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Publié par Xavier Moreau le 12 décembre 2013 dans Articles
Quelques nouvelles de Russie et d’Ukraine

Liberté d’expression

Vladimir Poutine vient de signer un décret qui réorganise les agences de presse Interfax et RIA Novosti. La nouvelle structure, Rossia Sevodnia, semble vouloir s’inspirer de la chaine internationale, « Russia Today ». Talonnant la BBC aux États-Unis et remplaçant peu à peu Al Jazhira dans les pays arabes, la CNN russe a su développer un ton politiquement incorrect qui a fait son succès. C’est sans doute le pari de Vladimir Poutine, qui nomme à la tête de sa structure le très politiquement incorrect, Dmitri Kissiliev. L’analyse russe est que les médias traditionnels occidentaux ne sont plus écoutés, ne tiennent plus que grâce à des subventions massives et sont remplacés peu à peu par les médias internet. L’agence russe veut « surfer » sur cette demande massive de réinformation, de la part des populations européennes notamment.

Ukraine

L’ironie de l’Histoire est d’avoir vu le dimanche 8 décembre dernier, Vitaly Klitschko assister à la destruction de la statue de celui qui fut son prédécesseur. Vladimir Ilitsch Ulianov fut en effet envoyé en Russie, par train spécial, par les Allemands, le 16 avril 1917. Le gouvernement allemand fournit encore un crédit 40 millions de Marks, en juin 1918, pour garantir la survie du régime bolchévique. Ce dernier devait faire face, depuis la fin de l’année 1917, aux premiers soulèvements blancs. L’opération s’avéra donc un succès puisque Lénine, arrivé et maintenu au pouvoir grâce aux Allemands, leur abandonna tout ce qu’ils voulaient à Brest-Litovsk. Nous recommandons la lecture de l’ouvrage de Georges-Henri Soutou, « L’or et le sang », notamment pour comprendre les buts de guerre allemands. Union monétaire et douanière forcée pour dominer l’Europe, volonté de séparer l’Ukraine de la Russie, rien n’a vraiment changé. Le gouvernement allemand devrait cependant méditer sur le fait que le « bacille de la peste rouge » n’est pas resté en Russie en 1918, et que soutenir une révolution dans un pays proche peut avoir des répercussions surprenantes. Angela Merkel devrait également méditer la lettre à sa femme, du général Groener, commandant les troupes allemandes en Ukraine en mars 1918. L’Ukraine, selon lui, «n’est qu’une création artificielle, à laquelle le Reich pouvait assurer une alimentation artificielle, mais dès qu’on laisserait tomber cet avorton, il se précipiterait sur le sein de la « petite mère Moscou » pour revenir là, grâce au lait maternel, à la vraie vie ».

Toujours en Ukraine, les États-Unis sont de nouveaux « dégoutés ». Nous avions découvert, dans la bouche de Susan Rice, la notion de « disgusting » dans les rapports internationaux américains, à l’occasion du conflit syrien en 2011. Pour les lecteurs qui auraient un doute « disgusting » ne s’applique ni sur la répression d’ « Occupy Wall street », ni sur la torture et les prisons secrètes américaines.  Victoria Nuland s’est, quant à elle, lancée dans une très subversive distribution de cookies dans le centre de Kiev. Visiblement insensible aux délicieux gâteaux au chocolat, le Premier Ministre ukrainien, Nikolaï Azarov, a demandé 20 milliards d’euros à l’Union Européenne. Comme nous l’avons déjà expliqué, l’Ukraine n’a pas refusé de signer à cause des pressions russes, mais parce que l’UE ne lui a pas donné l’argent promis.

En s’appuyant sur la légalité incontestable de son pouvoir, le Président Yanoukovitch devrait l’emporter, tandis que les ultra-nationalistes de « Svoboda » continuent d’occuper la rue. Après les islamistes en Syrie, les États-Unis jouent désormais la carte du fascisme en Ukraine. Que le gouvernement américain affirme de surcroit et sans complexe, l’obligation pour l’Ukraine de rentrer dans l’UE, en dit long sur l’indépendance de ce nouvel Amgot.

Xavier Moreau

Crédit photo : maiakinfo via Flickr (cc)

 

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