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Le blog de Lucien PONS

Huit bonnes raisons de rejeter le Pacte budgétaire.

29 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale

Huit bonnes raisons de rejeter le Pacte budgétaire


« Le poids de la dette est devenu écrasant. L’État verse ainsi près de 50 milliards d’euros par an à ses créanciers. Cette somme représente la première dépense, juste devant le budget de l’Éducation nationale ; elle est supérieure aux budgets de la recherche, de la justice et de la sécurité réunis. C’est inacceptable ! La dette, c’est moins d’écoles, moins de crèches, moins d’hôpitaux, moins de transports publics… [1] » Jean-Marc Ayrault évoquait en ces termes la question de la dette publique dans son discours de politique générale.

Un constat est sans appel ; pourtant le Premier ministre ne répond pas à des questions essentielles : d’où vient cette dette ? Comment éviter l’austérité, et la destruction de l’Etat social ? Au contraire, il prend ce « poids écrasant » comme une donnée indiscutable. Pour y remédier, il reprend l’objectif affiché par François Hollande, une réduction à marche forcée du déficit public, visant 3% du PIB dès 2013 et le déficit « zéro » en 2017. Ce n’est pas un hasard : le déficit « zéro » est l’objectif n°1 du Pacte budgétaire, le nouveau traité européen négocié par Sarkozy et Merkel pour imposer l’austérité en Europe.

27 juillet
Huit bonnes raisons de rejeter le Pacte budgétaire

Malgré la volonté affichée par François Hollande, lors de la campagne présidentielle, de rompre avec cette logique mortifère, le nouveau président a finalement accepté de ratifier le Pacte à l’issue du sommet européen du 28 et 29 juin. Il aurait en échange obtenu des mesures de croissance qu’il juge satisfaisantes. Suffiront-elles à contrebalancer le dangereux potentiel austéritaire du nouveau traité ? Rien n’est moins sûr...

Revenons tout d’abord sur le contenu du Pacte budgétaire. Grosso modo, le Pacte parachève le mécanisme de tutelle économique des Etats, la « gouvernance économique » européenne : les choix budgétaires discutés dans les Parlements nationaux seront contrôlés en amont, et possiblement sanctionnés par des instances d’« experts » non élus. Les Etats devront chaque année atteindre des objectifs, au risque d’encourir des pénalités quasi-automatiques, d’un montant considérable. Enfin, ils devront se soumettre à la fameuse « règle d’or ».

La règle d’or stipule que l’Etat ne doit pas dépenser plus que ce qu’il ne gagne. Plus précisément : le déficit entre les dépenses et les recettes de l’Etat ne doit pas dépasser 0,5% du PIB, hors fluctuations exceptionnelles. Elle incarne la vision de la BCE, le FMI, la Commission européenne, selon laquelle le déficit public et l’incurie des Etats seraient à la source de la crise de la dette. D’années en années, les Etats auraient vécu « au-dessus de leurs moyens » et emprunté pour dépenser plus, en faisant payer moins d’impôts. Il n’y aurait donc pas le choix : il faudrait d’urgence fermer le robinet de la dette et réduire les déficits.

Pour cela, au moins deux options sont sur la table : augmenter les recettes, ou réduire les dépenses. Mais en fait, c’est surtout la deuxième qui est mise en avant par les institutions et dans les textes européens, et bien sûr, dans le Pacte budgétaire.

1 - L’Etat social découpé à la hache

Voilà qui faisait déjà rêver les néolibéraux avant la crise… La crise de la dette a apporté des arguments aux libéraux pour en finir avec l’Etat social (les dépenses publiques, sont à plus des trois quarts des dépenses sociales, santé et protection sociale, éducation, retraites…). Le Pacte budgétaire s’inscrit ainsi dans la lignée des plans d’austérité menés dans toute l’Europe, qui se ressemblent tous, avec des coupes prévues :

- dans la fonction publique (suppressions de postes, gel ou réduction des salaires) ;
- la protection sociale (retraites, assurance maladie, chômage…) ;
- les services publics (notamment via la baisse des transferts aux collectivités locales) [2].

Bien sûr, ces mesures sont fondamentalement injustes, car elles touchent en priorité les populations les plus précaires, les femmes, les jeunes, mais aussi les classes populaires ainsi que les classes moyennes. Ce sont eux qui sont mis à contribution pour payer la crise.

Mais elles sont aussi absurdes économiquement. En effet, elles créent un cercle destructeur : la baisse des revenus (pertes d’allocations, hausse des prix dans les services publics) contribue à diminuer la consommation, puis l’activité. Elle accentue la récession qui va davantage peser sur les comptes publics – avec pour conséquence une augmentation du déficit public que ces mesures étaient censées résoudre. La règle de plomb de l’austérité ne freine pas l’endettement… elle l’accélère ! Elle a déjà laminé l’économie grecque, portugaise, britannique…

2 - Augmenter les impôts… sans taxer les riches !

On l’a dit, pour résorber le déficit, les gouvernements disposent d’une autre option : l’augmentation des impôts. Une solution qui a d’emblée très mauvaise réputation dans les cercles dirigeants. En fait les « économistes à gages » expliquent qu’il est possible d’augmenter les impôts... à condition de ne pas taxer les riches.

Taxer les riches et les grandes entreprises serait contre-productif : cela aurait pour conséquence d’affaiblir les entreprises et de diminuer l’investissement des hauts revenus dans l’économie. Voire, de les faire fuir… Cela affaiblirait l’économie, et diminuerait finalement le rendement de l’impôt et les recettes fiscales de l’Etat. D’où le célèbre adage : « trop d’impôt tue l’impôt [3] ».

Ils préconisent donc plutôt des mesures compatibles avec la « compétitivité », avec la « croissance » : des taxes sur la consommation, sur l’essence, la TVA… qui affectent davantage les classes moyennes et populaires. Et surtout, la privatisation des services et vente des biens publics, le détricotage du droit du travail pour faciliter la baisse des salaires.

En dernier lieu, le salut des finances publiques passerait donc par la compétitivité commerciale... et par la stimulation à tout prix de l’activité et des investissements privés

3 - Une compétition mortifère dans la zone euro

Cette recherche effrénée de compétitivité participe elle-aussi du cercle destructeur de l’austérité. L’Allemagne, depuis les années 2000, a tout particulièrement appliqué l’agenda néolibéral, ce qui a permis l’explosion des excédents commerciaux allemands. Mais si l’Allemagne exporte (principalement dans la zone euro), c’est que ses partenaires importent, ce qui provoque des déficits commerciaux. Ceux-ci n’ont d’autre choix que de s’endetter… ou de s’imposer eux-mêmes une « dévaluation interne » par une baisse massive des salaires et des budgets sociaux.

C’est précisément cet agenda qui est imposé aux pays surendettés : ils doivent non seulement tailler dans leurs dépenses, mais casser les droits sociaux pour devenir « compétitif ». Le Mécanisme européen de stabilité (MES) a ainsi été bâti comme un FMI européen, pour financer un soutien financier aux pays surendettés, avec en contrepartie une cure néolibérale complète.

Mais cette politique s’avère un échec total. D’une part, les mesures d’austérité ruinent les populations des pays surendettés : difficile, dès lors, d’y exporter des marchandises – si « compétitives » soient-elles. En même temps, la demande interne allemande a été durablement affaiblie par la stagnation des salaires. Le résultat, c’est que l’industrie allemande a de moins en moins de débouchés... et l’Allemagne risque fort elle-même d’entrer en récession en 2012 (sans parler de la perte annoncée de son triple A [4]).

4 - Haro sur le déficit public

Au-delà même de la question de la question des recettes et des dépenses publiques, c’est l’objectif même de la règle d’or – la réduction du déficit – qui doit être remis en cause.

D’une manière générale, les déficits et l’endettement publics sont légitimes : l’Etat peut ainsi étaler dans le temps les efforts budgétaires (comme le font ménages et entreprises) pour des investissements d’avenir qui bénéficieront aussi aux générations futures. Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire d’investir pour la transition écologique et sociale de l’économie, et l’Etat ne peut le faire sur la base de ses recettes courantes (les impôts).

Ceci est d’autant plus nécessaire dans un contexte de crise… Depuis la crise de 1929, on sait qu’en période de crise, l’Etat doit se donner les moyens d’intervenir dans l’économie, d’investir et donc de créer des déficits. L’Etat est le seul acteur susceptible de relancer l’activité économique à un moment où les entreprises diminuent leurs investissements et où la consommation chute.

La règle d’or est donc l’incarnation du politique économique idéologique qui vise à soustraire à l’Etat toute marge de manœuvre pour intervenir dans l’économie, et à laisser au secteur privé l’initiative. Mais cette posture idéologique est dangereuse. Couplées aux coupes budgétaires, elle rend inéluctable le cercle vicieux de l’austérité : austérité, récession, déficits, dette, austérité… avec des conséquences politiques imprévisibles en Europe.

Face aux dogmes néolibéraux incarnés par la règle d’or, il existe des alternatives : taxation des hauts revenus, investissements publics, monétisation des déficits…

5 - Menaces contre la démocratie

Le Pacte budgétaire n’est pas seulement lourd de menaces sur le plan économique et social. Jürgen Habermas, philosophe allemand qui avait pourtant soutenu le Traité Constitutionnel Européen, estime désormais que les réformes prises dans le cadre du nouveau traité européen ouvrent une période de « domination post-démocratique [5] ».

Le Pacte budgétaire entérine en effet un certain nombre de procédures discutées à l’échelle européenne qui visent à contrôler les décisions budgétaires des Etats.

Ainsi, le « Semestre européen » impose aux gouvernements de soumettre leur proposition de budget à la Commission et au Conseil avant même qu’il soit discuté par les parlements nationaux. Le budget doit donner la priorité au désendettement et à la réduction des déficits, et doit s’attaquer aux « déséquilibres » identifiés par la Commission… comme par exemple, un manque de « compétitivité ».

Dans le cas où un gouvernement proposerait un budget considéré comme trop « laxiste » quant au désendettement et à la réduction de son déficit, des sanctions peuvent être prises contre lui. Le Pacte budgétaire stipule que seule une majorité au Conseil européen (très difficile à obtenir) peut s’y opposer. Les sanctions, jusqu’à 0,1% du PIB (2 milliards d’€ pour la France), sont donc quasi-automatiques. Pis encore : le pays « accusé » n’aura pas le droit de participer au vote ! [6]

6 - L’austérité à perpétuité

Le Pacte budgétaire prévoit que la règle d’or ne puisse être remise en cause. Comme l’indiquait Angela Merkel : « La règle d’or va être contraignante et s’appliquer de manière permanente. Les règles ne doivent en aucun cas pouvoir être changées par une nouvelle majorité parlementaire [7] ».

Il faudra adopter des « dispositions à caractère contraignant, de préférence constitutionnelles, ou bien avec la garantie d’une application et d’une adhésion totale lors du processus d’adoption du budget [8] ». Et cela sans aucune limite temporelle : c’est donc bien l’austérité à perpétuité que garantit le nouveau traité.

Les textes de mise en œuvre de la règle d’or prévoient ainsi que des instances « indépendantes » composées d’« experts » doivent être mises en place au niveau national afin de contrôler l’application par les gouvernements de la discipline budgétaire.

Par ailleurs, si un État membre considère qu’un autre État membre n’a pas adopté de législation suffisamment contraignante, il peut porter plainte auprès de la Cour de justice européenne, qui pourra imposer des amendes considérables (de l’ordre de 0,1% du PIB).

La règle d’or sera donc une « règle permanente, quasi constitutionnelle, mais en-dehors de la constitution ». Pourquoi un montage institutionnel aussi complexe ? En fait la réponse est simple : dans certains pays, une modification de la Constitution nécessite un référendum. Consulter le peuple, c’est un scénario à éviter à tout prix pour les promoteurs du Pacte budgétaire...

7 - La supercherie du Pacte de croissance

Malgré les efforts des promoteurs du Pacte budgétaire pour circonscrire le débat sur son adoption, plusieurs échéances se sont présentées où le choix de l’austérité généralisée a été posé dans le débat public : le référendum en Irlande, les élections législatives en Grèce et… les élections présidentielles en France.

Le 6 mai 2012, le soir de sa victoire, François Hollande annonçait que son élection à la présidence de la République était pour l’Europe un espoir, celui « qu’enfin l’austérité pouvait ne plus être une fatalité [9] ». Il appelait à une « réorientation de l’Europe » conformément à sa promesse de campagne de renégocier le nouveau traité européen, le Pacte budgétaire. Pourtant, à peine deux mois plus tard, à l’issue du Sommet européen des 28 et 29 juin, il annonçait que la « ratification rapide » du Pacte budgétaire, tel que négocié par Nicolas Sarkozy, serait programmée par le nouveau gouvernement.

Pour justifier ce revirement brutal, François Hollande a mis en avant des mesures censées stimuler la croissance en Europe : 60 milliards issus de fonds dont la mise en œuvre était déjà votée et programmée pour 2012-2013, et 60 milliards de prêts, par la Banque européenne d’investissements pour stimuler l’investissement privé.

Ces mesures ponctuelles – à l’échelle de l’Europe – sont à comparer avec les économies budgétaires programmées en France dans le cadre de l’application des mesures d’une sévérité sans précédent prévues par le Pacte budgétaire : plus de 60 milliards d’euros rien que pour la France d’ici à 2017. Elles sont à comparer avec les promesses de François Hollande lors de la campagne présidentielle. Il annonçait alors que la France ne ratifierait le Pacte budgétaire qu’à condition d’obtenir satisfactions sur trois points clés :

- La mise en place d’euro-obligations, pour que les pays de la zone euro les plus fragiles puissent emprunter à des taux non prohibitifs ;
- La réforme de la Banque centrale européenne, pour donner aux États la possibilité de se financer en dehors des marchés ;
- Des mesures de relance de la croissance en Europe.

François Hollande n’aura donc pas obtenu satisfaction sur les deux premiers points. Sur le troisième aspect – contrairement aux annonces du gouvernement qui relèvent d’un pur marketing politique – les mesures obtenues sont dérisoires, comparées au condensé d’austérité que représente le Pacte budgétaire. En toute intégrité, conformément à ses promesses, François Hollande aurait dû refuser de ratifier le Pacte budgétaire.

8 - Les alternatives à l’austérité existent !

Le Pacte budgétaire ne va pas sauver l’Europe, au contraire : il va l’enfoncer davantage dans la crise économique, sociale, écologique. Il va approfondir l’austérité généralisée, en forçant les gouvernements à respecter un programme économique absurde qui mène à la récession. Il représente un danger pour la démocratie, en imposant des mécanismes technocratiques de surveillance et de sanction des budgets nationaux.

La « renégociation » annoncée par François Hollande n’a pas eu lieu : le Pacte budgétaire va être ratifié tel que négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Quant au Pacte pour la croissance, il est largement insuffisant : ses mesures ponctuelles ne permettront pas d’enrayer le cercle vicieux de l’austérité en Europe.

Le gouvernement socialiste s’apprête, sans contrepartie consistante, à ratifier le Pacte budgétaire par voie parlementaire, au mépris des promesses de François Hollande. Face à la menace de reculs démocratiques, sociaux, écologiques sans précédents, rappelons que des alternatives crédibles à l’austérité existent : intervention directe de la BCE, audits et restructuration de la dette, fiscalité progressive, réforme du système bancaire et financier...

Le rejet du Pacte budgétaire serait un premier pas dans le sens d’un changement radical... aujourd’hui plus que jamais nécessaire.http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article181

Frédéric Lemaire
 
 

[1] Discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault, 02/07/2012

[2] Voir la petite revue 2011 des plans d’austérité, par les Dessous de bruxelles

[3] A lire, cette analyse intéressante parue sur le site des Echos : http://lecercle.lesechos.fr/economi...

[4] Le triple A de l’Allemagne menacé par Moody’s, Challenges (24 juillet 2012) http://www.challenges.fr/europe/201...

[5] Jürgen Habermas : La démocratie en jeu, Le Monde, 27 octobre 2011 : http://www.presseurop.eu/fr/content...

[6] Lire L’austérité à marche forcée... 10 choses que vous devez savoir sur le Pacte budgétaire par les DDB : http://ellynn.fr/dessousdebruxelles...

[7] The Guardian, 30 janvier 2012, http://www.guardian.co.uk/business/...

[8] Pour les courageux... ou pas : le texte du TSCG http://www.senat.fr/fileadmin/Fichi...

[9] Discours de François Hollande, 06/05/12

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Les 10 mythes de la Grèce et de la crise. Article d'olivier Berruyer sur son blog "Les crises".

28 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce

 Aujourd’hui, traduction [libre et sans doute criticable] par Okéanos d’un article de Nick Malkoutzis sur Les 10 mythes de la Grèce et de la crise

.http://www.les-crises.fr/10-mythes/

L’idée générale de cet article est de remettre en cause – en chiffres et analyses – ces mythes qui ont permis à toute l’Europe de pointer le doigt sur le mauvais élève -supposé- de la classe européenne. Manœuvre qui s’est avérée utile pour déplacer l’origine du problème des dettes souveraines et imposer des cures d’austérité sans précédent en Grèce. L’autre objet est de tenter également de changer l’image de la Grèce et des grecs, qui ont subit tant d’attaques qu’il est devenu aujourd’hui nécessaire de retrouver un équilibre entre le vrai et le faux.

1. La Grèce n’aurait jamais dû rejoindre l’Euro – elle a falsifié ses comptes

Les gens font souvent une erreur d’amalgame entre ces deux sujets alors qu’une distinction claire existe. Il existe un argument valable : la Grèce, et d’autres pays, n’auraient pas du rejoindre la zone euro si rapidement.

Les problèmes structurels que la Grèce n’a jamais corrigé, comme la décrépitude des administrations publiques et la faible productivité, signifie qu’elle était dans une situation désavantageuse dès le départ et qu’elle aurait à subir des transformations importantes – ce qui n’a jamais été tenté par les classes politiques – pour proposer une base solide dans la zone euro. Au lieu de cela, au cours de la dernière décennie, la Grèce n’a produit qu’un euro de sa propre richesse pour trois euros importés.

Toutefois, cette question est totalement éloignée de celle des statistiques officielles. Il est devenu plus facile pour les commentateurs et les journalistes d’écrire que la Grèce a menti pour rejoindre l’euro. Cette idée fausse est largement issue de la décision du gouvernement de la Nouvelle Démocratie, venu au pouvoir en Mars 2004, de mener un audit des finances publiques qui a conduit à la révision à la hausse du déficit budgétaire de la Grèce, au-dessus des 3% de la limite du produit intérieur brut pour les membres de la zone euro. Toutefois, l’augmentation du déficit était largement issue du changement de la façon, par l’administration conservatrice, dont les dépenses militaires avait été enregistrée. Plutôt que d’enregistrer les dépenses lorsque des acquisitions sont livrées, l’administration les avait attribué à la date de commande. Cela explique la faiblesse dans la manière dont la zone euro utilise ces statistiques. En n’arrivant pas à s’entendre sur un système global uniforme, elle a permis aux statistiques d’être ouvertes à la manipulation politique dans plusieurs États membres, et pas seulement en Grèce.C’est une question que la Commission européenne n’a abordé qu’au cours des derniers mois. Comme Dimitris Kontogiannis l’a révélé récemment dans Kathimerini Edition, l’UE utilise maintenant la date de livraison pour enregistrer les achats, ce qui signifie que le déficit de la Grèce quand elle a rejoint l’Union monétaire européenne en 1999 aurait bien atteint l’objectif des 3%.

Selon la base de données de la Commission, les déficits de plusieurs autres pays, dont la France et l’Espagne, ont été de plus de 3%. Certains diront que cela n’est plus pertinent aujourd’hui et dans un sens, ils ont raison. Mais le fait de ressasser régulièrement ce mythe a contribué à cette impression parmi les commentateurs, ainsi que parmi l’Européen moyen, que la Grèce a eu à répondre d’un péché originel, même si cette infraction n’a jamais été commise. Établir la vérité doit être la première étape pour rétablir la confiance.

2. La Grèce a gaspillé les subventions Européennes

Il est vrai que la Grèce n’a pas fait le meilleur usage possible des fonds européens qu’elle a reçu depuis son adhésion à l’UE. Cet argent aurait dû aider à revigorer l’économie grecque, la rendre compétitive et créer des emplois. Au lieu de cela, trop d’argent a été gaspillé dans des aides inutiles, comme les subventions agricoles – bien que la Grèce n’ai pas été la seule à le faire.

Toutefois, cela ne veut pas dire que l’argent a été complètement perdu, ni que les paquets d’aides structurelles aient été aussi importants que certaines personnes aiment à le croire. Au cours de ses 30 années en tant que membre de l’UE , la Grèce a reçu l’équivalent de 78 milliards d’euros en financement de l’Union. Au-delà, la Banque européenne d’investissement a également contribué à financer des projets clés, tels que la construction de l’aéroport international et le métro d’Athènes. Ces projets ne sont que deux des exemples de la contribution de l’argent de l’UE dans l’amélioration des infrastructures grecques depuis les années 1980. Bien que ces infrastructures soient loin d’être suffisantes, il ne faut pas oublier qu’en raison de sa géographie, la Grèce a à construire et à maintenir une infrastructure exceptionnellement étendue – tels que les ports et les aéroports des îles – pour un petit pays.

Aussi, il est bon de rappeler qu’avant l’avènement de l’euro, les fonds structurels ont été une façon pour la Grèce d’importer des devises étrangères, qu’elle a ensuite utilisé pour acheter des marchandises importées – principalement d’Europe. De même, il faut noter que de nombreuses entreprises impliquées dans ces projets d’infrastructure majeurs en Grèce au cours de la dernière décennie étaient européens. En d’autres termes, une grande partie de l’argent qui a été fourni à la Grèce a terminé sa course dans des poches européennes.

3. Les Grecs sont des cigales et se sont très fortement endettés

Au milieu du brouillard de la crise, les gens confondent souvent la dette publique et la dette privée. Dans le cas de la Grèce, accuser les citoyens d’avoir été irresponsables avec leur argent au cours des dernières années est peut-être l’une des accusations les plus injustes. Même s’il est vrai que les crédits « bon marché » qui sont devenus disponibles au cours de la dernière décennie ont alimenté le boom de la consommation, il a infligé des dégâts plutôt sur l’économie grecque. La hausse de la demande pour les produits importés a étranglé la production locale et a provoqué une fuite trop importante de monnaie hors du pays. Cependant, cela n’a pas mené les grecs en tant qu’individus à devoir des sommes incroyables à d’autres.

En fait, la Grèce a l’un des plus bas ratios d’endettement des ménages par revenu disponible dans l’Union européenne. En 2009, il s’établissait à 40%. Comparez cela, par exemple, à 122% au Royaume-Uni, 130% en Espagne et un 240% aux Pays-Bas et il est évident de voir que ceux qui se sont indignés des habitudes des Grecs de dépenser sans compter se sont quelque peu égarés.

4. Les Grecs ne travaillent pas assez / Les Grecs sont paresseux

Les commentaires des deux dernières années présentent l’éthique des Grecs au travail, ou plutôt de son absence, comme une exception culturelle ou génétique. L’argument est souvent basé sur la théorie que les Grecs travaillent trop peu, sont toujours prompts à s’offrir une sieste et prennent de longues vacances. Cela est généralement illustré par une anecdote à propos d’un propriétaire de taverne sur une île ou un fonctionnaire passant son temps à fumer.

C’est à peu près aussi juste que baser son jugement sur la culture britannique ou néerlandaise au sujet du comportement de leurs adolescents à Malia ou Hersonissos (ou des jeunes viv(ai)ent des vacances de débauche(sexe, drogues et alcool) sur les plages mais aussi en pleine rue). Il n’y a aucune raison de présenter de tels stéréotypes puisqu’il y a largement assez de preuves statistiques pour donner une image claire de la façon dont les Grecs travaillent (dur). Les chiffres d’Eurostat montrent régulièrement que les Grecs sont ceux qui travaillent le plus d’heures par semaine dans la zone euro.Les derniers chiffres montrent que les Grecs ont travaillé une moyenne 40,9 heures par semaine en 2010. La moyenne de l’Eurozone était de 36,6. Même les fonctionnaires, en général privilégiés, travaillent actuellement 40 heures par semaine, depuis que leurs journées de travail ont été prolongés de 30 minutes l’été dernier. Les chiffres compilés par l’OCDE montrent également que la productivité grecques a égalé et dans certains cas dépassé les autres pays de la zone euro, y compris l’Allemagne, durant la dernière décennie.

Cependant, les nombres ne peuvent pas illustrer combien de temps un patron d’entreprise grec ou un salarié doivent investir dans le traitement de la paperasse en raison de l’administration publique mystérieuse du pays, en comparaison à un pair de la zone Euro qui ne subit pas une telle ponction sur ses ressources. Le problème de la Grèce n’est pas la paresse mais la difficulté de trouver le moyen d’être plus efficace pendant les heures de travail.

5. La retraite à 50 ans

Jusqu’à l’année dernière, les Grecs pouvaient espérer une pension complète s’ils avaient complété 35 années de travail. Cependant, pour prendre leur retraite à 50 ans, ils auraient eu à travailler 37 ans. Il y a eu quelques exceptions à cela dans les secteurs publics et militaires. Des règles similaires à la retraite anticipée existent dans d’autres pays européens. Néanmoins, l’âge moyen de la retraite en Grèce n’est pas 50 ans.Selon les chiffres compilés par Eurostat, l’année dernière il était de 61,4. En Allemagne, il était de 62 ans.

De plus, les lois de pension grecques ont été révisées en début d’année dernière afin que les Grecs, dès l’année prochaine, prennent leur retraite à 65 ans et fassent gagner des cotisations de retraite (qui sont basés sur la moyenne des salaires qu’ils gagnaient au long de leur carrière et non sur leur dernier salaire). Ces règles sont plus strictes que celles des autres pays européens, tels que la Grande-Bretagne, où les fonctionnaires ont fait grève la semaine dernière pour protester contre un projet très similaire à celui de la Grèce.

6. L’évasion fiscale est très répandue en Grèce

La Grèce a un problème considérable concernant la collecte des impôts, mais il est inexact de suggérer qu’un pourcentage non négligeable de la population est impliquée dans la fraude. Selon le ministère des Finances, quelques 900.000 personnes doivent à l’Etat une estimation 41,1 milliards d’euros en impôts impayés. Toutefois, 5% des fraudeurs doivent 85 % du montant impayé. Cela représente 14 700 individus, entreprises ou organisations qui doivent 37 milliards d »euro, selon le ministère.Chacune d’eux doit plus de 150.000 euros.

La fraude fiscale grave en Grèce est l’affaire d’un nombre relativement restreint de personnes et d’entreprises qui ont tiré profit d’un secteur public indifférent. Cela ne veut pas dire que la fraude à plus petite échelle par les entreprises – la Fondation d’assurance sociale (IKA) estime que 10% des entreprises ne paient pas de cotisations de sécurité sociale – n’est pas un problème. Mais quand environ la moitié de la population active est employée dans des emplois où leurs revenus sont imposés à la source, assurant ainsi qu’ils ne peuvent pas éviter de payer leurs cotisations, il est injuste de mettre tout le monde dans le même panier.

Un dernier facteur à prendre en compte concernant l’évasion fiscale en Grèce est la structure de son économie : contrairement à la plupart des pays de la zone euro, plus de la moitié des Grecs sont soit indépendants, soit travaillent dans des petites entreprises de moins de neuf personnes. En Allemagne, par exemple, ce chiffre est inférieur à 20%.Ceci est important car où que que vous alliez dans le monde , il y a une corrélation directe entre ce type d’emploi et l’économie souterraine, car il devient plus difficile pour les autorités de vérifier les nombreux dossiers fiscaux. Un graphique de données de l’OCDE montre qu’il y a une augmentation constante du montant des revenus non déclarés et des bénéfices, directement fonction du nombre d’indépendants et de petites entreprises du pays.

Ces derniers mois, la Grèce a pris des mesures lentes mais positives pour la résolution du problème de l’évasion fiscale. Les autorités utilisent désormais un système informatique qui leur permet de recouper les données et extirper les tricheurs.

7. La Grèce a trop de fonctionnaires

L’expression clé ici est «trop» car personne ne peut vraiment définir ce que c’est. Suite à une demande du gouvernement, des universitaires ont mené une étude sur le secteur public grec dans les années 1990 dans le but de fournir une évaluation des besoins du pays en nombre de fonctionnaires. Leurs résultats n’ont jamais été publiés ou adoptés.L’impression est resté, cependant, que la Grèce emploie trop de fonctionnaires et dépense trop sur les services publics.

En termes de fonctionnaires, le processus visant à en réduire le nombre a commencé. Il a été lent mais certains des 150 000 travailleurs contractuels et des retraités ont quitté le secteur public et plus de 30.000 fonctionnaires seront placés dans un mode de travail de réserve au cours des mois à venir. Sans aucun doute, plus de fontionnaires vont perdre leurs emplois du secteur public dans les années à venir puisque dans l’état économique actuel de la Grèce, le pays ne peut certainement pas payer leurs salaires.

Toutefois, lorsque l’on compare le dépenses publiques grecques à celles des autres pays de l’Union européenne, les résultats ne sont pas aussi extravagants que ce qui a pu être dit.. L’indice de liberté économique 2011 compilées par l’Heritage Foundation et le Wall Street Journal indique que les dépenses publiques de la Grèce est de 46,8% du PIB. C’est élevé, mais encore en dessous des pays comme le Royaume-Uni, l’Autriche, le Danemark et la France, où cet indice atteint 52,8%.

De plus, ces chiffres ne montrent pas ce que les contribuables obtiennent en retour des sommes dépensées dans le secteur public. C’est là que le vrai problème réside : les Grecs ont très peu de services en comparaison à l’argent dépensé. Trop d’argent a été gaspillé pour des faveurs politiques – par donation d’emplois pépères dans le secteur public ou par des marchés publics juteux – plutôt que d’être investi dans des domaines comme l’éducation, ses infrastructures et dans des incitations pour les entreprises qui fournissent de la croissance, des emplois et une base solide pour l’avenir.

Le double coup dur dans cette affaire, c’est que ce gaspillage de l’argent public signifie que les grecs ne bénéficient pas des avantages d’un système de sécurité sociale qui devraient être normalement identiques à ceux dont le pays dépense de lourdes sommes.Les dépenses sociales en Grèce sont de plusieurs points inférieurs à celui de pays comme l’Allemagne et l’Italie. Une des conséquences est que le nombre croissant de Grecs perdant leurs emplois ont moins que ce que les citoyens des autres pays de la zone euro peuvent attendre.Dans la plupart des cas, ils obtiendront une allocation de chômage mensuelle de 500 euros pour un an et ensuite seront livrés à eux-mêmes.

8. La Grèce n’a pas réussi à mettre en place le mémorandum

La Grèce n’a pas réussi à atteindre les objectifs convenus avec l’UE et le FMI quand elle a signé les 110 milliards d’euros de contrat de prêt en mai 2010. Sans aucun doute, une partie de cet échec est du à la lenteur du gouvernement et au hold-up dans le système judiciaire et plus largement dans l’administration publique. La libéralisation des professions fermées et la réduction des effectifs du secteur public ne sont que deux exemples.

L’état d’abandon de l’administration publique, cependant, devrait être clair pour tous.Si les fonctionnaires d’un pays sont en grande partie non formés et non surveillés, si les principaux ministères manquent de connaissances, si le système juridique est paralysé et ses ministères sont en guerre les uns avec les autres à cause des allégeances aux partis politiques plutôt que vers les grecs eux-mêmes, alors il ne peut y avoir aucun espoir de réalisation de changements significatifs, comme l’indique un nouveau rapport de l’OCDE et la Task Force de l’UE qui a commencé son travail en Grèce vise à fournir une expertise qui aidera à améliorer cette situation. C‘est pourquoi il aurait mieux valu mettre l’accent sur une aide permettant de changer ce système plutôt que se borner a vouloir remettre les finances publiques sur la bonne voie.

Par ailleurs, les objectifs donnés à la Grèce étaient basées sur des prévisions d’une évolution de l’économie dans les mois suivants. Ces prévisions, ainsi que la compréhension de la troïka de la façon dont la crise allait se développer, se sont révélées être fondamentalement mauvaises. La Grèce, par exemple, a manqué son objectif de déficit pour cette année d’environ 1% du PIB, mais alors que son économie aurait du se contracter de 3,8%, le recul annoncé sera d’environ 5,5%. Cela souligne aussi le fait que le programme d’austérité drastique appliqué en Grèce – jamais vu en Europe depuis plusieurs décennies – ne semble pas avoir eut l’effet escompté. En fait, il semble qu’il ai même aggravé la récession en Grèce.

Néanmoins, pour avoir conclu un accord, la Grèce et son gouvernement doivent assumer la plus grande partie de la non réussite de ce plan. Cela ne dispense pas de l’UE et le FMI – en particulier ce dernier qui a l’expérience de l’application de ces programmes dans d’autres pays – de leurs responsabilités. Le programme élaboré pour la Grèce n’a tout simplement pas été adapté à ce pays. Au cours des deux dernières années, il a toujours été dit que la Grèce est un cas unique, et pourtant le programme UE-FMI semble être largement un méli-mélo de mesures qui ont été appliquées dans d’autres pays et qui ne tiennent pas compte des particularités du pays. Si la Grèce était un cas unique, il semble qu’il aurait fallu un programme unique.

9. L’argent du contribuable Européen est gaspillé dans le plan de sauvetage Grec

Le language associé au package Grec de 110 milliards (renflouement, aide, assistance financière, par exemple) donne souvent l’impression que des liasses de billets en euro sont arrivés à Athènes depuis les autres pays de la zone euro, dans des cartons estampillés d’une croix rouge, et que cet argent ne sera jamais remboursé. Les partenaires de la Grèce, la zone euro, ont prêté cet argent, ce n’est pas un don.

L’accord conclu cette année indique que cet argent est prêté à un taux raisonnable de 3,5% avec une maturité du prêt étendu à 10 ans. Basé sur un calcul rudimentaires pour un taux de 3,5%, la France et l’Allemagne ont chacun obtenu environ 300 millions d’euros d’intérêt au cours des 12 derniers mois. Environ 300 millions d’euros supplémentaires qui coule dans les caisses publiques de la France ou de l’Allemagne ne peut pas faire une énorme différence pour l’un ou l’autre de ces deux pays, mais ces sommes sont considérables pour la Grèce. Le total des intérêts pour la première année de prêts s’élève à environ 1,3 milliards d’euros.

Par ailleurs, il est estimé que seulement un cinquième de l’argent que la Grèce reçoit couvre les engagements de dépenses publiques (les salaires et les retraites). Certains analystes ont calculé que 60% de l’argent du plan de sauvetage quitte la Grèce sous la forme de remboursements de prêts.

En d’autres termes, ceux qui contribuent à ces renflouements font du profit sur leur investissement et la majorité de cet argent retourne dans les banques européennes qui ont dans le passé acheté des obligations grecques.

10.  Un retour à la drachme serait la meilleure solution à la crise

Un certain nombre d’économistes et de commentateurs ont souligné la sortie grecque de l’euro comme étant le moyen le plus efficace de lutter contre la crise. Certains d’entre eux ont mis en avant un argument convaincant sur la façon dont la Grèce pourrait regagner de la compétitivité, si elle est libérée du carcan de l’euro. Certes, il est maintenant évident que la drachme était surévaluée lorsque la Grèce a rejoint la monnaie unique et que cela a endommagé la compétitivité du pays. Toutefois, la Grèce ne s’est pas aidée en oubliant de réformer son administration publique et de faire pression pour obtenir une  économie plus dynamique les années précédant et suivant son adoption de l’euro.

Le danger que la plupart des analystes étrangers ne parviennent pas à identifier dans l’éventualité d’un retour à la drachme en Grèce c’est que l’impulsion politique pour mener à bien ces réformes risque également de disparaître. La sortie de la zone euro serait le baiser de la vie pour le système politique actuel discrédité et ses complices. En charge de la création et de la politique monétaire une fois encore, les hommes d’hier vont trouver un moyen de s’accrocher au pouvoir et de diriger le pays selon leurs conceptions personnelles, plutôt que dans l’intérêt de son peuple.

Au-delà de ce point, il y a de sérieuses conséquences économiques à quitter la zone euro – comme un effondrement potentiel du secteur bancaire et du marché du logement, la dépréciation substantielle de la drachme et de nouvelles difficultés dans l’importation de fournitures vitales. C’est parfois facile pour les observateurs étrangers de dédramatiser tant qu’ils n’ont pas à considérer quel effet tout cela aura sur leur vie de tous les jours. Les Grecs, cependant, ne doivent avoir aucun doute que – la théorie économique mise de côté – un retour à la drachme sera moche.

 

http://www.les-crises.fr/10-mythes/

 

À lire également sur le nouveau blog d’Okéanos, Okeanews.fr:

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Trop. La goutte d’eau de la misère a fait débordé mon vase de l’acceptable.

28 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce

Trop. Un article d'Okéanos publié dans Okéanews.

http://www.okeanews.fr/trop/

27 juillet 2012 - 11:07
Par Okeanos

Trop. La goutte d’eau de la misère a fait débordé mon vase de l’acceptable. Le hasard m’a -encore- fait tomber sur une répulsion. Une jambe gonflée. Des plaies ouvertes qui laissent entrevoir ici et là une musculature. Des plaies non soignées et un début de gangrène. Des plaies laissées à l’air libre, purulentes. Mais l’homme marche, boitillant, sans paraître se plaindre. Sa dose de drogue en poche, peut-être, lui fait oublier sa condition physique. Le risque prochain de perdre sa jambe gauche ne semble pas le perturber. Sa vie ne semble rien valoir pour la troïka.

Trop. En 2010 déjà, un autre mendiant était dans des conditions comparables. C’était son bras entaillé qui laissait entrevoir son triceps. Sans trucage. Analyse anatomique en pleine rue, en plein jour, dans le quartier de Kerameikos. Depuis, chaque jour à Athènes est un croisement de ces misères provoquées par les mordorandums. Déformations physiques volontairement présentées pour espérer quelques pièces de monnaie. Ou misères cachées par fierté mais bien trop visibles.

Trop. Un tour en voiture me fait revoir cette misère à chaque feu rouge. L’exemple de ce que propose le piège de l’austérité carabinée. Ici, un migrant amputé des 2 bras avec un gobelet en plastique autour du cou pour y déposer quelques pièces. Là un retraité -sans retraite- qui vend des mouchoirs. Là encore, un toxicomane en quête de quelque monnaie pour acheter sa dose.

Trop. J’ai atteint mon niveau de tolérance maximum. L’asymptote  de ma fonction personnelle de survie en milieu troikan est dépassée. Et tant pis pour le non respect des théories mathématiques. Trop de larmes quotidiennes lors des mois de février et mars dernier lorsque je rédigeais les « nouveautés » mordorandiennes. Trop de visites à Mr Lacrymal en relisant les articles et en les corrigeant. Trop d’épuisements, déjà. Trop de temps passé à brasser les infos véritables et des rumeurs scandaleuses. Trop d’incompétence chez nos gouvernants.

Trop.  La troïka revient. L’Allemagne ressort le Grexit du placard. Barroso a décidé de se pointer hier à Athènes pour une visite de courtoisie, « Je suis là en ami ». Qu’il aille au diable. Il n’ira pas voir les miséreux. Il n’ira pas voir les toxicomanes. Il n’ira pas voir les quartiers d’Athènes en perdition. Les petits commerçants en faillite. Les petits retraités en larme lors des manifestations des 2 dernières années. Il n’ira pas visiter les commerces fermés, les hôpitaux publics en souffrance où les grévistes héroiques de l’aciérie en grève depuis plus de 8 mois. J’aimerai qu’il se fasse enyaourter par ceux dont la vie est devenue intenable. Pire, j’ai parfois envie que tout se casse la gueule. Vite. Un reboot. Comme la fin de FightClub. Zou, tout pète et on repart à zéro. La théorie du chaos appliquée. Le théorème du boulanger à son paroxisme. Et on replantera des patates et des tomates. Retour à la case départ sans passer par la banque. Et tout le monde au même point.

Trop. Le gouvernement grec réfléchie à la manière de faire les 11 milliards d’économies gentillement demandées par la troïka. Même si rien n’est encore gravé dans le marbre, les mesures prévues font encore froid dans le dos : passage de la retraite de 65 à 67 ans, réductions des retraites, de certains avantages, des dépenses de santé. « Et eventuellement d’autres coupures dans les salaires des fonctionnaires ». Quelques réserves ont été apportées. Samaras ne semble pas vouloir réduire les « salaires spéciaux » dans la fonction publique. Forcément : ces salaires sont principalement versés aux forces de sécurité. Le ministre des finances a même évoqué la possibilité de mettre en place toutes ces mesures dès cette année pour « prendre de l’avance ». Le nouveau mordorandum. Un crime contre l’humanité. Une arme de destruction sociale massive. Bizarrement, j’ai cette image d’une guillotine en tête.

Trop. Après un an de congé sans solde, ma copine a retrouvé son emploi. Comme il était. Désorganisé, déstructuré, invraissemblable. Une nouvelle pression en plus. Celle du risque de perdre le poste. Le temps où on se disait qu’il faudrait virer tout le monde pour embaucher les bons profils est bien loin désormais.  C’est déjà trop tard. Aujourd’hui, ces emplois permettent de faire survivre des familles entières. Après 11 ans d’ancienneté, son salaire sera de 750.13€ par mois. Pas de quoi vivre à Athènes. Il était de ~1200€ avant la crise et de ~1060€ en 2011. Sa collègue qui travaille depuis 27 ans gagne maintenant 920€. Ces postes avaient d’autres avantages : moins d’argent, plus de temps libre. Mais… c’est de l’histoire ancienne. Exit, la semaine de vacances du mois d’août offerte par l’université. Exit les 3 jours de congé de la pâques orthodoxe. Et l’université semble réfléchir au moyen de faire travailler ses petites mains 1h de plus par jour. Sans doute exit la semaine de vacances de Noël. Trop de vacances de l’avis de la troïka, sans doute. Alors le temps libre restant servira … à chercher un 2ème boulot ?

Trop. Ces derniers jours, je prépare le nouveau design du site. Un reboot, un retour à la case départ. Je me demande parfois s’il verra le jour. Peut-être que tout s’écroulera avant. Le réseau wan avec. Peut-être que je jetterai l’éponge pour reprendre une vie « normale » et gagner ma vie en travaillant. En attendant, je mets en pratique mes belles études d’ingénieur. Celles qui m’ont permis de travailler quelques années dans des domaines « excitants » ou « sexy » comme on dit dans le métier. J’utilise mes compétences de « project manager » pour gérer tant bien que mal mon projet personnel : vivre en Grèce. Mais même pour un expatrié, pas -encore- dans la difficulté, c’est usant. « La Grèce est morte » me disait un ami l’été 2010. Je ne voulais pas le croire. Il avait pourtant raison. La Grèce est en train de mourir, sous les coups de la troïka et des différents gouvernements de la honte. Alors suivre la presse, les nouveaux suicidés, les nouvelles rumeurs, les nouvelles mesures, le théâtre politique, être le rapporteur de mauvaises nouvelles est trop usant. Et espérer que les donations permettent de se projetter un minimum vers ce futur incertain aussi. Car des donations, il n’y en a jamais trop.

Et puis trop de mépris. De ceux qui ne comprennent rien à la Grèce. De ceux qui ne comprennent rien à la population grecque. De ceux qui ne voient pas plus loin que l’ombre de leur propre condition. Les grecs ceci, les grecs cela. Le vote des grecs. Les impôts des grecs. La paresse des grecs. La fraude des grecs. La faute de grecs. Trop de ces conneries déblatérées à longueur de journée. Trop de travail pour lutter contre ces préjugés. Et puis trop de peine de voir mes amis accusés. De voir que même eux finissent par s’y habituer. A y croire parfois. 2 ans qu’ils se voient accusés pour le simple fait de leur nationalité. Ce mépris est méprisable. Et c’en est trop.

Trop de rèves brisés. Ces rêves s’évaporent dans mon pays d’accueil. Avec ce tumulte médiatique. Avec ces annonces incessantes. Euro, pas euro. DRAchmE et char d’assaut dans Athènes. Guerre civile et dettes souveraines. Taux en hausse et Espagne. PIGS et Allemagne. Schauble. Merkel. Juncker. Barroso. VanRumpoy. Hollande. Samaras. Ras le bol ! FUCK ! Je m’en cogne de leurs «avis» d’ « experts », de leur prévision de croissance pour 2014. La croissance est morte, et pas qu’en Grèce. Nous vivons dans un monde fini. Nos ressources sont limitées, il serait bon que nos magiciens de dirigeants incompétents sortent la tête de l’eau. Car en attendant, ils font crever des peuples. Et attisent la résurgence des néonazis qui n’en attendaient pas moins pour montrer le bout de leur face odieuse.

Trop. Quand j’ai commencé OkeaNews, je voulais juste témoigner sur mon pays d’accueil. Redonner un peu de vérité face aux mythes et préjugés, au racisme ambiant envers une population qui subit plus que toute autre en Europe le résultat de ces politiques criminelles. Je me rappelle ce jour de 2011 où mon beau père à la retraite est venu nous aider pour repeindre notre appartement. On parlait déjà beaucoup de la « paresse grecque ». Il me dit : « Demain, on se lève tôt, tu verras comment ca bosse un grec ». J’ai détourné le regard pour masquer les larmes de colère qui montaient en moi. Déjà c’était trop. Se justifier. Envers moi qui pourtant connaissait déjà bien ces travailleurs acharnés. Etre le témoin de la destruction d’un peuple est éprouvant. Surtout quand cette destruction passe en premier lieu par la remise en cause des fondements culturels d’une société. Pourtant, cette culture et cet art de vivre doivent survivre. Mais l’espoir est mince. Trop mince.

Alors trop. Ahènes a eu raison de mes dernières forces. Je ne peux plus voir un écran en peinture sans avoir des nausées. Je ne veux plus me balader dans cette Athènes transformée en champs de ruines sociales. Je n’y vois que misère, j’en oublie ses bons côtés. Je ne vois plus que la noirceur. J’ignore ses splendeurs. Je ne veux plus lire les annonces, l’arrivée de la troïka, les nouvelles mesures, le nouveau mordorandum. Je ne peux plus passer mes 12h quotidiennes minimales à suivre l’actu pour la partager ici. Je ne peux plus prendre le risque de passer à côté de la vraie vie. Ce n’est pas mon job. Je ne suis pas payé pour. Quelques soient les évènements à venir, je veux voir autre chose. Je veux revoir ma Grèce. Je veux reprendre une claque. Celle de sa beauté. De sa générosité. De son accueil. Je veux verser à nouveau ces larmes de joie. Des joies simples. Une vue. Une plage. Des sourires. Un baiser. Un câlin. Des câlins. De l’amour et de l’eau fraîche. De l’Ouzo.

Et oublier l’austérité dans une eau translucide.

Alors je pars en vacances. De vraies vacances en Grèce.

Elles ne seront pas de trop.

25/03/2012 - Korinthos 25/03/2012 - Cordon de sécurité à Syntagma ce matin 25/03/2012 - Sur les hauteurs du parlement 25/03/2012 - cordon de police (junte ?) 29/02/2012 - Concert Syntagma 17h40 29/02/2012 - Syntagma, 17h40 25/03/2012 - la liberté lors des défilés 25/03/2012 - Salonique 25/03/2012 - Xanthi 25/03/2012 - Syntagma

Vous pouvez voir les 8 commentaires à "Trop" dans l'article original. http://www.okeanews.fr/trop/

Le premier est pour moi très éloquent. 

  1. marie laure veilhan le 27 juillet 2012 à 11 h 23 min

    bien cher Okeanos,
    je ne sais par où je voudrais commencer: te dire merci, à toi, et ta compagne, et puis te dire que je me lis, je nous lis, dans tes lignes si belles et si justes. Te dire que moi, ça fait un bail que je n’ai pas écrit. Pour l’instant, m’installer dans une maison sans chauffage, mais sans loyer non plus, la nôtre (enfin, presque, parce qu’elle n’a pas de papiers…), jouer du piano autant que je peux, manger de la merde (faute de pouvoir acheter ce qu’on veut, et en faire de bons et beaux petits plats, de bons moments, essayer de (re)trouver les joies simples qui nous permettront de tenir le coup et, mieux, peut-être, de vivre un peu heureux, tout cela me prend fort,… et puis je ne sais plus quoi écrire. Trop, trop, trop, oui, et depuis un moment. Je sais que je vais me bouger. Peut-être suis-je en attente d’une nouvelle synergie. Peut-être fais-je bien de me préoccuper avant tout de notre survie. Peut-être pas. Je ne prétends avoir aucune réponse, et j’ai désormais souvent la flemme, ou la désespérance, de répondre à ceux qui croient que ce qui nous arrive, c’est un peu bien fait quand même…bref.
    Je sais sur quoi je veux finir: je vous invite, vous deux, quand vous voulez, avec plaisir. Nous vous invitons. Tu sais où, c’est en Grèce aussi, et pas très loin. Vraiment. A bientôt. Il y a de l’eau, de la musique, du poisson, parfois, quand on en pêche, et surtout, on est encore là.
    ML

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Comment la propriété intellectuelle a transformé les Jeux olympiques en cauchemar cyberpunk. Un retour vers le futur est proposé!

28 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le sport

Comment la propriété intellectuelle a transformé les Jeux olympiques en cauchemar cyberpunk

A première vue, il y a assez peu de rapports entre les Jeux olympiques de Londres et les univers dystopiques du cyberpunk, tel qu’ils ont été imaginés à partir des années 80 dans les romans de William Gibson, de Bruce Sterling de Philip K. Dick ou de John Brunner.

A bien y réfléchir cependant, le dopage – dont le spectre rôde sans surprise toujours sur ces jeux 2012 – est déjà un élément qui fait penser au cyberpunk, où les humains cherchent à s’améliorer artificiellement par le biais d’implants bioniques ou l’absorption de substances chimiques.

Mais c’est plutôt à travers la gestion des droits de propriété intellectuelle par le CIO que l’analogie avec le cyberpunk me semble la plus pertinente et à mesure que se dévoile l’arsenal effrayant mis en place pour protéger les copyrights et les marques liés à ces jeux olympiques, on commence à entrevoir jusqu’où pourrait nous entraîner les dérives les plus graves de la propriété intellectuelle.

 

Une des caractéristiques moins connues des univers cyberpunk est en effet la place que prennent les grandes corporations privées dans la vie des individus. L’article de Wikipédia explicite ainsi ce trait particulier :

Multinationales devenues plus puissantes que des États, elles ont leurs propres lois, possèdent des territoires, et contrôlent la vie de leurs employés de la naissance à la mort. Leurs dirigeants sont le plus souvent dénués de tout sens moral. La compétition pour s’élever dans la hiérarchie est un jeu mortel.

Les personnages des romans cyberpunk sont insignifiants comparativement au pouvoir quasi-divin que possèdent les méga-corporations : ils sont face à elles les grains de sable dans l’engrenage.

Dans les univers cyberpunk, les firmes privées les plus puissantes ont fini par absorber certaines des prérogatives qui dans notre monde sont encore l’apanage des Etats, comme le maintien de l’ordre par la police ou les armées. Les corporations cyberpunk contrôlent des territoires et les employés qui travaillent pour elles deviennent en quelque sorte l’équivalent de “citoyens” de ces firmes, dont les droits sont liés au fait d’appartenir à une société puissante ou non.

Pour les JO de Londres, le CIO est parvenu à se faire transférer certains droits régaliens par l’Etat anglais, mais les romanciers de la vague cyberpunk n’avaient pas prévu que c’est par le biais de la propriété intellectuelle que s’opérerait ce transfert de puissance publique.

Des opposants aux Jeux qui détournent le logo officiel de l’évènement. Vous allez voir que ce n’est pas sans risque sur le plan juridique…

Pour défendre ses marques et ses droits d’auteur, mais aussi être en mesure de garantir de réelles exclusivités à ses généreux sponsors comme Coca-Cola, Mac Donald’s, Adidas, BP Oil ou Samsung, le CIO a obtenu du Parlement anglais le vote en 2006 d’un Olympics Game Act, qui lui confère des pouvoirs exorbitants. L’Olympics Delivery Authority dispose ainsi d’une armada de 280 agents pour faire appliquer la réglementation en matière de commerce autour des 28 sites où se dérouleront les épreuves et le LOCOG (London Organizing Committee) dispose de son côté d’une escouade de protection des marques, qui arpentera les rues de Londres revêtue de casquettes violettes pour s’assurer du respect de l’Olympics Brand Policy. Ils auront le pouvoir d’entrer dans les commerces, mais aussi dans les “locaux privés”, et de saisir la justice par le biais de procédures d’exception accélérées pour faire appliquer des amendes allant jusqu’à 31 000 livres…

L’Olympics Game Act met en place une véritable police du langage, qui va peser de tout son poids sur la liberté d’expression pendant la durée des jeux. Il est par exemple interdit d’employer dans une même phrase deux des mots “jeux”, “2012″, Twenty Twelve”, “gold”, “bronze” ou “medal”. Pas question également d’utiliser, modifier, détourner, connoter ou créer un néologisme à partir des termes appartenant au champ lexical des Jeux. Plusieurs commerces comme l’Olympic Kebab, l’Olymic Bar ou le London Olympus Hotel ont été sommés de changer de noms sous peine d’amendes.

L’usage des symboles des jeux, comme les anneaux olympiques, est strictement réglementé. Un boulanger a été obligé d’enlever de sa vitrine des pains qu’il avait réalisés en forme d’anneaux ; une fleuriste a subi la même mésaventure pour des bouquets reprenant ce symbole et une grand-mère a même été inquiétée parce qu’elle avait tricoté pour une poupée un pull aux couleurs olympiques, destiné à être vendu pour une action de charité !

Cette règle s’applique aussi strictement aux médias, qui doivent avoir acheté les droits pour pouvoir employer les symboles et les termes liées aux Jeux. N’ayant pas versé cette obole, la chaîne BFM en a été ainsi réduite à devoir parler de “jeux d’été” pour ne pas dire “olympiques”. Une dérogation légale existe cependant au nom du droit à l’information pour que les journalistes puissent rendre compte de ces évènements publics. Mais l’application de cette exception est délicate à manier et le magazine The Spectator a été inquiété pour avoir détourné les anneaux olympiques sur une couverture afin d’évoquer les risques de censure découlant de cet usage du droit des marques. Cet article effrayant indique de son côté que plusieurs firmes anglaises préfèrent à titre préventif s’autocensurer et dire “The O-word” plutôt que de se risquer à employer le terme “Olympics“. On n’est pas loin de Lord Voldemort dans Harry Potter, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Dire-Le-Nom !

Des affiches protestant contre les restrictions imposées par le CIO sur le fondement du droit des marques.

Le dérapage vers la censure, le CIO l’a sans doute déjà allègrement franchi. Le blog anglais Free Speech rapporte que les comptes Twitter d’activistes protestant contre la tenue des jeux à Londres ont été suspendus suite à des demandes adressées à Twiter, parce qu’ils contenaient dans leur nom les termes JO 2012. Des moyens exceptionnels de police ont aussi été mis en place pour disperser les manifestations et patrouiller dans plus de 90 zones d’exclusion. Plus caricatural encore, il n’est permis de faire un lien hypertexte vers le site des JO 2012 que si l’on dit des choses positives à leurs propos ! Même Barack Obama et Mitt Romney ont été affectés par la police du langage du CIO, qui a exigé pour violation du copyright que des vidéos de campagne faisant allusion aux JO soient retirées…

Pour les spectateurs qui se rendront dans les stades, le contrôle sera plus drastique encore et ils seront liés par des clauses contractuelles extrêmement précises, détaillées sur les billets d’entrée. Ces mesures interdisent par exemple de rediffuser des vidéos ou des photos sur les réseaux sociaux, afin de protéger les exclusivités accordées aux médias et là encore, des cellules de surveillance ont été mises en place pour épier des sites comme Twitter, Facebook, Youtube, Facebook ou Instagram.

No photography, please. We are british.

Les règles des jeux dicteront également aux spectateurs jusqu’à ce qu’ils doivent manger. Impossible par exemple d’échapper aux frites de Mac Donald’s dans les lieux où se dérouleront les épreuves, ce dernier ayant obtenu une exclusivité sur ce plat, sauf comme accompagnement du plat national des fish’n chips pour lequel une exception a été accordée ! La propriété intellectuelle dictera également la manière de s’habiller, les autorités olympiques ayant indiqué qu’on pouvait tolérer que les spectateurs portent des Nikes alors qu’Adidas est sponsor officiel, mais pas qu’ils revêtent des T-Shirts Pepsi, dans la mesure où c’est Coca-Cola qui a payé pour être à l’affiche ! Pas le droit non plus d’apporter des routeurs 3G ou wifi sous peine de confiscation : British Telecom a décroché une exclusivité sur l’accès wifi et les spectateurs devront payer (mais uniquement par carte Visa, sponsor oblige !).

On pourrait encore multiplier ce genre d’exemples digne de Kafka, mais la démonstration me semble suffisamment éloquente. Ces Jeux de Londres nous font pleinement entrer dans l’âge cyberpunk. Un formidable transfert de puissance publique vers des firmes privées a été réalisé, en utilisant comme levier des droits de propriété intellectuelle. On mesure alors toute la force des “droits exclusifs” attachés aux marques et au copyright, dès lors qu’ils s’exercent ainsi de manière débridée, dans un environnement saturé de signes et de logos. Le Tumblr OpenOlymPICS documente la manière dont la ville de Londres s’est transformée avec l’évènement et comment les lieux se sont couverts d’allusion aux JO : ce sont autant de “marques” qui donne prise au pouvoir du CIO sur l’espace.

Cette propriété privé aboutit en fait bien à “priver” les citoyens de leurs libertés publiques pour les soumettre à la loi des corporations. Grâce à ces droits, ce sont des biens publics essentiels comme les mots du langage, l’information, l’espace urbain, les transports en commun, la gastronomie, les codes vestimentaires qui sont “privatisés”.

Le déclic qui m’a le plus fortement fait penser à l’univers cyberpunk, je l’ai eu lorsque nous avons appris qu’un athlète avait décidé de louer son épaule pour faire de la publicité sauvage pour des marques n’ayant pas versé de droits aux CIO par le biais d’un tatouage. Ce coureur a mis son propre bras aux enchères sur eBay et il s’est ainsi offert à une agence de pub’ pour 11 100 dollars. On est bien ici dans la soumission d’un individu à une corporation et elle passe comme dans les romans cyberpunk par des modifications corporelles qui inscrivent cette vassalité dans la chair !

Tatouage cyberpunk, mais l’athlète avec la marque d’une firme sur le bras n’est pas encore plus représentatif de ce courant de la Science Fiction ?

Ces dérives sont extrêmement graves et elles dessinent sans doute les contours d’un avenir noir pour nos sociétés. Au cours de la lute contre ACTA, SOPA ou PIPA, l’un des points qui a attiré le plus de critiques de la part des collectifs de lutte pour la défense des libertés était précisément le fait que ces textes transféraient à des opérateurs privés (FAI ou titulaires de droits) des pouvoirs de police pour faire appliquer les droits de propriété intellectuelle. C’est exactement ce que la Quadrature du net par exemple reprochait au traité ACTA, dans cette vidéo Robocopyright ACTA, qui détournait d’ailleurs un des films emblématiques de la culture cyberpunk.

Ce que le CIO a obtenu du gouvernement britannique dépasse très largement tout ce qui figurait dans ACTA ou SOPA en termes de délégation de puissance publique. J’ai encore du mal à le croire, mais dans cet article, on apprend même que le Ministre de la défense britannique prévoyait, à la demande des autorités olympiques, d’installer des batteries de missiles sur des toits d’immeubles d’habitation pour protéger des sites olympiques d’éventuelles attaques terroristes. Si ça, c’est pas cyberpunk !

Olympics 2012 London Missile Protest. Par OpenDemocraty. CC-BY-SA. Source : Flickr

Dans un article paru sur le site du Monde, Patrick Clastre, un historien spécialisé dans l’histoire des jeux indique que le degré de contrôle n’a jamais été aussi fort que pour ces jeux à Londres, bien plus en fait qu’il ne le fut à Pékin en 2008. Il ajoute que pour imposer ce type de règles, le CIO a besoin “d’une dictature ou d’un pays ultralibéral“.

Cette phrase est glaçante.

Imaginez un instant qu’un parti politique par exemple ait la possibilité de contrôler les médias, de mettre en oeuvre une censure, de lever une police privée, de faire fermer des commerces, d’imposer à la population des règles concernant la nourriture et l’habillement, etc. Ne crierait-on pas à la dérive fascisante et n’aurait-on pas raison de le faire ? Le niveau de censure et de contrôle exercé en ce moment à Londres est-il si différent de celui qui pesait sur les populations arabes avant leurs révolutions ?

Doit-on faire deux poids, deux mesures parce que des firmes et des marques sont en jeu plutôt qu’un parti ? En ce sens, je vois un certain parallèle entre ces jeux de Londres de 2012 et les funestes jeux de Berlin de 1936. On dira peut-être que je marque un point Godwin, mais en termes d’atteinte aux libertés publiques, est-on vraiment si éloigné de ce qui se passait en Allemagne durant l’entre-deux-guerres ?

La semaine dernière, Jérémie Nestel du collectif Libre Accès a écrit un billet extrêmement fort, intitulé “la disparition des biens communs cognitifs annonce une société totalitaire“. J’étais globalement d’accord avec son propos, même si je trouvais l’emploi du terme “totalitaire” contestable. Mais cet article comporte les passages suivants, qui font directement écho aux dérapages juridiques des Jeux Olympiques :

La volonté des multinationales de privatiser les biens communs cognitifs est une atteinte à la sphère publique. La sphère publique, jusqu’à présent désignée comme un espace ouvert accessible à tous, au sein duquel on peut librement circuler, peut s’étendre aux espaces cognitifs. [...]

Empêcher la transformation d’une œuvre, et crèer artificiellement une frontière au sein « des espace communs de la connaissance » est un acte propre à une société totalitaire.

Les règles mises en place par le CIO pour protéger ses droits de propriété intellectuelle porte gravement atteinte à la sphère publique et elles aboutissent à la destruction de biens communs essentiels. Hannah Arendt explique très bien que le totalitarisme opère en détruisant la distinction entre la sphère publique et la sphère privée. Dans le cas des fascismes d’entre-deux-guerres ou du stalinisme, c’est la sphère publique qui a débordé de son lit et qui a englouti la sphère privée jusqu’à la dévorer entièrement.

Les dérives de la propriété intellectuelle que l’on constate lors de ces jeux olympiques fonctionnent en sens inverse. C’est cette fois la sphère privée qui submerge l’espace public et le détruit pour le soumettre à sa logique exclusive. L’effet désastreux sur les libertés individuelles est sensiblement identique et c’est précisément ce processus de corruption qu’avaient anticipé les auteurs du Cyberpunk, avec leurs corporations souveraines.

A la différence près qu’ils n’avaient pas imaginé que ce serait la propriété intellectuelle qui serait la cause de l’avènement de ce cauchemar…

Ne croyons pas en France être à l’abri de telles dérives. Tout est déjà inscrit en filigranne dans nos textes de lois. Le Code du Sport prévoit déjà que les photographies prises lors d’une compétition appartiennent automatiquement aux fédérations sportives, ce qui ouvre la porte à une forme d’appropriation du réel. A l’issue de l’arrivée du Tour de France, des vidéos amateurs ont ainsi été retirées de Youtube à la demande de la société organisatrice du Tour, avec l’accord du CSA, qui dispose en vertu d’une autre loi du pouvoir de fixer les conditions de diffusion de ce type d’images. Et les compétences de cette autorité s’étendent aux manifestations sportives, mais plus largement “aux évènements de toute nature qui présentent un intérêt pour le public“…

Réagissons avant qu’il ne soit trop tard et refusons ces monstruosités juridiques !

PS : une chose qui me fait rire quand même, c’est que visiblement le CIO rencontre quelques problèmes avec le logo des jeux de Londres 2012, qu’un artiste l’accuse d’avoir plagié à partir d’une de ses oeuvres…

 

http://scinfolex.wordpress.com/2012/07/27/comment-la-propriete-intellectuelle-a-transforme-les-jeux-olympiques-en-cauchemar-cyberpunk/

 

À propos de calimaq

Ce blog est tenu par : Lionel Maurel Conservateur des bibliothèques en poste à la Bibliothèque nationale de France Je suis devenu conservateur d'Etat après avoir fait des études en sciences politiques (IEP de Toulouse) et en droit public à l'Université des Sciences Sociales de Toulouse 1 (DEA Droit public fondamental). Depuis mon arrivée dans le monde des bibliothèques, je m'intéresse tout particulièrement aux questions juridiques liées à l'activité des bibliothèques, notamment tout ce qui touche à la propriété intellectuelle et aux droits d'auteur. Je suis membre de l'ADBS (Association des Documentalistes et Bibliothécaires Spécialisés) et participe aux travaux de la Commission Droit de l'Information, ainsi qu'à l'action de lobbying de l'IABD (Interassociation Archives/Bibliothèques/Documentation) Contact : calimaq at gmail point fr
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25 juillet 2012. Syrie : Quoi d’autre après la volée de flèches empoisonnées US contre la citadelle damascène ? (Al-thawra)

25 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Syrie : Quoi d’autre après la volée de flèches empoisonnées US contre la citadelle damascène ? (Al-thawra)

Amin HOTEIT


Suite au troisième double véto opposé par la Russie et la Chine à l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution ouvrant la voie à une intervention militaire prétendument humanitaire en Syrie, les USA et la Grande Bretagne ont annoncé leur intention de désormais agir « en dehors » du cadre des Nations Unis ; ce qui n’a surpris ni les initiés, ni les dupes. Les premiers ayant tiré les leçons du passé ; les seconds restant convaincus du bien fondé de la fameuse « Responsabilité de Protéger » qui, curieusement, incomberait à ceux qui déclarent sans vergogne vouloir agir hors de la légalité internationale !? Tous les autres sont bombardés par la logorrhée de politiciens et de journalistes inféodés qui ne savent plus quoi inventer pour donner l’illusion de la victoire d’une opposition extérieure dite syrienne, mais qui n’est rien d’autre qu’une force armée et hétéroclite destinée à faire plier un peuple qui a décidé de rester debout malgré le prix exorbitant qu’il continue à payer, jour après jour, et depuis bientôt dix sept mois . Où va ce peuple et qu’est-ce qui l’attend qu’il ne sait déjà ? [NdT].

* * *

Au bout de 16 mois d’une agression en plusieurs étapes qui se sont toutes soldées par l’échec, les USA se sont tournés vers un énième plan censé être l’ultime flèche empoisonnée et la solution radicale qui compenserait leurs pertes en Syrie ; un plan qui, selon Mme Clinton, serait une « catastrophe » qui détruirait ce pays avant de s’étendre à toute sa région ; un plan qui nous paraît clairement basé sur les éléments suivants :

1. Distiller un « catastrophisme ambiant » qui prépare l’opinion publique syrienne et internationale à une opération qui vise et veut la chute du Président syrien. Ce qui explique la campagne médiatique sans précédent faite d’élucubrations et de mensonges pour faire croire que la Syrie est au bord du gouffre et que son effondrement sera comparable à celui « d’un volcan ou d’un tremblement de terre », de telle sorte que tous ses défenseurs s’effondrent à leur tour, perdent espoir, et abandonnent l’idée même d’une confrontation défensive.

2. Frapper la cellule de gestion de crise pour créer un vide hiérarchique qui puisse perturber toute l’organisation du commandement et installer la confusion parmi les forces militaires et les forces de sécurité, privant l’Etat syrien de son bras armé et ouvrant la voie aux terroristes qui pourraient se propager et faire main basse sur les installations étatiques sensibles, aussi bien aux frontières qu’à l’intérieur du pays.

3. Mettre à exécution une attaque foudroyante sur Damas par des milliers de rebelles armés qui se dirigeraient au même moment dans toutes les directions, les rues et les quartiers, paralysant la vie et terrorisant les civils qui ont bien mérité d’être punis pour avoir refusé de participer à l’agression US contre leur pays ! Ce qui signifierait que l’État ​syrien aurait perdu le contrôle de sa capitale et « obligerait son Président à quitter Damas »…

4. Réaliser un scénario de défaite « virtuelle » des autorités syriennes par une opération médiatique de grande envergure affirmant la « chute de la capitale et la fuite du gouvernement », sur la foi de montages montrant les rues et places du pays bondées par des citoyens syriens sortis acclamer « le succès de La Révolution et la victoire de l’Opposition » ; montages finalisés dans une officine qatari reproduisant les places, les bâtiments publics, centres gouvernementaux… D’ailleurs, une chaîne de télévision utilisant indûment le logo d’une chaine syrienne est déjà lancée et prête à diffuser ces prétendus succès selon une mise en scène semblable à ce qui s’est passé à Tripoli en Libye, où des photos et des films trafiqués du centre de commandement de feu kadhafi ont envahis les écrans 3 jours avant sa chute réelle… Le tout couplé à une censure jusqu’à étouffement des médias syriens au moment où le virtuel prendra le pas sur le réel ! C’est pour ces raisons que la chaîne syrienne privée Addounia.tv a été condamnée au silence par l’intermédiaire des satellites arabes [Arabsat et Nilesat], et que des journalistes et présentateurs de la Télévision syrienne ont été enlevés ; le moment venu, ils auraient crédibilisé la fraude après avoir été forcés de travailler pour des chaines d’identité usurpée.

5. Faire adopter par le Conseil de sécurité une résolution du Chapitre VII [de la Charte des Nations Unies] qui ouvrirait la voie à un déploiement de militaires étrangers sur le sol syrien sous prétexte de prévenir le risque de diffusion « d’armes chimiques » dans la région, alors qu’en réalité leur mission consisterait à achever la destruction de la structure étatique et à dissoudre l’armée comme ce fut le cas en Irak !

Tel est donc le plan des « flèches empoisonnées US » sur lequel les États-Unis ont misé pour abattre « la catastrophe » sur la Syrie et la détruire comme ils ont détruit la Libye, l’Irak et L’OLP [autrement dit les pays du front de refus des accords de Camp David], et comme ils ont essayé de détruire la Résistance au Liban et l’État en Iran, mais sans succès… Alors, les voilà arrivés au troisième round de leur agression programmée contre l’Axe de La Résistance : la Syrie ! Mais, là aussi, il semble bien qu’ils aient mal calculé leur coup, malgré quelques percées efficaces. En effet, nous constatons :

1. L’échec du « catastrophisme ambiant » en raison de plusieurs facteurs dont les plus importants sont le haut niveau de résistance psychologique des syriens en général et des damascènes en particulier, et l’effort considérable des médias des secteurs officiel et privé associé à la mise en défaut des médias US et dérivés et à la certitude que les médias ennemis ne faisaient que diffuser leurs rêves et désirs sans jamais parler des faits réels.

2. La capacité de l’État à absorber le choc de l’« assassinat groupé de personnalités essentielles à la cellule de gestion de crise ». Bien que le coup ait été dur et d’une extrême dangerosité - avec le décès du ministre de la Défense et de son vice-président plus celui du chef de la Sécurité nationale et de l’adjoint du vice-président de la République - les institutions étatiques ont vite fait de dominer la situation et de nommer des successeurs de la même trempe que les disparus.

3. La capacité de l’Armée à contenir l’attaque menée par des milliers de mercenaires armés sur plus de neuf quartiers de Damas, suivie d’une contre-offensive magnifiquement adaptée aux exigences de la situation ; ce qui lui a permis d’écraser les attaquants, de nettoyer les quartiers l’un après l’autre, et de garder la capitale sous contrôle de l’Etat sans laisser à l’agresseur le temps de tirer les bénéfices attendus de ses opérations terroristes, d’autant plus que les images diffusées de terroristes syriens ou étrangers abattus lui ont signifié un message très clair : « l’attaque a échoué » ... malgré le prix exorbitant qu’il a fallu payer !

4. L’échec de la « chute virtuelle de l’État » imaginée par les médias et leurs donneurs d’ordre parce que, le plan ayant été découvert, des précautions avaient été prises avant même qu’il ne soit mis en œuvre, ce qui implique que les maquettes, les vedettes et les décors fabriqués au Qatar sont jusqu’ici restés dans leurs entrepôts !

5. L’échec réitéré des tentatives d’adoption de la résolution souhaitée en vertu du Chapitre VII, et donc le rejet d’une intervention militaire en Syrie couverte par le Conseil de sécurité ; ce qui a fait que les USA ont publiquement menacé d’agir en dehors de ce conseil et de poursuivre leur agression.

C’est donc en toute logique que nous pouvons dire que la volée de flèches US s’est fracassée sur le rocher de la citadelle damascène, et à partir de là imaginer quelle sera la politique des USA dans les mois à venir. En résumé, nous devons nous attendre à ce qui suit :

 

1. Ils persisteront dans leur refus de toute solution politique et empêcheront le succès du plan Annan ainsi que l’application sur le terrain des décisions de la Conférence de Genève, au moins jusqu’aux élections américaines de Novembre 2012.

2. Ils essaieront d’élargir la confrontation à la frontière Nord de la Syrie pour accroître la pression et augmenter le flux d’entrée de terroristes non syriens pour compenser les lourdes pertes subies par ces derniers.

3. Ils continueront à agiter la menace de se passer du Conseil de sécurité, menace qui suggère qu’ils se préparent à travailler sur plusieurs plans à la fois :

3.1. Sur les plans politique et économique à travers encore plus de pressions du type expulsion des ambassadeurs ou autre… et plus de sanctions, qui viendront s’ajouter aux soixante paquets de sanctions actuellement en vigueur.

3.2. Sur le plan militaire non conventionnel à travers l’escalade, le soutien et la propagation des opérations terroristes vers toutes les régions du pays dans le but d’accréditer la rumeur d’un gouvernement qui ne contrôlerait plus le terrain.

3.3. Sur le plan du renseignement et de la sécurité à travers le ciblage du plus grand nombre de personnalités clefs comme ils l’ont déjà fait ; la nomination de Bandar ben Sultan au poste de directeur du Renseignement saoudien est un message clair en ce sens.

3.4. Sur le plan militaire conventionnel à travers les préparatifs d’une intervention militaire le moment venu, bien qu’une telle éventualité demeure peu probable.

Mais… quoi qu’il en soit… nous pensons que le front syrien continuera ses opérations défensives à tous les niveaux. Il s’est préparé à toute éventualité et reste confiant en ses possibilités de déjouer les plans du futur comme ce fut le cas pour les plans du passé, d’autant plus que l’agresseur est coincé par le temps malgré tous les moyens et capacités dont il dispose !

Dr Amin Hoteit

23/07/2012

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal [Biologiste]

Article original : Al-thawra

http://thawra.alwehda.gov.sy/_kuttab.asp?FileName=40772296120120723005059

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

URL de cet article 17288
http://www.legrandsoir.info/syrie-quoi-d-autre-apres-la-volee-de-fleches-empoisonnees-us-contre-la-citadelle-damascene-al-thawra.html
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Il faut sauver les abeilles!

25 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Agriculture

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Bonjour.

 

Cela me parait important, de vous faire passer cette vidéo.  Voici un bon résumé de la situation, cela dure quelques minutes, mais c'est édifiant...

 Si nous découvrons encore un rucher décimé en quelques jours seulement, il nous faut nous interroger!

Si les abeilles disparaissent alors la vie disparaît aussi. Il faut en avoir conscience et réagir!

Je vous incite à regarder la vidéo, à lire la pétition puis, à la signer, si vous vous sentez concernés. 

http://www.pollinis.org/petitions/video_pesticides.html

 

  

 

Cordialement.

Lucien PONS

  

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Syrie : À ceux qui jouent des tambours de la guerre ! juillet 2012

25 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -

Syrie : À ceux qui jouent des tambours de la guerre ! juillet 2012

Bachar al-Jaafari


Comme attendu, hier 19 Juillet, la Russie et la Chine ont prononcé leur troisième double veto et déjoué, une fois de plus, le sempiternel projet conçu par « les ennemis de la Syrie » pour pousser le Conseil de sécurité à adopter une résolution totalement injuste lui infligeant encore plus de sanctions illégitimes en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, tandis que le Pakistan et l’Afrique du Sud se sont abstenus. Suite au vote, le délégué syrien permanent auprès des Nations Unies, le Docteur Bachar al-Jaafari, a pris la parole ; parole qui n’est sans doute pas parvenue aux syriens de l’extérieur et à ceux qui auraient pu être intéressés de l’écouter, étant donné le silence strident imposé aux médias syriens avec la complicité d’Arabsat, de Nilesat et de toutes sortes de censures concoctées par des pays arabes et occidentaux qui s’évertueraient à instaurer des libertés, notamment la liberté d’expression ! En voici une transcription non intégrale à partir d’une vidéo récupérée ce matin sur you tube.

* * *

Monsieur le Président… Le peuple syrien est désormais saisi d’angoisse et d’inquiétude avant chaque réunion du Conseil de sécurité autour de la Syrie, et ceci principalement en raison de ce sur quoi nous avions attiré votre attention depuis le début : la synchronisation suspecte entre ces séances du Conseil et les opérations terroristes cruelles qui ont touché un grand nombre de personnes innocentes parmi le peuple syrien ainsi que bon nombre de ses institutions, de ses cadres, de ses biens publics et privés !

Messieurs…vous vous rappelez certainement de toutes les explosions et massacres qui ont terrorisé les habitants de plusieurs régions syriennes… pendant que le Conseil de sécurité discutait de la Syrie… C’est avec regret que nous vous rappelons qu’hier encore, le bras du terrorisme meurtrier s’en est pris à des ministres et à des dirigeants des organes de la Sécurité nationale réunis à Damas… C’est aussi avec regret que nous constatons que ce Conseil n’a nullement condamné cet acte… mais… nous adressons nos remerciements à Mr le Secrétaire général et à l’émissaire spécial Mr Kofi Annan pour leurs condamnations respectives.

Monsieur le Président… Si un tel acte terroriste est incapable de susciter une condamnation sévère et immédiate de la part de ce Conseil… cela signifie assurément que tout ce que la communauté internationale a édifié pour lutter contre le terrorisme n’était que lettre morte… C’est là un échec qui adressera un message d’erreur aux terroristes du monde entier leur disant qu’ils sont au-delà de tout questionnement… C’est là un silence qui signifiera que soutenir une solution pacifique et éloignée de toute violence en Syrie n’est pour certains qu’un simple slogan destiné à gagner du temps, à duper l’opinion publique syrienne et internationale, et à bloquer le plan de Mr Kofi Annan ; alors que la Syrie a accueilli favorablement son plan en 6 points, la mission des observateurs internationaux et les déclarations de la Conférence de Genève du 30 juin 2012 […].

Mais… malheureusement des pays étrangers se sont mêlés immédiatement et brutalement d’une affaire strictement syrienne pour sonner les tambours de la guerre et devenir une partie du problème en fournissant armes, finances, couverture politique, couverture médiatique, et appui logistique aux gangs armés ; en plus d’inciter à la violence et au refus du dialogue et d’adopter un paquet d’une soixantaine de sanctions illégales qui ont perturbé la vie quotidienne du peuple syrien… Sanctions qui bafouent les règles de bon voisinage ainsi que toutes les normes et les lois internationales les rendant juridiquement criminelles… Ceci, sans oublier les ruptures des relations diplomatiques avec la Syrie pour couper court à tout dialogue et à tout contact direct.

Au nom du peuple syrien, nous disons à tous ces pays : si vous voulez imposer la loi de la jungle à d’autres et que cette décision vous semble logique, commencez donc par l’appliquer à vos pays respectifs et demandez à ceux parmi vos ressortissants et résidents, qui sympathisent sincèrement ou non avec les bandes armées et les terroristes qui sévissent en Syrie, de les accueillir et de leur offrir la liberté qu’ils convoitent et particulièrement celle de semer le désordre par les armes … tout comme la liberté de déstabiliser et de détruire le tissu national et les fondements de l’État syrien, sous prétexte d’instaurer réformes et démocratie !

Monsieur le Président… Les rumeurs qui ont envahi dernièrement les médias à propos d’« armes chimiques » que la Syrie pourrait utiliser, ne sont que des rumeurs dénuées de tout fondement… ne sont qu’une pêche en eaux troubles… Si jamais elles pouvaient fournir une quelconque preuve, elles indiqueraient plutôt l’intention de certains de s’en servir contre les Syriens, pour en accuser ensuite les autorités syriennes et retourner l’opinion publique et le Conseil de sécurité contre ces mêmes autorités.

Tous les Syriens veulent contribuer, sur les bases de la réconciliation et du pardon réciproque, à travailler ensemble pour reconstruire ce qui a été détruit au cours de cette crise, à aller de l’avant pour faire évoluer et consolider un État de Droit, à ramener le calme et la stabilité en lieu et place de ceux qui souhaitent l’adoption d’une résolution du Chapitre VII ou d’une intervention militaire étrangère ; ce qui permettrait à certains États de faire l’économie de leur autocritique et d’effacer de la mémoire de ce conseil toutes les catastrophes et horreurs qu’ils ont laissées après leur passage !

Par conséquent c’est à nous les Syriens, opposants compris, de réaliser que nombre d’États qui se prétendent vivement concernés par la Syrie et son peuple ne veulent pas d’une solution pacifique qui garantirait l’unité, la stabilité et la souveraineté du pays et qui permettrait de répondre aux aspirations de notre peuple. Bien au contraire, ceux-là ne visent que l’État et le peuple syriens ainsi que leur rôle au niveau arabe, musulman et régional ; ceci en jouant sur les désaccords politiques survenus sur le terrain durant cette crise… et pire encore… en jouant sur des éléments qui pensent que ceux qui ont trahi les Arabes par les « Accords de Sykes- Picot » et la « Promesse de lord Balfour »… ont assassiné le premier ministre syrien de la Défense, le Général Youssef al-Azmeh, à la bataille de Mayssaloun… ont bombardé le parlement syrien en 1945… ont infligé une blessure encore ouverte en Palestine… ont envahi militairement L’Afghanistan, l’Irak et la Lybie… ont accordé leur soutien politique, militaire, et diplomatique à Israël pour lui assurer le Golan syrien, les territoires palestiniens et ce qui reste de territoires libanais non libérés… leur rendraient le moindre des services pour garantir autre chose que leurs propres intérêts !

C’est à nous les Syriens de ne reconnaître qu’une seule vérité, celle qui consiste à penser que l’unique solution, qui puisse répondre aux aspirations légitimes de notre peuple, ne peut-être qu’une solution politique syrienne qui dépend de nous tous… et qui passe par le dialogue national entre nous et sous le ciel de notre patrie… entre nous tous et sous le ciel de notre patrie ! C’est à nous tous d’arriver à bâtir un État démocratique, pluraliste et équitable où tous sont égaux devant la Loi sans discrimination en fonction de l’appartenance familiale, politique ou idéologique… Un état qui offrirait à tous les mêmes chances politiques et économiques et où la compétition passerait par des élections libres et transparentes, comme cela se passe dans vos pays respectifs…

Seuls les Syriens sont capables de protéger leur pays et de maintenir son immunité contre les ambitions géopolitiques qui menacent son existence et sa dignité… Alors, pansons nos blessures mutuelles, n’oublions pas notre Histoire commune et restons tous conscients de tout ce qui se tisse contre notre peuple, pour nous garder une patrie résistante face à tout ennemi.

Monsieur le Président… je conclurai par une citation d’un philosophe syrien soufi qui a vécu à Damas au Xème siècle après J.-C. Il s’agit d’un conseil prodigué à ses élèves : « Mes enfants, l’homme raisonnable ne doit jamais manquer de discernement lorsqu’il contribue à écrire l’Histoire, et même celui qui aurait un problème avec le Diable ne peut en chercher la solution auprès de Lucifer ! ».

Merci Messieurs.

Dr Bachar al-Jaafari

19/07/ 2012

Article transcrit et traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal [Biologiste]

Source : vidéo You Tube 
كلمة الدكتور بشار الجعفري في مجلس الأمن19-7-2012
http://www.youtube.com/watch?v=4p2tpVunSV8&feature=youtu...

URL de cet article 17271
http://www.legrandsoir.info/syrie-a-ceux-qui-jouent-des-tambours-de-la-guerre.html
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SOUSCRIPTION POUR LE FILM SUR LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE. Il fait suite à "Walter, retour en Résistance" et à "De mémoires d'ouvriers".

24 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #"Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

 

Bonjour à tous.
  
  
SOUSCRIPTION POUR LE FILM SUR LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE.
  
  
Après "Walter, retour en résistance" et "De mémoires d'ouvriers", le réalisateur Gilles Perret et son producteur Fabrice Ferrari (La Vaka) filment depuis plusieurs mois les témoignages des acteurs ayant participé à l'élaboration et la mise en place
du programme du Conseil National de la Résistance.
Ce documentaire intitulé «Les jours heureux» veut raconter l'histoire de ces quelques hommes sans qui la sécurité sociale, les retraites par répartition, les comités d’entreprise et bien d'autres choses n'existeraient pas aujourd'hui en France.
L'occasion aussi de rencontrer des historiens, des journalistes, des analystes spécialistes de la question de la déconstruction de ce programme par quelques uns et de voir que, pour tous, le constat est unanime : le programme du Conseil National de la Résistance est d’une actualité criante et il y a urgence à le rendre visible en le remettant sur le devant de la scène.

Ce documentaire a été proposé à plusieurs chaînes de télévision. Aucune n'a souhaité «prendre le risque» de raconter une telle histoire. 
Trop compliqué, trop risqué, trop engagé. Trop quoi !
Alors pour que ce film existe, pour qu'il soit vu au cinéma et ailleurs, pour que cette histoire belle et singulière puisse être racontée à tous : 
  
 
ILS ONT BESOIN DE VOUS !
Vous trouverez en pièce jointe le bon de souscription à renvoyer à La Vaka
 

(si des amis à vous sont intéressés par ce film, n'hésitez pas à transmettre ce message)
  
  

Vous trouverez ci-dessous le lien vers le site et le bon de souscription à renvoyer :

http://www.lavaka.fr/Accueil.html

http://www.lavaka.fr/Souscription_%22les_jours_heureux%22.ht...

 

Cordialement.

Lucien PONS.

Président de l'association "Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR".

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Voici la lettre de démission de Peter Doyle, économiste senior au FMI, qui défraie la chronique depuis quelques jours.

24 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce

Repris sur le blog d'Olivier berruyer: "Les crises":

http://www.les-crises.fr/demission-peter-doye/

Voici en exclusivité la lettre de démission de Peter Doyle, économiste senior au FMI, qui défraie la chronique depuis quelques jours. Merci à Okeanews.

Département Européen
Washington DC
18 juin 2012

À M. Shalaan, doyen du conseil d’administration du FMI

 

 Aujourd’hui, je me suis adressé au conseil d’administration pour la dernière fois – parce que je quitte le FMI.

Par conséquent, je souhaite en premier lieu exprimer formellement ma profonde gratitude pour les autorités Suédoises, Israéliennes et Danoises avec lesquelles j’ai récemment travaillé, ainsi que pour toutes les autres avec qui j’ai travaillé auparavant, pour leur extraordinaire amabilité à mon égard.

Mais je souhaite également saisir cette opportunité pour expliquer les raisons de mon départ.

Après vingt années de service, j’ai honte d’avoir été associé au FMI.

Ce n’est pas seulement à cause de l’incompétence qui a été partiellement décrite dans le rapport du Bureau de la vérification et de l’inspection internes (OIA) au sujet de la crise mondiale et dans la Revue triennale de la surveillance (TSR) sur la crise de la zone Euro. Mais c’est surtout parce que les causes essentielles de ces crises, comme cela a déjà été le cas pour d’autres, ont été identifiées largement en amont mais ont été étouffées par le FMI. En raison des longues périodes de gestation et des processus internationaux de décision prolongés pour faire face à ces deux défis mondiaux, il était essentiel que nous émettions à temps des avertissements soutenus. Par conséquent, l’échec du FMI à les émettre est un échec de premier ordre, quand bien même des telles mises en garde auraient pu être ignorées. Ceci a pour conséquences que beaucoup, y compris la Grèce, souffrent (et risquent bien pire à l’avenir), que la deuxième monnaie mondiale de réserve est au bord du gouffre, et que le FMI a passé les deux dernières années à courir après les évènements durant les ultimes efforts visant à la sauver.

De plus, les raisons qui ont directement causé ces défaillances du système de surveillance du FMI, à savoir la répugnance à prendre des risques, les priorités bilatérales et le parti-pris Européen, deviennent au contraire de plus en plus profondément enracinées, en dépit d’initiatives qui visent à s’en occuper. Ceci est particulièrement clair dans le cas des nominations au poste de Directeur Général, choix qui au cours des dix dernières années, ont été bien évidemment désastreux. Même la directrice en exercice est entachée, car ni son sexe, ni son intégrité, ni son ardeur ne peuvent compenser l’illégitimité fondamentale du processus de sélection. Dans une institution aussi hiérarchique, les implications de tels choix contaminent directement les niveaux supérieurs de la direction et, à travers les recrutements, les contrats de mission, la préparation de la succession du personnel de grades supérieurs, ces implications en arrivent à se diffuser dans l’ensemble de l’organisation, écrasant tout le reste. Le comité exécutif préfère un FMI handicapé, soumis à ces défaillances du système de surveillance. Je regrette de ne pas avoir su il y a vingt ans que tel serait le choix.

Il y a des personnes de qualité ici, parfois caustiques. Mais celle qui rédige ces lignes s’en va. Vous devriez vous préoccuper de ne pas perdre les autres.

Bien cordialement.

Peter Doyle
(Conseiller économiste du Département Europe et ancien chef de la division Suède, Israël et Danemark)

Copie :
Mme. Nemat Shafik
M. Stanley Fischer
M. Stephan Ingves
M. Benny Andersen
M. Alex Gibbs
M. Eric Meyer
M. Amit Friedman
M. Martin Holmberg
M. Reza Moghadam
M. Mark Plant
M. Brad McDonald

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Les étudiants du Québec dénoncent le néolibéralisme avec force le 22 juillet 2012.

23 Juillet 2012 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le Québec

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Montréal. La manifestation du 22 juillet 2012 ( contre les frais de scolarité ) / Discours d'ouverture

 Ils ont le courage de résister et montre la voie à d'autres peuples épris de justice et de liberté. Pourquoi devrions nous laisser aux mafieux et aux délinquants de la finance le droit de diriger nos vies?

 

Discours d'ouverture de la Classe 22 juillet 2012

 
 
http://youtu.be/qkQJobEvfVQ


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