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Le blog de Lucien PONS

Emmanuel Todd « Les élites européennes : incompétence historique et anthropologique ? » Sur le blog d'Olivier Berruyer.

30 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Emmanuel Todd « Les élites européennes : incompétence historique et anthropologique ? »

 
 Emmanuel Todd était l’invité de Paul Jorion à la chaire Stewardship of Finance de la VUB le 5 décembre 2012. L’intervention d’une durée de 1h30 n’a pas été filmée, seul un enregistrement audio nous délivre les réflexions du prophète de la chute de l’URSS qui nous prédit aujourd’hui le même sort pour l’euro.

Voici l’intervention :

 

Si vous ne disposez pas d’1h30, vous pourrez découvrir l’essentiel de cette intervention en 3 minutes de lecture.

Introduction – Le manque de réaction de nos sociétés face à la dégradation économique peut être imputé au niveau élevé de confort sur lequel nous reposons.

La génération précédente semblait avoir trouvé toutes les solutions : plein emploi, hausse du niveau de vie, apogée du keynésianisme, paix sur le continent.

Aujourd’hui, sans vouloir adopter un discours gauchiste contre l’élite – elle prend en charge l’intérêt des milieux populaires dans une démocratie -, le comportement de nos dirigeants en pleine crise paraît ahurissant : ils paraissent incapables de considérer les événements dans une perspective historique.

Sauver l’euro reste leur obsession : alors que le rôle d’une monnaie est de servir l’activité économique, aujourd’hui c’est l’activité économique qui est chargée de sauver l’euro.

Qu’est-ce qui explique cette incompétence ? 1 – leur rapport à l’économie 2 – déficit de formation en sciences sociales qui permettent d’appréhender les dynamiques des sociétés.

 

1- Conceptions économiques des élites -

L’illusion économique aide à comprendre le mécanisme de libre-échange. Si les effets sont d’abord positifs (mise en commun des structures, spécialisation technique de territoires), sur le long terme l’effet de la concurrence entraîne l’insuffisance tendancielle de la demande. Dans les années 90, la demande effective1 avait disparu des manuels d’économie, cet acquis fondamental du keynésianisme était passé à la trappe. Le deuxième effet est une montée des inégalités qui s’ajustent au niveau d’inégalité mondial.

La relance de 2007 réalisée dans ces mêmes conditions de libre-échange n’a fait que provoquer une hausse des délocalisations et une baisse des salaires, seul le CAC40 en a profité. La seule réponse apportée aujourd’hui est l’austérité – ce protectionnisme des imbéciles – qui entraîne la rétractation du marché.

Pourtant, il n’y aura pas de relance sans protectionnisme à l’échelle européenne : soit on conduit une politique de relance qui profite en premier lieu à la Chine, soit l’austérité accroît la crise mondiale.

Ceux qui conduisent ces politiques n’en souffrent pas : il s’agit moins d’incompétence que d’aveuglement ou d’intérêt. Cependant ceux qui profitent de cette crise sont de moins en moins nombreux. Si autrefois 20% en bénéficiaient, aujourd’hui ils ne sont plus que 1% voire 0,1%. Il ne s’agit pas de penser dans un marxisme vulgaire qu’ « ils s’en mettent plein les poches » mais plutôt dans un marxisme plus évolué qu’il est douloureux de penser contre ce qui est en place.

 

2 – Manque de compétences historiques des élites -

La culture intellectuelle moderne donne la prime à l’économie. Pour l’homo economicus, comprendre l’Homme, c’est comprendre l’économie.

L’Europe est devenue le centre de ce délire économique et un vrai problème pour le monde. Les États-Unis ne sont pas les plus en danger : sans pour autant être sortis de la crise, des idées de gauche y renaissent pour éviter la contraction. Paradoxalement c’est le risque de dépression à l’échelle mondiale qui montre l’importance de l’Europe.

Au moment de la création de l’euro, Emmanuel Todd sort de l’écriture de deux essais :

L’invention de l’Europe étudie en profondeur les structures familiales et les histoires nationales qui lui sont étroitement liées. La diversité anthropologique de l’Europe fait apparaître l’abîme qui sépare chaque culture.

Le destin des immigrés confirme que ces différences anthropologiques ont perduré jusqu’à aujourd’hui.

Les taux de mariage des couples mixtes sont beaucoup plus élevés en France qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne, de même que le taux de natalité allemand est beaucoup plus bas que dans le reste de l’Europe.

Les européens ont des modes de vie encore très différents.

Au regard de ces différence anthropologiques, Emmanuel Todd a l’intuition qu’une monnaie unique à l’échelle du continent ne peut pas fonctionner. L’euro ne peut que créer une jungle, pas une société commune.

L’homo economicus est une invention du monde anglo-saxon qui est incapable de percevoir ces différences culturelles, puisque l’homme est réduit à sa dimension économique.

Alors qu’un cadre monétaire appelle un phénomène de convergence, les différences culturelles engendrent des divergences économiques. Ainsi le modèle capitaliste anglo-saxon individualiste appelle court-termisme, tertiarisation et financiarisation de l’économie. À l’opposé les valeurs de la famille souche allemande privilégient la transmission des connaissances, les compétences technologiques et le contrôle des marchés. Ces deux capitalismes renforcent encore leurs différences économiques avec la monnaie unique : les excédents commerciaux de l’Allemagne s’envolent et le reste de l’Europe se désindustrialise. La France serait coupable d’un péché d’orgueil si elle se pensait capable de contrer seule les tentations hégémoniques de l’Allemagne.

À présent toute tentative de régularisation ne peut qu’aggraver ces phénomènes de divergence et la remontée des antagonismes entre européens. Nous ne sommes pas dans un monde déchiré, mais ce risque existe à long terme.

Source : Gaëtan Jarnot

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Emmanuel Todd « Les élites européennes : incompétence historique et anthropologique ? »
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Libye: le silence des martyrs

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

 

Libye: le silence des martyrs

Aurélie Moreau , envoyée spéciale en Libye de la "Libre Belgique". Mis en ligne le 16/04/2013.

 

Les civils bombardés par l'Otan sont toujours en attente d'une réponse. Des bombes GBU-12 à guidage laser ont ôté la vie de simples citoyens. Selon diverses coupures de presse, les F-16 belges en étaient d'ailleurs équipés.

Des maisons balayées par le souffle des déflagrations, ne restent que des murs de béton chancelants et des rideaux en charpie. Des décombres, ne subsistent que des souvenirs : un cartable abandonné, un soulier troué, des dessins et des bulletins scolaires. Ils sont pères de famille et évoquent avec pudeur la douleur de survivre à leurs proches, morts sous les bombardements de l'Otan. Ils sont des dommages collatéraux.

 

Tripoli

 

Le 19 juin, il est 1 heure du matin, Salem al-Gharari regarde la télévision. Il habite une maison cossue de la banlieue de Tripoli, à Souk al-Juma. Depuis deux semaines, dans ce quartier marchand de la capitale, des dissidents manifestent timidement leur soutien aux révolutionnaires : ils lancent des pigeons aux couleurs du drapeau rebelle et attachent des ballons à la queue des chats (très vite abattus par les militaires). Les insurgés approchent mais la banlieue demeure fermement sous le contrôle des forces kadhafistes, alors - en attendant - Salem al-Gharari s'assoupit.

Il est 1h45 lorsqu'il est réveillé dans une maison enfumée. Le plafond effondré l'empêche de se redresser et il saigne, abondamment. "Il n'y avait plus d'électricité. On cherchait un moyen de sortir mais je ne voyais rien. J'étais devenu sourd. Ce sont les voisins qui ont frayé un chemin jusqu'à moi. Dès que je suis sorti, la maison est tombée. J'ai dû soigner ma famille en Tunisie à mes frais. Aujourd'hui, je loue une maison insalubre pour 350 dinars par mois. Mais avant tout, je veux comprendre pourquoi. J'ai droit à une réponse ! J'ai perdu ma femme, mon fils, ma sœur, son mari et leurs deux enfants."

Immobile face aux ruines, il soupçonne l'Otan de s'être trompée de cible. Les chambres de la résidence voisine trahissent en effet tant la présence des services de renseignement de l'armée que leur fuite précipitée : des tables et des chaises renversées jonchent le sol au milieu d'équipements militaires. Des centaines de dossiers inquiétants témoignent des pratiques douteuses de l'ancien régime (1). Ils relatent les moindres faits et gestes des civils libyens : les endroits exacts qu'ils fréquentaient, le nom des membres de leur famille, leur activité, leurs loisirs, leur emploi du temps. D'autres chambres ont quant à elles été réaménagées en cellules d'enfermement discrètes où les portes de prison et les barreaux remplacent les vitres et les portes en bois traditionnelles.

En Libye, huit bombardements connus causèrent la mort de civils. Seul le cas de M. al-Gharari pressa l'Otan à reconnaître "une faute" en raison d'"une erreur de système dans la bombe à guidance laser" .

Majer

D'après les Libyens, Majer a la particularité de cultiver les meilleures dattes du pays, mais le 8 août 2011, cette petite ville située à 160 kilomètres à l'est de Tripoli est également devenue le théâtre d'une nuit meurtrière. En périphérie de la localité, à l'abri du vacarme urbain, Ali Hamid Gafez héberge des familles déplacées originaires de Benghazi et de Naïma. C'est le septième jour du ramadan, il est 22h10 et tous les occupants du pavillon rompent le jeûne.

"C'est alors que j'entends un avion, puis un sifflement, et je ressens le souffle de l'explosion, puis un gros boum. Il y avait de la poussière partout. J'avais des pierres sur moi. J'ai cherché mes enfants. Je n'entendais plus rien. Je marchais sur des corps et je hurlais. J'ai d'abord trouvé mon fils, Mohamed. Quand je suis sorti, j'ai trouvé ma femme, le bassin sectionné par le toit qui était tombé dans la cour. J'ai pris le maximum de personnes dans la voiture et j'ai conduit jusqu'à l'hôpital , relate Ali Hamid, impassible. Ceux qui étaient dans la pièce à côté, en haut, sont tous morts. On a retrouvé ce qui restait de leur corps dans le jardin du voisin. La dernière victime, un enfant de 3 ans, a été retrouvé seulement quatre jours plus tard à cause de l'odeur. Il était dans cet arbre, là", désigne-t-il.

A 50 mètres, à quelques minutes d'intervalle, Mohamed Al-Jahroud entend un nouveau bruit assourdissant. "J'étais dans ma deuxième maison en train de faire mes affaires. J'ai tout de suite compris que l'Otan nous bombardait à nouveau. Par la fenêtre, j'ai vu que ma première maison était sous les gravats. Ma fille de 8 mois y dormait. J'étais avec ma femme et j'ai hurlé pour lui dire de sortir." Trop tard Une troisième bombe s'abat sur Mohamed Jahroud. Elle ôte la vie à de nombreux voisins et des gamins de l'équipe de foot qui avaient accouru vers la résidence après la seconde explosion. Ils tentaient d'extraire d'éventuels survivants. Sur le palier, Mohamed est assommé et bascule dans un coma profond. Son épouse, sa mère, sa fille et sa sœur périssent, ensevelies. A 2 heures du matin, l'Otan bombarde une dernière fois le hameau : une ferme heureusement inhabitée, située à une centaine de mètres des trois habitations.

Au cours de cette nuit, trente-quatre personnes perdent la vie, trente sont grièvement blessées. Selon l'Otan - qui a d'abord contesté l'existence de pertes civiles -, il s'agissait d'une base abritant des forces pro-kadhafistes. Toutefois, les clichés satellites pris avant les bombardements ne témoignent d'aucune activité militaire. Seul un t-shirt kaki de camouflage - très répandu chez les jeunes durant la révolution - a été retrouvé par l'ONG Human Rights Watch.

Erigées à la mémoire des martyrs de Majer, en véritable musée mortuaire, les ruines abritent désormais de sinistres simulacres : des vélos, des t-shirts d'enfants ensanglantés, des photos de cadavres méconnaissables. Ils sont à présent une dizaine à s'attrouper, pointant du doigt ces anonymes immortalisés dans un sommeil éternel. Chacun d'entre eux évoque ses martyrs : un frère farceur et malicieux, une fille intelligente très douée en mathématique, un grand-père grincheux.

Ali Hamid, toujours impassible, déplie une couverture jaunie par le temps. Elle contient des débris dont l'aileron d'une bombe à précision laser GBU-12 de 270 kilos. Cette bombe à la particularité d'être équipée d'un système infrarouge qui signale la présence de personnes au sol. "Or, si le pilote n'était pas en mesure de déterminer si ces personnes étaient des militaires, il aurait dû - en vertu du droit humanitaire international - annuler immédiatement le raid", signale l'ONG Human Rights Watch dans un rapport accablant (1).

Selon le "New York Times", huit pays ont bombardé la Libye : la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, l'Italie, la Norvège, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Actuellement en service dans les forces armées américaine, canadienne, colombienne et les différentes forces aériennes de l'Otan, le GBU-12 était également utilisé par les F-16 belges envoyés en Libye, selon diverses coupures de presse. Sollicités à plusieurs reprises, ni l'Otan ni les responsables de l'opération belge en Libye n'ont souhaité confirmer cette information (2).

L'Otan n'a par ailleurs jamais divulgué la nationalité des pilotes responsables. Cette information permettrait pourtant aux victimes d'intenter un recours envers les Etats devant la Cour internationale de justice. Cette procédure aurait probablement plus de chance d'aboutir que si les victimes assignaient l'Otan, qui demeure une alliance plutôt qu'une organisation à la personnalité juridique parfaite et achevée.

(1) Tous les documents spécifiéssont disponibles sur le site Internet de l'enquête : www.objectif-kadhafi.be

(2) Suite à nos sollicitations, l'Otannous renvoie vers un communiqué publiéle 23 janvier 2012, le premier du genre,également disponible sur Internet.

 

La Libre Belgique, http://www.lalibre.be/actu/international/article/809642/libye-le-silence-des-martyrs.html 

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Après "Les Amis de la Syrie", voici "le Comité Belge des Parlementaires pour un Iran Démocratique"!.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

 

 

Des parlementaires et des sénateurs belges soutiennent l'appel de Maryam Radjavi pour un « Iran libre et démocratique »
(extrait de "Journal d'Iran - avril 2013 - Cathy et Marc Lemaire)

 

 

CNRI – La Présidente élue de la Résistance iranienne Maryam Radjavi a appelé la Belgique à apporter son soutien total au renversement du régime despotique en Iran, qui « réprime le peuple iranien et exporte le terrorisme ».

Lors d'un discours au Parlement belge le 27 mars, elle a dit aux parlementaires et aux sénateurs comment l'année dernière, le régime iranien, avec l'aide de ses agents en Irak, avait forcé les membres du camp d'Achraf à partir dans une prison appelée camp Liberty – où ils ont ensuite été attaqués et tués. Les résidents de Liberty doivent à présent être transférés en toute sécurité aux États-Unis ou en Europe ou bien retourner à Achraf qui est plus sûr. Elle a exhorté le Sénat à faire pression pour une action urgente afin d'assurer leur protection.

Remerciant Mme Radjavi, le sénateur Gérard Deprez a tenu à lui affirmer en ouverture : « Nous sommes très impressionnés par votre courage, par votre détermination et nous souhaitons vous apporter notre soutien pour plusieurs raisons. »

 

Rappelant la diversité politique des parlementaires présents, il a déclaré que « cette réunion a été organisée par le Comité belge des parlementaires pour un Iran démocratique. Nous avons bien sûr des différences entre nous sur le plan de la politique belge, mais nous sommes unis et solidaires pour la défense et la promotion d’un Iran démocratique et libre. »

« Je suis heureux de vous annoncer que de très nombreux membres du Sénat, dont la présidente du Sénat elle-même, ont signé une déclaration en faveur du plan en 10 points de Mme Radjavi pour un Iran démocratique et libre, a-t-il ajouté. Nous croyons que le mouvement qu’elle dirige a la meilleure chance de changer le régime actuel des mollahs et d’établir demain en Iran un régime démocratique. »

Membre de la commission des Affaires étrangères de la Chambre, Patrick Moriau a déclaré à la réunion : « C’est vrai que c’est un combat pour la démocratie, un combat pour l’égalité et un combat pour un ensemble de valeurs qui sont nos valeurs. Je vois dans votre lutte un symbole de la lâcheté et de la politique à plusieurs vitesses de la politique internationale. Car toute cette problématique est née des Etats-Unis qui n’ont pas respecté leur parole. Quand les Américains se sont retirés d’Irak, on a eu les pires craintes sur Achraf. On avait tous pensé que Liberty serait une solution. Et encore une fois la communauté internationale n’a pas respecté sa parole, Liberty en très peu de temps est devenu un camp de prisonniers, et maintenant on demande à retourner à Achraf. »

Le soutien total à la cause de la paix et de la démocratie en Iran a également été apporté par les parlementaires Els Demol, David Clarinval et Jan Jambon.

Le sénateur Dirk Claes, Président du Comité belge des parlementaires pour un Iran démocratique, a déclaré dans un communiqué publié après la réunion : « En invitant Madame Radjavi en Belgique, nous nous sommes donné une opportunité exceptionnelle de nous instruire de première main sur la situation en Iran.

« Nous avons également appris sur la violation des droits de l'homme en Iran et l'état des résidents du camp d'Achraf et de Liberty.

« Nous continuerons d'insister pour porter cette question à l'attention de la communauté internationale. Nous avons organisé cette réunion pour porter à l'attention de tous la violation des droits de l'homme en Iran, tout comme la situation des résidents des camps d'Achraf et de Liberty, des questions qui sont de hautes priorités politiques. »

 

   Après "Les Amis de la Syrie", voici "le Comité Belge des Parlementaires pour un Iran Démocratique"!. 

    Cette réception de  Maryam Radjavi  au parlement belge du 27 mars dernier et les engagements que députés et sénateurs de tous bords ont pris à l'égard de son organisation, sont particulièrement interpellants: "Les Moudjahiddins du Peuple" étaient considérés comme une association terroriste par les mêmes instances qui, aujourd'hui, en font les héros et les porte-drapeau de "la lutte pour un Iran démocratique ". Le mouvement de Mme Radjavi appellait entre autres à une intervention militaire occidentale pour renverser le gouvernement iranien. Et c'est ce "programme"  qui reçoit les faveurs de la Présidente du Sénat en personne et de "très nombreux" sénateurs. Et c'est ce mouvement qui a "la meilleure chance de changer le régime des mollahs"?! Il faut donc en conclure que la Belgique  se prépare à participer à un renversement du gouvernement iranien, comme elle l'a fait avec l'Otan contre la Libye et actuellement contre le gouvernement syrien.
    Au nom de quel droit notre gouvernement se permet de gesticuler face au "grand danger terroriste" que représenteraient les jeunes qui vont faire leur djihad en Syrie, alors que nos respectables parlementaires applaudissent des deux mains Mme Radjavi et sont "pleins d'admiration" pour son mouvement, qualifié encore récemment d'organisation terroriste par l'UE et les USA, et propulsé aujourd'hui au rang de "Résistance Iranienne". (C.P.)
  
  
Des parlementaires et des sénateurs belges soutiennent l'appel de Maryam Radjavi pour un « Iran libre et démocratique »
(extrait de "Journal d'Iran - avril 2013 - Cathy et Marc Lemaire)
 
La Présidente élue de la Résistance iranienne Maryam Radjavi a appelé la Belgique à apporter son soutien total au renversement du régime despotique en Iran, qui « réprime le peuple iranien et exporte le terrorisme ».
Lors d'un discours au Parlement belge le 27 mars, elle a dit aux parlementaires et aux sénateurs comment l'année dernière, le régime iranien, avec l'aide de ses agents en Irak, avait forcé les membres du camp d'Achraf à partir dans une prison appelée camp Liberty - où ils ont ensuite été attaqués et tués. Les résidents de Liberty doivent à présent être transférés en toute sécurité aux États-Unis ou en Europe ou bien retourner à Achraf qui est plus sûr. Elle a exhorté le Sénat à faire pression pour une action urgente afin d'assurer leur protection.
Remerciant Mme Radjavi, le sénateur Gérard Deprez a tenu à lui affirmer en ouverture : « Nous sommes très impressionnés par votre courage, par votre détermination et nous souhaitons vous apporter notre soutien pour plusieurs raisons. »
Rappelant la diversité politique des parlementaires présents, il a déclaré que « cette réunion a été organisée par le Comité belge des parlementaires pour un Iran démocratique. Nous avons bien sûr des différences entre nous sur le plan de la politique belge, mais nous sommes unis et solidaires pour la défense et la promotion d'un Iran démocratique et libre. »
« Je suis heureux de vous annoncer que de très nombreux membres du Sénat, dont la présidente du Sénat elle-même, ont signé une déclaration en faveur du plan en 10 points de Mme Radjavi pour un Iran démocratique et libre, a-t-il ajouté. Nous croyons que le mouvement qu'elle dirige a la meilleure chance de changer le régime actuel des mollahs et d'établir demain en Iran un régime démocratique. »
Membre de la commission des Affaires étrangères de la Chambre, Patrick Moriau a déclaré à la réunion : « C'est vrai que c'est un combat pour la démocratie, un combat pour l'égalité et un combat pour un ensemble de valeurs qui sont nos valeurs. Je vois dans votre lutte un symbole de la lâcheté et de la politique à plusieurs vitesses de la politique internationale. Car toute cette problématique est née des Etats-Unis qui n'ont pas respecté leur parole. Quand les Américains se sont retirés d'Irak, on a eu les pires craintes sur Achraf. On avait tous pensé que Liberty serait une solution. Et encore une fois la communauté internationale n'a pas respecté sa parole, Liberty en très peu de temps est devenu un camp de prisonniers, et maintenant on demande à retourner à Achraf. »
Le soutien total à la cause de la paix et de la démocratie en Iran a également été apporté par les parlementaires Els Demol, David Clarinval et Jan Jambon.
Le sénateur Dirk Claes, Président du Comité belge des parlementaires pour un Iran démocratique, a déclaré dans un communiqué publié après la réunion : « En invitant Madame Radjavi en Belgique, nous nous sommes donné une opportunité exceptionnelle de nous instruire de première main sur la situation en Iran.
« Nous avons également appris sur la violation des droits de l'homme en Iran et l'état des résidents du camp d'Achraf et de Liberty.
« Nous continuerons d'insister pour porter cette question à l'attention de la communauté internationale. Nous avons organisé cette réunion pour porter à l'attention de tous la violation des droits de l'homme en Iran, tout comme la situation des résidents des camps d'Achraf et de Liberty, des questions qui sont de hautes priorités politiques. »
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L'attentat du marathon de Boston réveille les fantômes du 11-Septembre.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La mondialisation

L'attentat du marathon de Boston

 

 

L'attentat du marathon de Boston réveille les fantômes du 11-Septembre

Scènes de chaos lors du marathon de Boston, lundi 15 avril, peu avant 15 heures.

DAN LAMPARIELLO/REUTERS, JOHN TLUMACKI/AP, KENSHIN OKUBO/AP ET KEN MCGAGH/REUTERS

New York Correspondant
Deux bombes ont explosé à l'arrivée de l'épreuve. Un premier bilan fait état de trois morts et plus de 130 blessés

 

 

17 avril 2013

Les renseignements occidentaux dans...

 
 
 

 

Le vainqueur du marathon de Boston, l'Ethiopien Lelisa Desisa, avait coupé la banderole depuis plus de deux heures déjà, mais nombre des 26 000 participants de cette épreuve, la plus prestigieuse de sa catégorie aux Etats-Unis après le marathon de New York, continuaient d'arriver lorsque la première explosion a retenti, à 70 m de la ligne d'arrivée.

Participant à l'épreuve, Jeff Klachko raconte avoir " entendu un bruit assourdissant au moment précis où je franchissais la ligne d'arrivée. Je n'ai rien compris jusqu'à sentir, peu après, une odeur de fumée. Et là, très vite, la seconde explosion m'a ôté tout doute. Je me suis mis à courir devant moi. Je cherchais ma femme et mes enfants. Heureusement, à cause de la foule si dense, ils n'avaient pas pu se rapprocher de l'arrivée. "

Le premier attentat et l'ahurissement initial. Puis un second, dans la foulée, 30 m plus loin, fait comprendre qu'il ne s'agit pas d'un accident. Le rapprochement, évident, dans le déroulé entre les attentats commis à Boston, lundi 15 avril à 14 h 48, avec ceux du 11 septembre 2001, s'est vite imposé aux Etats-Unis, sans qu'aucun indice ne vienne confirmer jusqu'ici sa matérialité.

Les pouvoirs publics - Maison Blanche, FBI ou autorités politiques et sécuritaires de Boston et de l'Etat du Massachusetts - se sont efforcés de récuser toute rumeur. Ils n'ont cessé de répéter qu'aucun " suspect "n'était retenu entre leurs mains, qu'aucune " piste "n'était à cet instant privilégiée. Reste le seul fait qui, lui, apparaît indubitable : l'acte a été délibérément commis au sein d'une population civile, le choix du lieu visant à s'en prendre à une foule dans l'objectif de la terroriser en causant le plus de victimes possibles : 250 000 personnes s'étaient massées le long du parcours. " Il s'agit clairement d'un acte de terrorisme et il sera traité comme un acte de terrorisme ", a indiqué la Maison Blanche.

Le reste, les quelques rares images, le " chaos " - le mot revient dans quasiment tous les témoignages -, la course effrénée des spectateurs, les blessés sanguinolents, aux membres parfois déjà arrachés, transportés à bout de bras par les premiers sauveteurs, d'autres moins gravement atteints mais sous le choc, la sidération sur les visages des présents, les véhicules hospitaliers toutes sirènes hurlantes, toutes ces images-là appartiennent à l'univers visuel des actes de terrorisme.

Aux premières heures du matin, mardi, le bilan provisoire faisait état de 3 morts, dont un enfant de 8 ans, et d'au moins 130 blessés. Plusieurs ont été opérés d'urgence à la tête et au cerveau, dont des enfants, d'autres ont dû être amputés. Les matériaux utilisés pour ces bombes étaient, selon les premières estimations policières, peu sophistiqués.

Pour David Abel, du quotidien Boston Globe, qui se trouvait à quelques mètres des victimes de la première explosion, il apparaissait évident que le nombre des victimes aurait été bien plus important si la bombe n'avait pas été placée contre un mur, mais sur le bord du trottoir où la foule s'agglutinait. Reste que sa densité était telle que les éclats projetés, billes d'acier, clous, ont été dévastateurs. Les responsables de divers hôpitaux de la ville où les blocs opératoires étaient mobilisés ne cachaient pas que des décès supplémentaires étaient à craindre.

La seconde certitude est que ces attentats sont les premiers à être perpétrés avec succès sur le territoire des Etats-Unis depuis ceux du 11-Septembre. Des dizaines de tentatives ont eu lieu, mais dans leur immense majorité, ce type d'initiatives a rapidement été décelé et contrôlé par la police fédérale jusqu'à l'arrestation de leurs instigateurs et leur présentation devant la justice, les agents infiltrés du FBI ayant le plus souvent été eux-mêmes les initiateurs de l'acte terroriste dans l'objectif de mieux convaincre la justice de la culpabilité de ses exécutants une fois ceux-ci engagés dans sa mise en oeuvre. Trois cas avaient pourtant échappé à la vigilance des forces de sécurité américaines. Chaque fois, l'attentat planifié a cependant été déjoué. Pas cette fois.

" On ne sait toujours pas qui a fait cela, ni pourquoi. Mais on trouvera, on les attrapera et ils rendront des comptes. Tout individu, tout groupe responsable sera déféré devant la justice. " Ces affirmations de Barack Obama ont été répétées en boucle toute la soirée par les responsables bostoniens, le gouverneur du Massachusetts, Deval Patrick, un proche du président américain, et le porte-parole du FBI sur place, Richard DesLauriers. Ce dernier a par ailleurs confirmé que la police fédérale avait été chargée de piloter et de coordonner l'enquête.

A ce stade, cependant, les incertitudes prédominent. Mardi, tard dans la nuit, on ne savait toujours pas si les attentats étaient le fait d'un seul auteur ou si des terroristes ont agi en groupe. Aucune information n'avait filtré sur l'analyse des premières pièces à conviction recueillies. Les forces de sécurité ne semblaient pas non plus savoir comment les bombes avaient été actionnées.

Mais, au secrétariat américain à la sécurité intérieure, plus le temps passait, et plus le sentiment l'emportait, comme l'a déclaré un de ses responsables sous couvert d'anonymat, que l'on " n'avait pas affaire à un complot à l'échelle nationale ", aucune autre ville n'ayant été touchée par des attentats similaires.

Pourquoi Boston ? Pourquoi sur le parcours de son marathon ? Le représentant démocrate du Massachusetts William Keating, membre de la commission parlementaire sur la sécurité intérieure, estimait en soirée que l'événement offrait le " symbole " le plus patent de ce que les terrorismes, de quelque bord qu'ils soient issus, honnissent plus que tout : " un rassemblement joyeux, chaleureux, où des milliers de personnes viennent participer ou applaudir des concurrents issus de plus de cent pays et de toutes les couleurs de peau ".

A défaut de certitudes, et en l'absence de mise en garde préalable et de revendication après les explosions, les supputations sont parties dans deux directions. Un nouvel attentat " anti-américain ", lié d'une façon ou d'une autre au terrorisme islamiste. Mais personne, à la Maison Blanche, au FBI, parmi les édiles bostoniens, n'a évoqué la moindre piste pour désigner les commanditaires ou les acteurs de ces attentats. Personne n'a prononcé les mots " Al-Qaida ", ni évoqué un quelconque " terrorisme islamiste ". Ou bien un acte politique à caractère interne, intra-américain.

Cette autre " option ", celle d'un attentat d'extrême droite, a été pareillement balayée en l'absence de tout élément probant. Elle a émergé de-ci de-là en relation avec la date à laquelle ont été commis ces attentats. Le troisième lundi d'avril est, en effet, fêté sous le nom de Patriots Day au Massachusetts (et dans l'Etat du Maine), où il est férié. Il commémore les victoires remportées par les révolutionnaires américains contre les troupes anglaises lors des batailles de Lexington et de Concord, le 19 avril 1775, qui furent aussi les premiers succès enregistrés sur la voie de l'indépendance de ce qui allait devenir les Etats-Unis. Sachant que certains groupes très à droite de type Tea Party revendiquent cette appellation de " patriotes ", certains ont voulu y voir un lien de causalité avec les attentats. Aucun officiel ne les a suivis. Il est inutile d'" ajouter la désinformation à l'absence d'information fiable ", a indiqué une responsable de la mairie de Boston.

Ce ne furent pas là les seules rumeurs à s'être un moment propagées avant d'être balayées. Un responsable de la police bostonienne a dû répéter plusieurs fois qu'aucun" suspect " n'était détenu par ses services (un jeune Saoudien muni d'un visa d'étudiant avait été un moment interrogé dans ses locaux). De même, le bruit d'une " troisième bombe ", placée à la grande bibliothèque John-Fitzgerald Kennedy, a été rapidement démenti. Un incendie, qui n'était pas d'origine criminelle, s'y était déclaré avant d'être rapidement circonscrit. Mais dans l'état de choc où se trouvent les citoyens de la ville - dont un très grand nombre ont donné du sang à la Croix-Rouge -, la rumeur se répandait rapidement.

En attendant, l'enquête mobilise des milliers de policiers, qui traquent le moindre indice dans les rues entourant la " scène du crime " dans l'objectif d'affiner une recherche du ou des auteurs d'un acte dont l'identité et la motivation restent encore énigmatiques. Un périmètre d'exclusion a été imposé tout autour par le FBI, fermé à toute personne n'y habitant pas et non munie d'une autorisation spéciale d'accès. Des centaines d'agents fédéraux ont été dépêchés sur les lieux. Des militaires et des membres de la garde nationale ont été mobilisés pour leur prêter main-forte.

Les rues et les accès à Boston sont désormais soumis à un contrôle accru et le maire a demandé à ses administrés de faire preuve de compréhension devant la gêne qui s'ensuivrait. La police a demandé aux Bostoniens de rester chez eux le soir, sauf motif particulier de sortir.

Bien qu'aucun événement ne donne à penser qu'une vague d'attentats pourrait s'épandre aux Etats-Unis, des mesures de préventions ont été prises dans de nombreuses villes américaines. Cela a été en particulier le cas à New York, où plusieurs milliers de policiers ont pris place autour des principaux centres de passage, comme les deux gares ferroviaires (Grand Central et Penn Station).

Sur la chaîne MSNBC, le journaliste politique de gauche Chris Matthews s'inquiétait. On sait, expliquait-il en substance, quelles sont les conséquences du terrorisme : le repli sur soi, le règne de la peur. Mais le pays va mieux, voulait-il croire : l'économie s'améliore, " bientôt des lois viendront limiter le droit au port d'armes, améliorer la situation de millions de travailleurs immigrés clandestins ". Il ne faut pas, expliquait-il, comme pour conjurer le sort, que le terrorisme renvoie l'Amérique à ses propres terreurs.

Sylvain Cypel.  "Le Monde".

TROIS ATTENTATS À LA BOMBE DÉJOUÉS DEPUIS 2001

25 décembre 2009 Un Nigérian de 23 ans, Umar Farouk Abdulmutallab, monte à bord du vol Amsterdam-Detroit avec des explosifs cachés dans ses sous-vêtements avant d'être arrêté. Il a été condamné à la prison à vie aux Etats-Unis.

1er mai 2010 Un Pakistano-Américain, Faisal Shahzad, 21 ans, abandonne un véhicule bourré d'explosifs à Times Square, l'un des carrefours les plus fréquentés de New York.

Le détonateur devait être actionné plusieurs heures après mais il semble avoir mal fonctionné, des vendeurs de rue ayant appelé la police pour se plaindre des odeurs de fumée qui se dégageaient du véhicule.

Appréhendé à l'aéroport alors qu'il tentait de fuir les Etats-Unis, l'auteur de l'attentat raté est condamné par la suite à la prison à perpétuité.

17 janvier 2011 Une bombe est placée sur le parcours d'une marche pour les droits civiques à Spokane, dans l'Etat de Washington. L'engin explosif est découvert à temps. L'auteur de cette tentative d'attentat, un " suprémaciste " blanc nommé Kevin Harpham, est condamné à 32 ans de prison.

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BARACK OBAMA : " NOUS TROUVERONS QUI A FAIT CELA "

" J'ai mobilisé tous les moyens du gouvernement fédéral pour aider l'Etat - du Massachusetts - et les autorités locales à protéger la population et augmenter le niveau de sécurité aux Etats-Unis si nécessaire, et enquêter sur ce qui s'est passé. (...) Nous n'avons pas encore toutes les réponses. Mais nous savons que de nombreuses personnes ont été blessées, certaines grièvement, dans les explosions au marathon de Boston. J'ai parlé au directeur du FBI et au secrétaire à la sécurité Napolitano, ils mobilisent les forces nécessaires pour mener l'enquête.

J'ai tenu au courant les dirigeants des deux partis au Congrès, et nous sommes tombés d'accord que dans des jours comme ceux-là, il n'y a plus ni démocrates ni républicains.

La police de Boston, les pompiers, les premiers secours, la garde nationale ont réagi héroïquement et continuent à le faire à l'heure où nous parlons. Cela nous rappelle que de nombreux Américains servent et se sacrifient chaque jour, sans penser à leur propre sécurité, dans des circonstances difficiles et dangereuses.

Nous ne savons pas encore qui a fait cela ni pourquoi. Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives avant que nous ayons tous les faits. Mais ne vous y trompez pas, nous irons jusqu'au bout. Nous trouverons qui a fait cela ; nous trouverons pourquoi ils l'ont fait. Tout individu ou tout groupe responsable devra répondre de ses actes devant la justice.

Boston est une ville forte et qui saura s'en relever. Ses habitants aussi. J'ai totalement confiance dans le fait que les Bostoniens vont se rassembler, veiller les uns sur les autres, et aller de l'avant. Le peuple américain sera à leurs côtés à chaque étape de ce chemin. "

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La Grèce occupée. Prisons budgétaires par anagiotis Grigoriou.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce

 

 

28 avril 2013

Prisons budgétaires



Souvent en Grèce, ce sont certains moments paisibles qui nous rappellent un passé encore trop récent. Comme ce vendredi matin du 26 avril, cet unique client sur la terrasse d’un bistrot du vieux centre d’Athènes. La météo déjà clémente, nous apprécions enfin l’appréciable pendant que les syndicats s’apprêtent à manifester Place de la Constitution pour le premier mai. Le gouvernement avait pris “soin” de transférer ce “jour férié” après Pâques, le dimanche 5 mai, mais en vain. Déjà en ce dimanche soir du 28 avril, les centrales syndicales, ainsi qu’une bonne partie de la gauche grecque, dont Syriza et le syndicat PAME -ce dernier étant proche du KKE, le parti communiste-, ont manifesté sur cette même place contre l’adoption, pourtant inéluctable, de la “grande loi coup de balai”, invariablement, mémorandaire et anticonstitutionnelle. Sans surprise, le “Parlement” a “décidé” autrement, rejetant la requête des députés Syrizistes. Le Mémorandum IV est en vue, comportant les “licenciements immédiats” tant attendus dans la fonction publique et bien d’autres... merveilles, et encore une fois, en un seul article digne d’un roman fleuve, et en une seule et unique “loi”. Le pouvoir législatif n’est que sa propre caricature en cette fin de régime.


Le rassemblement du dimanche soir n’a pas été suivi,- au mieux deux mille personnes- et comme par hasard, encore, les derniers sondages indiquent aussi une stagnation de l’influence du parti de la Gauche radicale... Invité au studio de la radio athénienne “Sto Kokkino” 105.5 FM, proche de Syriza, vendredi matin, le 26 avril, j’ai été amené à commenter, à mon tour, le sondage du jour, ainsi que l’aporie des journalistes: “Pourquoi ?”. Je précise, une fois de plus, à destination des amis et lecteurs du blog, que je ne suis encarté -comme on dit parfois- nulle part.
“Pourquoi ?”: J’ai encore rappelé l’évidence, pas si... évidente pourtant... Pauvres gens... et pauvres gens d’une certaine gauche... et pas uniquement. La méta-démocratie, la mise à mort des institutions représentatives des démocraties de type occidental, l’auto-annulation des Parlements devant le préfabriqué tyrannique du pacte budgétaire (TSCG) entré en vigueur cette année, en 2013, et érigé en cadre juridique indiscutable pour tous les pays de la zone Euro et de l’UE, car incorporable dans la constitution de chaque pays. Quel effondrement social et sociétal alors ? La rue grecque, espagnole ou portugaise le sait désormais, les constitutions nationales sont abolies de fait et ceci, sans obtenir sur ce sujet le moindre consensus. C’est ainsi, comme le “grand reste” et par la “grande loi” que le travail disparaît et avec lui, son cadre juridique, le contrat social, dont l’action et l’activisme révolu des syndicats et des partis politiques. Sauf que la situation que nous vivons c’est la plus grave négation de la démocratie acquise par les peuples de l’Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, d’où la “négation”, volontaire ou pas, des partis de gauche -ou de “gauche”-, qui “agissent” encore commedans un cadre démocratique comme si de rien n'était. Erreur en somme... fatale.


C’est vrai que “Toute la Grèce est une variante de Manolada”, comme écrivait la semaine dernière le quotidien Taxydromosde la ville de Vólos en Thessalie, ou Elefterotypia,“52% des entreprises du pays laissent leurs employés sans couverture sociale”? Certes, le sort réservé aux immigrés “travaillant” pour le compte des producteurs de fraises à Manolada est bien pire, mais ce n’est qu’une question de degrés et sans doute de temps. Et à part la manifestation à Manolada en soutien aux immigrés de ce dimanche,au Nord du pays, les habitants d’Ierissos, résistent comme ils peuvent aux exploitants d’or de leur région. Désormais, et d’après les reportages de la semaine dernière, c’est la solidarité... organique et sans doute tout autant organisée que spontanée qui règne chez les habitants. Eh oui, la crise, c'est-à-dire la guerre ouverte contre la société, nous change alors beaucoup.


Et nos villes dans leur splendide vieillesse, se dégradent de plus en plus et si rapidement, puis, nos ruines récentes sont à vendre en attendant peut-être le pire, pour ce qui serait du sort réservé à nos autres ruines anciennes. Au Pirée déjà, les nouveaux entrepreneurs du bois de chauffage ont reconstitué leurs stocks, on se croirait aux années 1950, sauf que les grues du port tournent au ralenti et que les usines et leur vacarme d’il y a encore à peine deux décennies, se réduisent au béton vieilli et à la rouille. La rouille plus le changement de régime c’en est trop, ainsi, certaines affiches à Athènes invitent à réfléchir sur le cas des “luttes ouvrières et des lieux sociaux de lutte dans la clandestinité”, tandis que le nouveau règlement adopté lors du récent congrès du parti communiste (KKE), prévoit également sans expliciter, des “actions adaptées à une éventuelle interdiction du parti” (chapitre I, article 4).


Mercredi, le 24 avril, le comité de l’Initiative grecque contre l’Euro et l’U.E. a organisé un mini colloque et rencontre politique à la Faculté d’Économie, sur “la sortie de la zone euro et de l'UE”. Il s’agit d’une initiative parallèle à celle du “Plan B'”d’Alekos Alavanos, issue de l’univers composite de la gauche anticapitaliste du (petit) parti ANTARSYA. Parmi les participants, l’économiste Leonidas Vatikiotis a insisté sur le fait que “l'Union bancaire est une manière, par laquelle, un certain impérialisme tend à tirer profit de la fin de la bulle spéculative et de la financiarisation de l'économie, au détriment bien évidemment du monde du travail. Sous ses conditions et par une ‘task force’, par une Troïka qui ne rend des comptes qu’à seule UE et au FMI, toute autre politique économique est impossible. Quitter la zone euro, est une action de grande envergure, y compris dans sa préparation, mais elle doit être accompagnée par la sortie quasi-simultanée de l’UE”. Costas Lapavistas, joint par internet, a pronostiqué que “d'ici cinq ans, une junte paneuropéenne verra le jour, ou sinon une révolte de grande envergure aura lieu. Déjà, l'affaire de Chypre constitue un signe d'accélération dans le processus. La question de l'abandon déjà de l'euro se pose ouvertement, aussi parce que la bourgeoisie chypriote est structurellement et culturellement bien différente de celle de la Grèce, elle examine donc sérieusement cette probabilité de quitter la zone euro. Ce qui motiverait davantage une telle décision, tient également des prévisions des économistes du FMI et de la Troïka, lorsqu’ils évoquent une baisse du PIB à hauteur de 12%, sauf que tout le monde ressent combien le mémorandum et déjà la nouvelle situation, entraineront une chute d’au moins 40% du PIB, puis, un chômage qui explosera plus soudainement qu'en Grèce, ce qui fait effectivement réfléchir, y compris chez les élites.”


Parmi les intervenants, Yannis Tolios, économiste et cadre Syriza, proche du chef de l’aile gauche chez Syriza, Panagiotis Lafazanis, n’était visiblement pas très à l’aise. C’est sans doute par... le bât qui blesse, autrement-dit, par l’indécision, ou plutôt par la décision officielle: “rester dans l’euro et l’UE”, que l’argumentaire Syriziste ne tient plus. Et pas que devant un public politiquement... averti et incorrect, et toutefois très courtois. On sait par exemple qu’un gouvernement souhaitant déjà attribuer une allocation de 460 euros par mois aux presque deux millions... véritables chômeurs du pays, et ceci pour une durée d’un an, devra pouvoir trouver environ douze milliards d’euros ou l’équivalant en nouvelle monnaie nationale. Alors, comment faire, surtout, comment faire si le pays reste sous le contrôle de la BCE ? Voilà déjà une des apories du moment mais qui finira par être répondue, d’une manière ou d’une autre. Sauf pour le voisin Christos peut-être. Il a déposé le bilan de sa petite entreprise et les plaques d’immatriculation de sa camionnette, elle est sur le point d’être vendue d’ailleurs. “Ma femme, moi ainsi que nos deux enfants, nous vivons accrochés à la retraite de la grande mère. C'est la première fois que je me sens ainsi, même durant le service militaire je bossais. J’ai honte...”


Dans un communiqué, ce le comité de l’Initiative grecque contre l’Euro et l’U.E., entend internationaliser ses débats, qui évidemment le sont déjà. Voilà le texte en entier,ce qui permettra aux lecteurs du blog, de se faire une idée plus précise des débats actuels en Grèce:

“Initiative contre l'€uro et l'U€
- Une discussion large et ouverte concernant la nécessité d’une sortie immédiate de la Grèce de la zone euro et l’UE, comme condition nécessaire pour assurer la survie du peuple grec contre sa paupérisation quotidienne et pour suivre une nouvelle voie dans une direction anticapitaliste.
- Le soutien à la création d’un mouvement populaire massif qui renversera la ‘machine de la dette’ et qui luttera pour la rupture et la sortie de l’UE.
Dès son entrée dans la CEE en 1981, et surtout après son intégration dans la zone euro, la Grèce a été graduellement dévitalisée de toute possibilité d’un développement par ses propres moyens. Les politiques et les directives de l’UE ont conduit à la diminution de l’industrie, la destruction de la production agricole, la privatisation des entreprises et des infrastructures publiques ; les condamnant ainsi à un parasitisme et une survie par les subventions et la dette.”


“Maintenant l’UE montre du doigt la Grèce comme responsable de la crise capitaliste mondiale (!), diffame son peuple comme ‘paresseux’, l’engouffre encore plus dans la misère, pour que les besoins des créanciers et des marchés soient satisfaits. La rupture avec l’UE est une condition préalable pour la prise de mesures comme la nationalisation du système bancaire, l’énergie et d’autres secteurs socialement cruciaux sous contrôle démocratique et des travailleurs. C’est une condition préalable aussi pour le renforcement des droits des travailleurs, l’augmentation des salaires et la redistribution de la richesse, ainsi que la reconstruction de l’économie pour qu’elle couvre les besoins de la majorité sociale.

Nous recherchons à ce que cette rupture se complète avec une nouvelle internationalisation des peuples et des pays en Europe, dans la Méditerranée et dans toute notre région. Une nouvelle internationalisation anticapitaliste qui aura pour fondements la solidarité, l’égalité et la justice, sur base des intérêts populaires et des travailleurs et qui servira la cause d’une libération sociale universelle. Au milieu de la crise capitaliste, l’attaque menée n’influence pas seulement la classe ouvrière et les peuples des pays appelés ‘PIIGS’ par l’UE, mais tous les peuples et les pays de l’Europe.
La situation que nous vivons c’est la plus grave négation de la démocratie acquise par les peuples de l’Europe depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Officiellement, depuis le début 2013, le traité qui contient le pacte budgétaire (TSCG) est en vigueur comme cadre juridique indiscutable pour les pays de la zone Euro et de l’UE. Il est demandé de l’incorporer dans la constitution de chaque pays, en abolissant en réalité les constitutions nationales.”


“La ‘prison budgétaire’ impose un mécanisme de surveillance et de contrôle permanent par l’UE sur les budgets publics de chaque pays avec comme objectifs:
a) des budgets en équilibre avec un seuil de déficit maximal le 3% du PIB et
b) l’arrêt de l’endettement public, lequel ne pourra plus dépasser le 60% du PIB. Dans l’éventualité d’un dépassement du seuil susmentionné, chaque pays est engagé à diminuer sa dette de 5% ; dans le cas contraire, il y aura des mesures et des sanctions contre ce pays.
Dans tous les pays de l’UE et de la zone Euro est imposé un ‘mémorandum généralisé’ d’une manière dictatoriale et contre la volonté des peuples. Les règles d’une austérité sanglante et de la paupérisation de la société -puisqu’il s’agit précisément de ça- deviendront la seule politique économique autorisée, peu importe ce que désirent, choisissent ou votent les citoyens. Les citoyens européens sont transformés brusquement en sujets des banques, des marchés financiers, des multinationales et de leur organisation bureaucratique qui est basée à Bruxelles.”


“Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), le contrôle du budget et des politiques salariales et la supervision des banques par l’UE ne garantissent pas les droits civiques, les droits démocratiques et les conquêtes sociales, mais bien une sujétion à la faim et des suicides causés par le désespoir! Ils abolissent toute légitimé constitutionnelle, tous les droits sociaux et humains. ‘L’expérience’ grecque, après une dizaine d’interventions de ‘sauvetage’ a plongé le pays dans une récession comparable seulement avec des périodes de guerre. En réalité, 60% de la population est sous le seuil de pauvreté, il y a 1,5 des millions de chômeurs, 1000 licenciements par mois, 1 suicide par jour, 40.000 foyers sans électricité et des millions de foyers (60% du total) sans chauffage, des enfants qui meurent dans les hôpitaux puisque la Troïka fait l’économie sur des dépenses ‘inutiles’ en fermant les cliniques. Ce sont les victimes d’une guerre budgétaire déclarée par l’UE contre ses citoyens. Pourtant, certains discernent le Nobel de Paix à l’Union européenne !”


“Pendant les quatre dernières années, des institutions qui échappent à tout contrôle populaire et démocratique, comme la BCE et la Commission, ont imposé un régime de surveillance sur les peuples de l’Irlande, la Hongrie, la Roumanie, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et Chypre avec la collaboration active des classes dominantes de ces pays. Le principe par lequel ‘la souveraineté nationale termine là où les demandes des créanciers internationaux commencent’ condamne les pays qui reçoivent des programmes ‘d’aide’ financière à devenir des protectorats.
À Athènes, à Lisbonne, à Dublin et à Madrid, les ‘Mens in Black’ de la Troïka, les ‘Task Forces’ de la BCE et de la Commission démontent les organismes publics et les services sociaux, surveillent la collecte de taxes sanglantes et leur rentrée aux institutions financières. Ils dictent les mesures de coupe dans les revenus et programment la vente des parcelles terrestres tant privées que publiques, de l’infrastructure et des entreprises, et de toute ressource naturelle et richesse nationale, exhibant au vu du grand public les relations néocoloniales dans lesquelles les pays de la périphérie se sont trouvés. Les gouvernements élus sont souvent remplacés par des technocrates, sans aucune légitimité démocratique, et le moindre soupçon que les mémorandums puissent être mis en cause par les peuples lors des élections est traité avec une intervention brutale dans les affaires intérieures des pays et avec des menaces de sanctions économiques et des catastrophes d’une échelle biblique.”


“Comment nommer cette forme de gouvernance des peuples qui exclut les peuples eux-mêmes ? L’édifice de l’Union européenne qui se met en place avec les mémorandums, le Pacte budgétaire, la législation sur la gouvernance économique (‘6pack’, ‘2pack’) ne vise pas au redressement des économies nationales de la crise, ça n’a jamais été le cas. Il vise à la dégradation d’économies nationales entières pour qu’elles deviennent des Zones économiques européennes spéciales, et ainsi à leur pillage ; à la réduction de millions des vies humaines à des simples ‘ressources’ desquelles l’existence ou disparition serait déterminée par leur comparaison avec le coût unitaire du travail en Chine !

Ces développements confirment, d’une manière encore plus dramatique, notre estimation politique qu’une condition sine qua non, pour le dépassement de la crise en Grèce dans l’intérêt du peuple, est la double sortie de l’Euro et de l’UE, avec un effacement unilatéral de la dette envers les grandes banques et le ‘mécanisme de soutien’ de l’UE. Promouvoir le slogan de la désobéissance de chaque peuple et pays envers les mesures injustes imposées par Bruxelles est nécessaire pour que la lutte pour la défense des acquis sociaux et démocratiques ne s’enferme pas mais obtienne, au contraire, des perspectives.”



“L’Initiative contre l’Euro et l’UE adresse une invitation pour une rencontre internationale dans le but de discuter et évaluer des évolutions dans chaque pays et aussi au niveau européen, pour ensuite pouvoir se coordonner et organiser des actions communes. Elle s’adresse à toutes les forces sociales et politiques qui luttent contre la stratégie de l’UE. Mais aussi à chaque mouvement, syndicat et organisation sociale qui, nonobstant son point de départ et ses objectifs stratégiques, met le salut de nos peuples d’abord et pas le sauvetage de l’euro et des intérêts du capital. Un tel combat commun peut contribuer décisivement au renversement de l’attaque que nous subissons et à imposer la volonté populaire dans une perspective d’une autre société, qui va mettre l’humain d’abord, tant dans nos pays qu’en Europe et dans le monde.”


“La rencontre est prévue pour le 25 et 26 mai, à Athènes, et nous proposons les points de discussion suivants: Du ‘développement durable’ des profits à la ‘jobless recovery’ et la croissance à travers des Zones Économiques Spéciales: les conséquences de l’entrée dans l’UE dans les économies nationales des États membres. Y a-t-il une alternative ? L’UE et la crise capitaliste mondiale. Le pacte budgétaire du totalitarisme moderne européen. Y a-t-il de la place pour les peuples et la démocratie dans l’UE ? La lutte nationale et internationale dans les conditions actuelles. Les priorités politiques que le mouvement ouvrier et populaire doit mettre en avant. Les syndicats et l’organisation de la lutte populaire. Dépasser la voie sans issue du ‘partenariat social’ et de l’attribution bureaucratique. Renaissance démocratique - solidarité- coordination- action commune.”

Tard dans la nuit, la “grande loi coup de balai”, a été adoptée par 168 voix au “Parlement”.
Pays: prison budgétaire.





* Photo de couverture: Bistrot. Athènes, le 26 avril
 
http://www.greekcrisis.fr/2013/04/Fr0233.html#pubTop
Affiche. Athènes, avril 2013.
“Manolada c'est toute la Grèce”. Presse du 26 avril.
Habitants d'Ierissos. Elefterotypia du 27 avril.
Immeuble à vendre. Athènes, avril 2013.
Marchand de bois. Le Pirée, avril 2013
Près du Pirée, avril 2013
Le Pirée, avril 2013
“Luttes et clandestinité”. Athènes, avril 2013
“Comité contre l'euro et contre l'UE”. Athènes, le 24 avril
Colloque du 24 avril. Costas Lapavistas
Colloque du 24 avril. Leonidas Vatikiotis
Colloque du 24 avril. Yannis Tolios
Colloque du 24 avril
“Nouveaux régimes du travail”. Rencontre du 25 avril.
En marge du colloque. Athènes, le 24 avril.
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La Grèce occupée. Nulle part par Panagiotis Grigoriou.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce

24 avril 2013

Nulle part



Nous sommes bien loin des “sociétés d'abondance originelle”, d’après Marshall Sahlins et s’agissant des chasseurs cueilleurs de jadis. À travers son essai relativement récent: “La découverte du vrai sauvage. Et autres essais”(2007), le grand anthropologue américain suggère aussi, que la vraie pensée et pratiques sauvages seraient peut-être celles du capitalisme occidental. Et ce temps de mémorandum (et du mémorandum 4) en Grèce et en Europe du Sud, serait indéniablement et tragiquement proche de la civilisation d’Erewhon, imaginée par Samuel Butler vers la fin du 19ème siècle. S’agissant évidement d’une anagramme de nowhere, c’est-à-dire, “nulle part”.


Et à mi-chemin d’Erewhon, voilà qu’au Palais de Justice d’Athènes lundi dernier (22 avril), des curieux et des journalistes bien en nombre, attendirent patiemment pour voir enfin apparaître et comparaître Akis Tsochatzopoulos, cet ancien ministre Pasokien de la Défense, accusé de son appartenance à un vaste réseau de blanchiment d’argent, et soupçonné d’avoir bénéficié des millions d’euros en dessous de table, liés à des contrats de défense signés durant son règne de l’insignifiance.Cette affaire n’impressionne plus grand monde en Grèce et la curiosité citoyenne s’apparente plutôt au voyeurisme qu’à autre chose. Akis, est ainsi une rare figure du système politique grec déjà destituée depuis un moment, certainement pour la forme et surtout, pour conserver certaines apparences, évidemment il y a plus et il y a pire.


Il a plaidé non coupable, son procès reprendra le 8 mai, c'est-à-dire juste après Pâques (des Orthodoxes) et la mort sans... résurrection. Entre-temps, ce dernier texte qui s’apparente au mémorandum 4, sera adopté par le “Parlement”, s’agissant d’un projet de loi appelée “loi coup de balai” par les journalistes, dans un langage déjà corrompu et corrosif, qui plus est, au moyen d’un nouveau “mini putsch de procédure au Parlement” d’après ISKRA, le site politique et d’informationde la mouvance gauche au sein de Syriza. C’est un pas supplémentaire qui est ainsi accompli vers ce nouveau régime pré-dictatorial, sauf qu’il demeure pour l’instant, largement inimaginable pour la plupart des ex-citoyens natifs du vieux continent et du siècle précédent. “Le système d'éducation c'est l'éducation du système” suggèrent certaines affiches d’un spectacle théâtral, apparues récemment sur les murs d’Athènes et qui rappellent les codes et les images d’Épinal des années 1930 et plus précisément ceux du nazisme, tout comme ces autres affiches issues des mouvements antifascistes et antiracistes de notre tout récent temps présent.



Ce qui est certain c’est que “la démocratie, telle que nous la connaissions est terminée”, tel est également le constat exprimé publiquement lors d’un meeting lundi dernier, de Dimitris Koutsoumbas, nouveau secrétaire général depuis la semaine dernière du PC grec (KKE), qui dirait le contraire ?


Sauf que certaines pratiques, vieilles comme le monde d’avant, restent d’actualité. La dernière guerre intestine entre les figurants de notre gouvernement tripartite de la Troïka de l’intérieur, vient d’éclater au sujet du contrôle de l’organisme OAED, l’équivalant du Pôle Emploi en Grèce. Yannis Vroutsis (Nouvelle démocratie), ministre du Travail (?) exige la démission d’Ilias Kikilias, le Pasokien à la tête d’OAED, ce dernier devenu récemment adepte de la “Gauche démocratique”. Le ministre veut en réalité récupérer comme on dit tout le contrôle de l’organisme. Comme le souligne le quotidien Avgi. Athènes, le 24 avril(Syriza), “la vérité est que pour une deuxième fois ce dernier temps, le ministre Yannis Vroutsis exige le remplacement de tous les directeurs régionaux de l'OAED. Il fait même de ce remplacement, la condition préalable pour que le nouveau programme d’emplois subventionnés par l’Union Européenne soit mis en exécution, et couvrant au moins 100.000 chômeurs. Ce qui pour le parti de la Nouvelle démocratie (d’Antonis Samaras) servira de clientèle électorale, région après région... et qui démarquerait ce programme des 26 nouveaux et anciens programmes du même type déjà en cours, car sa réussite serait alors pressentie, contrairement aux autres interventions ponctuelles du moment, qui n’ont pas l’air d’endiguer le chômage. Comme déjà indiqué, les dirigeants de la Gauche démocratique, se sont précipités hier pour exprimer leur désaccord, ainsi que leur profond inconfort ressenti, du fait de cette démission forcée. D’une manière plus indirecte, le PASOK a exprimé son mécontentement au sujet des critiques formulées à travers la presse, et visant son propre programme de lutte contre le chômage, qualifié comme relevant du favoritisme”. (Avgidu 24 avril). Je nommerais cela, “clientélisme de la dernière aspirine”, d’ailleurs, par cette connivence diachronique entre les élites mondialisantes de l’UE et celles de la Grèce, que les subventions de l’UE ont toujours servi à fabriquer ce “nulle part”, cette méta-démocratie, cette méta-économie du grand chômage, et en même temps, métonymie radicale des définitions et des concepts, néanmoins tragiquement entées dans les mœurs. Visiblement les Grecs... sucrent les fraises, celles de Manolada en tout cas, car on en trouve toujours sur les marchés.


Mardi, le 23 avril, nous avons “commémoré” trois ans de mémorandum, autrement-dit, 36 mois après cette déclaration de Georges Papandreou faite depuis l’île de Kastelorizo, nous annonçant la nouvelle période d’Occupation. C’est ainsi que le Fonds monétaire international, l’Union européenne et la Banque centrale européenne ont fait irruption dans notre vie quotidienne en Grèce, le gouvernement venait d’annoncer en catastrophe que l'État grec risquait de faire défaut dans le remboursement d'emprunts nationaux, s'il ne réussissait pas à se refinancer, et il devait concéder que les finances publiques étaient dans un état désastreux. Le FMI, l’Union européenne et la BCE, constitués en une sainte alliance ultralibérale, missionnèrent aussitôt leurs experts et mirent le pays sous leur tutelle: la “Troïka” était formée, et depuis, c’est le temps des “Troïkans” en Grèce, en ensuite, en Espagne, au Portugal, en Italie, en Irlande et à Chypre, ainsi résumé cette semaine par une athénienne anonyme dans le métro de notre ville: “Nous ne sortons plus de chez nous, nous ne fréquentons plus les restaurants ni les bistrots. Toute notre pensée est tournée vers la survie, comment joindre les deux bouts, comment arriver à régler les nouvelles taxes, comment ne pas acheter du poisson pas cher... Nous en mangeons une fois par semaine, mais il s’agit du petit poisson pour le petit peuple comme on dit, pourtant cela me coûte à chaque fois pas moins de 18 euros, j’ai quatre bouches à nourrir voyez-vous. C’est terminé, il n’y a plus pour nous, ni vacances, ni loisirs, ni extras, nous sommes comme... assignés dans notre coquille”. La “mauvaise presse” allemande prétend en plus ce dernier temps, que les habitants des pays du Sud seraient plus riches que ceux du Nord, déjà parce qu’ils procéderaient plus de biens immobiliers, sans tenir compte des autres faits et réalités, culturels et structurels. Déjà, le mémorandum IV, prévoit de faciliter la liquidation des biens immobiliers des Grecs, pour ainsi régler leurs dettes privées et envers l’État, évidemment, les habitants des pays du Sud ne sont plus solvables, à 35% de chômage réel et au tissu économique devenu linceul.



En tout cas, le hasard de nos programmations fait qu’en cet avril 2013, l’Opéra national d’Athènes, représente les “Vêpres siciliennes” (de Giuseppe Verdi), désignant comme on sait, le soulèvement et la révolte populaire des Siciliens contre la domination féodale du roi Charles d'Anjou en 1282, c’était alors un mardi de Pâques. Mais pour le reste, nos commerces ferment définitivement, nos mendiants handicapés et leurs chiens occupent certains trottoirs, nos villes se transforment enfin et en conformité avec le futur. Ce dernier est d’ailleurs en route. On apprend à ce propos, que le professeur des écoles et chef d’établissement Stefanos Goulionis, vient d’être condamné et risque le renvoi de la fonction publique en application des lois mémorandaires 4057/2012 et 4093/2012. Son “crime”, fut d’avoir manifesté le 25 mars dernier dans sa ville, Larisa en Thessalie, participant à un rassemblement organisé par l’Union syndicale de sa région contre l’Armageddon provoqué par le gouvernement Samaras, et la Troïka. Il fut interpellé par la police durant cette manifestation, accusé à tort (selon les syndicats) pour “violences exercées contre les forces de l'ordre”. Par la suite, et conformément au tout récent arsenal juridique issu du mémorandum, Stefanos Goulionis, fait désormais l’objet d’une sanction administrative, prise à l’initiative de son hiérarchie, suggérant ainsi sa radiation de la fonction publique, et faisant suite à sa première condamnation, avant son appel qui sera jugé en octobre prochain. D’après le site ISKRA, il s’agit d’une nouvelle forme de... rétrécissement des droits syndicaux et politiques.Notre pays change et alors combien ! Au même moment, dans sa revue Hot Dog, le journaliste Vaxevanis (liste Lagarde) affirme “qu'un banquier a décidé d'engager des tueurs à gage pour l'éliminer”, mais la presse en parle si peu finalement, sauf exceptions.On ne médiatise pas non plus les récentes déclarations officielles, sur le seul montant (supposé) garanti pour ce qui est des retraites, à savoir, 360 euros par mois. Les medias évoquent peu également, les... prédispositions du Parlement Européen à adopter la dernière proposition (méta-capitaliste dans un sens) de la Commission et donc des élites du moment en Europe, et qui consiste à “tondre” potentiellement et si besoin est, les dépôts des épargnants, alors sujets de l’U.E., au-delà des premiers cent mille euros.







Marshall Sahlins avait affirmé qu'une société est vivante si elle ne se laisse pas dépasser par l'événement, et, contre vents et marées, reste au centre de son monde. Est-ce encore possible ?





* Photo de couverture: Palais de Justice. Athènes, le 22 avril

 

http://www.greekcrisis.fr/2013/04/Fr0232.html#pubTop

Palais de justice. Athènes, le 22 avril
Akis Tsochatzopoulos menotté. Elefterotypia du 23 avril
“Le système d'éducation c'est l'éducation du système”. Athènes, le 22 avril
Affiches des mouvements antifascistes. Athènes, le 22 avril
Dimitris Koutsoumbas. Elefterotypia du 23 avril
Fraises de Manolada. Athènes, le 22 avril
Angela Merkel et Antonis Samaras. Couverture de la revue Unfollow, avril 2013
La presse allemande du moment et les riches du sud
Vêpres Siciliennes à Athènes, avril 2013
Fermetures. Athènes, avril 2013
Athènes, avril 2013
Mendiant handicapé et son chien. Athènes, avril 2013
Joachim. Athènes, le 23 avril
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La Grèce occupée. Plans travelling, par Panagiotis Grigoriou.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce

 

 

 Plans travelling



Nous avons maintenant acquis la certitude que nous changeons définitivement de modèle politique et social. Ce sera ou presque, une émanation d’un certain passé remodelé dans sa variante la moins enviable, comme le pensent alors certains. Déjà, chaque fois que l’histoire se répète, le prix humain augmente, on peut donc s'attendre aisément au pire. Sauf que l’histoire ne se répète pas et que le pire est en gestation. Vendredi midi, le 19 avril, des retraités venus de toute la Grèce et répondant à l’appel de leurs organisations syndicales, ont défilé au centre-ville d’Athènes pour dénoncer la politique d’austérité et pour dire stop à la mise à mort économique qui concerne désormais toutes les générations du pays. “Nous, nous finirons bientôt... d'avoir mangé notre dernier pain. Malheur à vous autres, malheur à nos enfants et à nos petits-enfants, c'est surtout pour eux que nous sommes venus manifester”.


Selon un récent sondage, de ce qui est d’emblée présenté comme un “baromètre” de l’institut de sondages Metron Analysis, il s’avère que 30% des personnes interrogées, “jugent que tout allait mieux durant la dictature”. L’enquête a été publiée par le quotidien Elefterotypia du 20 avril, la veille justement de la date du sinistre anniversaire de la dictature des colonels (1967), ce qui d’après les éditorialistes de ce quotidienserait plus que choquant. Ah... ces beaux jours qui auraient fui avec le prétendu calme plat, emportés par les tempêtes incessantes et les crues de la mondialisation ainsi que de ses énormes métonymies du réel. Mais à cette même question ainsi posée sous cet angle à de nombreux Européens de l’Est comme de l’Ouest, les réponses ne seront pas trop différentes. “Nos” affaires tournaient alors mieux sous Pompidou, sous Willy Brandt, voire même sous Walter Ulbricht ou encore sous le “socialisme du goulasch” de János Kádár, c’est toujours possible, et c’était surtout un autre siècle. Encore une fois, le problème n’est pas tant la “nostalgie”, mais plutôt ses jonctions avec le présentéisme obligatoire dans lequel se trouvent plongés les peuples de l’Europe en commençant par le Sud, ainsi que l’instrumentalisation faite de celle-ci.


Nostalgiques ou pas, en tout cas nos vieux ont défilé sous une météo incertaine entre la place Omonoia et l’avenue de la Reine Sophie (1870-1932, fille du Kaiser Frédéric III d'Allemagne, princesse de Prusse et d'Allemagne, reine des Hellènes par son mariage). Les manifestants ont ensuite trouvé l’accès à la rue d’Hérode Atticus bloqué par les unités de la police comme de coutume. Arrivés place de la Constitution, ils ont été rattrapés par la pluie, avant l’auto-dispersion de la manifestation sous les applaudissements et l’amertume. Notre époque n’est définitivement plus douce, c'est le moins qu'on puisse dire. “On nous empêche d'atteindre le palais du Premier ministre, mais au moins, une délégation vient d'être reçue par les conseillers de Samaras ici même, car comme vous le voyez nous marquons cette dernière pose avant la dispersion et la fin de cette journée d’action devant le ministère de l'Intérieur. Nos revendications seront alors examinées dès lundi, c'est tout... et c’est trois fois rien”. Je note qu’à présent, ce ministère porte le nom de (la) “Réforme administrative et de la Gouvernance électronique”, évidemment, la dite “réforme administrative”, celle-ci en tout cas, tout comme la “gouvernance”, autre... grenade sémantique de la syntaxe méta-démocratique, et qui sont d’emblée des négations des souverainetés populaires et nationales.




Ainsi amenés à protester justement devant ce nouveau palais de la “gouvernance”, de nombreux manifestants ont dû déjà s’abriter sous leurs pancartes et sous les banderoles, afin de se protéger de la pluie, à défaut de pouvoir protéger leurs faibles retraites. La tension enfin monta, comme d’ailleurs la fatigue, une femme a même fait un malaise heureusement rapidement surmonté, et Antonis, un retraité de la délégation venue de la région de Trikala, en Thessalie (Grèce centrale), s’est égaré, comme il n’a pas pu rejoindre son autocar à temps. Pour finir, un vent inhabituellement froid pour la saison s’est mis à souffler depuis le Mont Hymette en face, et c’est par ce vent, que les retraités ont pris le chemin du retour, plus perplexes encore que lors de leur venue, place Omonoia. Décidément, la capitale ne se prête plus à grand-chose: “Je suis effaré du spectacle, cela faisait longtemps que je n'étais pas venu à Athènes. J'y habitais encore il y a trente ans. C'est loin, trop loin même. Je me souviens de ces rues, ces avenues, l'avenue du Stade, celle de l'Académie étaient bien plus vivantes autrefois. Là un tiers des boutiques ont fait faillite et il y a peu de monde, comparé à 1980 par exemple, c’est triste. Au village c’est aussi la crise certes, mais au moins, nos bâtiments disons ne se dégradent pas. Mais ce n’est guère mieux pour les jeunes, en en an environ, plus d’une centaine de jeunes ont émigré, essentiellement en Allemagne, c’est ainsi que notre catastrophe est planifiée, malheur aux jeunes”, a conclu Dimitri, un retraité venu de la région de Trikala.


Les membres de cette dernière délégation ont eu le cœur serré durant un assez long moment finalement. Ils s’imaginaient le pire au sujet d’Antonios, un de leurs “ce n'est pas possible que nous perdions ainsi un homme, un des nôtres, ce n'est pas la guerre tout de même, pas encore en tous cas”, rajouta Costas. J’ai appris par la suite, qu’Antonios avait fait finalement signe depuis la gare centrale. S’étant perdu dans la ville, il a demandé à un chauffeur de taxi de l’y emmener. La délégation thessalienne ainsi soulagée, au même moment d’autres manifestants, des retraités athéniens venus des quartiers Est de l’agglomération, ont dû “batailler” pour que la police libère enfin le trottoir situé à gauche (en allant vers Syntagma) de l’avenue de la Reine Sophie, même les Evzones de la Garde nationale se sont ainsi retrouvés bloqués durant quelque minutes. “C'est une honte et c'est une junte, vous avez peur des vieux ou quoi ?”, lança un homme avant la libération... historique de ce trottoir côté gauche. Au moins, à chaque fois que l’histoire ne se répète pas tout à fait, le prix du ridicule augmente à son tour, les officiers de la police ne disaient pas autre chose à leur manière: “On comprend, vous avez raison... ce sont des ordres, patientez un peu...



Puis, suite aux agressions que nos immigrés cultivateurs de fraises ont subi par les “nôtres” à Nea Manolada, le pays s’est aussitôt emparé d’un indéniable... Manoladisme intégral. La moitié des titres des journaux encore vendredi dernier en témoigner de cette soudaine redécouverte de l’horreur (d’abord) économique. À ce propos, Takis Fotopoulos, politologue et économiste de gauche, fait remarquer “qu'inévitablement, la violence se propage d’abord d’en haut de la pyramide sociale, et ainsi, elle reste d’ailleurs généralement impunie, avant de s’étendre en tant que pratique, aux autres couches sociales privilégiées, comme ces propriétaires terriens et criminels systématiques de Manolada, tout simplement, parce qu'ils se sont assurés de l'impunité. L'explication alternative et disons "pratique", serait de dire que ce sont des phénomènes du racisme ordinaire. Comme, respectivement en arrivent aujourd'hui à cette même conclusion beaucoup de gens de gauche, pour ainsi blâmer pour racisme ou pour ses tendances fascistes, les 10% à 15% de gens qui d’après les sondages, voteraient pour l’Aube dorée Golden Dawn. Ainsi, dans l'ère de la mondialisation, nous avons... des manifestations antifascistes, comme si nous étions dans les années 1930, à l’époque où régnait encore l’État-nation! Sauf que tout cela n’est pas le fruit du hasard, car il s’agit de leurres sur l’origine de la paupérisation économique et morale actuelle, leurres construits par ces mêmes institutions politiques et idéologiques véhiculées par la mondialisation, et par la suite, reproduits par la dite gauche”, Elefterotypiadu 21 avril.



Je remarque au moins qu’en 2013 à Athènes, on représente toujours au théâtre Ploutos d’Aristophane, indétrônable dieu de la richesse, et aveugle paraît-il, depuis la nuit des temps. Et il fait encore nuit jusqu’à nouvel ordre. C’est tout le sens de l’échange que j’ai eu avec le journaliste Costas Arvanitis, hors antenne mais également devant les micros de la radio 105,5 Sto Kokkino(Rouge),dont il est le nouveau directeur, c’était vendredi dernier. Le temps presse pour les Syrizistes comme pour tout le monde. Ils ne le savent peut-être pas, mais les cadres et les députés Syrizistes, seraient des organes supposons encore vivants dans un corps déjà mort. Pis encore, car mortifère. Tel est l’état intermédiaire des ex-démocraties (dites) occidentales, en Europe déjà, et plus spécialement au sein de l’U.E. bien évidemment.


Le hasard (?) est tel, qu’en ce moment on projette à Athènes le documentaire du réalisateur suisse, Olivier Zuchuat,“Comme des lions de pierre à l'entrée de la nuit”. Nous avons eu la chance de suivre vendredi soir, un débat en présence du réalisateur après la projection à la Cinémathèque d’Athènes, un étonnant documentaire sur l’île de Makronissos, lieu de mémoire et d’exil, où “Entre 1947 et 1951, plus de 80 000 hommes, femmes et enfants grecs ont été internés sur l'îlot de Makronissos (Grèce) dans des camps de rééducation destinés à lutter “contre l'expansion du communisme”. Parmi ces déportés se trouvaient de nombreux écrivains et poètes, dont Yannis Ritsos et Tassos Livaditis. Malgré les privations et les tortures, ces exilés sont parvenus à écrire des poèmes qui décrivent leur (sur)vie dans cet univers concentrationnaire. Ces textes, pour certains enterrés dans le sol du camp, ont été retrouvés. “Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit” mêle ces écrits poétiques avec des discours de rééducation politique qui étaient diffusés en permanence dans les haut-parleurs des camps. De longs travellings, tels des mouvements hypnotiques, arpentent les ruines des camps et se heurtent aux archives photographiques. Un essai filmé qui ranime la mémoire de ruines oubliées et d’une bataille perdue”. (Site officiel du film)


Nous ne sommes guère loin de Makronissos je dirais et de son univers concentrationnaire, seule l’échelle change, ainsi que la mise en scène du réel imposée par les possédants, autrement dit, ceux qui possèdent en même temps son image car ils la construisent à leur guise. Dans ce sens et par un bien curieux renversement des perceptives, les aborigènes du nouveau siècle ce sont bien eux. Ils construisent leurs villages, leurs endogamies, leur pouvoir clanique, et cela a bien avancé déjà depuis un quart de siècle au moins. D’où le malaise des gauches européennes, elles sont dans le mirage, elles seraient même leur propre mirage. D’où certainement les petites et grandes guerres intestines en ce moment au sein de Syriza, mais aussi chez les communistes du KKE. La densification du temps (restant) historique oblige à des redéfinitions continuelles des lignes politiques, ce qui n’est pas facile. Certains militants Syrizistes (récents ou pas), sont en train de quitter le parti de la Gauche radicale pour le mouvement du “Plan B” d’Alekos Alavanos, prônant la sortie déjà de la Grèce, de la zone euro. Dimanche matin (21 avril) à Athènes, lors d’une réunion pré-inaugurale qui se voulait la plus large possible, l’ambiance chez les militants du Plan B “était vraie, juste et émouvante”, d’après certains participants, “entre nous, c'est l'amour et la solidarité” a dit Alekos Alavanos, cet ancien du KKE et par la suite, mentor politique d’Alexis Tsipras, ayant certes quitté également Syriza. Les cadres des partis de gauche (et accessoirement les autres), ne remarquent sans doute pas suffisamment, la volatilité du militantisme, surtout nouveau ainsi que certaines de ses formes, dans un sens multicarte. Rien ne leur sera plus jamais acquis.

Ce qui ne veut pas dire que nous nous laisserons abattre pour cause de dictature “new age”, surtout pas. Notre mouvement Enotita 2012(“Unité 2012”),a co-organisé samedi soir 20 avril une deuxième soirée, consacré aux... boîtes à musiquedes années 1960-1970. Linos Kokotos était là, au piano, les chanteurs, notre ami Fondas Ladis dont certains poèmes ont été mis en musique par Linos, c’était déjà en 1965. Ils se sont souvenus ensemble et publiquement de cette autre dictature du 21 avril, “nous l'attendions, nous savions qu’elle arriverait, mais les partis et mouvements de notre gauche se sont montrés très impréparés ; il faut bien le dire”. Ce qui a peut-être fait réfléchir Nikos Voutsis, secrétaire du groupe parlementaire Syriza, présent dans la salle. Au moins tout le monde a dansé et chanté c’est primordial en ce moment.




Le films de nos vies restantes et pourquoi pas passionnantes, comportant de beaux plans-séquences de travelling, comme à Makronissos, comme autant qu’à travers les poèmes d’Elytis, merveilleusement mis en musique par Linos. Nous l’avons remercié très émus encore hier soir.





* Photo de couverture: Manifestation des retraités. Athènes, le 19 avril

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Manifestation des retraités. Athènes, le 19 avril
Manifestation des retraités. Athènes, le 19 avril
Manifestation des retraités, une femme a fait un malaise. Athènes, le 19 avril
Manifestation des retraités, on s'abrite sous les pancartes et sous les banderoles. Athènes, le 19 avril
Manifestation des retraités, ancien marin, “347 euros de retraite par mois”. Athènes, le 19 avril
“Les retraités en ont assez des belles paroles et des mensonges”. Athènes, le 19 avril
Même les Evzones se sont retrouvés bloqués. Athènes, le 19 avril
Avenue de la Reine Sophie, blocages. Athènes, le 19 avril
Les journaux. Athènes, le 19 avril
Ploutos d'Aristophane. Athènes, le 19 avril
Costas Arvanitis, au studio de la radio 105,5. Athènes, le 19 avril
Cinémathèque, après le débat. Athènes, le 19 avril
Linos Kokotos et Fondas Ladis. Athènes, le 20 avril
Soirée consacrée aux "Boîtes". Athènes, le 20 avril
Costumes, Cinémathèque d'Athènes. Athènes, le 22 avril
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La Grèce Occupée, les fraises de saison par Panagiotis Grigoriou.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce

 

18 avril 2013

Fraises de saison



Notre société émiettée, et sur la voie étroite de l’anthropophagie structurelle et structurante, remplira bientôt tous les critères de l’âge nouveau. C’est ainsi qu’à Manolada dans le Péloponnèse, des immigrés travaillant dans la production de la fraise... décidément de saison, qui ont osé réclamer leurs salaires impayés depuis six moins à leur patron néo-esclavagiste, ont été blessés, dont quatre grièvement. Les faits se sont déroulés mercredi 17 avril au soir, lorsque des hommes armés et chargés de superviser le travail des immigrés, ont ouvert le feu sur ces derniers. Les surveillants, ont utilisé des carabines pour disperser les travailleurs immigrés, deux cent personnes environ ainsi rassemblés réclamant leurs soldes. Temps de crise, aussi vécu et pratiqué via ses... authentiques rapports entre le capital et le travail, en passant par le racisme récurent, ce dernier, notons-le, n’aura pas attendu la crise pour agir... comme un grand.


Car il faut souligner que l’esclavagisme et donc le racisme ordinaire ne sont pas à leurs débuts à Manolada, des faits avérés allant dans ce très mauvais sens, datent déjà de plusieurs années. Depuis jeudi matin, l’affaire de Manolada occupe tous les médias. Il y a eu même des appels, grecs et internationaux, pour enfin boycotter ces “fraises ensanglantées”. D’après le reportage du jour, à travers le quotidien Elefterotypiapar exemple,Des scènes de tentative d’assassinat en masse se sont déroulées mercredi, dans un champ pour esclaves à Manolada, dans la région d’Ilia, lorsque trois surveillants-argousins, pour le compte d’un propriétaire-producteur des fraise de la région, ont ouvert le feu sur des dizaines de travailleurs originaires du Bangladesh, ces derniers, exigeaient le versement de leurs salaires qui n’ont pas été versées depuis de six mois. Au moins 34 travailleurs ont été hospitalisés, tandis que deux hommes ont été arrêtés ce matin dans le village d’Ilia Pineias, pour avoir abrité et ainsi leur fournir une cachette, à deux des gardiens recherchés et auteurs présumés des faits. Sept travailleurs étrangers restent hospitalisés dans les hôpitaux de Pyrgos et de Patras, portant des blessures causées par de coups de feu qui étaient hier, dont un, en état critique mais stable. Trois immigrés légèrement blessés, restent sous observation à l’hôpital universitaire de Patras pour des raisons purement préventives. Ces ouvriers agricoles, n'avaient pas été payés pendant six mois exigé, c’est ainsi qu’ils ont exigé leurs soldes auprès de leur employeur mercredi après-midi, sur le lieu de leur travail, près de la rocade entre Pyrgos et Patras. Mais au lieu d'argent, ils ont essuyé les tirs des fusils de chasse surveillants. Les journalistes de la presse locale ont rapporté que les sommes réclamées par les travailleurs immigrés, iraient de 150.000 à 200.000 euros pour 200 personnes, ou plus exactement, elles correspondent à 750 à 1000 euros par travailleur. Selon un communiqué de la police, le propriétaire de l'exploitation a été arrêté, mais les trois auteurs présumés des coups de feu, lesquels d’après certains témoignages auraient pris la fuite à bord d’un véhicule en direction de Patras, sont toujours recherchés”.


Pourtant, et dans la capitale certaines facettes de la vie courante trahissent bien cette normalité apparente, présumée précaire ou alors “définitive” d’après les gouvernants, c’est selon ! On remarque aussi, que par ce beau temps, bien que relativement frisquet de ces derniers jours, nos sans-abri, s’absentent parfois de leurs “demeures”, plus souvent qu’autrefois paraît-il. Ce qui est également le cas des petits vendeurs ou des cireurs de chaussures ambulants, disons-nous qu’au moins ces derniers conservent encore un certain statut social... économiquement reconnaissable aux yeux (fatigués) de tous. Puis, c’était à l’entrée du métro Monastiraki ce midi, qu’un nouveau (?) mendiant âgé faisait fuir tous nos regards visiblement gênés: “Au nom de Dieu, pourquoi vous ne m'aidez pas ?” Sans doute, encore “un riche habitant du Sud de l'Europe” qui scandalise tant les éditorialistes de la presse allemande ces derniers jours. Ce qui ne veut pas dire que “nos” classes aisées n’existent plus, bien au contraire. C’est par exemple récemment, lors d’une... expédition ethnographique en voiture dans les quartiers Nord de l’agglomération d’Athènes, c’est un ami venu en visiteur depuis la France qui avait souhaité redécouvrir les endroits de son enfance, que nous avons pu constater combien certaines tavernes résolument estampillées... de la classe moyenne-haute, ne désemplissent pas. L’ironie de l’histoire économique, c’est que devant ces oasis de l’ostentatoire et bien d’autres pratiques diverses et variées, on dénombre une quantité surreprésentée en ces grosses cylindrées de fabrication allemande. Ce qui a changé n’est pas tant la richesse affichée de cette composante (?) de la population que j’estime à environ 20%, mais surtout le fait que cette dernière devient désormais si visible pour cause d’effondrement de l’essentiel de l’immense ex-classe moyenne, “c'est comme du temps de mon enfance, ou comme dans les vieux films du cinéma grec des années 1960”, a fait remarquer mon ami Pavlos de Paris.



Sur la Place de la Constitution mercredi après-midi, les passants et les animaux profitèrent du soleil ou de l’ombre, tandis qu’à l’intérieur de la station centrale du métro, deux micro-événements ont attiré un peu l’attention des passants: une vente d’objets hétéroclites ainsi que de sucreries, puis une exposition de photos sous le thème des visages humains à travers la ville. Au même moment, dans toutes les facultés du pays c’était un jour de vote, comme à la faculté d’Économie, pour certains étudiants, ce fut l’occasion de manifester également un certain mécontentement légitime, suite à la fermeture du site d’Athens Indymedia. Au centre-ville, on achète encore de la pacotille de Pâques, car Pâques orthodoxe c’est en début mai, on marchande si possible et surtout on compte partout les sous. Les passants, jettent parfois un regard intrigué, aux slogans révélateurs d’un certain temps présent qui s’éternise alors trop et pour cause: “Fuck the police” mais en caractères grecques, une petite bizarrerie pour cette raison précisément, ou encore ce slogan qui se répète parfois: “Le sex et la grève exigent de la durée”, on peut comprendre mais cela ne fait plus tellement rire grand monde désormais ; nous serions en train de perdre notre sens de l’humour (?), voilà ce qui peut être lourd de conséquences !








Près des Halles d’Athènes, des affiches incitent à manifester, c’est pour le 19 avril, journée d’action et de mobilisation des retraités du pays, dans une marche de protestation qui se veut nationale.


Sous l’Acropole et ses touristes, et sous certains regards inévitables, comme les fraises et leur saison décidément.








* Photo de couverture: “Les blessés de Manolada”. Elefterotypia du 18 avril

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“Fraises ensanglantées”. Elefterotypia du 18 avril (capture d'écran)
Sur un mur... Athènes, le 17 avril
Emplacement... d'un sans-abri. Athènes, le 17 avril
Affaires d'un cireur de chaussures. Athènes, le 17 avril
Place de la Constitution. Athènes, le 17 avril
Faculté d'Économie. Athènes, le 17 avril
“F... the Police”, en alphabet grec. Athènes, le 17 avril
“Le sex... et la grève”. Athènes, le 17 avril
Vente de sucreries. Athènes, le 18 avril
Exposition de photos. Athènes, le 18 avril
Journée d'action des retraités. Athènes, le 19 avril
Au marché central. Athènes, le 18 avril
Près de l'Acropole. Athènes, le 18 avril
L’Acropole. Athènes, le 18 avril
Certains regards. Athènes, le 17 avril
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La Grèce occupée. Temps étriqué. Un article de Panagiotis Grigoriou.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce

 

16 avril 2013

Temps étriqué



La politique du mémorandum appliqué s’approfondie chaque jour davantage, d’où cette série d’extinctions en tout genre. Certes, la Troïka, “a trouvé une fois de plus un terrain d'entente avec le gouvernement”, et nous voilà alors rassurés... dans notre plus grande proximité avec le précipice individuel et collectif depuis bien longtemps dans ce pays. Les meurtres et les suicides se multiplient ces derniers jours, et ceci, malgré le beau temps comme diraient certains. Ce printemps 2013 est déjà si amère, évidement davantage que celui, électoral mais finalement trompeur de l’année dernière. Samedi matin, un cinquantenaire, chômeur depuis trois ans s’est immolé par le feu au beau milieu d’un carrefour fréquenté des quartiers nord de l’agglomération. Il est mort, hier, lundi midi 15 avril à l’hôpital.


Ce même lundi, un autre desperados’est jeté du toit de l’hôpital d’Héraklion en Crète. Deux personnes ont tenté de le retenir mais en vain, il est mort sur le coup.Ce Crétois n’aura certes pas attendu les (nouvelles) prochaines “grandes” mesures annoncées comme imminentes et pour cet été, en ce mardi 16 avril par le ministre des Finances, Yannis Stournaras (Real-FM). Encore une fois, c’est de l’inexorable approfondissement mémorandaire qu’il s’agit, et visiblement dans l’indifférence générale, mais seulement en apparence. Car dans l’ampleur de ses conséquences, c’est bien au moyen de cette partie invisible du travail de deuil que les représentations collectives deviennent des dents qui grincent. Et ceci, jusqu’à certains cafés athéniens, fréquentés par des avocats et des employés restants. “Yannis me raconte qu'il ira se ceinturer d’explosifs, puis s'y rendre pour se faire exploser, j’ai dû le calmer”, pouvait-on entendre lundi après-midi.


Encore une semaine... qui s’élève à la trop juste hauteur de notre époque. Les initiateurs de la financiarisation des économies ont certainement enfreint et depuis longtemps, la règle primordiale de tout bon parasite: ne pas tuer son hôte, et pourtant... ça marche encore. La société grecque émiettée, ramasse les morceaux de sa dignité comme elle le peut, puis, elle chemine avec dans l’inconnu. Il n’y a que les privilégiés, ceux qui représenteraient disons 20% de la population environ, pour qui certaines habitudes relèvent encore du temps ancien ou presque. Comme ces quatre hommes qui de retour d’un week-end passé sur l’île d’Hydra, se remémorent leurs exploitsde la veille dans ce même café: “Formidable les gars, nous nous sommes bien amusés, puis, ces deux blondes dans le bar, elles dansaient comme si c'était la dernière nuit de leur vie, pas mal. Heureusement que nos hors-bord tiennent toujours le cap... et que nous arrivons à remplir les réservoirs (rires). Je vous laisse, je dois voir un client, il m’a chargé de la réalisation de deux forages de prélèvement d'eau souterraine, j’ai beaucoup de clients en ce moment, tout le monde veut avoir un forage dans son champ, ou dans son jardin. Je lui facture en complément, la légalisation nécessaire à l’opération, c’est possible et désormais même facile. La récente loi qui légalise les constructions illégales comporte un amendement passé inaperçu, sur les forages de prélèvement d'eau. Il suffit de payer finalement pour tout légaliser, l’État a besoin d’argent, il n’y a que cela qui intéresse la Troïka. Le seul problème, c’est que parfois mes clients n’arrivent pas à régler toute la somme, en tout cas, je sais comment m’y prendre pour finalement faire jaillir l’eau, car finalement c’est un art”.


Certains métiers deviendraient alors plus... profitables par temps de crise. Des forages, en passant par le dépôt-vente des bijoux et de l’or, le prêt sur gage, une activité en... nette reprise en ce moment, et enfin, la récupération de toute sorte, ainsi que la toute petite restauration. Quant au tourisme, c’est au cas par cas qu’il va falloir juger en octobre prochain, par un temps historique si dense c’est loin, trop loin même. En tout cas, mon ami D., qui vit d’une activité liée au tourisme depuis presque trente ans, est sur le point de déposer le bilan de sa petite structure, “j'ai honte de dire comment je vis en ce moment, comment nous nous nourrissons ma femme et moi, elle est au chômage depuis bientôt trois ans... c'est la fin quoi”. Pourtant, les premiers visiteurs du pays sont là, prêts à flâner d’île en île déjà, et dans Athènes paraît-il, jusque sur la place de la Constitution. C’est sans doute pour cette raison que certains graffitis sur les murs de l’Académie ont été effacés à la hâte ce derniers temps.




Hier, le 15 avril, sur cette place de la Constitution et à part les visiteurs et les flâneurs, ce sont les agents de l’Organisme contre la drogue (OKANA) qui manifestèrent leur colère de manière en tout cas originale. Leur structure est également menacée d’effondrement, comme le... grand reste social et démocratique. Nos visiteurs ont sans doute croisé au centre d’Athènes et jusqu’à cette même place, certains manifestants de la semaine dernière, solidaires des habitants de la région de Skouries et d’Ierissos. Ces derniers, s’opposent depuis un moment, à la fameuse exploitation des mines d’or chez eux, par l’entreprise gréco-canadienne. Depuis l’arrestation violente de deux habitants ainsi que leur incarcération, la guerre sur le terrain connait un nouveau tournant. Les habitants ont bloqué leur bourgade, puis, et on vient de l’apprendre (Quotidien des Rédacteursdu 16 avril), le commissariat de leur ville, a été incendié la nuit dernière. Il était déjà évacué et abandonné de fait par la police qui depuis les violents affrontements de la semaine dernière gérerale secteur depuis le commissariat de la capitale du district, Polygyros. Même les moines du Mont Athos tout proche, par leur communiqué, se sont montrés solidaires des habitants, considérant que l'incarcération de deux habitants est un acte qui relève du terrorisme politique, c’est ainsi qu’ils réclament leur mise en liberté en attendant le jour du procès.


Les habitants, lors d’une assemblée populaire qui a eu lieu lundi 15 avril, ont décidé de renforcer leurs patrouilles, non pas afin d’empêcher l’entrée sur leur territoire, mais seulement, d’en interdire l’accès à la Police, devenue indésirable. Ils comptent également accentuer leurs pressions pour que l’entreprise gréco-canadienne quitte enfin les lieux. Pour ce faire, ils comptent aussi sur l’internationalisation de leur combat, car ils ont déjà contacté certains blogueurs étrangers, puis, invité des journalistes canadiens sur place, pour enfin leur faire connaître le point de vue de la population, et en dernier lieu, ils comptent organiser même un meeting à Berlin. Parallèlement, la défense des habitants s’organise aussi sur le terrain de la justice en vue de la bataille dans les salles d’audience des tribunaux compétents. Parmi leurs avocats, figure ainsi Nikos Konstantopoulos, ancien chef de Synaspismos (Quotidien des Rédacteursdu 16 avril), et homme politique connu de la gauche grecque.



Les positions des uns et des autres, ainsi que les pratiques se radicalisent en Grèce au fur et à mesure que les derniers restes de la démocratie (disons) représentative disparaissent à leur tour, au profit d’un régime tyrannique instauré par les élites nationales (?), celles de l’U.E., et de toute évidence celles de l’Allemagne. Ce qui, selon l’historien et universitaire, Petros Pizanias, menace ouvertement les bases de la civilisation politique européenne, ainsi que la paix sur le continent. La mise en composte (sic) des sociétés du Sud de l’Europe, ou le pillage des dépôts bancaires à Chypre sont autant de signes, démontrant combien les puissants antagonismes nationaux au sein de l’U.E. évoluent rapidement vers une guerre économique. “Il ne s'agit plus seulement de l’empiétement sur le droit du travail, mais aussi de l’abolition des institutions et des procédures au sein même de l’U.E., ce qui devient possible par l’intervention du F.M.I. et par la neutralisation des Constitutions dans chaque pays. Et encore, par la neutralisation des processus administratifs nationaux en cours. C’est ainsi qu’en Grèce des superviseurs sont installés dans chaque ministère et récemment même, des policiers Allemands qui deviendront bientôt opérationnels. Par la suite, leurs entreprises viendront rafler ce qui les intéresse des richesses nationales, et enfin, lorsque ces pays du Sud seront suffisamment défaits, leurs maîtres pourront alors à tout moment, soulever le problème de la souveraineté nationale, bien évidemment, suivant le cadre de leurs propres intérêts géopolitiques. La politique de l’extrême-droite contemporaine dans son noyau le plus dur, n’est pas à rechercher parmi les groupuscules fascisants et historiquement imitateurs comme l’Aube dorée, mais d’abord, dans la politique mise en œuvre par le gouvernement allemand, en commun avec ceux de l’Autriche, de la Finlande et des Pays Bas. Je note que ces trois premiers pays, étaient des alliés à l’époque du nazisme, et que cette politique d’extrême-droite, activement soutenue par le F.M.I. est aussi, celle de notre gouvernement docile” (Quotidien des Rédacteursdu 16 avril).


Notre adaptation à ce nouvel ordre des faits et des significations est finalement plus rapide que jamais. D’ailleurs, nous sommes contraints et surtout forcés à suivre et à tout niveau. Nos sans-abris ont manifesté pour la première fois devant le Parlement vendredi dernier 12 avril, tandis que les nouvelles formes d’engagement politique hantent l’esprit des ex-citoyens en Grèce et ailleurs. La nouvelle tyrannie s’y adapte aussi à sa manière, dans les prisons grecques par exemple, désormais on torturerait à l’électrochoc et au taser, comme à Grevena au Nord d’Athènes, d’après le quotidien Elefterotypiade ce mardi 16 avril,évidement, la Police dément les faits, et le ministre de la Justice (?) ordonne une enquête urgente à ce sujet. C’est aussi en ce moment, c'est-à-dire la semaine dernière, que la plateforme athens.indymedia, hébergée jusque-là par les serveurs de l’École Polytechnique d’Athènes a été fermée. Toute nôtreextrême-droite d’en bas, c'est-à-dire de l’intérieur du pays, fête l’événement, depuis l’Aube dorée et jusqu’à Adonis Georgiadis, député de la Nouvelle démocratie de Samaras et transfuge du parti d’extrême-droite Laos, c’était en 2011-2012, du temps du banquier-Premier ministre Papadémos, alors choisi pour ce poste de transitionpar Angela Merkel, d’après une partie de la presse grecque en tout cas.





La transition justement, pourrait bien s’avérer risquée pour les initiateurs de l’adaptation, sous certaines conditions en tout cas. En attendant, nos avenues se vident peu à peu, tandis que les invendus des librairies ou des maisons d’édition ayant fait faillite, se retrouvent sur les présentoirs des nouvelles librairies-bazars, et vendus de un, à cinq euros pièce. La connaissance à la portée de tous dans un sens, le doute aussi, espérons-le en tout cas. Car douter c’est déjà penser et peut-être pour cette raison, cette semaine encore, des débats ouverts entre économistes et politiques de nos gauches, auront lieu à Athènes sur le thème de la sortie de la Grèce de la zone euro, voire de l’abandon de l’U.E., à étudier ou sinon, à prévoir. Déjà qu’au sein de Syriza la bataille interne à ce sujet fait rage depuis l’exécution sommaire de l’économie chypriote, signe des temps sans doute. Les catalyseurs du futur ne manqueront plus chez les perdants, comme d’abord, chez les gagnants. C’est ainsi qu’il va falloir trancher en cette Europe enfin, du cœur du problème, comme le fait très justement remarquer Jacques Sapir: “En fait, nous connaissons depuis environ trente ans un double mouvement. D’une part, il y a la dépossession volontaire de l’élite politique de pans entiers de la décision politique. C’est le processus de transferts de souveraineté à l’Union Européenne qui est ici en cause. D’autre part, et l’on peut dire en lot de compensation pour cette dépossession, l’élite politique a vu s’ouvrir devant elle de fantastiques capacités d’enrichissement personnel par le biais de la déréglementation et de la financiarisation. La crise politique et morale que la France connaît aujourd’hui trouve dans ce double mouvement sa source. En effet, le personnel politique se voit cantonné dans une position de gestionnaire et privé, de plus en plus, de la capacité de prendre des décisions. Dans le domaine des décisions économiques, mais aussi bientôt sociales, nous avons perdu ou nous sommes en train de perdre cette capacité de décider”.

Nous finirons certes par nous sortir de cette notion si étriquée de la portée du temps, et donc, du processus décisionnel qui en découle, entretenue par cette civilisation qui serait paraît-il la nôtre. Mais alors à quel prix ?





* Photo de couverture: Manifestation OKANA, place de la Constitution, Athènes, le 15 avril

http://www.greekcrisis.fr/2013/04/Fr0229.html
Mendiant. Place de la Constitution, Athènes, le 15 avril
Printemps en Attique, avril 2013
Athènes, avril 2013
Visiteurs. Place de le Constitution, Athènes, le 15 avril
Mur de l'Académie. Athènes, fin 2012
Mur de l'Académie. Athènes, le 15 avril
“Contre la mort dorée, qu'ils la nomment croissance”, Athènes, le 15 avril
”C'est seulement armé et organisé que le peuple peut gagner”, Athènes, le 16 avril
“La société contre l'État, nous sommes en guerre”, Athènes, 16 avril
Quotidien “Elefterotypia” du 13 avril
Manifestation des sans-abris, Athènes. (Quotidien des Rédacteurs du 15 avril)
“Indymedia muselé” (Quotidien des Rédacteurs du 15 avril)
Avenue d'Athènes, avril 2013
Librairie-bazar en Attique, avril 2013
“Ne pas toucher. C'est la demeure du chat”, Grèce, avril 2013
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QUE RETENIR DU REFERENDUM DU 7 AVRIL EN ALSACE ? Analyse du M'PEP.

29 Avril 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La nation .

 QUE RETENIR DU REFERENDUM DU 7 AVRIL EN ALSACE ?

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 13 avril 2013.

 

Les électeurs alsaciens, lors du référendum du 7 avril, ont rejeté la fusion des deux conseils généraux du Haut et du Bas-Rhin et du conseil régional pour créer la « collectivité territoriale d’Alsace ». Dans le Bas-Rhin le « oui » obtient 67% des exprimés, mais il n’obtient que 44% dans le Haut-Rhin. Le « oui », en outre, pour être valable, devait dépasser 25% des inscrits dans tous les départements, ce qui n’a pas été le cas dans le Bas-Rhin (23%) et encore moins dans le Haut-Rhin (16%).

Ce résultat est d’autant plus remarquable que toutes les élites et la presse locales avaient mené campagne pour le « oui » en organisant le silence sur les arguments du « non ».

Cet excellent résultat va ralentir la stratégie eurolibérale de régionalisation. Il servira de point d’appui pour clarifier les ambitions des oligarques européens et de leurs agents en France, qui sont généralement mal comprises.

 I.- ON PEUT TIRER TROIS LEÇONS DU REFERENDUM DU 7 AVRIL

 A.- Un record d’abstention dont une partie ne relève pas du « désintérêt » des électeurs mais d’un choix politique parfaitement conscient

 1.- Il est logique que l’abstention soit plus élevée pour un référendum local que pour un référendum national

L’abstention, le 7 avril, a concerné 62,82% des inscrits dans le Haut-Rhin et 64,89% dans le Bas-Rhin. Elle est évidemment beaucoup plus importante que lors du référendum du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen où elle n’avait concerné que 31,65% des inscrits dans le Haut-Rhin (le « non », déjà, l’avait emporté avec 50,28%) et 31,75% dans le Bas-Rhin. Même chose par rapport au référendum du 20 septembre 1992 sur le traité de Maastricht qui avait donné 29,01% d’abstentions dans le Haut-Rhin et 29,99% dans le Bas-Rhin.

Ces deux derniers référendums, en revanche, étaient nationaux. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que les abstentions soient plus élevées lors d’un référendum local que lors d’un referendum national, les enjeux n’étant pas les mêmes. Cette remarque, toutefois, ne saurait devenir un principe, car on ne voit pas au nom de quoi des référendums locaux devraient moins intéresser les citoyens que des référendums nationaux. Si les citoyens se passionnaient pour une question locale, ils se précipiteraient certainement aux urnes.

 2.- La stratégie et la tactique suivies par Philippe Richert, visant à dépolitiser le scrutin, ont alimenté l’abstention

Le président du conseil régional d’Alsace, Philippe Richert (UMP), et ses amis, portent une responsabilité écrasante dans l’échec du référendum qu’ils ont eux-mêmes souhaité. Les explications fournies par les partisans du « oui », en effet, pour justifier cette fusion des conseils généraux et du conseil régional par référendum, étaient indigentes. Ils disaient : « une nouvelle collectivité qui en remplace trois », en sous-entendant que cela permettra de réaliser des économies, alors que chacun pouvait vérifier qu’il y aurait en réalité six nouvelles entités. Il était aussi question d’une « plus grande efficacité », de « simplification et transparence », de réaliser des « économies de fonctionnement », de « simplifier prises de décision et circuits administratifs », etc. Le tout dans un flou complet.

Aux yeux des élites locales ce sont ces « arguments » qui devaient enthousiasmer les électeurs et les faire venir en masse dans les bureaux de vote ! Autrement dit, les enjeux présentés par les caciques de l’UMP locale, avec les encouragements du gouvernement socialiste, n’avaient aucun caractère politique. Il était demandé aux électeurs d’arbitrer de simples problèmes de gestion en vue de rationnaliser ce qui est appelé le « mille-feuille administratif ». Cette manière technocratique de poser les problèmes a donné l’impression qu’il ne s’agissait que d’une affaire d’élus. Personne, a priori, ne peut être opposé à la réalisation d’économies d’échelle, à un travail plus efficace des services publics et de l’État, à la simplification des procédures et à la clarification des compétences entre les différentes collectivités et les services de l’État, etc. Mais pourquoi faire un référendum sur de tels sujets ? Il aurait été bien plus efficace de faire réaliser un « audit participatif » avec la population, étalé sur plusieurs mois, avec mobilisation des médias, délibération publique… Tout ce qui ne va pas aurait pu être recensé. Les causes des dysfonctionnements identifiées. Les mesures à prendre discutées et décidées. Ne pas procéder ainsi a donné aux électeurs le sentiment qu’il y avait anguille sous roche, qu’on leur cachait quelque chose.

Et, de fait, ce projet de fusion a été élaboré au sein du cabinet du président du conseil régional, sans aucune transparence ni concertation. Il était dès lors évident qu’il n’y aurait aucune volonté populaire pour porter un projet aussi technocratique. Devant l’apathie logique d’une partie de la population alsacienne, la tentative de passage en force a été vécue comme de l’arrogance et a confirmé la coupure entre les élus et la population.

L’annonce que Strasbourg deviendrait une « eurométropole », en pleine campagne référendaire, rendait alors encore plus opaque la répartition des compétences avec la future nouvelle « collectivité territoriale d’Alsace ». Il aurait fallu reporter le référendum, le temps de clarifier toutes ces questions.

Philippe Richert a caché les vrais enjeux, c’est aussi son échec personnel.

 3.- La loi électorale plaçait l’abstention au même rang que le vote exprimé

La fusion d’un conseil régional et des conseils généraux qui composent la région a été autorisée par la loi du 16 décembre 2010 portant « réforme des collectivités territoriales ». Son article 29 stipule que « le Gouvernement ne peut donner suite à la demande que si le projet de fusion recueille dans chacun des départements concernés l’accord de la majorité absolue des suffrages exprimés, correspondant à un nombre de voix au moins égal au quart des électeurs inscrits ».

Cela signifie que pour battre le « oui », tout allait compter : le « non », évidemment, mais aussi les blancs, les nuls, les abstentions. L’abstention, pour un certain nombre d’électeurs, devenait alors un acte politique. D’autant que des personnalités et des forces politiques avaient appelé à s’abstenir.

Ce n’est pas seulement le « désintérêt », au demeurant tout à fait réel, qui explique le chiffre de l’abstention, mais aussi un choix volontaire de nombreux électeurs.

 4.- Le spectacle de confusion donné par les principales forces politiques alsaciennes

Le PS était divisé, la fédération du Bas-Rhin étant par exemple pour le « non » alors que celle du Haut-Rhin était pour le « oui ».

Même chose à droite : plusieurs responsables étaient pour le « non », comme le maire de Colmar (UMP) qui a fait distribuer une lettre à tous ses administrés pour les appeler à voter « non ».

Le FN a donné une image particulièrement désordonnée puisque ses conseillers régionaux ont voté « oui » alors que le parti était pour le « non ». Néanmoins il s’agissait d’un « non » du bout des lèvres car le FN affirmait qu’il était pour la fusion, mais pas pour cette fusion. Ce n’était pas un vrai « non » mais plutôt un « oui mais ».

 5.- L’affaire Cahuzac et les révélations sur les paradis fiscaux ont probablement joué

En l’absence d’enquêtes d’opinion, il est impossible de quantifier la part des abstentions provoquées par les scandales de toute sorte qui marquent l’actualité politique. Toutefois les militants de terrain ont rapporté des propos d’électeurs confirmant cette hypothèse.

 B.- L’attachement des Français à leur département reste très puissant

Une très grande leçon à retenir de ce référendum, pour l’avenir, est la confirmation du puissant attachement des Français à leur département. Deux siècles d’histoire ne peuvent se gommer impunément. On l’avait déjà vu, sur un sujet de moindre importance, lorsqu’un gouvernement avait voulu faire disparaitre le numéro des départements sur les plaques minéralogiques des automobiles. Ce projet avait échoué devant les protestations multiples qui avaient eu lieu. Des tentatives de fusion avaient échoué en Corse et en Guadeloupe en 2003.

En Alsace il existe une sociologie et des traditions différentes entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Le Haut-Rhin est plus industriel, on compte de très grandes usines comme celles de Peugeot à Mulhouse. Le « non » avait été majoritaire dans le Haut-Rhin lors du référendum de 2005. Le 7 avril le Haut-Rhin a voté « non » majoritairement (55,74%) alors que le « non » ne fait que 32,47% dans le Bas-Rhin.

Beaucoup d’habitants du Haut-Rhin ont manifestement considéré que la localisation à Strasbourg du siège de l’éventuelle « collectivité territoriale d’Alsace », couplée au nouveau statut d’eurométropole accordé à la ville de Strasbourg, allait se faire au détriment, notamment, de villes comme Mulhouse ou Colmar. Cette situation confirme la crainte des villes moyennes et petites par rapport au risque d’aspiration provoqué par les métropoles et plus encore par les eurométropoles. Ces dernières, en effet, agissent comme un aimant, attirant en leur centre les activités situées en périphérie. La logique des villes-métropoles et des eurométropoles repose sur un principe bien connu : déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Le département est un obstacle à cette stratégie car il contribue à fixer les activités dans les villes moyennes et petites, dans les zones rurales et semi-urbaines. Celles-ci ont vocation à devenir de véritables déserts si la logique des eurométropoles et des eurorégions l’emporte.

L’OCDE, principale boite à idées néolibérale, propose ainsi, sans surprise, de supprimer les départements français et de fusionner les communes (rapport annuel sur l’économie française, 19 mars 2013). Ce serait, pour cette organisation dont la dissolution est urgente, le meilleur moyen de réduire les dépenses publiques : «  simplifier la structure des administrations infranationales notamment en fusionnant les plus petites des 36 700 communes et en supprimant les départements engendrerait des économies d’échelle substantielles  ». Base du raisonnement de l’OCDE : en moyenne une commune française compte 1 800 habitants contre 5 500 dans l’Union européenne. Et alors ?

Il faut défendre pied à pied les communes et les départements. Ce sont les cellules de base de la démocratie française. Tout corps vivant dont les cellules disparaissent, disparaît à son tour. C’est bien ce que veulent les régionalistes et les euro-régionalistes. Les premiers, sur des bases folkloriques, rejoignent naïvement (pour certains !) les seconds qui préparent la mort des communes, des départements, de l’État, pour faire advenir le règne du couple infernal région-Bruxelles (Union européenne).

 C.- Les principales forces politiques et syndicales n’ont pas fait de ce référendum un enjeu national

Aucun syndicat et aucun parti politique n’a mené de campagne nationale pour expliquer les enjeux de ce référendum. Ils ont fait comme si l’enjeu n’était que local. Les sites internet des partis politiques, par exemple, sont restés désespérément vierges d’explications sur le referendum alsacien, qu’il s’agisse de l’UMP, du PS, du FN, du PCF du PG, de Debout la République (DLR) ou de l’Union populaire pour la République (UPR). Les dirigeants nationaux de l’UMP et du PS ne se sont pas déplacés en Alsace pour tenir des meetings. Seul le M’PEP a mené une campagne nationale et a alimenté les partisans du « non » en arguments et analyses. Le M’PEP a réveillé les consciences. Il a, entre autre, adressé une lettre à tous les maires des deux départements. Sur le terrain, en Alsace, on a beaucoup vu le M’PEP et ses brigades républicaines, DLR et le POI. Les autres partisans du « non » ont été moins visibles. L’association Attac, quant à elle, qui avait pourtant l’occasion de faire le lien entre le référendum de 2005 et celui de 2013, a été totalement absente.

Il faut le dire, des comportements sectaires ont parfois marqué la campagne du « non ». Le Parti ouvrier indépendant (POI), le Front de gauche, l’UPR, le Rassemblement des citoyens pour la République (RCR) ont refusé de participer à un collectif pour le « non », alors que cette formule avait été particulièrement efficace en 2005. C’est dommage car l’émiettement a été favorable au « oui ». Seuls le PRCF et les Clubs « Penser la France », avec le M’PEP, ont animé ce collectif. L’UPR n’a pas souhaité mener de campagne commune et n’a pas participé, avec le M’PEP, aux « brigades républicaines  » qui étaient ouvertes à tous. L’UPR a préféré créer ses propres « brigades républicaines populaires » sous sa seule bannière, pour leur faire concurrence, se refusant ainsi à une dynamique commune.

Le Front de gauche local a été peu présent, bien que ses tracts aient été particulièrement complets et convaincants. Certes, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent sont venus en Alsace, à Mulhouse, mais le 3 avril seulement. À quatre jours du scrutin ! Il aurait fallu venir bien avant pour lancer une dynamique dans la région. À cette occasion le Front de gauche a refusé la parole au représentant local du M’PEP lors du meeting. Quant au journal L’Humanité, durant toute la campagne, il a publié en tout et pour tout… trois articles ! Le 8 mars une page (dont une photo occupant ½ page) ; le 12 mars, ¼ de page ; la veille du référendum, le 5 avril, 1 page et demi. L’Humanité n’a rien dit sur les forces républicaines qui ont mené la bataille pour le « non » comme le M’PEP. Les lecteurs de ce journal ont donc une image déformée de la réalité qui leur fait croire que seul le Front de gauche a mené campagne pour le « non ».

Parmi les organisations syndicales, seule la confédération Force ouvrière a appelé clairement à voter « non ». La confédération CGT a publié un communiqué dans lequel elle affirme qu’elle « porte un avis négatif », mais elle n’appelle pas à voter « non ». Heureusement que le secrétaire de la CGT Alsace a appelé, lui, à voter « non » pour mettre un terme aux ambiguïtés de son organisation. D’autres organisations syndicales ont appelé à voter « non » au niveau de leurs structures régionales : la FSU qui a vu « 7 raisons de voter non le 7 avril », et Sud éducation.

Cependant il existe une constante dans l’argumentaire des syndicats qui a été de rester sur une partie seulement des questions soulevées par ce référendum. Les motifs avancés par les syndicats, en effet, ont porté sur les menaces concernant le droit du travail et l’emploi dans les fonctions publiques locales ou les risques pesant sur l’Éducation nationale. Une critique du mode de scrutin était également présente, ce dernier étant jugé comme un « recul de la démocratie ». Malheureusement rien n’a été dit sur la stratégie de régionalisation, qui vise à généraliser la remise en cause des acquis sociaux en permettant à chaque région d’avoir son propre droit social afin de le mettre en concurrence avec les régions voisines. Il faudra sérieusement débattre avec les syndicats pour qu’ils prennent en compte cette dimension.

C’est probablement la sous-estimation du danger présenté par la stratégie des eurorégions qui n’a pas permis aux partis politiques et syndicats de voir dans le référendum du 7 avril un test qui, en cas de succès, aurait ouvert la voie à d’autres initiatives du même genre dans d’autres régions.

 II.- MAL COMPRISE, LA NOTION DE RÉGIONALISATION DEVRA ÊTRE CLARIFIEE

Le silence des organisations syndicales et d’Attac sur cette question, la gêne que l’on observe au Front de gauche, le fait que l’expression « régionalisation » peut apparaître sympathique au premier abord, montrent que cette notion doit être décortiquée, clarifiée, expliquée dans tous ses aspects. D’autant que le résultat du 7 avril le prouve : on peut casser la stratégie des eurorégions.

 A.- Pour compléter la mondialisation néolibérale : la régionalisation par les eurorégions

La mondialisation néolibérale est une stratégie politique mise en œuvre à grande échelle par les classes dirigeantes internationales à partir du tournant des années 70-80. Face à la puissance des luttes syndicales, à l’existence d’un bloc communiste important (indépendamment de l’opinion que l’on porte sur ces régimes politiques), et à l’émergence du Mouvement des pays non-alignés dans le tiers-monde, les classes dirigeantes devaient régir. Il fallait qu’elles disciplinent le monde du travail – et le tiers-monde - pour redresser leurs profits. Elles y sont parvenues, au Nord, en réorganisant le travail à l’échelle planétaire et en libéralisant toutes les activités : commerce international, finance, marché du travail. Elles y sont parvenues, au Sud, en l’écrasant sous la dette. Le processus, d’ailleurs, comme on le voit en France avec l’Accord national interprofessionnel sur l’emploi (ANI), est toujours en cours car il existe encore des résistances.

Toutefois, globalement, la révolution conservatrice (autre nom donné à la mondialisation néolibérale) a été un succès : le monde communiste a quasiment disparu (on ne fera pas, ici, de commentaires sur le point de savoir si la Corée du Nord et la Chine sont des pays communistes au sens marxiste), le Mouvement des pays non-alignés s’est globalement aligné sur l’impérialisme, les syndicats dans les pays occidentaux ont été très affaiblis. Résultat : les profits ont remonté (10% du PIB en France ont basculé du travail vers le capital), la critique du système capitaliste s’est atténuée.

Pour terminer le travail, les classes dirigeantes ont besoin de casser le dernier obstacle à la liberté totale d’établissement de l’ordre marchand (capitaliste) : les États-nations, et particulièrement ceux s’inspirant du modèle français. Car dans les États-nations il existe encore un certain niveau de démocratie. Les parlementaires restent élus par le peuple, les gouvernements sont l’émanation des parlementaires, l’alternance est possible bien que les grands médias, partout, soient entièrement au service des possédants, ralentissant les prises de conscience. Dans ces pays, il existe encore un système de protection sociale et un droit du travail qui limite – certes de moins en moins – les attaques du capital.

Bref, les États-nations à la française sont des obstacles qu’il faut faire sauter. Une manière sympathique de le faire est de prôner la « régionalisation » et la constitution de « métropoles ».

Ainsi l’Union européenne vide les États de leur souveraineté (monétaire, budgétaire, en matière de commerce international…) pour favoriser les régions. L’objectif est une complète réorganisation politique de l’Union européenne. Ce n’est pas une simple réorganisation administrative, mais c’est octroyer des pouvoirs politiques, économiques et financiers aux régions, ces dernières étant directement reliées à Bruxelles. En fait il s’agit d’une volonté centralisatrice au niveau de Bruxelles.

La régionalisation sert à dynamiter les États. Masquée derrière une reconnaissance factice des identités régionales, c’est en réalité une volonté de dilution des différences nationales pour permettre la standardisation des goûts, des habitudes, des cultures permettant la normalisation des marchandises et les économies d’échelle pour les firmes multinationales et les marchés financiers. Car ceux-ci, comme les médias planétaires, évidemment, ne seront pas régionalisés ! Les firmes multinationales et banques géantes, au lieu de trouver face à elles des États puissants qui pourraient les dominer, seront en présence d’une multitude de régions désarmées.

Parallèlement à l’organisation de la montée en puissance des régions, Bruxelles veut favoriser la « coopération transfrontalière », même de manière artificielle, pour créer des situations de fait qui contournent les États. Car la meilleure « eurorégion » est celle qui est transfrontalière. Celle-ci devient alors une entité totalement en dehors des États. Un outil existe pour mettre en œuvre cette funeste stratégie, c’est l’Association des régions frontalières d’Europe (ARFE). Dans sa charte, elle veut transformer les frontières nationales en « frontières administratives ». Les régions pourront ainsi remettre en cause la souveraineté des États et aller vers les « eurorégions ».

C’est toute l’Union européenne qui doit être remodelée selon ce modèle. À l’intérieur de ces eurorégions les frontières nationales n’existeront plus, elles seront dotées de pouvoirs législatifs ou dérogatoires au droit national.

Le principe des eurorégions est de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Ce n’est pas un système coopératif mais au contraire concurrentiel. Toutes les régions seront en concurrence avec toutes les autres. Pas de pitié pour les petites régions qui seront écrasées par les grosses. La mutualisation, la solidarité, la péréquation, efficaces uniquement à l’échelon national, disparaîtront. L’égalité des citoyens devant la loi n’aura plus de raison d’être, puisqu’il y aura une loi par eurorégion…

 B.- La victoire du 7 avril montre que le projet des eurorégions peut être mis en échec

Le référendum du 7 avril s’inscrivait bien dans la stratégie de mise en place de l’Europe des régions par la désintégration des États. À cet égard il suffit pour s’en convaincre d’observer l’enthousiasme manifesté par les régionalistes de tout poil (avant les résultats du référendum !).

Pour Marc Le Fur, député UMP des Côtes-d’Armor : « c’est un projet important pour l’Alsace mais également pour d’autres régions qui risquent de suivre si le oui l’emporte. Grâce à l’Alsace la porte s’entrouvre pour remettre en cause l’organisation exagérément jacobine de la France » (Ouest France, 4 avril 2013). Pour Isabelle Le Callennec, députée UMP d’Ille-et-Vilaine, une victoire du oui « serait un élan pour avancer et réformer profondément au niveau français » (Ouest France, 4 avril 2013). L’idée d’une collectivité unique de Bretagne a été lancée par l’Union démocratique bretonne et Europe-Écologie-Les-Verts, afin de disposer « du pouvoir législatif et d’un budget à la hauteur d’une région autonome normale d’Europe ». Yannick Bigouin, pour EELV, a déclaré : « Nous souhaitons travailler à la création d’une collectivité territoriale unique en Bretagne » (Acteurspublics.com, 22 mars 2013). Le malheureux Philippe Richert estimait quant à lui que « l’enjeu du projet, c’est de dépasser un modèle national sclérosé, à l’heure de la compétition internationale entre les régions ».

Pour le Dauphiné Libéré du 5 avril 2013 : « Unis par l’Histoire mais séparés par le découpage administratif après leur rattachement à la France en 1860, les deux départements savoyards (Savoie et Haute-Savoie) comme ceux de Bretagne, regardent avec intérêt ce scrutin en Alsace. La situation juridique est cependant bien différente. Loin de former à eux seuls une région, ils sont intégrés dans Rhône-Alpes. Or pour l’heure, la loi interdit la partition d’une région. Du coup, si des idées ‘‘fusionnelles’’ se font jour, elles portent uniquement sur l’échelon départemental. Depuis 2001, Savoie et Haute–Savoie conduisent d’ailleurs en commun une expérience unique, celle de l’Assemblée des Pays de Savoie. Dotée d’un budget et d’une personnalité juridique propre, cette structure réunit 30 conseillers généraux issus des deux départements et s’attache à mener des actions communes. »

La voix des allobroges du 5 avril donne la parole à Laurent Blondaz, secrétaire du Mouvement Région Savoie : « L’alsace est à peu près de taille égale à la Savoie, et son niveau de population est sensiblement le même. Comme l’Alsace, la Savoie partage aussi une frontière avec deux autres pays européens. Ces similitudes font que, tout comme en Alsace, il serait très facile de regrouper les départements savoyards. Cette initiative régionale est vraiment intéressante, et devrait nous inspirer. Sans parler d’indépendantisme, la démocratie doit maintenant passer par la base. On a fait l’Europe économique, maintenant il faut construire l’Europe démocratique ».

Le référendum local du 7 avril en Alsace avait bien un enjeu national, et même européen comme le prouve cette sélection de déclarations.

La nouvelle collectivité qui aurait pu voir le jour, si le « oui » l’avait emporté en Alsace, pouvait « se voir confier d’autres compétences par la loi, dans le cadre de l’Acte III de la décentralisation, ou par des attributions spécifiques : comme la langue régionale, l’orientation des jeunes, la coopération transfrontière, une part de compétence réglementaire ou encore d’autres compétences dont l’exercice au niveau local présente un intérêt  ». C’est ce que Philippe Richert et ses amis ont voulu cacher.

Le « projet stratégique pour l’Alsace » prévoyait en outre (page 11) : « Transfert de compétences normatives réglementaires en matière de Droit du Travail à travers le droit local (comme en matière de sécurité sociale) afin de pouvoir adapter certaines situations locales (notamment via des accords d’entreprises) aux problématiques de compétitivité/coût par rapport à la Suisse et à l’Allemagne  ».

Pour le Club d’affaires franco-allemand du Rhin Supérieur, qui réunit l’Alsace, le pays de Bade et le sud du Palatinat en Allemagne et le nord-ouest de la Suisse : « les politiques doivent faire progresser l’harmonisation des règles juridiques, sociales, techniques, afin de fluidifier le marché de l’emploi dans le Rhin Supérieur ; le Club pointe la nécessité d’une plus grande convergence en matière sociale [ni 35h, ni SMIC en Allemagne !] ».

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Alsace, Jean-Louis Hoerlé, a déclaré : «  La force de l’Allemagne est d’avoir des régions autonomes et structurées. Peut-être que l’Alsace devrait s’en inspirer […] Ce qu’il faudrait aux entreprises pour se rapprocher du voisin allemand c’est moins de charges et plus de flexibilité, ainsi qu’une administration qui fasse preuve de moins de lourdeur […] La main-d’œuvre française va être de plus en plus nécessaire à l’Allemagne  ».

Le Congrès d’Alsace de décembre 2011 avait été très clair et a ensuite été escamoté : « Si nous acceptons de fonder le Conseil d’Alsace [ancien nom de la Collectivité territoriale d’Alsace] nous renforcerons l’attractivité de nos territoires et leur compétitivité en Europe. […] L’Alsace dans la compétition libérale de grandes régions européennes doit s’intégrer au Rhin Supérieur […] Dans la stratégie de la création de grandes régions économiques européennes, le Conseil d’Alsace doit renforcer la cohésion territoriale de l’Alsace, pour que celle-ci puisse ensuite contribuer, au mieux de ses forces, à renforcer la cohésion territoriale de la Région métropolitaine tri-nationale du Rhin Supérieur, périmètre d’excellence du développement économique  ».

L’Alsace, si le « oui » l’avait emporté, serait devenue un sous-traitant de l’Allemagne, un territoire pourvoyeur d’une main-d’œuvre d’exécution à bas prix.

En fait la décentralisation est mal nommée, il s’agit en réalité d’une régionalisation, ou plutôt d’une centralisation régionale par absorption des départements et fusion-disparition des communes. Une fusion, par définition, concentre, elle ne décentralise pas. C’est la volonté de faire naître une multitude de nouveaux droits à l’échelon régional, mis en concurrence les uns avec les autres, pour attirer le capital, les entreprises et permettre à la main-d’œuvre de la région de s’expatrier en la rendant moins onéreuse que toutes les autres. C’est casser le principe d’égalité. C’est le rétablissement des provinces d’antan, des fiefs et des seigneurs qui guerroient tous contre tous.

 Conclusion

Que retenir des résultats de ce référendum ? La régionalisation, et encore plus les eurorégions sont une imposture. Il s’agit en fait d’une nouvelle centralisation. L’Acte III de la décentralisation, épousant et amplifiant cette logique, doit être rejeté. Dans ce combat nous disposons d’un atout puissant après le 7 avril, car le résultat du référendum alsacien interdit, dans les autres régions, d’aller plus loin pour l’instant. À nous de profiter de ce bref moment dans la course de vitesse qui est désormais engagée.

 

http://www.m-pep.org/spip.php?article3279

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