Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

les gilets jaunes

Le système Macron mis à nu

14 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes

 
Le système Macron mis à nu

La sortie concomitante de deux ouvrages sur les réseaux qui ont permis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron en mai 2017 aurait pu, aurait dû marquer considérablement le débat public. Il n’en est rien. Le décryptage que leurs auteurs proposent va pourtant bien au-delà de l’avènement d’En Marche ! Il éclaire la pratique du pouvoir macronien, ses conflits d’intérêts et ses failles béantes.

Juan Branco et Marc Endeweld. Le premier est un jeune normalien, avocat et essayiste engagé. Le second est journaliste d’investigation indépendant, naguère grand reporter à Marianne. Tous deux ont, à leur manière et avec leur style, pamphlétaire pour l’un, méticuleux pour l’autre, souhaité lever le voile sur le système Macron. Crépuscule (Au Diable Vauvert, Massot Éditions) et Le Grand manipulateur (Stock) ont paru à quelques semaines d’intervalle et se conjuguent dans le même dessein, celui d’expliquer l’ascension de l’actuel Président de la République et les innombrables compromissions que celle-ci implique aujourd’hui encore. À Juan Branco le souffle, l’énergie de la révolte et l’envie de réveiller les consciences citoyennes contre ce qui ressemble à un coup d’État oligarchique, ou selon ses mots à « une souveraineté violée ». À Marc Endeweld la rigueur d’une longue enquête menée auprès de l’entourage d’Emmanuel Macron. Cette lecture parallèle restitue le contexte d’une élection peu ordinaire et façonne le portrait d’un homme politique aussi peu scrupuleux que transparent.

Branco-Endeweld - réseaux Macron

Le vieux monde au pouvoir

Du récit doré du parcours d’Emmanuel Macron, concocté par l’intéressé et repris sans aucun recul critique par les grands médias entre 2014 et 2017, il ne reste plus rien. Le petit génie loué à grand renfort d’éditoriaux s’y est repris à deux fois avant d’obtenir l’ENA, après avoir échoué à trois reprises au concours de Normal Sup’, raille ainsi Juan Branco. Le prétendu « philosophe » n’a jamais écrit une ligne et son travail auprès de Paul Ricoeur a consisté à relire des notes de bas de page… Le jeune loup qui « s’est fait tout seul » ne doit son succès ni à une intelligence hors du commun, ni à son seul mérite… Bien au contraire ! La fable n’aurait jamais dû passer à travers le filtre des rédactions, n’était la connivence du milieu avec ce « monde » des multinationales et de la finance qui poussait, en sous-main, la candidature de l’ancien banquier d’affaires de la banque Rothschild. Les deux auteurs insistent sur le rôle central joué par « Mimi » Marchand, entremetteuse de la presse people, pour lisser l’image du couple Macron. D’innombrables appuis, patiemment obtenus dans le milieu journalistique (Anne Sinclair, Bruno Roger-Petit, Bernard Montiel, Laurent Delahousse, Marc-Olivier Fogiel, Emmanuel Chain, Cyril Hanouna…), ont encore facilité la construction du candidat Macron comme objet médiatique. Le rôle joué par la presse et les principaux éditorialistes dans la campagne 2016-2017 du candidat Macron est le seul angle mort de l’ouvrage pourtant très dense de Marc Endeweld. Il intéresse bien plus Juan Branco, dont toute la démonstration repose sur l’alliance entre Macron et les grands propriétaires des médias français.

Branco et Endeweld se rejoignent parfaitement sur la précocité de la candidature Macron. Officiellement en lice pour la présidentielle en novembre 2016, quelques semaines après sa démission du ministère de l’Économie, Emmanuel Macron a été littéralement préparé à l’échéance par ses soutiens très en amont. Xavier Niel, le premier d’entre eux, le présentait déjà à Juan Branco comme « futur Président » en janvier 2014. Marc Endeweld révèle que c’est à l’automne 2013, dans son bureau de secrétaire adjoint de l’Élysée, qu’ont débuté des consultations (communicants, sondeurs, chefs d’entreprises, lobbyistes) et se sont nouées les alliances qui le porteraient au sommet de l’État. Rien de spontané, pas de percée solitaire, aucun désir macronien dans l’opinion publique. L’homme a été préparé comme on prépare un pur-sang pour le grand-prix de l’Arc de Triomphe.

« Emmanuel Macron s’est entouré de tous ceux qui pouvaient lui servir de marchepied, en mobilisant les tromblons de la giscardie et de la mitterrandie, certains personnages clés de la Françafrique, de vieux lieutenants d’Edouard Balladur, l’arrière-garde fabusienne, les ex-partisans de DSK ainsi que les résidus de la Deuxième gauche »

Brandi comme un slogan marketing pour électeurs-consommateurs, le « nouveau monde » maquillait le recyclage des plus vieux réseaux de la Ve République. « Macron n’a jamais construit un collectif, explique un ancien collègue de l’Élysée, il a bénéficié de réseaux déjà constitués. » Grâce à Jean-Pierre Jouyet, issu comme lui de l’inspection générale des finances, Emmanuel Macron a puisé sans retenu dans les carnets d’adresses socialistes mais aussi sarkozystes. La construction chronologique détaillée de la nébuleuse macroniste montre que le Parti socialiste déliquescent a abondamment alimenté ce courant émergent. « Il ne s’agit pas encore de rompre avec le pouvoir socialiste, résume Juan Branco, mais plutôt d’opérer la conversion finale. Faute de soutien populaire – les trahisons se payent et les militants fuient – le seul enjeu consiste à s’assurer du soutien de l’oligarchie. » Le macronisme est avant tout un social-libéralisme définitivement décomplexé. Mais pour l’emporter, éponger les fuites de Solférino ne pouvait suffire. Alors Emmanuel Macron s’est entouré de tous ceux qui pouvaient lui servir de marchepied, en mobilisant les tromblons de la giscardie et de la mitterrandie, certains personnages clés de la Françafrique, de vieux lieutenants d’Édouard Balladur, l’arrière-garde fabusienne, les ex-partisans de DSK ainsi que les résidus de la Deuxième gauche. Il a séduit aussi, quoique temporairement et partiellement, la franc-maçonnerie… L’entregent et l’indéniable capacité de séduction du ministre ambitieux ont permis de réunir en coulisse des soutiens politiques aux passés contradictoires et de jeunes militants opportunistes, parmi lesquels Gabriel Attal, ce proche de Marisol Touraine portraitisé avec férocité par Juan Branco. Et « ‘‘l’en même-temps’’ proposé comme innovation politique […] n’était que prétexte à une fusion d’élites jusque-là éclatées. »

Macron, marionnette et marionnettiste

Si l’expression de « Grand manipulateur » employée par Marc Endeweld installe l’idée qu’Emmanuel Macron a su habilement tirer profit des réseaux mis à contributions par les uns et les autres, ceux qui l’ont flatté, aidé ou financé n’en attendent pas moins un retour sur investissement. Contrairement à l’idée véhiculée, la campagne de Macron n’a pas soulevé pas une foule de petits donateurs. La part des 913 grands donateurs (dons supérieurs à 5 000 euros) atteint 48 % du total des sommes récoltées par En Marche ! Le marionnettiste Macron manœuvre les tiers pour conquérir le pouvoir mais il en devient lui-même la marionnette du système oligarchique. Comment définir celui-ci ? Juan Branco s’y emploie. C’est « un espace public dominé par des individus dont la fortune, immense, dépend directement ou indirectement de l’État, et qui investissent une part de leurs deniers pour prendre le contrôle de médias, afin de les assécher, en réduire le pouvoir et d’en tirer une influence qui assurera la préservation de leurs intérêts au détriment du bien commun ». On comprend mieux le rapport d’interdépendance qu’entretient dès lors le Président avec ses porteurs de pavois. Derrière Macron, l’auteur de Crépuscule voit à l’œuvre une stratégie dirigée par Niel mais aussi par d’autres grands patrons tels feu Henry Hermand (son premier soutien financier et relai médiatique à travers l’hebdo Le 1), Arnaud Lagardère, Patrick Drahi, auxquels peuvent être ajoutés Serge Weinberg (Sanofi), Thierry Breton (Atos), Claude Bébéar (Axa) et bien sûr l’inévitable Bernard Arnault (LVMH habille d’ailleurs Brigitte Macron de la tête aux pieds). Tous ont attendu de Macron qu’il favorise la prospérité de leurs affaires, comme ministre puis comme Président.

Juan Branco
Juan Branco

Les plus optimistes – nous n’écrirons pas naïfs – proposeront une autre lecture : le marionnettiste Macron a tiré profit des réseaux financiers qui s’offraient à lui pour, une fois arrivé au pouvoir, mettre en œuvre un programme au profit du bien commun… L’ennui, Juan Branco comme Marc Endeweld le soulignent, c’est que la politique menée par le gouvernement montre la porosité du monde des affaires et du pouvoir en place. Édouard Philippe et Emmanuel Macron envisageraient par exemple de scinder EDF afin de vendre au privé la branche électricienne, bénéficiaire, pour que l’État conserve à 100 % les activités nucléaires, déficitaires. La décision de privatiser ADP est à l’avenant. Il s’agirait pour l’État de se séparer d’une « machine à cash » rapportant 170 millions d’euros annuels de dividendes. Absurde, au regard de la préservation de l’intérêt général. Car Emmanuel Macron « continue souvent à se comporter comme un banquier d’affaires » par son action sur des dossiers majeurs (privatisations, énergie, armement…) sans ouvrir le débat public. « Ce jeune président qui promeut les va-et-vient entre public et privé, entre haute fonction publique et grandes multinationales, semble particulièrement ambivalent quant à la notion d’intérêt général » dixit Marc Endeweld.

Pourquoi ces rapports de pouvoir, avec les effluves insistants de conflits d’intérêts qui s’en dégagent, n’ont-ils pas fait l’objet d’enquêtes journalistes beaucoup plus tôt ? Endogamie de la finance et des titres de presse, dira Juan Branco, qui évoque aussi la peur des journalistes d’apparaître comme complotistes. Il y a là, certainement, une large part de vérité. Marc Endeweld propose comme explication possible l’organisation structurelle de la « macronie », faite de cloisonnements, du culte du secret, du brouillage des pistes, d’une pelote de liens cultivés puis rompus et d’un chassé-croisé de personnages incompatibles ou improbables. De quoi donner le tournis et décourager les éventuels limiers.

« Derrière Macron, l’auteur de ‘Crépuscule’ voit à l’œuvre une stratégie dirigée par Xavier Niel mais aussi par d’autres grands patrons… Tous ont attendu de Macron qu’il favorise la prospérité de leurs affaires, comme ministre puis comme Président »

Le Président Macron décide-t-il de tout, tout seul ? Dans Le Grand manipulateur, une ambiguïté frappe : cet homme qui sait si bien tirer les ficelles de réseaux contradictoires est lui-même placé sous influence. Celle de sa femme, bien sûr, qui le conseille, l’accompagne, le sermonne à l’occasion et va jusqu’à réécrire des passages entiers de son livre Révolution. Celle de son inséparable collaborateur Alexis Kohler, avec lequel il travaillait déjà à Bercy : « À Macron, la lumière, l’esbroufe, les effets de communication. À Kohler, la haute main sur les dossiers industriels. » À l’Élysée, rien ne change. « Macron maîtrise la forme, mais quand il entre dans les détails, c’est du pipeau de A à Z ! Au secours ! », confie une personnalité reçue. C’est le fidèle secrétaire général Kohler qui est à la pointe des dossiers et reçoit les patrons que le Président snobe désormais. Enfin, l’hyperprésident Macron serait-il sous l’influence de son Premier ministre ? Dans la guerre que se livrent ses proches, certains, comme le communicant Philippe Grangeon, accusent Édouard Philippe d’être le véritable instigateur de la politique économique du quinquennat.

Macron, tour à tour manipulateur et manipulé.

Le début de la fin ?

Sa couverture en fait foi, le titre du livre de Juan Branco évoque la fin annoncée du macronisme face au soulèvement populaire qu’ont amorcé les Gilets jaunes à l’automne 2018. Les masques sont ôtés. Le monarque est nu et le peuple trahi envahit les rues. Le crépuscule tombe-t-il sur le nouveau pouvoir ? Juan Branco avance par insinuations mais s’avance un peu trop… Il paraît étrangement sous-estimer la capacité de résilience d’un système oligarchique faiseur de rois mais que l’instabilité et la radicalité politiques menacent. Il est en réalité peu probable que les Français « viennent chercher » un Président surprotégé dans les palais de la République.

« Qu’ils soient politiques ou industriels, ceux qui ont fait confiance, soutenu et porté Emmanuel Macron au pouvoir ne goûtent guère l’ingratitude du Président et commencent à s’en détourner »

La démocratie, court-circuitée en 2017, jouera-t-elle à nouveau son rôle de régulatrice des conflits lors des échéances futures ? L’ultime chapitre du Grand manipulateur le laisse entendre. Marc Endeweld rappelle à bon escient qu’en 1995, malgré le soutien d’une bonne partie du patronat et de la presse, Édouard Balladur avait trébuché dans la course à l’Élysée face à Jacques Chirac. Car l’influence du « système » sur les électeurs s’arrête là où l’affect commence à s’exprimer. Emmanuel Macron a perdu son aura et subi le désamour des Français. Il risque aussi de perdre ses troupes. Mais renverser l’ordre établi, comme l’espèce Juan Branco, n’est pas pour demain.

Marc Endeweld
Marc Endeweld

Hypothèse la plus probable enfin, les élites-Pygmalion pourraient finir par lâcher leur président-Galatée. Emmanuel Macron n’est qu’un passeur des grands intérêts privés et des opportunismes politiques, un passeur somme toute substituable. Qu’ils soient politiciens ou industriels, ceux qui ont fait confiance, soutenu et porté Emmanuel Macron au pouvoir ne goûtent guère l’ingratitude du Président et commencent à s’en détourner. Henry Hermand (disparu fin 2016), Jean-Pierre Jouyet ou encore des anonymes, ces helpers de la campagne 2017 qui, pour certains, ont abandonné famille et travail dans l’aventure, ont été laissés sans nouvelles par leur poulain une fois celui-ci sur orbite. Une partie de la presse qui l’avait louangé en est revenue. Ce n’est pas un hasard si l’épisode de la Contrescarpe est parti d’un article paru dans Le Monde… Le quotidien du soir a peu goûté l’interventionnisme agressif des chargés de com’ du candidat Macron lors de la campagne présidentielle. Au fil des mois, le locataire de l’Élysée s’isole. Le doute s’installe. Les fidèles s’éclipsent. La paranoïa gagne le Palais, comme lorsque l’entourage présidentiel se persuade que l’affaire Benalla est un traquenard fomenté par des sarkozystes, sans le moindre commencement de preuve. Les rivalités claniques observées dans son entourage pourraient avoir raison d’Édouard Philippe à l’issue des élections européennes et ouvrir une crise politique.

Les mots d’un déçu du macronisme concluent l’enquête de Marc Endeweld : « Macron est une illusion. Le jour où il n’est plus au pouvoir, il n’a plus aucun réseau. » Plus dure sera la chute.


Références :
– Juan Branco (Préf. Denis Robert), Crépuscule, Vauvert, Au Diable Vauvert & Massot Éditions, 2019, 311 pages. Prix éditeur : 19 EUR.
– Marc Endeweld, Le Grand Manipulateur, Paris, Stock, 2019, 349 pages. Prix éditeur : 20,50 EUR.

Lire la suite

Pétition. GILETS JAUNES : 10 000 CITOYENS ACCUSENT LE GOUVERNEMENT

14 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes, #Les violences policières

GILETS JAUNES : 10 000 CITOYENS ACCUSENT LE GOUVERNEMENT

« Nous accusons le gouvernement d’employer contre des civils des armes de guerre bannies dans l’ensemble des pays occidentaux. Nous appelons l’ensemble des citoyens à se joindre au mouvement social pour dénoncer la dérive autoritaire du pouvoir et exiger la démission de M. Castaner. »

Signez la pétition sur : https://framaforms.org/nous-accusons-1557004350

Pétition. GILETS JAUNES : 10 000 CITOYENS ACCUSENT LE GOUVERNEMENT
Nous accusons !
 

Nous accusons !


Depuis le 17 novembre 2018, plusieurs centaines de milliers de citoyen·ne·s expriment leur inquiétude face à un pouvoir sourd à leurs revendications. Ils trouvent la force et le courage de prendre la parole en disant haut et clair qu’ils en ont assez et ne subiront plus les effets des politiques néfastes qui depuis plusieurs décennies pillent impunément leur travail et les biens communs.

Les voix des gilets jaunes ont permis de mettre à nu les mensonges et les pseudo-justifications « scientifiques » données par le pouvoir et la meute de ses courtisans pour couvrir l’ampleur et l’importance de la prédation. Leur soulèvement a montré le vrai sens d’une politique qui a sciemment organisé le transfert des biens laborieusement accumulés par 95 % de la population vers les 5 % des couches les plus aisées. Leur force a été de faire prendre conscience de la duplicité d’un pouvoir, osant se féliciter d’avoir multiplié par quatre les énormes richesses détenues par une infime minorité.  

Avec la grande majorité des Français.es, nous nous sommes reconnu.e.s dans la prise de conscience des gilets jaunes. Chacun.e de nous a pu constater que, dans tous les secteurs de la société, nous étions confronté.e.s aux effets des mêmes politiques qui tendent à aggraver constamment les inégalités sociales.  

D’emblée, les demandes et les attentes de changement nées avec ce soulèvement populaire ont été clairement développées. Elles se sont aussitôt heurtées à un pouvoir qui n’a cessé d’en ignorer le contenu pour en affadir la portée déstabilisante. Ce fut d’abord le silence assourdissant d’un président et de sa cour, murés dans leur palais. Ce fut ensuite la tentative de duper la foule avec les fausses promesses et les petites aumônes concédées en faisant encore payer les moins aisés et les services publics. Ce fut aussi la mise en place d’un simulacre de consultation d'où l'on avait très savamment extirpé toute possibilité d’interaction et de débat.  Ce fut, surtout, la décision claire et réfléchie d’empêcher par tous les moyens l’expression publique des demandes et des revendications.

Tout a été fait pour réduire au silence les manifestants. Dès les premiers actes, le pouvoir a choisi la violence en demandant aux forces de l’ordre de dégager les péages d’autoroutes, les ronds-points, de bloquer l’accès aux points de convergence des manifestations et, surtout, d’intervenir avec « fermeté ». Nous avons tou.te.s vu la traduction de ces ordres sur le terrain : nous avons constaté de nos yeux les filtrages et les arrestations arbitraires aux entrées des villes, empêchant les manifestations de se dérouler et la parole de s’exprimer. Nous avons vu les cabanes des ronds-points détruites et toujours courageusement reconstruites. Les techniques d’intervention policière consciemment choisies (nassage, lancement de gaz lacrymogène dès le début des manifestations, tirs de LBD sans sommation) provoquaient elles-mêmes les rares actes de violence en cherchant délibérément l’affrontement avec les manifestants.

Semaine après semaine, cette technique meurtrière et liberticide a été appliquée avec une intensité croissante. Protégées par le pouvoir et couvertes par l’omerta d’une grande partie des médias, des troupes policières épuisées par le travail se laissent aller aux pires exactions. Des centaines d’hommes et de femmes manifestant pacifiquement ont été attaqués.e.s sans aucune raison et très souvent avec un acharnement insensé. Depuis le mois de décembre, le nombre des blessés graves augmente sans cesse : les personnes ayant subi de graves traumatismes se comptent par centaines.  Aucune parole n’a été prononcée par le président de la République ou son gouvernement à l‘égard des victimes, et en particulier de Zineb Redouane, tuée après avoir été atteinte alors même qu’elle fermait sa fenêtre. Rien ne semble plus pouvoir arrêter cette dramatique escalade et nous avons honte de devoir assister à la mise en scène des auto-félicitations du pouvoir censé contenir une « foule haineuse ».

Le choix de la répression violente contre toutes celles et ceux qui osent se lever pour prendre la parole contre ces agissements n’est certes pas nouveau, il a notamment été mis en pratique dans les quartiers populaires et contre des groupes vulnérables comme les migrant.e.s et les roms ou encore contre d’autres mouvements sociaux, mais depuis novembre 2018 un seuil a été franchi. Cette stratégie de la répression violente a trouvé son apogée lors de la manifestation du 1er mai 2019 : non seulement on a assisté au déploiement de tout l’éventail de l’arsenal répressif de l’Etat, mais le gouvernement s’est rendu coupable une fois de plus de mensonge avéré en criant au scandale d’une supposée « attaque » de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière par des manifestant.e.s venu.e.s trouver refuge. Ce mensonge d’État est le mensonge de trop. Il révèle l’état de fébrilité et de panique d’un pouvoir aux abois.

Il faut que s’arrête cette violence d’État !

Nous accusons le ministère de l’Intérieur de provoquer sciemment les réactions de violence dans nos villes, sur les ronds-points et les lieux de discussions publiques, afin de criminaliser toute personne qui s'oppose à ses lois et à ses politiques funestes.

Nous accusons le gouvernement d’employer contre des civils des armes de guerre bannies dans l’ensemble des pays occidentaux en ignorant les mises en garde répétées de plusieurs organismes internationaux.

Nous accusons la hiérarchie de la magistrature d’avoir accepté de couvrir cette politique néfaste en appliquant aveuglément et servilement les ordres donnés par le pouvoir exécutif.

Nous accusons l’Inspection Générale de la Police Nationale d’avoir diligenté des enquêtes de façade et qui, à notre connaissance, n’ont débouché sur l'interpellation d’aucun membre des forces de « maintien de l’ordre ».

Nous accusons celles et ceux de la presse et des médias télévisuels qui ont accepté de se transformer en porte-voix du ministère de l’intérieur et de la préfecture sans accomplir aucun contrôle sur leurs sources.

Nous appelons l’ensemble des citoyens à se joindre au mouvement social pour dénoncer la dérive autoritaire du gouvernement et nous exigeons la démission de M. Castaner ainsi que l’ouverture d’une commission d’enquête indépendante afin de faire la lumière sur les dérives des vrais responsables de sorte qu’ils soient traduits en justice

Lire la suite

Retour sur la Fake News de Castaner sur l’attaque de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière

13 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes, #Les violences policières

Bonjour

 

La macronie dans toute sa splendeur !

 

Le 1° mai à Paris a été le théâtre de violences de toutes sortes de la part de ce gouvernement illégitime et de ses chiens de garde habituels : médias, experts bien choisis, etc…

 

Le nouveau mode opératoire semble être le déchainement de violences de la part des forces de l’ordre, la fabrication d’une fausse nouvelle, l’exploitation éhontée de celle-ci par les officiels de toute obédience, la répétition ad nauseam de cette dernière de façon à engorger le cerveau disponible de chacun de nous afin que le mouvement exceptionnel des Gilets Jaunes soit amalgamé à la violence préfabriquée de façon que le fond de la contestation  ne soit jamais abordé.

 

La vidéo ci-dessous décrypte l’imposture macronienne du 1° mai

Retour sur la Fake News de Castaner sur l’attaque de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, qui a déclenché un emballement médiatique, suivi d’un léchage de cul gouvernemental digne de la Pravda !

Tipeee : https://www.tipeee.com/troublefait
Discord : https://discordapp.com/invite/FcbJ8vU
Facebook : https://www.facebook.com/1TroubleFait
Twitter : https://twitter.com/1TroubleFait

Emissions:
Grand Angle du mercredi 1er mai 2019
https://urlz.fr/9KA8
RTL Matin du 02 mai 2019
https://urlz.fr/9Kzy
L'Heure des Pros (1ère partie) du 02/05/2019
https://urlz.fr/9KAb
L'Heure des Pros (2ème partie) du 02/05/2019
https://urlz.fr/9KAc
RTL Midi du 02 mai 2019
https://urlz.fr/9KAe
JT de 20h du mercredi 1 mai 2019
https://urlz.fr/9KAf
JT de 13h du jeudi 2 mai 2019
https://urlz.fr/9KAh
JT de 13h du vendredi 3 mai 2019
https://urlz.fr/9KAi
Mickaël Cham - Preuve du mensonge de l'attaque de l'hôpital
https://urlz.fr/9Kzz
Comment le personnel de la Pitié Salpêtrière détruit la fake news de Castaner
https://urlz.fr/9KzA
BFMTV sur Twitter 1er-mai un médecin de la Pitié-Salpêtrière raconte
https://urlz.fr/9KzC
France Culture : 1er mai à Paris les black blocs parasitent le cortège syndical
https://urlz.fr/9KzD

Plus d’infos :

Hôpital Pitié-Salpêtrière désinformation générale et mensonges médiatiques - Acrimed https://urlz.fr/9Kz8
Pitié-Salpêtrière interrogations autour d'une prétendue «attaque» de l'hôpital par des manifestants
https://urlz.fr/9Kz7
Brèves de presse sur Twitter I - #PitiéSalpêtrière
https://urlz.fr/9Kz9
Les casseurs s'en prennent à l'hôpital Necker
https://urlz.fr/9Kzq
La « casse » de l’hôpital Necker histoire d’une manipulation politique
https://urlz.fr/451i
Une journaliste du Parisien découvre en direct l'incendie devant son siège
https://urlz.fr/9Kzf
L'Incendie de voitures devant le siège du Parisien est d'origine accidentelle
https://urlz.fr/9Kzd
L’hôpital de La Pitié-Salpêtrière victime de dégradations, pas de lien avec l’intrusion à ce jour
https://urlz.fr/9Kza
«Intrusion» à la Pitié-Salpêtrière Toutes les gardes à vue ont été levées annonce le parquet de Paris
https://urlz.fr/9Kzb
Pitié-Salpêtrière la blessure à la tête du CRS ne serait pas liée à la tentative d'intrusion
https://urlz.fr/9Kzg
Manifs du 1er mai «Les instructions du préfet sont claires, la police ira au contact»
https://urlz.fr/9Kzk
1er mai à la Pitié-Salpêtrière l'IGPN saisie après la publication d'une vidéo montrant des policiers frappant un étudiant
https://urlz.fr/9Kzs
Christophe Castaner maintient sa version des faits
https://urlz.fr/9Kzt
EDITO- Intrusion à la Pitié-Salpêtrière « le ministre de l'Intérieur n'aurait pas dû employer le mot 'd'attaque' »
https://urlz.fr/9Kzc
« Attaque » ou « intrusion » dans la Pitié-Salpêtrière Pour Montchalin, ce n'est que de l'étymologie
https://urlz.fr/9Kzi
Salpêtrière et le nuage d'intox s'arrêta à France Inter !
https://urlz.fr/9Kzp
Pitié-Salpêtrière France Info a-t-il illustré l’«intrusion» avec une photo de casseurs attaquant un commissariat
https://urlz.fr/9Kzj
Salpêtrière : Rioufol dit que sans les médias alternatifs, la presse aurait cru l'intox de Castaner
https://urlz.fr/9Kzo
Arcachon le journaliste Christophe Barbier pris à partie par des gilets jaunes
https://urlz.fr/9Kzr
Budget 2019 3,8 milliards d'économies encore attendues sur les dépenses de santé https://urlz.fr/9Kzl
Comment le gouvernement compte supprimer 50 000 postes de fonctionnaires
https://urlz.fr/9Kzm


Musiques :
Ours Samplus #82 - The Dream Ends There : https://www.youtube.com/watch?v=rCKY3...
Ours Samplus #30 – Toys : https://www.youtube.com/watch?v=ghvak...
Ours Samplus #32 – Badaswing : https://www.youtube.com/watch?v=_4prk...
GTO OST - Cosplay Mania : https://www.youtube.com/watch?v=guZFr...
Ours Samplus #37 - Le Cerveau Carré: https://www.youtube.com/watch?v=MNIVb...
Ours Samplus – Swingapour : https://www.youtube.com/watch?v=qi9SA...
Ours Samplus #22 - Burning Around : https://www.youtube.com/watch?v=K6eL6...
Kevin MacLeod ~ Fluffing a Duck: https://www.youtube.com/watch?v=Sbdut...
Ours Samplus - Deep Inside: https://www.youtube.com/watch?v=gN-FQ...
Pretty Lights - Finally Moving: https://www.youtube.com/watch?v=Sk9XY...
Ours Samplus #29 - Artificier Masqué : https://www.youtube.com/watch?v=836NX...
Ours Samplus - Metal Leaves : https://www.youtube.com/watch?v=LMk1U...
enluv – ein : https://www.youtube.com/watch?v=B054v...

Lire la suite

La Bac, le commissaire, le juge, la presse, les Gilets Jaunes et Pyrrhus. Fiasco d’une machination policière contre un gilet jaune à Toulouse. Maxime Vivas.

12 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes, #Les violences policières

 
La Bac, le commissaire, le juge, la presse, les Gilets Jaunes et Pyrrhus.
Fiasco d’une machination
policière contre un gilet jaune à
Toulouse

L’expression« victoire à la Pyrrhus » (je donne cette précision indispensable pour être compris des agents de la BAC) fait référence aux pertes subies par l’armée du roi Pyrrhus d’Épire face aux Romains au 3ème siècle avant notre ère, pendant les batailles d’Héraclée et d’Ausculum. Il en sortit vainqueur, mais si affaibli qu’il aurait dit : « Encore une victoire comme celle-là et je rentrerai seul en Épire ! ». Bref, il est des combats qui vous sont coûteux, même quand on les gagne.

Actualisons.
Coluche ironisait sur les grévistes qui, après une longue grève, font annuler des mesures antisociales. « On a gagné !  » s’écrient-ils. « Sauf les 3 semaines qu’on a perdues  », ajoutait l’humoriste.

En avril 2011, le site Le Grand Soir a fait l’objet de la pire attaque possible (accusation de rouge-brunisme=antisémitisme. Et ça, ça tue) sur un site aujourd’hui disparu (j’ai repris deux fois des moules) par une pseudo journaliste que nous avions refusé d’embaucher et qui a, elle aussi disparu, avec le site qu’elle avait créé (j’ai repris trois fois des moules).
Victoire du site Le Grand Soir ! Sauf que nous avons passé des jours à construire un contre-argumentaire, à investiguer (avec d’heureuses trouvailles) sur nos calomniateurs et sur ceux qui colportaient leurs dires sans plus de vérification : Rue89, aujourd’hui vendue à l’Obs et Charlie Hebdo, idéologiquement vendu à l’OTAN (1).

Le lundi 6 mai à Toulouse, la justice a blanchi mon fils cadet, Raphaël, cueilli au petit bonheur la chance dans la manif des Gilets Jaunes le samedi 4. Les coups tordus, les manigances, le cynisme, les mensonges éhontés, l’arrogance des assermentés, vous savez tous que ça existe au cinéma et à la télé, dans les séries policières. Dans les livres aussi, les polars. Ou au Chili de Pinochet. Mais quand on vous en raconte des vrais, dans la France de maintenant, vous soupçonnez illico une part de fiction. Non ?

Bref résumé d’un coup monté (pour ceux qui découvrent aujourd’hui notre site).
Raphaël est à la manif des Gilets Jaunes avec quelques copains. Il est tête nu, il n’a pas de foulard, de cagoule, de masque. Tout juste des lunettes de piscine (aux verres transparents, donc). Pourquoi ces lunettes ? Pour se protéger. Parce que tous les samedis, TOUS, la police gaze la manif toulousaine, n’importe où, n’importe quand, sans qu’on comprenne pourquoi. Parfois, semble-t-il, pour la scinder afin de mieux la contrôler. Tout ce dont on est sûrs, c’est qu’il faut courir et s’échapper par une rue adjacente qui ne serait pas barrée par des policiers. Personnellement, j’ai utilité tous les samedis d’un masque d’infirmerie dont je m’assure toujours qu’il est dans ma poche quand je vais manifester (c’est nouveau, ça date de novembre 2018).

Donc, mon fils court, comme tous les autres, tandis qu’une pluie de grenades s’abat. La rue est blanche. Il donne un coup de pied sur un palet de grenade (un plot résiduel) et l’envoie vers le caniveau. Un nervi de la BAC est là, qui cherche aventure et que la hargne en ces lieux a attiré. Qui te rend si hardi de toucher ce résidu, dit cet animal plein de rage ? Tu seras châtié de ta timidité.
Ces loups sont-ils payés au rendement ? Je l’ignore. Sauraient-ils faire un autre métier ? Je crois que non. Aiment-ils quelqu’un qui ne leur soit soumis ? J’en doute.

Toujours est-il qu’avec le renfort d’autres fauves de son acabit, il se jette sur le pousseur de palet et son pote le plus proche. Curieusement, Raphaël n’est pas castagné, mais son pote subit un étranglement et reçoit une volée de coups de poings. Sans doute parce qu’ils avaient compris qu’ils devaient le relâcher aussitôt, et qu’il ne fallait pas le laisser tout de même partir sans son petit souvenir de la police républicaine du pays des Droits de l’Homme. L’autre proie, elle, avait extériorisé une coupable hostilité envers une rondelle policière en plastique. Avec ça, un baqueux vous monte un dossier, en Macronie.

Raphaël est conduit en voiture au commissariat par les cow-boys qui se croient aux States : menottes dans le dos, sirène hurlante, gymkhana dans les rues. Ils se la pètent. Ils ont tous les droits. Je ne sais pas s’il y a un homme politique qui a dit que, s’il parvient au pouvoir, il leur fera payer ça. Après tout, on a vu en France à la Libération et en Amérique latine, des tortionnaires obligés de rendre des comptes. Mais il n’est pas politiquement payant de dire aujourd’hui que ces abus de pouvoir, ces brutalités gratuites, ces mensonges devront un jour être sanctionnés, afin que la République soit préservée.

J’ai écrit « tortionnaire ». Le mot n’est-il pas trop fort ? Bon, on n’arrache plus les ongles et on ne troue plus les dents saines à la roulette de dentiste dans les prisons françaises. Tout juste enfile-t-on dans la rue un sac en tissu sur la tête d’un môme de 15 ans qui était au mauvais endroit au mauvais moment. Tout juste lance-t-on une mortelle grenade sur une mémé à sa fenêtre. Pas grave. La preuve, il n’y a pas eu de débat là-dessus sur les chaînes de désinfo en continu.

Certes, il y a bien quelques suspects qui meurent au commissariat ou dans un fourgon, mais bon, l’enquête nous dira (pour le procès en 2050) qu’ils avaient un défaut coronarien ou un vaisseau cérébral poreux ou une insuffisance rénale ou du diabète, la rate qui se dilate, le foie qu’est pas droit, le pylore qui se colore, l’estomac bien trop bas, l’épigastre qui s’encastre, les hanches qui se démanchent l’abdomen qui se démène, le thorax qui se désaxe, le coccyx qui se dévisse… ou, tiens, laissons parler un autre comique en uniforme.

Donc, les policiers ne torturent pas : ils crèvent des yeux par douzaines, arrachent des mains, brisent des mâchoires, fracturent des crânes, ouvrent des cuirs chevelus, giflent des vieux, obligent des lycéens à se mettre à genou, tabassent dans les cafés, dans leurs fourgons, dans les commissariats, mais attention, les pinces reliées à des fils électriques sur les parties génitales et sur le bout des seins, c’est interdit, ainsi que la baignoire. Dont acte. Je parle pour ce début 2019, hein !

Je ne sais pas s’il y a des cours de torture psychologique chez les cops ? On pourrait croire que oui. Ou alors c’est inné, c’est dans leurs gènes, comme l’aboiement chez certains clébards. Il y a peut-être des tests de recrutement : « Tu as le choix entre tuer ta mère ou ton adjudant, que fais-tu ? » Ou : « Une touriste canadienne est violée au 36 quai des Orfèvres. A ton avis : A) C’est une belle salope. B) Tu jures que tu étais avec tes collègues, ils n’ont pas bougé du bar. »

Bon, les flics de Toulouse tiennent un jeune qui, parce qu’il est jeune, peu corpulent et parce qu’il présente le visage lisse de l’innocence et de la pureté, devrait craquer dans les 24+20 heures de garde à vue. Si l’on s’y prend bien, il va parler : « Notre-Dame de Paris, c’est moi ». Et encore : « C’est moi qui ai filé tous les documents à Julian Assange » Et encore : «  Les Twin Tow… », « Ta gueule, n’en fais pas trop ! ».

On le met en cellule, seul. Peut-il téléphoner ? Son portable a été saisi, ou, plus exactement et dans l’espoir qu’il aurait un geste inespéré de rébellion qui appelle l’accusation d’outrage à agent et une infusion de phalanges, on lui a fait jeter à terre le contenu de ses poches et on l’oblige ensuite à tout ramasser. Ricanements. On est chez nous, au commissariat, on est plusieurs, en uniforme, la loi est avec nous, on est assermentés. Si une caméra de télé venait à être admise, on se mettrait aussitôt à vouvoyer ce salopard de merde de gilet jaune qui a fait bobo à un palet de grenade et on lui dirait monsieur et encore monsieur. Et vous voulez un café ? La télé nous les montre toujours comme ça, les keufs. Je mens ? Ce sont des poulets de pixels. Dans la vie, tout citoyen libre qui ne cherche pas les coups ou les brimades est un citoyen qui ne s’approche jamais des vrais flics, armés, caparaçonnés, musclés, parfois décérébrés, parfois décérébrés qu’à moitié. Parfois intelligents et pervers. Parfois intelligents, respectables et malheureux, mais bien obligés : la pression des groupes restreints, ça s’appelle, en psycho-sociologie. Voici l’époque on les gens honnêtes ont plus peur des gendarmes que des voleurs.

J’ai écrit keufs ? Hier, c’étaient les gardiens de la paix et Police secours. Aujourd’hui c’est forces de l’ordre et police tout court (j’ten foutrai du secours ! Ta’ar ta gueule). Je les aime un peu moins, du coup.

Bon, le jeune n’a plus son portable, il ne peut pas téléphoner. Ah si, avec un fixe de commissariat. C’est quel numéro qu’il veut appeler ? Celui de ses parents. Il est en mémoire dans son portable, mais pas dans son cerveau. Je peux avoir mon portable pour appeler, hasarde-t-il en sachant la réponse ? Non.

Bon, il est seul en cellule, il ne peut joindre personne, personne ne peut le joindre, pas même une amie avocate dont il a le numéro sur son portable. C’est la quarantaine. Il s’ennuie, il angoisse un peu.

Dès qu’un témoin a averti son frère de l’arrestation, je fonce au commissariat avec lui et la compagne de ce dernier. On avait des invités à dîner. Sa mère reste pour les accueillir. Mais elle est avec eux sans y être. Le téléphone près de l’assiette.

Le restaurant que l’aîné gère avec sa compagne et avec Raphaël a été fermé ce soir-là. Le restaurant ne peut pas fonctionner à deux. Sur la devanture, ils ont collé un écriteau : « Fermé pour cause exceptionnelle ». Un samedi. Mille euros de chiffre d’affaires perdus.

Au commissariat, un jeune policier affable essaie de nous renseigner. A plusieurs reprises, il demandera de patienter pendant qu’il va aux nouvelles. Il en revient chargé de mensonges : « Le prévenu a jeté des projectiles sur les policiers dans la manif, il refuse de téléphoner et de vous parler, il s’est tailladé la main pour écrire sur les murs de la cellule avec son sang ».

Rien de tout cela n’est vrai. Ici commence la torture psychologique de la famille. Je décide de ne pas raconter à la mère l’information sur la sanglante blessure volontaire. Ce que je sais de mon fiston en cellule c’est donc qu’il est dans une rage autodestructrice, un refus de toute aide. Je vis avec ça du samedi au lundi. Le lundi, quand il apparaîtra dans le box des accusés, les premières choses que je regarderai seront les mains : intactes, pas une égratignure.

Retour en arrière. Le prisonnier est seul, sauf quand des OPJ se succèdent pour le faire avouer. En vain. Et puis, il y a la BAC qui menace : « On viendra à 10 au procès pour témoigner contre toi » (il n’y en a eu aucun). Et puis il y a les tentatives de démoralisation : «  Ton père et ton frère t’attendent de pied ferme, et ça va mal aller pour toi ».

JPEG - 55.5 ko
Les trois restaurateurs : Tamaki, Raphaël, Frédéric à la sortie du tribunal

Branle-bas de combat
Son père et sa mère, son frère avec sa compagne ont au contraire sonné le branle-bas de combat. Avec une quarantaine de personnes, des amis, des militants de la France Insoumise, du NPA, de la CGT, du PCF, de France Cuba, de Radio Mon Païs, ils forment un groupe devant le commissariat, dès le dimanche. Des policiers prennent position en haut des marches, matraque à la ceinture et bouclier au pied. Un commissaire croit utile de venir nous parler, de crainte d’un incident qui n’est pas souhaité pour une si petite proie. A chaque question embarrassante il esquive : « Je ne peux pas vous le dire, l’instruction est en cours ». C’est parfois comique. Dialogue :
Vous avez vu mon fils lancer un projectile ?
-  Oui, vers les forces de l’ordre.
-  Le projectile a touché un policier ?
-  Je ne peux pas vous répondre, l’instruction est en cours.

Le commissaire a le droit de dire d’où un projectile est parti, mais pas où il a atterri. C’est écrit en toutes lettres dans la loi anticasseur au chapitre :« Les lieux d’atterrissage des projectiles lancés le samedi à Toulouse à 18 heures sont classés secret défense ». Nous apprendrons par la suite qu’il s’agit d’un policier personnellement motivé pour donner la chasse aux Gilets Jaunes dans les manifs. Castaner, s’il le voyait, lui dirait d’y aller mollo, quand même.

Un comité de soutien s’est créé, deux douzaines de témoins de moralité s’expriment par écrit, la presse est alertée, les militants de la FI de Toulouse avec leur conseiller régional, Jean-Christophe Sellin, s’activent et sont présents en permanence. Des députés de la FI émettent une protestation (Quatennens, Coquerel) ainsi que Manuel Bompard, N° 2 de la liste insoumise aux européennes (et qui, aura ma voix et pas que la mienne parmi ceux que j’ai vu à nos côtés dans cette épreuve), et Simon Berger, co-secrétaire du Parti de Gauche 31. Jean-Luc Mélenchon retweete une protestation.

L’arrestation pépère d’un jeunot isolé et apparemment sans défense a créé une agitation locale, se médiatise et se politise jusqu’à Paris.

Néanmoins, en un baroud de déshonneur, la garde à vue, en général de 24 heures pour des affaires de ce type, est prolongée. Pourquoi ? Réponse du commissaire : « Pour des investigations complémentaires  ». On comprend bien que la police n’a rien, qu’elle veut visionner toutes les vidéos possibles de la manifestation pour y suivre à la trace leur victime et particulièrement éplucher les vidéos prises par les caméras à l’endroit précis où il a été arrêté. Mais 42 heures après l’arrestation, c’est le fiasco, elles n’ont rien montré. Ou plutôt, si elles ont pu être vues, elles innocentent le jeune homme. Parlons d’autre chose, donc.

On ne peut pas mobiliser sans limite une partie des policiers de Toulouse pour visionner des vidéos à s’en faire loucher et tirer, par conséquence, une balle de flash ball dans l’oeil d’un collègue en visant une passante qui porte un pull jaune. De surcroît, on ne peut garder un suspect trois jours en garde à vue, sauf terrorisme. Mais Raphaël est un pacifiste « de type européen ». Ah ! un bon-point pour lui ! Il n’y met pas que de la mauvaise volonté ! On le transfère donc dans une cellule du Tribunal. Une avocate est commise d’office. Elle a l’air de sortir tout juste des écoles. En vérité, elle est plus âgée qu’il n’y paraît et elle inspire rapidement confiance. La famille et les amis savent que la comparution immédiate se traduit presque toujours par des lourdes peines. Nous avons donc envie de demander un renvoi du procès. C’est ce qui est conseillé dans les arrestations des Gilets Jaunes. Mais le risque existe alors que le jugement ait lieu dans 15 jours avec maintien en détention, alors que le dossier est vide. VIDE ! Il faut décider en quelques minutes, devant la salle d’audience où l’on vient tout juste de rencontrer l’avocate. C’est alors que le jeune homme molesté en même temps que Raphaël prévient par téléphone qu’il est en route pour le tribunal et qu’il va témoigner. Va pour la comparution immédiate. Inch’Allah !

Ouverture des audiences.

Comparaissent à tour de rôle devant le tribunal trois jeunes hommes, trois paumés dont deux ne comprennent pas grand-chose, voire ont du mal à aligner deux mots. L’un a essayé d’utiliser une carte bleue volée, un autre a fui devant la police qui a trouvé dans sa voiture de la drogue et 500 euros, le troisième, à quelques mois d’intervalle, a poignardé des proches.

Arrive Raphaël. Droit, sans humilité, ni forfanterie. En même temps (vous n’avez pas oublié les griefs contre les prévenus précédents ?) entrent spécialement pour lui dans la salle trois policiers en tenue. Quelqu’un sait pourquoi ?

D’une voix assurée, Raphaël répond sobrement aux questions : non il n’avait pas de capuche sur la tête, n’avait pas de bonnet, de cagoule, de foulard, de masque. Juste des lunettes de piscine. Ah ! c’est un élément à charge. Le seul, d’ailleurs qui ne soit pas une invention de la police. Son avocate va se planter devant les juges : « Vous voyez, j’ai des lunettes. Je les enlève. Vous me reconnaissez ? » Rires.

Non, il n’a pas saisi un palet de grenade tombée à ses pieds pour le lancer sur les policiers. Son avocate : « S’il l’avait fait, il se serait brûlé ».

L’avocate a dit qu’elle a souhaité faire entendre un témoin. Après un léger et bref flottement du tribunal, c’est accepté.
On le fait entrer. Allan s’exprime également sans emphase ni surplus d’émotion. Il relate calmement les faits. Le président lui demande s’il est « parent ou allié » avec le prévenu. La réponse fuse, franche : « C’est un ami d’enfance ». Le tribunal (c’est son travail) lui fait longuement raconter en détail la scène, cherchant une éventuelle contradiction avec ce qu’en a dit son ami. Mais en vain. Ils ne se sont pas revus ni n’ont pu communiquer depuis samedi et les versions sont identiques.

Maître Clément, l’avocate, fait une plaidoirie éblouissante (alors qu’elle n’a le dossier que depuis quelques heures à peine). Le procureur joue au méchant, comme c’est son rôle et peut-être son plaisir. Mais on l’a vu plus percutant et féroce dans ses interventions contre les malheureux prévenus précédents. Il s’obstine à dire que Raphaël a lancé un projectile sur les policiers. J’ai eu l’impression qu’il faisait exprès de répéter ça, comme pour dire : «  Vous savez tous ici que c’est faux, moi aussi, car cela a été bien démontré, mais je n’ai que ça en rayon ». Il demande 1 mois de prison avec sursis et 1 an d’interdiction de manifester. On sent que le cœur n’y est pas. Je commence à parier sur une peine symbolique.

Le tribunal se retire pour délibérer. Il revient : « Acquittement pour absence d’élément probants. Vous êtes libre. » Tonnerre d’applaudissements dans la salle archicomble (tout le monde n’a pas pu entrer). Le président du tribunal tempête : « Silence ! Sérénité de la Justice, solennité des lieux… ». On se marre et on applaudit encore et encore. Je parie qu’il a fait de même, dans sa tête.

Une fois dehors, une petite foule jubile, Raphaël arrive, c’est à qui l’embrassera. Jaillit alors spontanément la chanson des Gilets jaunes : « On est là, on est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là… ». Une équipe de FR3-Occitanie est sur place. Elle filme et interviewe. Raphaël dit calmement ce qu’il pense de tout ça et des emprisonnements des Gilets Jaunes. Le reportage passera au JT de 19/20H (2). Rien à redire. Ces journalistes peuvent venir dans les manifs des GJ sans gardes du corps, eux (compris BFMTV ?).

Fin de cette histoire ?

Non. Les flics à plumes et les flics à matraques n’ont pas aimé que justice soit rendue.

Les flics à plumes
La Dépêche du Midi publie le 7 mai 2019 une photo d’un GJ cagoulé, entièrement masqué, shootant dans une grenade place du Capitole à Toulouse et légendée « Il a été interpellé samedi ». En dessous, l’article commence ainsi : « Cet homme de 25 ans avait été interpellé samedi... ». L’article, signé Claire LAGADIC, rend compte du procès de « Raphaël, un restaurateur de 25 ans. » Tout l’article est à charge et donne l’impression (chère à la faschosphère) que la justice est trop clémente. Les moments du procès qui ont été déterminants sont éludés (en particulier le témoignage). Du coup, pour le lecteur, Raphaël n’est pas forcément innocent. Pour la Justice, il l’est. Pas pour la Dépêche.

Nous avons protesté plusieurs fois auprès de la Dépêche et demandé un rectificatif ou un droit de réponse. Nous n’avons obtenu, ni du journal, ni de la journaliste, la moindre réponse. Rien !
Cependant, mercredi 8 dans la soirée, la Dépêche a remplacé la photo crapuleuse par une autre, montrant la balance de la Justice. Mais, ils n’ont pas changé le début de l’article qui débute donc comiquement, sous la photo de la balance par : «  Cet homme de 25 ans avait été interpellé samedi... ».

Il va de soi que, aussi longtemps que le nécessaire rectificatif ne sera pas publié, nous sommes en position d’attaque (c’est-à-dire, de défense).

Les flics à matraque.
Dans cette affaire, la BAC, le commissaire qui nous a reçus et d’autres policiers hostiles ont un peu mangé leur chapeau. D’autres ont compati et se sont montrés humains. Il vaut mieux pour eux ne rien dire de plus, sauf : merci.

Est-ce que la police, en Macronie, peut se plier à la loi de la chose jugée ? On peut en douter : mercredi à 17h50, trois CRS en tenue, arme à le ceinture, sont venus coller leur visage contre la vitrine du restaurant de mes fils, mettant leurs mains en visière pour voir à l’intérieur, faisant un signe de tête à Raphaël avant de tourner les talons. Plus tard dans la soirée, des voitures de police passant dans la rue firent d’inhabituels ralentissements ostensibles devant le restaurant (3).

Conclusion : Aujourd’hui, samedi, Raphaël a cru plus prudent de ne pas aller manifester. Son frère aussi. Quant à moi, j’ai choisi de rester dans mon bureau pour écrire cet article.

Nous venons de remporter une victoire à la Pyrrhus (4).

Maxime VIVAS

Notes

(1) Le 14 août 2012 à 16 h, au téléphone, un journaliste de Charlie Hebdo m’a avoué qu’ils menaient une enquête sur le site Le Grand Soir, que sur moi ils n’avaient rien trouvé, mais que toute une équipe de journalistes de Charlie, d’autres journaux français et internationaux (!) étaient à la tâche. Depuis 2012, ça m’en fait des gardes à vue symboliques chez ces lascars.

(2) Par coïncidence, s’ouvrait le même jour le procès de Didier Lombard, ex-PDG de France Télécom. J’ai exercé le métier d’ergonome dans cette administration et j’avais écrit naguère un article sur les suicides (republié ces jours-ci par LGS). Des médias m’ont approché pour en parler. A 12h30, je donnais une interview à FR3-Occitanie pour le JT 19/20H. Quelques heures plus tard, une autre équipe de FR3-Occitanie interviewait Raphaël au sortir du tribunal, pour le JT 19/20H ! Je leur ai signalé ça et ils m’ont dit que je passerai donc le lendemain. En fait, ils ont passé les deux en me présentant sobrement comme « un ancien salarié de France Télécom ».

(3) Intimidations qui les desservent. Mon aîné a expliqué au commissaire, que les Gilets Jaunes et la police étaient instrumentalisés par le pouvoir. L’intérêt de la police et des citoyens est de revenir ou de parvenir à des rapports apaisés, sans haine.

(4) C’est juste une pause. On nous reverra ensemble dans les manifs. Entre-temps les choses que nous écrivons, ici et ailleurs, sont des boucliers. Au cas où...

URL de cet article 34907

Commentaire de Pierre P.

Un lien implicite est établi dans le papier de notre ami Maxime Vivas ci-dessous entre la violence des multinationales tel France-Télecom Orange avec celle de sa flicaille. J'ai connu Maxime Vivas quand il était ergonome à la Direction des lignes à grandes distances à Toulouse aprés avoir été agent du centre de Tri postal à Paris Brune...

Coincidence symbolique: il a été interviouvé par FR3 le même jour que celui où son fils avait été libéré suite aux saillies d'individus en uniformes de policier. Une question pertinente est posée: ces "hommes" seront-ils un jour jugés suite à leurs exactions comme ce fut le cas dans un lointain passé?

Citoyens qui regardaient benoîtement les spectacles hebdomabadaires montés par la société de production Castaner pour BFMTV et compagnie,  dans le meilleur des cas en marmonnant votre étonnement continuez bien à roupiller tranquille! Vivas montre que la torture "classique" avec la gégène etc...n'est pas loin, (voir aussi le cas Traoré...), sans parler des lâchetés de nombre de juges. "Justice de classe": vous dîtes Monsieur? l'Etat de droit fout le camp à toute vitesse...et dans tous les domaines.

L'oligarchie est prête à faire payer un prix très lourd l' abolition de ses privilèges: l'Histoire universelle nous le montre...

PP

Lire la suite

La Pitié-Salpêtrière : menteurs c’est sûr, mais délinquants aussi ? Par Régis de Castelnau

12 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes, #Les violences policières

La Pitié-Salpêtrière : menteurs c’est sûr, mais délinquants aussi ?

 

 

La destruction du mensonge : dimensions politiques

Ce qui s’est passé dans notre pays le 1er mai a livré par un étonnant dévoilement la radiographie d’un système macronien à nu. Se pose maintenant la question des conséquences immédiates, et en particulier celle des suites judiciaires qu’appelle à l’évidence le comportement des gens du pouvoir et ceux qui les soutiennent. Occasion supplémentaire d’interpeller la Justice française sur le fait qu’elle pourrait ainsi et enfin manifester sa volonté de faire respecter l’État de droit.

Nous avons assisté à la production de mensonges d’État relayés par un dispositif de communication hégémonique et qui se sont cependant fracassés sur la réalité et la vérité produite grâce à Internet et aux réseaux, outils que précisément Emmanuel Macron veut faire taire. Révélation irréfutable de plusieurs choses à commencer par la duplicité liberticide d’un pouvoir qui porte atteinte aux libertés d’expression et de manifestation en prétendant les protéger. Cette fois-ci, toutes les ficelles sont à nu.

Comme est désormais irréfutable l’existence d’intolérables violences policières délibérées, depuis que dans ses vœux du nouvel an Emmanuel Macron a annoncé son refus d’une solution politique à la crise. Pour s’en remettre exclusivement aux répressions violentes et punitives telles que les ont déployées police et justice contre une partie du peuple français. Mais cette fois-ci, des secteurs entiers de la société se sont cabrés devant l’énormité du mensonge, et précipités sur les réseaux qui dévoilaient non seulement la fake news d’État, mais étalaient au travers de vidéos et témoignages irréfutables, la réalité d’une violence policière aussi dangereuse et irresponsable que délibérément organisée.

Alors bien sûr, tout ceux, gauche politique en tête, qui avaient appelé en mai 2017 à faire barrage se précipitent à la recherche d’un bouc émissaire. Ce sera la cible facile, du calamiteux et presque toujours grotesque ministre de l’intérieur Christophe Castaner. Il le mérite largement et on ne va pas s’apitoyer sur l’amateur de vodka. En revanche il conviendra de ne pas oublier un Premier ministre dont on a fini par constater l’absence totale de culture démocratique, et tous ces ministres et parlementaires LREM, accompagnés des supplétifs médiatiques du pouvoir macronien qui se sont précipités pour relayer le mensonge. Nous permettant par la suite d’assister au spectacle de leur recul en désordre fait d’éléments de langage standard, de raisonnements tortueux, de contorsions, et d’analyses sémantiques hilarantes. Jamais d’excuses en revanche, il ne faut pas trop en demander.

Menteurs mais aussi délinquants

Alors qu’ont donc fait tous ces braves gens qui devrait connaître des suites judiciaires, si depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron l’État de droit dans notre pays n’était pas à ce point devenu à géométrie variable ? On ne parlera pas des violences policières largement documentées, et qui provoquent le pieux silence de parquets occupés à poursuivre d’ignobles criminels qui ont osé scander « Castaner assassin » dans une manifestation. Ce sera pour une autre fois.

En revanche il y a au moins trois infractions pénales qui devraient encourir les sanctions prévues par la loi, tant pour l’auteur principal du mensonge que pour ceux qui l’ont délibérément relayé ou utilisé.

La première est celle qu’incrimine l’article L 97 du Code électoral, puisque nous sommes à quelques jours d’un scrutin national : «Ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, auront surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter, seront punis d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 15 000 euros ». L’intention frauduleuse des menteurs est assez évidente au regard de la campagne menée par Nathalie Loiseau. Aucun programme, simplement un appel au barrage des vilains populistes antisémites, homophobes et factieux que sont les gilets jaunes. Mais si on lit bien le Code on constate que l’intention frauduleuse n’est pas nécessaire et qu’il suffit que le mensonge ait eu pour conséquence cette altération de la sincérité du scrutin. La propagande mensongère est sanctionnée. À notre sens, mais nous ne sommes pas le juge, l’infraction est constituée.

Il y a ensuite le droit pénal général qui avec l’article 322-14 du Code n’aime pas trop que l’on crie « au loup ! » de façon injustifiée. « Le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information dans le but de faire croire qu’une destruction, une dégradation ou une détérioration dangereuse pour les personnes va être ou a été commise est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. » Laissons de côté tous les relais empressés de la fausse nouvelle qu’il faudra pourtant poursuivre, (n’est-ce pas Monsieur le procureur) pour nous concentrer sur Christophe Castaner. Que nous dit Libération le 2 mai à 7h32 : « en déplacement à l’hôpital, où un CRS a été admis pour une blessure à la tête, le ministre de l’Intérieur a évoqué une «attaque» par des dizaines de militants anticapitalistes d’ultragauche «black blocs». «Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation. Nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation ». Mensonge total confirmé dans un tweet du même ministre : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République ». Franchement, si le parquet faisait son travail républicain, on ne voit pas comment le ministre de l’intérieur pourrait échapper à une saisine de la Cour de justice de la république, à une incrimination bonne et due forme et à une condamnation. Pour les supplétifs ce devrait être les tribunaux ordinaires.

Enfin, tournons-nous à nouveau vers le droit pénal spécial c’est-à-dire vers la loi du 29 juillet 1881 qui organise la liberté d’expression notamment par le droit de la presse. Il y a l’article 27 de cette loi qui dit ceci : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. » La première observation sera de rappeler que le droit positif permettait très bien de lutter contre les fausses nouvelles, et que la loi fake news avait donc bien pour but exclusif de porter atteinte à la liberté d’expression sur les réseaux au profit du pouvoir macronien. La deuxième observation pour constater que Christophe Castaner est bien entendu concerné comme tous ceux qui se sont précipités pour relayer ses mensonges. Et qu’il n’est pas nécessaire que ces mensonges aient troublé la paix publique mais été seulement susceptibles de le faire. Concernant l’excuse de « bonne foi » qu’avancerait un des hommes les plus informés de France, on se contentera de sourire…

Que doit faire le parquet ?

Pour conclure, on se tournera vers les autorités du parquet et notamment celles du tribunal de grande instance de Paris. On sait les conditions dans lesquelles le successeur de François Molins a été, grande première dans l’histoire de la République française, choisi directement par Emmanuel Macron. Et que celui-ci, face à la mansuétude dont ses amis font l’objet et au zèle déployé dans la répression des gilets jaunes, n’a eu qu’à se féliciter de son choix. Mais il se trouve que la trentaine de gardes à vue consécutives aux incidents de la Pitié-Salpêtrière ont été très rapidement levées face à l’ampleur du mensonge, l’inanité des motifs des arrestations et la violence qui les avait accompagnées.

Sage décision, et il serait peut-être opportun de confirmer ce retour à une certaine rectitude juridique en ouvrant les procédures qu’exige le respect de la loi, contre les policiers gifleurs, lanceurs de pavés, matraqueurs sans raison, jusqu’ici soigneusement préservés. Et surtout en poursuivant tout ceux, ministre de l’intérieur en tête, qui se sont permis de prendre de telles libertés avec les lois qui protègent la paix publique et l’expression démocratique en période électorale.

À ceux qui me disent qu’il ne faut pas rêver, je réponds que l’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Lire la suite

Gilets jaunes : c’est au peuple qu’il appartient d’écrire la suite de l’histoire

9 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes

Gilets jaunes : c’est au peuple qu’il appartient d’écrire la suite de l’histoire
Des gilets jaunes marchent à Strasbourg samedi lors de l'acte XXIV du mouvement.
Des gilets jaunes marchent à Strasbourg samedi lors de l'acte XXIV du mouvement. Photo Patrick Hertzog. AFP

Des citoyens engagés dans le mouvement des gilets jaunes, la plupart proches ou membres de La France insoumise, appellent à créer, non un parti ou une association, mais des «cercles constituants» pour lancer une réflexion collective sur les institutions et le partage des richesses.

Tribune. Le 17 novembre 2018 a marqué l’entrée dans une nouvelle ère : celle du retour du peuple sur la scène de ce qui était devenu un théâtre d’ombres. Le mouvement des gilets jaunes a percuté de plein fouet l’atomisation libérale de la société en réouvrant une perspective collective. Les gilets jaunes ont donné à voir la volonté de constitution d’un corps politique refondé par le contrat social. Ce faisant, ils mettaient radicalement en cause l’organisation, ou plutôt la désorganisation de la société par l’émiettement individualiste, qui, depuis plus de trente ans maintenant, laisse les coudées franches à la finance galopante et à la caste qui la sert.

Les conclusions solitaires qui ont été tirées du «grand débat» par le monarque présidentiel n’ont apporté aucune réponse à cette exigence démocratique. Pire, toute proposition en ce sens a été immanquablement rejetée. Il faut dire que le cadre proposé était avant tout un corset : les gens étaient certes appelés à discuter, mais étaient «en même temps» privés de la liberté de décider. Face à l’irruption populaire, le pouvoir n’a proposé qu’un groupe de parole.

Le débouché politique du mouvement des gilets jaunes n’en reste pas moins un enjeu majeur pour l’ensemble du pays. Ce mouvement continue en effet à imprégner l’ensemble de la société. Par sa capacité à muter au fur et à mesure qu’il agrège, il a tiré sa force dynamique en s’affranchissant du cadre institutionnel. C’est donc une matrice nouvelle qu’il convient de fabriquer et qui rassemble le plus grand nombre.

Car si les gilets jaunes ne sont pas le peuple, ils en sont la pointe avancée, celle qui a formulé cet impératif démocratique : «Nous ne nous contentons plus d’être des individus. Nous revendiquons notre droit à la citoyenneté !» Dès lors, le seul débouché politique à la hauteur de cet élan est l’appropriation par l’ensemble du corps social et politique de cette exigence.

Nécessité fait loi : nous pensons que la République doit faire retour à ses commencements et s’engager sans attendre dans un processus constituant afin que la multitude se refonde en un corps politique décidant de son destin. L’élection d’une «assemblée constituante citoyenne» sera bien sûr, le moment venu, l’outil de sa mise en œuvre. Mais si l’on considère que la volonté générale procède du peuple et que c’est au sein de celui-ci que se forge l’intérêt général et non simplement dans la représentation, une assemblée constituante ne peut agir par délégation de souveraineté.

Ce mouvement nous met face à l’urgence d’inventer un modèle démocratique et social juste, respectueux de l’humain et de la planète. Il convient d’investir dès à présent et sans attendre l’étape préalable, celle de la maturation collective, de l’appropriation par le dialogue, de l’émergence dans le peuple de contenus émancipateurs et de droits de l’homme et du citoyen nouveaux : c’est au peuple qu’il appartient d’écrire la suite de l’histoire.

Nous, citoyens engagés dans le mouvement des gilets jaunes pour la Res publica et le bien commun, appelons à initier dès à présent, et partout où il n’existe pas déjà sur le territoire de structures qui puissent se saisir de cette question, des cercles constituants pour lancer la réflexion collective, tant sur le cadre institutionnel futur dont la France devra se doter, que sur les règles de vie collective pour les mettre en partage. Pas un parti, pas un mouvement, pas même une association, ces cercles constituants se retrouveront librement en réseau via une plateforme numérique pour faire circuler les propositions et enrichir la réflexion commune. Le temps constituant ne peut être capté par aucun : il appartient au peuple !

François Cocq auteur de l’Impératif démocratique, Catherine David Confédération paysanne, Nathalie Dinner conseillère départementale (PCF-FDG-LFI) déléguée au logement et à l’habitat, présidente d’un office public de l’habitat, Romain Dureau agroéconomiste, Christophe Gache secrétaire départemental du Mouvement des citoyens, Charlotte Girard universitaire et coresponsable du programme de LFI, Nicolas Guillet juriste, Mickael Idrac doctorant en sociologie des migrations à l’université Paris-Descartes, Manon Le Bretton responsable de l’école de formation de La France insoumise, Jeannick Le Lagadec conseillère départementale (PCF-FDG-LFI) déléguée à la santé, Walter Mancebon militant pour une VIe République, Alphée Roche-Noël auteur de Géographie de l’histoire de France, Jonathan Urbach avocat, Frédéric Viale coauteur de la Gauche à l’épreuve de l’Union européenne.

Lire la suite

Le boxeur comme métaphore. Par Antoine Perraud

7 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes, #Violences policières

Le boxeur comme métaphore
Par

Cœur de boxeur. Le vrai combat de Christophe Dettinger, essai d’Antoine Peillon écrit dans l’urgence démocratique, montre comment l’homme qui fit reculer les gendarmes mobiles sur une passerelle fut traité en symbole à détruire par un pouvoir aux abois.

Dans la guerre sociale qui se mène sous nos yeux contre le mouvement des gilets jaunes, la première victime ex-æquo – avec les suppliciés des violences policières –, c’est la vérité. Les « bobards » du premier conflit mondial ont été remplacés par les « fake news », qui pleuvent aujourd’hui comme à Gravelotte. Nous avons tous en tête la dernière tromperie gouvernementale en date : cette prétendue invasion de la Salpêtrière par des êtres humains non pas « casseurs » mais se réfugiant dans l’hôpital parisien pour n’être point cassés.

Un autre mensonge du pouvoir et de ses supplétifs s’estompe déjà, tant un clou chasse l’autre dans cette belligérance civile qui se joue à la fois sur le terrain et la communication qui s’ensuit. Cette mystification passée concerne le boxeur de la passerelle Léopold-Sédar-Senghor – elle enjambe la Seine entre le musée d’Orsay et l’Assemblée nationale, à Paris.

C’était lors de l’acte VIII des gilets jaunes, le samedi 5 janvier 2019, vers 14 heures. Un homme seul, bonnet vissé sur le crâne, fit crânement reculer la troupe, à mains nues ou presque – il portait des gants –, implacable dans sa gestuelle efficace, quasi chorégraphique, face à des gendarmes mobiles casqués, armés, harnachés, qui reculèrent. La « déroute » apparut et une grande partie de la France, le peuple pour tout dire, se sentit vengée.

 

Le boxeur de la passerelle © Mediapart

 

Le boxeur ainsi surgi, Christophe Dettinger, allait payer très cher son fait d’armes sans la moindre arme. L’appareil d’État, épaulé par des médias malléables et une justice aux ordres, allait fondre sur cette proie transformée en chasseur, en tourmenteur, en martyriseur des braves forces de l’ordre.

La vérité, c’est le mensonge et tous les coups sont donc permis, de la part d’une classe possédante retrouvant ses réflexes versaillais face à la Commune : ô panique de ne pas avoir le dessus, inédite depuis 1871 ! Le boxeur salutaire serait transformé en barbare ; du reste n’était-il pas « gitan » ?…

Face à un tel enfumage des biens-pensants, le journaliste Antoine Peillon prend la plume et publie, quatre mois plus tard, Cœur de boxeur. Le vrai combat de Christophe Dettinger, aux éditions – si bien nommées – Les Liens qui libèrent.

Grand reporter à La Croix, Antoine Peillon ne se livre pas à une angélophanie : le boxeur n’est pas ailé. Ni à une béatification immédiate (« Santo subito ! ») : le boxeur ne porte pas d’auréole. Dans son avant-propos, l’auteur se situe néanmoins du côté de l’apologie : « Mais il faut entendre “apologie” au sens de justification, de défense, en aucun cas d’idolâtrie. »

Pour ce faire, Cœur de boxeur propose trois stations : un arrêt sur images (revenir sur la vidéo que dévoyèrent les commentateurs macroniens) ; un arrêt sur ripostes politiques (revenir sur les cataractes de déclarations malsaines, à commencer par celles du président de la République quant au supposé parler « gitan » du boxeur ainsi cloué au pilori) ; un arrêt sur dénis de justice (la vendetta orchestrée à l’encontre d’un homme à briser).

Malgré quelques défauts fiévreux – Antoine Peillon s’abrite trop souvent derrière des citations de grands auteurs décrochées comme des étoiles et son essai hésite entre deux focales : la lettre ouverte à « cher Christophe Dettinger » et des philippiques récapitulatives à l’encontre d’un pouvoir qui ose tout –, le livre fait terriblement mouche. Le boxeur apparaît telle la métaphore de l’injustice acharnée qui nous pend au nez en cette macronie galopante.

Laissons de côté le rôle et les réactions du triste sieur Castaner – l’un des ministres de l’intérieur les plus nuls que la France ait eu à subir : il « n’a rien eu que de vulgaire et de subalterne » (pour paraphraser de Gaulle à propos de l’affaire Ben Barka). Remontons au chef de l’État, Emmanuel Macron, qui s’est montré sans frein, sans éthique, sans surmoi ; quasiment du même ordre (nouveau) que l’horreur lepéniste qu’il était censé conjurer.

Voici en effet ce qu’écrit Antoine Peillon : « Le 31 janvier, devant un cénacle de “journalistes de cour” (expression du clairvoyant Claude Askolovitch) conviés à participer à une “conversation libre” (en off) dans son bureau à l’Élysée, le Prince se lâchait : “Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan…” »

Le livre rapporte ensuite les propos, sur France Info le 2 février, de Laurence Léger, avocate de ce boxeur ainsi lynché par un président autocrate faisant fi de la séparation des pouvoirs : « Je suis abasourdie et stupéfaite. Qu’est-ce que c’est les mots d’un Gitan ? Qu’est-ce que ça suppose comme sous-entendus ? Ça voudrait dire quoi, que les Gitans ne parlent pas français, peut-être ? Ou qu’ils le parlent moins bien que les autres ? Ou que les Gitans sont moins français que les autres, ou des citoyens de seconde zone ? Je dis que ce sont des propos extrêmement graves, extrêmement choquants, ça a un nom, ça s’appelle du racisme, de la discrimination, et venant d’un chef de l’État, je pense que ce n’est pas digne d’un président. »

Les classes possédantes ont tout fait pour « lepéniser » les gilets jaunes, mais c’est bien le président de la République, dans sa sainte trouille, qui parlait et pensait comme Marine Le Pen.

Antoine Peillon revient, de surcroît, sur le procès en antisémitisme, vicieux et vicié, fait à l’ensemble des gilets jaunes : « Je me suis battu pendant de nombreuses années, contre l’antisémitisme et tous les racismes, quels qu’ils soient. À mes risques et périls et à ceux de ma famille, de mes enfants. Je n’entrerai pas dans le détail. Et je ne tolérerai jamais la moindre parole ni le moindre acte antisémite. Mais je n’accepte pas plus et n’accepterai jamais une quelconque instrumentalisation, surtout politicienne, de la lutte contre cette “peste”. »

Calomnié, souillé, déshonoré, Christophe Dettinger se révèle donc comme le symbole d’un mouvement sciemment caricaturé par le gouvernement et ses relais.

Alors Antoine Peillon décrasse l'opprobre ainsi jeté sur un homme caractéristique. Un passage clef revient sur les coups donnés par le boxeur à un représentant des forces de l’ordre à terre, toujours sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor, le 5 janvier dernier. Que s’est-il passé ? Comme il le précisera lors de sa garde à vue deux jours plus tard, le futur inculpé pour « atteinte à l’autorité et à l’image de l’État » a vu, entre autres violences, les gendarmes mobiles « donner des coups de matraque à une femme au sol, avec un manteau rouge ». Alors il a volé à son secours, obtenant le dessus pour arracher cette femme à la géhenne des pandores.

Le boxeur et le gendarme à terre © Mediapart

En guise d’offre de preuve, Antoine Peillon retranscrit le témoignage de la dame au manteau rouge, diffusé par RTL le 8 janvier : « J’étais déjà au sol, en boule, et Christophe Dettinger est venu, a pris le CRS qui était en train de me frapper et l’a enlevé. Il m’a sauvé la vie […] Je marchais en famille, je me suis retrouvée par terre, au sol. Un policier m’a donné des coups de matraque et des coups de pied. Un autre a essayé de l’arrêter en disant : “Arrête de taper, arrête de taper”, puisque je n’avais rien fait, je ne faisais que marcher. Le policier n’arrivait pas à arrêter son collègue qui était déchaîné, et Monsieur Dettinger est arrivé, a pris le policier et l’a enlevé de moi. J’ai reçu des coups de matraque dans la bouche, dans les dents, des coups de pied dans les côtes. Et comme j’ai un problème pulmonaire, si j’avais reçu trop de coups trop longtemps, j’y passais. Donc, il m’a sauvé. Il m’a sauvé la vie. »

Lors de sa garde à vue, le boxeur a dit, à propos du garde mobile contre lequel il avait un instant retourné la violence  : « J’ai vu dans son regard la peur, j’ai donc arrêté. » N’ont pas de tels scrupules les forces de l’ordre lâchées par le ministre Castaner contre les gilets jaunes, au risque de terribles « paponnades », avec les éborgnements et autres plaies irrémédiables au visage que nous savons…

Une fois nettoyés par le livre de tous les bobards déversés à son encontre (notamment à propos de ses gants qui n’étaient pas renforcés de plomb contrairement à ce qu’affirma France 2), Christophe Dettinger apparaît tels que le décrit Me Henri Leclerc, lors de son procès : « J’ai vu un homme simple, un homme du peuple, qui s’est cultivé, pour progresser. J’ai vu un homme qui était bouleversé par ce qu’il avait fait. Cet homme, je peux dire tranquillement qu’il est adoré de partout. »

 

Tous les témoignages produits « en justice » insistent sur l’altruisme du boxeur. Et la présidente du tribunal est obligée de convenir que des lettres de soutien affluent par caisses – toutes affirment que le prévenu est « quelqu’un de gentil ». Qu’à cela ne tienne ! En prétendant dire le droit, le tribunal correctionnel de Paris acquiesce au désir du pouvoir : Christophe Dettinger a été condamné à 30 mois de prison. Douze ferme – ensuite aménagés en semi-liberté : travail le jour, cellule la nuit –, suivis de dix-huit avec sursis et mise à l’épreuve.

 

C’était le 13 février 2019. Le jour même, rappelle Antoine Peillon, Jérôme Cahuzac voyait sa demande d’aménagement de peine acceptée par un juge d’Ajaccio – il échappait donc ainsi à la prison remplacée par un simple bracelet électronique.

« Selon que vous serez puissant ou misérable/ Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Avec un supplément d’ignominie depuis La Fontaine. La plateforme Leetchi bloque la cagnotte en ligne destinée au boxeur (double peine). La mairie d’Arpajon le met à pied le 21 mars (triple peine). Tout cela contre un homme qui avait déclaré en janvier : « Je manifeste pour tous les retraités, le futur de mes enfants, les femmes célibataires. Je suis un gilet j’aune, j’ai la colère du peuple qui est en moi. » Et qui récidivait en mars : « Je suis gilet jaune et je resterai gilet jaune. Vivent les gilets jaunes ! »

                                                                      *******************

 

9791020907295-475x500-1
Lire la suite

Affaire Geneviève Legay: zones d’ombre et nouveau conflit d’intérêts dans l’enquête. Par Pascale Pascariello

7 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes, #Violences policières

Affaire Geneviève Legay: zones d’ombre et nouveau conflit d’intérêts dans l’enquête
Par

Selon nos informations, la commissaire chargée de l’enquête préliminaire, compagne du policier responsable de la charge ayant causé les blessures de la militante d’Attac Geneviève Legay, participait elle-même aux opérations de maintien de l’ordre, le 23 mars. L’enquête soulève des interrogations, notamment sur le temps imparti pour rendre compte des images de vidéosurveillance, montrant un policier pousser la septuagénaire. 

Au cours d’une manifestation des gilets jaunes, le samedi 23 mars à Nice, la militante d’Attac Geneviève Legay a été grièvement blessée par une charge de police. Le procureur Jean-Michel Prêtre a confié l’enquête préliminaire à Hélène Pedoya, cheffe de la Sûreté départementale, qui n’est autre que la compagne du commissaire Rabah Souchi, chargé des opérations ce jour-là, comme nous le révélions ici

Geneviève Legay, samedi 23 mars à Nice, lors d'un rassemblement des gilets jaunes. © Reuters

Connu du magistrat, ce lien de concubinage qui remet en question l’impartialité de la procédure n’est pas la seule aberration du dossier. Selon des sources proches de l’enquête, Hélène Pedoya a également participé au maintien de l’ordre le jour même de la manifestation, et de surcroît dans le périmètre où Geneviève Legay a été heurtée par des policiers. 

Le 23 mars, dès l’ouverture de l’enquête, auditionné sur le dispositif mis en place lors de la manifestation, le responsable des opérations policières Rabah Souchi précise que « le secteur centre-ville, mairie, palais de justice, est placé sous l’autorité du commissaire divisionnaire Pedoya Hélène en charge de l’implantation statique des forces mobiles à des points définis ». Sa compagne est ainsi juge et partie.  

Interrogé par Mediapart sur ce nouveau conflit d’intérêts, le procureur Jean-Michel Prêtre confirme avoir « été au courant de la présence d’Hélène Pedoya lors des manifestations, dans la zone où Geneviève Legay a été blessée » mais sans percevoir « où est le problème ». Il tente néanmoins de minimiser l’implication de la commissaire divisionnaire qui, selon lui, « ne menait pas l’enquête. C’est le service qu’elle dirigeait qui en avait la charge [sic] »

Les allégations de Jean-Michel Prêtre, qui s’est déjà illustré par des déclarations mensongères (à lire ici), sont contredites par plusieurs documents, qui prouvent que c’est bien Hélène Pedoya qui lui rend compte de l’état d’avancement de l’enquête et des orientations à prendre. Le 25 mars, par exemple, elle le rencontre dans son bureau et le 28 mars, ils échangent par téléphone sur le résultat des réquisitions, notamment.

Par ailleurs, un officier de police judiciaire s'est appliqué à signaler par écrit que « Monsieur le Procureur insist[ait] » pour que la procédure soit confiée au service dirigé par Hélène Pedoya, « à qui nous rendons compte des instructions de Monsieur le Procureur de la République ». 

Cette nouvelle entorse aux règles de déontologie vient jeter l’opprobre sur l’institution judiciaire et interroge sur l’absence de réaction de la garde des Sceaux. En effet, s’agissant d’un procureur, si un manquement est retenu, c’est à la ministre Nicole Belloubet de décider des sanctions (article 58-1 de l’ordonnance de 1958 relative au statut de la magistrature)

Lors de nos précédentes révélations sur les liens de concubinage qui unissaient la chargée de l’enquête et le commissaire responsable des opérations de police à l’origine des blessures de la septuagénaire, la direction des services judiciaires avait saisi le procureur général de la cour d’appel d’Aix-en-Provence en vue de convoquer Jean-Michel Prêtre. « À la suite de cet entretien, la garde des Sceaux appréciera les suites à donner », nous précisait le 12 avril le ministère de la justice. 

Interpellée depuis sur ces nouveaux éléments, la chancellerie a déclaré que le procureur Jean-Michel Prêtre avait été convoqué et entendu par le procureur général Robert Gelli. En revanche, aucune réponse ne nous a été apportée quant aux mesures envisagées par la ministre Nicole Belloubet.

Une source proche de l’enquête, qui très tôt nous avait signalé les liens existant entre les commissaires Hélène Pedoya et Rabah Souchi, déplore « ce nid de conflits d’intérêts. Dès le début, tout a été fait pour que les responsables soient épargnés. Ni le procureur ni le directeur départemental de la sécurité publique ne sont intervenus pour faire cesser une situation qu’ils connaissaient ».

Nous aurions souhaité pouvoir interroger le directeur de la sécurité publique des Alpes-Maritimes, Jean-François Illy. Mais en réponse, c’est le ministère de l’intérieur qui est revenu vers nous pour s’informer de l’objet de notre demande et nous confirmer, ensuite, qu’il entrait bien dans les prérogatives de Jean-François Illy de vérifier qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts dans les procédures suivies par ses services. Relancé, le ministère de l’intérieur nous a opposé une fin de non-recevoir, déclarant ne pas vouloir commenter les faits. Étrange revirement. 

Close le 29 mars par le parquet, cette enquête préliminaire ne manque pas de soulever de nombreuses interrogations, dont celle de savoir s'il y a eu l'intention de dissimuler les preuves quant à l’origine des blessures de la septuagénaire, impliquant les opérations de maintien de l’ordre décidées par le commissaire Rabah Souchi et sa hiérarchie. Au regard des éléments et des témoignages que Mediapart a pu recueillir, la question se pose, de toute évidence.

Pourquoi madame Belloubet protège-t-elle encore le procureur Jean-Michel Prêtre ?

Dès le 23 mars, les vidéosurveillances qui quadrillent la place Garibaldi où Geneviève Legay a été heurtée sont saisies. Elles sont visionnées une première fois le lendemain. L’une d’elles est ainsi retranscrite : « Mme Legay se trouve face aux forces de l’ordre […]. Constatons que ces derniers progressent en ligne. Madame Legay reste statique. Puis remarquons qu’elle est bousculée. » Malgré ces observations faites par un officier de police judiciaire, ces images ne seront exploitées qu’en fin d’enquête.

 

Jean-Michel Prêtre, procureur de la République de Nice. © DRJean-Michel Prêtre, procureur de la République de Nice. © DR
Le 25 mars, Hélène Pedoya se rend, à 11 heures, dans le bureau du procureur de la République de Nice. Nonobstant les différents constats, ils excluent tout contact entre les forces de l’ordre et Geneviève Legay. Le jour même à la presse, Jean-Michel Prêtre affirme ainsi que Geneviève Legay « n’a pas été touchée par des policiers. Il n’y a aucun contact direct entre un policier et cette dame ».

 

De son côté, dans un entretien accordé à Nice Matin, le président de la République indique que « cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Avant d’ajouter que « pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. […] Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci »

L’enquête s’oriente très vite vers les journalistes et manifestants présents autour de Geneviève Legay avec l’intention, à peine dissimulée, d’en faire les coupables de sa chute et donc de ses blessures. Pourtant, à partir du 25 mars, les policiers sont entendus et, comme nous le révélions (lire ici), certains disent avoir poussé des manifestants : « Nous avons chargé, donc effectivement nous avons poussé les personnes devant nous. »

Il faut attendre le 28 mars, alors que plusieurs témoins se sont exprimés dans les médias en attestant du heurt entre des policiers et la septuagénaire, pour que les enquêteurs ressortent des tiroirs les images de vidéosurveillance et en fassent un compte-rendu précis : « Mme Legay est projetée sur sa gauche suite à un contact avec un policier. » Le lendemain, un policier reconnaît que c’est bien une femme qu’il avait poussée, et non pas un homme comme il l’avait affirmé au cours de sa précédente audition.

Interrogé à ce sujet, le procureur Jean-Michel Prêtre reconnaît, non sans embarras, que « dès le 23 mars, les images avaient été réquisitionnées mais que leur traitement a été plus long que prévu ». Il ne précise pas en revanche les raisons d’un tel délai dans l’exploitation de ces vidéos qui, contrairement à ses propos, ont été visionnées dès le 24 mars et révèlent déjà la responsabilité des policiers dans les blessures de la militante d'Attac.

 

Jean-Michel Prêtre n'a jamais donné suite aux plaintes déposées par l'avocat de Geneviève Legay, Me Arié Alimi, pour « violences volontaires en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable », et « subornation de témoins ». Depuis le 29 mars, l'enquête a été confiée à des juges d’instruction de Nice, saisis d’une information judiciaire pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ». 

 

« Tant le service enquêteur que le parquet avaient connaissance de la réalité de la violence dès le début de l’enquête, ce qui implique une manipulation délibérée de la chronologie procédurale et une succession de faux procès-verbaux, déplore Me Arié Alimi auprès de Mediapart. Ce qui n’est pas étonnant, puisque les suspects de l'enquête sont ceux qui sont chargés de l'enquête par le procureur en connaissance de cause. C’est bien au-delà du conflit d’intérêts. On n’aurait pas fait mieux en Turquie. »

Après qu’une première demande de dépaysement de l’affaire a été refusée, l’avocat de Geneviève Legay en a déposé une seconde le 5 avril. Cette fois-ci, prise en compte, elle est en cours d’examen par le procureur général près de la Cour de cassation qui devrait se prononcer avant le 5 juin. 

« Aujourd’hui, le même procureur a toujours la maîtrise d’une partie de l’instruction alors qu’il est aussi suspect potentiel, rappelle l'avocat. La question est : pourquoi madame Belloubet le protège-t-elle encore ? »

En définitive, selon les différents témoignages et comme nous l’affirmions au début de cette affaire, ce qui en ressort en filigrane, c’est la violence disproportionnée d’une charge des forces de l’ordre face à une poignée de manifestants pacifistes qui ne représentaient aucune menace. Et comme d’autres enquêtes portant sur les violences policières, elle soulève la question de l’impartialité de la justice.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

Lire la suite

« Attaque » de la Pitié : Internet et les réseaux armes de la vérité. Par Régis de Castelnau

7 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes, #Violences policières

« Attaque » de la Pitié : Internet et les réseaux armes de la vérité

Ce qui vient de se produire à l’occasion des manifestations parisiennes du 1er mai avec le mensonge sur l’attaque de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière est quelque chose d’assez extraordinaire. Extraordinaire d’avoir vu un pouvoir d’État dévoyé un niveau rarement atteint sous la République. Extraordinaire le spectacle d’une presse nationale qu’elle soit écrite ou audiovisuelle complètement aux ordres de ce pouvoir. Extraordinaire cette mobilisation d’une classe intellectuelle et médiatique se lançant dans la surenchère pour applaudir un mensonge d’État dont l’évidence aurait pu immédiatement sauter aux yeux en usant d’un minimum d’esprit critique.

Mais finalement, quelle leçon politique nous a fourni le déroulement de la journée du 2 mai et quel révélateur de la crise qui secoue la société française !

La vérité des faits

Chacun sait maintenant ce qui s’est passé dans l’après-midi du 1er mai sur le boulevard de l’hôpital et dans l’enceinte de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Le cortège de la manifestation a été scindé en trois par les forces de police, chaque partie faisant l’objet de charges et d’intervention de canon à eau. Cette stratégie volontairement dangereuse enferme les manifestants dans des nasses dont craignant les violences policières ils cherchent à s’échapper. C’est ce qui s’est produit avec l’intrusion de groupes pacifiques quelques instants auparavant, dans un parking dépendant de l’hôpital. Les gens espérant que les policiers se contenteraient de disperser la manifestation sur le boulevard, ont vu avec effroi les policiers rentrer dans ce parking et y lancer leurs charges alors qu’il n’y avait bien sûr aucun incident. Éparpillement des manifestants dans l’enceinte de l’établissement lui-même qui quand on le connaît apparaît comme une véritable ville avec ses bâtiments et ses rues. Les policiers en poursuivi leur stratégie folle de chasse à l’homme dans cet entrelacs, provoquant naturellement la panique. Un groupe ne comprenant aucun black bloc ni casseur s’est alors réfugié sur une passerelle, et pour se mettre à l’abri, a tenté de rentrer dans les locaux de ce qui s’est révélé être le service de réanimation de l’hôpital. Avec le professionnalisme et le sang-froid, qui caractérise le personnel soignant en général et celui des services de réanimation en particulier, ce qui était de service en ce 1er mai, se sont opposés calmement à l’intrusion. Et au fur et à mesure les choses se sont calmées. Le mieux pour mesurer la réalité de cette présentation est de voir les vidéos de ce qui s’est passé et d’écouter le témoignage des soignants impliqués. Cette réalité, cette vérité, ont été travesties par le ministre de l’intérieur de la République complètement déshonoré pour l’occasion. Il n’y a pas, en présence, deux versions de ce qui s’est passé comme le prétendent multipliant les contorsions ceux qui se sont imprudemment engagés, il n’y en a qu’une. Celle de la vérité factuelle.

Un Ministre menteur et ses amis

C’est la première leçon. Pour le service de ses petits intérêts politiciens, en période électorale, celui qui a la responsabilité de l’ordre public n’a pas hésité à profiter des excès des forces de l’ordre sous ses ordres et a proféré une série de contrevérités ahurissantes pour disqualifier ceux qui utilisent leur droit constitutionnel de manifestation, et après les avoir traité de lépreux, de fainéants, d’illettrés, de foule haineuse, d’antisémites, de factieux, on les qualifie de monstres assoiffés de sang qui s’attaquent au sanctuaire absolu qu’est le service de réanimation d’un hôpital. Chacun sait que Christophe Castaner n’aurait jamais dû être nommé à ce poste, cette dernière initiative n’en est qu’une nouvelle est atterrante illustration.

La seconde leçon, concerne toute la cohorte de ceux qui se sont précipités pour soutenir l’insoutenable. Le caractère invraisemblable de la présentation et des accusations sautait pourtant aux yeux. Malgré cela, précipitation et abdication de tout esprit critique, symptômes de l’allégeance au pouvoir dominant, ont conduit l’essentiel des médias, à l’exception heureuse de Libération, à emprunter la voie du déshonneur professionnel. Accompagnés par une collection de personnalités lancées dans une surenchère assez obscène, bombardant Twitter et autres réseaux de messages de couroux solennel condamnant les atrocités. On ne va pas dresser la liste de ceux qui qui voient revenir maintenant les boomerangs, occupés à des contorsions risibles pour se justifier et à essayer d’effacer les messages qui seraient passés au travers des captures d’écran. Simplement citer Martin Hirsch directeur de L’APHP qui n’a pas hésité à évoquer la possibilité d’une volonté meurtrière contre les malades dans « l’attaque » du service de réanimation. Et ce conseiller à l’Élysée auteur d’un statut Facebook vengeur vilipendant les terroristes jaunes et noirs, curieusement disparu dans l’après-midi. Et peut-être aussi Raphaël Enthoven, doublement imprudent, d’abord par le relais empressé du mensonge castanérien, puis par un engagement aventureux de manger son chapeau s’il s’avérait qu’il avait tort. Il va falloir s’exécuter Monsieur Enthoven, votre dignité est à ce prix, et sachez que le panache est le seul moyen de réussir ses échecs. On réservera un ban pour Éric Naulleau qui n’a dit que des bêtises et a ensuite tout laissé.

Les réseaux sont pleins de ces vidéos, captures d’écran, explications gênées, et voir les uns et les autres patauger dans l’embarras et la confusion, voire un cynisme tranquille, est une vraie gourmandise. Et que dire du spectacle de la caricature de la crise générée par Emmanuel Macron : France d’en haut contre France d’en bas.

Internet et réseaux contre les mensonges d’Etat

C’est justement là que se loge la troisième leçon. Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a accentué les atteintes aux libertés publiques. Comme seule réponse à la crise politique qu’il a provoquée, il a ensuite instrumentalisé la police à des fins de répression violente dont la brutalité et les illégalités se multiplient sous le regard des caméras dont tous les citoyens disposent aujourd’hui et que l’on retrouve les vidéos effarantes à foison sur les réseaux. Sous le regard stupéfait de la presse et des institutions internationales, on y voit dans toute la France, les membres forces de l’ordre se comporter souvent, trop souvent comme des nervis. Emmanuel Macron, bénéficiant d’une complaisance désolante de la magistrature, a instrumentalisé la justice et mis en place une répression judiciaire d’une brutalité inconnue depuis la guerre d’Algérie. Il ne faut pas se tromper, la panique des manifestants sur la passerelle devant le service de réanimation de la Salpêtrière a pour origine cette peur justifiéeà la fois de la violence policière, et de la brutalité judiciaire qui multiplie gardes à vue illégales et peines de prison délirantes. Enfin, Emmanuel Macron a instrumentalisé une Assemblée nationale croupion, composée de parlementaires godillots qui acceptent sans broncher de voter des textes gravement liberticides, sans d’ailleurs que le conseil constitutionnel d’Alain Juppé n’y voit d’inconvénient. Et c’est ainsi que nous avons eu la fameuse loi Fake news. L’adoption de cette loi préparée par une campagne de propagande rythmée par des sondages biaisés, la diabolisation systématique des réseaux, la dénonciation de la haine que ceux-ci véhiculeraient. Elle a donné au pouvoir des outils juridiques pour s’arroger une forme de monopole de la vérité. Rappelons que ce texte répressif permet de porter des coups à la liberté d’expression dans des proportions plus qu’alarmantes. Compétence a été donnée au juge des référés statuant sous 48 heures de dire ce qu’est la vérité objective, avec le pouvoir d’interdire tout autre récit et de lourdement sanctionner hébergeurs et plates-formes. Le ministre du numérique nous a annoncé une nouvelle loi réprimant la liberté d’expression pour soi-disant : « lutter contre la haine sur les réseaux ». La cible évidente est Internet, l’objectif l’est aussi, faire taire toute parole n’émanant pas du pouvoir et de ceux qui le soutiennent, en l’occurrence la plus grande partie de la presse entre les mains des grands intérêts financiers. Étonnante situation qui amène les principaux producteurs de fake news, c’est-à-dire les pouvoirs d’État, à renverser l’accusation pour porter atteinte à la liberté d’expression. Karl Rove qui fut le conseiller de George Bush au moment du déferlement des mensonges d’État pour justifier la guerre d’agression contre l’Irak a théorisé cette stratégie. « Les journalistes se réfèrent à la réalité et croient que des solutions émergent de l’étude d’une réalité discernable.[…] Mais ce n’est plus la façon dont fonctionne le monde […] Maintenant, nous sommes un empire, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. »

Christophe Castaner et ses relais ont eux aussi voulu créer leur propre réalité. Or Il vient de se produire un événement de portée considérable où Internet et les réseaux ont permis de mettre à bas ce qui n’était rien d’autre qu’une fake news d’État et de restaurer la vérité à la face de tous. Le ministre de l’intérieur a officiellement proféré un mensonge visant à disqualifier ceux qui s’opposent au pouvoir qu’il incarne, mensonge relayé par une presse à la fois complaisante et connivente. Ce sont les informations irréfutables et partagées circulant sur les réseaux qui ont obligé les menteurs, à faire, souvent piteusement machine arrière. La réalité et la vérité ont été rétablies grâce aux citoyens qui ont pris les vidéos, les ont publiés, ont témoigné, et ce grâce au média qu’est Internet. Le matin du 2 mai les Français écoutant Christophe Castaner, ouvrant leur journal, allumant leur télévision et leur radio apprenaient qu’une bande de blacks blocs avait pris d’assaut le service de réanimation d’un grand hôpital afin d’y commettre des violences et de mettre en danger la vie des patients. 12 heures plus tard, sous les coups de la prise de parole des citoyens mobilisés, le mensonge s’effondrait. Le pouvoir et ses épigones étaient contraints de reculer en désordre. On sait maintenant qui est producteur de fake news, qui ment, qui est complotiste, et qui est violent.

Et on sait aussi pourquoi ces gens-là qui ont peur de la vérité, veulent verrouiller les outils de notre liberté d’expression.

Lire la suite

Le scandale de la fausse attaque de la Pitié-Salpêtrière : pourquoi le régime de Macron dénigre à ce point les Français ? Par Karine Béchet Golovko.

5 Mai 2019 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Les Gilets Jaunes, #Violences policières

vendredi 3 mai 2019

Le scandale de la fausse attaque de la Pitié-Salpêtrière : pourquoi le régime de Macron dénigre à ce point les Français ?
 
 
 
La Pitié-Salpêtrière attaquée par une horde jaune barbare, mettant en péril le travail du service de réanimation, volant du matériel médical et dégradant les lieux. La Pitié-Salpêtrière sauvée par de valeureux chevaliers sans peur et sans reproche. Voici le fantasme de tout un Gouvernement, voici l'image que leurs élites ont des blessures du peuple français, voici toute la considération qu'ils nous portent. Ici, la presse écrite ne suit plus, cela va trop loin.
 

 
Lors de la manifestation parisienne du 1er mai, un groupe des forces de l'ordre a poursuivi un groupe de manifestants apeurés et paniqués, qui sont venus se réfugier en catastrophe au sein de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Mais telle n'est pas la version officielle initiale.
 
Voici les déclarations de la ministre de la Santé, Agnès Buzin :
 
 
Notre cher ministre de l'Intérieur, Castaner, même après que les faits aient été démentis, ne retire pas son tweet :
 
 
Comme le relève le journal Le Monde :
Alors que le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, avait alerté dès mercredi en fin de journée sur « une tentative d’intrusion violente dans le service de réanimation chirurgicale » perpétrée par « une bande de manifestants/casseurs », tous les éléments, notamment vidéo, recueillis par Le Mondeplaident en faveur d’une autre thèse : celle de nombreux manifestants s’étant réfugiés dans l’enceinte hospitalière pour s’abriter des gaz lacrymogènes. Parmi eux, 32 ont été interpellés et placés en garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences ».
D’après les informations du Monde, seuls deux d’entre eux présentent un profil proche de celui des black blocs et sont défavorablement connus des services de police. Les autres ont davantage à voir avec des manifestants lambda qui ont tenté de se mettre à l’abri, à l’image d’un groupe de jeunes étudiants en économie et en médecine.
Jeudi 2 mai, toutes les gardes à vue ont été levées.
Mais pour autant, le réflexe de caste est plus fort que l'intérêt public, la corporation ministérielle prime l'Etat :
 
 
 
Encore une affaire montée de toutes pièces, qui illustre cette dangereuse fracture dont souffre la société française, entre des élites auto-proclamées et déconnectées d'un peuple, que non seulement elles ne connaissent pas, mais qu'elles dénigrent, ignorent volontairement, ouvrant la porte à tous les fantasmes. Voici quelques exemples de tweet de pseudo-journalistes de la Macronie :
 
 
 
Le personnel de l'établissement a immédiatement démenti les paroles de leur directeur, ni agression, ni vols :
 
 
L'opposition appelle à la démission de Castaner, qui s'est mis en scène, a volontairement propagé de fausses informations pour entretenir la tension dans le pays. Pourtant, cette "ligne politique" n'est pas que le fait d'un seul Castaner, c'est le Gouvernement et derrière lui un Président inconscient et incapable, qui mènent le pays à la fracture, qui montent les hommes les uns contre les autres, puisque telle est la seule voie qui leur permette de gouverner, contre les intérêts nationaux. Tant que les hommes se battent entre eux, les lois passent, les décrets sont adoptés, les biens de la France sont privatisés et donnés à l'étranger, les problèmes d'immigration massive dus à la politique portes ouvertes sont oubliés, l'aggravation de la dette publique passe aux oubliettes, l'alourdissement de la pression fiscale est au second plan. Bref, tout va bien, car rien ne change : la situation ne fait que se détériorer, ce qui est parfait. Tout serait parfait, s'il n'y avait ces salauds de pauvres. Cette haine ancestrale, cette peur du nanti de perdre ce qu'il a et de ne plus être. Mais tout le monde n'a pas le talent de Gabin :
 
 
 
 
 
Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>