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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #europe supranationale tag

La presse française mène la charge anti Syriza, par Jack Dion.

2 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #Economie, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La France, #La finance dérégulée, #La lutte des classes

La presse française mène la charge anti Syriza

 
Jack Dion

Directeur adjoint de la rédaction de Marianne et grand amateur de théâtre

"Finis les enfantillages ! Rangez vos jouets, vous vous êtes bien amusés, mais maintenant il s'agit de rentrer dans le rang ! De toute façon, ça ne marche pas et ça ne marchera jamais !" Ils sont comme ça nos éditorialistes. Avec les Tsipras et les Varoufakis, ils aiment jouer les pères Fouettard. Ou plutôt les mères Merkel...
Michael Sohn/AP/SIPA

Il faudrait écrire la folle histoire de la cabale anti Syriza menée par la presse française. On y retrouverait la morgue et la suffisance de ceux qui ont mené (et perdu) le combat pour le « oui » au Traité constitutionnel européen, en 2005. Ces grands esprits traitent les nouveaux dirigeants grecs avec la même délicatesse que les partisans du « non » voués au démon de l’inquisition idéologique. A les lire, rien n’est possible hors des traités coulés dans le marbre pour l’éternité. Quiconque en dévie mérite les feux de l’enfer.

Tel est l’antienne de Jean Quatremer, de Libération, de Dominique Seux, du journal Les Echos (et de France inter quand il n’y a pas de grève), et de Nicolas Barré, qui lui officie aussi aux Echos tout en portant la bonne parole à Europe 1, au nom du pluralisme à une voix. C’est également l’avis d’Axel de Tarlé, autre chroniqueur d’Europe 1, et qui agrémente Le Journal du dimanche de sa forte pensée.

Dans l’une de ses dernières chroniques, Axel de Tarlé décrivait un Alexis Tsipras « reparti piteusement de Bruxelles », tancé par un François Hollande lui disant en substance : « Allez ouste ! Fini de rire, au travail ! » Et Axel de Tarlé d’ajouter : « C’est la fin de l’illusion Syriza », dont le programme relevait « du coup de baguette magique ».

Bien informé, le chroniqueur sachant chroniquer notait : « D’ailleurs, les Grecs eux-mêmes ne semblaient pas y croire ». S’ils ont voté Syriza, en somme, c’est parce qu’ils sont masos. Axel de Tarlé pousse alors le cri de victoire qui rallie tous les orthodoxes : « Une fois de plus, on le voit, le plan B n’existe pas. C’est la victoire du “TINA” de Margaret Thatcher, there is no alternative (« Il n’y a pas d’alternative ») incarné aujourd’hui par Angela Merkel ». Merci pour ce moment de liesse générale.          

Le Monde, qui mène l’offensive anti Syriza depuis le début (n’est-ce pas Arnaud Parmentier ?) n’a pas voulu perdre la main. Le journal du soir a donc publié une double page dont le titre est tout un symbole : « Le rude apprentissage européen de la Grèce ».

A-t-on le droit de penser autrement qu’un eurocrate pur et dur et de le dire à haute voix ?A ce simple énoncé, on devine qu’on va découvrir comment un pays membre de l’UE depuis 1981 peut se voir administrer une leçon de rattrapage sur les us et coutumes et vigueur à Bruxelles. C’est normal vu que Le Monde répète par trois fois qu’Alexis Tsipras est un « jeune » Premier ministre, autrement dit un nouveau venu qu’il est important de bizuter. C’est pourquoi ce dernier « a pris des cours accélérés d’Europe », afin de « respecter les règles ». Comme le dit un ministre : « On te comprend, tu dois comprendre comment l’Europe marche ». Traduit en bon français, cela signifie : « On te laisse parler, mais tu dois nous laisser agir ».

Tsipras entend-il mettre un terme à la folie des privatisations en laissant 51% du capital sous contrôle public?  Réponse d’Angela Merkel : « Ça n’intéresse personne ». Ah bon. Yanis Varoufakis, ministre des Finances, veut-il détailler les dégâts de l’austérité ? Michel Sapin tranche : « Ce n’est pas comme ça que l’Europe fonctionne ». Bien, Michel. A tes ordres, Michel.

A-t-on au moins le droit de penser autrement qu’un eurocrate pur et dur et de le dire à haute voix ? Pas vraiment, si l’on en croit ce commentaire de Michel Sapin à propos d’Alexis Tsipras : « Il faut qu’il fasse atterrir ses troupes et que Syriza s’adapte et resdescende sur terre ». Autrement dit, il faut que Tsipras fasse du Samaras, son prédécesseur, tout comme François Hollande fait du Nicolas Sarkozy avec la réussite électorale que l’on sait. 

Pierre Moscovici, ex-ministre reconverti en commissaire européen, le dit d’ailleurs tout de go à ses interlocuteurs du Monde, ravis du propos : « La question est de savoir, maintenant, si le gouvernement grec est capable de présenter un programme de réformes sur lequel il n’a pas été élu ».

A Paris comme à Bruxelles, faire le contraire de ce que l’on dit et dire le contraire de ce que l’on fait, c’est le summum de la politique. Reste à savoir s’il en sera de même, ou pas, à Athènes.

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L’Amérique est divisée, mais l’Europe aussi Par Giuletto Chiesa.

2 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La mondialisation, #La guerre, #Ukraine, #La France, #La finance dérégulée, #La Russie

L’Amérique est divisée, mais l’Europe aussi

Par Giuletto Chiesa

Mondialisation.ca, 30 mars 2015

sputniknews.com

 

Giulietto-Chiesa

L’initiative de Moscou d’accueillir une réunion sur le « processus de paix » en Syrie semble marquer l’ouverture d’un espace de dialogue qui, jusqu’à très récemment, semblait encore impossible.

Si le Kremlin va dans cette direction, c’est que les conditions sont désormais réunies. Elles découlent d’une crise politique évidente en cours à Washington, où la récente incursion de Benjamin Netanyahou a fini par provoquer un véritable tremblement de terre…

Barack Obama, attaqué et provoqué sur son propre terrain, était obligé de réagir. S’il ne parvient pas à arrêter la ligne de conduite du futur premier ministre israélien reconfirmé dans ses fonctions, les Etats-Unis risquent de se retrouver dans une situation qu’Obama considère comme absolument non acceptable. Pire, cette situation pourrait devenir périlleuse pour les intérêts américains eux-mêmes.

Netanyahou a été clair : l’objectif doit être d’ « arrêter Téhéran » à tout prix ; d’interdire tout Etat palestinien, aujourd’hui comme demain ; et de se débarrasser définitivement de Bashar al-Assad.

Trois coups de canon, tous les trois visant l’Iran.

Et sur ces points, Netanyahou a obtenu l’ovation du Sénat américain, dominé aujourd’hui par les néocons, qui ont convaincu aussi une bonne fraction du Parti démocrate. John Kerry a ainsi été contraint de reprendre les rênes et de changer de direction : maintenant on dialogue vraiment avec Bashar al-Assad (puisqu’on ne peut pas parler directement avec Téhéran tout en continuant à bombarder Damas, une évidence que Barack Obama a perçu seulement lorsqu’il a mesuré la dimension de la menace interne).

Même chose sur la question de l’État palestinien. Et sur la question du nucléaire [iranien]. La Maison Blanche a clairement indiqué que les installations de colonies en Cisjordanie étaient inadmissibles et, encore plus significatif, que les négociations sur le nucléaire iranien iraient de l’avant quoiqu’il arrive.

Ces déclarations ont une signification bien précise : sur ces points-là, le président américain veut renouer les liens avec l’Europe, c’est-à-dire avec l’Allemagne et la France. Car Merkel et Hollande affichent désormais une ligne clairement hostile à la fourniture d’armes à Kiev. C’est exactement l’inverse de ce que voudraient les néocons, mais aussi la Pologne, les républiques baltes et la Grande-Bretagne.

Si la ligne dure contre la Russie se poursuit, les États-Unis risquent bien de perdre le contact avec leurs plus importants partenaires européens.

La nervosité à Berlin et Paris, surtout depuis l’étrange crash de l’avion de Germanwings, a augmenté l’atmosphère de suspicion. Et il est maintenant clair pour tous que le président ukrainien Petro Poroshenko –  qui s’en remet, même de façon précaire, aux conseils de Berlin – a mis au placard l’homme de Washington, Ihor Kolomoyskyi. Autant de signaux qui montrent que les partisans de la guerre en Ukraine sont en train de perdre leur popularité dans les pays les plus importants en Europe, lesquels se préoccupent de moins en moins des futures frontières étatiques de l’Ukraine.

Et donc, non seulement l’Europe est divisée, mais l’Amérique l’est aussi. Au sujet du Moyen-Orient, et aussi sur l’Ukraine.

Bashar al-Assad a donc raison quand il fait le lien entre la crise syrienne et celle en Ukraine : dans les deux cas, l’objectif de la « coalition va-t-en-guerre » est bien d’affaiblir la Russie.

Moscou tend évidemment la main à ceux qui, en Europe comme aux USA, veulent un dialogue. Nous verrons bien ce qui se passera à Moscou, sur ce processus de Paix,  qui intéresse au plus haut point Bashar al-Assad.

Giulietto Chiesa

Source : sputniknews, le 27 mars 2015

Traduction : Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

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Donbass: «La guerre n’a pas encore commencé». Par Pepe Escobar

1 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #L'OTAN., #La République, #La Russie, #La guerre, #AMERIQUE, #Europe supranationale

Donbass: «La guerre n’a pas encore commencé»

Par Pepe Escobar

Mondialisation.ca, 01 avril 2015

rt.com

Photos : Commandants cosaques

Photos : Commandants cosaques

Deux hauts commandants cosaques de la République populaire de Donetsk et un volontaire aguerri serbe sont catégoriques : la guerre au Donbass n’a pas encore vraiment commencé.

Le coucher de soleil est spectaculaire dans la terre sainte cosaque de la République populaire de Donetsk où je me trouve, en plein champ adjacent à une ferme d’élevage de chevaux, en train de bavarder avec Nikolai Korsunov, le capitaine de la brigade cosaque Ivan Sirko, et Roman Ivlev, fondateur de l’Union des vétérans du Donbass Berkout.

Pourquoi est-ce la terre sainte cosaque ? Mes interlocuteurs ne manquent pas de me rappeler les hauts faits du légendaire héros militaire cosaque du XVIIe siècle Ivan Sirko, dit le sorcier, à qui on attribuait des pouvoirs extrasensoriels, qui a remporté 55 batailles, la plupart contre les Polonais et les Tatars.

À seulement trois kilomètres d’où nous sommes, s’est déroulée une bataille décisive à un carrefour de l’ancienne Route de la soie appelé Matsapulovska Krinitsa, où 3 000 cosaques et 15 000 Tatars ont livré combat.

Aujourd’hui, à l’aube de la construction de la Nouvelle route de la soie du XXIesiècle préconisée par la Chine, qui traversera aussi la Russie, nous parlons de la guerre par procuration en Ukraine à laquelle se livrent les USA et la Russie, dont le but ultime est la désorganisation de ladite Nouvelle route de la soie.

Le commandant Korsunov dirige l’une des 18 brigades cosaques à Makeevka et 240 de ses soldats sont maintenant engagés dans la guerre civile ukrainienne, dont certains reviennent tout juste du chaudron de Debaltsevo. Une partie d’entre eux étaient dans l’armée ukrainienne, d’autres travaillaient dans le secteur de la sécurité. Korsunov et Ivlev soutiennent que tous leurs combattants exercent un emploi (même s’ils ne sont pas payés) et qu’ils se sont joints volontairement à l’armée de la République populaire de Donetsk. Ils arrivent à survivre d’une manière ou d’une autre.

Qu’est-ce que les combattants cosaques ont de si particulier ? C’est historique. Nous avons toujours combattu pour défendre nos contrées. Le commandant Korsunov est un ancien mineur, aujourd’hui retraité. Pour des raisons évidentes, la junte Porochenko à Kiev ne lui envoie pas de prestations de retraite. Tout ce qu’il reçoit, c’est l’aide des Berkuts et du ministère de la Jeunesse et des Sports de la République populaire, ainsi que les vivres des convois humanitaires en provenance de la Russie.

Korsunov et Ivlev sont convaincus que Minsk 2 ne tiendra pas, que des combats acharnés devraient reprendre d’ici quelques semaines. D’après leurs services de renseignements militaires, à la suite du prêt que le FMI a consenti récemment à l’Ukraine, l’armée de Kiev a reçu pas moins de 3,8 milliards de dollars pour lui permettre de se fournir en armes.

Barrage de contrôle à Donetsk (Photo: Pepe Escobar)

Barrage de contrôle à Donetsk (Photo: Pepe Escobar)

Après Odessa, disent-ils, en référence au massacre de civils qui s’y est déroulé en mai dernier, l’Ukraine telle que nous la connaissions a cessé d’exister. Quelle serait alors la meilleure solution pour le Donbass ? Leur priorité est de libérer tous les Ukrainiens du fascisme. Après la victoire, des référendums devraient être tenus dans toutes les régions du pays. Les gens devraient voter pour ce qu’ils veulent ; que ce soit demeurer en Ukraine, se rapprocher de l’Europe ou encore de la Russie. Ce qui suppose une progression vers l’ouest de l’Ukraine, en territoire hostile. Nous sommes prêts à cinq, sept ans de guerre, peu importe.

Ainsi, même si une solution politique semble vouloir poindre loin à l’horizon, ils se préparent à livrer une guerre prolongée. L’UE a tort de les traiter de séparatistes et même de terroristes. Quant aux chars d’assaut et aux soldats russes introuvables que l’Otan dénonce constamment, où sont-ils ? Ils rient de bon cœur et nous voilà en route pour un banquet cosaque dans la campagne.

Le combattant serbe Dejan Deki Beric, héros de la République populaire qui a déjà reçu dix médailles, partage entièrement les vues des commandants cosaques : la véritable guerre n’a pas encore commencé.

Vingt Serbes, tous possédant beaucoup d’expérience au combat, se battent du côté des brigades du Donbass. Deki revient tout juste d’une mission de reconnaissance secrète, au cours de laquelle il s’est infiltré en territoire ennemi. Sa conclusion : l’ennemi fait entrer de nouveaux soldats, de nouveaux techniciens et plein de nouvelles armes. Minsk 2 est sur le point d’être réduit en pièces.

Enterrement : un héros de la République Populaire de Donetsk à Saur-mogila. (Photo: Pepe Escobar)

Enterrement : un héros de la République Populaire de Donetsk à Saur-mogila. (Photo: Pepe Escobar)

Deki montre une vidéo absolument poignante de la victoire de la République populaire à l’aéroport de Donetsk maintenant totalement en ruines, tournée à partir de son téléphone mobile. La scène principale (qui n’est pas reprise intégralement sur Youtube) commence par montrer des soldats qui rient, bavardent et fument, puis fait un panoramique montrant des dizaines de corps inanimés et épars de soldats des forces armées de Kiev.

Deki confirme que même avant l’été dernier, Kiev pourrait avoir perdu jusqu’à 20 000 combattants. La majorité absolue des soldats qu’il a vus étaient trop effrayés pour combattre. Dans le chaudron de Debaltsevo, ils n’ont même pas essayé de livrer bataille.

Il y a moins de deux semaines, le premier ministre Iatseniouk, l’enfant chéri de la reine américaine du Nulandistan, Victoria «F**k the EU», n’a pas raté l’occasion de dire que la guerre est inévitable : notre objectif est de reprendre le contrôle de Donetsk et de Lougansk. Bien entendu, une menace aussi importante n’est possible qu’avec l’assurance du soutien total du FMI et de l’Otan, qui forment les tentacules financières et militaires du gouvernement des USA. Le Capitole n’est pas en reste non plus.

L’Otan n’a pas de services secrets comme tels. Son renseignement militaire lui est fourni par des agents américains, britanniques ou allemands. Il est donc manipulé politiquement. C’est ce qui explique pourquoi le docteur Folamour actuellement à la tête de l’Otan, le général Breedlove, appelons-le Follehaine, ne cesse de répéter les mêmes balivernes à propos des colonnes d’équipement russe, surtout des chars russes, de l’artillerie russe, des systèmes de défense aérienne russes et des troupes de combat russes, qui envahissent l’Ukraine à répétition, même si les observateurs de l’OSCE maintiennent n’avoir rien vu. Tout comme l’auteur de cet article d’ailleurs.

Contrairement à l’évaluation des commandants cosaques et de Deki, cette analyse concise soutient qu’aucune des deux parties (l’armée de Kiev ou du Donbass) n’est sur le point de lancer une offensive en règle. Dans l’intervalle, la République populaire de Donetsk s’active sur le front politique. Le ministre des Affaires étrangères Alexander Kofman, qui confirme avoir des discussions politiques avec des membres de certains pays de l’UE, parle de plans en vue d’une réunion d’envergure en mai, qui mènera à la mise en place possible d’une organisation regroupant les nations non reconnues qui pourrait comprendre bien des participants, dont Donetsk et Lougansk, ainsi que la Catalogne et le Pays basque.

Kofman est catégorique. Il préfère l’indépendance des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk à leur annexion à la Russie. Mais avant toute chose, la guerre qui obsède tant Kiev (et Washington) doit cesser.

Pepe Escobar

Pepe Escobar s’est rendu à Donetsk à l’invitation du projet médiatique Europa Objektiv, basé en Allemagne.

Article original en anglais :

http://rt.com/op-edge/245285-ukraine-donbass-cossack-commanders/

Traduit par Daniel, relu par jj pour Le Saker francophone.

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

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Le Conseiller du Ministre de la Défense ukrainien : Il faut déporter les habitants du Donbass.

1 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #La Russie, #La guerre, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #le nazisme, #La mondialisation, #Le fascisme, #Terrorisme

Le Conseiller du Ministre de la Défense ukrainien :
Il faut déporter les habitants du Donbass


Le 30 mars 2015 – Source thesaker.is 

Dmitri Yarosh, député à la Rada ukrainienne [Parlement, NdT] et chef du Secteur Droit [Parti néonazi, NdT], a déclaré que les habitants insoumis d’Ukraine de l’est doivent être déportés et déchus de leurs droits civiques avant qu’un programme d’ ukrainisation bienveillante puisse être mis en place.

Dmitri Yarosh, maintenant conseiller du Ministre de la Défense ukrainien

Yarosh a noté que la plus grande partie du Donbass est peuplée de sovoks, un terme argotique insultant en ukrainien et en russe dérivé du mot soviet. Yarosh a déclaré que la région est «peuplée de Sovoks – des vrais Sovoks. Et ils devraient être déportés. Nous devons agir avec une grande sévérité à l’égard de ceux qui ne veulent pas vivre selon les règles et les lois de l’État. Cela inclut la déportation, la privation des droits civiques, et ainsi de suite. Sans usage de la force, il ne sera pas possible de faire quoique ce soit de cette région, et d’inverser la tendance, pour ainsi dire.»

 

Le chef du Secteur Droit a ajouté que le cas des habitants insoumis de la région devait aussi être traité. «Si nous nous débarrassons de ceux qui ne respectent pas les règles, tout sera bien, tranquille et paisible. Et seulement ensuite pourra commencer un programme visant à faire aimer l’ukrainisation.» Le député a noté que la renaissance spirituelle ne pourra commencer que si les autorités agissent d’une manière cohérente et énergique.

Yarosh a cité la réponse des autorités ukrainiennes à des événements survenus dans la ville de Konstantinovka, dans le Donetsk, contrôlée par l’armée ukrainienne : le conducteur d’un véhicule blindé, qui était ivre, a percuté une foule, écrasé et tué une petite fille de huit ans avant de prendre la fuite. Ce qui a provoqué des émeutes dans les rues.

«Les événements à Konstantinovka sont un exemple de ce que je veux dire. Si nous avions montré même un tout petit peu de faiblesse… Dès le début, tout un tas de « héros » ont commencé à sortir de nulle part à quatre pattes, instrumentalisant la tragédie dans leurs propres intérêts séparatistes. Et quand nos gars sont sortis et ont commencé à tirer en l’air et à arrêter les instigateurs des émeutes, tout s’est arrêté d’un coup. C’est la règle», a expliqué Yarosh.

Le Secteur Droit, dirigé par Yarosh pendant un défilé à Kiev (RIA Novosti / Alexandr Maksimenko)

Le député a remarqué que, de son point de vue, il y a encore beaucoup de vrais patriotes ukrainiens dans la région, et que les attitudes anti-Kiev actuelles sont le résultat de nombreuses années de propagande russe et de la suppression des valeurs spirituelles véritablement ukrainiennes. Yarosh a expliqué que « les gars des régions de Donetsk et Lugansk » qui combattent pour l’armée ukrainienne «devraient devenir la nouvelle élite, sur la base de laquelle une société qualitativement neuve pourra se construire… Et ces attitudes vatnik [expression argotique désignant les Russes qui aiment leur pays d’un amour aveugle], ces attitudes oligarchiques criminelles qui colonisent l’esprit des gens ordinaires pour une raison ou une autre doivent être extirpées».

Le leader nationaliste extrémiste a indiqué qu’il a accepté l’invitation du président à venir travailler au ministère de la Défense, ajoutant qu’il a choisi de le faire sur une base volontaire. Parlant des récentes pertes de l’armée ukrainienne sur le front, Yarosh a rappelé que «nous avons subi une déroute près de Ilovaisk… D’une part, nous avons appris à combattre, avec un moral à un niveau élevé. Mais les choses se passent très mal lorsqu’un troupeau de lions est conduit par des moutons. Ils ne peuvent pas nous mener à la victoire, et nous font seulement reculer… Pour parler de la situation actuelle sur le front, nos forces sont encore menacées par divers encerclements. Et je ne sais pas, de nouveau, si les moutons vons réagir à ça ou s’ils jouent une sorte de jeu géopolitique.»

Le Secteur Droit est l’aile d’extrême-droite du Parti nationaliste ukrainien. En janvier et février 2014, les membres du mouvement ont participé massivement aux combats avec la police ukrainienne dans les rues de Kiev, et à la prise de bâtiments gouvernementaux pendant le coup d’état de l’Euro-Maïdan. Dès le mois d’avril, ils ont pris la direction dans l’écrasement des mouvements de protestation en Ukraine orientale, et dans l’application du nouvel ordre du gouvernement révolutionnaire. En outre, ils ont été impliqués dans les opérations militaires de Kiev au Donbass. Le Corps de volontaires ukrainiens du Secteur Droit comprend deux bataillons qui opèrent en Ukraine de l’Est, ainsi que huit bataillons de réserve dans le reste du pays.

En novembre 2014, la Cour suprême de Russie a déclaré le Secteur Droit organisation extrémiste, et son activité a été interdite sur le territoire de la Fédération de Russie. Plus tôt, en mars 2014, les autorités russes ont lancé un mandat d’arrêt contre Dmitri Yarosh pour incitation au terrorisme et pour les opérations militaires de son organisation contre l’armée russe lors de la première guerre de Tchétchénie.

Article original

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

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Va-t-on vers une guerre contre la Russie ?

1 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La guerre, #La Russie, #La France, #La finance dérégulée, #AMERIQUE, #Ukraine, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales

Va-t-on vers une guerre contre la Russie ?

A priori, cela peut sembler invraisemblable : l'arsenal nucléaire de ce pays se monte à 1500 têtes disponibles immédiatement, auxquelles il faut ajouter des réserves de 3500 têtes. D'autre part, l'importance de son parc de sous-marins nucléaires lui permet d'apporter la menace atomique à quelques encablures des côtes américaines. On voit mal, dans ces conditions, que les États-Unis prennent sérieusement le risque de déclencher une véritable guerre.

Cependant, nous avons vu récemment comment le gouvernement des USA avait déclenché une guerre d'invasion contre l'Irak, prétextant que Saddam Hussein aurait possédé des stocks d'Armes de Destruction Massives importants, qui lui auraient permis de mettre toute la région du proche Orient à feu et à sang. Il n'en était rien, évidemment. La CIA a récemment déclassifié son rapport à ce sujet, sur lequel les autorités prétendaient s'appuyer. Voir : http://www.france24.com/fr/20150320-rapport-guerre-irak-menace-nucleaire-cia-bush-exageration-2002-nucleaire-al-qaida/

Or, ce qu'il y a de plus grave dans la publication récente de ce rapport des service américains de 2003, ce n'est pas tant la révélation officielle du mensonge sur les soi-disant ADM irakiennes; tout le monde l'avait compris à l'époque; mais le rapport démontre que les services de renseignement fonctionnaient bien et avaient fait un travail honnête; il était clairement écrit que l'Irak ne présentait pas de danger militaire, et n'avait pas de lien avec les terroristes d'Al-Qaïda, bien au contraire; le gouvernement américain n'avait donc aucune raison valable ni aucune excuse pour déclencher cette guerre; il n'y a pas eu d'erreur de commise; en conséquence, ce qui l'a emporté, c'est la seule folie guerrière des dirigeants, que rien n'a pu arrêter. Or nous sommes peut-être aujourd'hui, une nouvelle fois, dans la même situation...

Pourtant, la situation militaire est plus dangereuse aujourd'hui qu'elle ne l'était du temps de la guerre froide; en effet, les USA ne se contentent pas aujourd'hui de menacer de loin, ils ont déclenché un conflit militaire qui fait des milliers de morts dans des populations ethniquement russes, ce qu'ils n'avaient jamais osé auparavant. Il n'est pas certain que la Russie le tolère longtemps.

 

Toute une stratégie vise à habituer insensiblement l'opinion publique à l'idée de la guerre :

Le leader néonazi Andriy Parubiy, cofondateur du parti social-nationaliste ukrainien, est reçu à Washington en grande pompe, avec visite du pentagone, ainsi qu'au Canada, avec réception en son honneur au parlement; le but de sa visite est évidemment d'obtenir des armes afin de reprendre la guerre au plus vite. 

http://www.globalresearch.ca/top-ukrainian-nazi-visits-u-s-congress-pentagon-canadian-parliament-seeks-weapons-for-ukraine/5433585

Vadym Prystaiko, vice-ministre des affaires étrangères d'Ukraine, appelle tout bonnement le monde entier à affronter la Russie, sans plus avoir peur d'une guerre atomique. Il assure que cela ne fait plus peur aux Ukrainiens, parce qu'ils auraient perdu tellement de gens et de terre que maintenant ça leur serait égal ... Ainsi, il faudrait mettre en danger l'humanité entière parce qu'il a pris à ces quelques fous de Kiev la lubie de vouloir interdire aux populations de l'est de parler leur langue maternelle... Le plus grave dans cette histoire semble que personne ne prend la peine de dire que cet individu est complètement fou; au contraire, on l'invite au parlement du Canada, à Washington, à la radio, et on l'écoute comme s'il disait des choses censées...

http://www.cbc.ca/news/politics/ukraine-preparing-for-full-scale-war-says-former-envoy-to-canada-1.2964887

 

Le plus grave dans cette situation est que le gouvernement américain n'en semble absolument pas conscient. Même Henry Kissinger, qui a pourtant toute sa vie était un va-t-en-guerre impénitent, considère que son gouvernement s'est lancé dans une entreprise extrêmement dangereuse, et qu'il y a un risque important de voir se développer une « tragédie historique ». Voici ce qu'il écrit :

"There clearly is this danger, and we must not ignore it. I think a resumption of the Cold War would be a historic tragedy. If a conflict is avoidable, on a basis reflecting morality and security, one should try to avoid it."

Traduction : "C'est ici clairement que se trouve le danger, et nous ne devons pas l'ignorer. Je pense que recommencer la guerre froide pourrait conduire à une tragédie historique. Si le conflit est évitable, sur des bases acceptables pour la moralité et la sécurité, on doit tenter de l'éviter. »

http://www.mintpressnews.com/chomsky-kissinger-agree-avoid-historic-tragedy-ukraine/201839/

De même, l'ex-présidente du Bundestag, Antje Vollmer, affirme que la troisième guerre mondiale est commencée, et sur plusieurs fronts, confirmant les déclarations de Günter Grass; elle met en cause le manque de prudence et de sagesse politique des dirigeants actuels. 

La CIA arrose continuellement  les médias avec des plans supposés d'invasion de l'Ukraine par la Russie, toujours dans le but d'entretenir la paranoïa en Europe :

https://www.stratfor.com/analysis/gaming-russian-offensive?utm_source=freelist-f&utm_medium=email&utm_term=article&utm_campaign=20150312&mc_cid=77b88aadf8&mc_eid=3f12d95105

Si la Russie l'avait voulu, c'est une opération qui serait finie depuis un an; il faudrait 4 heures aux Russes pour prendre Marioupol, et 24h pour être à Kiev; tout le monde voit bien depuis longtemps que la Russie n'a aucune intention de se lancer dans ce genre d'opération. Quand un Etat veut envahir un voisin, il le fait sans prévenir, et sans tergiverser pendant des mois et des mois! Le Poutine va-t-en-guerre inventé par la CIA serait bien le plus ridicule des envahisseurs, qui passerait son temps à se demander : "J'y vais, j'y vais pas?", sans jamais rien faire. La CIA nous présente un Poutine qui serait en même temps un Hitler et un clown !

La volonté de l'OTAN de s'étendre toujours plus vers l'est constitue désormais, avec la tentative de s'emparer de l'Ukraine, une véritable menace pour la Russie; il suffit de jeter un œil sur la carte des pays membres pour comprendre la stratégie d'encerclement de la Russie européenne que poursuit l'organisation. Sa vocation a désormais complètement changé : au lieu d'assurer la sécurité et la paix en Europe, elle devient une force d'agression, et une source de conflit potentiel. S'installer en Ukraine, c'est menacer très directement les frontières russes. En 1991, quand Gorbatchev avait donné son feu vert à la réunification de l'Allemagne, les USA et l'OTAN s'était engagés à ne plus s'approcher davantage de la Russie; on voit sur la carte comment la parole donnée a été respectée. Ce manquement a une conséquence très grave : briser la confiance mutuelle entre les deux super-puissances nucléaires; il n'y a rien de plus dangereux pour la sécurité du monde. 

 

 

À l'heure actuelle, les États-Unis jouent avec le feu : ils ne cessent de tester la limite de la patience des Russes, par tout un tas de gesticulations médiatiques, par des accusations aussi graves qu'infondées, mais surtout en encourageant diaboliquement l'agressivité des ultranationalistes ukrainiens : les promesses de livraisons d'armes en cas d'absence de règlement du conflit ne servent évidemment qu'à attiser celui-ci. L'OTAN multiplie les manœuvres, contraignant la Russie à en faire autant, ce qui multiplie encore les chances de provoquer des incidents, lesquels pourraient entraîner des développements incontrôlés.

 

Le congrès américain a voté le 5 décembre 204 une High Resolution - H R 758 - qui constitue une véritable déclaration de guerre contre le président russe; extraits du commentaire de Ron Paul sur ce vote : 

"En fait, le projet de loi est une propagande de guerre de 16 pages qui ferait même rougir les néoconservateurs, s’ils étaient capables d’une telle chose.

C’est le type de résolutions que j’ai toujours observé de près au Congrès, qui sont présentées comme des déclarations d’opinions « sans danger » et conduisent souvent à des sanctions et à la guerre. Je me souviens en 1998 avoir fortement argumenté contre la Loi sur la Libération de l’Irak parce que, comme je le disais à l’époque, je savais qu’elle conduirait à la guerre. Je ne m’opposais pas à la Loi parce que j’étais un admirateur de Saddam Hussein – tout comme maintenant, je ne suis pas un admirateur de Poutine ou de tout autre dirigeant politique étranger – mais plutôt parce que je savais alors qu’une autre guerre contre l’Irak ne résoudrait pas les problèmes et ne ferait probablement qu’empirer les choses. Nous savons tous ce qui s’est passé ensuite.

C’est pourquoi j’ai du mal à croire qu’ils s’en sortent à bon compte avec cette nouvelle loi, de plus cette fois les enjeux sont encore plus élevés: provoquer une guerre avec la Russie pourrait entraîner la destruction totale!"

Lire le texte intégral de cet article : http://stopmensonges.com/lirresponsable-congres-americain-declare-la-guerre-a-la-russie-ron-paul/

Le journal allemand Der Spiegel semble enfin prendre conscience du danger réel que la propagande de l'OTAN fait courir à la paix en Europe, à travers en particulier les mensonges permanents du général Breedlove, et consacre un long article, signé par un nombre important de journaliste, à cette question:

http://www.spiegel.de/international/world/germany-concerned-about-aggressive-nato-stance-on-ukraine-a-1022193.html 

Les auteurs écrivent notamment : "The German government is alarmed. Are the Americans trying to thwart European efforts at mediation led by Chancellor Angela Merkel? Sources in the Chancellery have referred to Breedlove's comments as "dangerous propaganda." Traduction : "Le gouvernement allemand est alarmé. Les Américains sont-ils en train de saboter la médiation en faveur de la paix de la chancelière Merkel? Certaines sources dans la chancellerie considèrent les propos de Breedlove comme "une dangereuse propagande". 

Pour l'instant, le gouvernement russe reste très calme, et semble ne s'intéresser qu'à la marge de ce conflit dont il assure ne pas vouloir se mêler. Ce calme apparent cache peut-être une colère sourde qui éclatera avec d'autant plus de violence qu'elle se sera retenue longtemps.

La folie qui a pris le gouvernement américain de vouloir aller chercher la guerre avec la Russie est d'autant plus incohérente et dangereuse que, ces dernières années, les relations de confiance établies entre les deux puissances avaient conduit les États-Unis à renoncer à un certain nombre de développements technologiques, bien utiles en temps de guerre; je parle évidemment de la présence dans l'espace. Du temps de la guerre froide, à l'époque du président Reagan, les Américains avaient développé le concept de « guerre des étoiles ». Or, ce défi qu'ils ont lancé aux Russes, ils se sont montrés eux-mêmes bien incapables de le relever, alors que leurs adversaires ont parfaitement réussi à mettre au point la technologie de la station spatiale habitée. Aujourd'hui, seuls les Russes ont les moyens d'envoyer très facilement des hommes dans l'espace, et ils ont le monopole non seulement de la technologie, mais également de l'accès à l'ISS. Jusqu'à présent, du fait de la fin de la guerre froide, cette station n'a été utilisée que pour développer des projets scientifiques. or, si la perspective d'une guerre mondiale redevient d'actualité, rien n'empêchera les Russes de militariser cette station, et de s'en servir en particulier pour détruire les satellites militaires américains, ainsi que leurs satellites de communication, ce qui permettrait de clouer préventivement leur armée au sol. On aurait tort d'oublier que c'est d'abord dans un but militaire que cette technologie avait été développée à l'époque.

 

Le lancement, il y a quelques mois, d’un satellite ayant la capacité de changer rapidement d’orbite, inquiète particulièrement les autorités américaines : il pourrait s’agir d’un satellite tueur, destiné à abattre les satellites américains ; la Russie se préparerait peut-être à un éventuel conflit militaire, et elle userait alors immédiatement de sa supériorité dans l’espace.

voir à ce sujet : http://www.businessinsider.com/us-tracking-possible-russian-satellite-killer-2014-11

D'autre part, on ne saurait ignorer que les économies occidentales, qui ne fonctionnent plus que selon les principes de la mondialisation, sont devenues extrêmement fragiles, et seraient bien incapables de supporter ne serait-ce qu'un véritable début de guerre mondiale. Il suffirait aux sous-marins russes de s'en prendre aux plates-formes pétrolières, qui sont des cibles idéales, quasiment impossibles à protéger, ou aux pétroliers, pour provoquer immédiatement un effondrement complet des bourses occidentales, et une crise économique à côté de laquelle celle de 1929 ne serait qu'une aimable plaisanterie. il existe près de 7000 de ces plates-formes dans le monde, d'importances très variables; quantité d'entre elles appartiennent à des sociétés américaines, beaucoup se trouvent également dans le Golfe du Mexique.

Il n'y a qu'à penser aux dégâts commis par les seuls attentats du 11 septembre pour se faire une idée du Krach que provoqueraient les premiers signes d'une agression militaire russe contre les intérêts économiques occidentaux. À l'heure actuelle, personne n'y songe, et c'est peut-être là que réside précisément le danger : comme cela paraît invraisemblable, on n'en tient pas compte ; et comme on n'en tient pas compte, on s'approche de plus en plus de la ligne où cette perspective deviendra vraisemblable. Quand on lit dans certains journaux que des hommes politiques auraient déclaré que seule la violence pourrait arrêter Poutine, on se demande sérieusement s'ils ne sont pas complètement fous. User de la violence contre la Russie plongerait immédiatement la planète entière dans le chaos. 

D'autre part, l'arsenal nucléaire russe, qui est toujours en parfait état de fonctionnement, s'est augmenté ces dernières années du développement considérable des missiles antimissiles; les S 400 constituent une défense probablement très efficace contre toute tentative de menacer la Russie avec des missiles nucléaires, ce qui met sans doute le pays à l'abri des plus graves menaces, et l'autorise éventuellement à déclencher les hostilités sur le plan militaire sans avoir trop à craindre.

http://missilethreat.com/defense-systems/s-400-sa-21-growler/

Il n'en va pas de même du tout du territoire américain, dont les intérêts vitaux se trouvent généralement au bord de l'océan, et peuvent donc très facilement être touchés par des sous-marins nucléaires; l'espace russe et l'éloignement des mers protègent beaucoup mieux que des océans impossibles à surveiller. Les sous-marins russes de la classe kilo sont de véritables « trous noirs », pratiquement impossibles à détecter.

Image illustrative de l'article Classe Kilo

 

Certes, la Russie n'a absolument aucun intérêt à la guerre, qui ne lui rapporterait rien, et il est bien évident que le Donbass n'est pas un enjeu suffisant pour se lancer dans une entreprise aussi dangereuse. C'est probablement là-dessus que compte le gouvernement américain. Mais ce calcul est extrêmement dangereux, car les Russes à leur tour pourront le faire, le monde se retrouvera alors face à une spirale de la violence dont il sera extrêmement difficile de sortir une fois qu'on y sera entré, à supposer que ce ne soit pas déjà fait.

Pour se faire une idée de ce que donnerait aujourd’hui une guerre nucléaire, il faut avoir en tête la puissance développée par les missiles actuels, très supérieure à la bombe d’Hiroshima ; Little boy, la première bombe qui fut lancée, avait une puissance de 15 kilotonnes ; les missiles actuels ont une puissance qui va de 5 mégatonnes (MT) à 100 MT, pour une moyenne de 20 MT, soit plus de mille fois la bombe d’Hiroshima ; 1500 têtes nucléaires représentent donc une puissance de feu plus d’un million et demie de fois supérieure. Russes et Américains possèdent des arsenaux immédiatement disponibles d’environ 1500 têtes nucléaires, auxquelles on peut ajouter 3500 têtes en réserve. On est à plus de 10 000 têtes au total, soit à peu près dix millions de fois la bombe d’Hiroshima. Autant dire qu’une guerre nucléaire ne serait pas une guerre, mais tout simplement la fin de la vie sur terre.

 

Extrait d'un article de Pepe Escobar, journaliste brésilien, spécialisé dans les problèmes d'Europe et Asie centrale : 

Il n’y a pas de quoi être surpris que la majorité absolue des membres de l’Union européenne (UE), à part les Lituaniens complètement dingues, n’ont pas l’intention de fournir en armes les brutes de Kiev.

Dimanche dernier, la Süddeutsche Zeitung, qui est un journal honnête, s’est entretenu avec l’expert militaire russe Yevgeny Buchinsky, qui a signalé que si cela se produisait, la Russie devra intervenir et, pour parler franchement, prendre Kiev. L’Otan serait alors en mauvaise posture. Il faudrait déclencher la Troisième Guerre mondiale, ce que personne ne veut.

C’est peut-être un peu tiré par les cheveux à la docteur Folamour, mais la Süddeutsche Zeitung a raison lorsqu’elle souligne que l’approvisionnement en armes des brutes de Kiev par Washington serait interprété par la Russie comme une déclaration de guerre.

La méduse Merkel, elle l’a dit publiquement, est contre. Mais Chocolatchenko [Le Roi du Chocolat, Porochenko, NdT] est hystérique : « Je n’ai aucun doute que les USA et d’autres partenaires nous aideront en nous procurant des armes létales pour que nous puissions nous défendre ».

Si cela arrive, les portes de l’enfer vont s’ouvrir. La Russie va répliquer. L’Empire du Chaos va interpréter cela comme une nouvelle agression. L’escalade sera inévitable et tous les paris seront ouverts.

Sans surprise, les médias institutionnels occidentaux nous lancent que toute cette débâcle s’explique par la CRAINTE DU MALIN, qui est bien sûr Vlad. La crainte est apparemment vive à Bruxelles et dans d’autres capitales européennes (parmi les guignols du monde politique, PAS dans la rue). La rhétorique est plus que menaçante.

Carl Bildt, l’ancien ministre des Affaires étrangères de la Suède, a dit qu’une guerre entre la Russie et l’Occident est maintenant CONCEVABLE.

Le général Hollande a parlé publiquement du risque de guerre totale.

Le général Sir Richard Shirreff, le gros légume britannique, pardon, le commandant de l’Otan jusqu’à mars dernier, a dit qu’un message fort devrait être envoyé à Poutine pour éviter une guerre totale en EUROPE CONTINENTALE ( !!!).

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article5582

 

L’actualité de la crise au jour le jour sur : Europe et Russie

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Voir aussi :

La destruction de l'Europe

L’intervention des USA

Le néofascisme américain

La catastrophe ukrainienne

La constitution de la Crimée

L’extrême droite ukrainienne

Crash du Boeing MH 17

La politique des sanctions

La stratégie de manipulation des masses

La guerre civile

Les accords de Minsk 2

Ce qu'en pensent d'autres experts

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La destruction de l’Europe

1 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Economie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La France, #La finance dérégulée, #La guerre, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #Le grand banditisme

La destruction de l’Europe

 

La crise actuelle entre la Russie et les Etats occidentaux doit être comprise dans un cadre beaucoup plus large que le sien, qui est celui de la recomposition des forces entre les différentes grandes nations du monde pour les décennies à venir. Le décollage économique des grandes puissances émergentes, Chine, Inde, Russie, Brésil, est en passe de bouleverser la hiérarchie de la planète, et de mettre fin à l'ordre mondial établi depuis la chute de l'URSS par les États-Unis. Le souci essentiel de ces derniers est de se maintenir au sommet de cette hiérarchie le plus longtemps possible, et pour cela, écarter la concurrence. Laisser ces différents Etats se développer selon leur cours naturel provoquera la marginalisation des États-Unis sur l'échiquier mondial d'ici 2050 ; la Chine, qui est d'ores et déjà la première puissance économique du monde, risque de prendre rapidement la première place tant sur le plan politique, que militaire. L'Inde prendra la troisième place, pratiquement ex aequo avec les États-Unis. Leurs alliés traditionnels, les Etats européens, seront relégués très loin : le PNB de la France représentera à peine le neuvième de celui de la Chine.

De ce point de vue, la Russie constitue pour les USA l'État à abattre en priorité pour différentes raisons. D'une part, c'est le seul qui soit doté d'un arsenal nucléaire et d’une technologie militaire susceptibles de tenir tête à l'armée américaine, et de contenir ses ambitions militaires. D'autre part, la partie orientale de la Russie, la Sibérie, est un immense désert qui regorge de richesses naturelles dont l'économie mondiale aura un grand besoin pour assurer ses besoins de croissance dans les années à venir. Enfin, le vieillissement de la population russe, la très faible densité du pays, sa structure fédérale, donnent à penser aux États-Unis qu'une excellente solution pour eux serait de parvenir à démanteler le pays, à le faire exploser politiquement, pour prendre le contrôle de la Sibérie avec ses richesses, et laisser la population de la Russie européenne se débrouiller sans ses ressources. C'est ce qui ressort très clairement du rapport de l'institut de géopolitique StratforStrategic Forecasting, surnommé La CIA clandestine, qui prévoit, pour la décennie 2015 - 2025, que l'affaiblissement économique du pays conduira inévitablement à son démantèlement géographique et politique (https://www.stratfor.com/forecast/decade-forecast-2015-2025) ici, l'intégralité du rapport (en anglais);

j'appuierai ma démonstration en particulier sur le contenu de ce rapport, qui est d'autant plus intéressant du fait qu'il parle de la stratégie politique des États-Unis pour les 10 années à venir, sans traiter en fait directement de la crise ukrainienne ; il permet donc de démontrer clairement que cette crise s'inscrit à l'intérieur d'une stratégie globale, et que cette crise n'est absolument qu'un instrument fabriqué de toutes pièces, sans importance en soi, pour mettre en œuvre cette stratégie ; voici ce que dit ce rapport sur la dislocation future de la Russie :

« In this case, it will cause regions to fend for themselves by forming informal and formal autonomous entities. The economic ties binding the Russian periphery to Moscow will fray.

Historically, the Russians solved such problems via the secret police — the KGB and its successor, the Federal Security Services (FSB). But just as in the 1980s, the secret police will not be able to contain the centrifugal forces pulling regions away from Moscow this decade. In this case, the FSB's power is weakened by its leadership's involvement in the national economy. As the economy falters, so does the FSB's strength. Without the FSB inspiring genuine terror, the fragmentation of the Russian Federation will not be preventable. »

« Dans ce cas, il appartiendra aux régions de se débrouiller par elles-mêmes en formant des entités autonomes formelles et informelles. Les liens économiques liant la périphérie de Russie à Moscou s'effilochera.

Historiquement, les Russes résolvaient ces problèmes par la police secrète - le KGB et son successeur, le Service fédéral de sécurité (FSB). Mais tout comme dans les années 1980, la police secrète ne sera pas en mesure de contenir les forces centrifuges qui éloigneront les régions éloignées de Moscou durant cette décennie. Le pouvoir du FSB sera affaibli par sa dépendance à l'égard de l'économie nationale. Comme l'économie vacillera, il en ira de même de la force du FSB. Sans une véritable terreur inspirée par le FSB, la fragmentation de la Fédération de Russie ne pourra pas être évitée. »

En conséquence, le plan des États-Unis, en fonction de ces analyses, consiste à affaiblir le plus possible l’économie russe, de manière à provoquer la dislocation de l'État fédéral, pour s'emparer ensuite, via leurs compagnies, des richesses naturelles de la Sibérie. On note au passage la manière dont l’institut Stratfor considère la Russie : une sorte d’empire coloniale dont les différentes parties ne restent soudés que par la terreur ; ceci explique la propagande permanente qui est faite : les peuples « soumis » ne demanderaient qu’à être « délivrés » de la Russie par les USA. La stratégie apparaît en filigrane : susciter des mouvements indépendantistes dans les différentes régions de Sibérie, « défendre » le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, prétendre lutter contre le colonialisme russe, dénoncer le régime de « terreur » que celui-ci inspirerait aux populations, user autant que possible des ouvertures de la constitution fédérale de la Russie pour affirmer que ces différentes régions ont droit à l’indépendance.

L'opération de désintégration de la Russie n'est évidemment pas sans risque, du fait de la présence des stocks d'armes nucléaires. Le problème fondamental vient du fait que les États-Unis se lancent dans cette aventure sans avoir la moindre idée de la manière dont ils pourront résoudre ce problème :

« This will create the greatest crisis of the next decade. Russia is the site of a massive nuclear strike force distributed throughout the hinterlands. The decline of Moscow's power will open the question of who controls those missiles and how their non-use can be guaranteed. This will be a major test for the United States. Washington is the only power able to address the issue, but it will not be able to seize control of the vast numbers of sites militarily and guarantee that no missile is fired in the process. The United States will either have to invent a military solution that is difficult to conceive of now, accept the threat of rogue launches, or try to create a stable and economically viable government in the regions involved to neutralize the missiles over time. It is difficult to imagine how this problem will play out. However, given our forecast on the fragmentation of Russia, it follows that this issue will have to be addressed, likely in the next decade. »

« Cela va créer la plus grande crise de la prochaine décennie. La Russie possède une force de frappe nucléaire massive répartie dans l'arrière-pays. Le déclin de la puissance de Moscou va ouvrir la question de savoir qui contrôle ces missiles et comment leur non-utilisation peut être garantie. Ce sera un test majeur pour les Etats-Unis. Washington est la seule puissance capable de régler le problème, mais il ne sera pas en mesure de prendre le contrôle du grand nombre de sites militairement et garantir qu'aucun missile ne sera tiré dans le processus. Les États-Unis devront soit inventer une solution militaire qui est difficile à concevoir aujourd'hui, soit accepter la menace de lancements voyous, soit essayer de créer un gouvernement stable et économiquement viable dans les régions concernées pour neutraliser les missiles au fil du temps. Il est difficile d'imaginer comment ce problème va se jouer. Cependant, compte tenu de nos prévisions sur la fragmentation de la Russie, il s’ensuit que cette question devra être posée, probablement dans la prochaine décennie. »

Comme on le voit à travers ce document, les autorités américaines ne sont plus autrement effrayées par la perspective d'une guerre atomique, qu'elles pensent pouvoir maîtriser avec un minimum de risques, une fois abattue la puissance économique de Moscou. Est-il besoin de préciser le danger immense que de telles analyses, basées fondamentalement sur des illusions, font courir à l'humanité ? Voir : Vers une guerre contre la Russie ?

Notre rapport envisage cependant la possibilité que la Russie parvienne à éviter le déclin, et même à se développer :

« Though we forecast the decline of Russia, Russia poses danger in the short term, particularly with its back against the wall economically. Moreover, whatever we forecast, the United States cannot be certain that Russia will decline and indeed, if it launches a successful expansionary policy (politically, economically or militarily), it may not decline. Therefore, the United States will take measures according to its imperative. It will try to build an alliance system outside of NATO, from the Baltics to Bulgaria, encompassing as many nations as possible. It will try to involve Turkey in the alliance and have it reach to Azerbaijan. It will deploy forces, proportional to the threat, in those countries. »

« Bien que nous prévoyions le déclin de la Russie, la Russie pose un danger à court terme, en particulier si elle se retrouve le dos au mur économiquement. De plus, malgré toutes nos prédictions, les Etats-Unis ne peuvent être certains que la Russie va décliner, et évidemment, si elle lance une politique expansionniste avec succès (politique, économique ou militaire), elle peut ne pas le faire. Par conséquent, les États-Unis devront prendre des mesures en fonction de leurs besoins. Ils devront essayer de construire un système d'alliance en dehors de l'OTAN, des pays baltes à la Bulgarie, englobant autant de nations que possible. Ils devront essayer de faire participer la Turquie dans l'alliance et l'étendre jusqu'à l'Azerbaïdjan. Il faudra déployer des forces, proportionnelles à la menace, dans ces pays. »

Il apparaît donc clairement que le but des États-Unis est d'obtenir la chute de la Russie, coûte que coûte, qu'elle tombe d'elle-même, ou qu'il faille organiser sa chute, par tous les moyens, y compris militaires. Le rapport paraît curieusement ne pas envisager de réaction violente de la part de la Russie ; les experts US croient-ils leur pays si invulnérable que personne n’oserait les attaquer ?

Quelle est la place de l'Europe dans cette stratégie ? Elle est évidemment celle d'une concurrente qu'il faut éliminer. Les liens économiques que les Etats européens sont susceptibles de tisser avec la Russie peuvent naturellement déboucher sur la constitution d'une superpuissance européenne, ce qu'il faut absolument éviter, et le rapport de Stratfor rappelle d'ailleurs que cela a été une constante dans la politique américaine tout au long du XXe siècle : pour les stratèges américains, l’intervention en Europe en 1944 n’avait nullement pour but de « délivrer » qui que ce soit, mais seulement d’empêcher la conquête de l’Allemagne entière par les Soviétiques.

« For a century, the United States has been concerned about the emergence of a hegemon in Europe, and in particular of either an accommodation between Germany and Russia or a conquest of one by the other. That combination, more than any other, might be able to muster a force — between German capital and technology and Russian resources and manpower — capable of threatening American interests. Therefore, in World War I, World War II and the Cold War, the United States was instrumental in preventing this from occurring. »

« Depuis un siècle, les États-Unis ont été préoccupés par l'émergence d'une puissance hégémonique en Europe, et en particulier soit d'une entente entre l'Allemagne et la Russie soit d’une conquête de l'un par l'autre. Cette combinaison, plus que tout autre, pourrait être en mesure de rassembler une force - entre les capitaux et la technologie allemande et les ressources russes avec leur main-d’œuvre - capable de menacer les intérêts américains. Par conséquent, durant la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide, les États-Unis ont joué un rôle dans la prévention de ce phénomène. »

Ce passage montre clairement que la volonté des États-Unis de ne pas se laisser se développer en Europe une véritable puissance capable de rivaliser avec eux a constitué une constante de leur politique depuis un siècle, et que la tactique a toujours été la même : diviser pour régner.

Cette vision de l'Europe est conforme aux concepts de la géopolitique anglo-saxonne développés par l’Anglais Halford Mackinder (1861-1947) qui a théorisé le principe qu’aucune puissance européenne ne devait unifier l’ensemble du continent eurasiatique (Europe et Russie) car le monde anglo-saxon n’y survivrait pas économiquement.

Les deux guerres mondiales menées par Londres et Washington avaient pour but d’empêcher l’Allemagne de concrétiser ce rêve. Le cœur géographique du continent eurasiatique, « la zone pivot » (Heartland) [PDF], ne doit pas s’étendre jusqu’aux mers chaudes. Toute la politique anglo-saxonne est de contrôler les « terres du bord » du continent eurasiatique (le Rimland) [PDF], selon le géopolitologue américain Nicholas Spykman (1893-1943), afin de contenir l’expansion de la puissance principale du continent européen : Allemagne autrefois, URSS et Russie aujourd’hui. Voir aussi : Ce qu'en pensent les experts

Il est certain qu'une unité politique de l’Europe, compte tenu de ses ressources tant du point de vue des populations, des talents, des connaissances, que des richesses naturelles, conduirait immanquablement à la construction d'une superpuissance qui serait la première du monde. C’est ici qu’apparaît l’utilité de la politique des « sanctions », prétendument dirigée contre la Russie seule : en fait, il s’agit surtout de piéger l’Allemagne, en lui cassant ses plus fortes perspectives de croissance ; la ruse est cousue de fil blanc : en contraignant cette dernière à « sanctionner » la Russie, les USA lui casse économiquement les ailes, en lui fermant la porte du plus vaste territoire où elle pourrait réellement se développer et accroître sa puissance ; or, l’Allemagne étant aujourd’hui le principal moteur de l’économie européenne, c’est évidemment l’Europe entière qui se voit ainsi privée de son plus gros potentiel de développement. Voir : La politique des sanctions.

Comment faire cependant pour que cette politique semble émaner de l’Europe elle-même et n’ait pas l’air d’être imposée par les USA ? La solution consiste à la faire porter sur la scène par des pays européens fortement dépendants de l’alliance américaine, ou en tout cas qui en attendent beaucoup, comme la Pologne ou les pays baltes. Ceux-ci reçoivent un statut d’allié privilégié en échange de leur prise en charge publique des intérêts américains, présentés comme les leurs propres. Ces Etats sont donc chargés de faire semblant de craindre sérieusement une agression russe, de manière à alimenter la propagande et justifier auprès de l’opinion publique européenne tout entière l’immixtion US dans les affaires de l’Europe de l’est.

« Poland will benefit from having a strategic partnership with the United States. Whenever a leading global power enters into a relationship with a strategic partner, it is in the global power's interest to make the partner as economically vigorous as possible, both to stabilize its society and to make it capable of building a military force. Poland will be in that position with the United States, as will Romania. Washington has made its interest in the region obvious. »

« La Pologne bénéficiera d'un partenariat stratégique avec les Etats-Unis. Chaque fois qu’une puissance mondiale de premier plan entre dans une relation avec un partenaire stratégique, il est dans l'intérêt de la puissance mondiale de fer de son partenaire une économie aussi vigoureuse que possible, à la fois pour stabiliser la société et pour le rendre capable de construire une force militaire. La Pologne sera dans cette position avec les États-Unis, tout comme la Roumanie. Washington a montré son intérêt pour cette région de manière évidente. »

On voit donc ici comment la Pologne (ainsi que la Lituanie et les pays baltes) est utilisée par les Américains dès aujourd'hui, mais le sera davantage demain, comme instrument géostratégique de division entre l'Allemagne et la Russie. Le principe consiste donc à intervenir sans cesse à l’intérieur des affaires européennes pour créer des divisions, utiliser les spécificités de chaque État pour entretenir des divergences d'intérêts dans le but de briser dans l’œuf toute tentative d'union politique sérieuse qui puisse déboucher sur la constitution d'une véritable puissance.

Résumons l’essentiel ; pour se maintenir au premier rang mondial au moins jusqu'à la moitié du XXIe siècle, les États-Unis ont pris les décisions suivantes :

1 - tenter par tous les moyens de démembrer la Russie, pour s'emparer à la fois des richesses naturelles de la Sibérie et de l'arsenal nucléaire ;

2 - empêcher à tout prix une union politique et économique trop forte entre l'Europe de l'Ouest et la Russie, pour qu'elles ne s'érigent pas en une entité politique capable de prendre le premier rang mondial ;

3 - créer une union militaire qui encercle la Russie européenne, depuis les Pays Baltes et jusqu'à l'Azerbaïdjan, en passant par la Pologne et la Roumanie ;

4 - se servir en particulier de la Pologne pour créer des divisions à l'intérieur de la communauté européenne.

Le but des USA est évidemment de se maintenir en tant que première puissance mondiale, de manière à être capable de faire face à la puissance future de la Chine ; dans cette stratégie, la place des Etats européens devra rester celle de puissances de second ordre, toujours divisés, toujours soumis à la pression des États-Unis, et n'ayant d'autre ressource que de se montrer dociles pour pouvoir profiter de leur protection. Voir : L'intervention des USA.

La seule question importante ici, et dans tout le rapport de Strategic Forecast, est uniquement la défense des intérêts géostratégiques américains, auxquels toutes les autres questions sont soumises ; il n’est nullement question en fait du droit des peuples, de défense des valeurs, ou tout autre considération morale ou même politique. Que tel ou tel pays soit ou non un Etat démocratique, que les peuples aspirent effectivement à tel ou tel avenir, tout cela n’a absolument aucune importance ; une des plus flagrantes preuves qui peut en être donné est l'absence absolue de scrupules du gouvernement US dans l'utilisation des mouvements d'extrême droite et néonazis dans le renversement du pouvoir en Ukraine; voir : L'extrême droite ukrainienne. La seule chose vraiment importante est que les USA se donnent les moyens de conserver leur leadership mondial, et en particulier le contrôle absolu de la situation en Europe. Pour se maintenir à leur degré de puissance, tant dans l’absolu que relativement aux puissances émergentes, il leur faut dépecer la Russie pour s’emparer de la Sibérie et de ses richesses, éliminer l’autre puissance nucléaire qu’elle est pour rester seuls maîtres du jeu militaire sur la planète, et maintenir la division entre les Européens pour qu’ils ne puissent pas s’ériger eux-mêmes en véritable puissance mondiale. Voir : Le néofascisme américain (article de John Pilger). 

On voit donc maintenant quelle est l'utilité de la crise ukrainienne à l'intérieur de ce plan : elle ne sert à rien d'autre qu'à déclencher sa mise en œuvre, et le sort de l'Ukraine, comme celui du Donbass ou de la Crimée, n'a en soi absolument aucune importance (Voir aussi : La constitution de la Crimée). L’Ukraine doit être coupée de la Russie, et détruite économiquement, parce qu’en tant qu’alliée traditionnelle de la Russie, elle peut lui apporter un certain potentiel de développement ; la Russie souffre en effet surtout d’un manque de population, et l’intégration de l’Ukraine avec ses 45 millions d’habitants dans la sphère russe pourrait permettre de résoudre en partie ce problème de sous-population. Couper l’Ukraine de la Russie, avec laquelle elle fait l’essentiel de son commerce, et dont elle dépend presque entièrement sur le plan industriel, revient à la tuer économiquement ; le prétendu rapprochement avec l’UE, présenté par les médias et les gouvernements occidentaux comme une panacée, n’est absolument rien d’autre qu’un leurre, un écran de fumée, derrière lequel on cache la réalité de la situation : il ne s’agit en fait de rien d’autre que de ruiner complètement l’Ukraine, pour casser le potentiel de développement de la Russie. Voir : La catastrophe ukrainienne.

De même, la diabolisation de Vladimir Poutine n’a pas d’autre objectif que de provoquer un sentiment antirusse chez les Européens, leur mettre dans la tête que la Russie est leur pire ennemi et représente un véritable danger dont seuls les USA pourraient les protéger, afin de maintenir l’Europe entière dans sa situation de vassalité. Voir : La stratégie de manipulation des masses. Car ce que montre bien le rapport de Strategic Forecast est qu’une Europe unie, une « Europe, Russie comprise », qui irait de l’Atlantique au Pacifique selon la vision de De Gaulle, deviendrait la première puissance du monde, et que dans ce cas, les USA à leur tour risqueraient de devenir les vassaux de cette puissance.

La seule vraie question qui se pose donc aux Européens aujourd’hui n’est absolument pas de savoir si Poutine est effectivement un méchant garçon qui aurait annexé la Crimée par surprise, elle est de savoir si les Etats Européens resteront indéfiniment des vassaux affaiblis et dispersés des USA, ou s’ils seront capables de prendre leurs intérêts communs en charge et former ensemble la première puissance du monde, seule condition qui leur permettra de défendre enfin eux-mêmes leurs propres intérêts.

De fait, concernant l’avenir de la Russie avec tout ce qu’elle représente en matière de développement économique, politique, militaire, scientifique, il y a trois solutions :

A – Le plan américain fonctionne : les USA démembrent la Russie, s’emparent de la Sibérie, récupèrent le potentiel nucléaire ainsi que les savants russes ; ils deviennent les seuls maîtres de la planète sur le plan militaire, et maîtrisent seuls l’espace. Ils ont les moyens d’imposer leurs lois au monde, et les Etats Européens sont définitivement marginalisés et vassalisés.

B – La Russie s’en sort avec l’aide de la Chine, dont elle se rapproche aujourd’hui à grands pas, et c’est cette dernière qui récupère la mise ; les USA sont brisés économiquement et marginalisés militairement par l’alliance Russie-Chine-Inde, ainsi que leurs alliés européens qui n’ont plus qu’à sombrer dans le sous-développement.

C – Les Européens prennent enfin conscience de la réalité de la situation, ils se décident à intégrer la Russie et à se doter d’un pouvoir fédéral fort ; ils forment alors la première puissance économique, militaire, scientifique du monde. Ils restent alliés avec les Américains, mais cette fois ce sont ces derniers qui jouent les seconds rôles.

Dans tous les cas, La première puissance du monde au XXI° siècle sera celle qui aura intégré la Russie. 

 

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La catastrophe ukrainienne

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La politique des sanctions

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La guerre civile

Vers une guerre contre la Russie

Les accords de Minsk 2

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L’assassinat de la Grèce, par James Petras.

1 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #Le grand banditisme, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La lutte des classes, #La mondialisation, #La République

L’asphyxie de Syriza fait partie intégrante d’un processus qui dure depuis dix ans en vue de l’élimination de la Grèce par l’UE.

Par James Petras – le 22 février 2015

 

by Dr. James Petras

Le gouvernement grec est aujourd’hui enfermé dans une lutte à mort face à l’élite qui domine les banques et les centres du pouvoir politique de l’Union Européenne.

Ce qui est en jeu, ce sont les conditions de vie de 11 millions de travailleurs, fonctionnaires et artisans grecs, ainsi que la viabilité de l’Union Européenne. Si le gouvernement de Syriza capitule face aux exigences des banquiers de l’Union Européenne et accepte de poursuivre la politique d’austérité, la Grèce sera alors condamnée à des décennies de régression, de misère et de domination coloniale. Si la Grèce décide de résister et si elle est contrainte de quitter l’Union Européenne, il lui faudra répudier une dette extérieure de 270 milliards d’euros, provoquant la chute des marchés financiers internationaux et l’effondrement de l’Union Européenne.

 

Les dirigeants européens : des fantoches impuissants

Les dirigeants de l’Union Européenne misent sur un reniement par les dirigeants de Syriza des promesses faites à l’électorat grec qui, au début du mois de février 2015, voulait, à une écrasante majorité (plus de 70 %), en finir avec l’austérité et le paiement de la dette, développer les investissements de l’état dans l’économie nationale et le développement social (Financial Times 7-8/2/15, p. 3). Les choix sont douloureux, leurs conséquences auront une portée historique mondiale. Les enjeux vont bien au-delà de l’aspect local, ou même régional à court terme. C’est à l’échelle mondiale que tout le système financier en sera affecté (FT 10/2/15, p. 2).

Bien au-delà de l’Europe, le non-remboursement de la dette va se propager à tous, débiteurs ou créanciers ; la confiance des investisseurs à l’égard de l’empire financier occidental sera ébranlée. Avant tout, toutes les banques occidentales ont des liens directs ou indirects avec les banques grecques (FT 2/6/15, p. 3). Quand ces dernières s’effondreront, elles seront profondément affectées au-delà de ce que leurs gouvernements peuvent supporter. L’intervention massive de l’état sera à l’ordre du jour. Le gouvernement grec n’aura plus alors d’autre choix que de prendre le contrôle de l’ensemble du système financier… l’effet domino affectera en premier lieu l’Europe du Sud puis se propagera aux “régions dominantes” du nord ainsi qu’à l’Angleterre et à l’Amérique du Nord (FT 9/2/15, p. 2).

Afin de comprendre les origines de ces crises et des choix auxquels la Grèce et l’Union Européenne sont confrontées, il est nécessaire de passer rapidement en revue les développements économiques et politiques des trois dernières décennies. Nous procéderons en examinant les relations grecques et européennes entre les années 1980 et 2000, puis la crise actuelle et l’intervention européenne dans l’économie grecque. Dans la section finale, nous discuterons de l’ascension et de l’élection de Syriza et de sa soumission grandissante dans le contexte 0de domination et d’intransigeance de l’Union Européenne, mettant en évidence la nécessité d’une cassure radicale avec les anciennes relations de ‘seigneur à vassal’.

Histoire ancienne : la fondation de l’empire européen

En 1980 la Grèce fut admise dans la Communauté économique européenne (CEE) comme un état vassal de l’empire émergent franco-allemand. Avec l’élection d’Andreas Papandréou, chef du parti panhellénistique socialiste grec qui disposait d’une majorité absolue au Parlement, l’espoir d’un changement radical dans les affaires intérieures et extérieures se faisait jour. 1/ En particulier, pendant la campagne électorale, Papandréou avait promis la sortie de l’OTAN et de la CEE, l’annulation des accords autorisant les États-Unis à maintenir des bases militaires en Grèce et une économie fondée sur la “propriété sociale” des moyens de production. Après avoir été élu, Papandréou a immédiatement assuré à la CEE et à Washington que son gouvernement resterait au sein de la communauté européenne et de l’OTAN et renouvelé les accords sur les bases militaires des États-Unis. Des études, commandées par le gouvernement au début des années 80, montrant les résultats à moyen et long terme du maintien de la Grèce dans la CEE, notamment la perte de contrôle du commerce, des budgets et des marchés, ont été ignorées par Papandréou qui a choisi de sacrifier l’indépendance politique et l’autonomie économique sur l’autel des transferts de fonds à grande échelle, des prêts et des crédits venant de la CEE. Depuis son balcon, Papandréou a parlé aux masses d’indépendance, de justice sociale, alors qu’il conservait des liens avec les banquiers européens et les oligarques grecs, armateurs comme banquiers. L’élite européenne à Bruxelles et les oligarques grecs à Athènes ont gardé la mainmise sur les hautes sphères du système politique et économique de la Grèce.

Papandréou a conservé les pratiques de clientélisme politique mises en place par les précédents gouvernements de droite, remplaçant uniquement les fonctionnaires de droite par des membres du parti PASOK.

La CEE a balayé la rhétorique radicale bidon de Papandréou et s’est focalisée sur le fait qu’elle achetait le contrôle et la soumission de l’état grec en finançant un régime clientéliste corrompu, qui détournait les fonds des projets de développement de la compétitivité économique grecque au profit d’un système de favoritisme fondé sur une consommation accrue.

Les élites européennes savaient, au final, que la mainmise financière sur l’économie leur permettrait de dicter la politique grecque et de la garder au sein de l’empire européen émergent.

En dépit de la rhétorique démagogique “tiers-mondiste” de Papandréou, la Grèce était profondément ancrée au sein de l’Union Européenne et de l’OTAN. Entre 1981 et 1985, Papandréou a rejeté sa rhétorique socialiste en faveur d’une augmentation des dépenses sociales pour les réformes de l’aide sociale, l’augmentation des salaires, des pensions et de la couverture de santé, tout en renflouant les entreprises en faillite économique mises à terre par des capitalistes kleptocrates. Résultat, tandis que le niveau de vie augmentait, la structure économique de la Grèce ressemblait toujours à celle d’un état vassal fortement dépendant de la finance de l’Union Européenne, des touristes européens, et à une économie de rente basée sur l’immobilier, la finance et le tourisme.

Papandréou a consolidé le rôle de la Grèce comme avant-poste vassalisé de l’OTAN, une plate-forme pour une intervention militaire américaine au Moyen-Orient et en Méditerranée orientale doublée d’un marché pour les produits manufacturés d’Allemagne et d’Europe du Nord.

D’octobre 1981 à juillet 1989 la consommation grecque a augmenté tandis que la productivité stagnait. Papandréou a remporté les élections en 1985 en utilisant les fonds de la CEE. Pendant ce temps la dette grecque européenne s’envolait… Les dirigeants de l’UE ont condamné la mauvaise utilisation des fonds par la vaste armée de kleptocrates de Papandréou mais pas trop bruyamment. Bruxelles reconnaissait que Papandréou et le PASOK représentaient le meilleur moyen pour museler l’électorat radical grec et garder la Grèce sous tutelle de la CEE et comme fidèle vassal de l’OTAN.

Des leçons pour Syriza : les réformes à court terme et la stratégie vassaliste du PASOK

Qu’il soit dans le gouvernement ou en dehors, le PASOK a suivi les traces de son adversaire de droite (Nouvelle Démocratie) en acceptant la camisole de force de l’OTAN-CEE. La Grèce a continué à maintenir les dépenses militaires par habitant au niveau le plus élevé de tous les membres européens de l’OTAN. Résultat, la Grèce a reçu prêts et crédits pour financer des réformes sociales à court terme et la corruption à grande échelle à long terme, tout en élargissant l’appareil politique de l’état-parti.

Avec l’ascension du premier ministre ouvertement néolibéral Costas Simitis en 2002, le régime du PASOK a manipulé les comptes, fabriqué des données gouvernementales sur son déficit budgétaire, avec l’aide des banques d’investissement de Wall Street, et est devenu un membre de l’Union Monétaire Européenne. En adoptant l’euro, Simitis a favorisé une plus grande subordination financière de la Grèce aux fonctionnaires européens non élus de Bruxelles, dominés par le ministère allemand des finances et les banques.

Les oligarques grecs ont fait de la place au sommet pour une nouvelle espèce d’élite kleptocratique issue du PASOK, qui a détourné des millions sur les achats militaires, commis des fraudes bancaires et s’est livrée à une évasion fiscale massive.

Les élites bruxelloises ont permis à la classe moyenne grecque de vivre l’illusion d’être des “européens prospères” car elles conservaient une influence décisive à travers les prêts et l’accumulation des dettes.

Une fraude bancaire à grande échelle – trois cent millions d’euros – a même impliqué le bureau de l’ex-premier ministre Papandréou.

Les relations clientélistes à l’intérieur de la Grèce n’avaient d’égales que les relations clientélistes entre Bruxelles et Athènes.

Même avant le krach de 2008 les créanciers de l’UE, banquiers privés et prêteurs officiels, fixaient les paramètres de la politique grecque.

Le krach mondial révéla les fondations fragiles de l’état grec – et conduisit directement à l’intervention directe et brutale de la Banque Centrale Européenne, du Fonds Monétaire International et de la Commission Européenne – la tristement célèbre « Troïka ». Cette dernière a imposé les politiques « d’austérité » comme condition du “sauvetage”, qui ont dévasté l’économie, provoquant une crise économique majeure, appauvrissant plus de 40% de la population, réduisant les revenus de 25% et générant 28% de chômage.

La Grèce : captivité par invitation

Prisonnière de l’UE politiquement et économiquement, la Grèce était impuissante au plan politique. Mis à part les syndicats qui ont lancé trente grèves générales entre 2009 et 2014, les deux principaux partis, PASOK et Nouvelle Démocratie, ont amené la prise de contrôle par l’UE. La dégénérescence du PASOK en un appendice de l’UE constitué d’oligarques et de vassaux collaborateurs a vidé de son sens la rhétorique ‘socialiste’. Le parti de droite Nouvelle Démocratie a renforcé et rendu plus profonde encore la mainmise de l’UE sur l’économie grecque. La Troïka a prêté à son vassal grec des fonds (“de sauvetage”) qui furent utilisés pour rembourser les oligarques financiers allemands, français et anglais et renforcer les banques privées grecques. La population grecque était ‘affamée’ par les politiques “d’austérité” destinées à maintenir le flot des remboursements sortant vers le haut.

L’Europe : Union ou Empire ?

La crise de L’Union Européenne de 2008/2009 eut plus d’impact sur ses maillons faibles, l’Europe du Sud et l’Irlande. L’Union Européenne a révélé sa véritable nature d’empire hiérarchique, dans lequel les états puissants, l’Allemagne et la France, pouvaient ouvertement et directement contrôler l’investissement, le commerce, les politiques monétaires et financières. Le “sauvetage” de la Grèce tant vanté par l’UE était en fait le prétexte pour imposer de profonds changements structurels. Ceux-ci incluaient la dénationalisation et la privatisation de tous les secteurs économiques stratégiques, les remboursements de dettes perpétuels, les diktats étrangers sur les politiques de revenus et d’investissements. La Grèce a cessé d’être un état indépendant : elle a été totalement et absolument colonisée.

Les crises perpétuelles de la Grèce : la fin de “l’illusion européenne”

L’élite grecque et, au moins depuis 5 ans, la plupart des électeurs, ont cru que les mesures régressives (“austérité”) adoptées – les licenciements, les coupes budgétaires, les privatisations, etc., étaient des traitements amers de courte durée qui mèneraient rapidement à une réduction de la dette, à l’équilibre budgétaire, à de nouveaux investissements, à la croissance et au redressement. Du moins, c’est ce que leur disaient les experts économiques et les dirigeants de Bruxelles.

En réalité, la dette a augmenté, la spirale descendante de l’économie s’est poursuivie, le chômage s’est amplifié, la dépression s’est aggravée. “L’austérité” était une politique de classe instaurée par Bruxelles pour enrichir les banquiers étrangers et piller le secteur public grec.

La clé du pillage par l’UE a été la perte de la souveraineté grecque. Les deux partis majoritaires, Nouvelle Démocratie et le PASOK, en étaient des complices actifs. Malgré un taux de chômage de 55% chez les 16-30 ans, la coupure de l’électricité de 300 000 foyers et un exode de masse (plus de 175 000), l’UE (comme on pouvait le prévoir) a refusé d’admettre que le plan d’”austérité” avait échoué à redresser l’économie grecque. La raison pour laquelle l’UE s’obstinait dans cette “politique ayant échoué” résidait dans le fait qu’elle bénéficiait du pouvoir, des privilèges et des profits du pillage et de sa suprématie impériale.

De plus, la reconnaissance par l’élite de Bruxelles de son échec en Grèce aurait probablement pour résultat qu’il lui serait demandé de reconnaître également ses échecs dans le reste de l’Europe du Sud et au-delà, y compris en France, en Italie et chez d’autres membres clés de l’UE (Economist 17/1/15, p. 53). Les élites dirigeantes, financières et entrepreneuriales, d’Europe et des USA ont prospéré par les crises et la dépression, en imposant des coupes budgétaires dans les secteurs sociaux, les salaires et les traitements. Admettre un échec en Grèce aurait des répercussions en Amérique du Nord et en Europe, remettant en question leurs politiques économiques, leur idéologie et la légitimité des dirigeants. La raison pour laquelle tous les régimes de l’UE soutiennent l’insistance de l’UE à ce que la Grèce continue à respecter cette politique “d’austérité” manifestement perverse et rétrograde et impose des “réformes structurelles” réactionnaires, est que ces mêmes gouvernants ont sacrifié le niveau de vie de leur propre population active au cours des crises économiques (FT 13/2/15, p. 2).

Les crises économiques, de 2008/2009 jusqu’à aujourd’hui (2015), demandent toujours de durs sacrifices pour perpétuer les profits des classes dirigeantes et financer les subventions publiques des banques privées. Toutes les institutions financières majeures – la BCE, la Commission Européenne et le FMI – suivent la même ligne : aucune contestation ou écart ne sera toléré. La Grèce doit accepter les diktats de l’UE ou faire face à d’énormes représailles financières. “Etranglement économique ou servage perpétuel envers la dette” est la leçon que Bruxelles envoie à tous les états membres de l’UE. Alors que, ostensiblement, elle parle à la Grèce – c’est un message destiné à tous les états, mouvements d’opposition et syndicats qui mettraient en question les diktats de l’oligarchie bruxelloise et de ses suzerains allemands.

Tous les principaux médias et grands pontes de l’économie ont servi de mégaphone aux oligarques de Bruxelles. Le message répété sans cesse par les libéraux, conservateurs et sociaux démocrates aux nations persécutées, aux travailleurs dont les revenus baissent, qu’ils soient salariés ou payés à la tâche, ainsi qu’aux petits entrepreneurs, est qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter des mesures rétrogrades, taillant dans le vif de leurs conditions de vie (les “réformes”) s’ils veulent espérer la ‘reprise économique’ – qui, bien sûr, n’a pas eu lieu depuis cinq ans !

La Grèce est devenue la cible principale des élites économiques en Europe car les grecs sont passés de manifestations sans conséquence au pouvoir politique. L’élection de Syriza, sur la base d’une souveraineté convalescente, rejetant l’austérité et redéfinissant ses relations avec les créditeurs en faveur d’un développement national marque les prémices d’une éventuelle confrontation à l’échelle du continent.

L’ascension de Syriza : héritage douteux, luttes de masse et promesses radicales (non tenues)

La croissance de Syriza, d’une alliance de petites sectes marxistes en un parti électoral de masse, est largement due à l’incorporation de millions de fonctionnaires des classes moyennes, de retraités et de petits entrepreneurs. Beaucoup soutenaient le PASOK auparavant. Ils ont voté Syriza pour retrouver leurs conditions de vie et la stabilité de l’emploi de la précédente période de “prospérité” (2000-2007) qu’ils avaient obtenue au sein de l’UE. Le rejet total du PASOK et de la Nouvelle Démocratie fut l’aboutissement de 5 années de profondes souffrances qui auraient pu provoquer une révolution dans un autre pays. Leur radicalisme commença par des manifestations, des marches, et des grèves qui furent autant de tentatives de pression sur les régimes de droite pour qu’ils changent le cap de l’UE et que cesse l’austérité tout en restant au sein de l’UE.

Ce secteur de SYRIZA est ‘radical’ en ce qu’il oppose le conformisme présent à la nostalgie du passé – le temps des vacances à Londres et Paris financées par l’euro, du crédit facile pour acheter voitures et mets importés, pour ‘se sentir moderne’ et ‘européen’ et parler anglais !

La politique de Syriza reflète, en partie, cette part ambigüe de son électorat. D’un autre côté, Syriza s’est assuré le vote des jeunes radicaux, chômeurs et travailleurs, qui n’ont jamais fait partie de la société de consommation et qui ne s’identifient pas à “l’Europe”. Syriza s’est imposé comme un parti de masse en moins de 5 ans et ses sympathisants comme ses dirigeants reflètent un haut degré d’hétérogénéité.

La branche la plus radicale, idéologiquement, est représentée principalement par des groupes marxistes qui à l’origine se sont regroupés pour former un parti. La branche des jeunes chômeurs s’y est jointe suite aux émeutes contre la police déclenchées par l’assassinat d’un jeune activiste lors des premières années de la crise. La troisième vague est composée en majorité de milliers de fonctionnaires licenciés et de retraités qui ont souffert de larges coupes dans leurs pensions sur ordre de la troïka en 2012. La quatrième vague représente les membres de l’ex PASOK qui ont fui le naufrage d’un parti en faillite.

La gauche de Syriza se trouve principalement dans la base populaire et parmi les dirigeants des mouvements locaux issus des classes moyennes. Les grands dirigeants de Syriza qui tiennent les postes-clés sont des universitaires, dont certains étrangers. Beaucoup sont des membres récents voire ne sont même pas membres du parti. Peu d’entre eux ont pris part aux luttes de masse – et beaucoup n’ont que peu de liens avec les militants de base. Ils sont les plus enclins à signer un “accord” trahissant des grecs appauvris.

Depuis que Syriza a remporté les élections en 2015, le parti a commencé à enterrer son programme initial de changements structurels radicaux (socialisme) et à adopter des mesures visant à s’adapter aux intérêts du secteur des affaires grec. Tsipras a parlé de la “négociation d’un accord” dans le cadre d’une Union Européenne dominée par les allemands. Tsipras et son ministre des finances ont proposé de renégocier la dette, l’obligation de payer et 70% des réformes ! Quand un accord a été signé, ils ont complètement capitulé !

Pendant un court moment, Syriza a maintenu une position double : “s’opposer” à l’austérité et parvenir à un accord avec ses créanciers. Cette politique “réaliste” reflète les positions des nouveaux ministres universitaires, des anciens membres du PASOK et de la classe moyenne qui s’enfonce. La rhétorique et les postures radicales de Syriza sont révélatrices de la pression des chômeurs, de la jeunesse et de la masse pauvre, qui seraient ceux qui auraient à perdre si un accord de paiement aux créanciers était négocié.

Union Européenne – SYRIZA : les concessions avant la lutte ont mené à la reddition et à la défaite

La “dette grecque” n’est pas vraiment une dette des grecs. Les créanciers institutionnels et les banques européennes ont prêté sciemment et à grand risque de l’argent à des kleptocrates, des oligarques et des banquiers qui en ont siphonné la plus grande partie dans des comptes en Suisse, dans de l’immobilier de grand standing à Londres et à Paris, activités incapables de générer des revenus afin de rembourser la dette. En d’autres termes, la dette est en grande partie illégitime et a été mise à tort sur le dos des grecs.

Syriza, depuis le début des “négociations”, n’a pas remis en question la légitimité de la dette ni identifié les catégories spécifiques de personnes et les entreprises qui devraient la payer.

De plus, pendant que Syriza contestait la politique “d’austérité”, il ne remettait pas en cause les organisations et les institutions européennes qui l’imposaient.

Depuis ses débuts, Syriza a accepté l’adhésion à l’Union Européenne. Au nom du “réalisme”, le gouvernement Syriza a accepté de payer la dette ou une partie de celle-ci comme base de négociation.

Structurellement, Syriza a développé une direction très centralisée dans laquelle toutes les décisions majeures sont prises par Alexis Tsipras, ce qui limite l’influence des militants de base radicalisés. Cela a facilité les “compromis” avec l’oligarchie de Bruxelles qui vont à l’encontre des promesses de campagne et qui peuvent mener à la perpétuelle dépendance de la Grèce aux dirigeants et créanciers de l’UE.

De plus, Tsipras a resserré la discipline au sein du parti au lendemain de son élection, s’assurant qu’aucun compromis douteux ne ferait l’objet d’un quelconque débat public ou d’une révolte extra-parlementaire.

L’Empire contre le succès démocratique grec

 

Lors des élections parlementaires grecques, probablement les plus importantes depuis la seconde guerre mondiale, les travailleurs grecs ont défié une incroyable campagne médiatique de peur et ont voté massivement pour le parti de gauche, anti-austérité, SYRIZA.

Dès l’instant où Syriza a reçu un mandat démocratique, l’élite de l’UE a suivi la route autoritaire typique de tous les monarques impériaux. Elle a exigé de Syriza (1) une reddition inconditionnelle, (2) le maintien des structures, politiques et pratiques du précédent régime vassal de coalition (PASOK-Nouvelle Démocratie) (3) que Syriza suspende toute réforme sociale, (augmentation du salaire minimum, augmentation des dépenses dans le secteur des retraites, de la santé, de l’éducation et de la lutte contre le chômage) (4) que SYRIZA se plie aux directives économiques strictes et à la supervision développées par la “troïka” (la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne, et le Fonds Monétaire International) (5) que SYRIZA conserve l’objectif actuel d’excédent budgétaire primaire de 4,5% du PIB en 2015-2017.

Pour renforcer sa stratégie de strangulation du nouveau gouvernement, Bruxelles a menacé de couper brusquement toutes les facilités de crédit présentes et futures, de réclamer tous les paiements de dette, de mettre fin à l’accès aux fonds d’urgence, et de ne pas soutenir les obligations bancaires grecques – lesquelles fournissent les prêts aux entreprises locales.

Bruxelles offre à Syriza la funeste “solution” de commettre un suicide politique en acceptant le diktat qui lui est imposé, s’aliénant ainsi son électorat. En trahissant son mandat, Syriza se confronterait à des manifestations de colère populaire. En rejetant le diktat de Bruxelles et en mobilisant son électorat, Syriza pourrait chercher de nouvelles sources de financement, en imposant un contrôle des capitaux et en s’orientant vers une « économie d’urgence » radicale.

Bruxelles s’est retranché sur ses positions et a fait la sourde oreille aux premières concessions de Syriza, préférant interpréter celles-ci comme une avancée vers une capitulation totale, au lieu d’y voir des efforts pour parvenir à un “compromis”.

Syriza a déjà abandonné ses demandes d’effacement de grandes parts de la dette, en faveur d’une extension de la période de recouvrement de celle-ci. Syriza a accepté de continuer à payer ses échéances, du moment qu’elles soient liées au taux de croissance économique. Syriza accepte la supervision de l’UE, tant qu’elle n’est pas menée par la “troïka” honnie, laquelle a des connotations toxiques pour la plupart des grecs. Malgré tout, les changements sémantiques ne changent pas la substance de la “souveraineté limitée”.

Syriza a déjà accepté une dépendance structurelle à moyen et long terme dans le but de s’assurer le temps et la marge de manœuvre nécessaires afin de financer ses programmes populaires à court terme. Tout ce que Syriza demande c’est un minimum de flexibilité fiscale sous la supervision de “radicaux” ayant la qualité de ministre des finances allemand !

Syriza a temporairement suspendu les privatisations en cours de secteurs clés de l’infrastructure (infrastructures portuaires et aéroportuaires), de l’énergie et des télécommunications. Cependant, elle n’y a pas mis fin, ni révisé les privatisations passées. Mais pour Bruxelles, la “liquidation” des lucratifs secteurs stratégiques grecs est une partie essentielle de son agenda de “réformes structurelles”.

Les propositions modérées de Syriza et ses efforts pour opérer dans le cadre structurel de l’UE établi par les précédents gouvernements vassaux ont été rejetés par l’Allemagne et ses 27 larbins de l’UE.

L’affirmation dogmatique de politiques extrémistes, ultra néolibérales de l’UE, y compris le démantèlement de l’économie nationale grecque et le transfert des secteurs les plus lucratifs dans les mains d’investisseurs impériaux, est répétée dans les pages de tous les principaux quotidiens. Le Financial Times, le Wall Street Journal, le New York Times, le Washington Post, le Monde sont des armes de propagande de l’extrémisme de l’Union Européenne. Confronté à l’intransigeance de Bruxelles et face au ‘choix historique’ de la capitulation ou de la radicalisation, Syriza a essayé de persuader des gouvernements clés. Syriza a tenu de nombreuses réunions avec des ministres de l’UE. Le premier ministre Alexis Tsipras et le ministre des finances Yanis Varoufakis sont allés à Paris, Londres, Bruxelles, Berlin et Rome pour chercher un accord de ‘compromis’. Cela n’a servi à rien. L’élite bruxelloise martelait sans relâche :

La dette devra être payée entièrement et dans les temps.

La Grèce devrait restreindre ses dépenses pour accumuler un surplus de 4,5% ce qui assurerait les paiements aux créanciers, aux investisseurs, spéculateurs et kleptocrates.

Le manque de toute flexibilité économique de l’Union Européenne, comme de toute disposition à accepter le moindre compromis, est une décision politique : humilier et détruire la crédibilité de SYRIZA en tant que gouvernement anti-austérité aux yeux de ses soutiens nationaux et de ceux qui seraient susceptibles de l’imiter à l’étranger, en Espagne, en Italie, au Portugal ou en Irlande (Economist1/17/15, p. 53).

Conclusion

 

Yánis Varoufákis and Aléxis Tsípras (Voltaire)

L’étranglement de Syriza fait partie intégrante du processus, long de 10 ans, visant à l’assassinat de la Grèce par l’Union Européenne. Une réponse brutale à la tentative héroïque d’un peuple entier, projeté dans la misère, condamné à être dirigé par des conservateurs kleptocrates et des sociaux-démocrates.

Les empires ne se défont pas de leurs colonies par des arguments raisonnables ni par la faillite de leurs “réformes” régressives.

L’attitude de Bruxelles envers la Grèce est guidée par la politique du “diriger ou ruiner”. “Sauvetage” est un euphémisme pour recycler les financements, traversant la Grèce et retournant aux banques contrôlées par la zone euro, pendant que les travailleurs et salariés grecs sont accablés par une dette toujours plus importante et une domination durable. Le “plan de sauvetage” de Bruxelles est un instrument de contrôle par des institutions impériales, qu’elles s’appellent “troïka” ou autre.

Bruxelles et l’Allemagne ne veulent pas de membres contestataires, ils peuvent néanmoins condescendre à faire de petites concessions afin que le ministre des finances Varoufakis puisse revendiquer “une victoire partielle” – une comédie grotesque ayant pour euphémisme “rampez ! Sinon…”

Le plan de sauvetage sera décrit par Tsipras-Varoufakis comme étant “nouveau” et “différent” des accords passés ou encore comme un repli “temporaire”. Les allemands peuvent “accorder” à la Grèce de réduire son excédent de budget primaire de 4,5 à 3,5% ‘l’an prochain’ – mais elle devra toujours réduire les fonds destinés à stimuler l’économie et “reporter” la hausse des retraites, des salaires minimums…

Les privatisations et autres réformes régressives ne s’arrêteront pas, elles seront “renégociées”. L’état ne gardera qu’une “part” minoritaire.

On demandera aux ploutocrates de payer quelques taxes supplémentaires mais pas les milliards d’euros d’impôts non payés au cours des dernières décennies.

De même les kleptocrates du Pasok-  Nouvelle Démocratie ne seront pas poursuivis en justice pour pillage et vol.

Les compromis de SYRIZA démontrent que la définition délirante donnée par la droite (the Economist, Financial Times Times, NY Times, etc.) de Syriza comme appartenant à la “gauche dure”, ou ultra-gauche n’est nullement fondée sur la réalité. Car “l’espoir pour l’avenir” de l’électorat grec pourrait à présent virer à la colère. Seule une pression populaire peut inverser l’apparente capitulation de Syriza, et les infortunés compromis du ministre des finances Varoufakis. Comme celui-ci manque de soutien dans son parti, Tsipras peut facilement le démettre pour avoir signé un “arrangement” qui sacrifie les intérêts fondamentaux du peuple.

Cependant, si, dans les faits, le dogmatisme de l’Union Européenne et son intransigeance excluent même les accords les plus favorables, Tsipras et Syriza (contre leur volonté) pourraient être forcés de quitter l’Empire de l’Euro et faire face au défi de bâtir une politique et une économie vraiment nouvelles et radicales, en tant qu’état libre et indépendant.

Une sortie réussie de la Grèce de l’empire germano-bruxellois entraînerait probablement la dissolution de l’UE, car d’autres états vassaux se rebelleraient et suivraient l’exemple grec. Ils renieraient non seulement l’austérité mais aussi leurs dettes extérieures et le paiement éternel des intérêts. L’empire financier tout entier – le prétendu système financier mondial pourrait être ébranlé… La Grèce pourrait redevenir le “berceau de la démocratie”.

 

Post-scriptum : Il y a trente ans, je fus un participant actif et un conseiller pendant trois ans (de 1981 à 1984), du premier ministre Papandréou. Tout comme Tsipras, il a commencé avec des promesses de changement radical et a fini par capituler devant Bruxelles et l’OTAN, se rangeant aux côtés des oligarques et des kleptocrates au nom de “compromis pragmatiques”. Espérons que face à une révolte de masse, le premier ministre Alexis Tsipras et Syriza prendront un tout autre chemin. L’Histoire n’est pas obligée de se répéter comme une tragédie ou une farce.

[1] Le compte-rendu du régime d’Andreas Papandreou s’appuie sur mon expérience personnelle, des interviews et des observations et sur mon article (écrit en collectif) “Socialisme grec : L’état patrimonial revisité” paru dans Paradoxes méditerranéens : la structure politique et sociale de l’Europe du Sud, James Kurth et James Petras (Oxford : presse de Berg 1993/ pp. 160-224)

 

Source : James Petras, My Catbird Seat, le 22/02/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 
 

 

4 réponses à L’assassinat de la Grèce, par James Petras

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"Il y a une volonté délibérée de cacher ce qui se passe au Venezuela"

1 Avril 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #La France, #Les transnationales, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Europe supranationale, #La guerre

31 mars 2015

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Le président des États-Unis, Barack Obama, vient de publier un décret qui déclare le Venezuela comme étant « une menace inhabituelle et extraordinaire » pour son pays...Afin d'apporter un éclairage sur les faits et la portée de ces déclarations, Investig'Action offre à ses lecteurs une interview exclusive de Son Excellence Antonio Garcia, Ambassadeur de la République Bolivarienne du Venezuela pour le Royaume de Belgique, le Luxembourg et l’Union Européenne.

 



Nous venons de voir certains parlementaires de la droite européenne voter, le 12 mars, une résolution qui condamne fermement le Venezuela et qui présente les leaders de l’opposition vénézuélienne, Leopoldo López et Antonio Ledesma, comme des victimes, une déclaration qui ne dit pas un mot des preuves impliquant certains de ces personnages dans une tentative de coup d’État. Ces mêmes parlementaires ont par contre refusé d’accorder le même statut aux victimes des guarimbas* qui eurent lieu l’an passé et se refusent à reconnaître les faits concernant la tentative de Coup d’État du 12 février de cette année. Comment analysez-vous cette attitude de deux poids deux mesures de la part des parlementaires européens, attitude qui coïncide et s’aligne totalement sur la position nord-américaine ?

Si un mandat d’amener a été émis par les tribunaux compétents c’est parce que des éléments à charge, en nombre suffisant, existent. Nous croyons qu’il en est ainsi parce que le Venezuela est un pays de Droit et la Cour Suprême de Justice a instruit avec un sérieux extrême toutes les causes qui lui ont été soumises, et pas seulement le dernier, mais la totalité des dossiers. Je vous donne un exemple : il y a peu, un manifestant lié à l’opposition a été assassiné. Nous avons déploré et condamné ce fait malheureux. En réalité, nous l’avons condamné un très grand nombre de fois. Bien ; aussitôt, les pouvoirs publics se sont emparés de cette affaire : le Procureur a ouvert une instruction, le Juge a lancé un mandat d’arrêt et, aujourd’hui, ce fonctionnaire, membre des forces de l’ordre, est sous le coup d’une inculpation et se trouve en détention. Nos institutions démocratiques ont fait la démonstration qu’elles travaillent avec sérieux et qu’elles respectent la loi et l’État de Droit. Mais voilà, les États-Unis veulent cacher et taisent le fait, par exemple, que les 43 victimes de l’année dernière, dans leur grande majorité, plus de 90 %, étaient de simples passants, pas des manifestants. Et ces 43 morts furent la conséquence directe des guarimbas violentes organisées par les groupes extrémistes qui agissent au Venezuela.

Nous savons que les États-Unis et l’Union Européenne, depuis toujours, se servent d’une rhétorique fondée sur la défense des Droits de l’Homme... Cependant, ces discours sont en contradiction avec la réalité, avec, par exemple, le soutien constant qu’ils apportent à des groupes animés par une idéologie extrémiste dans des pays comme la Libye, la Syrie ou l’Ukraine. On peut dire que ce discours vise à préserver leurs intérêts et on n’a jamais pu démontrer son efficacité pour la défense des Droits de l’Homme dans les pays concernés.

C’est ainsi. Ni l’empire nord-américain ni les groupes de droite au Parlement Européen n’ont fait la moindre mention du vil assassinat du jeune député vénézuélien Robert Serra, assassinat commis par des sicaires colombiens dument identifiés. Ils ne mentionnent pas davantage lesplans terroristes abominables de Laurent Saleh, le leader des manifestations violentes, qui visaient des banques, des écoles, des organismes publics et privés... comme cela est prouvé par des vidéos.

Personne ne mentionne le fait que 10 militaires des forces aériennes du Venezuela sont actuellement sous les verrous et sous le coup d’une inculpation suite à leur implication dans la tentative du Coup d’État prévue pour le 12 février, qui prévoyait le bombardement par un avion militaire de certains centres névralgiques tels que Telesur, le Conseil National Électoral... et qui, fatalement, aurait provoqué de nombreuses victimes.

Lorsque ces bombes éclatent au milieu de la population civile, elles ne font pas la différence entre les partisans et les opposants au gouvernement. Dans n’importe quel pays du monde, si 10 militaires sont traduits en justice pour tentative de Coup d’État, cela fait les gros titres de tous les médias. Oui, au Venezuela comme dans le monde entier. Mais non, nous ne voyons rien de cela à l’étranger parce qu’il y a une volonté délibérée de cacher ce qui se passe véritablement au Venezuela.

Ce décret de l’empire des États-Unis qui déclare le Venezuela « menace inhabituelle et extraordinaire » pour leur sécurité nationale est la preuve que les États-Unis sont derrière la tentative de Coup d’État au Venezuela et qu’ils continueront d’essayer de renverser un gouvernement démocratique comme le nôtre. C’est pourquoi je veux profiter de cet entretien pour vous remercier de nous permettre de témoigner de la réalité dans notre pays et d’expliquer ce qui s’y passe réellement.

On peut dire que ce décret apporte en quelque sorte la preuve du déclin des États-Unis et de leur exaspération, d’une part face aux avancées des pays émergents, au plan international, et, d’autre part, face au renforcement des pays d’Amérique Latine, au plan régional. Mais cette situation est aussi le fruit de l’extraordinaire vision géopolitique de Hugo Chávez, fondée sur la défense d’un monde multipolaire...

Tout à fait. Je partage ton point de vue. Ce sont les défaites importantes que le peuple du Venezuela a infligées à ces tentatives de Coup d’État depuis que le Président Chávez a été élu président qui ont conduit l’empire des États-Unis à se retrouver de plus en plus isolé, désespéré, et à adopter cette conduite schizophrénique à l’encontre du Venezuela et essentiellement à l’encontre de son peuple. Parce que lorsque les États-Unis mettront en œuvre leurs prochaines actions contre le Venezuela, par exemple en décrétant un blocus ou en nous attaquant militairement, ils ne vont pas faire de distinction entre ceux qui sont favorables au gouvernement et ses opposants. C’est tout le peuple du Venezuela qui en supportera les conséquences. Nous avons déjà mis en garde à ce propos lorsque les États-Unis ont décidé des sanctions contre des fonctionnaires vénézuéliens, en décembre 2014. La droite, chez nous, prétendit alors que ces sanctions étaient dirigées contre des individus et non contre le pays, mais nous avons démontré que c’était faux. Nous avons expliqué qu’après les sanctions nous connaîtrions l’escalade des plans d’intervention au Venezuela sous une forme ou une autre. Et c’est exactement ce à quoi nous assistons. Et c’est pourquoi nous voulons le dénoncer et attirer l’attention de la communauté internationale sur la réalité de cette situation.

Je voudrais terminer en vous remerciant à nouveau et en lançant un appel à vos lecteurs pour qu’ils signent cette pétition internationale qui exige du président Obama l’abrogation de ce décret déshonorant.

LE VENEZUELA N’EST PAS UNE MENACE, NOUS SOMMES UN ESPOIR

* (NdT) Les guarimbas furent des manifestations violentes d’opposition au gouvernement du président Maduro, pendant lesquelles eurent lieu des affrontements avec les forces de l’ordre, des provocations et des tirs de snipers sous faux drapeau pour entretenir l’insécurité et le désordre et essayer de galvaniser et faire grossir l’opposition au gouvernement légitime... sans doute la version vénézuélienne de ces tactiques dites de « regime change » mises en application lors des « révolutions colorées » et, plus récemment, à Kiev.

Illustration réalisée par BAF.F !

Traduction : Collectif Investig’Action

Source : Investig’Action

 

 

http://www.michelcollon.info/Il-y-a-une-volonte-deliberee-de.html

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Départementales : LA GAUCHE EN LAMBEAUX - Le socialisme départemental est mort

31 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #Europe supranationale, #Economie, #Politique intérieure, #La gauche, #Le syndicalisme, #Le capitalisme;, #Le socialisme, #La lutte des classes

Publié par Michel El Diablo

 

Départementales : LA GAUCHE EN LAMBEAUX - Le socialisme départemental est mort

« Ceterum autem censeo, Carthaginem esse delendam ». Ceux qui auront eu la chance de faire un peu de latin avant l’interdiction prochaine de son enseignement se rappelleront que, selon la tradition, Caton l’ancien prononçait cette formule à chaque discours devant le Sénat Romain, quel que fût le sujet abordé. « À mon avis, Carthage doit être détruite ». L’expression s’emploie aujourd’hui pour parler d’une idée fixe, poursuivie jusqu’à sa réalisation. L’adage signifie aussi la nécessité de détruire une institution ou une structure devenue néfaste mais qui persiste.

Le Parti socialiste est moribond. Nous l’avons relevé dans ces colonnes, il y a un an, après le résultat des municipales. L’année qui vient de s’écouler a confirmé, si nécessaire, que le mal était incurable. Et, plus grave, qu’il avait contaminé toute la gauche. Et plus grave encore, qu’il emmenait ce pays sur des chemins dangereux. Le déroulement des élections départementales et leurs résultats ne peuvent que plonger dans l’angoisse. Une campagne absurde à tout point de vue, une nouvelle défaite en rase campagne et une attitude après les résultats qui témoigne du passage de la panique à l’autisme.

Depuis les années 70, le Parti socialiste avait réussi à construire un socialisme départemental. Ce dispositif, fondé sur l’efficacité locale et la protection sociale, pouvait présenter un bilan flatteur. Cette drôle de cohabitation qui faisait que les Français voulaient voir la droite (papa) à l’Élysée et la gauche (maman) à la mairie expliquait en partie pourquoi la gauche était hégémonique sur près de 60 % des collectivités territoriales significatives. Il aurait peut-être été pertinent de valoriser ce bilan et l’action des sortants n’ayant pas démérité. Non, à l’Élysée, on pratique l’adage « pourquoi être efficace quand on peut facilement être désastreux ». Et là, c’est un florilège. Une attaque absurde contre une institution à laquelle les Français sont pourtant très attachés. La promesse (menace) de la supprimer, et un flou total sur les compétences qu’auront à assumer des institutions qu’on nous demande d’élire. L’instauration au nom de la parité d’un mode de scrutin délirant. Permettant ainsi de se débarrasser de sortants populaires au profit de parfaites inconnues recrutées pour la circonstance. Envoyer en première ligne le Premier ministre « nationaliser » le scrutin en diabolisant celui qui se revendique aujourd’hui à juste titre comme le « premier parti de France », rejetant au passage son électorat hors de la République. La gauche qui disposait de tous les pouvoirs en mai 2012, sortante dans 61 départements sur 100, en est aujourd’hui réduite à ce seul mot d’ordre : « faire barrage » au FN. Pathétique.

Ça, c’était avant le premier tour. Dont les résultats ont été conformes aux prévisions. La coalition de droite première, et le FN au plus haut qui s’enracine (1). Il a donc fallu monter une opération de communication pitoyable. Prétendre que le FN reculait en comparant son score objectif à ce que prévoyaient les sondages ! Affirmer contre l’évidence que le PS résistait bien en additionnant les choux et les carottes. Jusqu’à l’épisode du cigare de Manuel Valls.

Ficelles si grosses, si insultantes, qu’elles furent rapidement abandonnées par des médias pourtant facilement complaisants. Peut-on mieux être aveugle et sourd ? Ce n’est plus du cynisme mais carrément de l’autisme. Le second tour n’est que la confirmation du premier.

Le socialisme municipal est mort en mars 2014, le socialisme départemental cette fois-ci. Après la perte d’environ quatre mille permanents aux municipales (notables élus, emplois de cabinet, militants des associations subventionnées), le déficit devrait être d’environ mille deux cents. Nouvelle boucherie prévue aux régionales en décembre prochain.

On ne va pas énumérer ici toutes les catastrophes,  erreurs,  inconséquences,  couacs qui rythment cette course à l’abîme. Cela relèverait d’un recensement quotidien. Et désormais, la dérision emporte tout. Sociologues, politologues, démographes, philosophes auscultent la société française pour comprendre ce qui se passe. Ceux qui sont sérieux convergent vers le constat d’une France désormais culturellement à droite. Un «oligopole culturel gramscien » portant des valeurs de droite se serait constitué. À cela on ajoutera la faiblesse politique de l’appareil du PS. Qui n’était pas politiquement, culturellement et professionnellement équipé pour assurer l’exercice du pouvoir d’État.

Mai 2012 est un accident historique étrange. Un candidat socialiste de substitution inconnu dont les éléphants du PS savaient les limites et qui se révélera inapte à la fonction. Un vote (serré) qui ne fut pas d’adhésion mais de rejet de son prédécesseur. La catastrophe était pourtant prévisible. Emmanuel Todd lui-même ne croyait pas une seconde à son « hollandisme révolutionnaire ». Or le choix n’était pas en fait pour ou contre Sarkozy. Il se posait en ces termes : faut-il porter la gauche au pouvoir pour faire une politique de droite ? Avec le risque qu’elle s’y brise pour longtemps. Ou bien : doit-elle rester, utilisant ses bases solides, dans une opposition tribunitienne indispensable dans une démocratie. Les Français ont choisi la première. Avec son corollaire, une gauche anéantie. Et, défi inattendu, un parti d’extrême droite en pleine ascension qui va bientôt représenter un Français sur trois…

Une gauche anéantie car, dans son naufrage, le Parti socialiste a entraîné le reste de la gauche. Mention spéciale pour le PCF qui a été au cœur de la vie politique française pendant plus de soixante ans. C’est aujourd’hui une coquille vidée de tout ce qui avait fait sa force et sa raison d’être. Systématiquement à la remorque de la gauche sociétale, subissant sans broncher, quand il ne les approuve pas, toutes les déformations historiques le concernant, il gère en comptable anxieux les lambeaux de l’héritage, sauvant le Val-de-Marne, perdant l’Allier. Son legs comprend notamment la direction de quelques centaines de collectivités locales qui viennent de l’obliger une fois de plus à des indigestions de couleuvres. Exit l’aristocratie ouvrière, fonctionnaires et élus fournissent les maigres cadres politiques qui lui restent. Et en guise de mémoire collective, on se contentera d’une poignée de commémorations tristes où l’on brandit encore quelques oripeaux jaunis du passé disparu. Le Front de gauche qui recueille 3 % du vote ouvrier (!), c’est groupuscule contre groupuscule, Mélenchon versus Autain. Et puis, les increvables et inutiles petites sectes gauchistes. Un peu de charité nous dispensera de parler d’EELV, voué à disparaître et dont l’ancrage à gauche est une plaisanterie.

Les élections présidentielles de 2017 verront probablement le retour aux affaires de la droite en la personne de Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen recueillant au second tour entre 30% et 40 % des voix. Les projections actuelles donnent une quarantaine de députés socialistes (!) sauvant leur siège. Les collectivités locales entre les mains d’une droite revancharde. Une gauche dans l’incapacité politique et matérielle de jouer son rôle d’opposition démocratique. « Ne proposant plus d’horizon politique émancipateur », ayant abandonné les couches populaires au FN, la gauche a fait la démonstration de son inaptitude à gouverner. Faute d’argent, d’élus et de militants, la crise est aussi matérielle.

Alors que faire ? Écoutons l’intellectuel socialiste Gaël Brustier, ancien gaulliste qui ne fut pas le dernier à sonner l’alarme à gauche : «L’homme politique n’est pas un représentant de commerce. Donner une vision du monde corrélée à l’expérience quotidienne des citoyens (qui est marquée par la désindustrialisation, la précarisation, des mutations diverses du lien social, la crise de l’école ou le déclassement) est le point de passage obligé d’une stratégie gagnante en politique. C’est, pour l’heure, l’angle mort de la stratégie de la gauche. »

Angle mort ou point aveugle, qu’attendre de ceux qui garderont les quelques places pour sauver leur gamelle, ceux qui n’ont toujours vécu que des prébendes de l’appareil, ceux qui sans vergogne donnent des leçons aux chômeurs (2)? Comment imaginer le début d’une remise en cause ? Que ceux qui depuis trente ans ne s’adressent qu’aux couches moyennes supérieures du centre des grandes villes, ignorent les couches populaires quand ils ne les méprisent pas, puissent être soudain touchés par la grâce ?

Il faut, du passé, faire table rase. Sortir les sortants. Toute reconstruction d’une gauche nécessaire à ce pays passe par ce préalable : détruire cette gauche-là, enfant monstrueux de « l’union de la gauche » des années 70. Dans des contextes différents, la Grèce et l’Espagne sont en train de s’y essayer. Là aussi, la destruction du PS fut un préalable. Les situations ne sont pas transposables, essentiellement d’ailleurs à cause de l’existence chez nous d’un Front national fort. Un des premiers combats à mener sera contre ce dernier. Pour lui reprendre ce qu’il a volé, le soutien des couches populaires.

En France aussi, il y a un préalable : « Ceterum autem censeo, sinistram esse delendam ».

Régis de Castelnau

Avocat

(1)Une des leçons frappantes du premier tour, était que dans toutes les communes gagnées en mars 2014, le FN a progressé pouvant à juste titre revendiquer une légitimation de sa gestion.

(2) Interrogé par Jean-Jacques Bourdin, Emmanuel Macron a gratifié les cinq millions de chômeurs de la phrase suivante : « Si j’étais au chômage, je me battrais et je n’attendrais pas tous des autres ». Sachant très bien que pantoufleur virtuose, il ne sera JAMAIS au chômage. Quand il quittera le gouvernement, ce sera pour un placard doré de la République, ou une banque d’affaires pour y monnayer son carnet d’adresses. 

 
SOURCE:
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LA MORT D’UNE USINE EST AUSSI UN ATTENTAT !!! Par Michel Etievent.

30 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Europe supranationale, #Economie, #AMERIQUE, #La lutte des classes, #Le grand banditisme, #La République

Michel Etievent

30 mars 16:52

Voilà le texte tract que j'ai écrit pour mes camarades de l'usine savoyarde Graphtec ( usine à hauts savoir faire et produits à haute valeur ajoutée) qui se battent pour leur usine menacée de fermeture sur l'autel des fonds de pensions américains; le texte sera distribué devant l'usine le mercredi 1er avril ( 10h) à Notre Dame de briançon lors du grand rassemblement contre cette fermeture scandaleuse. bises à tous Michel Etievent

LA MORT D’UNE USINE EST AUSSI UN ATTENTAT !!!

Mes ami(e)s, mes camarades, la mort d’une usine est aussi un attentat. Un attentat à la vie, à l’espoir. Un attentat au futur de nos familles et de nos enfants. Depuis plus d’un siècle, ici, au prix d’un acharnement de générations d’ouvriers à construire un avenir décent, l’usine a toujours été l’un des piliers essentiels de la vie locale. Savent-ils ce qu’ils font ceux qui, d’un trait de bourse, au nom d’intérêts froids et lointains, font basculer d’un coup des vies d’humains ?
L’usine, nous le savons, est à l’origine d’une longue chaine de vie qui passe par le maintien de l’agriculture et de l’entretien de la nature par le biais de l’ouvrier paysan et paysagiste, se prolonge par l’existence de produits performants à haute valeur ajoutée affinés par des savoir-faire irremplaçables. L’usine c’est aussi la garantie de notre indépendance nationale, la force du budget communal, l’existence de la sous-traitance, du commerce, de l’artisanat, des services publics qui lui sont liés depuis toujours.
C’est enfin un siècle de mémoire et de conquis sociaux arrachés par de justes colères pour un peu de dignité. Des conventions collectives décentes, des lois sociales et un code du travail à hauteur d’hommes, à l’image de celles qu’un de nos grands anciens comme Ambroise Croizat, né à cent mètres d’ici, fils de cette même usine, nous a donné.
Que veulent-ils ceux qui cassent, ceux qui nous privent d’avenir sans autre raison qu’un profit encore plus grand, plus immédiat ? Nous refusons que notre vallée devienne un pays d’errance, de désespérance, de portes fermées, de tôles rouillées à quatre mois d’espérance de vie. Nous refusons que notre pays devienne un parking de chômeurs au pied d’une montagne de luxe.
Ensemble, unis, nous nous battrons avec la dernière énergie pour que notre vallée reste ce que nos aînés, par leur abnégation, leur combat au quotidien ont voulu qu’elle soit : un pays à vivre et à aimer. Parce que nous le savons, rien n’est plus beau qu’une main d’humain quand elle sert à quelque chose… DEMAIN….Alors mes amis, debout, debout… !

Michel ETIEVENT

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