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Le blog de Lucien PONS

OSKAR LAFONTAINE PROPOSE « D’ABANDONNER » L’EURO. Repris sur le site du M'PEP.

31 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

 

 
 
jeudi 30 mai 2013
 
Auteur : par Texte du M’PEP

Oskar Lafontaine, dans un texte du 30 avril 2013 (voir ci-dessous) est le premier dirigeant européen à avoir fondé l’euro qui considère aujourd’hui qu’il faut « abandonner » la monnaie unique, revenir aux monnaies nationales et créer un nouveau Système monétaire européen. Sa position est une immense avancée qui témoigne de l’effritement croissant des positions du parti pro-euro. Il demeure cependant une limite à cette évolution : rien n’est proposé par Oskar Lafontaine pour se sortir de la crise, à court terme, qui passe nécessairement par une sortie de l’euro unilatérale, pays par pays. En tout cas les déclarations d’Oskar ont semé le trouble dans son parti, Die Linke, mais aussi au sein du PGE et du Front de gauche en France où beaucoup trouvent qu’il a raison.

 
 

 OSKAR LAFONTAINE PROPOSE « D’ABANDONNER » L’EURO

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 30 mai 2013.

Résumé

Oskar Lafontaine, dans un texte du 30 avril 2013 (voir ci-dessous) est le premier dirigeant européen à avoir fondé l’euro qui considère aujourd’hui qu’il faut « abandonner » la monnaie unique, revenir aux monnaies nationales et créer un nouveau Système monétaire européen. Sa position est une immense avancée qui témoigne de l’effritement croissant des positions du parti pro-euro. Il demeure cependant une limite à cette évolution : rien n’est proposé par Oskar Lafontaine pour se sortir de la crise, à court terme, qui passe nécessairement par une sortie de l’euro unilatérale, pays par pays. En tout cas les déclarations d’Oskar ont semé le trouble dans son parti, Die Linke, mais aussi au sein du PGE et du Front de gauche en France où beaucoup trouvent qu’il a raison.

 

Texte complet

Rappelons que Oskar Lafontaine a été l’un des fondateurs du parti de gauche allemand Die Linke dont il fut le président jusqu’en 2009. Il a été président du Parti social-démocrate allemand (SPD) de 1995 à 1999, ministre des Finances de 1998 à 1999 avant de démissionner en raison de divergences politiques avec le Chancelier (SPD) Schröder. Oskar Lafontaine est un poids lourd de la politique allemande et européenne.

 I.- Oskar Lafontaine dénonce «  l’hégémonie » allemande

Pour lui la « politique d’austérité » conduite par la chancelière allemande, Angela Merkel, « amène au désastre » non seulement l’Allemagne mais aussi l’Europe. Le chômage « atteint des niveaux dangereux pour la démocratie ».

Dès lors, de son point de vue, les « Européens du Sud », pays dans lesquels il inclut la France, vont « tôt ou tard être forcés de se révolter contre l’hégémonie allemande  ». Ce qu’il met en cause en tout premier lieu, c’est la politique de « dumping des salaires  » menée par les dirigeants allemands. Il est vrai que le prétendu « modèle allemand  » repose sur deux facteurs aux antipodes de la coopération européenne : l’écrasement des salaires des travailleurs allemands depuis plus d’une dizaine d’années et la délocalisation d’une partie significative de la production industrielle allemande dans des pays de l’Est européen. Le but étant de présenter à l’exportation des prix inférieurs à ceux des concurrents. D’où l’excédent commercial allemand gigantesque, qui a plongé la quasi-totalité des autres pays de la zone euro dans des déficits commerciaux symétriques.

 II.- Oskar Lafontaine considère qu’il faut « abandonner » la monnaie unique

L’ancien ministre allemand des Finances reconnaît l’erreur qu’il a commise en faisant partie de ceux qui, dans les années 1990, ont soutenu le processus de mise en place de l’euro comme monnaie unique. Pour lui, la monnaie unique « aurait été valable » si les pays membres de la zone euro « s’étaient mis d’accord sur les conditions d’une politique salariale coordonnée en faveur d’une augmentation de la productivité ». À l’époque il considérait qu’une telle politique salariale « était possible », non parce qu’elle était incluse dans les traités ou les accords intergouvernementaux, mais parce qu’elle procéderait d’une dynamique vertueuse. Or, reconnaît-il, le dialogue macroéconomique a été « contourné par les gouvernements ». Dès lors « l’espoir selon lequel la création de l’euro pousserait tous les acteurs à un comportement économique rationnel s’est révélé vain ». Et Oskar Lafontaine ajoute même « le système a déjanté  ».

Soutenant les analyses d’un économiste réputé Outre-Rhin, le fondateur de Die Linke (mouvement politique que l’on peut classer, paradoxalement, dans le parti pro-euro) estime que des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne, devraient dévaluer leur monnaie de 20% à 30% pour redevenir compétitifs pour leurs exportations et réduire leurs importations. De son côté, l’Allemagne devrait réévaluer de 20% pour cesser d’étrangler les autres pays. Faisant preuve d’un réalisme politique dont pourrait s’inspirer nombre de dirigeants politiques français, Oskar Lafontaine juge « qu’une telle politique n’a aucune chance d’être mise en œuvre ». En effet, le consensus du parti pro-euro en Allemagne (il rassemble la droite, les verts, les socio-démocrates, Die Like) ne permettra pas ces évolutions.

 III.- Oskar Lafontaine préconise la mise en place d’un nouveau Système monétaire européen qui remplacerait la monnaie unique

Ce nouveau Système monétaire européen aurait l’objectif central de permettre les dévaluations et réévaluations. Le système des changes serait géré au niveau européen. Pour parvenir à cet objectif, trois catégories de mesures seraient prises :

  • « un strict contrôle de la circulation des capitaux serait l’inévitable première étape » ;
  • durant la période de transition, il faudra « aider les pays qui devraient inévitablement déprécier leur monnaie », et accepter « une intervention de la BCE » ;
  • le secteur financier devrait être placé sous « stricte régulation », selon un modèle proche de celui des « caisses d’épargne publiques ». Oskar Lafontaine ajoute qu’il faut « fermer le casino ».

 IV.- Rappel sur le Serpent monétaire européen et le Système monétaire européen

Le Serpent monétaire européen est né de l’accord de Bâle du 10 avril 1972. Il est remplacé par le Système monétaire européen le 13 mars 1979. L’échec de ces dispositifs est lié au refus des oligarques européens de mettre en place un strict contrôle des changes et des mouvements de capitaux.

 A.- Le Serpent monétaire européen

Le terme « serpent » vient du fait que les devises ondulaient à l’intérieur de marges fixes, donnant l’image d’un serpent.

Les accords de Bretton Woods, en 1944, décident que seul le dollar serait convertible en or, à un prix fixé à 35 dollars l’once. Le système monétaire international repose donc sur des parités de change fixes entre les pays. Les dévaluations et réévaluations restent possibles, mais elles sont négociées au sein du Fonds monétaire international. Le système est relativement stable, les crises financières n’existent pas. Cependant, les échanges commerciaux internationaux sont libellés en dollar. Les États-Unis disposent ainsi d’une situation extraordinairement favorable puisqu’ils sont le seul pays au monde à pouvoir payer leurs importations avec leur monnaie nationale. Tous les autres pays, inversement, doivent récupérer suffisamment de devises pour payer leurs importations. Seule solution pour y parvenir : augmenter les exportations.

Les États-Unis vont donc pouvoir augmenter leurs importations sans limite en les payant en dollars. Par ailleurs, le financement de la guerre froide par l’entretien de bases militaires partout dans le monde et la guerre du Vietnam vont provoquer une importante création monétaire, dépassant largement la contrepartie en or qui permettait de maintenir l’once du métal jeune à 35 dollars.

Devenu de plus en plus fragile, le système explose en 1971 lorsque le président américain Nixon décide unilatéralement de mettre un terme aux accords de Bretton Woods en renonçant à la seule convertibilité du dollar en or. Le système monétaire international change alors du tout au tout en passant à un régime de parités flottantes, le dollar fluctuant librement par rapport aux autres devises.

Du coup les détenteurs de dollars les vendent contre de l’or et des devises, en faisant monter leurs prix et baisser celui du dollar. La monnaie des pays exportateurs (essentiellement Allemagne et Japon) est la plus recherchée. Mais la hausse de la valeur de ces monnaies risque de les pénaliser à l’exportation en renchérissant le prix de leurs biens exportés. D’où le développement de stratégies de montée de gamme (produits de plus haute qualité qui permettent un profit plus élevé), de développement de la productivité, de pression sur les salaires (déjà !). La situation est devenue difficile pour le Japon et l’Allemagne, les monnaies de ces pays devenant trop surévaluées par rapport au dollar.

Un dispositif a donc été conçu au sein de ce qui s’appelait alors la Communauté économique européenne (CEE), visant à limiter les fluctuations de change entre les pays membres. Un cour pivot a été défini pour chaque monnaie, autour duquel des fluctuations de 2,25% à la hausse ou à la baisse étaient autorisées.

Ce système va se fragiliser progressivement avec la baisse continue du dollar entre 1972 et 1978. Plusieurs pays membres du Serpent ne vont plus pouvoir rester dans le cadre des marges de fluctuation (+ ou – 2,5%) et devront dévaluer. C’est le cas, d’abord, de la livre sterling en juin 1972 (dévaluation de 30%), puis de la lire italienne en janvier 1973, du franc français en 1974 et en mars 1976.

En un an, de mars 1977 à mars 1978, le dollar s’effondre, par exemple de 12,3% par rapport au mark, le gouvernement américain laissant sa monnaie baisser. Les échanges communautaires sont menacés, les monnaies européennes quittent le serpent les unes après les autres.

C’est le 27 octobre 1977 que le président de la Commission européenne, le britannique Roy Jenkins, à Florence, propose de créer une monnaie unique pour les neuf pays membres de la CEE avec un budget communautaire de 10% du PIB de chaque pays (cette proposition n’aura aucune suite). Le Système monétaire européen naîtra de cette orientation.

 B.- Le Système monétaire européen

Deux changements principaux distinguent le Système monétaire européen (SME) du Serpent monétaire européen.

Un « panier » de monnaies est créé, l’ECU (European Currency Unit), qui n’est pas une monnaie commune, fondé sur le poids économique des pays membres, servant à établir la parité des devises européennes.

Les fluctuations des devises européennes se font à partir du panier de monnaies, + ou – 1,125%.

Le Système monétaire européen succède donc au Serpent monétaire européen le 13 mars 1979. Ce système va fonctionner correctement les deux premières années de son existence, en 1979 et 1980, permettant de stabiliser le cours des monnaies européennes. Mais très vite des limites vont apparaître.

Le franc français sera dévalué en octobre 1981, en juin 1982 et en mars 1983. Le franc belge sera dévalué en février 1982. Le système tiendra convenablement jusqu’en 1992. En septembre de cette année, des spéculations sont lancées à la suite du rejet du traité de Maastricht par les Danois. La lire italienne et la peseta espagnole sont dévaluées, puis la livre sterling. À l’été 1993 la Banque de France a épuisé ses réserves de devises en trois semaines pour soutenir le franc (achat de francs sur les marchés avec des devises pour faire remonter les cours). Les marges de fluctuations ne peuvent plus être respectées, elles sont élargies à + ou – 15%. Le SME, de facto, prend fin à l’été 1993.

La leçon à retenir est que l’absence de contrôle des changes et des mouvements de capitaux a permis l’explosion du SME.

 V.- Les limites des propositions d’Oskar Lafontaine

Les propositions d’Oskar Lafontaine constitueraient un progrès indéniable vers un double système de souveraineté monétaire nationale et de coopération européenne. À ce titre elles doivent être soutenues.

Mais ces propositions nécessitent un accord des Vingt-Sept. Il n’est pas impossible de penser qu’un tel accord pourrait être trouvé si la crise prend des proportions encore plus aigües qu’aujourd’hui. Confrontés au risque de départ de certains pays de la zone euro, l’Allemagne surtout et la France peuvent être amenées à se rallier à la proposition Lafontaine.

Toutefois, ces propositions laissent sans réponse la gestion de la crise à court et moyen terme. Que faire en attendant qu’un hypothétique accord intervienne entre les Vingt-Sept ? Pour être parfaitement cohérent, Oskar Lafontaine aurait dû ajouter qu’en attendant de trouver un accord de ce type, la sortie de l’euro unilatérale par un certain nombre de pays était nécessaire.

 VI.- Les remous provoqués au sein de Die Linke

Le parti politique allemand Die Linke, dont Oskar Lafontaine est un des fondateurs, a très mal pris la déclaration du 30 avril de son ancien leader. Au moins les lignes vont bouger car un débat enflammé se développe dans le parti.

L’une des deux co-présidente, Katja Kipping, ancienne dirigeante du PDS (ex-communiste) de l’ex-RDA, a répondu par un article dans la presse du parti, Neues Deutschland, avec un titre que ne renieraient ni l’UMP ni le PS : « Nous disons Oui à l’Euro ! ». Son principal argument est la collusion avec le nouveau parti anti-euro allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD). Le deuxième co-président, Bernd Riexinger, représentant les ex-sociaux-démocrates de RFA, a répondu : « Certains disent non à l’Euro et oui à l’Austérité (l’AfD), nous, nous disons non à l’austérité et oui à l’Euro. Ils sont de droite, nous sommes de gauche ! ».

Les déclarations de soutien à la monnaie unique se multiplient dans la presse du parti contrôlée par les dirigeants qui organisent un véritable tir de barrage. Le député européen Jurgen Klute, par exemple, a ainsi rédigé un vibrant article contre le retour du nationalisme, en appelant à la « réussite du projet européen ». A la gauche de Die Linke, la responsable de la « plate-forme communiste », Sarah Wagenknecht, a fait des déclarations confuses : elle dénonce le programme de l’AfD, et refuse de prendre position pour ou contre Lafontaine.

Pour préparer la réunion de Dresde prévue en juin, visant à adopter le programme du parti pour les élections de septembre, le groupe dirigeant de Die Linke a déjà son idée : « même si l’Union monétaire européenne a été très mal construite, Die Linke ne veut pas la fin de l’Euro. Au contraire, l’Union monétaire doit être totalement réorganisée, afin que l’on défende la coopération pacifique en Europe plutôt que d’exacerber les divisions ».

Il est vrai que la position d’Oskar Lafontaine diffère radicalement de celle promue par le Parti de la Gauche européenne (PGE - dont sont membres Die Linke, le PCF, le PG…) et de ses dirigeants les plus connus comme Alexis Tsipras ou Jean-Luc Mélenchon.

Le Journal L’Humanité a mis vingt jour pour relayer l’information, et ce n’est que le 22 mai qu’un petit article était rédigé indiquant que « la solution proposée d’un retour à la case SME illustre toutefois les limites d’une analyse strictement keynésienne de la crise alors que les défis de l’emploi, de l’environnement, de l’extension inédite des protections sociales et des services publics qui frappent partout à la porte appellent comme jamais un renforcement des coopérations intereuropéennes. Les deux coprésidents de Die Linke ont tenu à marquer leur distance avec la contribution d’Oskar Lafontaine en invoquant, eux, leur attachement à la poursuite d’un euro transformé ».

Rarement langue de bois n’aura été autant utilisée. Cet article n’a aucune signification : il n’y a strictement aucun rapport entre l’analyse keynésienne et la position d’Oskar Lafontaine ; on ne voit pas en quoi la défense de l’euro peut avoir le moindre effet sur la liste de sujets évoqués comme l’emploi ou les services publics ; l’euro interdit les « coopérations intereuropéennes » puisque la BCE est indépendante et que cette situation n’est pas prêt de changer.

Die Linke avait servi de modèle à Jean-Luc Mélenchon dans sa conception du Front de gauche. Or Die Linke est en plein déclin et apparaît aujourd’hui comme un anti-modèle du fait de ses positions pro-européennes.

De 2005 à 2009 il dispose de 161 députés des parlements régionaux, 179 maires, environ 5 500 élus municipaux, 8 députés européens obtenus en 2009.

Aux élections régionales de janvier 2008, Die Linke obtient 7,1% en Basse-Saxe, 5,1% en Hesse, puis 6,5% dans le Land de Hambourg et entre dans ces trois parlements régionaux.

Aux élections fédérales de septembre 2009 Die Linke fait une percée et porte sa représentation au Bundestag à 76 députés sur 614, contre 53 précédemment. Avec 11,9 %des suffrages exprimés et un million d’électeurs supplémentaires, le parti devient la quatrième force politique nationale, distançant nettement les Verts. Durant la campagne électorale, les sondages lui donneront jusqu’à environ 14% d’intentions de vote.

Aux élections régionales d’août 2009, Die Linke réalise une percée dans le Land de la Sarre où Oskar Lafontaine dirige la liste. Il obtient 21,3% des suffrages exprimés, soit 19 points de plus que la liste PDS en 2004. En Saxe le parti obtient 20,6% (-3%) et 27,4% en Thuringe (+1,3%). Die Linke fait son entrée dans le Landtag du Schleswig-Holstein avec 6 % des voix (+5,2%) et maintient sa position de seconde force politique dans celui du Brandebourg avec 27,2% (-0,8%).

Lors des élections régionales partielles de mars 2011 Die Linke va connaître une sévère défaite. En Rhénanie-Palatinat il passe de 9,4% en 2009 à 3,1%. En Bade-Wurtemberg, il passe de 7,2% en 2009 à 2,8%. À Berlin, où il cogère la ville-région avec le SPD, il passe de 11,7% à 4,6%.

Les élections régionales partielles de mai 2012 en Rhénanie du Nord – Westphalie (Land le plus peuplé d’Allemagne avec environ 18 millions d’habitants) vont confirmer le net recul de Die Linke qui passe de 5,6% à 2,5%.

 Il faut restaurer le Système monétaire européen

Par Oskar Lafontaine*

Le 30 avril 2013.

La politique européenne de la chancelière Angela Merkel est sous pression croissante. Sa politique d’austérité qui a dominé l’Europe et l’amène au désastre a été critiquée par le président de la Commission européenne Manuel Baroso ainsi que par Enrico Letta, récemment désigné comme Premier ministre en Italie par le president Giorgio Napolitano. Cela fait longtemps que les leaders européens sont perdus. La situation économique se dégrade de mois en mois et le chômage atteint des niveaux dangereux pour la démocratie.

Les Allemands n’ont pas encore réalisé que, poussés par la crise économique, les Européens du sud - y compris la France - risquent tôt ou tard d’être forcés de se révolter contre l’hégémonie allemande. C’est en particulier la politique de dumping des salaires, pourtant une violation des traités depuis l’origine de la politique d’union monétaire qui les met sous pression. Quand les pays qui sont victimes de cette politique se rassembleront pour forcer à un changement de politique anti-crise aux dépens de l’Allemagne, Angela Merkel se réveillera de son immobilisme auto-satisfait.

Une monnaie unique aurait été viable si les participants s’étaient mis d’accord sur les conditions d’une politique salariale coordonnée en faveur d’une augmentation de la productivité. Dès lors que je considérais qu’une telle politique salariale était possible, j’ai donné mon accord à la création de l’euro dans les années 90. Mais les institutions mises en place pour cette coordination, et en particulier le dialogue macro-économique, ont été contournées par les gouvernements. L’espoir selon lequel la création de l’euro pousserait tous les acteurs à un comportement économique rationnel s’est révélé vain. Aujourd’hui, le système a déjanté.

Ainsi que HWS l’a récemment écrit dans le Handelsblatt, des pays tels que la Grèce le Portugal ou l’Espagne devraient devenir environ 20 à 30% moins chers que la moyenne européenne pour rétablir leur compétitivité et l’Allemagne devrait devenir 20% plus chère. [Hans-Werner Sinn est professeur d’économie à l’Université de Munich, president de l’Institut IFO qui est un groupe de recherche économique très réputé en Europe, et membre du groupe des conseillers économiques ministériel. Il est l’auteur de Can Germany be Saved ?

Cependant, l’expérience des dernières années a clairement démontré qu’une telle politique n’a aucune chance d’être mise en œuvre. Une réappréciation via une hausse des salaires qui serait nécessaire en Allemagne y est impossible du fait de la convergence entre le patronat allemand et le bloc des partis néo-libéraux rassemblant la CDU CSU, le SPD, le FPD et les Verts qui leur obéissent. Une vraie dévaluation via la baisse des salaires qui générerait les nécessaires 20 à 30% de pertes de revenus en Europe centrale – France incluse - conduirait au désastre dont on peut déjà voir les prémices en Espagne, Grèce et Portugal.

Si ces dévaluations et réappréciations ne peuvent pas être faites ainsi, il va falloir abandonner la monnaie unique et revenir à un système qui permette ces dépréciations / appréciations, ainsi que c’était le cas dans la période précédant la monnaie unique, celle du Système monétaire européen. En substance, il s’agit de rendre de nouveau possibles des dévaluations et réévaluations via un système des changes géré au niveau européen. Dans cet objectif, un strict contrôle de la circulation des capitaux serait l’inévitable première étape. Après tout, l’Europe a déjà pris une telle mesure avec Chypre.

Durant la période de transition, il faudrait aider les pays qui devraient inévitablement déprécier leur monnaie, afin de les renforcer, y compris via une intervention de la BCE, et d’éviter un effondrement. Un prérequis du bon fonctionnement du Système monétaire européen serait une réforme du secteur financier sous stricte régulation, selon une organisation du type de celles des caisses d’épargne publiques. Il faut fermer le casino.

La transition vers un système permettant dévaluations et réévaluations devrait se faire graduellement, en commençant par la Grèce et Chypre et en prenant en compte l’expérience du Serpent monétaire européen ainsi que celle du SME.

Traduit de l’anglais par Jacques Nikonoff

* Oskar Lafontaine a été l’un des fondateurs du parti de gauche allemand Die Linke dont il fut le président jusqu’en 2009. Il a été président du Parti social-démocrate allemand (SPD) de 1995 à 1999, ministre des Finances de 1998 à 1999 avant de démissionner en raison de divergences politiques avec le Chancelier (SPD) Schröder.


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Les Allemands exportent aussi leurs grands-parents. Article du Diplo de juin 2013.

31 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La santé

Mme T. est formelle : elle ne veut à aucun prix aller vivre en maison de retraite. Comme les deux tiers des Allemands, si l’on en croit des sondages. Il faut dire que les reportages n’y encouragent guère. On y a vu des sondes gastriques posées à la hâte parce qu’il n’y avait personne pour donner à manger, des couches qu’on avait oublié de changer depuis des heures. Il manque actuellement trente mille infirmiers en Allemagne, selon les estimations de la Fédération des prestataires de services sociaux privés (BPA) ; et ce chiffre pourrait grimper jusqu’à deux cent vingt mille d’ici à 2020. Défaut de personnel qualifié, conditions de travail pénibles. C’est dans le secteur des soins ambulants, à domicile, que la pénurie est la plus criante. Mais la surcharge de travail et le surmenage sont également flagrants dans les maisons de retraite, même dans les établissements de qualité.

Des maisons de retraite trop chères
et qui manquent de personnel

Certes, l’assurance-dépendance obligatoire a été introduite en 1995 par l’ancien ministre du travail et des affaires sociales Norbert Blüm (Union chrétienne-démocrate, CDU), sous la coalition noire-jaune de M. Helmut Kohl. Mais cette protection, financée à parts égales par les employeurs et les employés, n’a jamais eu vocation à assurer tous les risques, en vertu d’hypothèses tacitement admises : soit les Allemands ne vivraient pas aussi vieux (...)

Taille de l’article complet : 1 646 mots
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FRALIB LA LUTTE CONTINUE. SCOP T.I C’EST PARTI!

31 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le syndicalisme

FRALIB  LA LUTTE CONTINUE

SCOP T.I C’EST PARTI

 

 

 

Bonsoir à tous,

 

Hier, une nouvelle parodie d’audience s’est tenue au Conseil des prud’hommes de Marseille.

Notre avocat a plaidé en intervention volontaire pour la Fédération Nationale Agroalimentaire et Forestière CGT (FNAF CGT) et UL CGT d’AUBAGNE.

Il a argumenté une nouvelle fois sur ce que l’on considère être une véritable la fraude à la loi.

L'affaire a été mise en délibéré au 20 juin prochain (voir articles de presse)

 

Ce week-end les Fralibs seront une nouvelle fois sur tous les fronts.

Aujourd’hui vendredi 31 mai, une délégation a participé à une manifestation dans les rues de Francfort, en Allemagne, avant de se rassembler devant le siège de la Banque centrale européenne pour protester contre les politiques d'austérité en Europe.

 

Ce vendredi 31 mai et samedi 1er juin les Fralibs seront aussi présent à La Parole Errante de Montreuil (93) ou la Compagnie NAJE présentera un spectacle de théâtre forum en soutien des Fralib!

800 personnes sur les deux jours s'organiseront pour soutenir la lutte des FRALIB et développer le boycott d'Unilever !

http://www.dailymotion.com/video/xzxux1_lesbatisseursprojetnational2013_news?search_algo=2#.UaX8RGR5wA

 

Demain samedi 1 juin, les Fralibs seront également présents à Marseille au rassemblement prévu rue de la république pour la rebaptiser rue de  la 6ème République à l’initiative du Front de Gauche.

Nous serons en cette occasion aux côtés de notre Co-président du Comité National de Soutien et de lutte des Fralibs, André CHASSAIGNE présent à Marseille pour la circonstance.

 

Enfin dimanche 2 juin, nous serons présents à la grande fête populaire organisée par la section du PCF Septèmes - Les Pennes – Cabriès au Grand-Pavois à SEPTEMES.

 

 

Encore et toujours:

continuons le Boycott de LIPTON !  

ET DE TOUTES LES MARQUES DU GROUPE UNILEVER !!!

NOUS NE LAISSERONS PAS PARTIR LE THE DE L’ELEPHANT DE PROVENCE

Le thé de l’Eléphant est né  il y a  120 ans à MARSEILLE,

L’Eléphant est Français, en Provence il doit rester.

 

Amicalement les salariés de FRALIB en lutte.

 

Consulter  notre site internet : http://cgt.fralibvivra.over-blog.com/      http:// www.udcgt13.fr/            http://www.fnafcgt.fr/           http://www.cgt-fralibvivra.fr/    http://theelephant.fr  http://gensol.arte.tv  http://gensol.arte.tv/blog/2012/10/03/fralib-elephant-survivra/  http://www.youtube.com/watch?v=BTxwjrEnLA8

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Le 15 juin, mobilisation massive de la Santé et de l’Action Sociale .

31 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le syndicalisme



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 « Rien ne fait plus de mal aux travailleurs que la collaboration de classes. Elle les désarme dans la défense de leurs intérêts et provoque la division. La lutte de classes, au contraire, est la base de l'unité, son motif le plus puissant. C'est pour la mener avec succès en rassemblant l'ensemble des travailleurs que fut fondée la CGT. Or la lutte de classes n'est pas une invention, c'est un fait. Il ne suffit pas de la nier pour qu'elle cesse : renoncer à la mener équivaut pour la classe ouvrière à se livrer pieds et poings liés à l'exploitation et à l'écrasement. »
H. Krasucki
Le Front Syndical de Classe est affilié à la FSM

  

Déclaration du secteur Hôpital du Front Syndical de Classe

Les gouvernements libéraux de droite et de gauche n’ont de cesse de détruire le système de Santé publique français mis en place par le Conseil National de la Résistance (CNR) il y a 70 ans.

Au nom de la crise de leur système capitaliste, financiers et patrons, gouvernements et Union européenne multiplient les attaques contre les peuples et les travailleurs en saccageant tous les acquis sociaux. Au nom de la réduction des coûts et de la « dette », les politiques publiques, les services et l’emploi public continuent d’être laminés. La recherche effrénée de profits par les capitalistes appauvrit l’ensemble de la population en confisquant les richesses créées par le travail des salariés.

Les politiques gouvernementales euro-libérales visent à organiser et généraliser l’insécurité sociale. Dans notre pays, la Sécurité Sociale, l'Hôpital Public comme les travailleurs de la Santé et l’Action Sociale sont particulièrement dans la ligne de mire des profiteurs :
- Fermeture des établissements de santé de proximité ;
- Réduction massive des personnels de santé ;
- Gel des salaires ;
- Dégradation des conditions de travail ;
- Privatisation accélérée dans les hôpitaux publics ;
- Précarisation accrue des emplois…

Avec la loi Bachelot, la Santé est devenue une entreprise. Les conséquences de cette politique sont désastreuses : extension des déserts médicaux, saturation des services hospitaliers, suppression des services sociaux (SAMU social, associations, etc.), augmentation sensible de la mortalité maternelle et infantile, augmentation des suicides parmi le personnel, personnels contraints faute de moyens de dormir dehors ou dans leur voiture, privatisation des maisons de retraite… L’appauvrissement généralisé de la population interdit aux "travailleurs pauvres" l’accès aux soins élémentaires puisqu’ils n’ont pas les moyens de payer une mutuelle… En 2012, plus de 30% de la population a renoncé à des soins nécessaires. Loin des idéaux du CNR, on est de plus en plus souvent soigné non en fonction de nos besoins, mais en fonction de nos moyens.

C’est qu’avec la dictature capitaliste imposée en Europe, la Santé doit être rentable…
Le gouvernement de Hollande reste sourd aux aspirations et aux revendications légitimes du peuple, alors qu’il accorde une oreille très attentive aux desiderata de Bruxelles et du MEDEF.
L’Accord National Interprofessionnel scélérat voté récemment, dynamite par exemple 40 ans de droits du travail en France et les garanties collectives des travailleurs !

Le seul moyen de sortir de cette politique infernale, c’est de changer de système !

Le 15 juin, la Santé et l’Action Sociale seront dans la rue pour exiger :
- L’abrogation de l’ANI ;
- L’abrogation de la Loi HPST (loi Bachelot) ;
- La défense et la reconquête de la protection sociale solidaire et universelle ;
- Le retour à l’ancien système des retraites avec la retraite à 60 ans pour tous ;
- L’augmentation générale et substantielle des salaires

Le 15 juin nous manifesterons pour la reconstruction et le développement des structures de santé et d’action sociale pour tous.
Le "syndicalisme rassemblé" n’est pas la solution. Notre unité ne sera efficace que dans le cadre d’un syndicalisme de lutte des classes.
Seul un rapport de forces conséquent permettra d’arrêter les prédateurs capitalistes !

"Les opprimés n’ont jamais rien obtenu des oppresseurs que par la force."
Victor Schoelcher

Le secteur hôpital du Front Syndical de Classe.
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L’accord de Londres de 1953 sur la dette allemande. Allemagne-Grèce : deux poids, deux mesures - Voici 60 ans, l’annulation de la dette allemande.

30 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

"Allemagne-Grèce : deux poids, deux mesures - Voici 60 ans, l’annulation de la dette allemande :

L’accord de Londres de 1953 sur la dette allemande

L’allègement radical de la dette de la République fédérale d’Allemagne (RFA) et sa reconstruction rapide après la seconde guerre mondiale ont été rendus possibles grâce à la volonté politique de ses créanciers, c’est-à-dire les États-Unis et leurs principaux alliés occidentaux (Grande-Bretagne, France). En octobre 1950, ces trois alliés formulent un projet dans lequel le gouvernement fédéral allemand reconnaît l’existence des dettes des périodes précédant et suivant la guerre. Les alliés y joignent une déclaration signifiant que « les trois pays sont d’accord que le plan prévoit un règlement adéquat des exigences avec l’Allemagne dont l’effet final ne doit pas déséquilibrer la situation financière de l’économie allemande via des répercussions indésirables ni affecter excessivement les réserves potentielles de devises. Les trois pays sont convaincus que le gouvernement fédéral allemand partage leur position et que la restauration de la solvabilité allemande est assortie d’un règlement adéquat de la dette allemande qui assure à tous les participants une négociation juste en prenant en compte les problèmes économiques de l’Allemagne » |1|.

La dette réclamée à l’Allemagne concernant l’avant-guerre s’élève à 22,6 milliards de marks si on comptabilise les intérêts. La dette de l’après-guerre est estimée à 16,2 milliards. Lors d’un accord conclu à Londres le 27 février 1953 |2|, ces montants sont ramenés à 7,5 milliards de marks pour la première et à 7 milliards de marks pour la seconde |3|. En pourcentage, cela représente une réduction de 62,6%.

De surcroît, l’accord établit la possibilité de suspendre les paiements pour en renégocier les conditions si survient un changement substantiel limitant la disponibilité des ressources |4|.

Pour s’assurer que l’économie de l’Allemagne occidentale est réellement relancée et qu’elle constitue un élément stable et central dans le bloc atlantique face au bloc de l’Est, les Alliés créanciers font des concessions très importantes aux autorités et aux entreprises allemandes endettées qui vont bien au-delà d’une réduction de dette. On part du principe que l’Allemagne doit être en condition de rembourser tout en maintenant un niveau de croissance élevé et une amélioration des conditions de vie de la population. Rembourser sans s’appauvrir. Pour cela, les créanciers acceptent primo que l’Allemagne rembourse dans sa monnaie nationale, le deutsche mark, l’essentiel de la dette qui lui est réclamée. A la marge, elle rembourse en devises fortes (dollars, francs suisses, livres sterling…). Secundo, alors qu’au début des années 1950, le pays a encore une balance commerciale négative (la valeur des importations dépassant celle des exportations), les puissances créancières acceptent que l’Allemagne réduise ses importations, elle peut produire elle-même des biens qu’elle faisait auparavant venir de l’étranger. En permettant à l’Allemagne de substituer à ses importations des biens de sa propre production, les créanciers acceptent donc de réduire leurs exportations vers ce pays. Or, 41% des importations allemandes venaient de Grande-Bretagne, de France et des États-Unis pour la période 1950-51. Si on ajoute à ce chiffre la part des importations en provenance des autres pays créanciers participant à la conférence (Belgique, Hollande, Suède et Suisse), le chiffre total s’élève même à 66%.
Tertio, les créanciers autorisent l’Allemagne à vendre ses produits à l’étranger, ils stimulent même ses exportations afin de dégager une balance commerciale positive. Ces différents éléments sont consignés dans la déclaration mentionnée plus haut : « La capacité de paiement de l’Allemagne, de ses débiteurs privés et publics, ne signifie pas uniquement la capacité de réaliser régulièrement les paiements en marks allemands sans conséquences inflationnistes, mais aussi que l’économie du pays puisse couvrir ses dettes en tenant compte de son actuelle balance des paiements. L’établissement de la capacité de paiement de l’Allemagne demande de faire face à certains problèmes qui sont : 1. la future capacité productive de l’Allemagne avec une considération particulière pour la capacité productive de biens exportables et la capacité de substitution d’importations ; 2. la possibilité de la vente des marchandises allemandes à l’étranger ; 3. les conditions de commerce futures probables ; 4. les mesures fiscales et économiques internes qui seraient nécessaires pour assurer un superavit pour les exportations. » |5|

En outre, en cas de litige avec les créanciers, en général, les tribunaux allemands sont compétents. Il est dit explicitement que, dans certains cas, « les tribunaux allemands pourront refuser d’exécuter […] la décision d’un tribunal étranger ou d’une instance arbitrale. » C’est le cas, lorsque « l’exécution de la décision serait contraire à l’ordre public » (p. 12 de l’Accord de Londres).

Autre élément très important, le service de la dette est fixé en fonction de la capacité de paiement de l’économie allemande, en tenant compte de l’avancée de la reconstruction du pays et des revenus d’exportation. Ainsi, la relation entre service de la dette et revenus d’exportations ne doit pas dépasser 5%. Cela veut dire que l’Allemagne occidentale ne doit pas consacrer plus d’un vingtième de ses revenus d’exportation au paiement de sa dette. Dans la pratique, l’Allemagne ne consacrera jamais plus de 4,2% de ses revenus d’exportation au paiement de la dette (ce montant est atteint en 1959). De toute façon, dans la mesure où une grande partie des dettes allemandes était remboursée en deutsche marks, la banque centrale allemande pouvait émettre de la monnaie, en d’autres mots monétiser la dette.

Une mesure exceptionnelle est également décidée : on applique une réduction drastique des taux d’intérêts qui oscillent entre 0 et 5%.

Une faveur d’une valeur économique énorme est offerte par les puissances occidentales à l’Allemagne de l’Ouest : l’article 5 de l’accord conclu à Londres renvoie à plus tard le règlement des réparations et des dettes de guerre (tant celles de la première que de la deuxième guerre mondiale) que pourraient réclamer à la RFA les pays occupés, annexés ou agressés (ainsi qu’à leurs ressortissants).

Enfin, il faut prendre en compte les dons en dollars des États-Unis à l’Allemagne occidentale : 1,17 milliard de dollars dans le cadre du Plan Marshall entre le 3 avril 1948 au 30 juin 1952 (soit environ 10 milliards de dollars aujourd’hui) auxquels s’ajoutent au moins 200 millions de dollars (environ de 2 milliards de dollars d’aujourd’hui) entre 1954 et 1961 principalement via l’agence internationale de développement des États-Unis (USAID).

Grâce à ces conditions exceptionnelles, l’Allemagne occidentale se redresse économiquement très rapidement et finit par absorber l’Allemagne de l’Est au début des années 1990. Elle est aujourd’hui de loin l’économie la plus forte d’Europe.

Allemagne 1953 / Grèce 2010-2012..."

Suite : http://cadtm.org/Allemagne-Grece-deux-poids-deux

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Allemagne. Manifestation contre les coupes prévues dans la science. Le 29.05.2013

30 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ecole

Allemagne. Manifestation contre les coupes prévues dans la science

29.05.2013

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En Saxe-Anhalt encore des milliers de personnes  protestaient contre les économies planifiées du pays dans la science.

 

Les protestations contre les mesures d'austérité du pays sont en pleine expansion. Dans la plus grande manifestation contre les coupes prévues dans la science, des milliers d'étudiants et d'employés de l'Université et l'Université de Magdeburg ont  pris la route mercredi. 

Par la volonté des dépenses du gouvernement de l'Etat d'être réduit uniquement pour les collèges et les universités   d'ici 2025. 

 


Accompagné par des huées bruyantes , le ministre de la Science Hartmut Möllring (CDU), a défendu les coupes et a offert un bref discours au dialogue. Compte tenu du volume rétrécissement de l'épargne des ménages est essentielle, at-il dit. Il faut tirer le meilleur parti de cette nécessité.

 

Le maire Lutz Trümper (SPD) a exprimé sa solidarité avec les étudiants.

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Sur les pancartes étaient inscrits :  "Aucune puissance dans le Dork", "Pour la solidarité et la gratuité de l'enseignement» et «l'éducation pour tous, sinon de là les émeutes" . 

Saxe-Anhalt doit être un pays ouvert aux étudiants de l'étranger", a déclaré Trümper. 


"les difficultés financières ne doivent pas être écartée d'un revers de la main", a déclaré le président de von Guericke-Université Otto Magdeburg, Jens Strackeljahn. Mais le gouvernement de l'État doit garder à l'esprit que l'université est le moteur essentiel du développement économique et culturel de la capitale de l'Etat. Il ne doit pas être détruit ce qui a été investi au cours des 20 dernières années.


 

Leur presse : http://www.mz-web.de/mitteldeutschland/20641266,20641266.html

 

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  http://comite-pour-une-nouvelle-resistance.over-blog.com/article-allemagne-manifestation-contre-les-coupes-prevues-dans-la-science-118139581.html

 

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L’Europe en…2022 L'économiste Jacques Sapir revient pour Marianne sur L’Insurrection, satire d'anticipation imaginée par Pierre Lévy, qui devient au fil des pages un pamphlet.

30 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

L’Europe en…2022

L'économiste Jacques Sapir revient pour Marianne sur L’Insurrection, satire d'anticipation imaginée par Pierre Lévy, qui devient au fil des pages un pamphlet social et politique.


L’Insurrection (*) se situe dans une vieille et honorable tradition, qu’il exploite avec bonheur, celle de la satire d’anticipation. C’est une forme à laquelle de nombreux auteurs ont eu recours pour exprimer leurs idées politiques ou sociales depuis le XVIIIème siècle. 

Pierre Lévy renoue ici avec une grande tradition de la littérature polémique. Il renoue en fait deux fois car un autre auteur s’était essayé, non sans succès, il y a plus de quarante ans, à une anticipation sur la construction européenne (1). Une comparaison entre ces deux ouvrages, si elle souligne les différences dues aux époques, montre que la verve est toujours la même, et l’anticipation un moyen efficace d’affronter le présent. 
  
Pierre Lévy nous dresse le tableau de ce que pourrait être l’Europe en 2022, monstre totalitaire d’un type nouveau où le marché a complètement remplacé l’Etat mais a produit une savoureuse novlangue à base d’initiales et d’acronymes, tout en euphémismes. Tous ceux qui ont eu à travailler pour Bruxelles et la Commission européenne apprécieront. 

La fiction est parfois dépassée par la réalité. Adrian Mitchell, quant à lui, dressait un tableau à la fois inspiré d’Orwell mais aussi largement influencé par les événements de 1968. Si le marché n’a pas encore dissous l’Etat, les forces de répression établissent une tyrannie qui refuse de s’assumer comme telle. 
  
Une comparaison entre les deux ouvrages souligne les traits principaux de l’œuvre de Pierre Lévy. L’Insurrection pousse aux extrêmes, et c’est la loi du genre, les tendances que nous pouvons déjà apercevoir dans notre réalité quotidienne. L’absurdité des réglementations, la dimension pathologique des privatisations et de la haine de l’Etat qu’elles sous-tendent, le langage qui, enfermé justement dans sa cage aux acronymes, tourne en rond, tout cela est folie, et justement parce que c’est une folie, elle nous éclaire sur les dysfonctionnements actuels de l’Union européenne. 

Car, pour citer Hamlet « il y a de la méthode dans cette folie ». Une méthode dont les principaux instigateurs n’ont probablement pas une claire vision, même si leur langage, de par ses dérapages de plus en plus ouvertement anti-démocratiques, laisse apparaître des éléments d’un programme. 
  
Et puis il y a le contentement de soi, ce moralisme qui se prend pour une morale alors qu’il n’est que le masque d’une hypocrisie, et qui caractérise si bien tant les sociaux-démocrates que les démocrates-chrétiens, sans oublier les écologistes officiels. Tout ce petit monde est confit, qui dans un internationalisme de façade, qui en dévotion. 

L’euphémisation devient une méthode de gouvernement. Elle est un instrument de domination plus radical que la négation orwellienne : la paix c’est la guerre, la liberté c’est l’esclavage. On a l’habitude, à l’exemple des Etats-Unis, de qualifier de « politiquement correct » ce langage qui a sa grammaire comme il a sa syntaxe. 
  
Mais, en réalité, cela va bien plus loin. Il s’agit de retirer leur nom aux choses et aux situations, de les enfermer dans un cadre technique pour essayer d’en bannir à jamais la dimension politique. A cet égard on trouve dans ce livre une démonstration par l’absurde de ce que Carl Schmitt désignait comme l’Etat législateur, ce système amoral car persuadé d’être parfait. 
 

 Et le système va. Il se gonfle et s’amplifie ; il atteint même les Etats-Unis qui, subtil triomphe, doivent venir rendre hommage à ce monstre issu des entrailles de l’Europe. Nous laissons au lecteur le soin de découvrir comment et pourquoi. 

  
De ce point de vue, le tableau dressé par Pierre Lévy est incommensurablement plus sombre que celui d’Adrian Mitchell. Chez ce dernier, il existe toujours des formes d’opposition, qu’il s’agisse de la gangrène ou de diverses pratiques. 

C’est d’ailleurs par une mission d’infiltration et de provocation dans la gangrène que le héros de The Bodyguard atteint au nirvana de l’école des gardes du corps. Mais, là où Adrian Mitchell dressait un tableau se voulant hyperréaliste d’une Angleterre passée sous le joug de l’Europe totalitaire, Pierre Lévy préfère quant à lui jouer de la fable et de la dérision. 
  
Et l’accumulation des situations ubuesques, l’empilement des acronymes et sigles divers, l’anomie dans laquelle se débattent ses personnages, provoque le rire. Mais c’est un rire qui pousse à réfléchir. Vers quel monde infernal allons-nous, à petits pas certes, mais tout droit ? La fiction se termine par un saut périlleux. 

Grande différence avec le livre d’Adrian Mitchell. Écrit en 1970, il fait intervenir la lutte armée pour mettre bas la tyrannie ; et, dans cet affrontement final, le héros, pauvre pion, se fera lui même abattre. C’est peut être là le résultat de plus de quarante années d’évolution. Les héros de Pierre Lévy sont trop policés pour se laisser aller à cette grossièreté qu’est la violence ouverte. Ils ont derrière eux des dizaines d’années de construction européenne. 
  
L’Insurrection est un livre qui se lit vite mais qui se referme sur un malaise. Prenons garde de ne pas nous réveiller, un jour, au milieu de ce qu’il décrit. 
  
(*) L’Insurrection, Editions AEBRN 
  
(1) Adrian Mitchell, The Bodyguard, Jonathan Cape, Londres, 1970.

 

http://www.marianne.net/L-Europe-en-2022_a229156.html

 


 

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Orange tue définitivement France Télécom "Avec le changement de nom de France Télécom en Orange, nous achèverons un processus commencé en 2006" a expliqué mardi 29 mai 2013 aux actionnaires.

30 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Services publics

Orange tue définitivement France Télécom

"Avec le changement de nom de France Télécom en Orange, nous achèverons un processus commencé en 2006" a expliqué mardi 29 mai aux actionnaires le PDG Stéphane Richard.

La décision est prise. L’assemblée générale des actionnaires qui s’est tenue ce mardi 28 mai au palais des Congrès a Paris, a voté. L'appellation France Télécom est définitivement proscrite dans la communication, de l'opérateur historique, rejetée dans les oubliettes du passé.

Vive Orange! Mais, à la différence de la chanson de Michel Sardou, La France ne laisse pas tomber Orange. L’Etat y reste actionnaire à 27% mais réduit à trois le nombre de ses administrateurs.

 


A la tribune du Palais des congrès, Stéphane Richard, le PDG a présenté la chose comme allant de soi: "Avec le changement de nom de France Télécom en Orange, nous achèverons un processus commencé en 2006... nous poursuivrons sous la marque unique Orange." Et cette marque lancée en 1994 en Grande-Bretagne, est aujourd’hui présente dans 35 pays.


"Les salariés sont inquiets"


Le changement sera effectif au 1er juillet. Sauf que le nom d’une entreprise n’est pas seulement une question pour les actionnaires propriétaires. C’est aussi un symbole pour les salariés. Et ces derniers ne sont pas très contents. A l’appel de plusieurs syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT et SUD) un petit groupe d’entre eux se sont rassemblés dans la halle du Palais des Congrès pour expliquer que l’entreprise avait vécu une crise sociale avec une vague de suicides dans les années 2008 et 2009.


Reste que même si le sujet est sensible, les salariés "sont plus préoccupés par l’emploi" estime une source syndicale. "En jargon financier, on raconte que la pyramide des âges induit une baisse des effectifs. En clair, ça signifie que les départs en retraites, soit 1/3 des effectifs d’ici 2020, ne seront pas remplacés. Alors oui, les salariés sont inquiets."


"Le smartphone remplacera la carte bancaire"


Mais la direction préfère mettre l’accent sur les perspectives d’avenir. Stéphane Richard se fixe des objectifs ambitieux : une couverture de 60% de la population française en fibre optique d’ici 2020. Surtout, il mise sur la création de valeur qui passera par le cloud. "Les utilisateurs auront droit à 50 Go sur les serveurs d’Orange, des serveurs installés en France".


A la différence des serveurs des grosses multinationales qui, aux termes du Patriot Act, peuvent être amenés à fournir des informations sur des utilisateurs français. "Le smartphone remplacera la carte bancaire", prédit Stéphane Richard en annonçant la création d’un écosystème autour des paiements mobiles. Enfin, Orange veut jouer un rôle majeur dans l’innovation.


Les analystes restent pour l’instant très prudents vis-à-vis d’Orange dont la notation avait été abaissée à l’automne dernier, notamment par Fitch Ratings qui avait passé la dette long terme de France Télécom de A- à BBB+. Orange entend diminuer régulièrement sa dette sans pour autant renoncer à des investissements indispensables pour le développement des nouveaux réseaux. Une équation délicate... 

 

Source : Challenges

 


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Refusons d’engager les négociations pour un projet d’accord transatlantique de libre-échange. Par Jean-Jacques Chavigné.

30 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le traité Transatlantique.

 

Refusons d’engager les négociations pour un projet d’accord transatlantique de libre-échange

lundi 27 mai 2013 par Jean-Jacques Chavigné

L’exception culturelle est la pointe émergée de l’iceberg. Les enjeux de l’accord transatlantique entre l’UE et les USA sont d’une toute autre ampleur et l’exception culturelle ne doit pas servir de prétexte. Ce n’est pas parce que cette « exception » aurait été épargnée que l’accord serait pour autant acceptable.

Les droits de douane sur les produits industriels et agricoles

Le deuxième enjeu, avec l’« exception culturelle » auquel semblait se limiter cet accord serait les montants des droits de douane sur les produits industriels et agricoles.

Cet enjeu n’est pas négligeable mais n’est pas l’essentiel.


Les droits de douane sur les produits industriels sont, en moyenne, peu élevés.

Ils sont contrairement à ce qui est souvent affirmé plus élevés pour les droits de douanes protégeant l’UE des produits industriels des États-Unis que l’inverse : 3,3 % contre 2,2 %.
Mais lorsque l’on rentre dans les détails, c’est assez différent puisque les droits de douane qui protègent les industries européennes s’élèvent, par exemple, à 8,6 % pour les fibres synthétiques et à 7,8 % pour le matériel de transport. L’accord risquerait de mettre à mal ce qui reste en France en particulier d’industrie automobile.
Les protections tarifaires des États-Unis sont plus faibles. Pour les fibres synthétiques les protections sont les mêmes que pour l’Union européenne, elles sont à peu près semblables pour les chaussures (9,8 %) mais quasi-inexistantes pour le matériel de transport.


Les droits de douane protégeant l’agriculture européenne sont plus élevés.
Ils représentent 12,8 % en moyenne de la valeur des produits. Ils s’élèvent à 45 % pour la viande, 42 % pour les produits laitiers, 33,2 % pour la minoterie ; 24,3 % pour les sucres et sucreries. La levée de ces barrières douanières serait un désastre pour les éleveurs français, un problème certain pour les betteraviers. 

Les droits de douanes protégeant l’agriculture des États-Unis sont moins élevés. Les plus importants sont ceux sur le tabac (21,8 %), suivis des produits laitiers (20,2 %). Très loin des tarifs européens qui sont bien supérieurs pour la viande, les produits laitiers, la minoterie, les sucres et sucreries.

Les droits de douane sur les services

Selon l’Insee, le secteur des services en France emploi 3 salariés sur 4. Il n’est pas difficile d’imaginer les problèmes qui seraient posés si leurs protections tarifaires disparaissaient ou s’effritaient.
Le CEPII (chargé par le ministère de l’Economie et des Finances en France) a calculé un « équivalent droits de douanes » [1] pour les services qui sont protégés, en réalité, par des réglementations et des normes spécifiques.
Pour la France, cet « équivalent droits de douanes » s’élève à 37,6 % pour les communications ; 36,4 % pour la construction ; 61,7 % pour les assurances ; 50,7 % pour la finance ; 39,8 % pour les « autres services ». 
Pour les États-Unis, ces équivalents droits de douanes atteignent 36,9 % pour les communications ; 95,5 % pour la construction ; 43,7 % pour les assurances ; 42,3 % pour les autres services.
L’enjeu des négociations sur les services serait donc, lui aussi, important. Le plus important resterait, cependant, à venir : les « protections après la frontière », c’est-à-dire les normes.

Le véritable enjeu de l’accord transatlantique : les normes

Ces normes sont juridiques, culturelles, financières, environnementales, sanitaires...
Il n’y a aucune possibilité de créer un « grand marché intérieur » entre les États-Unis et l’UE sans que ces normes ne soient standardisées.
Pascal Lamy, alors commissaire européen au Commerce extérieur, déclarait en 2004, que ces normes faisait l’objet d’une préférence collective et constituait « L’ensemble des choix opérés par les collectivités humaines en tant que collectivités ». Pascal Lamy semblait ignorer l’activité intense des lobbies d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique pour édicter ces « préférences collectives ».
Ces « préférences collectives », ces normes, concernent notre mode de vie dans de nombreux domaines. Quelques exemples permettront de le vérifier.


L’environnement.
L’extraction de gaz de schiste est autorisée aux États-Unis, interdite dans l’UE. Qui peut croire un seul instant que les États-Unis accepteraient la norme européenne et interdiraient cette extraction ?

 

L’alimentation.
Le bœuf aux hormones, les poulets à la chlorine sont interdits dans l’Union européenne et autorisés aux États-Unis. Les cultures d’OGM sont permises aux États-Unis mais très règlementées dans l’Union européenne. Qui s’alignera sur l’autre ? La Commission européenne vient de répondre en autorisant le nettoyage des carcasses de bovins à l’acide lactique, jusque là interdit en Europe. Le but est de s’aligner sur les pratiques des États-Unis pour faciliter la négociation de l’accord de libre-échange.

 

Les services publics.
Le rapport du CEPII intègre dans les « autres services » aussi bien l’enseignement que la santé. L’existence de nos hôpitaux publics et celle de notre enseignement public devrait donc trouver un « compromis » avec les normes des États-Unis où le secteur privé est roi.

 

L’assurance.
La confrontation entre le secteur des assurances des États-Unis et de notre pays aurait toutes les chances de mettre à mal nos mutuelles et, notamment, les contrats dont les cotisations sont indépendantes de l’état de santé de l’adhérent et qui permettent de bénéficier d’avantages fiscaux substantiels.

 

La culture.
L’ « exception culturelle » et les subventions publiques accordées à ce secteur risqueraient, elles-aussi, de faire les frais de l’accord.

La portée d’un accord transatlantique pour la fixation des normes

Le rapport de Claude Revel [2], Conseillère du commerce extérieur de la France, à notre ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq, affirme « L’accord UE États-Unis à venir sera un accord fondamental par sa portée juridique ; les enjeux en termes de régulation à venir sont énormes Le rapport de forces est favorable aux États-Unis ».


Ce rapport n’hésite pas à préciser que tous les secteurs sont concernés « Les industries, l’agriculture et l’agroalimentaire mais aussi de plus en plus de services, y compris traditionnellement publics en France ». Le« traditionnellement » a le mérite d’indiquer clairement que les négociations pourraient parfaitement remettre en cause ce caractère public.

 
Ce rapport souligne également qu’il faut « prendre acte et tirer parti de la tendance vers la délégation de la règle au privé ». Il va même jusqu’à considérer favorablement le fait « que se développe un marché des professionnels de la norme privée ». Le message est clair : la détermination des « préférences collectives » chères à Pascal Lamy doit de plus en plus être confiée aux entreprises privées et aux professionnels de la norme privée.


Ce rapport, enfin, attire l’attention sur le fait que cet accord devait s’imposer au reste du monde. Les simulacres de négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne sont plus de mise : ce sont aux États-Unis et à l’Union européenne d’imposer leurs normes.

Le rapport de forces entre les États-Unis et l’Union européenne

En apparence, ce sont deux blocs économiques d’importance équivalente. La réalité est cependant bien différente, la confrontation opposerait un porte-avion et un chalutier. Les États-Unis sont un géant économique, politique et diplomatique, l’Union européenne est un géant économique mais un nain politique.


Les États-Unis ont une politique industrielle. 
Leur industrie est réglementée par le « Buy american Act  » pour la sidérurgie. Dans l’UE, c’est Arcelor-Mittal qui décide. 
Les États-Unis n’hésitent pas à verser toutes les aides publiques nécessaires au soutien de leurs « champions industriels ». Les articles 107 à 109 du traité de Lisbonne interdisent aux États-membres de l’UE de verser des aides publiques aux entreprises. La « concurrence libre et non faussée » doit s’imposer partout.
25 % des marchés publics des États-Unis sont réservés à leurs PME. Un accord de libre-échange avec l’UE n’engagerait que l’État fédéral des USA, pas les marchés publics des 50 États américains. La Commission européenne, de son côté, supprime à marche forcée toute restriction d’accès aux marchés publics des États-membres de l’Union européenne.


Les États-Unis ont une politique internationale redoutablement efficace.
L’UE ne peut pas en avoir car l’article 28 A du traité de Lisbonne oblige à prendre à l’unanimité du Conseil les décisions en matière de politique internationale. D’un côté Hillary Clinton, de l’autre Catherine Ashton !


Les États-Unis ont une politique de change.
Grâce à cette politique, la valeur du dollar par rapport à l’euro, au yen, au yuan, augmente ou diminue en fonction des intérêts des États-Unis. Dès 1971, le secrétaire d’État au Trésor, John Connolly affirmait : « Le dollar est notre monnaie et votre problème ». 

La création de l’euro n’a rien changé, le dollar est toujours notre problème car la politique de change de l’euro est laissée à la BCE qui n’a qu’une seule mission : garder la valeur de l’euro. Le résultat est un euro cher (sa valeur par rapport au dollar a augmenté de 70 % entre 2002 et 2010) qui pénalise, de façon inouïe, les exportations de la zone euro.

Le nivellement par le bas assuré pour les salariés

La perspective d’aligner « les standards de vie » vers le haut n’est qu’un miroir aux alouettes.

Les salariés des États-Unis ont subi les effets de l’Alena, l’accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Ce ne sont pas les salaires et les conditions de vie des salariés mexicains qui ont été tirées vers le haut mais ceux des salariés des États-Unis et du Canada qui ont été tirés vers le bas.

Les salariés de l’Europe des 15 n’ont pas vu leurs salaires et leurs conditions de travail tirés vers le haut

 

lorsque l’Union européenne a ouvert grand ses portes aux pays de l’Europe centrale et orientale (les PECO) sans approfondissement démocratique et social préalable. Au contraire. Combien de salariés de l’industrie, en France, ont-ils entendu répondre à leurs revendications salariales : allez donc voir en Pologne ou en Roumanie ?

L’accord de libre-échange entre les États-Unis et l’UE soumettrait les salaires et les conditions de travail des salariés européens et américains à une double pression vers le bas : celle du Mexique d’un côté, celle des PECO de l’autre.

Les seules gagnantes seraient les firmes transnationales

L’opposition entre les États-Unis et l’Union européenne recouvrirait deux réalités.

D’abord celle de la concurrence qui ferait rage entre les firmes transnationales dans lesquelles les capitaux états-uniens seraient majoritaires et celles dans lesquelles les capitaux allemands, français, britanniques, italiens seraient majoritaires (il n’y a pas de capital européen unifié). Certaines gagneraient plus que d’autres à un accord transatlantique.

Ensuite, le sort réservé aux salariés européens et américains. Dans tous les cas de figure, quelles que soient les firmes transnationales qui l’emporteraient dans tel ou tel secteur, l’accord se ferait sur le dos des salariés qui verraient leurs salaires et leurs conditions de travail nivelés par le bas.

Les précédents de l’Ami et de l’Acta

Si l’UE décidait d’engager les négociations avec les États-Unis un mandat de négociation en blanc serait donné à la Commission européenne qui mènerait, comme d’habitude des négociations secrètes, et soumettrait le projet d’accord, en bloc, au Parlement européen, une fois les négociations terminées.
Ce ne serait pas la première fois.


En 1997, les États-Unis, le Canada, l’UE et d’autres pays avaient secrètement négocié l’Ami (Accord multilatéral sur l’investissement).
Ce n’est que lorsque les conséquences de cet accord avaient été mises en lumière (l’« effet Dracula ») que les négociateurs avaient été obligés d’y renoncer.
Jacques Lang nous expliquait déjà que si l’Ami respectait l’« exception culturelle », il pourrait parfaitement être accepté par la France.


En 2012, c’est l’Acta (Accord commercial anti contrefaçon) que le Parlement avait refusé de ratifier.
Pourtant les États-Unis et 22 États de l’UE (dont la France) l’avaient signé.
Cet accord, sous prétexte de lutter contre les « contrefaçons », organisait la fin de la neutralité d’Internet en obligeant les fournisseurs d’accès à coopérer à une sorte d’Hadopi mondial.
Pire, cet accord considérait comme des « contrefaçons » la fabrication de médicaments génériques par des pays comme le Brésil et l’Afrique du Sud. L’Acta défendait le droit de la « propriété intellectuelle » des firmes multinationales pharmaceutiques contre le droit des peuples à se soigner.

 
La Commission européenne avait refusé, jusqu’à l’été 2010, de divulguer quoi que ce soit des négociations en cours. Wikileaks l’avait fait et les médias s’étaient emparés du dossier. L’Acta n’avait pas survécu à ces révélations. Là encore l’« effet Dracula » avait joué à plein.


Instruits par des échecs, le gouvernement des États-Unis et la Commission européenne prendront toutes les précautions pour parvenir à leurs fins. Il faut donc suspendre immédiatement les négociations.


 

Notes

[1] « Estimations of Tarif Equivalents for the Services Sectors” – Centre d’études prospective et d’informations internationales (CEPII) – N° 2001- 24 Décembre.

[2] Claude Revel « Développer une influence normative stratégique internationale pour la France » - Décembre 2012.

 

http://www.democratie-socialisme.org/spip.php?article2876

http://comite-pour-une-nouvelle-resistance.over-blog.com/article-le-projet-d-accord-transatlantique-de-libre-echange-118149843.html

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Une conférence de Michel Etiévent sur Ambroise Croizat.

30 Mai 2013 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

Qui connait Ambroise Croizat ? Peu j'imagine et pourtant voilà encore un homme politique français communiste qui sous De Gaulle fut l'un des fondateurs de la Sécurité sociale et du système des retraites en France pour ne citer que cela !

vimeo.com
Montataire (Oise), octobre 2011. Une conférence de Michel Etiévent avec la participation de la fille d'Ambroise, Eliane Croizat.
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