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Le blog de Lucien PONS

l'allemagne

Ce 8 mai 1945, quand l'Allemagne nazie capitule : à la mémoire de nos aïeux. Par Karine Béchet Golovko.

8 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #l'Allemagne, #le nazisme, #la seconde guerre mondiale

mercredi 8 mai 2019

Ce 8 mai 1945, quand l'Allemagne nazie capitule : à la mémoire de nos aïeux
 
 
 
Nous célébrons aujourd'hui la capitulation de l'Allemagne nazie. La Seconde Guerre mondiale a encore fait des morts, les Etats-Unis ont réussi à larguer deux bombes atomiques sur le Japon, mais c'est alors que la défaite de l'Allemagne est actée. Je vous propose un retour en documents d'archives sur cette époque. En mémoire de ces hommes et femmes qui se sont battus pour que nous soyons libres.
 

 
La place de la France à ces cérémonies de capitulation de l'Allemagne en 1945 était particulièrement controversée, suite à l'armistice que Pétain a signé les 21 et 22 juin 1940 à Rethondes, mettant l'Etat français dans une situation de collaboration officielle. Et devant donc logiquement, sans le génie politique de De Gaulle, nous placer dans le camp des perdants.
 
 
Après la mort d'Hitler le 30 avril, l'amiral Dönitz, chef suprême de la marine allemande, est désigné pour succéder à Hitler et prendre en main le destin de l'Allemagne nazie. Il va négocier la reddition. Une première capitulation de l'Allemagne sera signée à Reims dans la nuit du 6 au 7 mai 1945 dans les locaux du collège moderne et technique de la rue du Jolicoeur, la moitié du bâtiment de briques rouges ayant été affectée au Haut Commandement des Alliés.
 
 
La cérémonie de signature aura lieu dans la Salle des cartes à 2h41 du matin par la général Alfred Jodl, au nom du Haut commandement allemand et, pour les Alliés, par le général Walter B. Smith, chef d'état-major du général Eisenhower, et le général Ivan Sousloparov, commandant la mission de liaison militaire soviétique. Le général français François Sevez, représentant le général De Gaulle, a finalement été invité à signer, mais uniquement en qualité de témoin.
 
 
 
Le général Sousloparov n'était pas certain d'avoir qualité pour signer un tel acte et, en effet, Staline va exiger que l'acte final de capitulation de l'Allemagne soit signé le 8 mai à Berlin, et non dans les locaux du Commandement Alliés, et par un représentant du haut commandement des forces soviétiques, ce sera le maréchal Joukov. L'Allemagne sera représentée par le maréchal Keitel, chef d'état-major de la Wehrmacht. Les forces des Alliées seront représentées par le maréchal Tedder, envoyé par Eisenhower. Avec l'aide de l'URSS, le général De Gaulle arrive à faire représenter la France par le général de Lattre de Tassigny, qui ne signera qu'en qualité de témoin. Comme l'acte sera signé peu avant minuit le 8 mai en Allemagne, ce sera déjà le 9 mai en URSS, date à laquelle est célébrée la fin de la Seconde Guerre mondiale dans l'espace post-soviétique.
 
Voici un documentaire soviétique relatant la signature de la capitulation du 8 mai 1945 à Berlin :
 
 
 
 
Le général De Gaulle fait alors ce discours légendaire du 8 mai 1945, qui marquera la date officielle de la fin de la Seconde Guerre mondiale en France (et en Occident) et Paris est en fête (voir le document de l'ina ici) :
 
 
 
En URSS, l'annonce non moins légendaire est celle faite par Levitan à la radio, le 9 mai 1945 :
 
 
Pour comprendre l'ampleur des dégâts dans notre pays, voici un documentaire récapitulant l'actualité de l'année 1945 et toute l'énergie qu'a mise le pays à se reconstruire, à revivre:
 
 
 
 
 
A la mémoire de nos aïeux, qui se sont sacrifiés pour que nous soyons libres. En souvenir de ceux qui ne se sont pas cachés, qui ne se sont pas trouvés d'excuse, qui se sont battus pour que nous vivions. En l'honneur de ceux qui n'ont pas fait reporter le poids de leur liberté sur les épaules des autres. Car tout combat que vous ne menez pas oblige quelqu'un d'autre à le mener pour vous. 

 
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Walter Hallstein,1er Président de la Commission Européenne Le Discours de Rostock de Walter Hallstein (1939)

7 Mars 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"., #Europe supranationale, #le nazisme, #l'Allemagne

Walter Hallstein,1er Président de la Commission Européenne
Walter Hallstein,1er Président de la Commission Européenne
Le Discours de Rostock de Walter Hallstein (1939)

Le discours prononcé par Walter Hallstein [1], futur président de la Commission Européenne (1958-1967), le 23 janvier 1939 à Rostock, prouve sans aucun doute que le travail pratique et théorique d’unification du droit pour une « Europe Nouvelle » était déjà bien avancé.

Ce discours ne traite quasiment que du droit des États et avance en autre les principes suivants :

  • Primauté de l’état Européen totalitaire (exécutif).
  • Pouvoir de proposition d’amendement des lois du pouvoir judiciaire (pas de jurisprudence).
  • Formation d’une « entité économique sous contrôle allemand ».
  • La loi comme le moyen éducatif et disciplinaire pour former un « Peuple [ …] essentiellement formé par des convictions et des valeurs communes ».
  • Une réflexion sur l’impossibilité d’imposer immédiatement les lois du Reich aux pays dominés.
  • Le processus juridique de la directive pour introduire dans les autres pays d’Europe les lois [nationales-socialistes].
  • Structuration administrative dans les pays conquis en entités de villes et de comtés. Les comtés constituent un mélange de circonscriptions administratives de l’État des corps auto-administrés dirigés par un directeur administratif.
  • Les entités régionales, qui seront également un mélange de circonscriptions    administratives de l’État des corps auto-administrés. Ils seront dirigés par des   gouverneurs.

Walter Hallstein dit très clairement au début du dernier chapitre de son discours que :

« la structure de l’organisation administrative de l’Autriche et du territoire des Sudètes, qui est actuellement en train d’être formée, servira de modèle pour la future administration du Reich européen tout entier ».

 

Le plan pour la Nouvelle Europe Nazi est déjà dans la tête de ce juriste et de ses collèges en 1939.

Le fait que la conférence d’Hallstein n’était pas simplement un rassemblement de l’université, mais un événement officiel de l’Etat nazi, est souligné par la présence du ministre d’Etat nazi, le Dr. Scharf – représentant d’Hitler au gouvernement d’Etat de Mecklenburg, dont Rostock était la capitale – ainsi que de l’élite entière de l’Etat nazi de cette région.

Le 24 janvier 1939, le journal « Niederdetsher Beobachter » relate la conférence de Walter Hallstein en ces termes :

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La Grande Allemagne en tant qu’entité légale
Soirée de conférences de l’Université de Rostock

Le conférencier de la soirée était Dr. Hallstein, professeur de droit, qui a acquis une expérience considérable dans les politiques juridiques européennes avec ses recherches comparatives. Il a discuté de la structure de l’organisation administrative de l’Autriche et du territoire des Sudètes.

 

Dans son courrier officiel au doyen de l’université (ci dessous), Hallstein se décrit comme un expert du Droit Européen et particulièrement familier avec les objectifs du 3ème Reich.

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Das Personenlexikon zum Dritten Reich

Dans son livre Das Personenlexikon zum Dritten Reich, Ernst Klee, historien de la période nazie, a répertorié près de 4300 noms de l’élite sociale au sein du régime nazi. La fiche biographique de Walter Hallstein se présente ainsi:

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Europe: «J’accuse», par Philippe de Villiers

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Dans son livre « Europe: J’accuse » [10], Philippe de Villiers démontre que Walter Hallstein, à droite sur la photo, a fait partie de la petite délégation des quinze juristes de haut niveau conduite par le ministre du Reich, et qu’il avait une admiration religieuse pour Hitler….

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Extraits du Livre de Philippe De Villiers :

« En écoutant religieusement exalter «le génie législatif inaccessible de Mussolini et de Hitler», Hallstein ne se doute pas que l’Histoire le ramènera ici même, au Capitole, dans presque 20 ans, pour signer, au nom de l’Allemagne, le traité européen devant amorcer sa rédemption. »

« Afin de l’aider dans sa mission pour la nazification du droit allemand, Hans Frank créa l’Académie de droit allemand. Walter Hallstein y a œuvré comme expert auprès de quelques-uns des quarante-cinq groupes de travail »

« Si ce «pionnier» de l’intégration supranationale européenne, inconnu du grand public, est l’un des rares dont on n’a pas donné le nom à l’un des bâtiments du quartier européen, c’est peut-être tout simplement parce qu’il est le père encombrant.» »

Walter Hallstein : « La création du grand Reich allemand n’est pas seulement un fait politique, un acte du Führer de portée universelle,c’est aussi un événement historique et juridique d’une importance extraordinaire »Walter Hallstein : « La création du grand Reich allemand n’est pas seulement un fait politique, un acte du Führer de portée universelle,c’est aussi un événement historique et juridique d’une importance extraordinaire »

Plus d’extraits sur le site de l’UPR :

https://www.upr.fr/actualite/france/le-livre-de-philippe-de-villiers-paru-ce-6-mars-2019-apporte-de-nouvelles-revelations-accablantes-sur-walter-hallstein-concepteur-de-la-nouvelle-europe-et-enseignant-le-nazisme-aux-troupes-de-la/

Dissimulation

Avec son lourd passé, on peut alors se poser la question de comment Walter Hallstein a pu échaper au procés de Nurembers comme d’autres juristes Nazi.

La réponse est qu’il a nié avoir des affiliations aux organisations nazis.  En celà, il a commis un parjure resté impuni.

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Deuxièmement, il a dû s’assurer que ses nombreuses publications et présentations en tant que croisé de la conquête européenne, étaient détruites.

L’illustration ci dessous reprend une impression provenant de la Bibliothèque nationale allemande après avoir utilisé, pour une recherche, les mots-clés ‘Walter Hallstein’. Cette bibliothèque – qui est la bibliothèque en ligne la plus complète de toute l’Allemagne – énumère les publications suivantes rédigées par celui-ci:

• Avant 1933 (l’année où la coalition des Nazis et du Cartel s’est emparée du pouvoir en Allemagne), on ne trouve qu’une seule publication.

• Après 1945 et la défaite de la coalition des Nazis et du Cartel, on peut trouver plus de 100 livres et publications rédigés par Hallstein.

• De façon étonnante, entre 1933 et 1945, durant le régime de terreur de la coalition des Nazis et du Cartel, on ne peut trouver qu’une seule publication rédigée par Hallstein. Cette liste ridiculement courte d’une publication en 12 (!) ans mérite une explication en particulier si l’on tient compte du fait que, durant cette période, Hallstein était le doyen de la faculté de droit de deux grandes universités allemandes.

Il n’y a qu’une explication à ce fait: Hallstein s’est assuré qu’aucun de ses discours et publications n’avaient survécu.

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L’expert en brevets, Carl Friedrich Ophüls

Hallstein ne fut pas seul dans sa fonction d’architecte en chef de « l’UE de Bruxelles ». Il s’entoura de technocrates juridiques comme Carl Friedrich Ophüls qui avaient déjà été des acteurs utiles avant 1945.

Le 17 décembre 1941, le siège du parti nazi à Francfort, dans une lettre officielle adressée au recteur de l’université de Francfort, atteste que C.F. Ophüls est un nazi “politiquement fiable” [“politisch versläßlicher”].

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Le questionnaire de dénazification des Alliés datant de 1946 révèle qu’Ophüls était membre du parti nazi, le NSDAP, et portait le numéro de membre 2 399061.

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Du fait de son passé nazi, le bureau de la sécurité des Alliés, en 1947, classifia Ophüls comme suit:

“Cet individu n’est pas employable pour n’importe quelle position au dessus du travail ordinaire »

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Cependant, le jugement qu’avait Hallstein concernant Ophüls était en contradiction directe avec le bureau des Alliés. Avec Gerhard Schiedermair – un membre du tristement célèbre clan d’avocats Nazis des Schiedermair – Hallstein promut Ophüls en un an (1949) au rang de ‘docteur’ et de ‘professeur’ de droit à l’Université de Francfort. Un an plus tard, en 1950, Hallstein nomma Ophüls au poste « d’ambassadeur à Bruxelles », et en fit son bras droit personnel.

En 1958, Carl Friedrich Ophüls  signe les ‘Statuts de la Cour européenne de Justice’, en tant que son architecte principal.

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Références

 

[1] Discours en français de Walter Hallstein, 1939.

http://lucien-pons.over-blog.com/2016/05/discours-de-conquete-de-walter-hallstein-23-janvier-1939-rostock-mecklembourg-pomeranie-anterieure.html

 

Archives numériques du texte original.

http://www.profit-over-life.org/books/books.php?book=54&pageID=1&expand=no&addPage=0

 

[6] Walter HALLSTEIN, un NAZI, 1er Président de la Commission Européenne, conférence de François Asselineau

https://www.youtube.com/watch?v=nwS0E1N1OCg

 

[7] Qui sont les pères fondateurs européens ?

https://www.youtube.com/watch?v=kR8DRBZ-wrw&feature=youtu.be

 

[9] Recherche dans les archives Allemandes des ouvrages de Walter Hallstein

https://apps.bundesarchiv.de/F/SR3HXERSV7R289MX279E1FTEEKUBTN68F1LAAKRKHYK1MDR64C-09733?func=find-b&request=walter+hallstein&find_code=WAU&adjacent=N&local_base=BAB_PAC&filter_code_1=WLN&filter_request_1=&filter_code_2=WYR&filter_request_2=&filter_code_3=WYR&filter_request_3=&filter_code_4=WFM&filter_request_4=&x=21&y=7

[10] Europe: «J’accuse», par Philippe de Villiers

https://www.amazon.fr/Jai-tir%C3%A9-mensonge-tout-venu/dp/221371228X/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1551900052&sr=8-2&keywords=de+villiers

http://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2019/03/01/31005-20190301ARTFIG00002-europe-j-accuse-par-philippe-de-villiers.php?redirect_premium

 

https://www.upr.fr/actualite/france/le-livre-de-philippe-de-villiers-paru-ce-6-mars-2019-apporte-de-nouvelles-revelations-accablantes-sur-walter-hallstein-concepteur-de-la-nouvelle-europe-et-enseignant-le-nazisme-aux-troupes-de-la/

 

[11] Das Personenlexikon zum Dritten Reich

https://de.wikipedia.org/wiki/Das_Personenlexikon_zum_Dritten_Reich

[12]  The Nazi Roots of the ‘Brussels EU’

http://www.relay-of-life.org/en/2016/10/the-nazi-roots-of-the-brussels-eu/

Cyril B.

Alexis Comte

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Macron concède et Merkel empoche : une approche rationnelle et critique du traité d’Aix la Chapelle. Par Emmanuel Maurel.

3 Février 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR"., #La France, #l'Allemagne

Les complotistes et l’extrême droite se sont emparés du traité franco-allemand négocié dans l’opacité. S’il faut démentir délires et contre-vérités, il ne faut pas s’interdire de mettre en débat les (nombreux) points problématiques du texte.

« L’amitié franco-allemande » demeure un pilier de l’imaginaire politique de ce côté-ci du Rhin, agissant comme le signal convenu du discours « pro-européen ». « L’Europe c’est la paix », sous-entendu « la paix avec l’Allemagne », et force est de reconnaître que cet argument, au regard des catastrophes humaines des 19ème et 20ème siècles, n’est pas dénué de fondement.

Historiquement, l’idée d’un rapprochement, voire d’une unité politique entre les deux pays remonte d’ailleurs aux avant-guerres mondiales. On oublie par exemple que d’après le grand historien Henri Guillemin, le Chancelier Bethmann-Hollweg avait proposé à la France, à l’orée du 20ème siècle, de mettre fin à son Entente Cordiale avec le Royaume-Uni et d’opérer un renversement d’alliance au profit de l’Allemagne. Ainsi, la domination des deux grands États continentaux sur l’Europe aurait été assurée. Amputée de l’Alsace-Lorraine, la France n’avait pas donné suite.

Puis les enseignements de la Première Guerre mondiale, avec la réconciliation esquissée par Aristide Briand, et évidemment ceux de la Deuxième, avec la montée irrésistible de l’intégration européenne, inscrivirent définitivement l’amitié franco-allemande à l’agenda politique de tous les gouvernements successifs. Mais de « l’amitié » à « l’unité », il y a un long chemin, à ce jour jamais franchi. L’idée revient périodiquement, émise par des émetteurs aussi divers que Joschka Fischer, ministre des affaires étrangères de Gerhard Schröder en 2000, qui proposa à Chirac et Jospin les contours d’une véritable « FranceAllemagne » dotée d’un Parlement commun ; ou même du… philosophe maoïste Alain Badiou, pétri d’admiration pour le pays de Kant, Hegel et Marx.

En parallèle, l’approfondissement de la politique de « l’amitié » s’opérait au travers du Traité fondateur de l’Elysée de 1963, dont le Traité d’Aix-la-Chapelle constitue une sorte d’actualisation ou de mise à jour (mais, comme on le verra, au plus mauvais moment). La réalisation la plus spectaculaire de ce volontarisme reste bien sûr l’Union Economique et Monétaire décidée en 1992 à Maastricht sous l’impulsion d’Helmut Kohl et François Mitterrand. L’euro est devenu le symbole et le principal vecteur de puissance de la relation franco-allemande.

Mais si la monnaie unique nous fait entrevoir, à nous Français et Allemands, la possibilité d’un pouvoir géopolitique mondial comparable à celui qu’exercent les États-Unis avec leur dollar, il n’est pas complété par les autres attributs incontournables de la souveraineté – et de sa projection à l’échelle globale : la diplomatie et l’armée. Le Traité qui sera signé ce 22 janvier 2019 se veut essentiellement une réponse à cet impensé, tant les autres sujets abordés dans ce court texte paraissent « décoratifs » face à ces deux grands enjeux. Le problème est qu’un tel saut qualitatif dans la relation franco-allemande ne peut s’opérer sans un véritable partage, un donnant-donnant égalitaire de nos atouts respectifs. Si la France peut donner beaucoup – et elle le fait – l’Allemagne doit aussi donner beaucoup – et elle ne le fait pas. Ou pour le dire plus crûment, Macron concède et Merkel empoche.

Quels sont les atouts de la France ? Elle a sa force diplomatique, particulièrement au travers de son siège de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. Certes, l’ONU est comme le disait De Gaulle, un « machin » à bien des égards, contourné aussi bien par la Russie que par les États-Unis lorsqu’ils l’estiment nécessaire. Mais l’ONU est l’instance principale du « Grand jeu » et dans cette enceinte, la France occupe une position qui lui permet de jouer un rôle bien au-delà de sa puissance démographique et économique, comme on l’a vu par exemple en 2003 avec le discours de Villepin contre la guerre en Irak.

Le Traité d’Aix-la-Chapelle institue une coordination étroite entre la France et l’Allemagne préalable à toute expression au sein du Conseil de sécurité, et érige même en « priorité » l’accession de l’Allemagne à la qualité de membre permanent, doté d’un droit de veto à notre égal et celui des quatre autres vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale. Ça n’est pas rien que d’opérer une telle coordination, qui pourrait au fil du temps se transformer en véritable « partage » de notre siège. Ce n’est pas rien non plus, de clore ainsi la plus grande catastrophe humaine des temps humains, en promouvant son grand vaincu et grand responsable (au moment même où des nazis reviennent au Bundestag, au passage). Il s’agit même d’un pas énorme pour la France et rien ne dit que les conditions politiques soient réunies dans notre pays pour le faire accepter en toute connaissance de cause par nos compatriotes.

Le deuxième grand atout de la France est bien sûr sa force militaire et notamment son potentiel nucléaire. Le Traité d’Aix-la-Chapelle assoit logiquement la coordination, voire l’unité diplomatique franco-allemande sur la capacité militaire (notamment par l’institution d’un conseil militaire franco-allemand). Sur ce sujet, le Président de la République ne s’embarrasse pas non plus d’un « grand débat national ».

Plusieurs annonces concrètes sur la coopération militaire ont devancé la conclusion du traité. Nous avons été informés coup sur coup, sans plus de formes qu’une notification éphémère sur un smartphone, que la France et l’Allemagne allaient faire ensemble le prochain avion de chasse, destiné à remplacer l’excellent Rafale français et le médiocre Typhoon hispano-anglo-allemand ; et que la même chose arrivera pour le futur char d’assaut (sur lequel le déséquilibre qualitatif entre France et Allemagne est, convenons-en, beaucoup moins prononcé) ! Cela non plus n’est pas rien ; et cela ne se justifie d’ailleurs même pas au regard des ressources financières à mobiliser pour concevoir et mettre en service un très bon avion, comme l’ont prouvé les Russes (même budget militaire que les Français) avec leur Soukhoï SU-57, bien meilleur que la catastrophe industrielle américaine du F-35, qui a coûté 20 fois plus cher et qui n’est toujours pas opérationnel.

Au-delà des chars et des avions, ce sont évidemment les bombes atomiques qui posent question – et donc notre conception de l’indépendance et de la souveraineté. L’article 4 du Traité semble ouvrir la voie à une mise à disposition de notre arsenal nucléaire comme « parapluie » de toute l’Europe. Cette hypothèse prend d’autant plus corps à la lecture du paragraphe suivant et de l’article 5, qui établissent l’OTAN comme cadre d’expression et de mise en œuvre de la coopération militaire franco-allemande. C’est tout simplement inacceptable.

En aggravant les concessions accordées sans aucune contrepartie par Sarkozy et Hollande sur l’intégration de la France à l’OTAN (c’est-à-dire, en clair, son placement sous commandement américain), Macron se soumet à la conception allemande de l’Europe de la Défense, subordonnée aux États-Unis. Nos « amis » n’en font d’ailleurs pas mystère et ne dissimulent rien. Ces derniers mois, la très belliqueuse et néoconservatrice ministre allemande de la Défense, Ursula Von der Leyen, ne se prive pas d’en appeler, pour un oui ou pour un non, à une « confrontation » avec la Russie. Et il faudrait constituer un conseil de défense commun pour discuter avec ça ? Pour notre part, notre conception de l’emploi de la force militaire, et donc de l’indépendance nationale, restent inscrits dans la tradition Gaullo-Mitterrandienne, et certainement pas dans la théorie Hollando-Sarkozienne !

Parmi les concessions de la France à l’Allemagne, avant d’en venir à la principale, celle de la politique économique, tordons au moins le cou à celle que les complotistes et autres nationalistes étroits agitent sur les réseaux sociaux, et qui n’en est pas une (de concession) : la coopération transfrontalière. Non, l’Alsace et la Lorraine ne seront pas « annexées » par l’Allemagne. Le Traité d’Aix-la-Chapelle propose simplement des instances communes et des ressources financières appropriées pour convenir de mesures au bénéfice des populations, particulièrement les travailleurs transfrontaliers, habitant les régions et länders contigus. Il est par exemple question d’approfondir le bilinguisme. Du point de vue de l’admirable langue de Goethe comme de celui de la notre, cela ne fera de mal à personne, bien au contraire.

Non, ce qui déséquilibre complètement le texte, c’est sa partie économique. Alors que la France inscrit noir sur blanc ses efforts pour partager ses atouts diplomatique et militaire, l’Allemagne maintient, avec la complicité active de Macron, le statu quo complet sur la politique économique, voire l’aggrave, puisqu’il est question à présent d’une « zone économique franco-allemande ». On peine à imaginer ce que cette notion pourrait recouvrer, à part certaines harmonisations juridiques d’ailleurs précisées par le Traité. Mais on a beaucoup moins de mal à deviner qui, dans les circonstances présentes (et futures, puisqu’il n’y a pas de remise à plat des conditions de l’échange), profitera de cette « zone », a fortiori dans le cadre d’un « renforcement de l’Union Économique et Monétaire », c’est-à-dire de l’austérité « ordolibérale » allemande.

Tous les économistes sérieux ont calculé depuis longtemps que l’euro était sous-évalué pour l’Allemagne et surévalué pour la France ; et que dans de telles conditions la restauration de la croissance et de la compétitivité de notre pays ne pouvait résulter que d’une « dévaluation sociale », déroulant le tapis rouge au capital par une baisse des salaires, une amputation de la sécurité sociale, une attaque en règle contre le droit du travail et une mise au pain sec de l’État et des collectivités territoriales.  Le Traité d’Aix-la-Chapelle est à cet égard un petit chef d’oeuvre d’hypocrisie, car si son Préambule (non contraignant) évoque la notion de “convergence sociale ascendante”, l’adjectif “ascendant” disparaît dès l’article 1er (qui lui est contraignant). Ce texte pétrifie donc à nouveau la politique désastreuse suivie par Sarkozy, par Hollande et à présent, sous une forme « radicalisée », par Macron. Il est signé « en même temps » que s’ouvre le « grand débat national », ouvert précisément suite au refus spectaculaire des Français de voir se poursuivre cette politique, dont l’une des nombreuses formes est la baisse des impôts pour les riches assortie de hausses de taxes pour les autres.

En signant ce texte, Macron prend donc le risque de faire bientôt passer la révolte des Gilets Jaunes pour un gentil défilé « peace and love », tant le degré de souffrance sociale exigé par l’adaptation de la France à la rigueur allemande sera élevé à l’avenir. Continuer l’austérité en comprimant toutes les dépenses (et ce, sans aucun espoir de faire vraiment refluer la dette) et en faisant peser tout l’effort d’ajustement sur les classes laborieuse et moyenne, comme c’est écrit en filigrane du Traité franco-allemand, nous promet des lendemains compliqués.

Voici la culture des élites françaises : organiser un grand débat, en excluant du champ de la délibération tout ce qui relève des orientations politiques fondamentales ; négocier en catimini des renoncements supplémentaires qui conduiront à accroître l’étau antidémocratique. De quoi Macron a-t-il peur ? Les Français sont suffisamment raisonnables pour discuter point par point d’un tel traité. C’est en mettant en débat les grands enjeux que la conscience démocratique des citoyens s’élève. C’est pourquoi l’organisation d’un référendum concernant ce traité qui engage l’avenir de la nation me semble indispensable.

Un jour peut-être, un fabuliste écrira « donne-moi ta montre et je te donnerai l’heure, disait Angela à Emmanuel, qui s’empressa de lui offrir ses atouts diplomatiques et militaires sans qu’elle ait besoin de céder le moindre euro pour relancer l’Europe et la France ». Mais ce n’est pas une fable ; c’est la triste réalité. Alors que la relation franco-allemande est économiquement déséquilibrée et que la France a un besoin vital de souplesse budgétaire et monétaire, il n’y a rien à l’horizon d’Aix-la-Chapelle sur ces questions, il y a même la confirmation que rien ne changera.

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Interdit d'interdire : Le traité d'Aix-la-Chapelle : le débat

1 Février 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #l'Allemagne

Interdit d'interdire : Le traité d'Aix-la-Chapelle : le débat
Diffusé en direct le 28 janv. 2019

Frédéric #Taddeï reçoit Coralie Delaume, blogueuse, Bernard de Montferrand, diplomate, ancien ambassadeur de #France en #Allemagne, Florian Philippot, président Les Patriotes et Hans Stark, Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes de l’IFRI

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[RussEurope-en-Exil] Budget italien : le bras de fer avec l’Union européenne est engagé, par Jacques Sapir

12 Octobre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #l'Allemagne, #L'Italie

12.octobre.2018
 
[RussEurope-en-Exil] Budget italien : le bras de fer avec l’Union européenne est engagé, par Jacques Sapir
 

La présentation du budget italien est en train de soulever un problème de compatibilité avec les institutions européennes (sur l’ampleur du déficit) ainsi qu’une vive polémique en Italie. Il est désormais clair que l’on va vers une crise d’ampleur entre l’Union européenne et l’Italie.

Le ministre de l’intérieur italien et Vice-Premier ministre, M. Matteo Salvini, avait déclaré à la fin du mois de septembre qu’il soutenait une proposition de « limiter le déficit » autour de 2%. Cette déclaration était importante, car elle émanait d’un dirigeant qui avait fait campagne sur une rupture franche avec les règles de l’Union européenne. De plus, les sondages réalisés en Italie montraient (et continuent de montrer) que M. Salvini jouit d’une incontestable popularité (entre 60% et 75% d’opinions favorables) et que son parti, la Lega, semble avoir le vent en poupe. Il a obtenu 17% des suffrages aux dernières élections, mais il est crédité de plus de 32% actuellement dans les sondages.

Matteo Salvini

Cette déclaration avait naturellement suscité de nombreux commentaire. En effet, certains se sont réjouis et d’autres se sont inquiétés que M. Matteo Salvini ait fait ce qui apparaît comme des déclarations rassurantes sur un éventuel déficit pour 2019 avant la rencontre prévue de longue date entre Giovanni Tria et les membres de l’ECOFIN et de l’EUROGROUPE. Cela pourrait sembler accommodants pour les autres dirigeants Européens et les dirigeants de l’Union européenne.

Ce n’était pas le cas en réalité. Tout d’abord, il convient de noter que ces déclarations n’étaient que le début d’une négociation sur les chiffres que l’Italie devait mettre dans le document de planification budgétaire. Qui plus est, cette déclaration est de plus déterminée par le cadre d’un jeu délicat mené de part et d’autres au sein de l’élite politique italienne. Les chiffres ont donc été publiés, et ils indiquent que le gouvernement italien s’oriente bien vers une épreuve de force avec l’Union européenne.

L’ampleur et les causes du déficit

De fait, le gouvernement italien a fini par opter pour un seuil de déficit de 3,0% du PIB, ne s’arrêtant qu’à 2,4% pour 2019. Cet objectif est en complète contradiction avec le cadre budgétaire des finances publiques fixé par l’Union européenne pour l’Italie, cadre qui fixe le déficit maximal autour de 0,7%. Plus important encore, il n’est fait nullement mention dans les déclarations du gouvernement italien d’atteindre un budget équilibré pour les trois ans qui viennent. Dans les faits, cela signifie qu’environ 24 milliards d’euros devraient être financés si l’on s’en tenait aux règles budgétaires de l’UE et ne le sont pas dans la réalité. Sur cette somme, 12,4 milliards seront utilisés pour réduire fortement la TVA, ce qui correspond à une promesse de la campagne électorale ; 1,5 milliard d’euros devraient être affectés à la restructuration bancaire afin de compenser les pertes des épargnant et, pour financer le rejet de la loi sur les retraites et des départs à la retraites plus précoces pour 400 000 travailleurs environ 8 milliards d’euros sont prévus. Par ailleurs, 10,0 milliards d’euros seront consacrés aux revenus de 6,5 millions de personnes sur 10 ans ; enfin il faut compter avec des impôts moins élevés ce qui équivaudra à une diminution des recettes fiscales de 3,5 à 4,5 milliards d’euros.

Giovanni Tria

La décision du gouvernement du gouvernement est importante. Cette décision a été entièrement validée par le Ministre de l’Economie, M. Giovanni Tria, que l’on présentait comme un partisan des règles de l’UE. Soit on s’est trompé quant aux idées de M. Tria, soit il semble avoir cédé aux volontés de MM. Di Maio et Salvini. Ce budget est clairement un budget de relance qui combine un soutien à la demande et des diminutions d’impôts. Le fait que l’essentiel de ces diminutions porte sur la TVA montre bien la dynamique sociale de ce budget. Sur les 24 milliards de déficit supplémentaire prévus dans le projet de budget, près de 20 milliards devraient aller vers les ménages les plus pauvres ainsi que les classes moyennes.

Un calendrier chargé

Cependant, la présentation des objectifs budgétaires n’est que le premier pas dans un processus plus complexe. L’office public du budget, l’UPB, qui est une agence indépendante du gouvernement, doit rendre son avis. Il sera probablement négatif. Mais, le gouvernement peut ne pas tenir compte de cet avis.

Bien plus important sera la réaction de l’Union européenne. De ce point de vue, il convient d’avoir en vue ce que seront les échéances des relations entre le gouvernement italien et l’UE. D’ici le 15 octobre, le gouvernement devra envoyer le projet de loi budgétaire à Bruxelles. Le 20 octobre, le budget sera officiellement dévoilé et non simplement les objectifs de déficit. Le 22 octobre, la Commission enverra une première lettre au gouvernement italien dans lequel elle se dira probablement préoccupée par l’évolution de la situation et proposera une semaine de délai pour procéder aux ajustements nécessaires et soumettre à nouveau le projet. Si le gouvernement modifiait alors le budget (comme cela s’est passé en 2014), la situation redeviendrait normale et conforme. Si le gouvernement cependant maintient son projet de budget, et les dernières déclarations vont dans ce sens, le conflit sera inévitable. Si, donc, le gouvernement italien ne donne pas suite aux réserves de la commission européenne et maintient les objectifs et le budget initiaux, et donc, le 29 octobre, il y aura un rejet officiel par la Commission.

Au cours des trois prochaines semaines, le gouvernement aura cependant toujours la possibilité de modifier le budget mais la volonté du gouvernement de mettre ses plans à exécution quel que soit l’avis de l’ Commission européenne semble ferme. En conséquence, le 21 novembre, les avis officiels sur les projets de plans budgétaires des pays seront présentés au Comité économique et financier, le comité junior de l’Ecofin. Le Comité pourrait alors formuler une recommandation formelle sur ce que l’on appelle l’article 126, paragraphe 3, qui constitue la première étape pour pousser l’Italie dans une procédure de déficit excessif. D’autres démarches officielles devraient suivre. En cas de débat politique, et il y aura certainement un débat important car l’Italie a des alliés au sein du Comité économique et financier, le temps devrait être suffisant pour que les ministres prennent leurs décisions au début de décembre, puis au Conseil européen à la fin de l’année. Mais, la décision devrait être la même au début de 2019 : une déclaration de Non-conformité, et l’engagement probable de la procédure de déficit excessif.

Dans le même temps, le parlement italien approuvera probablement le budget, car le gouvernement bénéficie d’une majorité suffisante. Le président Mattarella, qui a déjà lancé un avertissement devrait alors dire que le budget n’est pas compatible avec le cadre budgétaire national (qui n’est en réalité qu’une photocopie du budget européen) et devrait le rejeter. La procédure prévoit cependant que le gouvernement peut demander un nouveau vote au Parlement. Ce dernier devrait alors réaffirmer son soutien au budget. À ce stade, le président n’aurait d’autre choix que de le signer. Ce n’est qu’à un stade ultérieur que la Cour constitutionnelle pourrait bien rejeter le budget comme étant inconstitutionnel. Cependant, cela pourrait prendre plusieurs mois pour des raisons pratiques mais surtout cela provoquerait une grave crise politique en Italie avec, à la clef, probablement de nouvelles élections. Ces dernières pourrait, si l’on en croit les sondages fait actuellement, voir une victoire massive du M5S et de la Lega (crédités respectivement de 27% et de 33% des intentions de vote). Cela pourrait se traduire par une majorité des deux-tiers au Parlement et au Sénat, ce qui permettrait au gouvernement de procéder à des changements de la Constitution.

L’avenir en suspens

Il faut, bien entendu, ajouter à cela le comportement des agences de notation et l’envolée probables des taux d’intérêts sur la dette italienne, qui représente 133% du PIB. Cette envolée de la dette pourrait d’ailleurs conduire à une aggravation de la crise entre l’Union européenne et l’Italie. Le gouvernement de ce dernier pays pourrait décider d’utiliser des bons du Trésor en petite coupure comme monnaie parallèle, engageant alors un processus de sortie de l’Euro.

L’Italie sera donc soumise à une forte pression, tant des autorités de l’Union européenne qu’en interne (la presse se déchaine actuellement contre le gouvernement) et en provenance des marchés financiers. Mais, le gouvernement italien semble s’être préparé à y résister. Il peut s’appuyer sur les présidents des deux commissions économiques de l’Assemblée et du Sénat (Claudio Borghi et Alberto Bagnai) dont les convictions eurosceptiques sont bien connues, sur des membres du gouvernement (de Salvini à Savona) mais aussi sur des soutiens extérieurs et, plus important encore, sur une majorité des italiens.

Le fait que la réunion annuelle du centre de recherche de l’Université de Pescara (que dirigeait Alberto Bagnai jusqu’à son entrée en politique) qui aura lieu les 10 et 11 novembre s’annonce très suivie (plus de 600 participants payants se sont déjà inscrits en 5 jours) est une bonne indication aussi du soutien que rencontre le gouvernement italien dans son bras de fer avec l’Union européenne[1]. Le fait que Stefano Fassina, un dirigeant historique de la gauche italienne[2], qui avait démissionné du gouvernement et rompu avec le PD de Matteo Renzi et qui élu à l’Assemblée sous la bannière de Liberi et Uguali, ait annoncé sa participation à cette réunion est aussi un signe que ce soutien pourrait bien transcender les divergences politiques.

Stefano Fassina

 

[1] Votre serviteur interviendra à cette conférence et vous en fera un compte rendu détaillé.

[2] Stefano Fassina fut l’ancien dirigeant des jeunesses communistes. Economiste, après avoir travaillé trois ans dans des organisations internationales, il fut ministre du gouvernement Letta, avant d’en démissionner avec fracas à cause de son opposition à la politique de ce dernier.

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Grèce : le virage répressif du gouvernement Syriza. Par Stathis Kouvélakis et Costas Lapavitsas

7 Octobre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #l'Allemagne, #La Grèce

Grèce : le virage répressif du gouvernement Syriza. Par Stathis Kouvélakis et Costas Lapavitsas

Grèce : le virage répressif du gouvernement Syriza

Stathis Kouvélakis et Costas Lapavitsas

Certain.e.s dans les rangs de la gauche européenne persistent à croire que la situation en Grèce va en s’améliorant, et que le gouvernement Syriza reste une force de gauche qui protège les intérêts des travailleurs et des défavorisés, dans des conditions très difficiles. Parmi eux, Iñigo Errejon, l’un des principaux dirigeants de Podemos, qui a déclaré dans un récent entretien que « compte tenu de ces contraintes, le bilan [de Tsipras] est plutôt satisfaisant »[1]. Pour ceux qui partagent ce point de vue, le tour que prennent les événements apparaîtra comme une mauvaise surprise.

La réalité est que, depuis leur capitulation en juillet 2015 à la Troïka des créanciers de la Grèce (UE, Banque centrale européenne, FMI), Tsipras et son gouvernement ont appliqué de façon inflexible les mêmes politiques néolibérales de choc que tous les gouvernements grecs qui se sont succédé depuis 2010, date du premier Mémorandum signé avec la Troïka. Le gouvernement Syriza a ainsi procédé à une réduction drastique des dépenses publiques, à la poursuite de la déréglementation et à une vague sans précédent de privatisations[2]. Les salaires stagnent au niveau atteint après plusieurs années de chute drastique, les retraites et des aides sociales de nouveau amputées. L’investissement public (et privé) s’est effondré, tandis que les impôts indirects et directs ont atteint des niveaux sans précédent, frappant impitoyablement les ménages à revenus faibles et moyens.

La seule différence avec les prédécesseurs est que Tsipras et son parti ont été élus en janvier 2015 précisément dans le but de renverser ces politiques. Leur revirement de l’été 2015 – survenu quelques jours seulement après un référendum au cours duquel 61% des électeurs ont rejeté l’imposition d’un plan d’austérité – fût un choc traumatique pour la société grecque. Au cours des trois années qui ont suivi, le cynisme de Syriza a entraîné une profonde démoralisation qui imprègne tous les domaines de la vie publique. La passivité et le découragement ont été les principaux facteurs qui ont permis la mise en œuvre de nouvelles mesures d’austérité sans rencontrer d’opposition majeure.

Tsipras a de la sorte rendu d’excellents services à la Troïka, qui lui valent de chaleureux compliments de la part des Moscovici, Juncker et de leurs semblables[3]. Mais la poursuite de telles politiques, qui écrasent la majorité de la population, est impossible sans recourir à la répression et à la mise en place un cadre coercitif. Les coupes dans les services publics, les baisses de pensions et dépenses sociales, les augmentations d’impôts et la surexploitation des salariés ne peuvent s’appliquer sans mettre au pas les oppositions et intimider celles et ceux qui refusent de se soumettre.

L’expérience de l’Europe occidentale, des États-Unis et de plusieurs autres pays au cours des quatre dernières décennies confirme amplement ce constat. De 2010 à 2015, lorsque les gouvernements successifs du PASOK et de la droite mettaient en œuvre les plans d’austérité, la Grèce a connu une avalanche de mesures répressives. Lentement, sûrement – et inexorablement – le gouvernement d’Alexis Tsipras s’est engagé dans la même voie.

Ce qui a accéléré cette évolution au cours des derniers mois renvoie aux difficultés auxquelles sont confrontées les banques grecques. Si le slogan « aucune maison entre les mains des banques » était naguère scandé dans les meetings de Syriza, c’est désormais un gouvernement Syriza qui réprime celles et ceux qui tentent d’empêcher les ventes aux enchères des logements.

Serrer les vis

Pour comprendre l’importance politique croissante de la lutte contre les saisies immobilières, il faut se pencher sur la situation critique des banques et ses répercussions sur le gouvernement et la société grecque. Car c’est justement pour éviter un nouveau cycle de déstabilisation des banques que le gouvernement recourt à des méthodes de plus en plus répressives.Chaîne alimentaire - FR

Suite à la crise du début des années 2010, le secteur bancaire grec est passé entre les mains de quatre banques dites « systémiques », qui contrôlent plus de 90% des dépôts et des actifs. Pour éviter leur propre faillite et se prémunir d’une éventuelle nationalisation, ces banques sont devenues les plus fervents défenseurs des plans d’austérité. Elles ont utilisé leur énorme pouvoir économique et social pour contraindre les gouvernements grecs successifs, y compris celui de Syriza, à se conformer aux exigences de la Troïka.

Depuis 2010, deux recapitalisations majeures des banques ont été engagées, la dernière sous un gouvernement Syriza. Le coût total a dépassé les 45 milliards d’euros. Il a été entièrement financé par des emprunts publics, remboursés par les contribuables grecs. Pourtant, en dépit de ce monstrueux fardeau imposé à la population, les banques grecques détiennent actuellement le record européen des « créances douteuses » et ont de fait cessé de soutenir l’activité économique. Les dites créances comprennent des « prêts non performants » (NPL), qui enregistrent un retard de remboursement de plus de 90 jours, mais aussi des « fonds non performants » (NPE), une catégorie plus large qui inclut les prêts dont on pense qu’ils ne seront pas intégralement remboursés, même si aucun retard formel n’a été enregistré[4].

La réduction de l’exposition des banques grecques aux NPE et aux NPL est depuis des années une priorité absolue pour la Banque centrale européenne. Depuis 2016, le gouvernement Tsipras a docilement obéi à ses injonctions en facilitant une vague de saisies de propriétés, y compris de logements principaux, ainsi que la vente à des fonds vautours de « packages » de créances douteuses à des prix bradés. Les ventes aux enchères de logements sont à cet égard à cet égard d’une importance stratégique.

L’incapacité des banques à résoudre ce problème n’a rien de surprenant, elle découle du dispositif mis en place par le gouvernement de Tsipras. En résumé, les banques grecques devaient progressivement assainir leurs bilans du poids des créances douteuses par le biais de ventes aux enchères et de pratiques de recouvrement des prêts plus rigoureuses. Ce processus prendra certainement plusieurs années. Dans le même temps, les banques étaient censées soutenir l’activité économique en fournissant de nouveaux crédits. Toutefois, comme c’était entièrement prévisible, les banques ont eu tendance à réduire l’octroi de nouveaux prêts tout en essayant de nettoyer leur bilan des créances douteuses. Cette limitation drastique du crédit a en fait compromis la reprise, aggravant le problème des créances irrécouvrables pour l’économie. La baisse globale du crédit signifie également que les créances douteuses représentent un ratio plus élevé du total. Il s’agit d’un exemple parfait de l’absurdité des plans de « sauvetage » mis en œuvre par le gouvernement Syriza.

L’échec des banques grecques à réduire le poids des « créances douteuses » a entraîné un effondrement de la valeur de leurs actions à la bourse d’Athènes depuis le début de l’été 2018, effondrement qui s’est accéléré au cours du dernier mois. En réalité, l’ensemble du secteur bancaire grec a été considérablement dévalué depuis la signature du plan de « sauvetage » de Tsipras. Des rumeurs circulent sur la nécessité d’une nouvelle recapitalisation, ou de formes de prise en charge des créances douteuses par l’Etat[5]. Si une telle perspective se concrétisait, ce serait un désastre complet pour le gouvernement, qui doit faire face à de multiples échéances électorales en 2019.

L’accélération du programme de liquidation des créances douteuses est ainsi devenue l’une des priorités de la Troïka et de leurs dociles serviteurs dans l’actuel gouvernement. Comme le problème semble être plus aigu pour les crédits immobiliers et les crédits à la consommation, des objectifs extrêmement ambitieux, et sans doute irréalistes, ont été fixés en matière de saisies et de vente aux enchères : 8 à 10 000 logements pour 2018, chiffre porté à 50 000 pour 2019.

Cibler les actions de protestation

Depuis la capitulation de l’été 2015, la question des saisies et des ventes aux enchères est devenue l’un des problèmes les plus épineux pour Tsipras et son parti. L’accélération du processus sous la pression des banques et de la Troïka a conduit à un affrontement majeur entre le gouvernement et un mouvement dynamique qui s’oppose aux ventes aux saisies et aux ventes enchères de logement. Ce mouvement a pris un nouvel élan après la relance des ventes aux enchères à l’automne 2016. La mobilisation continue de groupes d’activistes déterminés dans les salles d’audience des tribunaux a réussi à annuler des centaines de ventes, ce qui a considérablement ralenti l’ensemble des procédures[6]. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les banques n’ont pas réussi à atteindre leurs objectifs.

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La réaction du gouvernement, obtempérant aux instructions de la Troïka, a consisté à transférer à partir l’été 2017 la procédure de vente aux enchères vers une plate-forme électronique, activée par des notaires à l’intérieur de leur cabinet, plutôt que d’organiser les ventes dans les tribunaux. Cela a certainement rendu les actions de protestation plus difficiles à organiser. De nouvelles dispositions législatives, votées en décembres 2017, ont créé un délit spécifique qui prévoit des peines d’emprisonnement de trois à six mois pour celles et ceux qui tentent d’entraver le processus de vente aux enchères[7]. Les actions se sont toutefois poursuivies, même si leur ampleur a été affectée, empêchant de nombreuses ventes aux enchères et rendant les notaires moins enclins à prêter leur concours[8].

Au cours de cette période, les affrontements avec la police devant les bureaux des notaires se sont multipliés. Des militants filmés et identifiés pendant les actions ont été systématiquement inculpés. Depuis le début de l’année, des dizaines de militants à travers le pays font face à des poursuites judiciaires. Parmi eux, citons Spiros Milios, conseiller municipal d’Ambelokipi-Menemeni, dans la région de Thessalonique, et militant d’Antarsya, la coalition d’organisation d’extrême-gauche. Dans la petite ville de Volos, pas moins de 20 militants sont le coup de poursuite, de même que 15 autres à Argos et Nauplie[9]. Le procès de trois militants anti-saisies a débuté à Athènes le 21 septembre.

Les poursuites à l’encontre des activistes anti-saisies ne sont que l’exemple le plus patent des pratiques autoritaires dont fait preuve le gouvernement de Tsipras. La répression a également touché les militants mobilisés contre le projet minier d’exploitation à ciel ouvert par le géant canadien Eldorado Gold à Skouries, dans le nord de la Grèce. Plus généralement, le gouvernement a eu recours à la force pour réprimer les manifestations contre sa politique, en particulier lorsqu’elles paraissent susceptibles de s’étendre. L’utilisation de la police anti-émeute contre les retraités n’en est que l’exemple le plus flagrant. Une tendance de fond a commencé ainsi à se dessiner : pour faire face aux réactions que suscite sa politique, le gouvernement s’appuie sur les mécanismes répressifs de « l’État profond ».

Les poursuites à l’encontre de Panagiotis Lafazanis

Un seuil symbolique dans cette escalade répressive a été franchi le 26 septembre, quand Panagiotis Lafazanis, une figure respectée de la gauche radicale, a reçu une convocation pour répondre à des accusations concernant sa participation à des actions de protestation hebdomadaires contre les saisies et les ventes aux enchères[10]. Lafazanis était ministre de l’énergie au sein du premier gouvernement Syriza (janvier à juillet 2015) et la figure de proue de la « Plate-forme de gauche», qui regroupait à l’époque la majeure partie de l’aile gauche de Syriza. Il est maintenant secrétaire national d’Unité Populaire, un front politique créé l’été 2015, principalement par les forces de la Plateforme de gauche, qui ont quitté Syriza et ont été rejointes par d’autres organisations de la gauche radicale.

C’est la première fois depuis la chute de la dictature (1974) – au cours de laquelle Lafazanis a été persécuté pour ses activités clandestines au sein du mouvement étudiant et de l’organisation de jeunesse du parti communiste – qu’un dirigeant d’un parti de gauche fait l’objet de poursuites pour son activité politique. Les chefs d’accusation à son encontre concernent des infractions présumées à pas moins de 15 articles du code pénal, sanctionnées par des peines de prison pouvant aller jusqu’à deux ans. S’il est reconnu coupable de toutes les accusations, la peine pourrait aller jusqu’à neuf ans.

Ce qui est également remarquable, c’est que la procédure émane non du procureur mais du « Département pour la protection de l’État et du régime démocratique », une branche spéciale des services de sécurité censée investiguer les activités liées au terrorisme et qui menacent la démocratie. Ce département a été créé en 2000, par les gouvernements « modernistes » du PASOK, alors que la Grèce s’apprêtait à rejoindre l’Union monétaire. Il a été modernisé en 2011, suite à la mise en place des plans d’austérité, et transformé en service de surveillance des actions de protestation. Des dispositions législatives adoptées en février sous l’impulsion du gouvernement Syriza ont encore élargi son éventail d’activités. Il est à noter que, depuis sa création, le département n’a développé aucune activité à l’encontre des néonazis d’Aube Dorée, ni d’aucune autre organisation d’extrême droite ou terroriste.

Lafazanis n’est pas le seul militant à être ciblé par les services de sécurité. Quatre autres activistes, parmi lesquels un membre d’Unité Populaires et deux personnalités connues du réseau « Je ne paie pas », Leonidas et Elias Papadopoulos, ont également été convoqués pour répondre à une longue liste de chefs d’accusation. La nature des pièces incluses dans son dossier ont permis de mettre en lumière le fait que Lafazanis était sous surveillance depuis des mois par une équipe de policiers déguisés en journalistes filmant des actions devant les bureaux de notaires. Ce matériel a été complété par des photos et des vidéos que les services de sécurité ont demandé aux chaînes de télévision. Des publications Facebook ont également été utilisées pour identifier ces militants lors de diverses actions de protestation.

Quelles suites ?

La vague de poursuites judiciaires, et en particulier celles l’encontre de Lafazanis, a forcé les médias grecs à parler de la répression. Elle a également provoqué certaines réactions dans les milieux politiques, notamment une question au parlement adressée au ministre de la Justice par 43 députés de Syriza. Cependant, la position officielle du gouvernement est que cette question relève entièrement du pouvoir judiciaire et de la police et qu’il n’est en rien concerné.

Il n’en reste pas moins que l’initiative des poursuites n’a pas été prise par la justice mais par un service appartenant à l’« État profond », à savoir le « Département de la protection de l’État et du régime démocratique ». Or ce département est placé sous l’autorité du ministre de l’ordre public. Il existe donc une implication et une complicité de la part du gouvernement, qui renvoie aux mesures prévues par le troisième Mémorandum signé en juillet 2015 et à la crise actuelle des banques grecques.

La mise en œuvre des plans d’austérité et des politiques néolibérales exige la répression et le gouvernement Syriza ne saurait faire exception à cette règle. La démocratie en Grèce est déjà en lambeaux et la situation risque de s’aggraver dans les mois à venir. A l’approche des élections, les problèmes des banques vont sans doute occuper une place centrale. Le désastre économique et social causé par la capitulation de Tsipras est devenu évident pour de larges couches de l’électorat et le dégoût se généralise dans la population. Un gouvernement qui a déjà vendu son âme en se faisant l’exécutant de la Troïka n’hésitera pas à faire monter d’un cran la répression à l’encontre de tou.te.s celles et ceux qui s’opposent à sa politique. La solidarité internationale est indispensable pour mettre fin à cette évolution extrêmement préoccupante de la situation en Grèce. C’est une question de défense de la démocratie.

 

Cet article a été mis en ligne le 6 octobre 2018 par Jacobin magazine[11]

[1] lemonde.fr/europe/article/2018/03/22/europe-les-courants-populistes-ont-cesse-d-etre-des-exceptions-pour-devenir-la-regle_5274743_3214.html

[2] jacobinmag.com/2018/08/greece–tsipras-memoranda-austerity-odyssey

[3] lemonde.fr/idees/article/2018/06/22/le-courage-des-grecs-et-de-tsipras_5319456_3232.html et euractiv.fr/section/affaires-publiques/news/juncker-praises-tsipras-following-weber-jibe/

[4] bankofgreece.gr/BogEkdoseis/Sept18_Report_Operational_Targets_for_NPEs_EN_Final.pdf

[5] reuters.com/article/us-piraeusbank-capital-ceo-exclusive/piraeus-bank-says-debt-plan-on-track-as-shares-drop-30-percent-idUSKCN1MD0TZ

[6] theguardian.com/world/2017/mar/11/greek-activists-target-sales-of-homes-seized-over-bad-debts

[7] thepressproject.gr/article/121452/Perase-i-tropologia-gia-tous-pleistiriasmous

[8] ft.com/content/e7a5732c-3db0-11e8-b7e0-52972418fec4

[9] epitropi3den.blogspot.com/2018/09/blog-post_24.html

[10] ekathimerini.com/232997/article/ekathimerini/news/ex-minister-panayiotis-lafazanis-denounces-government-persecution

[11] jacobinmag.com/2018/10/syriza-repression-foreclosure-banks-tsipras

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Comment s’y prendre avec Chemnitz et l’Allemagne?

27 Septembre 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #l'Allemagne, #L'immigration

Comment s’y prendre avec Chemnitz et l’Allemagne?
Demonstrations following the  killing of a man in Chemnitz

par Karl Müller – Horizons et débats – N° 21, 17 septembre 2018 

  • Chemnitz est-il un présage?
  • Est-ce la réapparition du fascisme à l’affût en Allemagne (du moins dans l’est du pays)?
  • Est-ce une mise en scène du danger du fascisme?
  • Ou veut-on simplement détourner les esprits des véritables problèmes? …

On pourrait y ajouter encore de nombreuses questions … et pour l’instant, il est certainement recommandé d’en poser davantage plutôt que de donner des réponses. On constate que même les personnalités officielles, à l’instar de la chancelière fédérale et du président du «Bundesamt für Verfassungsschutz» [Office fédéral pour la sécurité intérieure] prennent position de manière contradictoire.

L’homicide de Chemnitz a eu lieu il y a environ trois semaines, suivi de deux arrestations et de la recherche d’un troisième suspect. Il y a eu des manifestations et des contre-manifestations. Beaucoup de monde fut mobilisé. Chaque jour de nombreuses personnalités de haut rang et connues prennent position, le sujet fait les gros titres des médias. La situation est complexe.

Chemnitz n’est cependant pas un cas particulier. A plusieurs reprises, il y a déjà eu des manifestations et des rassemblements après le meurtre d’une personne par un agresseur issu de la migration ou un requérant d’asile – tant à l’Est qu’à l’Ouest de l’Allemagne. Depuis l’été 2015, l’atmosphère est de plus en plus tendue en Allemagne. On prétend maintenant que les protestations actuelles sont manipulées par l’«extrême droite».
Ce qui manque aux gens

Ce qui manque aux gens ce sont des approches raisonnables de la part de la politique et des médias pour ramener la paix dans les esprits et pour résoudre les problèmes réels.

Les premières réactions officielles à la suite des événements de Chemnitz n’ont pas facilité la situation. On a prétendu que des milliers d’extrémistes de droite, venus de toute l’Allemagne, se seraient présentés à Chemnitz. Cette ville et toute la Saxe seraient un repère de l’extrémisme allemand de droite. La police de la Saxe aurait à nouveau été défaillante, etc., etc. On ne parlait pratiquement plus du fait qu’un homme avait été tué et deux autres blessés.

On n’a pratiquement pas entendu ni lu de paroles de compassion envers les victimes et leurs familles.
Depuis, il y a eu des réactions plus différenciées. C’était bien ainsi.

On se demande cependant pourquoi personne ne soulève la question de savoir d’où vient le désordre régnant en Allemagne, renforcé depuis l’été 2015. Ce qui, d’ailleurs, n’est qu’une étape dans une voie plus vaste menant vers un développement incertain qui dure depuis bientôt trente ans.

Qu’en est-il advenu de notre État de droit?

Nombreux sont ceux qui ont constaté que ce qui se dit et se trame de la part des politiciens responsables, les dossiers et les commentaires de nombreux médias n’ont que peu à voir avec leurs propres expériences quotidiennes.

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Certains auront peut-être lu quelques livres comme, par exemple, celui de la policière Tania Kambouri intitulé «Deutschland im Blaulicht. Notruf einer Polizistin» [L’Allemagne illuminée par les gyrophares. Appel de détresse d’une policière] concernant l’État de droit,

allemagne Jens Gnisa intiulé «Das Ende der Gerechtigkeit. Ein Richter schlägt Alarm» co-sp-2016-051-0143-01-228254-bi.40f3822  Jens Gnisa

ou celui du président allemand de l’Ordre des juges, Jens Gnisa intiulé «Das Ende der Gerechtigkeit. Ein Richter schlägt Alarm» [La fin de la justice. L’appel de détresse d’un juge].

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Tout récemment a été publié le livre de l’ancien policier Stefan Schubert intitulé «Die Destabilisierung Deutschlands. Der Verlust der inneren und äusseren Sicherheit» [La déstabilisation de l’Allemagne. La perte de la sécurité intérieure et extérieure].

L’Allemagne et la politique allemande ont délaissé d’importants secteurs de la démocratie libérale et de l’État de droit, des connaissances civiques que l’on enseignait auparavant dans les écoles et dans les études.
Il n’est pas simple de manier tout cela et de faire semblant de l’ignorer n’est pas la solution. Ne pas combattre l’injustice par davantage d’injustice, s’engager énergiquement en faveur de l’État de droit, rester libre et démocratique, respecter le droit et les lois – voilà une obligation pour tout un chacun.
Saper davantage la souveraineté …

Il est bon de se demander pourquoi la politique et les médias réagissent si souvent de manière déraisonnable.

  • A-t-on affaire à des réactions impulsives, incontrôlées?
  • Est-ce un aveuglement idéologique?
  • S’agit-il simplement d’une ignorance systématique face aux faits?
  • Ou bien s’agit-il d’une planification politique?

Ce ne sont certainement pas partout les mêmes motivations, il y aura aussi parfois des mélanges.

Parfois, on peut lire que des évènements comme à Chemnitz sont utiles pour préparer l’engagement de l’armée, voire de l’OTAN, à l’intérieur de l’Allemagne.[1] Cela ne conduirait pas seulement à un affaiblissement supplémentaire des structures fédérales et des possibilités d’actions, mais mènerait également à la diminution de la souveraineté étatique.

 

Ce n’est pas ainsi qu’on pacifiera l’Allemagne.
… au lieu du droit à la patrie
Ne peut-on déclarer qu’en dehors de l’Allemagne que les êtres humains, donc également les Allemands, ont le droit d’avoir une patrie?

Prenons connaissance de ce qu’a écrit un important journal suisse dans son feuilleton le 3 septembre 2018:

«Les Allemands de l’Est ont appris avec quelque étonnement que les élites de l’Allemagne de l’Ouest n’étaient de loin pas aussi libérales qu’elles le faisaient croire. On y retrouvait la face grimaçante de la lutte des classes. Quiconque émet des critiques ou se risque à penser différemment devenait soudainement l’ennemi du peuple.
Le fait que toute analyse objective des problèmes ait été balayée par l’affirmation péremptoire ‹Nous allons y arriver›, qu’un gouvernement ne soit pas capable d’apporter des réponses sérieuses à ce qui se présente comme des changements profonds, provoque dans toute l’Allemagne des remous comme ce fut le cas ces jours à Chemnitz. […] Les problèmes sont sérieux et devraient être débattus démocratiquement, si l’on veut éviter une radicalisation. Les citoyens ressentent qu’ils perdent ce que représentent pour eux l’origine, la patrie et l’identité. Ils prennent conscience de processus mis en marche à leur insu sans qu’ils aient jamais eu voix au chapitre.»    •

1    cf. Willy Wimmer dans son article «Droht wieder ein ‹sächsischer Oktober› und kommt nach der Reichswehr jetzt die Bundeswehr zum Einsatz?» du 1er septembre 2018 https://www.world-economy.eu/pro-contra/details/article/droht-wieder-ein-saechsischer-oktober-und-kommt-nach-der-reichswehr-jetzt-die-bundeswehr-zum-einsatz/

Ceterum censeo: la démocratie directe peut aider à pacifier un pays

km. L’Allemagne souffre de l’aliénation entre une grande partie de sa population et les responsables politiques dans une démocratie représentative tant au Parlement qu’au gouvernement. Même lors de certains jugements de justice, les citoyens se demandent s’il s’agit réellement de justice prononcée «au nom du peuple».

Les raisons en sont multiples. L’une d’elles consiste dans l’impression de la population de n’avoir que très peu d’influence lors des prises de position politiques. Alors même que l’article 20, alinéa 2 de la Loi fondamentale précise que le pouvoir d’État est exercé par le peuple au moyen d’élections et de «votations», ces dernières lui ont été jusqu’à présent refusées sur le plan fédéral.

Les raisons avancées ne sont pas crédibles. Un certain nombre d’arguments pourraient sans autre être acceptés lors de l’expression de droits de démocratie directe, par exemple l’exigence envers les médias et les publications officielles d’accorder la même place aux deux parties engagées dans une votation. Il serait également heureux que les partis renoncent à lancer des initiatives pour une décision de démocratie directe.

La Suisse a démontré depuis 1848, année de la naissance de la Confédération, comment s’y prendre pour réaliser, pas à pas, au niveau fédéral une démocratie directe et de contribuer ainsi à la paix sociale. Car chaque Suisse sait qu’en cas de désaccord avec une loi et voulant l’empêcher (référendum), ou s’il souhaite apporter un changement à la Constitution (initiative populaire), il en a le droit et la possibilité de le faire.

La démocratie directe helvétique ne garantit au peuple pas seulement les droits populaires. Il serait erroné de croire que ces droits populaires sont dirigés contre le Parlement et le gouvernement. Bien au contraire: la démocratie directe helvétique a eu pour effet de rapprocher le peuple et ses politiciens, en rappelant aux politiciens leurs devoirs, notamment de ne pas prendre des décisions sans tenir compte de la volonté des citoyennes et citoyens.

Il existe en Allemagne depuis longtemps des possibilités de lancer des référendums législatifs et des initiatives tant constitutionnelles que législatives. En 2002, une proposition a été déposée au Bundestag. Lors du vote, elle a obtenu une bonne majorité, mais malheureusement pas suffisante pour apporter un amendement à la Loi fondamentale. Depuis lors, les partis dominants du Parlement bloquent toutes les initiatives du même type.

Mais rien n’a changé quant au sens et à la nécessité d’avoir des instruments de démocratie directe sur le plan national. Actuellement cela pourrait être une importante contribution à la pacification de l’Allemagne et une perspective de développement.

 

Ce qu’Angela Merkel et Hans-Georg Maassen ont dit littéralement

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Déclaration de la chancelière fédérale Angela Merkel lors d’une conférence de presse du 29/8/18: «Nous avons des enregistrements vidéo sur le fait qu’ont eu lieu des chasses à l’homme, des attroupements et des réactions haineuses dans les rues. Cela n’a rien à voir avec notre Etat de droit.»

Source: https://www.bundesregierung.de/Content/DE/Artikel/2018/08/2018-08-29-gewalt-in-chemnitz.html

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Hans-Georg Maassen, président du «Bundesamtes für Verfassungsschutz», dans un entretien accordé au journal «Bild» le 6/9/18: «Je partage le scepticisme face aux articles de presse parlant de chasses à l’homme de l‘extrême droite à Chemnitz. Le «Verfassungsschutz» ne dispose d’aucune information fiable selon laquelle de telles chasses auraient eu lieu […]. Il n‘y a aucune preuve que la vidéo diffusée sur Internet au sujet de cet incident présumé soit authentique. […] D‘après mon évaluation prudente, il y a de bonnes raisons de croire qu‘il s‘agit d‘une désinformation délibérée, peut-être pour détourner l’attention du public du meurtre de Chemnitz.»

Source: https://www.bild.de/bild-plus/politik/inland/politik-inland/verfassungsschutz-chef-maassen-keine-information-ueber-hetzjagden-57111216,jsRedirectFrom=conversionToLogin.bild.html

 

Maassen affirme: aucune trace de chasse à l’homme

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Samedi, lors d’une réunion avec le secrétaire d’État à l’Intérieur Stephan Mayer (CSU) et d’autres représentants du ministère, Maassen a confirmé sa position.

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Le Bild am Sonntag rapporte que Maassen a fait valoir que personne ne pouvait confirmer l’authenticité de la vidéo. Selon lui, la police saxonne, la police fédérale et le «Verfassungsschutz» n’ont aucune indication de chasses à l’homme.
Selon des participants, le chef du «Verfassungsschutz» a réitéré ses doutes sur le fait qu’une vidéo publiée sur Internet soit une preuve pour la thèse souvent avancée, selon laquelle Chemnitz aurait été le théâtre de «chasses à l’homme». Maassen a justifié ses doutes, entre autre, par l’origine peu claire de la vidéo. Il n’existe aucune information sur l’organisation «Antifa Zeckenbiss» ayant publié la vidéo avec la référence de «chasse à l’homme».

Source : https://www.bild.de/politik/inland/politik-inland/maassen-bliebt-dabei-kein-beleg-fuer-hetzjagden-in-chemnitz-57146950.bild.html  du 9/9/18

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source/ https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-21-17-septembre-2018/comment-sy-prendre-avec-chemnitz-et-lallemagne.html

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« Bruno Le Maire inquiet. La guerre commerciale a déjà commencé ! » L’édito de Charles SANNAT

9 Juillet 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La mondialisation, #l'Allemagne

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Il y a quelques jours, j’écrivais un édito intitulé « Punir l’Allemagne, négocier avec la France, détruire l’Europe ! » dans lequel j’expliquais la stratégie américaine pour diviser les pays européens, et asseoir leur domination. Voilà ce que je disais.

« Pourquoi punir l’Allemagne ? Parce que l’Allemagne est le maillon fort européen, et qu’une Allemagne affaiblie ne pourra pas peser autant en Europe, mais ce n’est pas tout.

L’Allemagne a un modèle économique mercantiliste. Elle produit et exporte beaucoup, importe peu. Ses excédents sont considérables. Par nature, l’Allemagne est donc profondément mondialiste et globaliste, car la mondialisation a été très bénéfique pour 3 pays dans le monde en ordre décroissant de profits réalisés. En numéro un, la Chine. En seconde position… l’Allemagne. Au troisième rang, le Japon.

L’Allemagne et ses positions ultra-mondialistes et libre-échangistes en font l’ennemi numéro un à abattre en Europe pour les États-Unis.

Autre élément, affaiblir l’Allemagne c’est évidemment affaiblir l’euro, tuer l’euro c’est favoriser le dollar et tuer l’Europe qui ne se remettrait pas d’un tel désastre (inéluctable et qui sera hâté par Trump). »

Et voici que notre ministre de l’Économie confirme cette analyse de façon publique lors des rencontres économiques à Aix-en-Provence.

Commerce : les États-Unis veulent « diviser la France et l’Allemagne », selon Paris

Et pour une fois, ce titre alarmant n’est pas de moi, mais bien de l’AFP, c’est dire si c’est à prendre au sérieux même si nous l’avions déjà compris avant les communiqués officiels.

« Le ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a estimé dimanche que les États-Unis voulaient « diviser la France et l’Allemagne » sur la question du commerce international, appelant l’Europe à « faire bloc » dans un contexte de « guerre commerciale ».

Le constat est le bon, le problème sera désormais la réponse politique de la France, et nous n’avons pas le début de l’once de la moindre esquisse d’ébauche de ce que sera la stratégie française… et cela est encore plus inquiétant.

« La question n’est pas de savoir s’il y aura ou non une guerre commerciale. La guerre commerciale a déjà commencé. »

« Dans cette mondialisation, il faut que les États européens fassent bloc, parce que ce que veulent nos partenaires ou nos adversaires, c’est nous diviser. Ce que veulent les États-Unis, c’est diviser la France et l’Allemagne. »

« Si demain il devait y avoir une augmentation de tarif sur d’autres secteurs économiques, comme le secteur automobile, notre réaction devra être unie, forte pour faire comprendre que l’Europe est aussi une puissance économique souveraine. »

« Si nous sommes attaqués, nous réagirons collectivement et nous réagirons fermement. »

« Nous ne pouvons pas comprendre qu’entre alliés, entre le peuple américain et le peuple d’Europe, il y ait une guerre commerciale qui soit déclarée »…

Si notre mamamouchi à l’Économie a raison dans ses propos, qui restent tout de même du niveau café du commerce ce qui est un peu gênant aussi bien à ce niveau de responsabilité que lors des rencontres nationales d’Aix (qui ne réunissent que la crème de la crème), il s’arrête à quelques constats évidents et se contente de l’incantation.

Il risque fort de rester d’ailleurs à ce niveau incantatoire, car pour la réaction « collective et ferme », nous risquons d’avoir de l’individuel plutôt mou du genou !

Le problème ? L’Allemagne ! Qui sort du bois et se montre prête à négocier directement avec les États-Unis sans passer par l’Europe !

« La chancelière allemande Angela Merkel s’est dite « prête » jeudi à négocier une baisse généralisée des taxes sur l’automobile, répondant à une proposition faite par Washington aux constructeurs allemands et ouvrant un nouveau scénario pour sortir du conflit commercial.

Cette déclaration de la chancelière s’écarte à première vue des négociations commerciales officielles avec les États-Unis, censées être réservées à la Commission européenne, dont le président Jean-Claude Juncker se rendra avant la fin du mois à Washington »…

Sympa la Merkel, n’est-ce pas ?

L’industrie allemande est prête à passer sous les fourches caudines trumpiennes, et la France veut bien tendre la main à Angela, qui non seulement ne la saisit pas, mais en plus décide de négocier directement avec les États-Unis…

Il faut dire, de vous à moi, que côté français on veut, ce qui est logique, échanger le soutien français affiché en public contre quelques avantages sonnants et trébuchants.

Côté allemand, la mère Merkel prend cela comme du chantage, et ne compte pas franchement négocier quoi que ce soit avec Paris.

Du coup… Bruno Le Maire se retrouve comme un âne bâté au milieu du gué.

« Il n’y a pas que les Allemands qui ont une industrie automobile », avait regretté samedi auprès de l’AFP une source européenne, qui a souhaité s’exprimer sous anonymat, citant comme exemples la France, l’Espagne ou encore la Slovaquie…

Eh oui, et c’est nous qui finirons encore une fois couillonnés par absence de stratégie, de vision et de courage et parce que nous sacrifions notre avenir national sur l’autel illusoire de l’Europe, l’Europe, l’Europe (à dire 3 fois en sautant comme un cabri).

Si la « guerre commerciale a déjà commencé », la désunion européenne également !

L’Europe, justement, est un vaste champ de ruines, et la vision européenne de la France est inexistante, restant globalement centrée sur les mantras stupides et stériles ne valant guère plus que quelques slogans de propagande du genre « l’Europe c’est la paix », ou encore « restons-zunis », sans oublier le « pour être forte, dans un monde globalisé, la France n’est plus assez grande, mieux vaut compter dans un ensemble plus grand »… J’attends le futé du groupe qui aura le courage d’écrire le slogan « faites l’Europe, pas la guerre », comme si les jeunes berlinois voulaient envahir Paris et les jeunes français la Ruhr…

Ce qui doit être retenu dans tout cela c’est qu’évidemment l’Allemagne n’a strictement aucune vision européenne, car l’Europe n’est pour l’Allemagne que l’outil de sa domination pacifique et économique sur le vieux continent.

Ce qui se passe, et la volonté allemande de négocier seule avec l’Amérique, démontre qu’il n’y a plus aucun avenir européen commun dans cette Union mourante.

Nous ne pourrons célébrer cela comme une bonne nouvelle qu’à partir du moment où nos dirigeants accepteront de se saisir du pouvoir régalien que les citoyens français leur confient à chaque élection pour enfin exercer les attributs du pouvoir dans l’intérêt de notre nation.

Nous n’y sommes pas. Nous sommes dans la phase de délitement de l’Europe. Nul ne sait combien de temps cela durera, car les forces de rappel sont importantes, et l’Europe ne voudra pas « mourir » sans se battre pour sa survie.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

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[RussEurope-en-Exil] Union Européenne : le début de la déconstruction ? par Jacques Sapir

6 Juillet 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #l'Allemagne, #La France, #l'Italie

 
6.juillet.2018
[RussEurope-en-Exil] Union Européenne : le début de la déconstruction ? par Jacques Sapir

La crise qui ronge l’UE depuis plusieurs années a atteint ces derniers jours un nouveau stade. Devenant publique, s’étalant à la face de tous, elle est en train de muter, de changer de nature. Car, le fait que des choses soient dites par un certain nombre des acteurs officialise l’état de crise qui était jusqu’à maintenant en partie camouflé par les discours officiels. Mais, cette officialisation engendre à son tour une accélération, voire une radicalisation, de cette crise. De cette situations, il faut donc en dresser un rapide bilan.

Angela Merkel aux abois?

Victoire de l’Italie et paralysie de l’Allemagne

La question qui a monopolisé l’attention est celle des « migrants » et, sur cette question, il est clair que Giuseppe Conte, le Président du conseil italien, a remporté une victoire lors du sommet européen du jeudi 28 juin[1]. Il a obtenu que la notion de « volontariat » remplace celle de l’obligation des réglementations européennes et surtout il a obtenu que la question du rôle exact des ONG soit explicitement mentionnée dans le communiqué final. L’Italie sort confortée de ce conseil.

Giuseppe Conte

Ce qui est aussi clair, c’est que cette crise s’est invitée en Allemagne. Dans l’affrontement entre la Chancelière, Mme Angela Merkel et son Ministre de l’intérieur M. Horst Seehofer, c’est ce dernier qui sort vainqueur du compromis laborieusement établi dans la nuit de dimanche à lundi[2]. Près de 160 parlementaires de la CSU, le parti de M. Seehofer, mais aussi de la CDU (le parti de Mme Merkel) avaient menacé de voter contre cette dernière. C’est dire l’ampleur de la crise. Un compromis a été trouvé à la toute dernière minute. Mais, si ce compromis garantit, sans doute pour quelques mois, qu’Angela Merkel va rester la Chancelière, il porte en lui la fin des accords de Schengen[3]. Le fait que l’Allemagne reconnaisse la nécessité de places d’internement des migrants à ses frontières va faire tâche d’huile. L’Autriche déjà boucle les siennes et l’Italie en fera de même. On assiste bien à un basculement global de la scène politique, tant européenne qu’allemande. Or compte tenu du poids de l’Allemagne dans l’UE, ceci aura des conséquences importantes.

Au-delà, le conflit, même provisoirement éteint par un compromis de dernière minute, laisse les deux protagonistes en piteuse position. Le gouvernement allemand sera durablement paralysé pour les mois qui viennent. Alors, bien sur, on peut penser à de nouvelles élections. Mais, ces dernières seraient une catastrophe pour le SPD (tombé à moins de 18% des intentions de vote, un score jamais atteint depuis 1949). On peut donc penser que ce dernier parti s’accrochera désespérément au pouvoir, renforçant en fait le blocage politique : le pays est dans une situation de paralysie politique. Cela signifie que l’Allemagne sera dans l’impossibilité d’imprimer sa marque sur la politique de l’UE. La France pourrait-elle se substituer à elle ? Les échecs que vient de subir Emmanuel Macron quant à sa politique européenne indiquent bien que non[4].

 

Une France impuissante

De fait, sur un autre front, on voit aussi se préciser aussi la crise qui vient. L’Allemagne et les Pays-Bas viennent de rejeter le système de garantie des dépôts bancaires, c’est-à-dire la garantie effective des dépôts de 100 000€[5]. Or ce rejet frappe de caducité l’Union bancaire qui avait été, il convient de le rappeler, la SEULE avancée de l’UE depuis 2008 sur les questions bancaires et financières. La crise de l’Union bancaire touche aussi de plein fouet la position française car l’Union bancaire avait été le projet soutenu essentiellement par le gouvernement français. Bien entendu, de nombreuses critiques avaient pu être formulées sur l’Union bancaire, et mes lecteurs habituels s’en souviendront certainement[6]. Cette « union » était fragile et n’avait pas le budget suffisant pour faire face à une nouvelle crise bancaire. Ce qui s’est produit le 29 juin n’en est pas moins important. Aucun accord sur le « pot » commun destiné à aider les banques en faillite, ce que l’on appelle aussi le « backstop », et pour secourir les banques en difficulté n’a pu être trouvé. Bien sûr, la décision a été repoussée pour la fin d’année 2018, mais les divergences entre les pays membres sont désormais immenses. Il est désormais très peu probable que les pays de l’UE arrivent à s’entendre sur autre chose que le fait de ne pas s’entendre. Cela met à mal tous les projets et les rêves d’une Europe fédérale qui étaient ceux d’Emmanuel Macron.

Le grand perdant?

Or, c’est l’Allemagne qui va être désormais rapidement confrontée à une crise bancaire. La situation de la Deutsch Bank, incapable de passer les tests de robustesse mis sur pied par la Réserve Fédérale aux Etats-Unis[7], va exiger des actions importantes d’ici quelques mois, voire durant l’été. Il convient de se souvenir que l’Union bancaire avait été initialement conçue comme un moyen d’empêcher un pays d’agir à sa guise, en construisant un système de sécurité à l’échelle de l’UE. Mais, la faillite de fait de l’Union bancaire renvoie les pays de l’UE à la situation qui était la leur en 2008. On voit bien ici que la paralysie qui gagne l’UE va obliger l’Allemagne à « sauver » la DB (ce qu’elle fera certainement au vu de l’importance de cette banque pour son économie). Mais, ce faisant, elle donnera le signal pour que l’Italie procède à un sauvetage massif de ses propres banques en difficulté. Dès lors, au chacun pour soi qui prédomine sur la question des migrants, viendra s’ajouter un chacun pour soi sur la question bancaire, en attendant que ce chacun pour soi ne s’étende à la zone Euro[8]. Sur ce point, il convient de relire le récent article de Joseph Stiglitz qui est désormais fort pessimiste quant à l’avenir de la zone Euro[9].

 

La deuxième phase de l’action du gouvernement italien

La crise de l’UE ne s’arrête pas là. Le gouvernement italien a décidé de passer à une deuxième phase de son action. Après avoir fait preuve de fermeté face aux « migrants » et à certaines ONG, il est en train de prendre des mesures favorables aux travailleurs, comme la pénalisation des CDD quand ils sont utilisés systématiquement[10]. Il est possible qu’il procède dans le cours de l’été à d’autres mesures, comme un relèvement général des salaires et une annulation – partielle ou totale – de la réforme des retraites mise en place par les précédents gouvernements. Cette perspective inquiète déjà la BCE, qui a adressé au gouvernement italien une mise en garde. Mais, porté par la popularité acquise par son attitude sur la question des « migrants » et renforcé par la crise que connaît l’UE mais aussi l’Allemagne, il est peu probable que le gouvernement italien soit véritablement sensible aux avertissements de la BCE.

Et ce d’autant plus qu’il se prépare à des mesures de fond, concernant notamment une importante relance des investissements publics, une réforme qui provoquera une forte montée de son déficit budgétaire.

La crise interviendra donc très probablement cet hiver. Et l’on comprend la stratégie de Giuseppe Conte : affaiblir les institutions de l’UE pour être dans la meilleure position pour négocier. Nul ne sait si cette stratégie sera gagnante, mais, en « portant la discorde chez l’ennemi » comme l’écrivait il y a presque un siècle celui qui allait devenir le Général de Gaulle, il a incontestablement marqué un point important. Il s’affiche désormais comme un dirigeant avec une véritable stratégie alors que Mme Merkel et Emmanuel Macron en restent, eux, à des effets de communication…

 

Une Union européenne discréditée ?

Plus globalement, il convient de se demander si l’UE n’est pas aujourd’hui profondément discréditée aux yeux des électeurs des différents pays. Cela se manifeste dans des attitudes qui vont du Brexit de 2016 en Grande-Bretagne à l’élection de partis eurosceptiques ou eurocritiques en Autriche, Hongrie et Italie. De même, en France, un sondage publié le 4 juillet dans la Tribune, et réalisé par BVA, indique que la politique de l’UE n’est pas ressentie par les personnes interrogées comme favorable. Ainsi, à la question « les orientations économiques de l’Union européenne sont plutôt une bonne chose pour… » les réponses des français sont édifiantes :

 

Les orientations économiques de l’Union européenne sont plutôt une bonne chose pour…

 OuiNonNe se prononcent pas
Les entreprises françaises38%54%8%
La situation économique en Europe41%52%7%
L’emploi en Europe39%53%8%
La situation économique en France33%60%7%
L’emploi en France27%66%7%

Sondage BVA-La Tribune du 4/07/2018

 

Plus de 60% des français considèrent donc la politique de l’UE comme mauvaise, que ce soit en ce qui concerne la situation économique en France ou l’emploi. Le désaveu est aujourd’hui massif.

Par ailleurs, dans un sondage réalisé au début du mois de juin par l’IFOP pour le site Atlantico, une majorité de personnes interrogées (58%) considéraient que dans dix ans l’UE serait plus fragile et plus faible qu’aujourd’hui[11].

 

Ces chiffres montrent que la crise actuelle est bien plus profonde que la seule question des « migrants ». L’UE apparaît comme durablement discréditée. Ses deux pays principaux sont aujourd’hui paralysés et les opinions dites « Eurosceptiques » progressent dans l’ensemble des pays. Giuseppe Conte a révélé une crise plus qu’il ne l’a provoquée. Mais, ce processus de révélation peut très bien avoir sa dynamique propre et entraîner un mouvement toujours plus puissant de défiance généralisée. En un sens, on peut considére que le processus de déconstruction de l’UE a commencé. Pourtant, il ne deviendra irréversible que quand ses adversaires proposeront des formes institutionnelles de remplacement.

 

Notes

 

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/06/29/31002-20180629ARTFIG00327-accord-sur-les-migrants-l-italie-et-l-autriche-nouveaux-chefs-de-file-de-l-europe.php

[2] https://www.ft.com/content/f1b50022-7e14-11e8-bc55-50daf11b720d

[3] Voir https://www.eurointelligence.com

[4] Voir l’excellent article d’Ambrose Evans-Pritchard, https://www.telegraph.co.uk/business/2018/06/29/macrons-euro-dream-lies-ruins-eu-summit-debacle/

[5] https://www.euractiv.fr/section/economie/news/eu-leaders-postpone-completion-of-banking-union/

[6] https://russeurope.hypotheses.org/5079

[7] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/deutsche-bank-echoue-aux-stress-tests-de-la-fed-783505.html

[8] http://www.telegraph.co.uk/business/2018/05/23/eurozone-slowdown-raises-fears-will-no-economic-rebound/

[9] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301881720694-le-gouffre-qui-menace-dengloutir-la-zone-euro-2188018.php#

[10] https://www.boursedirect.fr/fr/actualites/categorie/economie/italie-le-gouvernement-adopte-des-mesures-pour-l-emploi-afp-67a15fd219e8e6eeff7151a0e4f7406124263d3f

[11] http://www.atlantico.fr/decryptage/sondage-exclusif-58-francais-pensent-que-dans-10-ans-ue-sera-plus-fragile-et-faible-qu-aujourd-hui-ifop-jerome-fourquet-3412650.html

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Panzer Merkel s’offre nos bijoux de famille. Par Jean-Luc Mélenchon.

27 Juin 2018 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #l'Allemagne

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