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Le blog de Lucien PONS

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Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

26 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La République, #Economie, #alstom

Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

Le Maire confirme la vente de 10 milliards d'euros d'actifs détenus par l'État

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Dans un entretien à Ouest-France à paraître mercredi, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a confirmé que l'Etat allait céder pour 10 milliards d'euros d'actifs qui serviront à crée un fonds de "l'innovation de rupture", fonds souhaité par le président Emmanuel Macron.

Début juillet, Bercy avait déjà fait comprendre qu'une série d'actifs seraient cédés par l'Etat pour financer l'innovation. Pour l'essentiel, ce devrait être des participations minoritaires dans des entreprises du secteur concurrentiel c'est-à-dire non stratégiques.

Pour rappel, la France dispose, selon le rapport du Compte Général de l'Etat 2016, de 1817 participations financières pour un montant de 262,7 milliards d'euros. Dans le détail, 137,5 milliards d'euros correspondent à des valeurs relatives à des entités contrôlées par l'Etat - comme EDF, la Poste ou SNCF mobilités - et 125,2 milliards d'euros concernent des entités non contrôlées par l'Etat. On compte parmi celles-ci Engie, Orange, Renault, Dexia ou encore Alstom.

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Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Ukraine, #Terrorisme, #La guerre, #Le fascisme

Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)

Emir Kusturica : «Les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme» (EXCLUSIF)
Emir Kusturica

Evoquant les difficiles relations entre la Russie et l'Occident, le réalisateur serbe Emir Kusturica confie à RT sa vision de Vladimir Poutine, Donald Trump, et de la situation en Ukraine, en laquelle il voit une redite de la guerre de Yougoslavie.

RT : Vous avez un jour dit que la Serbie était respectée dans le monde entier, et ce grâce à Vladimir Poutine. Quelle en est selon vous la raison ?

Emir Kusturica (E. K.) : Vladimir Poutine, à mon avis, a fait quelque chose de très important pour le monde entier. Car, comme l'a dit un écrivain russe fort instruit, c’est la démocratie qui a souffert le plus après la chute de l’URSS.

A l’époque de l’Union soviétique, les démocrates français, italiens, anglais... tâchaient de démontrer à ceux qui étaient de l’autre côté du rideau de fer que régnait une vraie démocratie dans leur pays. Avec la chute de l’URSS, ils n’avaient plus rien à prouver à personne. Il ne fallait que suivre le mouvement du progrès naturel, qui est, en grande partie, alimenté par le côté obscur de la nature humaine.

Aussi, j'approuve les actions de Vladimir Poutine, qui, avec une manière, fine, qui lui est propre, remet la Russie sur pieds après la période Eltsine, afin que le peuple puisse être fier de son histoire et – et c'est le plus important – de sa culture.

Pourquoi l’Occident a-t-il des problèmes avec Vladimir Poutine ? Quels sont les avantages que présente la position du président russe ? Prenons l’exemple de l’Asie. Il s'agit de la région la plus peuplée, dotée de grandes puissances économiques, notamment la Chine. Les meilleurs réalisateurs asiatiques tournent des films dédiés à des questions d’éthique, d'auteurs des XIXe et du XXe siècles et que nous pouvons trouver dans les livres des grands écrivains russes.

C'est l'histoire qui nous montrera qui a raison et qui a tort, et non pas ceux qui essayent de réduire à zéro le rôle de la culture dans l'histoire de l’humanité. A chaque fois que je me rends en Occident, je m'entretiens avec des intellectuels qui en savent très peu sur Vladimir Poutine et la Russie contemporaine. Celui qui a interdit les importations de semences OGM mérite au minimum qu’on le respecte. C’est l’un des pires aspects de notre monde : nous sommes en proie à la production de Monsanto, qui n’a rien de naturelle et qui est quotidiennement à l'origine de cas mortels. Vladimir Poutine a interdit les OGM et revitalisé l’agriculture russe. Les résultats qu’il a obtenu sont splendides. En outre, c’est un homme qui préserve la culture de son pays. Pour cette raison, c'est un héros.

Lire aussi : Pour Emir Kusturica, Vladimir Poutine est «un type bien»

RT : Qu'avez vous pensé de la récente rencontre entre Vladimir Poutine et le président américain Donald Trump ?

E. K. : Je considère que Donald Trump n’a toujours pas dit ce qu’il devait dire. Je parle des promesses faites au cours de sa campagne électorale, promesses qu’il a oubliées. Il y a deux choses à faire remarquer. Premièrement, le fait est que l’Etat profond est derrière toutes les décisions importantes prises aux Etats-Unis. Deuxièmement, le complexe militaro-industriel américain est tellement puissant que le président ne peut pas agir sans le consentement d’autres personnes. Je trouve que la position de Vladimir Poutine est positive et en même temps, supérieure. J’ai également remarqué un peu d'incertitude dans le comportement du président américain. Je dirais même que cette rencontre nous a prouvé que ce n’était pas lui qui prenait les décisions. Et ça, c’est un grand problème pour l’humanité dans son ensemble.

RT : Ici même, à Mecavnik, en Serbie, vous avez récemment tourné votre film On the Milky Road, dans lequel Monica Belucci et vous-même jouez les rôles principaux. Ce film a reçu un grand prix à Sébastopol, en Crimée. Le 23 juillet prochain, vous envisagez de donner un concert à Yalta, autre ville de Crimée. N’avez-vous pas peur des sanctions ?

E. K. : Non. La vie n'a de sens que si tu es libre, si tu fais ce que tu veux. Tout au long de ma vie, je suis resté fidèle à mes décisions, à ma façon de faire. Dans cette situation je préférerais que les sanctions soient imposées à ceux qui donnent des concerts, disons, à New York ou même à Washington, où tant de guerres ont été préparées. Prenons l’exemple de Mouammar Kadhafi, ou le chaos que les Américains sèment dans le monde entier depuis déjà 20 ans. Si on doit imposer des sanctions, ce n'est certainement pas contre des musiciens qui jouent là où ils l'entendent, surtout à Yalta.

RT : Que pensez-vous de la situation en Ukraine ?

E. K. : La situation en Ukraine, telle que je la connais, ressemble à celle qui a eu cours en Yougoslavie. Nous assistons aux pressions de l'Occident. Au cours de l'unification européenne, l’Ouest a divisé la Yougoslavie. Et quoi qu'on dise de l'impossibilité de maintenir son intégrité, la Yougoslavie divisée est devenue un casse-tête pour le monde entier. La destruction n’émane pas de ceux qui veulent sauver leur patrie, mais de ceux qui paient pour la déstabilisation de cette dernière.

Victoria Nuland [diplomate américaine, chargée de l'Europe au département d'Etat de 2013 à 2017] a déclaré publiquement qu’il avait fallu 50 milliards de dollars pour plonger l'Ukraine dans un tel chaos. En outre, comment pouvons-nous soutenir des gens qui ont des conceptions nazies ? Les événements qui ont lieu dans le monde prouvent que les pays capitalistes se dirigent vers le fascisme.

Lire aussi : Non, ce n’est pas parce qu’il est ami avec Vladimir Poutine qu’Emir Kusturica ne sera pas à Cannes

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Comment la France passa de l’ère allemande à l’ère américaine. Jacques Pauwels

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La République, #De Gaulle

Comment la France passa de l’ère allemande à l’ère américaine

Comment la France passa de l’ère allemande à l’ère américaine. Jacques Pauwels

Dans deux de ses livres, Le choix de la Défaite : les élites françaises dans les années 1930 et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République 1938-1940 (Paris, Armand Colin, 2010 et 2008), Annie Lacroix-Riz, spécialiste d’histoire contemporaine et professeur à l’université Paris 7, a expliqué comment, dans les années trente, l’élite de la société française – politiciens, militaires de haut rang, industriels, banquiers, le haut clergé, etc. – a voulu et planifié l’ « étrange défaite » de 1940. C’est par le biais de cette trahison que l’élite put triompher de l’« ennemi intérieur » gauchiste, empêcher d’autres réformes politiques et surtout sociales comme celles introduites par le Front Populaire, et éliminer le système, trop démocratique à son goût, de la 3e République en faveur du régime autoritaire et collaborateur de Vichy. Ce régime choya tous les éléments de l’élite du pays, mais surtout le patronat, et tandis qu’il fut un paradis pour celui-ci, il fut un enfer pour les salariés, et pour le peuple français en général ; Annie Lacroix-Riz l’a bien démontré dans un autre ouvrage, Industriels et banquiers sous l’Occupation (Armand Colin, Paris, 2013). Or, dans une toute nouvelle étude, Les Élites françaises entre 1940 et 1944 (Armand Colin, Paris, 2016), l’historienne se penche sur un autre aspect de la saga de la couche supérieure de la société française des années trente et quarante : leur passage de la tutelle allemande à la tutelle américaine.

Les défaites subies par la Wehrmacht devant Moscou (fin 1941) et surtout Stalingrad (hiver 1942-1943) ainsi que l’entrée en guerre des États-Unis et le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (novembre 1942) firent comprendre à l’élite française que l’Allemagne perdrait la guerre et que l’inévitable victoire soviétique impliquerait fort probablement pour la France le triomphe de la Résistance, « majoritairement ouvrière et communiste », et par conséquent une épuration des collaborateurs et des changements révolutionnaires. Afin d’éviter un tel scénario, catastrophique pour eux-mêmes et pour leur ordre socio-économique, la majorité des politiciens, militaires, industriels, banquiers, et autres « gens très bien », responsables directement ou indirectement pour la trahison de 1940 et la politique collaboratrice, répressive et même meurtrière de Vichy, commencèrent à se dissocier discrètement de la tutelle allemande et à préparer un « avenir américain ». Ils espéraient que l’occupation allemande de la France serait suivie par une occupation américaine, ce qui éviterait des « désordres », mot de passe pour les changements révolutionnaires associés avec la Résistance; et dans le contexte d’une Pax Americana engendrée par une victoire américaine leurs péchés pro-nazis seraient pardonnés et oubliés, leur permettant de conserver les privilèges traditionnels et nouveaux dont ils avaient joui grâce à Vichy. Sous les auspices du nouveau tuteur américain, la France serait un « Vichy sans Vichy ».

Il était possible de rêver à tout cela parce que les leaders américains détestaient également l’idée que, après le départ des Allemands, les Résistants communistes et autres puissent prendre le pouvoir en France, y provoquer des « mutations [politiques et socio-économiques] profondes » et ouvrir la porte à l’influence soviétique. À Washington on n’avait rien contre le régime de Vichy, avec lequel on maintenait jusqu’en janvier 1943 de bonnes relations diplomatiques ; et les autorités étatsuniennes, Roosevelt en tête, espéraient longtemps que dans l’après-guerre Pétain ou un des autres dirigeants vichyssois pas trop souillés par leur germanophilie – comme Weygand ou Darlan – resterait au pouvoir en France, peut-être après un léger « replâtrage parlementaire » du système vichyssois. « L’avenir américain » fut préparé dans des négociations en Afrique du Nord, où les É.-U. avaient plusieurs consulats, en Espagne et en Suisse, où Berne fut le pied-à-terre de l’agent secret étatsunien Allen Dulles, qui y « veillait à l’avenir de la France » et de l’Europe en général.

Les Allemands étaient à la hauteur mais toléraient ces initiatives parce que l’élite du Reich préparait son propre « avenir américain », ce qui impliquait des industriels et banquiers allemands avec de bons contacts américains – y compris Dulles – et même des chefs de la SS/Gestapo. Afin de permettre à quelques-uns des plus fermes suppôts du nazisme au sein de de l’élite allemande, par exemple le banquier Hjalmar Schacht, de se poser en « résistants » quand le régime nazi s’écroulerait, on les enferma dans des camps de concentration comme Dachau, où ils étaient « entièrement séparés de la masse des détenus du camp proprement dit » et bien traités. De façon similaire, les autorités allemandes en France eurent la gentillesse d’arrêter de nombreux « collaborationnistes de premier plan » et de les « déporter » vers le Reich pour y attendre la fin de la guerre dans un confortable lieu de « détention d’honneur », par exemple des hôtels à Bad Godesberg et au Tyrol. Cette expérience devait servir de « brevet de ‘résistance’ » à ces personnages, leur permettant de poser en héros patriotiques à leur retour en France en 1945.

Tandis qu’à l’occasion du choix du tuteur allemand comme « protecteur des coffre-forts » en 1940, « un chef français compatible avec le guide allemand » se tenait déjà prêt dans les coulisses, à savoir Pétain, la sélection d’un chef français compatible avec le nouveau guide américain était nettement moins facile. Le tandem de l’élite française et les autorités américaines détestaient celui qui apparaît aujourd’hui comme un choix manifeste, à savoir Charles de Gaulle, le chef des « Français libres ». La raison ? Ils le regardaient comme un « fourrier du bolchevisme », « un simple tremplin vers le pouvoir des communistes ». Ce n’est que très tard, à savoir le 23 octobre 1944, donc plusieurs mois après le débarquement en Normandie et le début de la libération du pays, que de Gaulle fut reconnu officiellement par Washington comme chef du Gouvernement provisoire de la République française. La chose devint possible à cause de plusieurs facteurs. Primo, les Américains ont fini par se rendre compte que le peuple français ne tolérerait pas qu’après le départ des Allemands « le tout-Vichy [fût] maintenu en place ». Ils ont compris que, inversement, de Gaulle bénéficiait d’une grande popularité et du soutien d’un grande partie de la Résistance. Par conséquent, ils avaient besoin de lui pour « neutraliser les communistes au lendemain des hostilités ». Secundo, de Gaulle négocia auprès de Roosevelt afin d’adopter une politique « normale », ne menaçant aucunement « le statu-quo socio-économique » ; et il donna des gages en « repêchant » de nombreux collaborateurs vichyssois qui avaient été les favoris des Américains.  Tertio, le chef des « Français libres » avait pris ses distances avec l’Union Soviétique. C’est ainsi que le gaullisme s’est « respectabilisé » et que de Gaulle est devenu « un leader de la droite », acceptable à élite française aussi bien qu’aux Américains, les successeurs des Allemands dans le rôle de « protecteurs » des intérêts de cette élite. Or, du point de vue des nouveaux vrais maîtres de la France – et de la plupart du reste de l’Europe – il fut et resta une sorte de « rebelle » qui continua longtemps à leur causer des ennuis.

Les Élites françaises entre 1940 et 1944 est une étude surprenante, fascinante, rigoureusement et minutieusement documentée, comme les autres livres d’Annie Lacroix-Riz. De ceux-ci, il faut encore mentionner Aux origines du carcan européen (1900-1960) : La France sous influence allemande et américaine (Paris, Éditions Delga, 2014). On peut y apprendre comment, à la suite de la fin de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis ont su consolider leur domination politique et économique de l’Europe occidentale par le biais de la création d’institutions européennes. Et ils l’ont fait en collaboration avec des élites françaises, allemandes et autres – y compris des collaborateurs vichyssois « recyclés » tels que Jean Monnet. Dans ce contexte aussi, leur ancien antagoniste, de Gaulle, leur a causé quelques ennuis.

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“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (2/2). Par Robert Charvin

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #De Gaulle

“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (2/2)

“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (2/2). Par Robert Charvin

…Cette justice, surtout après 1947, avait pour mission de rompre avec le pouvoir résistant, et surtout de dissocier les différentes tendances de la Résistance, tout comme les préfets s’opposaient aux commémorations des associations d’anciens résistants et à l’édification de monuments souvenir (par exemple à Monceau les Mines en 1949). Le caractère des procédures ouvertes contre les anciens résistants apparaissait d’autant plus « décalé » que diverses lois d’amnistie précitées avaient déjà été votées au bénéfice des collaborateurs et que des officiers allemands précédemment condamnés à mort par contumace étaient acquittés.

 

Les résistants poursuivis étaient le plus souvent d’anciens Francs-Tireurs et Partisans, plus ou moins isolés du parti communiste auquel ils avaient appartenu et qui n’étaient donc pas en mesure de bénéficier d’un soutien conséquent. Le PCF avait procédé après la Libération à l’exclusion de certains résistants, au nom de « l’anti-titisme », souvent aussi parce qu’ils étaient simplement des militants « incontrôlables » se refusant à la discipline politique imposée parfois en raison de la contestation de certains dirigeants, comme J. Duclos, dont les positions durant la guerre n’avaient pas été claires.

Lorsque ces ex-résistants étaient suspectés par la justice d’affaires relevant du droit commun (par exemple, d’actes de pillages dans les maquis), le parti préférait prendre ses distances pour échapper au discrédit, dans une période de haute tension politique.

Si les cas sont nombreux, seuls sont encore connus, un demi-siècle plus tard, ceux qui ont fait l’objet d’études universitaires, à partir des archives locales. On peut citer, par exemple, le cas d’Émile Philippot, des FTP de l’Yonne, dont toute la famille est engagée dans la Résistance. Il est chargé des réquisitions pour le ravitaillement des partisans. Il dynamite des trains de marchandises et procède à l’exécution d’une informatrice de la Gestapo.

Arrêté par les Allemands pour « terrorisme », il est condamné par la Cour Spéciale de Dijon à perpétuité puis remis aux Allemands. Rien d’étonnant : « L’État Français » qui collaborait avec le Reich assimilait tous les résistants à des « terroristes », agents de Moscou, « siège d’une politique impérialiste renouvelée de la politique nationaliste des Tsars ».

Cette Résistance n’était qu’un « moyen de préparer une invasion issue des tendances ataviques à la marche vers l’ouest, […] tout en se ménageant des partisans, […] traîtres à leurs pays », […] » et « prêts à se sacrifier au nationalisme russe aux dépens du nationalisme français ». Philippot est libéré en septembre 1944, alors qu’il était incarcéré dans les locaux de la Gestapo, gravement malade. Dès 1945, il est à nouveau incarcéré en tant que « faux » résistant, et condamné pour vols et recels, c’est-à-dire pour les réquisitions qu’il avait pratiquées pour ravitailler son maquis. Un témoin de la défense dénoncera cette accusation mettant sur le même plan « des kilos de lard récupérés et les cadavres des fusillés et déportés » !

Condamné à 5 ans de réclusion en 1948, en pleine crise du blocus de Berlin Ouest, et des grandes grèves en France, il sera gracié par le Chef de l’État en 1949. De nombreuses autres affaires, de même nature, se sont produites, dans un climat d’acharnement judiciaire : certains magistrats, impliqués dans la répression vichystes, prenaient leur revanche.

On peut citer encore le cas de Francis Flamand, responsable d’un groupe de résistants de Bresse du Nord, dont le chef de corps était le capitaine Otcharenko, officier de l’Armée Rouge, prisonnier évadé et rallié au maquis français. Il est accusé de pillage et d’exécution d’agents de la Gestapo, sans aucune considération des conditions de guerre. Toutefois, la procédure fut suspendue définitivement.

Robert Serant, jeune communiste né en 1925, condamné le 18 juillet 1941 pour ses premiers actes de résistance, FTP à 17 ans, arrêté à nouveau, déporté, il s’évade en 1945 et rejoint la Première Armée française. Mais en 1946, il est poursuivi par la Cour de Justice de Dijon pour « dénonciation » par un parquetier, proche de Vichy. Il est condamné à 3 ans de prison. En 1946, il est à nouveau poursuivi devant le tribunal correctionnel de Dijon pour attentats contre des collaborateurs. Il sera libéré en 1948.

L’affaire qui a eu le plus de retentissement est celle de Guingouin, chef FTP, dans le Limousin39, devenu le Maire de Limoges à la Libération. En rupture avec la direction nationale du PCF40, Georges Guingouin, qui pendant 4 ans défia la police de Vichy, la milice et les SS, s’est fait arrêter 9 ans après la Libération, en été 1953, dans le bureau d’un juge (qui poursuivait déjà une instruction contre lui durant la guerre). Pourtant, la loi d’amnistie du 6 août 1953 s’appliquait à tous les crimes commis par des résistants entre 1940 et janvier 1946, en tant qu’actes de guerre. L’affaire Guingouin officiellement relevait du droit commun !

Au plan politique, ce sont les Socialistes de la SFIO qui sont les plus actifs contre les « crimes qui déshonorent la Résistance ». Pour eux, l’objectif est de discréditer les communistes, sans réelle préoccupation de l’image de la Résistance. Guingouin, l’ancien maire de Limoges, condamné à 20 ans de travaux forcés pour « crime de guerre » (il s’agissait de l’exécution par les FTP de personnes suspectées de collaboration avec la police allemande), a purgé 4 ans de prison, malgré une absence presque totale de charge.

Refusant l’amnistie, Guingouin réclame la révision de son procès. Une campagne nationale de solidarité s’est alors développée (avec Claude Bourdet, J. Debu-Bridel, Léo Hamon, Jean Rous, J.M. Domenach, F. Mauriac, etc.). Son avocat est Roland Dumas.

De Gaulle lui-même lui manifeste son soutien : « Je n’ai pas oublié que Guingouin fut un combattant de la liberté et qu’il a maintes fois risqué sa vie pour la France » (message du 14 avril 1955). En 1959, enfin, c’est le Parquet lui-même chargé de l’accusation, qui prononce une véritable plaidoirie en faveur de Guingouin. C’est le non-lieu. La Ligue des droits de l’homme a même demandé l’ouverture d’une information judiciaire contre les responsables des poursuites et contre les personnels de la prison de Brive où Guingouin a failli être assassiné.

Dans les grands journaux français, en particulier Le Figaro (26-27 décembre 1953), on évoquait les « centaines de crimes commis dans les maquis limousins ». Un journal allemand comparait le Limousin à Katyn (Deutsche Soldaten Zeitung). On médiatisait à outrance « la terreur rouge » qui régnait dans le Limousin et « l’imposture » du résistancialisme. Le Président de la République R. Coty, élu, était un ancien parlementaire ayant voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940 : le climat est propice à une campagne nationale de dénigrement de la Résistance. Elle est utile à la politique de soutien au réarmement de l’Allemagne, qui a besoin de l’oubli des crimes du nazisme.

Un procès à Bordeaux de janvier-février 1953 jugeait 21 des SS ayant participé au massacre d’Oradour. Le 20 février 1953, le Parlement réuni en urgence vota par 319 voix contre 211, une loi d’amnistie exceptionnelle entraînant leur libération immédiate. Le Général Lammerding, chef de la division « Das Reich » ne fut pas extradé par les Britanniques qui contrôlaient la région de Düsseldorf. Les « exigences » de la guerre froide se substituent à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

Avec l’affaire Guingouin, il n’y a plus un seul acte de guerre accompli par la Résistance qui ne puisse être remis en question. Il s’agit de juger en temps de paix des actes n’ayant de signification qu’en temps de guerre, mais qualifiés de crimes de droit commun !

 

Extrait du livre “Faut-il détester la Russie ?” (Chapitre : Le Procès de la résistance)

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“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (1/2). Par Robert Charvin

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La République, #La nation .

“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (1/2)

“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (1/2). Par Robert Charvin

La méconnaissance de la Résistance en Occident est aujourd’hui quasi-totale. Il s’est agi, non seulement de réhabiliter un passé trop souvent jugé, aux yeux des milieux les plus conservateurs, honteux parce qu’antinational, mais aussi de discréditer ceux qui avaient été reconnus comme « héros de la Résistance ». Un long travail de sape a été mené durant des décennies en France, particulièrement après les premières lois d’amnistie de 1947 et 1951 effaçant les condamnations pour faits de collaboration.

 

Tout a été entrepris pour que la Résistance (communiste notamment) ne soit plus perçue comme patriotique, mais seulement comme subversive, préparant la Révolution sociale, tout comme le combat de la Russie était dénoncé comme la préparation de la révolution communiste dans toute l’Europe. Ceux qui avaient bradé la Nation faisaient ainsi sans retenue le procès du « faux » patriotisme de la Résistance.

La Résistance française a été ainsi « dénationalisée » par l’accusation de n’avoir débuté qu’avec l’agression allemande contre la Russie en 1941. Malgré son unité durant la guerre jusqu’à la Libération, tout a été fait pour faire imploser la Résistance, dissociant les communistes des non communistes, la seule « authentique » étant celle des Gaullistes.

Les seules personnalités – peu nombreuses – issues de l’élite traditionnelle, ralliées à la Résistance, furent tolérées. Le peuple de la Résistance, essentiellement composé de communistes et de citoyens anonymes, subit une propagande destructrice. La clandestinité avait entraîné de nombreux problèmes, tels ceux, par exemple, du ravitaillement et de l’équipement des maquis. Ils étaient parfois contraints de pratiquer des réquisitions sur l’habitant, source de mécontentement de certaines populations. Les dénonciations n’étaient pas rares ; les trahisons de quelques- uns menaçaient des réseaux entiers.

La torture, les déportations et les exécutions sommaires frappaient les résistants faits prisonniers, particulièrement les communistes jugés « irrécupérables ». Selon l’historien peu contesté H. Michel, la Résistance française eut au moins 20.000 fusillés et sur ses 115.000 déportés, 40.000 seulement revinrent. Cette violence subie provoquait une violence en retour contre les collaborateurs avérés mais aussi contre de simples suspects.

La justice expéditive et sommaire à l’encontre des amis de l’ennemi n’excluait évidemment pas les erreurs et les injustices. Dès lors que l’ordre traditionnel a été rétabli et que la Résistance ne fut plus qu’un souvenir, assimilé au désordre et à une révolution avortée, des opérations visant à son discrédit se sont multipliées. L’une des voies empruntées est celle du judiciaire, les tribunaux étant chargés, totalement éloignés du contexte de guerre, de juger de la légalité des actes d’une Résistance condamnée à l’illégalité par des occupants et leurs collaborateurs locaux.

 

« Ceux qui étaient jusque-là considérés comme des héros locaux
furent l’objet de poursuites judiciaires »

 

En France, par exemple, quelques années seulement après la victoire des Alliés, la justice pénale s’est saisie d’un certain nombre d’affaires mettant en cause quelques résistants dans le but de discréditer toute la Résistance, dont la mémoire était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli, alors qu’il était jugé nécessaire de renoncer à l’indépendance nationale vis- à-vis des États-Unis et de faire endurer l’Histoire à la population comme une fatalité excluant tout volontarisme politique. La guerre froide, comme dans d’autres pays de l’Europe occidentale – surtout après 1947 – a conduit à multiplier les procès d’anciens résistants pour des faits de guerre.

Ceux qui étaient jusque-là considérés comme des héros locaux en raison de leur engagement durant la Seconde Guerre mondiale furent l’objet de poursuites judiciaires pour des affaires liées à la vie difficile des maquis : réquisitions, exécution sommaire de dénonciateurs ou de suspects de trahison. Dans tous les maquis, les deux questions majeures étaient en effet la sécurité et le ravitaillement. La seule façon de limiter les dénonciations potentielles était de faire exemple en éliminant les suspects.

Ces procès s’inscrivaient dans la continuité de la répression « Vichyste » : c’était la même police qui arrêtait, les juges qui poursuivaient les anciens résistants étaient les mêmes, qui lors de la Libération, avaient échappé à l’épuration, c’est-à-dire la quasi-totalité du corps de la police et de la magistrature et qui fonctionnaient dans le même esprit après la guerre comme durant son déroulement…

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Extrait du livre “Faut-il détester la Russie ?” (Chapitre : Le Procès de la résistance)

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« Les vainqueurs de la “guerre froide” ont besoin de la diabolisation des vaincus ». Par Robert Charvin.

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie

« Les vainqueurs de la “guerre froide” ont besoin de la diabolisation des vaincus »

« Les vainqueurs de la “guerre froide” ont besoin de la diabolisation des vaincus ». Par Robert Charvin.

Comme les vainqueurs de la Commune de Paris, les vainqueurs de la « guerre froide » ne se contentent pas de la répression (dans la France de 1871) ni du démembrement (de l’URSS dans les années 1990) ; ils ont besoin de la diabolisation des vaincus.

 

Pour Bismark et les « républicains » conservateurs français, les Communards n’étaient que des délinquants de droit commun qu’il fallait traiter comme tels en en tuant le souvenir. Quant à la révolution en Russie, elle n’était qu’une manifestation supplémentaire de son retard culturel qu’il s’agissait d’associer au mépris antirusse traditionnel.

Dans les deux cas, il s’agissait de l’élimination d’une soudaine irruption de la barbarie au sein de la civilisation. La « preuve » de cette théorie est l’analogie des méthodes répressives, c’est-à-dire la violation des droits de l’homme : l’exécution des otages dont l’Archevêque de Paris et le vandalisme des Communards ; les crimes du bolchevisme dont l’exécution de Nicolas II et la brutalité du stalinisme en Russie.
 
La diabolisation de la Russie post-soviétique passe par l’accusation portée contre elle de violation des principes démocratiques : cette violation est dans la « nature » même de la société russe. Elle est « incorrigible ».  En réalité, ce dont on fait le procès et ce qui est en cause, c’est la réaffirmation par les autorités russes de la souveraineté de la Russie et la renaissance de sa puissance, réduisant la marge de manœuvre du monde occidental. Les campagnes antirusses (comme antichinoises) résultent de l’irritation suscitée par le fait que d’immenses territoires échappent à l’influence politique américaine et ouest-européenne, limitant le déploiement des intérêts occidentaux. C’est un immense « manque à gagner » pour l’Occident.
 
Il est évident que le savoir historique progresse par « une révision perpétuelle des contenus par approfondissement et rature ». Au contraire, l’attitude vis-à-vis de la Russie est la répétition permanente d’une approche permanente et systématique : il est répété sans cesse que « rien n’est plus étranger à la tradition culturelle au monde russe que les valeurs de la démocratie libérale, que l’idée de contrat social et de souveraineté populaire, fondements du monde occidental ».

Ce qui régnerait en Russie aujourd’hui comme hier c’est « la paranoïa collective, le complexe de l’assiégé », la conviction qu’une « conspiration universelle menace ». Le constat que tout est entrepris en Occident pour provoquer par des ingérences multiformes, en premier lieu celle de l’argent distribué et des médias mobilisés, la désagrégation du monde russe, le fait de multiplier les bases militaires de l’OTAN enserrant la Russie pourtant « post-soviétique », les diverses restrictions commerciales prises à son encontre, ne sont pas pris en considération. La Russie serait atteinte d’une pathologie historique sans remède qu’il convient de dénoncer sans trêve.
 
Les juristes occidentaux sont à l’avant-garde de cette agression idéologique et fournissent les outils théoriques aux campagnes médiatiques. Ils inventent, au mépris du principe de l’égale souveraineté des États, membres des Nations Unies, pourtant toujours en vigueur dans la Charte, celui « d’État non démocratique » qui n’aurait pas les mêmes droits que les autres dans l’ordre international. La définition occidentale de la démocratie se résumant à des élections « libres » et répétitives serait intégrée à la légalité internationale, c’est-à-dire au droit des « nations civilisées », comme au XIXème siècle.
 
Il est à noter que ces « élections libres », sources de toutes les interprétations, peuvent être récusées a posteriori dès lors qu’elles sont considérées comme « insuffisamment libres » (en Côte d’Ivoire, par exemple) ou lorsqu’elles ne débouchent pas sur la pratique politique souhaitée (comme en Ukraine).
 
Le droit international perdrait ainsi son universalité de la fin du XXème siècle : tous les États ne sont pas éligibles au « nouveau » droit international. Ainsi la démocratie n’est plus une affaire intérieure et les interventions « pro-démocratiques », c’est-à- dire « pro-occidentales » seraient légitimes. La « démocratie » est ainsi devenue (après la notion de « civilisation » de l’époque coloniale) un moyen pour les puissances occidentales de « réinterpréter » les règles de la coexistence pacifique entre tous les États prévues dans la Charte des Nations Unies.

L’ingérence (malgré le principe qui l’interdit) et même le recours à la force (malgré la disparition pour les États du droit de guerre) tendent à devenir une pratique que les puissances occidentales s’autorisent. Parfois, c’est dans le cadre des Nations Unies : elles procèdent à des interprétations extensives et de mauvaise foi des résolutions votées par le Conseil de Sécurité.
 
Il en a été ainsi, par exemple, dans le cas de la Libye. Une simple interdiction de survol du territoire par l’aviation libyenne au nom du « devoir de protéger les populations civiles » a permis à l’OTAN une intervention armée terrestre, maritime et aérienne à l’origine de plusieurs dizaines de milliers de victimes et à l’issue de huit mois de conflits armés, à la liquidation du régime libyen et à l’exécution de son chef.

Il en a été de même pour la Côte d’Ivoire, à l’initiative de la France, avec la caution des Nations Unies, au nom de la « démocratie élective » et de la « protection des civils », où le recours à la force armée a conduit à l’élimination du Président Gbagbo et à son transfert devant la Cour Pénale Internationale.

Extrait du livre “Faut-il détester la Russie ?” (Chapitre : La Russie perçue par l’Occident)

 


Retrouvez le livre de Robert Charvin,
Faut-il détester la Russie, sur notre boutique

 

« Les vainqueurs de la “guerre froide” ont besoin de la diabolisation des vaincus ». Par Robert Charvin.

Quels intérêts sert la campagne actuelle de diabolisation de la Russie ?
D’où vient ce courant de révisionnisme historique qui minimise la contribution de l’URSS à la victoire des Alliés pendant la  Seconde Guerre mondiale et qui tend à assimiler le communisme au nazisme ?  Ce livre original nous met en garde : une certaine propagande médiatique peut nous mener tout droit vers une nouvelle guerre froide. Pas si froide ?

 

Avec une préface originale de Michel Collon

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Chateaubriand et la nécessaire alliance franco-russe. Par Nicolas Bonnal

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Histoire, #La nation ., #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #De Gaulle

Chateaubriand et la nécessaire alliance franco-russe. Par Nicolas Bonnal
Nicolas Bonnal
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Chateaubriand était un ami de la Russie comme le tsar Alexandre 1er fut un ami de la France, même celle de Napoléon.

En 1814, Alexandre écrivit une émouvante lettre au peuple de Paris avant d'occuper cette ville. Il produisit alors ce discours généreux écrit dans un français d'exception, qui était celui de la belle élite russe d'alors:

Les Français sont mes amis, et je veux leur prouver que je viens leur rendre le bien pour le mal. Napoléon est mon seul ennemi. Je promets ma protection spéciale à la ville de Paris; je protégerai, je conserverai tous les établissements publics; je n'y ferai séjourner que des troupes d'élite; je conserverai votre garde nationale, qui est composée de l'élite de vos citoyens. C'est à vous d'assurer votre bonheur à venir; il faut vous donner un gouvernement qui vous procure le repos et qui le procure à l'Europe. C'est à vous à émettre votre vœu: vous me trouverez toujours prêt à seconder vos efforts. "

Paris est donc occupée. Et sur l'occupation de cette capitale par les troupes russes en 1814, après l'abdication de Napoléon, mais avant les Cent Jours, voici ce qu'écrit Chateaubriand:

Toutefois cette première invasion des alliés est demeurée sans exemple dans les annales du monde: l'ordre, la paix et la modération régnèrent partout; les boutiques se rouvrirent; des soldats russes de la garde, hauts de six pieds, étaient pilotés à travers les rues par de petits polissons français qui se moquaient d'eux, comme des pantins et des masques du carnaval. Les vaincus pouvaient être pris pour les vainqueurs; ceux-ci, tremblant de leurs succès, avaient l'air d'en demander excuse. (*)

Cela nous change un peu du mercenaire américain à Bagdad!

On sait que Chateaubriand devint un excellent ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII après la guerre; puis il entra dans l'opposition et demeura le témoin lucide son temps, après la prise du pouvoir de Louis-Philippe qui entame la longue et surtout infatigable décadence française, dont des présidents comme Charles de Gaulle ou Valéry Giscard d'Estaing prirent conscience.

C'est dans une lettre très riche qu'il joint à ses Mémoires (**), que Chateaubriand commence à soutenir l'idée d'une alliance franco-russe contre les intérêts de l'Autriche et de l'Angleterre. A cette époque le tzar est Nicolas; il désire reprendre Constantinople et défendre les chrétiens d'Orient. Chateaubriand souligne déjà l'hypocrisie antirusse et la trahison occidentale en faveur des puissances islamiques:

Une attaque de l'Autriche et de l'Angleterre contre la Croix en faveur du Croissant augmenterait en Russie la popularité d'une guerre déjà nationale et religieuse.

L'Angleterre… alors qu'il a été réfugié — pendant la Terreur — puis ambassadeur à Londres, Chateaubriand remarque ce qui suit:

L'Angleterre, d'ailleurs, a toujours fait bon marché des rois et de la liberté des peuples; elle est toujours prête à sacrifier sans remords monarchie ou république à ses intérêts particuliers. Naguère encore, elle proclamait l'indépendance des colonies espagnoles, en même temps qu'elle refusait de reconnaître celle de la Grèce… L'Angleterre est vouée tour à tour au despotisme ou à la démocratie selon le vent qui amenait dans ses ports les vaisseaux des marchands de la cité.

Cette diplomatie des coups tordus annonce bien sûr la diplomatie américaine qui mêle le libéralisme le plus rapace au plus violent messianisme humanitaire, quitte à plonger des populations entières dans un chaos durable. Chateaubriand ajoute sur ce dernier point, au moment de la révolution de juillet 1830:

« Ces Anglais qui vivent à l'abri dans leur île, vont porter les révolutions chez les autres; vous les trouvez mêlés dans les quatre parties du monde à des querelles qui ne les regardent pas: pour vendre une pièce de calicot, peu leur importe de plonger une nation dans toutes les calamités. »

Comme l'Amérique d'aujourd'hui, l'Angleterre épuisée par sa guerre perpétuelle contre la France est d'ailleurs très endettée!

« L'Autriche n'a rien à demander à l'Angleterre; celle-ci à son tour n'est bonne à l'Autriche que pour lui fournir de l'argent. Or, l'Angleterre, écrasée sous le poids de sa dette, n'a plus d'argent à prêter à personne. »

Alors Chateaubriand se prend à rêver de l'Alliance franco-russe qui sera réalisée au début des années 1890 entre le cabinet français et le tzar Alexandre III, le parrain de Sacha Guitry. Il en trouve tout de suite les causes si naturelles et culturelles, à la fois donc littéraires, historiques et… géographiques:

" Il y a sympathie entre la Russie et la France; la dernière a presque civilisé la première dans les classes élevées de la société; elle lui a donné sa langue et ses mœurs. Placées aux deux extrémités de l'Europe, la France et la Russie ne se touchent point par leurs frontières, elles n'ont point de champ de bataille où elles puissent se rencontrer; elles n'ont aucune rivalité de commerce, et les ennemis naturels de la Russie (les Anglais et les Autrichiens) sont aussi les ennemis naturels de la France.

Il voit tout de suite que la France et la Russie peuvent contrôler l'Europe, comme Napoléon l'avait compris à Tilsitt en 1807, lorsqu'il rêvait d'un « partage du monde » franco-russe:

« En temps de paix, que le cabinet des Tuileries reste l'allié du cabinet de Saint-Pétersbourg, et rien ne peut bouger en Europe. En temps de guerre, l'union des deux cabinets dictera des lois au monde. »

Enfin Chateaubriand propose à la diplomatie française de soutenir la Russie dans l'affaire orientale et de s'adresser ainsi au tzar:

« Nous pouvons tenir ce langage à Nicolas:" Vos ennemis nous sollicitent; nous préférons la paix à la guerre, nous désirons garder la neutralité. Mais enfin si vous ne pouvez vider vos différends avec la Porte (Istanbul) que par les armes, si vous voulez aller à Constantinople, entrez avec les puissances chrétiennes dans un partage équitable de la Turquie européenne. »

Et de juger ainsi les intérêts des deux grandes nations alliées:

« J'ai fait voir assez que l'alliance de la France avec l'Angleterre et l'Autriche contre la Russie est une alliance de dupe, où nous ne trouverions que la perte de notre sang et de nos trésors. L'alliance de la Russie, au contraire, nous mettrait à même d'obtenir des établissements dans l'Archipel et de reculer nos frontières jusqu'aux bords du Rhin. »

On sait que de Gaulle était un lecteur de Chateaubriand, avec qui il partageait un certain pessimisme historique… De Gaulle d'ailleurs pensait que « la Russie boirait le communisme, comme le buvard boit l'encre ». Quant à la France, elle boirait souvent la « tasse », en 1919 comme en 1939 ou 56, en se mettant aux ordres des Anglo-Saxons!

Et Chateaubriand, soudain moins rêveur, sentait venir ce vent de trahison:

« Maintenant, mes projets ne sont plus réalisables: la Russie va se tourner ailleurs. »

Les grands esprits n'ont pas besoin de boule de cristal.



(*) Mémoires d'Outre-tombe, Tome 2, Livre XXII, chapitre 13)
(**) Mémoires, Tome III, livre XXIX, chapitre 13

 

https://fr.sputniknews.com/opinion/201507111016957660/

 

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Pourquoi de Gaulle adorait la Russie. Par Nicolas Bonnal

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La République, #La nation ., #De Gaulle

Pourquoi de Gaulle adorait la Russie. Par Nicolas Bonnal
Nicolas Bonnal
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« Il n'est pas un bon Français qui n'acclame la victoire de la Russie. »

On connaît la russophilie du Général de Gaulle. Mais rien ne vaut les discours du Grand Homme pour retrouver la lettre et l'esprit du combat russophile initié en France par les Lumières aux temps de la Grande Catherine, et poursuivi ensuite par un Chateaubriand aux temps des tsars Alexandre et Nicolas.

Le 20 janvier 1942, le Général prononce un magnifique discours guerrier à la radio londonienne pour rendre hommage à la victoire russe lors du terrible hiver 1941-42. Grand stratège, il comprend dès ce moment, et avant beaucoup de monde, que l'Allemagne nazie va perdre sa guerre contre la Russie:

« Pour l'Allemagne, la guerre à l'Est, ce n'est plus aujourd'hui que cimetières sous la neige, lamentables trains de blessés, mort subite de généraux. Certes, on ne saurait penser que c'en soit fini de la puissance militaire de l'ennemi. Mais celui-ci vient, sans aucun doute possible, d'essuyer l'un des plus grands échecs que l'Histoire ait enregistrés. »

 

Les mots suivants sont un hymne épique à la Grande Russie combattante:

 

« Tandis que chancellent la force et le prestige allemands, on voit monter au zénith l'astre de la puissance russe. Le monde constate que ce peuple de 175 millions d'hommes et digne d'être grand parce qu'il sait combattre, c'est-à-dire souffrir et frapper, qu'il s'est élevé, armé, organisé lui-même et que les pires épreuves n'ébranlent pas sa cohésion. C'est avec enthousiasme que le peuple français salue les succès et l'ascension du peuple russe. »

De Gaulle ensuite prévoit le grand rôle modérateur et équilibrant de la Russie sur la scène internationale. Il souligne au passage le rôle des forces obscures qui de manière récurrente s'opposent à l'alliance franco-russe:

« Dans l'ordre politique, l'apparition certaine de la Russie au premier rang des vainqueurs de demain apporte à l'Europe et au monde une garantie d'équilibre dont aucune Puissance n'a, autant que la France, de bonnes raisons de se féliciter. Pour le malheur général, trop souvent depuis des siècles l'alliance franco-russe fut empêchée ou contrecarrée par l'intrigue ou l'incompréhension. Elle n'en demeure pas moins une nécessité que l'on voit apparaître à chaque tournant de l'Histoire. »

Alain Peyrefitte a d'ailleurs rappelé pourquoi de Gaulle ne célébrait pas le débarquement anglo-saxon en France, débarquement qui annonçait une France inféodée et soumise à l'AMGOT:

« Le débarquement du 6 juin, cela a été l'affaire des Anglo-Saxons, d'où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s'installer en France comme en territoire ennemi! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s'apprêtaient à le faire en Allemagne! Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l'avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis. »

 

Personne ne se demande en effet depuis pourquoi la France Libre n'a pas eu le droit de débarquer ce fameux 6 juin! On saura pourquoi maintenant! De Gaulle rappelle à Alain Peyrefitte qu'il fut traité comme un domestique par Churchill. « La France fut traitée comme un paillasson! ».

 

Mais restons avec la Russie et notre Général: le 30 juin 1966, le Général de Gaulle devenu président de la République est à Moscou et il célèbre la vieille et inaltérable amitié franco-russe à la radio et à la télévision:

« La visite que j'achève de faire à votre pays c'est une visite que la France de toujours rend à la Russie de toujours… Aussi, en venant vous voir, il m'a semblé que ma démarche et votre réception étaient inspirées par une considération et une cordialité réciproques, que n'ont brisées, depuis des siècles, ni certains combats d'autrefois, ni des différences de régime, ni des oppositions récemment suscitées par la division du monde. »

C'est que pour de Gaulle comme pour Dostoïevski les nations sont des entités vivantes plus résistantes et plus fortes que les systèmes qui pensent les dominer. Il souligne ensuite, en faisant une belle allusion à la conquête spatiale, les grandes réalisations du modèle soviétique, stupidement oublié ou diabolisé depuis:

 

«Après l'immense transformation déclenchée chez vous par votre révolution depuis près de cinquante ans, au prix de sacrifices et d'efforts gigantesques; puis après le drame terrible que fut pour vous la guerre gagnée il y a plus de vingt années et dont la part que vous y avez prise a porté l'Union Soviétique au plus haut degré de la puissance et de la gloire; enfin, après votre reconstruction succédant à tant de ravages, nous vous voyons vivants, pleins de ressort, progressant sur toute la ligne, au point que vous êtes tout près d'envoyer des vôtres dans la Lune. »

 

Enfin, il conclut magnifiquement sur l'unité du continent européen, de l'Atlantique à l'Oural, pour reprendre une formulation lyrique et célèbre:

« Il s'agit aussi de mettre en œuvre successivement: la détente, l'entente et la coopération dans notre Europe tout entière, afin qu'elle se donne à elle-même sa propre sécurité après tant de combats, de ruines et de déchirements. Il s'agit, par là, de faire en sorte que notre Ancien Continent, uni et non plus divisé, reprenne le rôle capital qui lui revient, pour l'équilibre, le progrès et la paix de l'univers. »

Une conclusion? Soumise au diktat de Washington et Berlin, la France politicienne ferait bien de prendre exemple sur son dernier grand homme. 

https://fr.sputniknews.com/analyse/201507181017070809/

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Pour une Alliance cordiale entre Paris et Moscou !

20 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #La nation ., #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La République, #La Russie, #De Gaulle

Pour une Alliance cordiale entre Paris et Moscou !

Pour une Alliance cordiale entre Paris et Moscou !

Nicolas Dupont-Aignan : "Je pense que l’Ukraine doit être un pays neutre"

Nicolas Dupont-Aignan, Député de l'Essonne, membre de la Commission des Affaires étrangères et du Groupe d'amitié « France-Russie » de l'Assemblée nationale, Président de «Debout la France», s'est rendu à Moscou le 15 mars. Sa visite va durer jusqu'au 17 mars c'est-à-dire trois jours. Le premier jour, en partance de Paris, il a tenu à se prononcer sur nos ondes pour en expliciter les objectifs à atteindre.

Nicolas Dupont-Aignan. Je pense qu'il est très important aujourd'hui, au moment où certains veulent fâcher la France et la Russie, de montrer au peuple russe qu'il y a des hommes politiques français qui croient en cette grande Europe de l'Atlantique à l'Oural dont parlait le Général de Gaulle. Et il est très important d'intensifier les relations entre nos deux peuples parce que je crois que c'est un partenariat d'avenir.

RS. Peu de politiques français n'ont pas suivi les accords de Minsk. On voit de nouveau la France prendre l'initiative de répondre au plan de paix du Président Vladimir Poutine. Quel serait le rôle que la France serait appelée à jouer dans le règlement de cette crise ukrainienne?

 

Nicolas Dupont-Aignan. La première chose à faire serait déjà d'arrêter de jeter de l'huile sur le feu! C'est-à-dire qu'il ne faut pas se fâcher entre la France et la Russie à cause de l'Ukraine. Je pense que l'Ukraine doit être un pays neutre! Il faut clairement définir que l'OTAN ne peut pas s'étendre à l'Ukraine. Que c'est un engagement de la France. Il faut ensuite respecter le caractère fédéral de l'Ukraine et mettre en œuvre les accords de Minsk et enfin, lever au plus vite les sanctions de l'UE! Moi, je pense que l'UE a été très maladroite et a joué un mauvais rôle dans cette affaire et je me réjouis de voir que le Président français et la Chancelière allemande ont repris un peu la main pour éviter d'être entraînés dans une espèce de lutte fratricide, absurde, contraire à nos intérêts entre la France et la Russie.

 

 

RS. Que pensez-vous de l'affaire des Mistral?

 

Nicolas Dupont-Aignan. Quant à moi, j'aurais déjà livré les Mistral! Je pense que c'est une erreur de ne pas avoir livré le premier navire. En deuxième lieu, je pense que, véritablement, il faut lever les sanctions à l'égard de la Russie maintenant que l'affaire ukrainienne se calme. Donc il faut livrer les Mistral au plus vite! Alors j'espère que le Président de la République attend quelques semaines, mais que cela va être réglé rapidement! Je pense que l'on ne peut pas rester sur cet accroc à la parole donnée, contraire à l'engagement de la France. J'espère que cela se passera avant l'été.

 

RS. Qu'en est-il des perspectives de l'existence de votre mouvement politique et de votre parti, j'entends « Debout la France! » et « Debout la République! »? Voulez-vous approfondir le mouvement ou en fonder un autre?

 

Nicolas Dupont-Aignan. Le parti existe! Il n'y a pas à en fonder un autre! Nous progressons tous les jours. Nous avons obtenu 4% de voix ou même jusqu'à 5% de voix aux élections européennes! Et dans beaucoup de régions de France nous avions des sondages allant jusqu'à 8%! Nous serons présents à toutes les élections. Et nous progressons parce que nous sommes un parti d'avenir, pour un patriotisme apaisé et crédible. Et je pense que plus que jamais les Français ont besoin d'ordre et de progrès.

Commentaire. Les politiques et analystes français tablent vraiment sur l'alliance entre la France et la Russie. Il est intéressant que, toutes tendances confondues, les écrivains et intellectuels européens y aspirent, eux aussi. Georges Nivat, professeur chevronné de Genève, auteur des nombreux ouvrages et fin connaisseur de Soljénytsine, vient de confier au Monde que la Russie ne doit pas se penser en civilisation indépendante de l'Europe en s'émancipant d'un passé culturel et historique qu'elle a en commun avec l'Occident.

Profondément blessés dans leur orgueil national par l'attitude déraisonnée de l'OTAN et de la Commission Européenne, les Russes commencent à bouder l'Europe en bâtissant leur propre citadelle dans leur cœur, un peu à la Saint-Exupéry. Pour eux, tout comme pour les Américains, d'un allié et ami vivant, l'UE se transforme de plus en plus en l'une des origines de la civilisation slave qui s'étend sur les deux continents jusqu'au Pacifique. Par la bouche de ses meilleurs représentants, pareils à Nicolas Dupont-Aignan, les Européens entendent rappeler à la Russie la mission qui lui est conférée: assurer les marches du monde judéo-chrétien et en dresser les remparts. Reste à savoir si les Russes veulent toujours assumer ce rôle ou s'ils considèrent cette étape comme à jamais révolue?

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La nouvelle Route de la soie passera par la Syrie . Par Pepe Escobar.  

17 Juillet 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #La Turquie

La nouvelle Route de la soie passera par la Syrie

La nouvelle Route de la soie passera par la Syrie . Par Pepe Escobar.  

 

Au milieu des annonces catastrophistes qui caractérisent tout ce qui traite de la Syrie, la fronde et les flèches de la fortune injurieuse [1] décochent parfois, au contraire, de la bonne fortune.

 

Prenez ce qui s’est produit ce dimanche dernier à Pékin. L’Association d’échanges Chine-Arabie (China-Arab Exchange Association) et l’ambassade de Syrie ont organisé une journée d’expo sur la Syrie remplie à craquer de centaines de spécialistes chinois en investissements dans les infrastructures. C’était une sorte de mini-réunion de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), étiquetée « Premier projet de foire de rencontres pour la reconstruction de la Syrie ».

Et il y aura des suites importantes : une expo sur la reconstruction de la Syrie ; la 59ème foire internationale de Damas le mois prochain, où quelques chose comme 30 pays arabes et étrangers seront représentés ; et les expos d’État Chine-Arabie dans le Yinchuan, province du Ningxia, en septembre.

Qin Yong, secrétaire assistant de l’Association d’échanges Chine-Arabie, a annoncé que Pékin prévoit d’investir 2 milliards de dollars dans un parc industriel en Syrie, pour 150 compagnies chinoises.

Rien ne saurait être plus logique. Avant la tragédie de la guerre par procuration en Syrie, les marchands syriens étaient déjà incroyablement actifs dans le petit commerce de la Route de la soie, entre Yiwu et le Levant. Les Chinois n’oublient pas que la Syrie contrôlait les accès terrestres à la fois à l’Europe et à l’Afrique à l’époque de l’ancienne Route de la soie, quand, après avoir traversé le désert via Palmyre, les biens arrivaient jusqu’à la Méditerranée, puis à Rome. Après la chute de Palmyre, un route secondaire longeait l’Euphrate et passait par Alep et Antioche.

Pékin planifie toujours avec des années d’avance. Et le gouvernement de Damas est impliqué aux plus hauts niveaux. Ainsi, ce n’est pas par accident que l’ambassadeur syrien en Chine Imad Moustapha a déclaré, de façon décisive : La Chine, la Russie et l’Iran auront la priorité absolue pour tous les investissements en infrastructures et en projets de reconstruction quand la guerre sera terminée.

La nouvelle Route de la soie, ou initiative One Belt, One Road, comprendra inévitablement une plate-forme syrienne – avec tous les accords légaux nécessaires aux compagnie chinoises impliquées dans les investissements, la construction et les finances via une commission spéciale créée par l’ambassade de Syrie, l’Association d’échanges Chine-Arabie et le cabinet juridique chinois basé à Pékin Shijing.

Faites-moi une place sur le train de fret Shanghai-Lattaquié

Peu de gens se souviennent qu’avant la guerre, la Chine avait déjà investi des dizaines de milliards de dollars dans l’industrie pétrolière et gazière de la Syrie. Naturellement, la priorité pour Damas, une fois que la guerre sera terminée, sera un effort massif de reconstruction des infrastructures détruites. La Chine pourrait y prendre part via la BAII. Puis viendront les investissements dans l’agriculture, l’industrie et la connectivité – des couloirs de transport dans le Levant et des connexions entre la Syrie, l’Irak et l’Iran (deux autres plate-formes de la nouvelle Route de la soie).

Ce qui compte le plus est que Pékin a déjà entrepris la démarche fondamentale de s’impliquer dans le règlement de la guerre en Syrie – géopolitiquement et géo-économiquement. Pékin a appointé un représentant spécial pour la Syrie depuis l’année dernière – et a déjà fourni une assistance humanitaire.

Inutile d’ajouter que ces plans dépendent de la fin de la fin définitive de la guerre. Et c’est là le problème.

Avec la chute de Daech, ou du moins sa perte imminente de tout centre urbain d’importance, personne ne sait de quelle façon un faux califat fragmenté pourrait être manipulé pour couper la Syrie de son avenir dans la nouvelle Route de la soie.

Le Qatar a déjà changé la donne ; Doha s’est rapprochée de Téhéran (intérêts communs dans le méga-champ de gaz South Pars/North Dome obligent), ainsi que de Damas – au grand dam de l’Arabie Saoudite. De sorte que, contrairement à son passé récent, le Qatar n’est plus impliqué dans la politique de changement de régime. Restent à considérer les intérêts divergents de l’Arabie Saoudite, de la Turquie, d’Israël et bien sûr de Washington.

Un scénario possible de ce que Poutine et Trump ont négocié à Hambourg – qui n’a été relayé ni par Tillerson, ni par Lavrov – est que le cessez-le-feu en Syrie du Sud-Ouest, s’il tient, pourrait signifier que les forces de maintien de la paix américaines créent une zone démilitarisée entre le Golan syrien et le reste du pays.

Traduction : le Golan a été annexé de facto par Israël. Et la « carotte » pour Moscou serait la reconnaissance de la Crimée russe par Washington.

C’est moins tiré par les cheveux que cela en a l’air. Les prochains mois diront ce qu’il en est de sa plausibilité.

L’autre point d’importance tient à Ankara et aux Kurdes de l’YPG. Contrairement au scénario de mauvais augure mais possible de la balkanisation, Washington et Moscou pourraient bien avoir décidé de concert de laisser les choses se faire d’elles-mêmes. Nous aurons donc une occupation inévitable d’al-Bab par l’armée turque, pour une durée indéterminée.

En conclusion, l’Arabie Saoudite ne gagne rien. Et Israël et la Turquie engrangent des « victoires » politiques/militaires. Il est difficile d’imaginer comment Moscou pourrait vendre ça à l’Iran comme une victoire. Quoi qu’il en soit, Téhéran n’a peut être pas encore une route Iran-Iraq-Syrie-Hezbollah totalement fluide et active, mais il maintiendra des relations proches avec Damas et s’engagera dans l’expansion de la nouvelle Route de la soie.

La question-clé à partir de maintenant semble porter sur la politique pour le « Syrak » de l’État profond et les chances de la Maison-Blanche de la suivre – à savoir, le mantra « Assad doit partir » couplé avec le soutien et les fournitures en armes aux « rebelles modérés » inexistants ; ou si la priorité de Trump – l’élimination définitive de Daech – l’emportera.

De toutes façons, Pékin s’est décidé. Il travaillera non-stop pour que le triumvirat Iran-Iraq-Syrie devienne une plate-forme incontournable de la nouvelle Route de la soie. Qui parierait contre une future route de fret florissante Shanghai-Lattaquié ?

 

Traduction Entelekheia
Illustration : Le train du désert sur l’ancienne Route de la soie, la caravane chamelière.

[1]NdT : Citation de Shakespeare (Hamlet).

 

http://www.entelekheia.fr/nouvelle-route-de-soie-passera-syrie/

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