausse les épaules, on minimise, et on change de sujet.

 

Il a fallu 30 ans pour que le 17octobre sorte du brouillard. Nous allons essayer de contribuer à la levée du brouillard qui plane sur le massacre d’Odessa, du 2 mai 2014, en donnant la parole aux témoins.

Irynia et Elena appartiennent au collectif qui s’est formé à Odessa pour obtenir justice. Le fils d’Elena, Andrei Brajevski, militant de gauche connu en Ukraine, âgé de 27 ans, figure parmi les victimes du massacre.

 

GQ, 26 janvier 2015

 

source : réveil communiste

 

repris par el diablo

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UKRAINE : Atrocités commises par la Garde nationale ukrainienne VOSTFR

29 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La guerre, #La paix, #Terrorisme, #Je suis Charlie?, #L'OTAN., #La France, #Europe supranationale

UKRAINE : Atrocités commises par la Garde nationale ukrainienne VOSTFR.

Cette vidéo est de juillet 2014!

Rien n'a changé depuis, le massacre continue!

LP

ATTENTION IMAGES TRÈS DURES. Ce documentaire est sans appels, un des plus durs que j'ai pu voir, non pas du fait des corps mutilés, mais des pleurs de toutes ces familles et de l'ampleur du génocide qui atteint un niveau jamais vu. Les USA ont formé les bataillons Azov et provoqué la crise, l'Europe est associée avec la junte de Kiev. Nos médias font le blackout et nous manipulent en affligeant la Russie qui n'est pas responsable de la situation et fait tout pour aider les habitants du Donbass. Les populations sont silencieuses. Que se passe t-il? La raison voudrait que nous intervenions militairement pour mettre hors de nuire les criminels de Kiev, au lieu de ça, nous travaillons avec eux pour des ressources, pour laisser aux impérialistes Américains le loisir de déstabiliser la région et de pousser Poutine à intervenir pour provoquer une guerre mondiale, et nous fermons les yeux face aux massacres. Honte aux médias qui ne font plus leur travail. En tant que Français, j'en appel au gouvernement et à tout les citoyens, réveillez-vous, nous ne pouvons pas laisser faire ça aujourd'hui au 21ème siècle, ou je n'ose même pas imaginer ce que sera notre avenir... Humains debout! Maintenant!

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Dossier : Liberté de la presse bafouée, l’indignation sélective épargne l’Ukraine.

29 Janvier 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #La paix, #Les média, #La mondialisation, #Terrorisme, #Je suis Charlie?, #La guerre, #L'OTAN.

Bonjour

C'est vrai que la présence du président Poroshenko dans le défilé parisien du 11 janvier 2015 pose quelques problèmes.

C'est vrai que se reconnaître dans le slogan "Je suis Charlie" devrait se fonder sur des principes et des actes incontestables.

Cordialement

Lucien Pons

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