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Le blog de Lucien PONS

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Bernard-Henri Lévy, selon le CFR, l’Occident a aggravé la guerre en Libye puis en Syrie, par Maxime Chaix

29 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #La France, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Politique étrangère, #Terrorisme, #La Turquie

Source : Maxime Chaix, 07-02-2016

Pour des raisons promotionnelles, Bernard-Henri Lévy est à nouveau omniprésent sur la scène médiatique. Cet homme de réseaux et d’influence, qu’un académicien avait décrit comme le « vrai maître de la diplomatie » française, continue de justifier l’intervention de l’OTAN contre le régime libyen avec des arguments irréalistes. En effet, il estime que cette campagne a « évité à la Libye un destin syrien », en ce qu’elle aurait empêché Kadhafi d’« aller au bout de (…) projets meurtriers » pourtant loin d’être avérés. Nous allons montrer que ce raisonnement est invalide en résumant l’intervention clandestine et massive de l’Occident dans la guerre en Syrie, et en analysant une étude sur le conflit libyen parue dans Foreign Affairs, la revue du Council on Foreign Relations(CFR). En 2006, « devant les invités [de ce] prestigieux think tank new-yorkais, Lévy (…) confirm[a] qu’il partage “la vision morale et l’hostilité des néoconservateurs pour les Saddam, mollah Omar et Milosevic”. » Rapportant cet aveu, L’Express n’établit pas de lien entre cette posture « antitotalitaire » et les intérêts stratégiques des États-Unis et de leurs alliés en Irak, en Afghanistan et en ex-Yougoslavie.

Cinq ans plus tard, cette même « vision morale » justifiera la campagne de l’OTAN contre la Libye, occultant les véritables buts de guerre de l’Élysée et de ses partenaires, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Qatar. Rendu public à la suite de l’Emailgate, un mémo confidentiel adressé à Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’État explicita « cinq facteurs motivant l’engagement de Nicolas Sarkozy à mener cette guerre en Libye : un désir d’obtenir une plus grande partie du pétrole libyen ; accroître l’influence française en Afrique du Nord ; améliorer sa situation politique intérieure en France ; offrir à l’armée française une chance de rétablir sa position dans le monde ; répondre à l’inquiétude de ses conseillers concernant les plans à long terme de Kadhafi de supplanter la France comme puissance dominante en Afrique de l’Ouest ». Et comme l’a rapporté Régis Soubrouillard, BHL aurait « clairement fait savoir aux responsables du CNT qu’ils “avaient une dette envers la France au vu de son soutien précoce et que Sarkozy avait besoin de quelque chose de tangible à présenter aux leaders politiques et économiques français”. » Ces révélations confirment que l’humanisme fut le principal facteur de l’intervention occidentale en Libye…

Dans une tribune publiée le 16 mars 2011, Bernard-Henri Lévy et d’autres figures du Meilleur des Mondes avancèrent que Kadhafi « mitraille les populations civiles, “purge” les villes des opposants et fait régner la terreur. » Or, ces accusations ne résistent pas à l’épreuve des faits. Comme l’avait déclaré Rony Brauman, qui était initialement favorable à une intervention de l’OTAN,

« [l]’aventure libyenne est elle-même partie d’une manipulation médiatique caractérisée. Ce qui a décidé Sarkozy et Obama a été le mitraillage aérien des manifestants de Tripoli le 21 février, une fausse information diffusée par Al-Jazira sur la base d’un simple témoignage téléphonique. Or il n’y a pas eu de manifestations à Tripoli et encore moins d’avion mitraillant la foule. Aucun des médias dominants n’a daigné faire la moindre vérification. La première page du récit de Bernard-Henri Lévy La Guerre sans l’aimer débute là-dessus : alors au Caire pour soutenir le Printemps arabe, il est sur le point de rentrer en France quand il voit sur les écrans de l’aéroport les avions attaquer en piqué la foule. Il prend soin de préciser que l’importance d’un événement c’est son commencement. À raison : ce commencement-là n’a pas eu lieu, c’était un énorme montage propagandiste, et qui donnait le ton de la suite. »

À cette époque, la nécessité d’une action militaire était presque unanimement défendue par des médias qui, malgré les dérives du journalisme de meute et de la propagande de guerredéplorentqu’un nombre grandissant de citoyens ne leur fait plus confiance.

En Libye, la campagne de l’OTAN a prolongé la guerre et alourdi le bilan humain

Depuis le renversement de Mouammar Kadhafi, la situation sécuritaire en Libye est de plus en plus préoccupante. De ce fait, un nouvel engagement occidental dans ce pays semble inévitable, bien qu’il comporte de sérieux risques. Selon l’ancien diplomate Patrick Haimzadeh, en « [r]eléguant aux oubliettes la question cruciale de la reconstruction d’un État légitime et inclusif, une telle opération aurait toutes les chances de poser davantage de problèmes qu’elle n’est censée en résoudre ». Cet expert de la Libye considère notamment qu’une nouvelle action militaire occidentale pourrait renforcer Daech. Malgré cette impasse stratégique, Bernard-Henri-Lévy ne regrette rien et continue de qualifier cette intervention de « juste ». En son temps, Socrate avait déclaré que « [l]e mal vient de ce que l’homme se trompe au sujet du bien. » Comme d’autres « orateurs », BHL estime que cette intervention a empêché Kadhafi de tuer massivement son peuple. Or, une analyse du contexte réel précédant cette campagne de l’OTAN nous amène à la conclusion inverse : cette opération a prolongé ce conflit et elle en a dramatiquement alourdi le bilan humain, alors que les troupes libyennes reprenaient le contrôle du pays en essayant d’épargner les civils.

Dans Foreign Affairs, la revue du prestigieux CFR, l’universitaire Alan Kuperman a démontré que l’ampleur de la répression de Mouammar Kadhafi avait été grandement exagérée par les médias et les défenseurs d’une action militaire de l’OTAN. D’après cet expert,

« [b]ien que la Maison Blanche ait justifié sa mission en Libye par des motifs humanitaires, cette intervention a en fait nettement aggravé le bilan humain dans ce pays.Tout d’abord, il s’est avéré que la répression de Kadhafi a été bien moins meurtrière que ne l’indiquaient alors les médias. Dans l’Est libyen, où l’insurrection a démarré sous la forme de manifestations pacifiques ou violentes, Human Rights Watch a recensé seulement 233 morts durant les premiers jours des combats, et non 10 000 comme l’avait avancé la chaîne saoudienne Al Arabiya. En vérité, comme je l’avais documenté en 2013 dans dans [la revue universitaire] International Security, entre le début de la rébellion à la mi-février 2011 et l’intervention de l’OTAN à la mi-mars, seulement un millier de Libyens avaient été tués, dont des soldats et des rebelles. Dans cette période, un article d’Al Jazeera largement cité par les médias occidentaux avança que l’armée de l’air de Kadhafi avait mitraillé et bombardé des civils à Benghazi et à Tripoli. Or, selon le professeur Hugh Roberts, de la Tufts University, “cette histoire était fausse”, comme il l’a démontré dans une longue enquête publiée par la London Review of BooksAu contraire, en s’efforçant de minimiser les pertes civiles, les troupes de Kadhafi s’étaient abstenues d’avoir recours à la violence indiscriminée. »

En citant des sources crédibles, ce spécialiste expose d’autres manipulations médiatiques ayant motivé l’intervention de l’OTAN. À l’initiative de la tribune du 16 mars 2011, que Bernard-Henri Lévy a cosignée, l’écrivain Dominique Simonnet déclara en août 2014 que « Kadhafi était en train de massacrer son peuple dans une abomination sans nom. Je pense qu’il était impossible de ne pas dire : “Faisons quelque chose, nous qui avons les moyens d’intervenir”. » Que Monsieur Simonnet en ait conscience ou pas, cet argument censé réaffirmer le bienfondé de la campagne de l’OTAN en Libye est indiscutablement faux, comme l’a démontré M. Kuperman dans Foreign Affairs :

« [A]u moment de l’intervention, la violence en Libye était sur le point de cesser. Les troupes bien équipées de Kadhafi avaient mis en déroute les rebelles désorganisés, qui rentraient chez eux. À la mi-mars 2011, les forces gouvernementales s’apprêtaient à reprendre le dernier bastion rebelle de Benghazi, afin de mettre un terme à ce conflit qui n’avait engendré que 1 000 décès en un mois. Or, à ce moment précis, des expatriés libyens basés en Suisse, qui étaient liés aux rebelles, ont lancé des mises en garde sur l’imminence d’un “bain de sang” à Benghazi – [des propos alarmistes] dûment repris par les médias occidentaux, mais qui se sont avérés être de la pure propagande. En vérité, le 17 mars [2011], Kadhafi s’engagea à protéger les civils à Benghazi, comme il l’avait fait avant de reprendre les autres villes libyennes, ajoutant que ses forces “laissaient la possibilité” aux rebelles de se réfugier en Égypte. En résumé, les insurgés allaient perdre la guerre, donc leurs agents d’influence à l’étranger agitèrent le spectre du génocide pour susciter une intervention de l’OTAN – ce qui fonctionna à merveille. Il n’existe aucune preuve que Kadhafi avait planifié ou envisagé une campagne de tueries contre la population. Certes, le gouvernement avait tenté d’intimider les rebelles en promettant de les traquer sans relâche. Mais Kadhafi n’a jamais mis ces menaces à exécution en visant les civils. »

Dans son étude, Alan Kuperman analysa de nombreux chiffres relatifs aux décès survenus depuis le lancement de l’opération occidentale en Libye. Il en a déduit qu’avant cette campagne de l’OTAN, la guerre civile était sur le point de se conclure, après avoir engendré « seulement » 1 000 décès. Selon lui, « depuis cette intervention, la Libye a souffert d’au moins 10 000 morts supplémentaires. En d’autres termes, il semblerait que l’opération de l’OTAN ait multiplié par dix le nombre de morts violentes » dans ce pays. Bien entendu, en l’absence d’étude épidémiologique crédible, le bilan humain de cette guerre reste impossible à déterminer. Dans tous les cas, il est clair que des manipulations médiatiques de grande ampleur ont altéré notre perception du « Printemps arabe » libyen, justifiant une campagne militaire aux conséquences désastreuses. À cette époque, toujours selon M. Kuperman,

« [l]’intervention en Libye pourrait aussi avoir encouragé la violence en Syrie. En mars 2011, le soulèvement [dans ce pays] était encore largement non-violent et la réponse du gouvernement d’Assad, bien que criminellement disproportionnée, était relativement circonscrite, générant environ 100 morts par semaine. Après que l’OTAN eut donné l’avantage aux rebelles en Libye, les révolutionnaires syriens se sont tournés vers la violence à l’été 2011, s’attendant probablement à susciter une telle intervention. “C’est pareil que Benghazi”, déclarait alors un rebelle syrien au Washington Post, ajoutant : “Nous avons besoin d’une zone de non survol”. Il en résulta une escalade majeure du conflit en Syrie, ce qui générait au moins 1 500 morts par mois à partir de l’année 2013, un nombre 15 fois supérieur. »

Ainsi, il ressort de cette étude que, loin d’avoir « évité à la Libye un destin syrien », cette intervention de l’OTAN contre le régime de Mouammar Kadhafi a prolongé jusqu’à présent un conflit qui allait s’éteindre, tout en incitant les Syriens à militariser leur rébellion – parallèlement à l’infiltrationd’« al-Qaïda en Irak » (AQI) durant l’été 2011 pour combattre le régime el-Assad. Mais le lien entre ces deux conflits est encore plus évident lorsque l’on s’intéresse aux politiques profondes occidentales durant la guerre en Libye. En août 2014, le Washington Post a publié un important article intitulé « Les terroristes qui nous combattent aujourd’hui ? Nous venons tout juste de les entraîner ». D’après cette analyse,

« [a]u cours de nombreux entretiens menés ces deux derniers mois [avec des membres de l’État Islamique et du Front al-Nosra], ils ont décrit comment l’effondrement sécuritaire durant le Printemps arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser en leur faveur la stratégie occidentale – c’est-à-dire le soutien et l’entraînement de milices afin de combattre des dictateurs. “Des Britanniques et des Américains nous avaient [également] entraînés durant le Printemps arabe en Libye”, d’après un homme surnommé Abou Saleh, qui a accepté d’être interrogé si son identité restait secrète. [Ce dernier], qui est originaire d’une ville proche de Benghazi, affirma qu’un groupe de Libyens et lui-même avaient bénéficié dans leur pays d’entraînements et de soutien de la part des forces [spéciales] et des services secrets français, britanniques et états-uniens – avant de rejoindre le Front al-Nosra ou l’État Islamique [en Syrie]. Interrogées pour cet article, des sources militaires arabes et occidentales ont confirmé les affirmations d’Abou Saleh, selon lesquelles des rebelles en Libye avaient bénéficié d’“entraînements” et d’“équipements” durant la guerre contre le régime de Kadhafi. »

Le grand reporter Seymour Hersh a mis en lumière d’autres liens entre ces deux conflits, décrivant un réseau d’approvisionnement en armes des rebelles anti-Assad organisé depuis Benghazi. Selon M. Hersh, durant l’été 2013, « le flux secret d’armes en provenance de Libye pour équiper l’opposition syrienne via la Turquie était en place depuis plus d’un an, ayant été lancé peu de temps après la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011. L’opération était en grande partie organisée depuis une annexe secrète de la CIA à Benghazi, avec l’aval du Département d’État [et la participation présumée de] l’ambassadeur US en Libye Christopher Stevens [, qui] fut tué lors d’une manifestation anti-américaine à Benghazi ». Peut-on alors parler de « non intervention » occidentale contre le régime el-Assad, une « inaction » que BHL fustige pour minorer l’ampleur du désastre libyen ? Afin de répondre à cette question, étudions de plus près les opérations clandestines de la CIA et de ses partenaires.

En Syrie, la guerre secrète de l’Occident et de ses alliés proche-orientaux a aggravé le conflit

Malgré le chaos que subit le peuple libyen, Bernard-Henri Lévy estime que la campagne de l’OTAN était préférable à la « non intervention » en Syrie – un argument qu’il avait déjà formulé lors d’un exposé controversé à l’IHEDN. Or, ce raisonnement de BHL n’est pas conforme au réel, car cette « non intervention » militaire des pays occidentaux relève du mythe.

En effet, bien que les puissances de l’OTAN et leurs alliés n’ont pas lancé de guerre ouverte contre le régime el-Assad, j’ai documenté l’année dernière une véritable guerre secrète multinationale de la CIA. Comme l’a récemment dévoilé le New York Times, cette opération fut baptisée Timber Sycamore, et elle a été principalement financée par l’Arabie saoudite. En juin 2015, elle avait été décrite par le Washington Post comme « “l’une des plus grandes opérations clandestines” [de la CIA], dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. D’après ce journal, cette intervention secrète (…) s’inscrit dans un “plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie”, c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. »

Cette guerre secrète de grande ampleur a alimenté dès janvier 2012 l’essor du Front al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda, dont l’« État Islamique » faisait partie intégrante jusqu’à la scission d’avril 2013. À différents degrés, cette campagne a mobilisé de nombreuses agences moyen-orientales et occidentales, y compris les services spéciaux français, comme me l’avait confirméle député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud. Si l’on observe les dernières estimations de l’OSDH, sur un nombre total d’environ 260 000 victimes, la guerre en Syrie a tué environ 76 000 civils, donc approximativement 184 000 combattants. Reprenant les chiffres de cette organisation, Le Figaro soulignait en août dernier que « le bilan le plus lourd se trouve du côté des forces du régime avec 88 616 morts, soit un tiers des personnes décédées durant cette guerre ». Sans le soutien extérieur massif de l’Occident, de la Turquie et des pétromonarchies du Golfe, la rébellion n’aurait pu être aussi meurtrièrement efficace. En octobre 2015, l’universitaire Joshua Landis assura qu’« entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites en Syrie sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ». Cette politique profonde a donc fortement aggravé ce conflit, en renforçant des réseaux extrémistes officiellement désignés comme nos ennemis.

Depuis le début de la guerre en 2011, l’OSDH a recensé plus de 40 000 jihadistes étrangers morts en Syrie. Récemment, un haut gradé de l’état-major français estimait que, sur environ 100 000 rebelles anti-Assad, « 80 000 (…) appartiennent soit à des groupes terroristes désignés comme tels par les Nations Unies, soit à des groupes salafistes extrémistes. » Or, il est de notoriété publiquequ’en Syrie, les différentes factions jihadistes ont été appuyées par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Moins exposée dans les médias, la complicité des services occidentaux dans cette politique clandestine est dorénavant indiscutable. En octobre dernier, une parlementaire états-unienne avait publiquement dénoncé le soutien d’al-Qaïda par la CIA afin de renverser Bachar el-Assad. Plus récemment, en se basant sur des témoignages de hauts responsables de la sécurité nationale, Seymour Hersh confirma que le Pentagone était hostile à cette politique de l’Agence, puisqu’elle renforçait des factions jihadistes susceptibles de s’emparer du pouvoir. Le Président Obama ayant intensifié cette guerre secrète à partir de septembre 2013, le raisonnement de Bernard-Henri Lévy sur la « non intervention » occidentale en Syrie est donc totalement biaisé.

Conclusion : avant toute intervention, seuls les experts doivent influencer l’État

Se référant à « l’art de la guerre » et au krach de 2008, l’économiste Jacques Sapir a récemment souligné qu’en matière de conflits armés comme de crises financières, les décideurs « doivent réagir dans un temps très court et (…), bien souvent, [ils] n’ont pas les moyens (ou les capacités) de peser complètement le pour et le contre de leurs actions. Ils prennent alors des décisions importantes sur la base de paris, de règles heuristiques, qui peuvent être validées ou invalidées par la suite des événements. C’est ce qui rapproche la décision financière de la décision militaire. » Néanmoins, lorsque la sécurité nationale n’est pas en péril, et que les risques d’un génocide ne sont pas clairement établis, une telle urgence décisionnelle n’est pas justifiée – n’en déplaise à ces « orateurs » dont les velléités interventionnistes sont traditionnellement conformes aux intérêts de Washington.

Néanmoins, dans le cadre d’une campagne de Libye qui semblait préméditée, l’urgence décisionnelle n’est pas la clé du problème. Afin d’éviter la répétition d’un tel désastre, qui a eu comme conséquence de déstabiliser l’ensemble de l’Afrique du Nord et du Sahel, il faudrait ôter au chef de l’État le pouvoir discrétionnaire de déclencher une intervention lorsque notre sécurité nationale n’est pas directement et immédiatement menacée. En effet, une véritable frénésie guerrière a investi les locataires de l’Élysée depuis l’ère Sarkozy, ce qui dégrade nos capacités militaires et nous engage dans des conflits inextricables. Et comme l’a pertinemment souligné Jean-Claude Guillebaud,

« [Gaston Bouthoul] écrivait en 1951 que, contrairement à l’idée répandue selon laquelle les démocraties ne font pas la guerre, les dirigeants des démocraties sont toujours tentés de faire la guerre, car celle-ci les “sanctifie” en faisant d’eux des personnages incritiquables. La guerre offre l’opportunité de croire que l’on est du côté du bien et cela de manière indiscutable. Le corollaire de cela est que les démocraties diabolisent leur ennemi au-delà de ce qui est nécessaire. Souvenons-nous de Saddam Hussein : il était notre allié contre l’Iran puis les choses ont changé et il est devenu un nouvel Hitler. Pour le chef de l’État, il est plus “facile” de faire la guerre que de combattre le chômage. La guerre offre des résultats immédiats et quantifiables. Elle est propice aux grandes envolées lyriques et patriotiques. C’est pourquoi elle les fascine, assez naïvement d’ailleurs. On l’a vu avec Nicolas Sarkozy en Libye, puis François Hollande au Mali. »

Alors que l’État ne parvient pas à redresser l’économie, cette frénésie guerrière devient presque irrationnelle, au vu de la multiplication des déclarations martiales de Manuel Valls et de François Hollande depuis le 13-Novembre. Accordant un pouvoir militaire exorbitant au chef de l’État, la Constitution doit être réformée utilement. En effet, la multiplication des opérations extérieures nous a précipités vers un état de guerre perpétuelle, induisant une forme d’état d’urgence permanent qui menace notre démocratie. Ainsi, en cas d’agression militaire étrangère ou d’insurrection armée, le Président doit garder la capacité de réagir immédiatement. Mais lorsque la France n’est pas directement menacée, comme en Libye (2011) ou en Syrie (2013), il est indispensable de modifier l’article 35 de la Constitution afin que le Parlement autorise a priori le chef de l’État à déclencher toute action militaire de grande ampleur.

Pour qu’une telle décision soit la plus rationnelle possible, nos parlementaires devraient en étudier l’opportunité grâce à un collège de spécialistes de l’IHDENqui est l’« établissement public administratif français d’expertise et de sensibilisation en matière de Défense, placé sous la tutelle directe du Premier ministre ». La polémique précédant la conférence de Bernard-Henri Lévy au sein de cette institution est symptomatique de l’influence démesurée de cet homme dans les arcanes décisionnels français, ce qu’avait souligné Jean-Christophe Rufin en le qualifiant de « ministre des Affaires étrangères officieux ». Cet état de fait n’est plus tolérable, et l’exemple libyen nous démontre qu’il est même dangereux. Afin de réintroduire de la rationalité dans la politique étrangère de l’Exécutif, l’IHEDN doit être considéré comme le seul organisme légitime pour conseiller les autorités sur les questions stratégiques et militaires. Les « orateurs » trop influents, qui prônent un interventionnisme à géométrie variable, doivent être mis à l’écart du débat public. En effet, ils ont défendu des actions militaires désastreuses en se trompant lourdement dans leurs diagnostics et leurs prévisions, comme certains d’entre eux l’ont admis concernant l’Irak, mais comme ils refusent de le concéder au sujet de la Libye. Et puisqu’il ne dispose d’aucune légitimité légale, Bernard-Henri Lévy doit être écarté des processus décisionnels aboutissant à la guerre, un acte trop grave pour être justifié par l’émotion populaire – à plus forte raison lorsqu’elle est exacerbée par de faux prétextes humanitaires.

Maxime Chaix

Source : Maxime Chaix, 07-02-2016

 

20 réponses à Bernard-Henri Lévy, selon le CFR, l’Occident a aggravé la guerre en Libye puis en Syrie, par Maxime Chaix

Commentaires recommandés

Spectre Le 29 février 2016 à 02h39
 
 

Bon article. Avant toute intervention (hors menace directe), il devrait surtout y avoir un référendum obligatoire ; les sans-dents voteraient systématiquement non, donc problème réglé. Pour être bien sûr d’euthanasier le bellicisme de nos “Young Leaders,” on en profiterait pour rétablir le crime de haute trahison, immédiatement appliqué en cas de tentative de contournement du non. Mais bon, tout ceci supposerait d’être en démocratie. L’absence de mobilisation d’ampleur contre les sales guerres de l’OTAN est également un gros problème ; le peuple devrait se saisir de la question puisqu’il finit toujours par payer la facture, que ce soit en dépenses militaires, mouvements migratoires ou attentats vengeurs.

Sinon, je n’ai pu m’empêcher de tiquer devant l’incroyable cynisme de ce pitre osant intituler son livre “La guerre sans l’aimer”. Peut-on faire pire sur l’échelle de l’indécence ? Peut-être “Le capital sans en profiter” par les banksters de Goldman Sachs ? Ou bien “Les colonies sans y habiter” par un collectif israélien ? “Les promesses sans y croire” aux éditions Moi Président ?…

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Au moment où la situation en Libye est devenue de plus en plus préoccupante avec en filigrane une éventuelle intervention militaire étrangère, le voile se lève, peu à peu, sur ce qui s’est réellement passé dans ce pays de mars à octobre 2011

29 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme

Publié par Jean Lévy

 

 

 

La guerre occidentale contre la Libye souveraine...Ils ont assassiné Kadhafi et aujourd'hui le pays a viré dans le chaos, celui-ci servant de prétexte d'une deuxième guerre occidentale

La guerre occidentale contre la Libye souveraine...Ils ont assassiné Kadhafi et aujourd'hui le pays a viré dans le chaos, celui-ci servant de prétexte d'une deuxième guerre occidentale

Au moment où la situation en Libye est devenue de plus en plus préoccupante avec en filigrane une éventuelle intervention militaire étrangère, le voile se lève, peu à peu, sur ce qui s’est réellement passé dans ce pays de mars à octobre 2011, avec, au final, l’assassinat du leader libyen Mouaâmar El Gueddafi. Ainsi, les langues se délient et admettent ce que d’aucuns supputaient : une cabale [dans le sillage dudit « Printemps arabe »] propice pour faire un sort à un homme qui en savait trop, singulièrement de la part de Nicolas Sarkozy. L’ex-président français (dont la campagne présidentielle de 2007 aurait été financée par El Gueddafi, versement de 50 millions d’euros) saisissait ainsi au vol la conjoncture pour se débarrasser de quelqu’un qui l’a(urait) aidé à accéder à l’Elysée, ameutant le monde contre un homme qui « tuait », selon lui, son peuple.

 

Une sulfureuse affaire politico-financière dont les retombées menacent gravement l’avenir de la Libye en tant qu’Etat. Le coup a cependant été réussi grâce à la complicité de traîtres libyens. L’un d’eux [l’ex-président du Conseil national de transition] Mustapha Abdel Jalil (ministre de la Justice d’El Gueddafi à cette époque) a admis dans une déclaration à la chaîne Channel One, qu’« El Gueddafi n’a pas ordonné la fusillade qui a été à l’origine de la fausse révolution en Libye ». Les manifestants tués à Benghazi n’étaient pas des Libyens, mais des espions et des mercenaires engagés pour semer le chaos dans une ville connue pour être la citadelle de la résistance au guide libyen.

 

Ce qui est encore plus nauséeux est que Abdel Jalil admettait qu’il connaissait la vérité à l’époque, qui a pris ses instructions de Paris. Il admet encore qu’il savait ce qui allait se produire car, il « fallait briser » l’Etat libyen et faire un sort à El Gueddafi. Ces aveux viennent sans doute un peu tard, mais il n’est jamais trop tard pour connaître la vérité. Et Abdel Jalil n’a fait que confirmer ce qui se disait à ce propos : il n’y a jamais eu de révolution en Libye, mais un traquenard contre la Libye, dont l’un des maîtres d’oeuvre a été Nicolas Sarkozy.

 

En fait, Sarkozy avait un double intérêt à la disparition du guide libyen : mettre le grappin sur les richesses énergétiques libyennes (cf ; sa visite à Benghazi en septembre 2011 [accompagné du Premier ministre britannique, David Cameron] avec dans ses bagages une armada d’hommes d’affaires et industriels français), ensuite faire taire un homme qui en savait beaucoup sur son compte.

 

L’ex-président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, corrobore ainsi les propos d’Abdel Jalil, qui affirma, en mai 2015 à une agence de presse italienne, que ce qui s’est passé en Libye n’était pas une révolution, mais un complot français indiquant : « Ça n’a jamais été une révolution, mais bel et bien un complot européen. » Désignant nommément ses instigateurs : un pays et un homme : « La France et son président d’alors, Nicolas Sarkozy. » Berlusconi savait de quoi il parlait, son pays faisait partie de la coalition occidentale qui avait pris part à la curée contre la Libye. L’ancien président du Conseil italien apporte encore ces précisions « Les avions français ont attaqué la Libye bien avant la décision du Conseil de sécurité de l’ONU. » Or, cette résolution n’autorisait pas des frappes (raison pour laquelle elle a été votée par la Chine et la Russie).

 

L’ONU a ainsi été encore dupée, comme ce fut le cas, en 2003, avec les Etats-Unis en Irak, le Conseil de sécurité étant une nouvelle fois mis devant le fait accompli. Les frappes françaises ont déclenché un engrenage dangereux, ouvrant la voie à la destruction programmée [avec des complicités de Libyens] de la Libye. Voilà un cas qui autoriserait la procureure de la CPI, Mme Fatou Bensouda, d’ouvrir une enquête contre Nicolas Sarkozy et d’autres dirigeants occidentaux. Ce qu’il faut aussi relever est que la France - avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne - a mis un terme à l’un des rares régimes laïcs arabes [avec l’Irak et la Syrie eux aussi détruits ou en phase de l’être] pour installer des extrémistes islamistes. Ce qui se passa en Libye - mais aussi en Syrie, comme en Ukraine - a été le top d’une « révolution » sous fausse bannière.

 

Ainsi, outre l’ex-président français Nicolas Sarkozy, l’un des maîtres d’oeuvre du chaos en Libye a été le sénateur états-unien, John McCain (qui s’est réuni en mai 2011 en Syrie avec le futur « calife » de l’autoproclamé « Etat islamique » Abou Bakr al-Baghdadi,) qui rencontra à Benghazi, Abdelhakim Belhaj, chef du groupe terroriste libyen le « Groupe islamique combattant en Libye (Gicl, proche d’Al Qaîda et de Daesh). Or, Belhaj est, de notoriété publique, agent des services US et britanniques et l’homme de l’Otan ; c’est l’un des « bras armés » du chaos en Libye. Ainsi, la France et les Etats-Unis, en particulier, qui suscitèrent le « terrorisme islamiste », sont de fait derrière les tragédies qui déstructurent le Monde arabe.

Karim MOHSEN

»» http://www.lexpressiondz.com/edito/235492-le-jeu-trouble-de-la-france-...
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Les Etats-Unis préparent-ils une « révolution de couleur » en Russie?

29 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #AMERIQUE, #La guerre, #Terrorisme, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #L'OTAN.

Les Etats-Unis préparent-ils une « révolution de couleur » en Russie?

Les Etats-Unis préparent-ils une « révolution de couleur » en Russie?

Par Moon of Alabama le 28 février 2016

Etats-Unis Russie Syrie Ukraine

Via l’ancien ambassadeur indien M K Bhadrakumar, nous apprenons que le gouvernement russe se prépare à affronter une tentative de « révolution colorée », lors des élections parlementaires en septembre :

« La réunion annuelle du Service fédéral de sécurité de Russie (FSB), l’organisation qui a succédé au KGB soviétique, est une excellente occasion de prendre la température des relations « Est-Ouest ». (Le cliché de la guerre froide se révèle utile une fois de plus.) Le discours habituel du président Vladimir Poutine lors de la réunion du FSB, vendredi, à Moscou, a couronné cet événement.

Il a fait une annonce sensationnelle , à savoir que le FSB était en possession d’informations précises selon lesquelles on élaborerait en Occident des plans pour provoquer de l’agitation politique en Russie, pendant la période qui précède les importantes élections législatives d’octobre. Poutine a évité d’utiliser l’expression « révolution de couleur », mais il y a fait implicitement référence. »

Les différents services américains et les néo-conservateurs du Département d’Etat aimeraient certainement fomenter des révoltes en Russie. Mais il y a très peu de chances qu’un putsch réussisse à Moscou. Il n’y a pas d’opposition efficace au gouvernement actuel, et quelques difficultés économiques n’inciteront pas les Russes à prendre l’état d’assaut. Ils auraient pendu Eltsine plus d’une fois, si c’était le cas.

Ce serait beaucoup plus facile si Washington acceptait la Russie telle qu’elle est et lui faisait un peu de place sur l’échiquier politique international. Mais cela n’arrivera jamais, n’est-ce pas ?

En fait, le scénario qui se dessine ici, en ce qui concerne les relations russo-américaines pour le reste de la présidence de Barack Obama, est plutôt sinistre. Le problème principal de la Russie actuellement, c’est que les États-Unis interfèrent dans sa politique interne en vue de créer des dissensions politiques qui affaibliraient le Kremlin, l’obligeant à adopter des politiques en harmonie avec les stratégies régionales et mondiales américaines.

Les États-Unis ne peuvent pas accepter une Russie (ou tout autre pays) en mode nationaliste, soufflant un puissant vent contraire à ses stratégies mondiales.

La victoire de Trump ou Sanders à la présidence des Etats-Unis pourrait se traduire par des relations plus amicales avec Moscou. Mais il y a beaucoup de monde dans les diverses bureaucraties, en particulier au Pentagone, dont les crédits dépendent d’une relation hostile avec la Russie (et la Chine). Il sera difficile de les réduire au silence. Cela augmente la difficulté de résoudre les crises en cours en Syrie et en Ukraine:

« Poutine a prévenu que Moscou écrasera dans l’œuf toute tentative américaine de susciter de l’agitation politique en Russie. On peut faire confiance à Poutine pour qu’il le fasse. Cependant, la grande question demeure : comment des conflits régionaux tels que la Syrie ou l’Ukraine pourraient-ils faire l’objet d’un traitement approprié quand les deux grandes puissances sont enfermées dans une lutte existentielle? »

Si les États-Unis essayaient vraiment de créer des troubles autour des élections à Moscou, nous pouvons nous attendre à une intensification des conflits dans les deux théâtres d’opérations d’Ukraine et de Syrie, au cours de l’été. Ne serait-ce que pour intensifier le message « Poutine est le Mal » que les médias « occidentaux » sont sommés de propager dans leurs populations.

Moon of Alabama | 27 février 2016

Article original : http://www.moonofalabama.org/2016/02/is-the-us-preparing-a-color-revolution-in-russia.html

Traduction : Dominique Muselet

Source : http://arretsurinfo.ch/les-etats-unis-preparent-ils-une-revolution-de-couleur-en-russie/

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La débâcle libyenne d’Obama, par Alan J. Kuperman

29 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #Politique étrangère, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme

Source : Foreign Affairs
Comment une intervention bien intentionnée s’est soldée par un échec

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Par Alan J. Kuperman

Le 17 mars 2011, le conseil de sécurité de l’ONU a adopté la Résolution 1973, proposée par l’administration du Président américain Barack Obama, autorisant une intervention militaire en Libye. Le but, avait expliqué Obama, était de sauver la vie de militants pacifiques qui manifestaient pour la démocratie et qui se sont trouvés la cible de mesures de répression du dictateur libyen Mouammar Kadhafi. Non seulement Kadhafi mettait en danger l’élan du Printemps arabe naissant, qui avait récemment balayé des régimes autoritaires en Tunisie et en Égypte, mais il était aussi sur le point de commettre un bain de sang dans la ville libyenne où le soulèvement avait commencé, a déclaré le président. « Nous savions que si nous avions attendu encore un jour, Benghazi – une ville d’environ la taille de Charlotte – aurait pu subir un massacre qui aurait retenti à travers la région et entaché la conscience du monde, » a déclaré Obama. Deux jours après l’autorisation de l’ONU, les États-Unis et d’autres pays de l’OTAN ont établi une zone d’exclusion aérienne partout en Libye et ont commencé à bombarder les forces de Kadhafi. Sept mois plus tard, en octobre 2011, après une campagne militaire élargie avec l’assistance permanente des pays occidentaux, les forces rebelles ont conquis le pays et ont tué Kadhafi.

Dans le sillage immédiat de la victoire militaire, les responsables américains étaient triomphants. Écrivant dans ces pages en 2012, Ivo Daalder et James Stavridis, à l’époque respectivement représentant permanent américain à l’OTAN et commandant suprême des forces alliées en Europe, ont déclaré : « L’opération de l’OTAN en Libye a été justement saluée comme une intervention modèle. » Dans la Roseraie, après la mort de Kadhafi, Obama lui-même pavoisait, « Sans mettre un seul fonctionnaire américain sur le terrain, nous avons réalisé nos objectifs. » En effet, les États-Unis ont semblé avoir réalisé un triplé : nourrir le Printemps arabe, prévenir un génocide semblable à celui du Rwanda et éliminer la Libye comme source potentielle de terrorisme. Cependant, ce verdict s’avère avoir été prématuré. Rétrospectivement, l’intervention d’Obama en Libye était un échec lamentable, même jugé selon ses propres normes. La Libye n’a pas seulement échoué à évoluer vers une démocratie ; elle s’est transformée en un État en faillite. Les morts violentes et autres violations des droits de l’homme se sont multipliées. Au lieu d’aider les États-Unis à combattre le terrorisme, comme l’a fait Kadhafi pendant sa dernière décennie au pouvoir, la Libye sert maintenant de refuge à des milices affiliées tant à al-Qaïda qu’à l’État Islamique en Irak et au Levant (ÉIIL). L’intervention en Libye a nui également à d’autres intérêts américains : elle a compromis la non-prolifération nucléaire, refroidi la coopération russe à l’ONU et alimenté la guerre civile en Syrie.
Malgré ce que prétendent les défenseurs de la mission, il existait une meilleure option politique – ne pas intervenir du tout, parce que les civils libyens pacifiques n’étaient pas réellement menacés. Si les États-Unis et leurs alliés avaient suivi cette voie, ils auraient pu éviter à la Libye le chaos qui en a résulté et avoir la possibilité de progresser avec le successeur désigné de Kadhafi : son fils relativement libéral, éduqué à l’occidentale, Saïf al-Islam. Au lieu de cela, la Libye est aujourd’hui parcourue par des milices féroces et des terroristes anti-américains – et sert ainsi de parfait exemple pour montrer comment les interventions humanitaires peuvent se retourner à la fois contre ceux qui interviennent et contre ceux qu’elles prétendaient secourir.

UN ÉTAT EN FAILLITE
L’optimisme à propos de la Libye a atteint son apogée en juillet 2012, quand des élections démocratiques amenèrent au pouvoir un gouvernement de coalition laïque et modéré – un changement profond après les quatre décennies de dictature de Kadhafi. Mais le pays s’engagea rapidement sur la mauvaise pente. Le Premier ministre élu, Moustafa Abou Chagour, ne resta pas un mois en poste. Son éviction rapide annonçait les troubles à venir : au moment où nous écrivons cet article, la Libye a eu sept Premiers ministres en moins de quatre ans. Les islamistes sont parvenus à dominer le premier parlement d’après-guerre, le Congrès Général National. Pendant ce temps, le nouveau gouvernement a échoué à désarmer les dizaines de milices qui sont apparues durant les sept mois de l’intervention de l’OTAN, en particulier les milices islamistes, ce qui a donné lieu à des batailles sanglantes sur le terrain entre des tribus ou des commandants rivaux, qui continuent encore aujourd’hui. En octobre 2013, les sécessionnistes de la Libye orientale, où se trouve la plus grande part du pétrole du pays, ont décrété leur propre gouvernement. Ce même mois, Ali Zeidan, Premier ministre en exercice, fut kidnappé et pris en otage. À la lumière de l’influence islamiste grandissante dans le gouvernement libyen, au printemps 2014 les États-Unis repoussèrent leur projet de former une armée libyenne de 6 000 à 8 000 hommes.

Dès mai 2014 la Libye était au bord d’une nouvelle guerre civile, entre les libéraux et les islamistes. Ce mois-là, un général laïque rebelle nommé Khalifa Hifter prit le contrôle de l’armée de l’air pour attaquer les milices islamistes à Benghazi, pour étendre ensuite ses cibles jusqu’à inclure la zone gérée par les islamistes à Tripoli. Les élections de juin dernier n’ont en rien aidé à résoudre le chaos. La plupart des Libyens ont déjà abandonné toute idée de démocratie, et la participation électorale est tombée de 1,7 million au scrutin précédent à seulement 630 000. Les partis laïques ont déclaré la victoire et formé une nouvelle majorité, la Chambre des Représentants, mais les islamistes ont refusé d’en accepter le résultat. Ce qui a abouti à deux parlements concurrents, chacun prétendant être le seul légitime.

En juillet, une milice islamiste de la ville de Misrata a répliqué aux actions de Hifter en attaquant Tripoli, forçant l’évacuation des ambassades occidentales. Après une bataille de six semaines, les islamistes ont conquis la capitale en août pour le compte de la coalition appelée « Aube de la Libye », qui formait, avec la majorité précédente, ce qu’ils appelaient un « gouvernement de salut national ». En octobre, le parlement nouvellement élu, mené par la coalition laïque Opération Dignité, s’est enfui vers l’Est et la ville de Tobrouk, où ils ont établi un gouvernement intérimaire concurrent, que la Cour Suprême de Libye a ensuite déclaré inconstitutionnel. La Libye se trouve donc avec deux gouvernements en guerre, chacun ne contrôlant qu’une fraction des territoires et des milices du pays.
Si mauvaise qu’ait été la situation des droits de l’homme en Libye sous Kadhafi, elle n’a fait qu’empirer depuis que l’OTAN l’a évincé. Immédiatement après avoir pris le pouvoir, les rebelles ont massivement perpétré des meurtres en représailles, sans parler des tortures, des coups et des détentions arbitraires infligés à des milliers de détenus suspectés d’être des partisans de Kadhafi. Les rebelles ont aussi expulsé 30 000 résidents essentiellement noirs de la ville de Tawarga et brûlé ou pillé leurs maisons et leurs magasins, sous le prétexte que certains étaient supposés avoir été des mercenaires. Six mois après la guerre, Human Rights Watch a déclaré que les abus « s’avèrent si répandus et systématiques que l’on peut parler de crimes contre l’humanité. »

Des violations similaires persistent. En octobre 2013, le Bureau du haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies a rapporté que « la vaste majorité des 8000 prisonniers de guerre estimés sont aussi détenus sans droit à un procès équitable ». Plus dérangeant, Amnesty International a publié un rapport l’année dernière qui révèle leurs mauvais traitements : “Les détenus sont sujets à des coups répétés avec des tubes en plastique, des bâtons, des barres de fer ou des câbles. Dans certains cas, ils ont reçu des chocs électriques, été suspendus dans des positions pénibles pendant des heures, maintenus les yeux bandés continuellement et menottés les mains derrière le dos ou privés de nourriture et d’eau ». Le rapport note également quelques 93 attaques contre des journalistes libyens pour les neuf premiers mois de 2014, « y compris des enlèvements, des arrestations arbitraires, des assassinats, des tentatives d’assassinats et des agressions ». Les attaques en cours dans l’ouest de la Libye, conclut le rapport, « constituent des crimes de guerre ». En conséquence d’une violence aussi généralisée, les Nations Unies estiment qu’environ 400 000 Libyens ont fui leur domicile, un quart d’entre eux ayant même fui le pays.

La qualité de vie en Libye s’est fortement dégradée du fait de l’effondrement économique. Ceci est principalement dû au fait que la production pétrolière, le poumon du pays, demeure sévèrement réduite par le conflit qui perdure. Avant la révolution, la Libye produisait 1,65 million de barils de pétrole par jour, un chiffre qui est tombé à zéro pendant l’intervention de l’OTAN. Bien que la production soit temporairement revenue à 85 pour cent de son niveau antérieur, depuis la prise des ports orientaux par les sécessionnistes en août 2013, la production moyenne s’établit à seulement 30 pour cent du niveau d’avant-guerre. Les combats en cours interdisent le fonctionnement des aéroports et des ports maritimes dans les deux plus grandes villes du pays, Tripoli et Benghazi. Dans de nombreuses villes, les habitants subissent d’importantes coupures électriques – jusqu’à 18 heures par jour à Tripoli. Les privations récentes représentent une baisse sévère pour un pays dont le niveau de vie était traditionnellement le plus élevé de toute l’Afrique selon l’indice de développement humain des Nations Unies.

LE COÛT HUMAIN
Quoique la Maison-Blanche justifie sa mission en Libye par des raisons humanitaires, l’intervention y a en fait largement aggravé la mortalité. Pour commencer, la répression de Kadhafi a été nettement moins meurtrière que ce que les reportages des médias indiquaient à l’époque. En Libye orientale, où la révolte a commencé par un mélange de manifestations pacifiques et violentes, Human Rights Watch n’a documenté que 233 morts dans les premiers jours de combat, et non 10 000 comme indiqué par la chaîne d’information saoudienne Al Arabiya. En vérité, comme je l’ai documenté dans un article de 2013 dans International Security, de la mi-février 2011, lorsque la rébellion a commencé jusqu’à mi-mars 2011, lorsque l’OTAN est intervenue, environ 1 000 Libyens seulement sont morts, en incluant les soldats et les rebelles. Bien qu’un article d’Al Jazeera diffusé par les médias occidentaux au début 2011 ait avancé que l’aviation de Kadhafi avait mitraillé et bombardé des civils à Benghazi et à Tripoli, « l’histoire n’était pas vraie » a révélé un examen exhaustif dans la London Review of Books par Hugh Roberts, de l’Université Tufts. En fait, en cherchant à minimiser les pertes civiles, les forces de Kadhafi avaient évité une violence indiscriminée.

La meilleure preuve statistique provient de Misrata, la troisième ville de Libye, où les combats initiaux ont été les plus intenses. Human Rights Watch a établi que parmi les 949 personnes blessées là-bas durant les sept premières semaines de la rébellion, seules 30 (juste un peu plus de 3 pour cent) étaient des femmes ou des enfants, ce qui indique que les forces de Kadhafi avaient précisément ciblé les combattants, qui étaient pratiquement tous des hommes. Durant la même période à Misrata, seulement 257 personnes ont été tuées, une toute petite partie des 400 000 habitants de la ville.
Une même modération était manifeste à Tripoli. Le gouvernement n’y a fait usage d’une force importante que pendant les deux jours qui ont précédé l’intervention de l’OTAN. Il s’agissait de repousser les manifestants violents qui brûlaient des bâtiments gouvernementaux. Des médecins libyens ont ensuite confié à une commission d’enquête de l’ONU avoir vu dans les morgues de la ville le 20 et le 21 février plus de 200 cadavres, dont seulement deux femmes. Ces statistiques réfutent l’idée que les forces de Kadhafi ont tiré au hasard sur des civils pacifiques.

De plus, au moment où l’OTAN est intervenue, la violence en Libye était sur le point de cesser. Les troupes bien équipées de Kadhafi avaient contenu la rébellion hétéroclite, qui se retirait. A la mi-mars 2011, les forces gouvernementales étaient prêtes à reconquérir les derniers bastions rebelles de Benghazi, mettant de ce fait fin à un mois de conflit au prix d’un peu plus de 1 000 vies. Pourtant, juste à ce moment, des Libyens expatriés en Suisse et affiliés à la rébellion sonnèrent l’alerte sur un proche « bain de sang » à Benghazi, ce que les médias occidentaux se sont empressés de reprendre mais qui se révèle rétrospectivement une opération de propagande. En réalité, le 17 mars, Kadhafi s’était engagé à protéger les civils à Benghazi, comme il l’avait fait pour les autres villes regagnées, ajoutant que ses troupes avaient « laissé la voie libre » pour que les rebelles puissent se retirer en Égypte. Dit simplement, les groupes armés étaient en train de perdre la guerre et donc leurs agents à l’extérieur brandirent le spectre d’un génocide pour pousser à une intervention de l’OTAN – ce qui a marché comme sur des roulettes. Il n’y a aucune raison ou preuve pour penser que Kadhafi avait planifié ou voulait perpétrer une tuerie.

Il est vrai que le gouvernement a réellement essayé d’intimider les rebelles, jurant de les poursuivre sans relâche. Mais Kadhafi n’a jamais converti cette rhétorique en attaque contre les civils. Du 5 au 15 mars 2015, les troupes gouvernementales ont reconquis toutes les principales villes aux mains des rebelles sauf une, et dans aucune d’elles n’ont exécuté de civils par mesure de rétorsion, et encore moins commis de bain de sang. En fait, alors que ses troupes se rapprochaient de Benghazi, Kadhafi a redit en public qu’elles ne s’en prendraient ni aux civils, ni aux rebelles ayant déposé les armes. Le 17 mars, il s’est adressé directement aux rebelles : « Jetez vos armes, tout comme vos frères l’ont fait à Ajdabiya et ailleurs. Ils ont déposé les armes et sont en sécurité. Nous ne les avons jamais poursuivis. »

Pourtant, deux jours plus tard, la campagne aérienne de l’OTAN a stoppé l’offensive de Kadhafi. Par conséquent, Benghazi n’est pas retournée sous le contrôle gouvernemental, les rebelles n’ont pas fui, et la guerre n’a pas pris fin. Au lieu de cela, les militants sont revenus de leur retraite et ont repris l’offensive. Finalement, le 20 octobre 2011, les rebelles ont découvert Kadhafi, l’ont torturé puis sommairement exécuté. Les derniers vestiges du régime sont tombés trois jours plus tard. En tout, l’intervention a fait passer la guerre civile en Libye de moins de six semaines à plus de huit mois.
Les estimations du nombre de personnes tuées pendant la guerre ont varié considérablement. Lors d’une conférence privée organisée par l’Institut Brookings en novembre 2011, un fonctionnaire américain a estimé à « environ 8 000 » le nombre final de morts. En revanche, le ministre de la Santé du côté rebelle affirmait en septembre 2011, avant même que le conflit ne soit terminé, que 30 000 Libyens étaient déjà morts. Toutefois, le ministère des Martyrs et Personnes disparues du gouvernement d’après-guerre a drastiquement réduit ce chiffre à 4 700 civils et rebelles, à quoi s’ajoute un nombre équivalent ou plus faible dans les forces du régime, et 2 100 personnes portées disparues des deux côtés – pour une estimation haute de 11 500 morts.

Les statistiques consolidées des pertes n’ont pas été compilées durant les deux années de conflit à basse intensité qui ont suivi, mais il y eut bel et bien des rapports sur plusieurs accrochages significatifs, tel celui de mars 2012 qui opposa des tribus rivales dans la cité méridionale de Sebha et fit 147 morts. A la lumière de tels cas, on peut raisonnablement estimer que le conflit tua au moins 500 personnes par an en 2012 et 2013. Des données plus fiables sont disponibles pour la guerre civile qui a redémarré en 2014. Le site web Libya Body Count, qui décompte les pertes sur une base quotidienne, indique que le nombre total de Libyens tués l’année dernière dépassait 2 750. De surcroît, contrairement aux troupes de Kadhafi en 2011, les milices qui combattent aujourd’hui en Libye font un usage indiscriminé de la force. En août 2014, par exemple, le centre médical de Tripoli signala que sur 100 personnes tuées dans les violences récentes, 40 étaient des femmes et au moins 9 des enfants. Le mois suivant, dans un crime de guerre flagrant, des miliciens ont tiré sur un poste médical avec un lance-roquettes multi-têtes.

Cette sinistre comptabilité conduit à une conclusion déprimante mais inévitable. Avant l’intervention de l’OTAN, la guerre civile en Libye était sur le point de s’achever, au prix d’à peu près 1 000 vies. Depuis, cependant, la Libye a déploré au moins 10 000 morts supplémentaires dues au conflit. En d’autres termes, l’intervention de l’OTAN semble avoir décuplé le nombre de morts violentes.

UN TERRITOIRE POUR LES TERRORISTES
Une autre conséquence inattendue de l’intervention en Libye a été d’accroître la menace terroriste depuis ce pays. Bien que Kadhafi ait soutenu le terrorisme il y a plusieurs dizaines d’années – comme en témoigne le paiement ultérieur par le régime de réparations pour l’attentat à la bombe dans un avion à Lockerbie en 1988 – le dirigeant libyen était devenu un allié des USA contre le terrorisme mondial avant même le 11 septembre 2001. C’était en partie à cause de la menace intérieure que représentait le Groupe Combattant Islamique de Libye, affilié à al-Qaïda. Le chef de la sécurité extérieure de Kadhafi, Moussa Koussa, avait rencontré à plusieurs reprises des hauts fonctionnaires de la CIA pour fournir des renseignements sur des combattants libyens en Afghanistan et sur le trafiquant pakistanais de substances nucléaires A. Q. Khan. En 2009, le général William Ward, alors à la tête du Commandement américain pour l’Afrique, avait encensé la Libye comme « un partenaire de premier plan dans la lutte contre le terrorisme transnational. » Cependant, depuis l’intervention de l’OTAN en 2011, la Libye et le Mali voisin sont devenus des refuges pour les terroristes. Des groupes islamistes radicaux, que Kadhafi avait éradiqués, ont refait surface sous la protection aérienne de l’OTAN comme les combattants les plus aguerris de la rébellion. Fournis en armes par des pays sympathisant tels que le Qatar, les milices ont refusé de se désarmer après la chute de Kadhafi. Leur menace persistante a été mise en lumière en septembre 2012, quand des djihadistes, dont certains membres du groupe Ansar al-Sharia, ont attaqué l’enceinte diplomatique américaine à Benghazi, tuant Christopher Stevens, l’ambassadeur des USA en Libye, et trois de ses collègues. L’année dernière, les Nations Unies ont officiellement qualifié Ansar al-Sharia d’organisation terroriste, en raison de son affiliation à al-Qaïda au Maghreb Islamique.

Les militants islamistes en Libye luttent à présent pour un contrôle total du pays, et ils marquent des points. En avril 2014, ils ont pris une base militaire secrète près de Tripoli, que les forces d’opérations spéciales des USA avaient, ironie de l’histoire, établie durant l’été 2012 pour entraîner les troupes contre-terroristes libyennes. Encore en septembre 2014, le Qatar et le Soudan ont fait parvenir des armes aux islamistes. En réponse, les gouvernements plus laïques des Émirats Arabes Unis et de l’Égypte ont procédé à des frappes aériennes contre les militants islamistes à Tripoli et à Benghazi en août et en octobre de l’an dernier. Les djihadistes en Libye aujourd’hui ne se composent plus seulement des affiliés d’al-Qaïda ; en janvier 2015, des groupes se revendiquant de Daesh, appelé aussi État Islamique, ont perpétré des massacres ou des enlèvements dans chacune des trois régions administratives traditionnelles de la Libye.

L’intervention de l’OTAN a également bénéficié au terrorisme islamique ailleurs dans la région. À la chute de Kadhafi, les Touaregs maliens qui étaient membres de ses forces de sécurité sont rentrés au pays avec leurs armes pour lancer leur propre rébellion. Ce soulèvement a été rapidement détourné par les forces islamiques locales et al-Qaïda au Maghreb Islamique, qui déclarèrent un État islamique indépendant dans la moitié nord du pays. En décembre 2012, cette zone était devenue « le plus grand territoire du monde contrôlé par des extrémistes islamiques, » d’après le sénateur Christopher Coons, président du sous-comité pour l’Afrique du sénat américain. La menace a été décrite plus en détail par le New York Times, qui indiqua que « la branche d’al-Qaïda en Afrique du Nord dirige des camps d’entraînement terroristes dans le nord Mali et fournit des armes, des explosifs et des fonds à une organisation islamiste militante dans le nord du Nigéria. » Mais les retombées libyennes ne se sont pas arrêtées là, qui ont également motivé des conflits ethniques mortels au Burkina Faso et la montée de l’islamisme radical au Niger. Pour faire face à cette menace, début 2013, la France a été obligée de déployer des milliers de militaires au Mali, certains d’entre eux sont toujours en train de combattre les djihadistes dans le nord du pays. Le problème terroriste a été amplifié par la dispersion d’un armement critique depuis les arsenaux de Kadhafi vers des islamistes radicaux en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Peter Bouckaert de Human Rights Watch estime que dix fois plus d’armes ont disparu en Libye qu’en Somalie, Afghanistan ou Irak. La plus grande inquiétude porte peut-être sur un système de défense aérienne individuel, connu sous le nom de MANPAD, qui, correctement utilisé, peut servir à abattre aussi bien des avions civils que militaires. Jusqu’à 15 000 de ces missiles étaient portés manquants en février 2012, selon un fonctionnaire du Département d’État des États-Unis cité dans les colonnes du Washington Post ; une campagne de rachat abondée à hauteur de 40 millions de dollars n’a permis d’en retrouver que 5 000. L’article ajoutait que des centaines de ces armes étaient toujours dans la nature, y compris au Niger, où Boko Haram, le groupe islamiste radical, en a récupéré quelques-unes à travers la frontière nord du Nigéria. Quelques dizaines d’autres ont été retrouvées en Algérie et en Égypte.

Les missiles ont même cheminé à travers l’Égypte jusqu’à la Bande de Gaza. En octobre 2012, des militants en ont utilisé un pour la première fois, ratant de peu un hélicoptère de l’armée israélienne, et des fonctionnaires israéliens ont déclaré que ces armes provenaient de Libye. Plus récemment, début 2014, des islamistes en Égypte ont utilisé un autre de ces missiles pour abattre un hélicoptère militaire. Des MANPAD libyens ainsi que des mines sont même apparus sur les marchés d’armes en Afrique de l’Ouest, où des acheteurs somaliens les ont raflés pour le compte de rebelles islamistes et de pirates, dans la lointaine Afrique de l’Est.

LES RÉPERCUSSIONS PLUS LARGES
Les dégâts causés par l’intervention en Libye s’étendent bien plus loin qu’au voisinage immédiat. En premier lieu, en aidant au renversement de Kadhafi, les États-Unis ont sabordé leur propre programme de non-prolifération nucléaire. En 2003, Kadhafi avait volontairement stoppé ses programmes d’armement nucléaire et chimique et livré ses arsenaux aux États-Unis. Sa récompense, huit années plus tard, a consisté en un changement de régime piloté par les Américains, dont sa mort violente a constitué le sommet. Cette expérience a rendu beaucoup plus compliquée la tâche de convaincre d’autres États d’abandonner leur programme nucléaire. Peu après le début de la campagne aérienne, la Corée du Nord a publié une déclaration émanant d’un fonctionnaire anonyme du ministère des Affaires étrangères, indiquant que « la crise libyenne donne une sérieuse leçon à la communauté internationale » et que la Corée du Nord ne se laisserait pas prendre à la même « tactique [américaine] de désarmement du pays ». Le dirigeant suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, nota de la même manière que Kadhafi avait « emballé tout son matériel nucléaire, l’avait embarqué sur un bateau et livré à l’Occident ». Un autre Iranien bien informé, Abbas Abdi, fit remarquer : « Quand Kadhafi a dû faire face à une insurrection, tous les dirigeants occidentaux l’ont laissé tomber comme un paquet de linge sale. En vertu de quoi, nos dirigeants pensent que les compromis ne sont pas d’un grand secours. »

L’intervention en Libye pourrait aussi avoir favorisé la violence en Syrie. En mars 2011, le soulèvement en Syrie était encore largement non-violent, et la réponse du gouvernement d’Assad, bien que criminellement disproportionnée, était relativement circonscrite, causant la mort de moins de 100 Syriens chaque semaine. Cependant, après le coup de main de l’OTAN aux rebelles en Libye, les révolutionnaires en Syrie se tournèrent vers la violence durant l’été 2011, espérant peut-être provoquer une intervention similaire. « C’est la même chose qu’à Benghazi, » déclara un rebelle syrien au Washington Post à cette époque, ajoutant, « nous avons besoin d’une zone d’exclusion aérienne. » Le résultat fut une escalade massive du conflit syrien, qui conduisit à au moins 1 500 morts hebdomadaires au début de 2013, un bilan 15 fois plus lourd.

La mission de l’OTAN en Libye a également entravé les efforts de paix en Syrie en irritant profondément la Russie. Avec l’accord de Moscou, le Conseil de sécurité de l’ONU avait approuvé l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne en Libye et d’autres mesures visant à protéger les civils. Mais l’OTAN a outrepassé ce mandat pour chercher à faire tomber le régime. La coalition a ciblé les troupes de Kadhafi durant sept mois – même quand elles se retiraient, sans menacer les civils – et a armé et entraîné les rebelles opposés aux pourparlers de paix. Comme l’a déploré le président russe Vladimir Poutine, les troupes de l’OTAN « ont clairement violé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Libye, quand elles ont procédé elles-mêmes à des bombardements au lieu d’imposer la prétendue zone d’exclusion aérienne. » Son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a expliqué qu’en conséquence, en Syrie, la Russie « ne permettrait jamais au Conseil de sécurité d’autoriser quoi que ce soit de semblable à ce qui s’était passé en Libye. »

Au début du Printemps arabe, les tenants de l’intervention en Libye avaient prétendu que cette solution favoriserait la dynamique des soulèvements relativement pacifiques en Tunisie et en Égypte. En fait, l’action de l’OTAN n’a pas seulement échoué à disséminer une révolution pacifique mais elle a également contribué à la militarisation du soulèvement en Syrie et entravé les perspectives d’une intervention des Nations Unies dans ce pays. Pour la Syrie et ses voisins, la conséquence en a été l’exacerbation tragique de trois maux : les souffrances humanitaires, le sectarisme et l’Islam radical.

LA VOIE QUI N’A PAS ÉTÉ EMPRUNTÉE
En dépit du bouleversement majeur causé par l’intervention, certains de ses tenants impénitents prétendent que l’alternative – laisser Kadhafi au pouvoir – aurait été encore pire. Mais Kadhafi ne représentait en aucune manière l’avenir de le Libye. Agé de soixante-neuf ans et en mauvaise santé, il était en train de poser les bases d’une succession pour son fils Saïf, qui préparait de longue date un agenda réformateur. « Je n’accepterai aucun poste à moins qu’il n’y ait une nouvelle constitution, de nouvelles lois et des élections régulières, » a déclaré Saïf en 2010. « Tout le monde devrait avoir accès à un poste gouvernemental. Nous ne devrions pas avoir le monopole du pouvoir. » Saïf convainquit aussi son père que le régime devait reconnaître sa responsabilité pour un massacre célèbre dans les prisons en 1996, et verser une compensation aux familles des centaines de victimes. En outre, en 2008, Saïf avait rendu publics des témoignages d’anciens prisonniers faisant état de tortures infligées par les comités révolutionnaires – les chiens de garde zélés mais officieux du régime – dont il demanda le désarmement.

De 2009 à 2010, Saïf persuada son père de relâcher pratiquement tous les prisonniers politiques en Libye, créant un programme de déradicalisation des islamistes que des experts occidentaux ont cité en exemple. Il se fit également l’avocat d’une suppression du ministère libyen de l’Information, en faveur de médias privés. Il fit même venir des universitaires américains renommés – parmi lesquels Francis Fukuyama, Robert Putnam et Cass Sunstein – pour donner des conférences sur la société civile et la démocratie. L’indication la plus claire des tendances réformistes de Saïf est peut-être à trouver dans le fait qu’en 2011, les principaux dirigeants politiques de la révolution s’avérèrent être des fonctionnaires qu’il avait fait entrer auparavant au gouvernement. Mahmoud Jibril, Premier ministre du Conseil national de transition de la rébellion durant la guerre, avait dirigé le Conseil national du développement économique mis en place par Saïf. Mustafa Abdel Jalil, président du Conseil national de transition, avait été choisi par Saïf en 2007 pour développer une réforme judiciaire en tant que ministre libyen de la Justice, ce qu’il a fait avant de rejoindre les rebelles.

Bien sûr, il est impossible de savoir si Saïf se serait montré désireux ou capable de transformer la Libye. Il affrontait une opposition faite d’intérêts entremêlés, tout comme son père lui-même lorsque celui-ci tenta des réformes. En 2010, les conservateurs fermèrent temporairement les organes de presse appartenant à Saïf parce que l’un de ses journaux avait publié une tribune libre critique à l’encontre du gouvernement. A la fin 2010, quoi qu’il en soit, Kadhafi l’ancien avait renvoyé son fils plus radical, Mutassim, un geste qui avait semblé préparer le terrain pour Saïf et son agenda réformiste. Même si Saïf n’allait pas transformer en une nuit la Libye en une démocratie jeffersonienne, il semblait réellement désireux d’éliminer les dysfonctionnements et les injustices les plus flagrants du régime de son père.

Même après le début de la guerre, des observateurs respectables exprimèrent leur confiance en Saïf. Dans une tribune libre du New York Times, Curt Weldon, un ancien membre républicain du Congrès américain originaire de Pennsylvanie qui avait effectué dix mandats, écrivit que Saïf « pourrait jouer un rôle constructif en tant que membre du Comité pour définir une nouvelle structure de gouvernement ou une nouvelle constitution. » Au lieu de quoi, des miliciens encouragés par l’OTAN capturèrent et jetèrent en prison le fils de Kadhafi. Dans une interview donnée en détention au journaliste Franklin Lamb en octobre 2014, Saïf exprima ses regrets : « Nous étions sur le chemin de réformes importantes, et mon père m’avait donné la responsabilité de les conduire. Malheureusement, la révolte est arrivée, et les deux camps ont commis des erreurs qui permettent aujourd’hui à des groupes islamistes extrémistes tels que Daesh [l’EI] de ramasser les morceaux et de transformer la Libye en une entité fondamentaliste extrême. »

LES LEÇONS DE LA LIBYE
Obama admet aussi des regrets concernant la Libye, mais il en a malheureusement retiré un mauvais enseignement. « Je pense que nous avons sous-estimé […] la nécessité d’intervenir à pleine puissance, » déclara le président à l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman en août 2014. « Si vous faites ça, » a-t-il développé, « il doit y avoir un effort beaucoup plus agressif de reconstruction des sociétés. »

Mais c’est exactement la mauvaise recette. L’erreur en Libye n’a pas consisté en un effort inadéquat après l’intervention, mais bien en premier lieu, dans la décision même d’intervenir. Dans des cas comme la Libye, où un gouvernement essaye d’étouffer une rébellion, une intervention militaire a de fortes chances de provoquer un retour de bâton en favorisant la violence, la chute de l’État et le terrorisme. La perspective d’une intervention crée également des incitations perverses pour des milices, à provoquer des représailles gouvernementales puis à hurler au génocide afin d’attirer l’aide étrangère – le risque moral qu’encourt toute intervention humanitaire.

La véritable leçon à tirer de la Libye est que lorsqu’un État cible précisément des rebelles, la communauté internationale doit se retenir de lancer une campagne militaire sur des bases humanitaires pour aider les militants. Le public occidental devrait également se méfier de rebelles cyniques qui exagèrent non seulement la violence de l’État mais aussi leur propre soutien populaire. Même quand un régime est très imparfait, comme l’était celui de Kadhafi, une intervention risque seulement d’alimenter la guerre civile – déstabilisant le pays, mettant en danger la vie des civils et ouvrant la voie aux extrémistes. Une conduite prudente consiste à promouvoir des réformes pacifiques du genre de celles que le fils de Kadhafi, Saïf, cherchait à réaliser.

L’intervention humanitaire devrait être réservée aux rares circonstances où des civils sont visés et où l’action militaire peut faire plus de bien que de mal, comme au Rwanda en 1994, pour lequel j’ai estimé qu’une opération menée à temps aurait pu sauver près de 100 000 vies. Évidemment, les grandes puissances peuvent vouloir faire usage de la force à l’étranger pour d’autres raisons – pour combattre le terrorisme, éviter la prolifération nucléaire ou renverser un dictateur dangereux. Mais elles ne doivent pas prétendre que la guerre qui en découle est humanitaire, ou se montrer surprises quand elle provoque la mort de nombreux civils innocents.

Source : Foreign Affairs29
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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RPS FIERS. SOUTIEN SANS RÉSERVE A NOS PAYSANS ET A TOUS LES ZADISTES!

28 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN.

RPS FIERS. SOUTIEN SANS RÉSERVE A NOS PAYSANS ET A TOUS LES ZADISTES!

SOUTIEN SANS RÉSERVE A NOS PAYSANS ET A TOUS LES ZADISTES!

Le RPS FIERS apporte son soutien sans aucune réserve à nos paysans qui se battent pour survivre, sans survie de nos agriculteurs c'est la mort annoncée de toutes nos campagnes et la certitude pour nous de ne plus jamais manger de produits sains.

L'Union Européenne a commencé son entreprise de destruction de la paysannerie française, destruction programmée afin de pouvoir importer à grands frais et à grandes pollutions les aliments OGM et les viandes aux hormones qui sont produits sur les terrains pollués au gaz de schistes sur le sol des USA.

Le CETA, accord signé entre le Canada et l'UE et qui va entrer en vigueur dans les mois qui viennent et le TAFTA qui va être signé entre les USA et l'UE sont mortifères pour notre agriculture, nos commerçants, nos artisans et nos PME et donc mortifères pour nos campagnes.

Ces accords ont été signés sans demander l'avis des populations et l'acte 3 de la décentralisation et la loi NOTRe qui font disparaître nos communes, nos départements et notre nation n'ont pour but que de nous empêcher de nous défendre contre les tribunaux d'exception qui vont être mis en place par les multinationales.

Nous avons besoin de nos paysans pour que nous et nos enfants puissions continuer à nous nourrir correctement. Tous ceux qui protègent la terre et la nature protègent notre avenir. Nos commerçants, artisans et PME n'ont pas besoin d'être "uberisés", en d'autres termes réduits à devenir des esclaves des grandes multinationales, leur savoir-faire est un gage de qualité de vie pour tous les citoyens.

Pour que vivent nos paysans, pour que vive notre beau pays de France, pour nous et nos enfants, pour ne pas avoir à subir le CETA, le TAFTA et tous les méfaits des multinationales, nous n'avons qu'une seule solution : brisons les chaînes de l'UE, de l'Euro et de l'OTAN qui nous entraînent dans une guerre avec la Russie!

NI UE, NI EURO, NI OTAN, UNE FRANCE INDÉPENDANTE ET UNE RÉPUBLIQUE SOCIALE!

RPS FIERS. SOUTIEN SANS RÉSERVE A NOS PAYSANS ET A TOUS LES ZADISTES!
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Le bouclage des frontières en Europe n’est plus tenable. Si rien n’est fait, d’ici 10 jours le système va imploser !

28 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #l'immigration, #Europe supranationale, #La France, #La Turquie, #AMERIQUE, #L'OTAN.

Le bouclage des frontières en Europe n’est plus tenable. Si rien n’est fait, d’ici 10 jours le système va imploser !
 
Le bouclage des frontières en Europe n’est plus tenable. Si rien n’est fait, d’ici 10 jours le système va imploser !

L’Union européenne a exhorté jeudi les Etats-membres à apporter à la crise migratoire des “résultats tangibles” dans un délai maximum de “dix jours”. Sinon le risque de voir “le système s’effondrer complètement” est grand, estime-t-on à Bruxelles.

L’avertissement émane du commissaire européen d’origine grec Dimitris Avramopoulos. Il a fait cette déclaration à l’issue d’une réunion jeudi à Bruxelles des 28 ministres de l’Intérieur. “La possibilité d’une crise humanitaire à grande échelle est là, très réelle, très proche”, a-t-il encore dit. La conseillère fédérale en charge du dossier Simonetta Sommaruga était également présente.


Il s’en est pris aux décisions prises unilatéralement par certains pays comme l’Autriche pour limiter la progression des flux vers le nord de l’Europe, au risque de créer un engorgement en Grèce. “Le temps n’est plus aux actions sans coordination. Nous n’avons absolument plus de temps à perdre”, a-t-il lancé.M. Avramopoulos a de nouveau appelé à la mise en oeuvre rapide des décisions prises par les 28 l’été dernier en termes de répartition des réfugiés au sein de l’UE pour soulager l’Italie et la Grèce.

Le commissaire européen a jugé “très critique” la situation des migrants qui veulent rallier le nord de l’Europe via la route des Balkans par les pays de l’ex-Yougoslavie et se retrouvent progressivement bloqués aux différentes frontières.

Source: romandie

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Lavrov : il n’y a pas de plan B en Syrie, et il n’y en aura pas - Russia Today

27 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La Turquie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #L'OTAN.

Lavrov : il n’y a pas de plan B en Syrie,
et il n’y en aura pas - Russia Today

jeudi 25 février 2016, par Comité Valmy

Lavrov : il n’y a pas de plan B en Syrie, et il n’y en aura pas

Le ministre russe des Affaires étrangères a exclu l’existence, dans le présent ou le futur, d’un plan B concernant le règlement de la crise en Syrie, contrairement à ce qu’a commenté John Kerry, qui a prévu la partition de la Syrie en cas d’échec.

 

« On a tout dit sur ce plan B : il n’y en a pas, et il n’y en aura pas. Personne [ni la Russie, ni les Etats-Unis] ne l’envisage », a martelé Sergueï Lavrov, en répondant à la question des journalistes lui demandant de commenter la proposition des Etats-Unis sur les différents scénarios possibles pour l’avenir de la Syrie.

 

Le 22 février, les présidents russe et américain ont annoncé qu’un accord sur un plan de paix en Syrie avait été atteint. Le cessez-le-feu entre les troupes militaires syriennes et les groupes d’opposition entrera en vigueur le 27 février. Cependant, cet accord ne s’applique pas à l’Etat islamique (Daesh) et au Front al-Nosra (branche d’Al-Qaïda en Syrie) . Vladimir Poutine a déclaré que ces organisations terroristes seraient prises pour cible jusqu’à leur anéantissement complet.

 

Le 23 février déjà, le secrétaire d’Etat John Kerry avait annoncé que les Etats-Unis discutaient d’un soi-disant plan de sauvegarde qui pourrait avoir des conséquences, notamment sur la fin de l’unité de la Syrie. « Si nous attendons plus longtemps, il risque d’être trop tard pour conserver l’unité de la Syrie », a-t-il déclaré devant la commission du Sénat américain. Dans ce plan alternatif, John Kerry n’a pas écarté le renforcement de l’engagement militaire américain en Syrie.

 

La Russie et la Syrie ont réagi négativement à cette proposition ambiguë. Ainsi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhail Bogdanov a déclaré que Moscou ne prévoyait aucun plan alternatif. « Nos partenaires occidentaux nous rendent perplexes, notamment les Etats-Unis, qui mentionnent l’existence d’une sorte de plan B », a-t-il indiqué.

 

Quant à Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, il a déclaré que la priorité russe restait de « réaliser le plan, l’initiative exprimée par les deux présidents ».

 

Damas n’est pas non plus au courant du plan B américain, a déclaré un conseiller du président syrien Bachar el-Assad, Bouthaina Shaaban. « Je ne sais pas si ces déclarations ont été faites pour exercer une pression. De toute façon, aucune pression n’a besoin d’être exercée sur le gouvernement syrien, qui est d’accord avec l’initiative russo-américaine », a-t-il dit.

 

25 février 2016

Source :

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Syrie : pourquoi les Etats Unis préparent la guerre ? par Karine Bechet-Golovko.

27 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #Europe supranationale, #La Turquie, #L'OTAN., #l'ONU, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme

Syrie : pourquoi les Etats Unis préparent la guerre ?
par Karine Bechet-Golovko

vendredi 26 février 2016, par Comité Valmy

Syrie : pourquoi les Etats Unis préparent la guerre ?

Alors que le plan de paix en Syrie semble petit à petit tenter de se mettre en place (voir notre article à ce sujet ici), des groupes d’opposition acceptant de déposer temporairement les armes, les Etats Unis préparent un plan B, que le Secrétaire d’état américain J. Kerry annonce plus conflictuel, militaire.

 

A peine les deux présidents russes et américains avaient raccroché le téléphone, que les chefsdu Pentagone et de la CIA exigent d’Obama de faire pression sur la Russie pour lui causer de sérieux problèmes, qui la fassent réfléchir. Des sanctions économiques encore plus fortes, soutenir militairement les groupes d’opposition. Article publié dans le Wall Street Journal le jour même de l’annonce du plan de paix, le 23. Les recettes classiques. Mais quelle est la faute de la Russie pour justifier tant d’hystérie : saper le travail américain de destabilisation de la région. Ils doivent reprendre la main.

 

Alors que les forces militaires régulières syriennes ont accepté le cessez-le-feu, que les kurdes également. Le Haut Conseil pour les négociations (soutenu par l’Arabie saoudite) accepte de voir venir pendant les deux prochaines semaines.

 

D’autres hésitent. L’armée libre syrienne ne s’est pas encore prononcée. Il faut dire que, comme l’écrit tranquillement Euronews, dans certaines régions les rebels modérés sont alliés avec Al Nusra, sans pour autant être des radicaux. Bien sûr.

 

La Turquie, elle, ne se considère pas concernée par les accords de paix. Si elle estime que ses intérêts nationaux sont en danger, elle ripostera sans demander la permission à personne, selon les terme du Premier ministre. Le président Erdogan déclarant pour sa part que, de toute manière, les kurdes sont des terroristes qu’il faut tuer.

 

Alors pourquoi les hauts responsables américains, Pentagone, CIA et Département d’état, entrent en guerre, pour l’instant verbale, contre la Russie ?

 

J. Kerry déclarait que dans le cas d’un échec du plan du plan de paix, les Etats Unis ont un plan B :

 

 

"Si la Russie et l’Iran continuent à faire leur travail, nous pouvons nous retourner vers la réalisation du plan B. Ce plan peut être plus confrontationnel et, alors, il sera possible que nous demandions au Congrès de faire plus."

 

Sans entrer dans les détails du plan, J. Kerry insiste sur le fait que si le plan de paix échoue, cela signifie que la diplomatie a échoué, il ne reste alors que la solution militaire. Soit 15 à 30 000 soldats et un système de défense aérienne. Autrement dit, c’est la guerre, car quels sont les avions dans le ciel syrien ? Et dans ce cas, selon J. Kerry, la Syrie sera totalement et définitivement détruite, elle n’existera plus comme état. Ainsi, Kerry explique devant le Sénat américain que ce scénario est possible notamment si Assad ne met pas en place dans les semaines qui viennent, un gouvernement de transition. Pour autant, la composition de cette opposition modérée qui a déjà sapé les négociations n’est toujours pas précise. C’est simple : l’opposition ne veut pas négocier, Assad doit partir.

 

La certitude avec laquelle les Etats Unis attendent l’échec du processus de paix fait comprendre qu’ils seront à l’origine de sa violation. Certaines formations armées d’oppostion, comme le HCN, peuvent utiliser ces deux prochaines semaines pour regourper leurs forces, les Etats Unis pour préparer leur réarmement "défensif" cela va sans dire, la Turquie pour se sentir agressée comme cela est coutume et Bashar doit disparaître et la Russie s’effondrer. La démocratie vaincra, mais moins vite que ne se répandra le terrorisme.

 

Et l’interprétation de la violation de ces accords de paix est très floue. La Russie a-t-elle une chance de réussir à les imposer ? Les jeux sont serrés. Comment réagira-t-elle en cas de confrontation ? C’est l’inconnue, qui va conditionner les démarches futures des Etats Unis. Plus ils sentiront une hésitation de sa part, plus ils iront loin. La destabilisation institutionnelle des pays pour en prendre le contrôle est une tactique qu’ils ont déjà éprouvé en de nombreux endroits. La Syrie ne peut résister, c’est une question de principe. Et si la Russie s’oppose, elle doit être prête à aller jusqu’au bout, à moins de ne prendre le risque de voir aussi une "opposition modérée armée" émerger sur ses terres.

 

Karine Bechet-Golovko
jeudi 25 février 2016

Russie politics

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Syrie : « L’option B du gouvernement américain est une option bidon » par Bassam Tahhan

27 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #AMERIQUE, #La Turquie, #La Russie, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Syrie : « L’option B du gouvernement américain
est une option bidon »
par Bassam Tahhan

vendredi 26 février 2016, par Comité Valmy

Une femme kurde essaye de trouver ses proches suite à une bataille entre Daesh et les Peshmergas kurdes

Syrie : « L’option B du gouvernement américain
est une option bidon »

Comment le cessez-le-feu va-t-il fonctionner en Syrie ? Est-ce que la partition du pays est probable si l’on en croit le plan B américain ? Le géopolitologue franco-syrien Bassam Tahhan répond.

RT France : Toutes les conditions sont-elles réunies pour un cessez-le-feu en Syrie ?

Bassam Tahhan : Pour un véritable cessez-le-feu il faudrait d’abord que les Russes et les Américains se mettent d’accord sur une chose bien claire, c’est-à-dire que chacun campe sur ses positions sur le terrain. Il y a une chose qui n’a pas été relayée par les médias : au Nord-Est de la Syrie, les Américains ont aménagé près des champs pétrolifères syriens un petit aéroport. Ils l’ont élargi pour qu’il puisse accueillir des avions de combat. On peut donc supposer que, si les Américains entendent monter une base aérienne et militaire près des champs pétroliers, c’est sans doute en perspective du cas où les Russes investiraient Raqqa avec l’armée syrienne. Cela serait une victoire symbolique et en même temps très efficace pour le camp russe, l’Iran, l’Hezbollah, la Syrie, pour tout l’axe de résistance anti-américaine dans la région.

 

"Ceux qui parlent de Syrie « utile »,
font vraiment preuve de bêtise"

RT France : Pourquoi parle-t-on d’un cessez-le-feu aujourd’hui ?

B.T. : C’est peut-être pour éviter que Raqqa ne tombe entre les mains de l’armée syrienne et que les forces loyalistes demeurent sur ce qu’on appelle stupidement la Syrie « utile ». Car si l’on suppose que l’armée régulière syrienne et les Russes investissaient Raqqa, Daesh serait terrassé. Car il s’agit là de leur capitale symbolique – je dis bien symbolique, parce qu’aujourd’hui la vraie capitale de Daesh n’est plus Raqqa, mais Mossoul, en Irak.

 

Donc ce cessez-le-feu est beaucoup plus une trêve dans cette guerre – pas froide, mais disons tiède, et qui peut devenir très chaude – entre les deux superpuissances que sont la Russie et les Etats-Unis.

 

Ceux qui parlent de Syrie « utile » font vraiment preuve de bêtise. Parce que la Syrie utile n’est pas uniquement la côte syrienne, c’est aussi les champs de pétrole, les sites archéologiques qui se trouvent actuellement en grande partie derrière les frontières de Daesh, à savoir Palmyre, Sergiopolis dans le désert syrien entre Raqqa et Palmyre... une partie très riche en sites archéologiques. Ceci pour dire que ces analyses de Syrie « utile » sentent un peu le colonialisme, où on parlait toujours d’une partie utile. Cela montre à quel point les médias internationaux connaissent mal la réalité syrienne.

 

"Il serait difficile pour l’OTAN d’aider la Turquie et le royaume saoudien dans une agression contre la Syrie"

RT France : Comment peut-on observer le cessez-le-feu si le Front al-Nosra et Daesh n’en font pas partie ?

B.T. : Cela veut dire que la coalition internationale dirigée par les Américains continuera à fonctionner, tout comme l’alliance de la Russie, de Bagdad et de Damas. Mais il reste un petit problème : ce sont les Nations unies qui doivent proposer une liste d’autres groupes terroristes qui ne sont pas forcément sous l’enseigne du Front al-Nosra ou de Daesh. C’est là où le bât blesse, comme on dit, parce que le royaume saoudien va sûrement dire qu’il s’agit là de rebelles « modérés » – modérés comme les saoudiens, c’est-à-dire des coupeurs des têtes qui paient des milliards pour déstabiliser des pays-frères, musulmans ou arabes. Donc Jaysh al-Islam, l’armée de l’islam, Ansar al-Sham, les Défenseurs du Levant et j’en passe, tous ces gens-là sont bien loin d’être modérés. Mais malgré cela, on a pu remarquer que, dans la délégation de Riyad lors des négociations à Genève, ils figuraient parmi les négociateurs, et en tant que modérés ! Donc je crois que les Russes ont convaincu Bachar el-Assad que, pour le moment, il fallait être un peu plus patient pour libérer tout le territoire syrien, parce que les Russes savent que les Américains sont déjà ancrés à l’Est et qu’il leur serait difficile d’aller bombarder carrément les Américains. Mais, en contrepartie, les Russes ont également pu montrer à Bachar el-Assad que le projet d’envoie de forces turco-saoudiennes au sol est tombé à l’eau, parce qu’ils se feraient massacrer par leur aviation. L’OTAN réfléchirait deux fois plutôt qu’une avant de soutenir une telle entreprise au sol, car dans un tel cas la Turquie serait un pays agresseur. Il serait difficile pour l’OTAN d’aider la Turquie et l’Arabie saoudite dans une agression ouverte, au sol, contre la Syrie, alors, on ferme les yeux sur les bombardements qui viennent de derrière la ligne des frontières turques, frappant les Kurdes.

 

"S’il n’y a pas de trêve, les réfugiés s’accumuleront
et inonderont jour après jour l’Europe"

RT France : A quoi sert donc ce cessez-le-feu ?

B.T. : Cette trêve est d’abord utile au niveau diplomatique, afin de retarder des opérations militaires trop importantes et pour éviter un affrontement entre les Américains et les Russes. On sent que l’Armée syrienne avance jour après jour avec ses alliés, et, dans cette avancée spectaculaire, affaiblit la position de toute la coalition rebelle pour les négociations, car il est clair qu’Alep aujourd’hui est presque entièrement libérée. D’où la nécessité qu’il y ait un équilibre.

L’option B du gouvernement américain est une option bidon. Que peuvent-ils faire ? Ils ne vont pas bombarder le palais d’Assad alors qu’ils savent très bien qu’il y a des S-300 des S-400 et peut-être même des S-500 du côté russe.

 

Donc c’est un peu une sorte de tentative pour calmer le jeu, parce qu’il a eu assez de morts comme ça, et en même temps parce qu’il y a une vraie pression de la part des Européens - car s’il n’y a pas de trêve, les réfugiés s’accumuleront et inonderont jour après jour l’Europe. Et cela devient un vrai problème non pas que pour l’Europe, mais pour le monde entier. Car ils sont des millions, c’est la vague d’immigration la plus importante depuis la Deuxième Guerre mondiale ! Et cela, je crois que plus personne ne l’admet, car cela pose des problèmes à la Turquie, à l’Europe, aux pays arabes, à la Russie, aux Etats-Unis. Cela montre vraiment l’hypocrisie de tous ces pays qui, au début, voulaient les accueillir. On peut dire que le monde occidental, qui a voulu déstabiliser la Syrie et la détruire, selon les dires du general américain Wesley Clark, est en train aujourd’hui de récolter ce qu’il a semé.

 

RT France : Une partition de la Syrie dans de telles conditions profiterait-elle au pays ?

B.T. : La partition de la Syrie, je n’y crois pas. Parce que si vous commencez à découper la Syrie ou n’importe quel pays au monde, il faudra continuer à découper les autres pays voisins. Tous ces pays-là sont sortis de différents accords au début du siècle dernier, le traité de Sèvres, San Remo, Lausanne… A partir de là, on peut commencer à remettre en question la légitimité de tel ou tel royaume, l’application de tel ou tel traité... La Syrie serait le premier domino.

 

Bassam Tahhan
24 février 2016

 

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Les crimes de l’Otan et des États-Unis

26 Février 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #L'OTAN.

Les crimes de l’Otan et des États-Unis


Le 30 janvier 2016 – Source Fort Russ

Afghanistan, 2011 – La victime d’une attaque aérienne par erreur

Aujourd’hui, Ratko Mladić, Radovan Karadžić et Vojislav Šešelj sont incarcérés à la prison de la Haye. Le tribunal le plus juste du monde – La Haye – a accusé l’ancien dirigeant politique et les anciens chefs militaires de l’armée de Republika Srpska, de crimes contre l’humanité et les a appelés «les dictateurs les plus sanglants de la fin du vingtième siècle».

Cependant, Themis, un institut européen, a des problèmes évidents de mémoire, de vue et d’audition. Parce qu’enfin, comment peut-on expliquer que les responsables de la mort de millions de gens ne soient pas assis aux côté des  criminels serbes ? À savoir, la direction de l’OTAN, qui a déclaré, durant ces 20 dernières années, plusieurs conflits sanglants qu’ils ont diplomatiquement appelés «des opérations de maintien de la paix».

Que ce recensement soit consacré non seulement aux crimes de l’Otan, mais aussi à ceux des États-Unis d’Amérique n’est pas accidentel. Étant un des membres fondateurs d’un bloc militaire et son élément moteur principal, et ayant aussi leurs représentants qui sont devenus les leaders de la majorité des comités au siège de l’Otan, les États-Unis agissent souvent comme l’initiateur principal des opérations militaires.

Statistiques pour les opérations de maintien de la paix de l’Otan

En Yougoslavie

  • Morts – 5 700 personnes, y compris 400 enfants
  • Blessés – presque 7 000 civils, 30 % d’entre eux sont des enfants
  • Disparus – 821 personnes
  • Excès de mortalité dus à la détérioration des conditions d’existence: non évalué

http://www.hrw.org/reports/2000/nato/Natbm200-01.htm

En Afghanistan

  • Morts – 35 000 personnes
  • Réfugiés – 500 000 personnes
  • Mais aussi : aggravation des conflits inter-ethniques, attaques terroristes, augmentation du trafic de drogue.

http://abcnews.go.com/International

En Irak

  • Pendant la guerre en Irak plus d’ 1 million d’Irakiens ont été tués – c’est l’une des plus grandes pertes dans l’histoire moderne. Un quart d’entre eux étaient des femmes et des enfants.
  • Pendant les opérations, les forces de l’Otan ont utilisé des armes interdites, à savoir le phosphore blanc.

http://www.orb-international.com/Newsroom_details.aspx?NewsId=120

En Libye

  • Plus de 20 000 personnes ont été tuées (militaires et civils)

http://www.telegraph.co.uk/

  • Réfugiés – plus de 350 000 personnes

http://www.un.org/ru/rights/issues/

En août 2011, le Secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, a prétendu que les actions de l’aviation des forces de l’Otan en Libye n’ont causé aucune perte humaine civile.

Libye, 2011 – Des médecins aident un enfant qui souffre de blessures, dans la ville assiégée de Misrata.

 

LISTE DES CRIMES DE L’OTAN

1. La duperie de la communauté mondiale

Quelqu’un de sage a dit un jour : «Quelqu’un qui a une fois proclamé la violence comme étant sa méthode doit inexorablement choisir le mensonge comme étant son principe». Les États-Unis seuls, ou via l’utilisation de forces de L’Otan, ont commencé tous les conflits militaires avec la duperie, déformant les vraies raisons des débuts d’hostilités.

Vietnam

L’incident dans le Golfe du Tonkin en août 1964 peut servir de début à la grande fraude américaine, qui a lancé la sanglante campagne du Vietnam et a  commencé en raison du fait que des vedettes rapides du Nord-Vietnam ont prétendument attaqué la flotte des États-Unis. Quarante ans après, le gouvernement américain a déclassé des documents militaires d’archives dont il est ressorti clairement que la cause du début de la campagne de Vietnam a été, sans honte, fabriquée (mywebs.su/blog/1310.html). Après l’incident du Tonkin, le bombardement d’implantations au Vietnam a abouti à des milliers de victimes parmi la population civile.

Vietnam, 1 Janvier 1966 – Des femmes et des enfants se cachent dans un fossé pour se protéger d’un bombardement intense.

Les pays de l’ex- Yougoslavie

Après l’écroulement de l’Union soviétique et la dissolution du Pacte de Varsovie, l’Alliance a commencé à chercher fébrilement une raison à la poursuite de son existence. La principale fut la prétendue mission de maintien de la paix quand l’Otan s’est impliquée dans la résolution de conflits ethniques, poursuivant des buts purement personnels (particulièrement l’extension de son influence). Comme, par exemple, dans les Balkans, quand ses troupes ont envahi la région et directement participé à l’escalade de guerres ethniques.

L’action militaire de l’Otan contre l’ancienne République de Yougoslavie, marquant le début des opérations modernes, est un exemple flagrant de violations de toutes les normes et législations, y compris celles de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (beta-press.ru/article/34). Tout d’abord, l’Otan a violé sa propre Charte, le Traité de Washington, dont l’article 1 stipule que les membres de l’Alliance doivent «régler tous les conflits internationaux dans à ne pas mettre en danger la paix, la sécurité et la justice internationale et s’abstenir dans leurs relations internationales de la menace ou de l’utilisation de la force de n’importe quelle façon qui soit incompatible avec les buts des Nations unies». L’article 6 du Traité a aussi été extrêmement bafoué, qui déclare que la compétence de l’Otan est limitée au territoire des pays membres de l’Alliance, alors que la Yougoslavie, la Macédoine, l’Albanie et la Bosnie n’étaient pas des membres de l’Otan. Et que pourrait-on dire de l’article 7 du Traité de Washington, qui stipule clairement que l’Alliance reconnaît «la responsabilité du Conseil de sécurité pour le maintien de la paix et de la sécurité internationale»? (nato.int/cps/ru/natolive/official_texts_17120.htm).

Le magazine américain TIME, le 11 septembre 1995 a été publié sous le titre « Mettre les Serbes à genoux. Un bombardement massif ouvre la porte à la paix »

L’agression de l’Otan contre l’ex- Yougoslavie a quasiment nié toutes les missions de maintien de la paix de l’Alliance. La raison principale à l’invasion du bloc des pays balkaniques tient à son refus ferme de l’ultimatum de l’Otan de céder son territoire aux forces militaires de l’Alliance. La condition de l’Alliance n’a signifié rien d’autre qu’une intervention pure et simple dans les affaires intérieures d’un État souverain et une menace à son intégrité territoriale.

Toutes ces actions ont violé le premier article de la Résolution de L’ONU de 1974 : «L’agression est l’utilisation de forces armées par un État (un groupe d’États) contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État ou d’une quelconque autre façon incompatible avec la Charte des Nations Unies, comme exposé dans cette définition». (politics.ru/articles/database/global/pravoviie_dokumentii/rezoliutsiia_generalnoij_assamblei_oon_%C2%ABopredelen.shtml).

La meilleure parole à propos des crimes des États-Unis et de l’Otan en Yougoslavie a été prononcée par celui qui fut un jour le meilleur ami de l’Ouest, le dissident et militant des droits humains Alexandre Soljenitsyne, comparant les actions de l’Alliance avec des crimes nazis : «La pire chose qui arrive aujourd’hui n’est pas même le bombardement de la Serbie, même si c’est difficile de dire ça ; la chose la plus épouvantable est que l’Otan nous a transférés dans une nouvelle ère. Comme Hitler l’a fait lui aussi, jouant d’autres aventures, retirant l’Allemagne de la Société des Nations […] les USA et l’Otan ont retiré au
système de l’ONU la sécurité collective, la reconnaissance de la souveraineté des États. Ils ont commencé une nouvelle ère : qui sera le plus fort,
écrasera les autres. C’est effrayant…» (aif.ru/politics/article/comments/53043).

L’Irak

Les États-Unis ont envahi l’Irak sous le prétexte de la présence d’armes de destruction massive, à savoir bactériologiques (l’anthrax) (newsru.com/world/05feb2003/powellun.html). Une raison supplémentaire était déjà familière par ce biais – le combat pour la démocratie. La démocratisation de l’Irak a coûté la vie d’un million de civils (excluant les pertes pour l’armée). Le dictateur Hussein a été publiquement exécuté, mais les armes de destruction massive, qui avaient prétendument menacé le monde, n’ont jamais été trouvées. Plus tard, en 2004, le Secrétaire d’État américain Colin Powell a admis que les données publiées, qui ont marqué le début d’une guerre sanglante, étaient imprécises, pour ne pas dire plus, « ou simplement falsifiées. Powell a dit à la presse : «Quand j’ai fait un rapport en février 2003, il était basé sur les meilleures informations que la CIA pouvait fournir. Malheureusement, avec le temps, il devint clair que les sources étaient imprécises et fausses et, dans certains cas, délibérément fallacieuses. Je suis profondément déçu et je le regrette.» Il est désolé… (aif.ru/politics/article/comments/53043).

Irak, 2003 – un père porte sa fille mutilée, morte après le bombardement de l’OTAN

2. L’utilisation d’armes interdites

Vietnam

Ils ont utilisé des bombes au napalm – une arme incendiaire, un mélange pour lance-flammes. En tant qu’essence gélifiée, le napalm a
littéralement brûlé vives les victimes. Plus tard, en 1980, l’ONU a adopté la Convention sur l’interdiction de certains types d’armes ; le 3e Protocole établira alors que l’utilisation d’armes incendiaires, y compris le napalm, contre des civils est un crime. Mais pendant la guerre du Vietnam, ces bombes avaient déjà tué et
affecté des centaines de milliers de Vietnamien. (un.org/ru/documents/decl_conv/conv_disarmament.shtml#1980)

Le 8 juin 1972 – Kim Phuc, 9 ans (au centre) fuit un bombardement au Napalm sur la route près de Trang Bang. Cette photo fit le tour du monde et leva une tempête de protestation contre la politique criminelle des USA au Vietnam

Les pays de l’ex- Yougoslavie

Dans les opérations militaires contre ce pays, l’Otan a utilisé les armes interdites par la Charte de Nuremberg et les Conventions de la Haye et de
Genève. Premièrement, en Yougoslavie, des obus à uranium appauvri ont été utilisés. Cette sorte d’arme est non seulement extrêmement précise, mais radioactive et fortement toxique et aussi dangereuse pour les humains que pour l’environnement. Deuxièmement, l’Otan a utilisé des bombes dites à fragmentation – des armes de feu indirect, avec projectiles explosifs, interdites dans le dernier Protocole d’Ottawa sur les champs de mines (icbl.org/intro.php). La particularité de cette arme est que l’explosion ne survient que dans 50 % des cas. D’autres bombes peuvent se trouver pendant des années dans la terre, ne s’activant qu’en cas de contact accidentel.

Irak

L’entreprise irakienne a été marquée par un certain nombre de crimes très en vue de l’Alliance. La torture et l’abus de détenus irakiens à la prison d’Abu Ghraib ont remué le monde entier…

Irak, 2004 – Des Américains sont photographiés à l’arrière-plan de prisonniers nus empilés dans Abu Ghraib

Il y a eu la violence contre des civils (meurtre, viol, vol). Et, bien sûr, l’utilisation d’un des types les plus redoutés d’armes chimiques incendiaires, le phosphore
blanc (pendant la bataille pour Nasiriyah en avril 2003, et aussi durant les assauts sur Fallujah en avril et novembre 2004). Ce type d’arme, qui brûle le corps et dissout la chair jusqu’à l’os, a été interdit par la Convention de l’ONU sur certaines armes en 1980, mais les États-Unis ne l’ont jamais ratifiée. Nous ne publierons pas les photos de pertes humaines dues à l’utilisation du phosphore blanc qui sont en effet extrêmement choquantes.

Libye

Il y a des informations, que la direction de l’OTAN refuse obstinément de reconnaître, montrant que pendant le conflit en Libye, les militaires ont
aussi utilisé des bombes à fragmentation et du phosphore blanc, comme c’était le cas pendant les opérations en Yougoslavie et en Irak (http://oko-planet.su/fail/failvideo/videoweapon/86827-nato-ispolzovalo-klasternye-bomby-v-livii-hotya-otricaet-eto-smotrite-sami.html). Il y a aussi une possibilité que l’Otan ait déversé de la poussière d’uranium – une substance radioactive, interdite selon la Convention de l’ONU – sur des installations irakiennes (voltairenet.org/Voennye-prestupleniya-NATO-uchenye). Finalement, beaucoup de sources affirment qu’en Libye, l’Otan a utilisé le gaz moutarde dans les combats, une substance toxique testée pendant les années des Guerres mondiales et interdite conformément aux conventions diverses, puisqu’elle est extrêmement dangereuse.
(newsland.ru/news/detail/id/778279)

3. Le course aux armements

Un des crimes principaux de l’Otan est d’entrainer le monde vers une nouvelle ère de course aux armements. L’Otan place non seulement des systèmes de défense de missiles sur le continent européen, mais augmente aussi lourdement ses capacités nucléaires. À propos, la doctrine militaire officielle de l’Alliance reconnaît le droit d’utiliser des armes nucléaires – une sorte d’armes interdites en 1996 par la Cour internationale de justice (beta-press.ru/print.php ? Id=34), parce qu’elles peuvent mener à la destruction de l’humanité. Aujourd’hui, si nous additionnons le potentiel militaire complet des pays membres du bloc, l’Otan possède 60 % de l’arsenal nucléaire du monde.

Les pays de l’Alliance augmentent d’année en année leurs capacités militaires sous le prétexte de «forcer la protection, la mobilité et la haute efficacité» (beta-press.ru/print.php?id=34). Ils y dépensent énormément d’argent. Par exemple, le budget militaire de l’UE est d’environ 11 % [chiffre étrange s’il s’agit de l’Union européenne, NdT]. Les dépenses pour la défense aux USA et au Canada vont croissant. Dans les conditions de crise économique actuelle, cet argent pourrait servir à des buts humanitaires pacifiques qui sont prêchés à l’Ouest, pour des services médicaux et pour l’éducation, pour le développement de politiques sociales et la protection de l’environnement. Mais l’Otan a besoin d’une armée forte pour établir entièrement et définitivement son hégémonie sur le monde.

Pourquoi l’Otan commence-t-elle des conflits militaires?

Les Américains eux-mêmes aiment dire qu’ils sont des gens dotés de sens pratique. Eux, comme n’importe qui d’autre, savent comment compter l’argent. Et, comme dans toute l’histoire, l’humanité s’est battue pour des ressources – que ce soit l’or, le bois de construction ou le pétrole aujourd’hui, les Américains ont pour but d’établir leur influence dans toutes les régions stratégiquement importantes de la planète. Les pays producteurs de pétrole ont récemment découvert qu’ils avaient des problèmes avec la démocratie et que leur dirigeant était obligatoirement un dictateur. Ce sont ces pays que l’OTAN essaie de dominer, avec l’aide de la communauté internationale, ou en ignorant simplement son avis. Comme ils disent, «la moralité dans les affaires est un concept de perdant». Comme l’étaient aussi l’Irak et la Libye. Et maintenant Damas.

L’expert conseil pour la politique étrangère de défense, Sergey Karaganov, caractérise la politique actuelle des pays de L’Otan, qui ne peut, a priori, être un garant de stabilité et de sécurité dans le monde : «Par exemple, l’Europe a officiellement annoncé qu’un des objectifs principaux de sa politique est l’accès des entreprises européennes au marché et aux ressources africains.» À n’importe quel coût! Par-dessus tout, cela affecte les intérêts de la Chine, qui, incidemment, évalue la situation au Moyen-Orient, ayant de sérieux leviers de pression sur l’Europe et n’a pas encore dit son dernier mot. Cela concerne la Russie : en Guinée, les Européens essayent déjà d’éjecter RUSAL, et LUKOIL de Côte d’Ivoire… Et dans la bataille pour l’Afrique, les Européens vont transformer la mer Méditerranée en un Lac de l’Otan. Pour résoudre ce problème, la Syrie pourrait devenir une nouvelle Algérie. (newsland.ru/news/detail/id/984811/).

Ainsi l’Otan, dans ce projet d’affaires, est seulement un moyen pour atteindre le but.

Traduit du russe par Ollie Richardson

Traduit par Poolan Devi, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker Francophone

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