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Le blog de Lucien PONS

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En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ? Par Maxime Chaix

15 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

En Syrie, le plus grand fiasco de la CIA ?


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Alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes au Moyen-Orient, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN ne peut et ne doit plus être éludée.


Récemment, le Washington Post a annoncé la fin du soutien de la CIA en faveur des rebelles « modérés », confirmant qu’en 2015, ceux-ci menaçaient de renverser Bachar el-Assad mais que cette issue chaotique fut empêchée par l’intervention militaire directe de la Russie cette même année. Chaotique, car le chroniqueur du Post, David Ignatus, vient de souligner dans ce même journal que Washington et ses alliés ne pouvaient proposer d’alternative politique viable, démocrate et modérée face au gouvernement syrien.

D’après le spécialiste de la Syrie Charles Lister, qui regrette ouvertement la fin de cette guerre secrète coordonnée par la CIA, l’Agence aurait constitué une force de 45 000 combattants à travers cette opération, dont nous savons depuis janvier 2016 qu’elle a pour nom de code « Timber Sycamore ».

Or, comme le rappelle l’universitaire américain Joshua Landis, ces rebelles « modérés » appuyés par la CIA et ses partenaires ont combattu jusqu’en janvier 2014 aux côtés de la milice terroriste qui allait devenir l’« État islamique » (EI) six mois plus tard, lors de la proclamation du « califat » par Abou Bakr al-Baghdadi. Cet argument est confirmé par l’expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui a souligné à l’auteur de ces lignes que « les rebelles n’ont combattu Daech qu’à partir de l’hiver 2013-2014. Avant cette période, ils étaient main dans la main avec cette organisation. » 

Depuis qu’ils ont rompu avec l’EI, ces groupes soutenus par la CIA et ses alliés se sont majoritairement coordonnés avec la branche d’al-Qaïda en Syrie, qui s’est appelée le Front al-Nosra jusqu’en juillet 2016, avant de changer de nom et de rompre superficiellement son allégeance au réseau de feu Oussama ben Laden.

 

Comme le New York Times le soulignait en octobre dernier, lors de la bataille finale pour la reprise d’Alep-Est, « onze parmi la vingtaine de groupes rebelles menant l’offensive ont été approuvés par la CIA et ont reçu des armes de l’Agence, d’après Charles Lister, un chercheur et spécialiste de la Syrie au Middle East Institute, à Washington. […] Monsieur Lister et d’autres experts ont déclaré que la vaste majorité des factions rebelles approuvées par les États-Unis à Alep combattaient en pleine ville, et qu’ils pilonnaient massivement les troupes du gouvernement syrien en appui des combattants affiliés à al-Qaïda, qui se chargeaient de l’essentiel des combats sur la ligne de front. “La triste vérité, cependant, est que ces groupes soutenus par les États-Unis [et leurs alliés] restent d’une manière ou d’une autre dépendants des factions affiliées à al-Qaïda dans ces opérations, en termes d’organisation et de puissance de feu”, selon l’experte Genevieve Casagrande, une spécialiste de la Syrie au sein de l’Institute for the Study of War à Washington. »

Comment la CIA et ses alliés ont soutenu le djihad en Syrie

Plusieurs éléments troublants sont à relever dans cette opération. Tout d’abord, sachant que les États-Unis se revendiquent en guerre contre le terrorisme depuis septembre 2001, appuyer pendant près de cinq ans des groupes qui combattent aux côtés d’al-Qaïda n’a pas semblé poser problème aux décideurs américains et à leurs alliés occidentaux – ce qui est pour le moins déroutant.

Et comme l’a pertinemment souligné Joshua Landis, le gouvernement des États-Unis savait depuis le milieu de l’année 2012 que les armes livrées massivement par la CIA et une quinzaine de services spéciaux depuis la Turquie et la Jordanie équipaient principalement des groupes djihadistes, un processus dévoilé par le New York Times en octobre 2012.

Comme l’auteur de ces lignes avait eu l’occasion de le défendre, le réseau qui a majoritairement bénéficié de ces milliers de tonnes d’armements a été le Front al-Nosra ; ce fut d’ailleurs le cas jusqu’à récemment dans le gouvernorat d’Idleb, dont la capitale vient d’être prise par cette organisation, aujourd’hui rebaptisée Hayat Tahrir al-Cham.

Ces graves dérives ont été notamment confirmées par le journaliste spécialisé Gareth Porter, dans un article explicitement intitulé « Comment les États-Unis ont armé des terroristes en Syrie ». « Cet afflux massif d’armes [coordonné par la CIA] vers le territoire syrien, ainsi que l’entrée de 20 000 combattants étrangers dans ce pays – et ce principalement depuis la Turquie –, ont largement défini la nature de cette guerre », a souligné Gareth Porter en se référant au vaste réseau de trafic d’armes mis en place par la CIA et ses alliés depuis les Balkans et la Libye, de même qu’à l’acquisition de 15 000 missiles TOW made in USA par l’Arabie saoudite. Fabriqués par Raytheon, ces missiles antichars ont été introduits en masse dans ce conflit à partir de 2014, et les pertes infligées aux forces syriennes avec ces armements auraient été le principal facteur de l’intervention militaire russe au début de l’automne 2015.

Dans cet article solidement documenté, Gareth Porter ajoute que « les armes [injectées par la CIA et ses partenaires dans le conflit syrien] ont contribué à faire de la branche d’al-Qaïda en Syrie […] et de ses proches alliés la plus puissante des forces anti-Assad dans ce pays – et elles ont aussi permis l’émergence de Daech ».

 

Rappelons qu’à l’origine, le Front al-Nosra et le futur « État islamique » ne faisaient qu’un avant leur scission au printemps 2013, qui déboucha sur une guerre fratricide entre ces deux factions. Plus exactement, les combattants majoritairement irakiens de ce qui était alors appelé l’« État islamique d’Irak » (EII) ont fondé, à partir de l’été 2011, la milice qui allait devenir le Front al-Nosra en janvier 2012.

Encore aujourd’hui à la tête de ce réseau, leur leader, Mohammed al-Joulani, un djihadiste syrien ayant affronté la coalition de George W. Bush en Irak, avait été chargé par Abou Bakr al-Baghdadi de combattre les forces de Bachar el-Assad en 2011. D’après Foreign Policy, lors de cette scission d’avril 2013 entre ces deux entités terroristes, « une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [leur chef al-Joulani] » et prêtèrent allégeance au futur « calife » d’al-Baghdadi, ce qui aurait représenté « jusqu’à 15 000 combattants sur environ 20 000 », d’après une estimation du chercheur Fabrice Balanche.

Toujours selon Foreign Policy, « partout dans le nord de la Syrie, Daech s’empara des quartiers généraux d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes » durant cette séparation, qui conduisit à la création de l’« État islamique en Irak et au Levant » (EIIL), rebaptisé « État islamique » au milieu de l’année suivante.

En d’autres termes, le gigantesque trafic d’armes et de munitions organisé par la CIA pour équiper les rebelles en Syrie a, directement ou non, profité à Daech et favorisé sa montée en puissance dès janvier 2012. Le fait que si peu d’experts et de journalistes occidentaux l’aient souligné (ou remarqué) est incompréhensible.

Derrière l’alibi des « rebelles modérés »

Même conséquence pour le versant « formation militaire » de ce programme de l’Agence et de ses alliés, qui a conduit les Forces spéciales détachées auprès de la CIA à entraîner malgré elles une forte proportion de djihadistes officieusement affiliés à al-Nosra ou à Daech – selon des sources anonymes du SOCOM et de l’Agence qui étaient directement impliquées dans cette opération.

En clair, de nombreux mercenaires anti-Assad recrutés par la CIA ont dissimulé leur appartenance à (ou leur attrait pour) ces groupes terroristes, le processus de sélection des combattants étant particulièrement laxiste. Or, la simple existence de cette procédure a permis à la CIA de maintenir une façade de respectabilité en affirmant qu’elle ne formait que des « rebelles modérés ».

En réalité, pour quiconque s’affranchit de cette notion orwellienne, les dynamiques de cette opération peuvent être résumées ainsi : supervisés par la CIA et quatorze autres services spéciaux, dont ceux de la France, du Royaume-Uni, d’Israël, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar, le financement, la formation et l’approvisionnement en armes des rebelles depuis les territoires turc et jordanien ont profité à l’ensemble des groupes armés, y compris à Daech et au Front al-Nosra.

En des termes plus parlants, qui sont ceux du spécialiste Sam Heller, « la majeure partie du soutien américain fut dirigée vers des factions de l’“Armée syrienne libre” (ASL), qui ont en fait servi d’auxiliaires et de sources d’armements à de plus puissantes factions islamistes et djihadistes, dont la branche d’al-Qaïda en Syrie ».

Ces dérives ne furent toutefois pas systématiquement intentionnelles. L’exemple de « Cheg Cheg », devenu le plus grand trafiquant d’armes syrien durant cette guerre, pourrait l’illustrer. Mort dans l’explosion de son véhicule en avril 2016, ce baron de la contrebande d’armements avait vendu à des intermédiaires bédouins un certain nombre d’armes issues des bases supervisées par la CIA, dont la mise en place en Turquie et en Jordanie avait dynamisé ses affaires. Or, ces intermédiaires les avaient achetées pour le compte du malnommé « État islamique », ce que « Cheg Cheg » n’ignorait pas

À l’origine de ces révélations, le quotidien émirati TheNational.ae évoqua des transferts « involontaires » d’armements de la CIA et de ses alliés vers l’EI, à travers les réseaux de « Cheg Cheg ». Pourtant, selon différentes enquêtes approfondies, dont une récemment publiée par le JDD, il ne fait plus aucun doute que les services spéciaux des pétromonarchies du Golfe – essentiellement ceux de l’Arabie saoudite – ont sciemment armé Daech en Syrie comme en Irak, en particulier via une ligne d’approvisionnement Balkans-Moyen-Orient mise en place avec l’aide discrète de la CIA à partir de janvier 2012.

Ambassadeur américain en Syrie de 2011 à 2014, Robert S. Ford est persuadé de l’implication de l’Agence dans ces manœuvres, qui furent d’après lui « strictement confinées aux réseaux des services secrets ». Étonnamment, cette enquête du JDD ne fait pas mention de ce rôle central de la CIA dans la création de ce trafic d’armes produites dans les Balkans. Toutefois, son auteur a répondu à une demande de clarification en soulignant que « les propos de Robert S. Ford, qui s’est exprimé plus en détail sur ce sujet dans le New York Times, portent davantage sur l’approvisionnement en armes du Front al-Nosra… dont a ensuite profité Daech. »

Une telle franchise est malheureusement trop rare dans les médias occidentaux, et en particulier francophones. En réalité, alors qu’il n’est plus tabou de critiquer le rôle trouble des puissances moyen-orientales dans le renforcement des réseaux djihadistes en Irak et au Levant, la coresponsabilité de leurs partenaires de l’OTAN dans ces politiques catastrophiques ne peut et ne doit plus être éludée par les médias.

L’opération Timber Sycamore : un fiasco historique

Pour dresser le bilan de cette désastreuse politique, que la majorité de la presse occidentale a dissimulée au profit d’une narration séduisante impliquant des rebelles « modérés » n’ayant qu’un poids limité sur le terrain, on peut dire que la CIA et ses partenaires ont imposé à la Syrie une guerre secrète meurtrière, et que celle-ci a eu comme conséquence des dizaines de milliers de morts dans les rangs de l’armée syrienne et de leurs alliés, ainsi qu’un nombre indéterminé de victimes civiles, de blessés, de réfugiés et de déplacés internes.

Cette coresponsabilité majeure des puissances occidentales dans ce conflit a été durablement occultée du débat public, à travers ce qui pourrait être considéré un jour comme l’un des plus grands échecs collectifs de l’histoire du journalisme contemporain.

Bien qu’indiscutablement condamnable, le gouvernement Assad a bénéficié d’un soutien populaire suffisant pour tenir face à la rébellion, et il s’est maintenu au pouvoir grâce à l’intervention décisive de la Russie, ce qui n’avait pas été anticipé par les stratèges d’Obama.

Censées être en guerre contre le jihadisme depuis l’automne 2001, les puissances occidentales ont fait le pari cynique de couvrir diplomatiquement et d’aider militairement leurs alliés régionaux dans leur soutien en faveur de groupes extrémistes éprouvant la même détestation à l’égard de notre modèle démocratique qu’envers l’État syrien laïc et ses alliés russes et chiites.

Provoquant un véritable désastre humanitaire, la fulgurante montée en puissance de Daech en 2014 est en bonne partie la conséquence de cette politique inconsciente et court-termiste, dont l’Arabie saoudite a été le principal financeur – le rôle de nos « alliés » turc et pétromonarchiques dans l’essor du djihad armé dans cette région (et au-delà) n’ayant d’ailleurs jamais fait l’objet d’une quelconque protestation officielle de la part d’États occidentaux pourtant frappés par le terrorisme.

Après d’innombrables hésitations, ces derniers ont fini par accepter le réel. De ce fait, ils ont progressivement abandonné l’objectif de renverser Bachar al-Assad ; et ils ont mis en priorité la lutte contre un monstre Frankenstein en grande partie engendré par leurs propres errements stratégiques et diplomatiques, encouragés dans ces dérives par leurs « alliés » néo-ottomans et wahhabites.

À l’aune du sévère bilan que l’on peut dresser de l’interventionnisme occidental au Moyen-Orienten Asie centrale et en Afrique du Nord, il serait plus que jamais salutaire que les journalistes, les experts et d’éventuels lanceurs d’alertes dénoncent plus explicitement le rôle majeur de nos États dans l’élaboration, la conduite et la dissimulation de ces politiques clandestines inconsidérées. 

En attendant, espérons que le potentiel aggiornamento du président français Emmanuel Macron sur le dossier syrien, et la conclusion du programme anti-Assad de la CIA décrétée par son homologue américain, marquent la fin durable de ces stratégies aventuristes à l’origine de tant de souffrances et de destructions – officiellement imposées au nom de la démocratie, de la paix et des droits de l’homme.

Dans tous les cas, au regard des conséquences dramatiques de cette ultime guerre secrète de la CIA – que le Washington Post avait décrite en juin 2015 comme étant « l’une [de ses] plus vastes opérations clandestines » –, il n’est pas impossible que les historiens la considèrent un jour comme le plus grand fiasco de l’Agence ; un désastre aux conséquences potentiellement plus graves que celles de la baie des Cochons, ou de la tentative de recrutement de deux futurs pirates de l’air du 11 septembre par la CIA et les services secrets saoudiens. Comme l’avait relaté un ex-agent spécial du FBI à l’auteur de ces lignes, cette opération illégale conduisit l’Agence à dissimuler à la police fédérale la présence de ces hommes de Ben Laden aux États-Unis, ce qui aurait empêché le Bureau de déjouer ces attentats.

Visiblement, cette tragédie était bien loin dans les mémoires des responsables du programme Timber Sycamore, qui ont massivement armé la nébuleuse terroriste contre laquelle les autorités américaines et leurs alliés se revendiquent en guerre depuis 2001.          

                       

– Maxime Chaix est traducteur et journaliste indépendant, spécialisé dans les domaines du renseignement, des opérations clandestines, des questions stratégiques, de la criminalité financière et du terrorisme global. Il est diplômé d’un Master 2 « Histoire, théorie et pratique des droits de l’Homme » à la Faculté de Droit de Grenoble. En 2015, il a lancé son propre siteafin de regrouper ses différents articles et traductions. Depuis 2014, il a notamment écrit pour defensa.orgParis Match, et le Club de Mediapart.

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Consternation en Occident : la guerre en Syrie touche à sa fin et Assad semble en sortir vainqueur par Robert FISK (The Independent)

12 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme

11 septembre 2017

Consternation en Occident : la guerre en Syrie touche à sa fin et Assad semble en sortir vainqueur (The Independent)

Robert FISK

Nous étions tous occupés à attendre tous que Trump lance la Troisième Guerre mondiale, et nous n’avons pas vu que la carte de la guerre au Moyen-Orient avait considérablement changé. Il faudra des années pour reconstruire la Syrie et l’Irak (et le Yémen), et les Israéliens seront peut-être obligés d’aller demander à Poutine de les tirer du pétrin dans lequel ils se sont fourrés.

Un message est arrivé de Syrie sur mon téléphone portable la semaine dernière. « Le général Khadour a tenu sa promesse », disait-il. Je savais ce que cela signifiait.

Il y a cinq ans, j’ai rencontré Mohamed Khadour qui commandait quelques soldats syriens dans une petite banlieue d’Alep, sous le feu de combattants islamistes à l’est de la ville. À l’époque, il m’avait montré sa carte. Il reprendrait ces rues dans 11 jours, m’avait-il dit.

Et puis, en juillet de cette année, j’ai rencontré Khadour à nouveau, à l’est du désert syrien. Il allait, m’a-t-il dit, entrer dans la ville assiégée de Deir ez-Zor avant la fin du mois d’août. Je lui ai rappelé, un peu cruellement, que la dernière fois qu’il m’avait dit qu’il reprendrait une partie d’Alep en 11 jours, il avait fallu plus de quatre ans à l’armée syrienne pour le faire. C’était il y a longtemps, m’a-t-il répondu. À l’époque, l’armée ne savait pas se battre dans une guerre de guérilla. L’armée était formée pour reprendre Golan et défendre Damas. Mais depuis, selon lui, ils avaient appris.

Et c’est bien vrai ! Dans le désert, Khadour m’a dit qu’il allait bombarder la ville de Sukhna - les Russes le feraient en grande partie - et que ses troupes syriennes entreraient dans Deir ez-Zor encerclé par l’EI depuis trois ans, pour libérer les 80 000 civils et 10 000 soldats assiégés. Khadour a dit qu’il atteindrait Deir ez-Zor avant le 23 août. Il a tenu ses engagements à peu de choses près. Maintenant, il se dirige vers les autres parties de Deir ez-Zor et vers la frontière syrienne-irakienne.

Comme Alep est déjà entre les mains du gouvernement et que la province d’Idlib est devenue la poubelle des rebelles islamistes (y compris d’Al-Qaïda) qui ont été autorisés à s’y réfugier après s’être rendus et avoir quitté les parties des villes syriennes qu’ils détenaient, il semble donc que, lorsque Deir ez-Zor sera reprise et que Khadour sera parvenu à la frontière, ce qui a toujours été impensable en Occident se sera produit : les forces de Bashar al-Assad auront gagné la guerre.

Et il ne « semble » pas seulement d’ailleurs. Hassan « Tigre » Saleh, l’officier préféré de la Syrie, dont le ministre russe de la Défense a parlé deux fois, est arrivé à l’endroit de Deir ez-Zor où se trouve la brigade 137 de l’armée syrienne et s’est joint à elle dans le combat, pendant que Khadour, son commandant (et ami), se prépare à libérer la base aérienne de la ville.

Combien de personnes se souviennent du jour où les Américains ont bombardé les soldats syriens près de cette base aérienne et ont tué plus de 60 d’entre eux, ce qui a permis à l’EI de la couper du reste de la ville ? Les Syriens n’ont jamais cru que les Américains avoient commis une « erreur » comme ils le prétendaient. Les Russes ont été les seuls à dire à l’armée de l’air américaine qu’elle était en train de bombarder des forces syriennes.

Les Britanniques semblent déjà avoir reçu le message. Ils ont rapatrié subrepticement leurs entraîneurs militaires la semaine dernière - ces hommes avaient l’intention de préparer les « 70 000 rebelles » mythiques de David Cameron qui devaient soi-disant renverser le gouvernement d’Assad. Même le rapport de l’ONU selon lequel le régime avait tué plus de 80 civils lors d’une attaque au gaz, cet été, a peu retenu l’attention des politiciens européens qui avaient pourtant l’habitude de monter en épingle les crimes de guerre en Syrie et qui ont soutenu l’attaque de missiles de croisière de Donald Trump contre une base aérienne syrienne.

Et qu’en est-il d’Israël ? Voici une nation qui comptait vraiment sur l’élimination d’Assad, allant jusqu’à bombarder ses forces et celles de ses alliés du Hezbollah et de l’Iran, tout en prodiguant des soins médicaux aux combattants islamistes de Syrie dans les villes israéliennes. Pas étonnant que Benjamin Netanyahou se soit montré si « agité » et « émotif » - selon les Russes - lorsqu’il a rencontré Vladimir Poutine à Sotchi. L’Iran est l’allié stratégique de la Russie dans la région, a déclaré M. Poutine. Israël est un « partenaire important » de la Russie. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose - et pas du tout ce que Netanyahou voulait entendre.

Les victoires des Syriens se succèdent les unes après les autres, et cela signifie que l’armée syrienne est maintenant l’une des armées les plus « endurcies » de la région, ses soldats se battent pour leur vie et sont maintenant bien entraînés à la coordination des troupes et du renseignement à partir d’un seul quartier général de commandement. Comme l’a expliqué, cette semaine, Sharmine Narwani, une ancienne chercheuse associée de St Antony’s College, cette alliance est maintenant soutenue par deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie et la Chine.

Alors, que va faire Israël ? Netanyahou a été tellement obsédé par le programme nucléaire iranien qu’il n’a manifestement jamais imaginé – tout comme Obama, Hillary Clinton, Trump, Cameron, May, Hollande et d’autres membres des élites politiques d’Occident – qu’Assad pouvait gagner, et qu’une armée irakienne plus puissante pouvait également sortir des décombres de Mossoul.

Netanyahou soutient encore les Kurdes, mais ni la Syrie, ni la Turquie, ni l’Iran, ni l’Irak, n’ont aucun intérêt à soutenir les aspirations nationales kurdes - malgré l’utilisation par les Américains des miliciens kurdes dans les soi-disant forces démocratiques syriennes (qui sont infiniment plus kurdes que « syriennes », qui ne sont pas « démocratiques » et qui ne seraient pas une « force » sans la puissance aérienne américaine).

Pendant que nous attendions tous que Donald Trump et Kim Jong-un se lancent dans la Troisième Guerre mondiale, nous n’avons pas vu que la carte militaire du Moyen-Orient avait considérablement et radicalement, changé. Il faudra des années pour reconstruire la Syrie et l’Irak (et le Yémen), mais les Israéliens, si habitués à demander de l’aide à Washington, devront peut-être cette fois-ci se tourner vers Poutine pour qu’il les tire du pétrin dans lequel ils se sont fourrés.

Les Israéliens de droite qui affirmaient qu’Assad était un plus grand danger que l’EI vont devoir reconsidérer leur position, parce qu’ils seront peut-être bientôt obligés de parler avec lui, s’ils veulent assurer la sécurité de leur frontière nord.

Robert Fisk

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.independent.co.uk/voices/syrian-war-ending-bashar-al-assad-...

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Un défi géopolitique pour Israël. Par Sharmine Narwani

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Israël - palestine - Moyen-Orient

Un défi géopolitique pour Israël

 
 

Ce fût une dure semaine pour Tel-Aviv. Une situation qui lui était autrefois favorable – la balance du pouvoir dans la région, a subitement changé en sa défaveur, alors même que ses adversaires font d’importants gains stratégiques à la frontière.

Au cœur du conflit : l’obsession d’Israël quant au renforcement du pouvoir de l’Iran dans la région. L’accord nucléaire de 2015, mettant fin à l’isolement de la République Islamique, fût une réelle gifle pour le gouvernement israélien, mais ce qui le déstabilisa encore plus fût la succession de victoires politiques et militaires par le gouvernement de Bachar el-Assad et de ses alliés du Hezbollah.

Israël a donc envoyé ses diplomates aux États-Unis et en Russie pour tenter de récupérer des leviers perdus sur le terrain.

Ceux-ci sont revenus de Washington les mains vides, incapables d’obtenir une garantie que les troupes iraniennes et ses affiliations resteront hors du Sud de la Syrie, là où les États-Unis ont établis une zone de désescalade près de la frontière israélienne.

Le président israélien Benjamin Netanyahou n’a pas réussi à conclure quoi que ce soit lors de ses entretiens avec le président russe Vladimir Poutine. Les rapports russes décrivant ces entretiens dépeignent un Netanyahou « agité », « émotif » se faisant répondre en des termes incertains par un Poutine calme : « L’Iran est l’allié stratégique de la Russie dans la région ». A Netanyahou, Poutine réserva ce qui pourrait se comparer à quelques miettes : « Israël est aussi un important partenaire de la Russie au Moyen-Orient ».

Le premier ministre israélien et d’autres fonctionnaires hauts placés sont aussitôt passés à l’offensive après cet entretien, en promettant qu’ils allaient « se défendre par tous les moyens » contre les visées de l’Iran en Syrie, menaçant même de détruire les palais d’Assad à Damas.

Mais les Russes n’ont pas oublié qu’après le dernier entretien entre Netanyahou et Poutine en mars, Israël avait immédiatement lancé plusieurs frappes contre leurs alliés en sol syrien, une d’entre elle ayant frappé dangereusement près des troupes russes.

Cette fois-ci, il semblerait que Poutine se soit décidé à tracer une limite claire aux actions d’Israël à la suite de l’entretien avec Netanyahou, les Russes annonçant d’emblée l’existence d’un système défense aérienne unifié avec la Syrie « capable de détruire des cibles dans un rayon de 400 km à une altitude de plus de 35 km ».

Pourtant, les menaces israéliennes n’ont pas cessé. Ainsi, comment expliquer la présente panique d’Israël? Et pourquoi celle-ci s’est amplifiée si rapidement?

LIBAN :

Le Hezbollah, Les Forces Armées Libanaises (FAL) et les Forces Armées Syriennes (FAA) ont clôt la semaine dernière un chapitre long de plusieurs années ; celui de l’occupation de l’Est du Liban par ISIS (Daech) et le satellite d’Al-Qaeda : Al-Nosra. Les trois alliés ont déclenché une guerre éclair, désintégrant Al Nosra en 6 jours, et l’Etat islamique en 9 jours – cela incluant le temps de négociation.

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah a surnommé cette victorieuse opération anti-terroriste «  la Seconde Libération » – la première étant la libération du Liban occupé par les troupes israéliennes en 2000.

Dans les années précédant cette bataille, le Hezbollah et la FAL ont coordonné des initiatives anti-terroristes au Liban, dans un effort de coopération sans précédent, ceux-ci outrageant autant les Israéliens que les Américains. En effet, la Maison Blanche fournit de l’armement et des formations aux forces de la LAF, mais considèrent la résistance libanaise comme étant un groupe terroriste, même si le Hezbollah fait partie du Parlement et du Cabinet libanais.

La reprise de la frontière stratégique entre le Liban et la Syrie a permis au Hezbollah de redéployer les troupes présentes vers d’autres zones de combat  – incluant la frontière avec Israël. Mais surtout, ce combat abouti à la première reconquête complète d’une frontière syrienne par les FAA depuis le début de la crise en Syrie.

« L’ennemi, a annoncé Nasrallah après le combat (en parlant d’Israël), pleure maintenant ses orphelins et prend conscience de la défaite de ses alliés et de leurs projets en Syrie. »

SYRIE

Le chef du Hezbollah pourrait avoir raison sur ce point. À l’exception du bastion d’ISIS dans l’Est de la Syrie, où les groupes terroristes viennent de perdre des milliers de kilomètres carrés au profit de la SAA et de ses alliés, les terroristes occupent toujours un dernier petit territoire près des hauteurs du Golan occupées par les Israéliens. Ce territoire dans le sud-ouest de la Syrie est aussi le refuge de plusieurs autres groupes terroristes, dont al-Nusra, dont les combattants blessés ont été soignés par les médecins israéliens pendant une bonne partie du conflit.

Les Israéliens ont rarement attaqués Al-Nosra et ISIS, bien que des douzaines de leurs frappes contre les forces alliées à la Syrie aient été signalées. Le ministre de la défense israélienne Moshe Yaalon, a fait les titres de la presse après avoir déclaré en 2016 : « S’il me fallait choisir entre les Iraniens ou l’État Islamique en Syrie, je choisis l’État Islamique ». Certaines communautés israéliennes ont appuyé cette opinion – un récent rapport d’un groupe défendait qu’il fallait maintenir ISIS en place afin de « ralentir la quête iranienne d’hégémonie dans la région ». Étant donné l’obsession d’Israël de contenir l’influence de l’Iran, ce n’est peut-être pas surprenant que la récente série de victoire contre ISIS ait déclenché l’alarme à Tel-Aviv.

Empirant la déception d’Israël, l’accord de désescalade entre les États-Unis et la Russie empêche maintenant toute action belliqueuse contre les forces alliées de la Syrie près de Quneitra ( le Golan syrien), Daraa et As Suwayda – régions maintenant contrôlées par les alliés russes de la Syrie.

JORDANIE

Un centre de désescalade a récemment été instauré à Amman, au Sud du pays, ce qui devrait forcer les Jordaniens à sécuriser et à régulariser leur frontière Nord, commune avec la Syrie. Plus tôt cet été, les Jordaniens étaient partie prenante de l’alliance principalement constituée d’États sunnites voulant écraser l’influence de l’Iran dans la région, alliance dirigée par les Saoudiens (et supportée par Israël). À cette époque, la Jordanie a bruyamment insisté pour que des combattants appuyés par l’Iran s’éloignent de sa frontière avec la Syrie. Mais aujourd’hui, l’alliance sunnite, « l’OTAN arabe », s’est embourbée dans un conflit interne (inter-CCG), et les Jordaniens semblent se réaligner à l’idée de désescalade régionale lancée par la Russie, la Turquie et bien sûr, l’Iran.

Les termes de cette entente de désamorçage régionale entre la Russie et les États-Unis sont secrets, mais les rumeurs disent qu’ils ne contiennent aucune clause spécifique pouvant diminuer le rôle de l’Iran, du Hezbollah ou de leurs milices alliées en Syrie.

Cela signifie qu’Israël ne peut plus compter sur les groupes armés sunnites afin d’obstruer le contrôle gouvernemental sur le Sud du pays. Cela signifie aussi que la Jordanie, qui a rouvert sa douane frontalière de Trebil avec l’Irak la semaine dernière, est maintenant en voie d’ouvrir la douane frontalière de Nasib vers la Syrie. Les revenus commerciaux résultant de ces décisions pourraient contribuer à regarnir les coffres de la Jordanie d’une somme se chiffrant entre 1 et 2 milliards $ – un argument de poids pour encourager les Jordaniens à collaborer avec la Syrie.

TURQUIE

La « diversification » de la politique extérieure jordanienne se réalisa directement après une visite du Président turc Recep Tayyip Erdogan à la ville d’Amman, lui qui fût l’un des plus virulents critiques de Bachar el-Assad, et un important fournisseur d’armes et de combattants islamistes destinés à alimenter le conflit syrien.

Erdogan est maintenant du côté des Russes et des Iraniens, après avoir brièvement manœuvré à l’intérieur de « l’OTAN arabe » saoudien dirigé contre l’Iran. Des médias jordaniens rapportent même que le président turc s’est offert pour coordonner la médiation avec l’Iran afin d’apaiser la méfiance de la Jordanie envers le projet de zone de désescalade.

Comment expliquer ce revirement de situation?

Même si Erdogan n’a pas explicitement approuvé qu’Assad allait finalement diriger la Syrie, ou que les Iraniens auraient un rôle actif au Sud de sa frontière, deux événements régionaux subits ont adoucis ses positions et l’ont ramené dans l’orbite Russie/Iran.

Le premier est la crise majeure ayant englouti les États membres du Conseil  de coopération du Golfe (CCG), ayant comme noyau la discorde opposant l’Arabie Saoudite, les EAU et le Bahreïn au Qatar. Tout comme son allié turc, le Qatar fût un supporteur important des Frères Musulmans, et mène une politique étrangère diversifiée, et ouverte aux relations politiques et économiques avec l’Iran.

La bisbille au CCG a exacerbé les divisions déjà présentes dans la région, qui opposaient jusqu’à récemment deux camps, soit les Pro-Iran et les Pro-Saoudiens. Maintenant, la Turquie et le Qatar forment une troisième équipe et tempèrent ainsi la pression exercée par les Saoudiens et les Émirats Arabes Unis sur avec l’Iran et ses alliés en se réengageant avec eux.

Le deuxième élément décisif est l’appui inconditionnel de Washington envers les combattants des Forces Démocratiques Syriennes dans le nord de la Syrie. Erdogan a insisté auprès des américains pour qu’ils abandonnent leur support à ces kurdes, qui sont en fait une affiliation syrienne du Parti Travailliste Kurde (PKK) en Turquie, une organisation considérée comme étant un groupe terroriste tant par Ankara que par Washington.

Les Américains ont  ignoré les demandes d’Erdogan, malgré le fait que les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont démontré leur intention d’occuper et de fédérer tout le Nord de la Syrie – de l’Irak à la Méditerranée – soit tout le long de la frontière turque.

À propos de cet enjeu, Ankara partage maintenant  une cause commune avec Téhéran, Bagdad et Damas, puisqu’ils sont tous catégoriquement opposés aux aspirations nationalistes des Kurdes. Ce réalignement s’opère alors qu’un référendum d’indépendance kurde est prévu pour la fin septembre en Irak, projet auquel les quatre capitales s’opposent. Israël, qui entretient des liens serrés avec le gouvernement kurde d’Erbil est, à date, le seul pays qui supporte ce référendum. Le Kurdistan est un enjeu stratégique pour Tel Aviv. En effet, la création d’une entité fédérale kurde en Syrie et en Irak signifierait le morcellement et l’affaiblissement de ces États arabes. Tout aussi important, la présence d’un micro-état kurde dans la région agirait comme un obstacle géographique compliquant l’accès d’Israël à l’Iran.

Ainsi, le nouveau partenariat turque avec la Russie et l’Iran contribue non seulement à la stabilité de l’État syrien mais complique également le désir d’Israël de voir s’accomplir le projet de l’indépendance kurde.

HAMAS

« L’axe de la Résistance » était un groupe de quatre : Iran, Syrie, Hezbollah et Hamas. Par la suite, des divergences en Syrie menèrent à isoler le Hamas du groupe – jusqu’à maintenant. De nouveaux objectifs émanant des chefs du Hamas priorisent d’entretenir des relations neutres avec les États souverains de la région et de réinstaurer la coopération et le financement provenant de la République islamique.

La semaine dernière, le chef du politburo du Hamas à Gaza, Yahya Senwar, a annoncé que « l’Iran est le plus grand fournisseur des bridgades d’Ezzedine al-Qassam (l’aide militaire du Hamas) en terme de support financier et d’armement » puis a déclaré avec optimisme : « la crise syrienne se terminera, ce qui ouvrira la possibilité de rétablir les relations avec le pays ».

Pour Israël, cela signifie que la mésentente entre la bande de Gaza dirigée par le Hamas et l’Iran est terminée et qu’ainsi le flot d’armes et de support au groupe de résistance palestinien sera rétabli incessamment.

Ces événements aux frontières ouest, nord et est d’Israël ont – en quelques semaines seulement – soudainement brouillés les cartes géopolitiques autrefois en faveur de Tel Aviv. Il y a à peine quelques années, la Syrie était désintégrée, l’Irak fragmentée, le Liban écartelé et Gaza luttait seule pour sa survie.

Aujourd’hui, la probabilité que l’Iran bénéficie d’un corridor ininterrompu entre ses frontières et le territoire occupé du Golan sont plus grandes que jamais auparavant. L’axe de la Résistance a acquis d’inestimables gains en expérience militaire depuis les six dernières années, tant en Syrie qu’en Irak en au Liban – le plus important étant qu’ils ont accomplis cela en coordonnant les troupes, le renseignement et les tactiques militaires à partir d’un seul centre de commandement. Cela est une première historique pour celle alliance. De plus, elle bénéficie désormais, en politique internationale, de l’appui de deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, soit la Russie et la Chine. Les Russes ont maintenant une expérience significative en terme de collaboration militaire avec trois membres de cet axe, et les Chinois sont prêts à étendre leur vision commerciale à ces États de l’ouest de l’Asie, avec l’Iran comme terminal pour les pipelines de gaz et de pétrole.

Alors que ces pays vont de l’avant en détruisant le terrorisme et en reconstruisant leurs infrastructures et leurs sociétés, les Israéliens seront laissés à eux-mêmes. Mais alors que les options se raréfient, celle militaire semble avoir une popularité grandissante. C’est cette option – le bâton – à laquelle les Israéliens sont attirés le plus aisément, et dans cette optique une guerre d’agression contre le Liban et Gaza -ou de nouvelles frappes contre la Syrie- ne semblent pas hors de question.

Le Hezbollah continue de demander qu’on lui retourne ce qu’il reste des territoires libanais occupés par les Israéliens, les fermes de Sheeba et la colline de Kfachourba alors que la Syrie, une fois remise sur pied, fera de même avec le Golan. Les deux le feront à partir de leur position renforcée dans ce nouveau Moyen-Orient.

Néanmoins, la question persiste : l’État d’Israël admettra-t-il qu’il évolue dans un nouvel environnement?

Sharmine Narwani | 6/9/2017 | American Conservative

Sharmine Narwani est une analyste spécialisée en géopolitique du Moyen-Orient.

Traduit de l’anglais par Gabriel Larose pour Arrêt sur Info

Source: http://arretsurinfo.ch/un-defi-geopolitique-pour-israel/

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A Deir Ezzor, Bachar écrase Daech Par Bruno Guigue

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

A Deir Ezzor, Bachar écrase Daech  Par Bruno Guigue

A Deir Ezzor, Bachar écrase Daech

 

Que n’a-t-on entendu sur cette armée syrienne qui, au moment où j’écris ces lignes, brise l’étau de Daech autour de Deir Ezzor ! Vilipendée par les médias occidentaux, accusée des pires atrocités, qualifiée de milice à la solde d’un clan, elle donne une claque mémorable à tous ces vautours qui l’ont accusée de servir un pouvoir “criminel” alors qu’elle combattait une vermine que les dirigeants occidentaux, ces lâches, ont nourrie au grain pendant tant d’années.

Deir Ezzor ! Depuis trois ans, la Garde républicaine y résiste héroïquement aux assauts des mercenaires sponsorisés par tous les traîtres que compte le monde arabe. Cernée de toutes parts, elle assurait la protection des 200 000 civils restés dans la capitale provinciale malgré la violence des combats. Aujourd’hui, c’est fini ! La jonction est faite entre cette unité d’élite et les troupes du Tigre, le général Souhail Al-Hassan, ce héros de la Syrie moderne qui ne sera pas dans nos manuels d’histoire mais qui figure déjà parmi les libérateurs du pays de Cham.

Au terme d’une brillante offensive menée dans trois directions à partir du nord-ouest, de l’ouest et du sud-ouest, les positions de Daech dans le vaste désert syrien ont été anéanties par le feu roulant des forces syriennes et alliées. La vallée de l’Euphrate en ligne de mire, ces unités mobiles ont taillé en pièces la piétaille wahhabite, elles l’ont laminée en quelques semaines. Spectaculaire, cette bataille du désert fut un succès décisif, aussi important que la libération d’Alep des griffes des milices extrémistes soutenues par l’Occident au début de l’année 2017.

Cette victoire restituera à l’Etat syrien le contrôle de ses frontières orientales, tarissant les sources d’approvisionnement du conglomérat terroriste et opérant la jonction avec les forces armées irakiennes afin de prendre en tenailles les dernières poches terroristes. Plus largement, cette victoire militaire contribuera à rétablir la souveraineté syrienne sur l’ensemble du territoire national. C’est essentiel, car cette souveraineté restaurée est le préalable indispensable, avec l’élimination des bandes terroristes, à une réconciliation nationale voulue par le gouvernement syrien afin de mettre fin au bain de sang.

Avec la libération imminente de Deir Ezzor, la farce tragique de l’Etat islamique va connaître son dernier acte en Syrie. Pendant des années, cette organisation criminelle a bénéficié de la duplicité occidentale, elle a traficoté avec la Turquie d’Erdogan et copieusement sous-traité les intérêts saoudo-qataris. Elle a prospéré sur le double-jeu américain, la lâcheté européenne et le cynisme des richissimes potentats du Golfe. Désormais, c’est fini ! L’hydre takfiriste va rendre l’âme sous les coups d’un Etat souverain qui a subi tous les assauts, enduré toutes les trahisons, mais qui lui administre en ce moment même la raclée du siècle.

Quelle gifle pour les guignols de la politique et les charlatans de l’expertise ! Pendant qu’ils lui crachaient dessus, la Syrie de Bachar Al-Assad a fait le boulot, elle a tordu le cou à Daech ! Ces menteurs professionnels disaient que “Bachar ne combat pas Daech”, répétant cette absurdité comme un mantra. Ils disaient même que Bachar avait “créé Daech” de toutes pièces. Maintenant ils ont l’air fin, ces politiciens opportunistes, ces experts à la noix ! Qu’ils aillent à Deir Ezzor, ils y verront une armée nationale, une armée de conscrits qui libère son pays de l’occupation étrangère. Visiblement, ils ne savent pas ce que c’est, ou plutôt ils ne veulent pas le savoir. Pauvre Occident ! Héroïque Syrie.

Bruno Guigue | 5 septembre 2017

Source : BRUNO GUIGUE·

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[Syrie] Carla Del Ponte : « Je suis frustrée, j’abandonne ! » Source : Blick, Cinzia Venafro

11 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Source : Blick, Cinzia Venafro, 06.08.2017

Carla Del Ponte

En cinq années, elle ne serait arrivée à « absolument rien » et ne veut plus « être une enquêtrice-alibi ». Carla Del Ponte démissionne de son poste d’enquêtrice spéciale de l’ONU en Syrie.

« Nous n’avons pas obtenu le moindre succès. Nous fonçons dans le mur depuis cinq ans », a déclaré Carla Del Ponte (70 ans), la rapporteuse spéciale de l’ONU en Syrie, au quotidien Blick à l’occasion du festival du film de Lugano.

L’ancienne procureure générale du tribunal pénal international de La Haye est frustrée. Elle a dû admettre qu’elle a été nommée « uniquement en temps qu’enquêtrice-alibi sans aucun soutien politique ».

À moins que le Conseil de sécurité de l’ONU ne nomme un tribunal spécial pour juger les crimes de guerre ayant lieu en Syrie, tous les rapports qu’elle rédigera demeureront complètement inutiles. La Chine et la Russie bloqueraient tout. « J’ai déjà écrit ma lettre de démission et je l’enverrai dans les prochains jours. »

Elle assistera en septembre à la dernière session de la commission d’enquête. « J’abandonne. Les États membres du Conseil de sécurité ne veulent pas que la justice s’applique. Je ne peux plus rester dans cette commission qui ne fait tout simplement rien ! »

La Syrie est un pays sans avenir. « Ils détruisent tout ce qui est, d’une manière ou d’une autre, humain. C’est inconcevable. » Il n’y a plus d’école, plus d’institution. « Et croyez-moi : des crimes aussi terribles que ceux commis en Syrie, je n’en avais vu ni au Rwanda ni en ex-Yougoslavie », affirme Del Ponte.

C’est un scandale pour l’ensemble de la communauté internationale. « Nous pensions que la communauté internationale avait tiré les leçons du Rwanda. Mais non, ils n’ont rien appris ! » dit Del Ponte, manifestement exaspérée.

« Au début, il y avait les bons et les méchants, explique Mme Del Ponte. l’opposition dans le rôle des gentils, le gouvernement dans celui des méchants. » Après six années d’enquête, ils devraient dire : « En Syrie tout le monde est méchant. Le régime d’Assad, qui a perpétré d’horribles crimes contre l’humanité et qui a utilisé des armes chimiques ; et l’opposition, composée uniquement d’extrémistes et de terroristes. »

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Voir aussi : Carla Del Ponte : “Je m’en vais car tous les 6 mois on demande justice pour les victimes en Syrie et rien ne se passe !”

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Démission de Carla Del Ponte : «Les propos du procureur prouvent qu’elle est juge et partie»

Source : Michel Raimbaud, 09-08-2017

Pour l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud, le procureur démissionnaire Carla Del Ponte, incarne les insuffisances, les préjugés, les « vices de construction » de la justice internationale.

Question : « L’opposition syrienne n’est composée que de terroristes », a déclaré la chef de la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie en annonçant son intention de démissionner. Que signifie ce geste de Carla Del Ponte ? Partagez-vous sa vision de l’opposition syrienne ?

Michel Raimbaud (M. R.) : Ex-procureur des tribunaux pénaux internationaux pour le Rwanda et pour l’ex-Yougoslavie, et ayant rejoint en septembre 2012 la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie, Carla Del Ponte occupe une place éminente dans ce qu’il est convenu d’appeler la justice internationale. En raison de son « franc-parler », de ses « convictions » jugées hétérodoxes, et de sa posture contestatrice, elle séduit les médias mainstream occidentaux, pour lesquels elle incarne une justice décomplexée, qui ne s’encombre ni de prudence diplomatique, ni de subtilité politique, ni de discrétion judiciaire.

La magistrate démissionnaire incarne parfaitement, me semble-t-il, les insuffisances, les préjugés, les « vices de construction » de la justice internationale

De là à faire de Mme Del Ponte l’icône d’une justice d’avant-garde, rigoureuse et équitable, indépendante dans ses positions, dans ses travaux, dans ses approches, acceptable pour l’ensemble des nations, il y a une marge.

La magistrate démissionnaire incarne parfaitement, me semble-t-il, les insuffisances, les préjugés, les « vices de construction » de la justice internationale, avant tout conçue pour être l’un des multiples bras séculiers de l’Empire atlantique, qui prétend incarner la « communauté internationale ».

Carla Del Ponte a un style qui plaît, car elle a son franc-parler, mais elle endosse en fait tous les a priori, les fondamentaux, les lieux communs de l’idéologie occidentale dominante. Si elle veut que la Commission obtienne la saisine de la Cour pénale internationale (CPI), ce n’est pas tant pour juger les rebelles et opposants (jadis placés « du côté du Bien », devenus « extrémistes et terroristes »), que pour condamner le Président et les responsables syriens, auxquels elle a attribué dès le début « le rôle du Mal ». Bachar el-Assad aurait, selon elle, « perpétré de terribles crimes contre l’humanité et utilisé des armes chimiques »… C’est une rengaine bien connue.

Si Mme Del Ponte est assez compréhensive avec « l’opposition » syrienne, oubliant que celle-ci avait appelé au meurtre, à la lutte armée et à l’intervention étrangère dès le début de la guerre, elle est loin d’adopter une approche équitable à l’égard de Bachar el-Assad et de son gouvernement, reprenant les poncifs ou mensonges des « révolutionnaires » et de leurs parrains occidentaux ou islamistes. Il est étonnant que cette femme de haut vol soit si obtuse, après six ans et demi d’une tragédie dont la véritable nature, les mobiles et objectifs, sont affichés par les agresseurs de la Syrie avec tant de cynisme.

Les propos de Mme Del Ponte prouvent qu’elle est juge et partie

Je suis frappé de constater que Mme Del Ponte, membre d’une commission onusienne censée être impartiale, partage apparemment sans réserve la position des responsables et intellectuels occidentaux. Elle est venimeuse concernant Bachar el-Assad, chef d’un Etat agressé, qui défend la souveraineté, l’intégrité et l’indépendance de son pays ; elle est aveugle et sourde face aux voix venant de Syrie. En revanche, elle n’évoque aucunement l’urgence de traduire devant les tribunaux tous ceux qui, en Occident ou en Orient, dans les cercles d’influence et les rouages de « l’Etat profond » de leurs pays respectifs, ont conçu, financé, soutenu, armé les opérations de déstabilisation, de destruction et de mise à mort en Syrie comme tant d’autres pays.

Les propos de Mme Del Ponte prouvent qu’elle est juge et partie.

Question : Pensez-vous que sa démission puisse pousser la communauté internationale à changer d’avis sur l’opposition en Syrie ?

M. R. : Non, je ne crois pas, tant que l’on persistera à appeler « communauté internationale » les quelques pays occidentaux qui représentent 10% de la population de la planète, ont fait main basse sur le monde et rêvent de poursuivre leur razzia sur la planète.

Les organes de l’ONU obéissent au doigt et à l’œil à Washington et ses vassaux

Question : Comment voyez-vous le fonctionnement de la Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie ? Pensez-vous qu’elle puisse avoir des conclusions impartiales ?

M. R. : La question principale ne concerne pas le fonctionnement, mais la conception même de la justice internationale. Des conclusions impartiales signifieraient que la justice soit respectée et que la Commission puisse conduire ses investigations et déposer ses conclusions en toute indépendance, c’est-à-dire sans pression des « Trois » de la « communauté internationale » (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis). Dans le contexte actuel, c’est inimaginable… A l’exception du Conseil de sécurité, où, depuis quelques années, la Russie renaissante et la Chine qui ne cesse de monter en puissance, opposent leur veto, les organes de l’ONU obéissent au doigt et à l’œil à Washington et ses vassaux…

Si la Commission d’enquête de l’ONU partage tous les préjugés, toutes les approches de madame Del Ponte, elle sera sûrement dans l’incapacité d’arriver à des conclusions impartiales sur le conflit en Syrie

Si, comme on peut le craindre, la Commission d’enquête de l’ONU partage tous les préjugés, toutes les approches de Mme Del Ponte, elle sera sûrement dans l’incapacité d’arriver à des conclusions impartiales sur le conflit en Syrie. Le principe de base restera inchangé : transformé durant la double décennie de la toute-puissance US (la période unipolaire), à partir de 1991, l’appareil de la justice internationale est voué à agir au gré des intérêts et pulsions de l’Empire atlantique.

Le Conseil de sécurité sert à cet empire d’instrument de coercition : la CPI ne peut intervenir contre les Etats qui n’ont pas adhéré au Traité de Rome et ne reconnaissent pas la compétence de la Cour, mais une résolution du Conseil de sécurité peut enjoindre à la CPI de se saisir du dossier.

J’ajouterai que trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ne sont pas ou plus parties au traité de Rome (les Etats-Unis, la Chine et la Russie). En raison d’un probable veto de Moscou et de Pékin (comme en 2014), le Conseil ne votera donc pas la saisine [le 8 août 2017].

Source : Michel Raimbaud, 09-08-2017

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Deir ez-Zor libérée: le dessous des cartes . Vidéo d'Ayssar Midani

9 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch

Ajoutée le 5 sept. 2017

Trois ans et un mois de siège sont brisés : les forces syriennes et leurs alliés ont réussi il y a à peine une heure de briser le siège du centre-ville.

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Terrorisme : le doigt et la Lune Par Caroline Galactéros

3 Septembre 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La finance dérégulée, #Daesch, #La Turquie

Terrorisme : le doigt et la Lune


Par Caroline Galactéros − Le 27 août 2017 − Source galacteros.over-blog.com

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La terreur ne prend pas de vacances. Levallois-Perret, Marseille, Barcelone, Cambrils, Turku, jusqu’à Surgut en Sibérie… Les plages se vident, les enfants font leurs cartables et taillent leurs mines pour apprendre, grandir, aimer la vie et les autres…, tandis que les islamistes affûtent leurs poignards, bourrent leurs sacs à dos d’explosifs, se ceinturent de Semtex ou de pâte à modeler, louent des camionnettes ou empruntent des voitures pour les détruire. Chacun va donc faire ses devoirs et les services de police et de renseignement feront ce qu’ils peuvent – ce qui n’est pas rien mais ne peut tout –, modernes Sisyphes d’un monde occidental qui s’étourdit dans le déni. Combien d’attentats déjoués en vérité ? Combien à venir ? Doit-on s’y habituer, comme certains responsables politiques osent nous y inviter, comme on accepte sans broncher qu’un cambriolage ait lieu en France toutes les deux minutes ?

 

Le terrorisme « fait-il partie de notre vie », chacun devant vaquer à ses affaires dans une indifférence désabusée, espérant échapper aux prochaines rafales par des calculs de probabilité rassurants ? Croit-on sérieusement qu’en ignorant le défi qui nous est lancé, en le minorant, en réduisant la menace à des passages à l’acte d’individus psychiatriquement atteints – dans un tiers de cas nous répète-t-on désormais à l’envi –, on va faire disparaître la menace et lasser l’adversaire qui nous laissera en paix ? L’accent mis sur la maladie mentale est une inquiétante défausse. Cette tentation du politique grandit à mesure que se manifeste l’ampleur du phénomène et que monte le sentiment d’impuissance des pouvoirs publics.

Que des individus fragiles ou même malades agissent de manière mimétique par rapport au modus operandi des terroristes, certes, mais 120 bonbonnes de gaz ont été retrouvées en Espagne pour faire exploser la Sagrada Familia et d’autres monuments ! Ce sont désormais les symboles les plus éclatants de la chrétienté en déroute qui sont ciblés en Europe même, et non plus seulement dans le lointain Orient. Ce sont les dirigeants européens qui « sont dans le gaz » ! À moins que leur calcul implicite ne soit plus cynique encore : notre mode de vie, le choix de nier les problèmes pour ne pas devoir les traiter, suppose un certain ratio de pertes humaines, en quelque sorte incompressible, qu’il faut accepter et faire admettre d’une manière ou d’une autre à nos concitoyens, « parce que nous le valons bien » et qu’on s’en sortira… Fermez le ban.

Une guerre que nous ne voulons pas voir

Refusons cette coupable inhibition. Prenons nos responsabilités. La première d’entre elles est la lucidité : chaque attentat n’est pas l’expression d’une violence exceptionnelle, incompréhensible voire inévitable, mais scande une étape sanglante supplémentaire dans une guerre qui nous a été déclarée et que nous ne voulons pas voir.

On ne fait d’ailleurs pas davantage le lien – sans être taxé de racisme ou d’islamophobie primitive – entre cette « problématique sécuritaire », qui rythme désormais tragiquement notre quotidien, et la vague migratoire qui inonde l’Europe, gonfle en silence, charriant dans son écume d’innombrables malheureux, mais aussi moult individus dangereux, et des centaines de milliers d’autres dont on sait très bien qu’ils sont en train de faire changer notre continent de nature… et de culture. Réfugiés économiques ou politiques, migrants, demandeurs d’asile, légitimement fondés à venir en Europe ou pas, est-ce finalement la question ? Évidemment non.

Cet exode massif programmé n’est pas le fruit d’un odieux « complot » mais celui d’un enchaînement de circonstances, d’intérêts, et aussi de (nos) décisions politiques folles. Il est surtout une calamité que chacun pressent, mais que nul n’ose dénoncer sans honte et surtout sans s’exposer à la vindicte « d’élites » confites dans l’aveuglement et la repentance délirante… Nos politiques, pour la plupart complaisants et démagogues, pratiquent l’omerta trans-partisane et refusent de traiter sérieusement cet immense péril. Eux aussi espèrent passer entre les gouttes jusqu’au prochain scrutin… Et puis, s’ils devenaient courageux, il leur faudrait encourir l’opprobre du chœur des vierges aux yeux crevés et l’impopularité immédiate, se montrer durs, forcément injustes, oser traiter des nombres et non plus des destins particuliers, imposer des devoirs et restreindre des « droits », traiter « le local » avant « le global », le national avant l’universel. Pas très valorisant ni valorisable électoralement parlant. Il leur faudrait surtout cesser d’invoquer l’Europe, dont chacun sait qu’elle ne peut rien, car elle n’est que la somme des volontés de ses États membres… et donc de leur absence. Aussi préfèrent-ils maquiller le danger manifeste en aubaine pour l’emploi ou la diversité…

En plein délire, en plein déni

On nage donc en plein délire et surtout en plein déni. Même Angela Merkel, maîtresse de l’Europe au grand cœur, réalise désormais amèrement le prix de sa naïveté. R. T. Erdogan vient de lui donner une cinglante leçon d’ingérence et poursuit son chantage à l’ouverture des vannes migratoires. Cela lui a rapporté beaucoup déjà. Désormais, il va plus loin encore. La chancelière critique l’évolution autocratique de son pouvoir et renvoie l’intégration de la Turquie dans l’UE aux calendes grecques ? Il appelle publiquement contre elle les Turcs d’Allemagne à ne pas voter pour la CDU ou ses alliés dans quelques semaines. Cela ne changera probablement pas sensiblement l’issue du vote. Certes, mais il y a plus de trois millions de Turcs en Allemagne et c’est là encore voir la paille et non la poutre. Car le signal est limpide : les communautés musulmanes d’Europe sont devenues, bon gré mal gré, les vecteurs d’une entreprise de déstabilisation progressive du Vieux Continent aux fins de sa submersion politico-culturelle et de sa subversion idéologico-religieuse. Ces chevaux de Troie, activés par d’habiles leaders d’influence locaux ou lointains, peuvent à tout moment prendre le mors aux dents et jeter à terre leurs piètres cavaliers sans éperons ni étriers.

Rappelons, pour éviter tout malentendu ou procès d’intention, que les Français de confession musulmane sont dans leur immense majorité les cibles, les otages, les victimes d’une instrumentalisation politique extérieure, exactement comme les populations civiles d’un pays en guerre. Ils sont la matière première semi-consciente d’une entreprise globale de subversion d’un ordre ancien qui se structure dans l’indifférence générale. Le gros de ces populations est pacifique, travaille, et pratique (ou pas) un islam modéré, c’est-à-dire compatible avec les lois de notre République. Car la question n’est pas, rappelons-le aussi, d’adapter la République aux religions et communautés présentes sur le sol français, mais de définir la marge possible d’expression et de pratique de ces religions dans la seule mesure où elles ne remettent pas en péril les lois, pratiques et équilibres de la République ni la cohésion nationale, et cela dans le respect du cadre historico-politique d’un pays d’histoire et de culture chrétiennes multiséculaires. En toute rigueur, cela suppose, très spécifiquement pour l’islam, qui est par essence un système politico-religieux holistique et ne reconnaît pas la primauté de la loi des hommes sur celle de Dieu, une réforme intellectuelle sérieuse (sur le plan de l’exégèse même du Coran) et en tout cas une constriction, une compression du domaine légitime et légal d’expression et d’observance de la foi musulmane en France.

Plus immédiatement encore, cela impose aux autorités françaises d’exiger des représentants des Français musulmans (et non des « musulmans de France » !) un grand « ménage » dans les mosquées et les associations et de les appuyer dans cette œuvre de salut public, afin de nous débarrasser de tous les imams salafistes et agents prosélytes prêcheurs de haine et de régression. Car c’est en ces lieux, où se mêlent ignorance, ingérences et pressions extérieures, que s’exprime le rapport de force politico-religieux et que l’on sent la volonté de faire progressivement plier la République devant le poids démographique et électoral croissant d’une communauté de plus en plus réduite à son identité confessionnelle. Or, là est le drame. Car la confessionnalisation de la violence politique, que l’Occident a sciemment encouragée notamment depuis le tournant du siècle, gangrène désormais le monde entier et a transformé, en France, des parents inoffensifs et travailleurs, des enfants revendicatifs et des petits-enfants remplis de haine envers leurs pays nourriciers en une arme à double détente par destination.

Confessionnalisation

Pour en revenir à l’attitude de la Turquie, l’appel du néo-Sultan à la désobéissance civique et surtout à l’obéissance à une appartenance communautaire politico-religieuse supérieure transcende l’autorité du pays d’installation et la méprise ouvertement. Cela se passe aujourd’hui en Allemagne. Mais il y aura d’autres appels. Car il sera de plus en plus facile d’activer ces masses humaines globalement insérées, mais en fait désincarnées de la chair nationale d’États en décomposition, et de les mobiliser contre leurs pays d’accueil au service d’un dessein plus vaste. Dans les mosquées ou sur les réseaux sociaux. Question d’opportunité, de mûrissement communautaire et d’affadissement perçu de la volonté d’appareils d’États déliquescents et craintifs.

Cela rappelle fortement une autre situation, celle de la Bosnie-Herzégovine en 1991, avec l’instrumentalisation tragique de la nationalité confessionnelle des « Musulmans de Bosnie » (avec un grand M), invention de Tito en 1968 pour mieux dominer Serbes et Croates en introduisant un troisième larron dans leur face à face conflictuel. Rebaptisés « Bosniaques », majoritaires en nombre par rapport aux catholiques croates et orthodoxes serbes, les Musulmans de Bosnie (« ethniquement » serbes ou croates !) virent dans l’implosion de l’ancienne Fédération yougoslave – après celle de l’URSS et la réunification allemande – l’occasion inespérée d’une émancipation politique et d’une domination communautaire sous le couvert de conquête démocratique. On connaît la suite…

La confessionnalisation de la revendication politique, économique et sociale est un engrenage extrêmement dangereux. Le jour venu, en France, en Allemagne ou ailleurs en Europe, ceux qui n’ont pas même encore conscience de cette part de leur identité, quand on leur intimera l’ordre de choisir, pourraient adopter tout naturellement cette forme de « nationalité sans nation », conforme à ce qu’est l’Islam, un système politico-religieux total. Des voisins vivant jusque-là en bonne intelligence autour d’un socle national laïque commun se définiraient alors tout à coup autrement, comme des ennemis prêts à se déchirer. Impossible, improbable ? Délirant ? À voir. Ou plutôt à ne pas voir. Nous devons conjurer ce péril terrifiant, cette dynamique destructrice et faire en sorte que ceci n’arrive pas.

Que faire alors ? Au moment crucial de poser un diagnostic, il faut prendre garde à un leurre redoutable : le « discours d’expert » sur le terrorisme. Il a évidemment ses vertus : il cherche des explications – souvent des excuses -, décompose les modus operandi, fait des liens, remet en perspective, essaie d’anticiper. Il permet aussi d’expurger une frayeur et un dégoût qui nous saisissent devant le caractère apparemment irrationnel, indiscriminé, injustifiable des cibles de ces « voyous barbares », brebis égarées de la mondialisation transformées en « loups solitaires » ou en meutes morbides. Mais ce discours coupe aussi artificiellement le symptôme du mal. Il fait comme si le terrorisme était un phénomène en soi, qu’il suffisait de bien analyser et de combattre pour le circonscrire et l’éradiquer. Comme dans un jeu vidéo.

Or, il faut s’interroger : ces brebis sont-elles égarées ou, au contraire, se sentent-elles (re)mises sur La Voie ? C’est la vraie question. Celle qui nous gêne tant, nous terrifie même, car elle met en échec tout notre référentiel. On leur a, dit-on, « lavé le cerveau », pour les lancer, décérébrées et désespérées, contre d’innocents civils ou des représentants de l’autorité, pour faire trembler dans les chaumières et provoquer la sidération progressive d’une nation qui se défait et sa paralysie avant sa reddition ultime. Est-ce si sûr ? N’est-ce que cela ? Ne peut-on penser que ces individus, pour la plupart, s’engagent en toute connaissance de cause dans un combat en fait très cohérent à leurs yeux, qui leur paraît absolument valable et louable ? Ils échappent, par leur sacrifice (le don de leur vie biologique), à la confusion que nos démocraties hyper-individualistes ont opérée entre vie et existence. La vie, tout à la fois souffle et commandement divin, traverse les corps et les justifie, inscrit l’individu dans un dessein transcendant, appelle comme un salut sa mort terrestre au service d’une cause, d’un sens, et le démarque ainsi des « infidèles » prisonniers d’une « existence » réduite à leur pure matérialité biologique et surtout à un matérialisme déspiritualisé… C’est là, on en conviendra, une puissante réponse à la perte de repères spirituels et moraux que fait subir la modernité occidentale à ses enfants les moins aptes à la mobilité mentale et sociale.

Mais en Occident, nous confondons depuis longtemps déjà vie et vivant. C’est précisément ce que l’on appelle la modernité. Nous sommes de ce fait quasi incapables de reconnaître une quelconque validité à un tel « délire ». Car il défie notre idole absolue : « le progrès », essentiellement technique et technologique, entré désormais en complète symbiose avec le marché. Admettre que ce que nous considérons comme un « égarement » régressif et pathologique dans l’acte terroriste est, aux yeux des acteurs de cette terreur, l’aboutissement d’une quête spirituelle que le monde d’ici-bas ne peut assouvir nous est proprement impensable. Car cela revient à admettre que certains individus, élevés au bon lait de la modernité occidentale et souvent loin de toute misère sociale ou intellectuelle, rejetteraient en toute connaissance de cause et en bloc les étalons lumineux de l’Occident consumériste. Un Occident qui se prétend toujours référent ultime du progrès humain, veut éradiquer toute idée même de mystère ou de destinée, et vogue désormais béatement vers les rivages prometteurs du transhumanisme, sa nouvelle idole, bien décidé à remettre Dieu à sa place pour offrir tout seul l’immortalité et l’omniscience à l’homme…

Attention ! Que l’on me comprenne bien ! Je ne justifie évidemment rien. C’est exactement l’inverse. Tout combat commence par l’évaluation froide et la plus ouverte possible de l’adversaire. Notre difficulté est que nous sommes incapables d’une grille de lecture lucide sans autocomplaisance. La « conversion du regard » indispensable pour comprendre le fonctionnement de l’autre (non pour l’excuser) nous est inaccessible. Car nous confondons les deux et nous nous fermons intellectuellement de peur d’excuser l’inexcusable en comprenant. Or, le fait de considérer comme de simples fous déséquilibrés ou délirants les auteurs d’attentats nous prive d’un regard à la mesure de la menace que leur élan destructeur fait peser sur notre monde développé.

Ces individus ne versent pas dans le salafisme parce qu’ils sont mal insérés socialement ou économiquement dans nos sociétés. On peut être pauvre, marginalisé ou inculte sans prendre les armes pour égorger son prochain. La source de l’islamisme violent et de son expression terroriste n’est donc pas sociale (chômage, désinsertion, etc.), pas plus qu’elle ne relève du dérèglement mental ou de « l’égarement » religieux. Elle est PO-LI-TIQUE ! Le religieux est ici massivement instrumentalisé, avec un franc succès, auprès de ses cibles (les masses musulmanes) comme auprès de ses victimes (les populations non musulmanes et les systèmes politiques des États ciblés). Il sert de leurre à une offensive géante qui essaime de manière virale dans des esprits fragiles ou structurés. Une offensive politique donc, mais appuyée, justifiée par la radicalité structurelle d’une Foi qui opère la symbiose totale entre le terrestre et le spirituel et offre donc une cohérence. Le moteur du « sacrifice » consenti et de l’action destructrice des agents de la terreur est infiniment puissant car il est cohérent. C’est en conséquence non une désorientation, mais une réorientation radicale qui les meut.

Refuser de concevoir cette cohérence intime retrouvée, et nier la globalité du défi qui nous est lancé appauvrit notre analyse et notre capacité de riposte. Réduire la lutte antiterroriste à une « guerre asymétrique » est séduisant mais indigent. « Tuer des terroristes », comme vient de le dire modestement Donald Trump à propos de la nouvelle « stratégie américaine » en Afghanistan, n’a aucune chance, jamais, de mettre fin au terrorisme. On peut faire cela jusqu’à la fin des temps. Car le véritable théâtre de cette guerre globale est sans frontières. Ce sont le communautarisme et le confessionnalisme présents au cœur même de nos propres Nations qui sont nos véritables ennemis. Et personne ne veut les voir ni les combattre autrement qu’à mots couverts. On les laisse prospérer, quand on ne les encourage pas.

Dès lors, la concentration de l’attention politique sur la dimension militaire de ce qui n’est qu’un pan, un mode d’action d’une stratégie globale, nous fait manquer l’essentiel. Le terrorisme n’est que l’autre nom de la guérilla, technique de combat vieille comme le monde. Ce n’est pas une fin en soi ni une absurdité, c’est l’un des moyens mis au service d’une entreprise d’ordre révolutionnaire, au long cours, tous azimuts, qui se joue simultanément au loin et chez nous. Une entreprise qui rassemble de nombreux acteurs qui jouent sur les faiblesses et la pusillanimité des démocraties modernes, sur leur renoncement à l’autorité, à la sélection, à la punition. Une entreprise qui vise le renversement de l’ordre politique occidental et son remplacement par un ordre politico-religieux dont le référent unique serait l’islam sunnite dans sa pureté originelle, pour lequel la Foi, la Loi et le Droit ne font qu’un, et qui tient les catégories occidentales de la modernité politique et sociale, sa rationalité et les concepts de liberté ou d’égalité pour des pêchés mortels contre Allah lui-même.

En conséquence, la focalisation sur les modus operandi de la terreur comme le discours actuel sur le recul (réel) du groupe État islamique ou de ses avatars, effectivement engagé dans une phase de déterritorialisation en Syrie et en Irak, qui tirerait pathétiquement ses dernières cartouches en inspirant encore quelques consciences troublées réduites à des modes d’action primitifs (le camion ou la voiture lancée dans la foule, les attaques au couteau, etc.) sont donc séduisants, rassurants…, mais parfaitement insuffisants. Ce récit transpire la peur et le renoncement. Un story telling complaisant qui laisse penser, à l’ennemi notamment, que c’est gagné, que l’on est incapable de lui opposer ne serait-ce qu’une claire conscience de ce qu’il est et veut véritablement. Il faut dire que le renoncement est dans l’air du temps : il y a quelques jours, il s’est bien trouvé une « experte » pour expliquer doctement à la radio que l’empoisonnement des œufs au fipronil était comparable à l’effet d’un café où nagerait une mouche : désagréable mais toujours buvable ! De la même façon que nous devons nous débarrasser de tous ces poisons qui posent un problème de santé publique colossal, mais ne font parler d’eux que lorsqu’il y a quelques « blessés » ou morts non camouflables, nous devons éradiquer sans pitié l’engeance islamiste qui empoisonne graduellement le corps de la nation mais dont on ne réalise la nocivité que lorsqu’elle nous frappe spectaculairement. Mais nos démocraties sont fortes nous dit-on, pleines de « résilience ». « Nous n’avons pas peur » et ne changerons pas d’un iota notre attitude collective ni individuelle. C’est là que le bât blesse. Car il faut tout changer.

En premier lieu, il faut cesser de sous-estimer l’ennemi et comprendre la nature et l’ampleur de la guerre qui nous est menée. Le terrorisme n’est, nous l’avons dit, que l’un des modes d’action d’une guerre de nature révolutionnaire à finalité idéologico-religieuse qui nous est faite à très grande échelle en profitant du lent dépérissement des États depuis 1990, de l’hyper-mondialisation et de l’idéologie ultra-individualiste qui l’accompagne. La question du « complot » et de la folie américaine initiale du financement massif de l’islamisme contre l’URSS, celle de « la vengeance » du monde arabo-musulman sont sans intérêt. Stupidité stratégique, complot ou pas, une dynamique imperturbable s’accélère et accule progressivement les régimes démocratiques pris au piège de leurs propres « valeurs » et utopies et surtout de l’effet boomerang de leur égalitarisme tant porté aux nues qu’il a fini par dissoudre la cohésion nationale.

En second lieu, il faut en finir avec cette culture de l’excuse implicite dans nos démocraties schizophrènes, qui ont intégré la repentance à un point tel qu’elles se sentent coupables d’être et d’offrir le gîte, le couvert, le savoir, la sécurité à ceux qui les méprisent, les haïssent et les frappent.

En troisième lieu, il faut rompre le pacte avec le Diable conclu par complaisance et surtout ignorance par des politiques de tous bords. J’explique depuis longtemps, et reste convaincue, que l’incohérence entêtée d’une ligne diplomatique qui nous fait, contre quelques contrats ou prébendes, soutenir des États suppôts directs ou indirects du salafisme et mécènes d’un prosélytisme religieux qui déstructure nos nations entretient un cercle vicieux redoutable et nous asservit en profondeur. Comment ne pas voir non plus l’absurdité, l’irresponsabilité d’une politique au petit pied, sans vision, qui nous a conduits à abattre des États autoritaires mais laïcs au nom de la démocratie et de la protection des populations, alors que nous tenons un discours permanent sur la vertu de la laïcité pour la coexistence paisible des diverses croyances autour d’un socle national partagé ? Il est vrai que notre antienne est de plus en plus formelle, car dans les faits, nous laissons dépérir ce socle et confortons le communautarisme dans nos villes et banlieues au nom même d’une liberté qui masque un autorenoncement à l’autorité de l’État et à l’imposition d’un référentiel commun. Nos politiques avalent depuis des lustres, le nez bouché et en mettant un cierge, la potion amère des associations musulmanes d’obédiences diverses qui leur promettent paix sociale, soutien électoral ou financements en échange de l’acceptation de leur implantation locale « au service des habitants ». Il est urgent de redécouvrir les vertus de la verticalité. L’horizontalité noie les responsabilités, accentue les réflexes de défausse, transforme les libertés offertes en violence et finalement creuse les disparités. C’est un paradoxe qu’il faut enfin regarder en face.

La guerre qui nous est faite est certes asymétrique, évidemment, puisque nos armées constituées et formatées pour le combat de haute intensité font face à des commandos, des individus, des milices qui les harcèlent au long cours avec des ruptures de rythme incessantes. Mais il faut bien comprendre que la négation obtuse du lien entre ce qui se passe au loin et ce qui se passe sur le territoire national nous affaiblit. Engager une contre-offensive crédible requiert une détermination et une vision globales et déjà une remise au diapason républicain de communautés entières, elles-mêmes « travaillées » au corps et au cœur comme la pâte à modeler de la domination future.

J’entends déjà les cris d’orfraie ! Catastrophisme ! Raisonnement fasciste, islamophobe ! Il est impossible, illégal, illégitime, antirépublicain d’engager une telle résistance ! À nous la méthode Coué, l’incantation extatique sur « le vivre ensemble », la danse de la pluie ! Mais « le vivre ensemble » ne se décrète pas. Il se fait respecter. Mais notre République se meurt à force de s’offrir repentante, à ceux qui veulent l’abattre. Mais la résilience ne suffit pas. Mais les fleurs et les bougies sont indécentes. Mais voir les familles des victimes elles-mêmes dénoncer les photos terrifiantes de leurs proches en morceaux signe un inquiétant déni de réalité. Plus de corps, plus de mort ? Plus de danger ? L’euphémisation du réel est impardonnable. On peut le comprendre d’un parent perdu par le chagrin de la perte d’un être aimé, pas d’un État qui doit protéger ses concitoyens.

Car c’est une guerre globale mais soigneusement « perlée » qui nous est faite. Le rythme des attentats, leur occurrence en salves sporadiques et étendues géographiquement en témoignent. Un rythme suffisamment régulier pour maintenir la pression et faire grandir la peur dans la population, mais insuffisamment massif encore pour déclencher la fureur populaire et contraindre les pouvoirs publics à l’action martiale. Le risque est pourtant grand, à moyen terme, de la procrastination régalienne. C’est donc l’ennemi qui donne le tempo. Il peut décider d’en changer et monter en intensité subitement. Sommes-nous prêts ? Et puis, les moutons pourraient cesser d’accepter leur sacrifice aléatoire et se rebeller ; sans berger, décider de se défendre seuls, en dressant quelques chiens. Et là, ce serait la fin de la République et de l’État de droit. Et l’irruption de la guerre civile.

Caroline Galactéros

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La nouvelle Route de la soie passera par la Syrie . Par Pepe Escobar.  

17 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #La Turquie

La nouvelle Route de la soie passera par la Syrie

La nouvelle Route de la soie passera par la Syrie . Par Pepe Escobar.  

 

Au milieu des annonces catastrophistes qui caractérisent tout ce qui traite de la Syrie, la fronde et les flèches de la fortune injurieuse [1] décochent parfois, au contraire, de la bonne fortune.

 

Prenez ce qui s’est produit ce dimanche dernier à Pékin. L’Association d’échanges Chine-Arabie (China-Arab Exchange Association) et l’ambassade de Syrie ont organisé une journée d’expo sur la Syrie remplie à craquer de centaines de spécialistes chinois en investissements dans les infrastructures. C’était une sorte de mini-réunion de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), étiquetée « Premier projet de foire de rencontres pour la reconstruction de la Syrie ».

Et il y aura des suites importantes : une expo sur la reconstruction de la Syrie ; la 59ème foire internationale de Damas le mois prochain, où quelques chose comme 30 pays arabes et étrangers seront représentés ; et les expos d’État Chine-Arabie dans le Yinchuan, province du Ningxia, en septembre.

Qin Yong, secrétaire assistant de l’Association d’échanges Chine-Arabie, a annoncé que Pékin prévoit d’investir 2 milliards de dollars dans un parc industriel en Syrie, pour 150 compagnies chinoises.

Rien ne saurait être plus logique. Avant la tragédie de la guerre par procuration en Syrie, les marchands syriens étaient déjà incroyablement actifs dans le petit commerce de la Route de la soie, entre Yiwu et le Levant. Les Chinois n’oublient pas que la Syrie contrôlait les accès terrestres à la fois à l’Europe et à l’Afrique à l’époque de l’ancienne Route de la soie, quand, après avoir traversé le désert via Palmyre, les biens arrivaient jusqu’à la Méditerranée, puis à Rome. Après la chute de Palmyre, un route secondaire longeait l’Euphrate et passait par Alep et Antioche.

Pékin planifie toujours avec des années d’avance. Et le gouvernement de Damas est impliqué aux plus hauts niveaux. Ainsi, ce n’est pas par accident que l’ambassadeur syrien en Chine Imad Moustapha a déclaré, de façon décisive : La Chine, la Russie et l’Iran auront la priorité absolue pour tous les investissements en infrastructures et en projets de reconstruction quand la guerre sera terminée.

La nouvelle Route de la soie, ou initiative One Belt, One Road, comprendra inévitablement une plate-forme syrienne – avec tous les accords légaux nécessaires aux compagnie chinoises impliquées dans les investissements, la construction et les finances via une commission spéciale créée par l’ambassade de Syrie, l’Association d’échanges Chine-Arabie et le cabinet juridique chinois basé à Pékin Shijing.

Faites-moi une place sur le train de fret Shanghai-Lattaquié

Peu de gens se souviennent qu’avant la guerre, la Chine avait déjà investi des dizaines de milliards de dollars dans l’industrie pétrolière et gazière de la Syrie. Naturellement, la priorité pour Damas, une fois que la guerre sera terminée, sera un effort massif de reconstruction des infrastructures détruites. La Chine pourrait y prendre part via la BAII. Puis viendront les investissements dans l’agriculture, l’industrie et la connectivité – des couloirs de transport dans le Levant et des connexions entre la Syrie, l’Irak et l’Iran (deux autres plate-formes de la nouvelle Route de la soie).

Ce qui compte le plus est que Pékin a déjà entrepris la démarche fondamentale de s’impliquer dans le règlement de la guerre en Syrie – géopolitiquement et géo-économiquement. Pékin a appointé un représentant spécial pour la Syrie depuis l’année dernière – et a déjà fourni une assistance humanitaire.

Inutile d’ajouter que ces plans dépendent de la fin de la fin définitive de la guerre. Et c’est là le problème.

Avec la chute de Daech, ou du moins sa perte imminente de tout centre urbain d’importance, personne ne sait de quelle façon un faux califat fragmenté pourrait être manipulé pour couper la Syrie de son avenir dans la nouvelle Route de la soie.

Le Qatar a déjà changé la donne ; Doha s’est rapprochée de Téhéran (intérêts communs dans le méga-champ de gaz South Pars/North Dome obligent), ainsi que de Damas – au grand dam de l’Arabie Saoudite. De sorte que, contrairement à son passé récent, le Qatar n’est plus impliqué dans la politique de changement de régime. Restent à considérer les intérêts divergents de l’Arabie Saoudite, de la Turquie, d’Israël et bien sûr de Washington.

Un scénario possible de ce que Poutine et Trump ont négocié à Hambourg – qui n’a été relayé ni par Tillerson, ni par Lavrov – est que le cessez-le-feu en Syrie du Sud-Ouest, s’il tient, pourrait signifier que les forces de maintien de la paix américaines créent une zone démilitarisée entre le Golan syrien et le reste du pays.

Traduction : le Golan a été annexé de facto par Israël. Et la « carotte » pour Moscou serait la reconnaissance de la Crimée russe par Washington.

C’est moins tiré par les cheveux que cela en a l’air. Les prochains mois diront ce qu’il en est de sa plausibilité.

L’autre point d’importance tient à Ankara et aux Kurdes de l’YPG. Contrairement au scénario de mauvais augure mais possible de la balkanisation, Washington et Moscou pourraient bien avoir décidé de concert de laisser les choses se faire d’elles-mêmes. Nous aurons donc une occupation inévitable d’al-Bab par l’armée turque, pour une durée indéterminée.

En conclusion, l’Arabie Saoudite ne gagne rien. Et Israël et la Turquie engrangent des « victoires » politiques/militaires. Il est difficile d’imaginer comment Moscou pourrait vendre ça à l’Iran comme une victoire. Quoi qu’il en soit, Téhéran n’a peut être pas encore une route Iran-Iraq-Syrie-Hezbollah totalement fluide et active, mais il maintiendra des relations proches avec Damas et s’engagera dans l’expansion de la nouvelle Route de la soie.

La question-clé à partir de maintenant semble porter sur la politique pour le « Syrak » de l’État profond et les chances de la Maison-Blanche de la suivre – à savoir, le mantra « Assad doit partir » couplé avec le soutien et les fournitures en armes aux « rebelles modérés » inexistants ; ou si la priorité de Trump – l’élimination définitive de Daech – l’emportera.

De toutes façons, Pékin s’est décidé. Il travaillera non-stop pour que le triumvirat Iran-Iraq-Syrie devienne une plate-forme incontournable de la nouvelle Route de la soie. Qui parierait contre une future route de fret florissante Shanghai-Lattaquié ?

 

Traduction Entelekheia
Illustration : Le train du désert sur l’ancienne Route de la soie, la caravane chamelière.

[1]NdT : Citation de Shakespeare (Hamlet).

 

http://www.entelekheia.fr/nouvelle-route-de-soie-passera-syrie/

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Syrie et rit encore , Rédigé par Observatus geopoliticus

17 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #La Turquie, #ISIL

Syrie et rit encore

16 Juillet 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Ne vous attendez pas à voir ces photos dans la presstituée, elle serait obligée d'admettre l'invraisemblable propagande qu'elle distille depuis des années. Il s'agit d'Alep, libérée de la mainmise des islamistes modérément modérés. Concerts, bikinis, bals... il semble que les Aléppins soient bien contents de ne plus vivre sous la férule wahhabite ou salafiste des petits héros chéris de l'Occident.

Sur le terrain de la guerre, les grands mouvements attendus se sont mis en branle ainsi que d'autres, plus surprenants. Petit état des lieux :

L'Idlibistan (1) alterne comme à l'accoutumée entre flambées de violence inter-barbues et cessez-le-feu précaires. Après deux semaines de combats, Ahrar al-Cham et Hayat Tahrir al-Cham (= Al Qaeda) viennent de conclure une trêve et promettent pour la énième fois de lancer une offensive contre l'armée syrienne. Peu vraisemblable étant donné que le parrain turc d'Ahrar semble prendre son rôle de faiseur de paix au sérieux à Astana et est le garant de la zone de désescalade d'Idlib.

Quelques minutes après l'annonce, une bombe explosait en plein Idlib, soit à la suite d'un nouveau règlement de compte, soit le fait de cellules dormantes de l'EI. Car depuis quelques temps, la grande affaire d'Al Qaida est - défense de rire - la chasse aux terroristes de Daech ! Ô ironie... La population locale, elle, commence sans doute à se lasser et plusieurs villages se rabibochent avec le gouvernement syrien via le centre de réconciliation mis en place par les Russes.

Les Turcs ont relativement calmé leurs ardeurs contre le canton kurde d'Afrin (2) même s'ils continuent à masser des troupes et que des échanges de joyeusetés obusières ont lieu régulièrement.

Comme prévu, les zones de désescalade (encore un maître coup du Kremlin) permettent aux loyalistes de concentrer leurs forces contre l'EI, soutenus par l'aviation. A l'est de Hama (3), le saillant daéchique continue à se faire grignoter même si le relief est tout sauf aisé (montagnes, canyons). Surprise, le fameux groupe paramilitaire pro-gouvernemental des Faucons du désert, supposé être le fer de lance de l'attaque sur ce front, s'est retiré de la bataille. Les raisons ne sont pas claires mais il semble que certains désaccords aient eu lieu avec les autres groupes loyalistes. Peut-être aussi que les photos des Faucons s'affichant fièrement avec les têtes tranchées des petits hommes en noir n'ont pas trop plu en haut lieu...

Au sud de Raqqa (4), les désormais légendaires Tiger Forces libèrent localité sur localité (sans mentionner les puits de pétrole) depuis une semaine et s'enfoncent peu à peu dans le coeur du territoire daéchique, vers Soukhna et Deir ez Zoor :

Soukhna justement. Les forces gouvernementales du front Palmyre (5) n'en sont plus qu'à quelques kilomètres. Après une courte pause, elles devraient très prochainement reprendre l'offensive pour tenter de libérer le dernier verrou sur la route de Deir ez Zoor.

Tout au sud, le long de la frontière irakienne (6), la situation est calme depuis quelques jours mais l'avance devrait bientôt reprendre. Il faut dire que de l'autre côté de la frontière, les Unités de Mobilisation Populaire irakiennes traînent un peu. Après la libération de Mossoul - au prix de destructions faisant passer Alep pour un jardin d'enfants -, où l'effort principal se portera-t-il : Hawija (7) ou la province d'Anbar et la frontière (8) ? Ou les deux ?

Le futur du corridor chiite et de l'accès de Téhéran à la Méditerranée en dépendent. Plus vite les troupes afflueront vers Anbar, plus large sera le corridor en question. On imagine la frénésie tendue dans les couloirs du pouvoir à Bagdad, véritable nid d'agents d'influence, où envoyés iraniens et américains se croisent sans se parler...

Jusqu'ici, les mouvements militaires décrits sont dans la continuité des évolutions récentes. Nous sommes toutefois en présence de deux fronts qui, eux, n'étaient pas du tout prévus et participent vraisemblablement de ce qui se trame à un plus haut niveau : le sud de la badia (9) et la Ghouta orientale de Damas (10).

La steppe syro-jordanienne est, on l'a vu à plusieurs reprises, l'un des points chauds du conflit. C'est à partir de là que l'empire pensait couper l'arc chiite, jusqu'au blitz royal des Syro-russes vers la frontière irakienne qui a pulvérisé les rêves américano-israélo-saoudiens. Après la rencontre Poutine-Trump, l'on a parlé d'un accord de cessez-le-feu "dans le sud", sans que soit bien précisé l'endroit.

Or l'armée syrienne a lancé il y a quelques jours une violente attaque contre les proxies US du territoire d'Al Tanaf sans aucune réaction américaine. Un délicieux kotel est sur le point de voir le jour dans sa partie occidentale :

Le Donald a-t-il vendu les mercenaires de cette zone en échange du cessez-le-feu autour de Deraa (11), près de la frontière de ses chers amis israéliens ? Pas impossible... Dans un article sur la Syrie et les Routes de la Soie - où il montre d'ailleurs que Pékin prépare déjà la reconstruction du pays -, le toujours excellent Pepe Escobar envisage même un troc cyclopéen entre Moscou et Washington : en échange d'une zone démilitarisée le long du Golan, avec éventuellement la présence de soldats de la paix américains, la reconnaissance officielle du rattachement de la Crimée à la Russie. L'avenir nous dira si ce scénario a quelque vraisemblance...

Revenons-en à nos petits rebelles de la poche d'Al Tanaf. Le lecteur se souvient du plan US pour faire quelque chose de ces combattants désormais inutiles :

Les possibles futures tergiversations kurdes expliquent peut-être pourquoi les Américains auraient (le conditionnel reste de mise) transféré une partie de leurs "rebelles" de la poche désormais inutile d'Al Tanaf vers le nord, dans le Rojava, avec le but évident de redescendre ensuite le long de la frontière.

Si la rumeur est confirmée, et il convient d'être encore prudent, il serait amusant de voir cohabiter ne serait-ce qu'un temps les YPG kurdes et les "rebelles modérés", qui se détestent cordialement. Plus sérieusement, cela signifierait que l'empire n'a pas lâché l'affaire et a toujours pour but d'appliquer la politique israélo-saoudienne de réduction même partielle de l'arc chiite, bien que l'on parle ici seulement de quelques centaines de combattants.

Notre avertissement était prémonitoire... Les rebelles en question ont apparemment purement et simplement refusé d'être transbordés du côté du Rojava et de coopérer avec les Kurdes ! Encore un caillou dans la chaussure impériale...

Damas, enfin. La Ghouta orientale était sensée faire partie des quatre zones de désescalade mais la guerre n'y a jamais vraiment cessé, les loyalistes surfant sur l'extrême division des groupes djihadistes en guerre les uns contre les autres depuis des mois, reflétant d'ailleurs la scission du Conseil de Coopération du Golfe entre Saoudiens et Qataris. Et comme les Turcs n'ont plus de protégés dans la région, le sultan ne dit rien.

L'offensive a d'abord été lancée contre Hayat Tahrir al-Cham (Al Qaeda n'est pas concernée par les accords) et son allié Faylaq Al-Rahman. Ces deux groupes auparavant soutenus par le Qatar sont désormais livrés à eux-mêmes et font face aux barbus de Jaish al-Islam, tendance Saoudie. Il y a deux jours, ce dernier a lancé un appel à l'union avec ses frères ennemis pour affronter l'armée syrienne (tentative d'unification de Riyad ?), mais on sait que ce genre de déclaration est rarement suivi d'effets.

Toujours est-il que les loyalistes avancent sur plusieurs axes (ici ou ici). Ils reçoivent des renforts (peut-être même bientôt une division démobilisée de Deraa puisque le cessez-le-feu semble y tenir) et l'apport de déserteurs qui leur donnent parfois de précieuses informations sur les tunnels et cachettes rebelles. Mais les combats sont âpres, sanglants. Le commandement syrien parle de 400 djihadistes tués depuis trois semaines, chiffre qu'il est impossible de vérifier. Une chose est sûre, c'est tout sauf une partie de plaisir.

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Pour une politique française en SYRIE indépendante et respectueuse du droit (Pétition adressée à Emmanuel Macron). Comité Valmy.

15 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La nation ., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme

Publié par El Diablo

Pour une politique française en Syrie
indépendante et respectueuse du droit
Pétition adressée à Emmanuel Macron

samedi 15 juillet 2017, par Comité Valmy

Pour une politique française en Syrie
indépendante et respectueuse du droit

Monsieur le Président,

Vous avez déclaré que vous ne souhaitiez pas la destruction de l’Etat syrien et qu’avec vous au pouvoir, on en aurait fini avec les “néoconservateurs importés”. Plus récemment, au sortir du G20, vous avez de nouveau précisé votre détermination à œuvrer pour une sortie politique du conflit excluant le préalable d’une mise hors jeu de l’actuel Président de l’Etat syrien. Vous interrompez le soutien financier et logistique que la mandature précédente accordait à des forces combattantes terroristes qu’elle qualifiait de ‘modérées.’

 

Ce réalisme a été imposé par l’échec d’une politique d’ingérence illégitime et désastreuse. Le peuple syrien avec toutes ses composantes, en particulier une opposition authentique de l’intérieur, certes pas celle d’une poignée d’exilés exhibés à quelques occasions, s’est rangé derrière Bachar el Assad pour lutter contre la désintégration de sa nation. Avec l’aide de pays amis, il est en train de mettre fin à l’existence d’un Etat takfiriste.

Parmi ceux qui ont accueilli votre présidence avec scepticisme, beaucoup espèrent voir dans cette position une politique qui permettrait à la France d’entamer une diplomatie indépendante. Elle se déploierait fermement dans les intérêts conjoints des peuples de la région, martyrisés et décimés, et du peuple français qui n’en a récolté comme effet tangible que des attentats terroristes sur son territoire et l’instauration d’un Etat d’urgence sans cesse reconduit. Elle saurait rester insensible aux imprécations telles que celles développées dans une lettre ouverte à Libération (1). Ce véritable appel à la guerre cautionne la tentative de déstabilisation d’un Etat souverain au mépris de la loi internationale. Il se présente sous la forme d’un chantage moral habituel qui consiste à culpabiliser ceux qui refusent la guerre, en les accusant de faire de la France la « complice » des crimes imputés sans preuve au gouvernement syrien. Bien au contraire, des preuves irréfutables s’accumulent qui mettent en évidence la responsabilité des forces terroristes dans les différents événements chimiques qui ont émaillé la scénarisation d’une dictature sanguinaire qui assassine son peuple.

Nous sommes opposés à toute guerre d’ingérence franche comme celle qui a détruit la Libye et déstabilisé l’Afrique sub-sahélienne mais plus encore contre cette forme insidieuse d’agression menée par la France en Syrie à l’insu du peuple français. Aussi nous vous mettons en garde instamment contre la tentation de création de couloirs humanitaires, prétexte toujours invoqué pour établir une installation militaire étrangère dans un pays souverain.

Monsieur le Président,

Nous attendons de la part de votre gouvernement que la France réaffirme sa vocation d’indépendance et de respect du droit en matière de politique internationale, à savoir :


- Qu’elle s’oppose aux guerres visant à des « changements de régime », qui sont en réalité des guerres visant à la destruction d’États souverains qui n’agressent personne ;

- Qu’elle refuse de suivre les « diktats » de tous ceux, néoconservateurs ou « humanitaires » auto-proclamés, qui mèneraient à des guerres sans fin, illégales au regard du droit international ;

- Qu’elle fonde le prestige de la France sur sa capacité de compréhension et de médiation des conflits, ce qui est dans l’intérêt véritable des Français et des peuples du monde entier ;

Comme premier geste concret, nous vous demandons de lever les sanctions qui frappent le peuple syrien et de rétablir les relations diplomatiques avec l’Etat syrien. Cela permettrait au moins de coordonner les actions contre les takfiristes européens recrutés en Syrie et en voie de retour pour commettre des attentats.

(1) (http://www.liberation.fr/debats/2017/07/02/monsieur-le-president-maintenir-assad-c-est-soutenir-le-terrorisme_1581057) ;
Le drapeau syrien reconnu internationalement comporte deux étoiles vertes et une bande rouge contrairement à celui figurant sur cette pétition qui fut celui de la Syrie coloniale.

 

Dans un second temps, un lien permettant la signature directe de cette pétition va être ajouté. En attendant adresser les signatures au site qui les transmettra : info@comite-valmy.org

Premiers Signataires :

 Claude Beaulieu, président du Comité Valmy
 Badiaa Benjelloun, médecin, directrice de l’espace Maymana
 Ahmed Bensaada, enseignant, auteur et essayiste
 Joseph Berbery, retraité de l’enseignement, Canada
 Geneviève Blache, membre de la direction du Comité Valmy
 Jean Bricmont
 Vladimir Caller, journaliste, analyste politique
 Michel Collon, journaliste, écrivain, fondateur d’Investig’Action
 Comité Valmy
 Alain Corvez, conseiller en stratégie internationale
 Bruno Drweski, enseignant-chercheur, historien, géopolitiste, ARAC
 Bernard Gerbier, professeur des Universités émérite
 Bruno Guigue, ex-sous-préfet de la République, analyste politique
 Youssef Hindi, écrivain, analyste politique
 Investig’Action
 Diana Johnstone, journaliste, écrivaine
 Claude Karnoouh, philosophe, anthropologue, retraité CNRS
 Jacques Kmieciak, journaliste
 Simone Lafleuriel-Zakri, professeur retraitée, écrivaine, historienne
 Jean Lévy, Comité Valmy (direction), ancien responsable CGT Banques
 Jacques Maillard, physicien, bureau national du Comité Valmy
 Alexandre Moumbaris, éditions Démocrite
 Marie-José Moumbaris, éditions Démocrite
 Majed Nehmé, journaliste franco-syrien, directeur de Afrique-Asie
 Jean-Pierre Page, syndicaliste, ancien dirigeant national CGT
 Maria Poumier
 Jean-Pierre Robert, administrateur du site Palestine-Solidarité
 Yves Vargas, Philosophe
 Jean-Michel Vernochet, journaliste
 Isabelle Voltaire, Comité Valmy (direction)
 Michel Raimbaud, ambassadeur de France (ret.), conférencier
 Francis Arzalier, historien
 Roger Akl
 Richard Labévière, rédacteur en chef du magazine en ligne prochemoyenorient.ch
 Claude Gaucherand, contre-amiral (2 S)
 Michel Debray, vice-amiral en 2e section
 Pierre Lévy, Rédacteur en Chef de Ruptures
 Hugues-Antoine Suin, diplomate à la retraite
 Hassan Hamdane, sociologue, professeur à l’Université libanaise, Beyrouth
 Ali Ibrahim, citoyen syrien, licencié es-littérature française
 Dominique Dionisi
 Guy Chayvialle
 Laurence Potier, Chef d’entreprises
 Hubert de Gevigny, contre-amiral (2 S)
 Charles Hoareau, président Association nationale des communistes
 Sylvia Cattori, journaliste indépendante
 Marie-Catherine Andreani
 Jacques Lacaze, ancien conseiller municipal Liévin (62)
 Jean-Pierre Garnier, sociologue
 Bernard Maillard
 Claude Deffontaine
 Hélène Lequien
 Mouna Alno-Nakhal, ex-biologiste
 Odile Hage, retraitée de l’enseignement
 Halima Sadki, enseignante, membre du Comité Valmy
 Mezri Haddad, ancien ambassadeur de Tunisie auprès de l’UNESCO
 Bernard Gaveaux
 Nadia Gaiddon
 Christian Bouteau
 Denis Lemercier
 Nathalie Waibel, citoyenne éclairée donc libre
 Laurent Dauré, journaliste
Ginette Hess Dkandranirédactrice de La voix de la Syrie.com
Claude Roddier - astrophysicienne retraitée - Comité Valmy
François Roddier - astrophysicien retraité - Comité Valmy
Michel Dupuy , cadre retraité, syndicaliste
Gilles Gomel, retraité
Dominique HERRBACH, Enseignant
Ulrike Darras , membre du MODEM
Jean Darras, docteur en droit, retraité de la fonction publique
Michel Leprêtre - Proviseur retraité en charge du Lycée Charles de Gaulle de Damas (2012-2016)
Walter POMATELLI technicien en retraite
Hamouda S
Henri Brosse, ouvrier retraité
Jean-Claude Delaunay, économiste, professeur retraité
Guilleminot Christian, retraité
Yara Massarani
Thierry Delbós
Marie-Christine Mouranche
« Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR »
Lucien Pons, président du « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR »
Philippe MASSON - Professionnel de santé ; libre penseur
Gabriel Galice, ancien Conseiller régional de Rhône-Alpes, Président de l’Institut International de Recherches pour la Paix à Genève (GIPRI).
Bassam Tahan
Dominique Mazuet - Librairie Tropiques
Djamal Benmerad
Adel Ben Youssef - Historien- Universitaire - Tunisie
Nicolas Dhuicq, ancien député
Yvo Rens, Professeur honoraire Université de Genève
Jacques Durand, retraité du CNRS
Marie-Ange Patrizio, traductrice
Nora Zeghli, Directrice de publication Hawa Magazine
Denis Rancourt, Association des libertés civiles de l’Ontario, Canada
Vaneesa Beeley, journaliste indépendante
Hichem Kacem, éditeur indépendant
Ali Rastbeen, Président de l’Académie de géopolitique, Paris
Vadim Kamenka, journaliste, L’Humanité
Bahar Kimyongur
Gearoid O Coilmain

Dans un second temps, un lien permettant la signature directe de cette pétition va être ajouté. En attendant adresser les signatures au site qui les transmettra : info@comite-valmy.org

SOURCE:

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