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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #l'otan. tag

Encerclé par Daesh, un soldat russe appelle un bombardement sur sa propre position.

28 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #AMERIQUE, #La Russie, #L'OTAN., #Terrorisme, #La Turquie, #Daesch

[Vidéo]Encerclé par Daesh, un soldat russe appelle un bombardement sur sa propre position

 
 

Nul doute que ce courageux soldat aura les honneurs de la nation. Photo: Reuters

Nul doute que ce courageux soldat aura les honneurs de la nation.

 Un officier appartenant aux Forces spéciales russes (FSR) s’est distingué par un acte d’héroïsme digne d’un roman alors qu’il était encerclé par les combattants de Daesh.

L’armée russe peut être fière. Chargé de marquer les cibles terroristes au sol pour aiguiller les avions de chasse, un officier russe s’est retrouvé encerclé par les soldats du califat à côté de la ville stratégique de Palmyre. Se sachant condamné, il a alors pris une décision dont la funeste issue n’a eu d’égal que sa bravoure. Il a indiqué sa propre position à l’aviation qui s’est chargée de larguer ses bombes. «L’officier est mort en héros, appelant une frappe sur sa propre position après que sa mission ait été compromise», a confié le 24 mars, une source militaire à l’agence Interfax.

Palmyre, théâtre d’une féroce bataille

La ville antique, trésor archéologique de la Syrie, fait actuellement l’objet de terribles combats entre l’armée régulière syrienne, appuyée par ses alliés, et les soldats du califat. Dans ce cadre, les forces spéciales russes mènent des opérations de reconnaissance et de marquage des cibles potentielles.

Il mènent des opérations de reconnaissance, présélectionnent les cibles pour nos avions, les assistent dans leurs frappes et conduisent d’autres opérations», a rappelé le général Aleksandr Dvornikov, à la tête de l’opération syrienne.

C’est le cinquième soldat russe qui trouve la mort depuis le début de l’opération en septembre 2015. Avant lui, Ivan Cheremisin et Fedor Zhuravlev sont tombés. Ainsi qu’Oleg Peshkov, pilote du SU-24 abattu par la Turquie en novembre dernier et Aleksandr Pozynich. Ce dernier était chargé de secourir le survivant du crash.

25 mars 2016, 19:49

Source: https://francais.rt.com/international/18017-soldat-forces-speciales-russes-meurt-en-h%C3%A9ros-en-syrie

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Bahar Kimyongür à Algerie patriotique : « La Belgique a sous-estimé le cancer wahhabite »

28 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #Daesch, #Terrorisme, #La Turquie

Source : Algérie Patriotique, Mohamed El-Ghazi, 24-03-2016

Des membres d'une organisation extrémiste tolérée par les autorités belges. D. R.

Des membres d’une organisation extrémiste tolérée par les autorités belges. D. R.

Algeriepatriotique : La capitale belge vient d’être frappée par deux attentats meurtriers. Quelle lecture en faites-vous ?

Bahar Kimyongür : La même lecture aujourd’hui partagée par tous les Belges, du chef de l’Etat au simple citoyen. Tout le monde savait que les terroristes allaient frapper Bruxelles de manière lâche et sauvage. Le drame était théoriquement prévisible et attendu, Bruxelles étant une cible facile. L’autre raison qui laissait p28enser à une attaque imminente est le nombre phénoménal de djihadistes belges par tête d’habitant. La Belgique compte proportionnellement le plus grand nombre de nationaux dans les rangs de Daech par rapport à son nombre d’habitants. Officiellement, 117 djihadistes belges sont revenus du front syrien. La plupart d’entre eux ne sont même pas passés par la case prison.

Le déploiement de militaires et les mesures de sécurité prises depuis des mois, en Belgique, n’ont pas pu empêcher ce drame. Comment l’expliquez-vous ? 

A moins d’un réflexe miraculeux, aucun moyen de détection ne peut stopper des kamikazes déterminés qui débarquent par surprise au milieu de la foule, ni à Bruxelles, ni à Beyrouth, ni à Homs, ni à Bagdad. Les attaques suicides sont imparables. Signalons aussi qu’à l’entrée de l’aéroport de Zaventem, il n’y a jamais eu de portique de sécurité. Quand bien même la sécurité à l’aéroport aurait été plus sérieuse, nous n’aurions pas pu éviter l’attentat. Il se serait probablement produit à l’entrée de l’aéroport…

Comment va réagir le gouvernement belge, concrètement, après ces attentats ? 

Avec une certaine impuissance. L’Etat belge accueille le siège de l’Otan, vend des armes, participe de manière symbolique à des coalitions guerrières, mais n’est pas du tout préparé à une guerre asymétrique menée sur son propre territoire. La Belgique n’a plus connu la guerre sur son sol depuis plus de 70 ans. Ses polices, son armée, ses citoyens n’ont ni le bagage politique ni militaire pour affronter cette situation de guerre larvée face à un ennemi extrêmement imprévisible et difficile à identifier.

La Belgique a toléré, et parfois encouragé, l’existence de bandes armées salafistes sur son sol lesquelles profitent d’une législation très souple en matière de surveillance. Le gouvernement belge réussira-t-il à endiguer ces cellules terroristes implantées depuis les années 1990, lorsque la Belgique donnait refuge aux terroristes du GIA ?

La Belgique a commis plusieurs fautes. Durant les années 60 et 70, le roi Baudouin s’est rapproché de l’Arabie Saoudite en pensant que la religion prêchée par la monarchie pétrolière allait pouvoir encadrer les travailleurs immigrés originaires de pays musulmans comme le Maroc ou la Turquie. Cet accord belgo-saoudien s’est traduit par la mise à disposition et la transformation du pavillon oriental du parc du Cinquantenaire en siège de la Grande Mosquée de Bruxelles. Les comportements de repli sur soi et de rejet de l’autre ont peu à peu gagné les diverses communautés musulmanes en partie à cause des prédicateurs formés en Arabie Saoudite. Malheureusement, la Belgique a sous-estimé le cancer djihadiste en pensant que le takfirisme wahhabite était un phénomène culturel relevant de la liberté d’expression et non d’une idéologie terroriste, voire génocidaire. A l’époque de la guerre froide, cette idéologie arrangeait bien le patronat belge et les hautes sphères du pouvoir. Le travailleur musulman bigot était en effet bien moins revendicatif que les ouvriers italiens ou espagnols davantage coutumiers des luttes syndicales et de l’activisme politique au sein de partis communistes.

C’est dans ce contexte que l’Etat belge a laissé prospérer certains imams ultra-conservateurs. Au lendemain de la chute du mur de Berlin, lorsque le théoricien néo-con Fukuyama a frauduleusement décrété la «fin de l’histoire», les terroristes du GIA ont profité du vide laissé par la défaite du camp socialiste. En tant qu’allié historique des États-Unis, la Belgique a contribué à l’effondrement des idéaux et des valeurs progressistes au sein du monde arabe et musulman comme le socialisme, le panarabisme et la laïcité. L’émergence du djihadisme en Belgique est le résultat de plusieurs décennies de collaboration avec les ennemis arabes du progressisme arabe. Ceux qui ont connu les luttes sociales des années 70 et 80 ont une meilleure vision du processus d’érosion culturelle et idéologique qui a gagné l’immigration musulmane en Belgique sous l’action des mosquées salafistes. Il y a 50 ans, personne n’aurait pu prévoir la djihadisation des esprits dans les rues de Bruxelles. Mais dès 2012, les autorités belges ont laissé partir les jeunes musulmans vers la Syrie dans l’espoir qu’ils liquident Assad. Cette erreur de calcul a été fatale, car pour Daech, il n’y a aucune différence entre la Syrie «mécréante» et la Belgique «mécréante». Vous évoquez les législations belges trop souples en matière de surveillance. Il y a en effet l’illusion que l’Etat de droit peut suffire à désamorcer des bombes.

Depuis que la menace terroriste cible l’Europe, les Occidentaux promettent une lutte sans merci contre le terrorisme transnational. Seulement, sont-ils, selon vous, disposés à s’attaquer à la racine d’un mal qui arrange leurs intérêts ? 

Comme vous le dites, ce n’est pas dans leur intérêt. Du moins à court terme. S’ils avaient raisonné en tant que leaders politiques responsables et respectueux de leurs citoyens, ils auraient réfléchi par deux fois avant de se coucher devant les djihadistes en col blanc comme Erdogan ou en dichdacha blanche comme le roi Salmane (d’Arabie) ou le prince Mohammed Ben Nayef (d’Arabie – décoré de la légion d’honneur).

Les empires occidentaux ont miné ou détruit tous les États arabes souverains, laïcs et modernes au nom des droits de l’Homme et de la lutte contre les dictateurs. Résultat : l’Etat irakien de Saddam a été remplacé par une entité défaillante assistée par des milices confessionnelles. L’Afghanistan laïc s’est transformé en polygone de tirs pour les seigneurs de guerre et les drones américains. Les ruines de la Libye débarrassée de Kadhafi servent de décor pour une guerre entre clans et tribus. Quiconque connaît la fragilité de ces pays en l’absence d’un Etat peut aisément anticiper le scénario catastrophe. Avec la multiplication des fronts djihadistes de par le monde, on peut aujourd’hui parler d’une apocalypse de longue durée.

La Belgique, comme la France, a développé une politique de harcèlement, de diabolisation, de mépris et de racisme vis-à-vis de la communauté musulmane. Comment protéger cette dernière d’éventuelles représailles d’extrémistes de droite, selon vous ? 

En cultivant l’unité entre musulmans et non-musulmans. Dans la foulée des attentats de Bruxelles, des milliers de musulmans se sont engagés corps et âmes dans la campagne citoyenne d’entraide avec les victimes des attentats, qui en servant de chauffeur, qui en ouvrant sa porte, qui en ouvrant son cœur. Ce sursaut citoyen qui s’est exprimé dans les rues de Bruxelles est la meilleure réponse à donner aux ennemis du genre humain, qu’ils se réclament de l’islam ou de l’anti-islam.

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi

Source : Algérie Patriotique, Mohamed El-Ghazi, 24-03-2016

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L’Ukraine des tortures abjectes : Vitali, trois jours de coups, gégènes et entonnoirs.

28 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #La Russie, #Ukraine, #le nazisme, #L'OTAN., #AMERIQUE

L’Ukraine des tortures abjectes : Vitali, trois jours de coups, gégènes et entonnoirs

Trois jours de tortures abominables c’est le récit que je viens d’entendre de la bouche de Vitali un habitant de Marioupol qui a été échangé le 15 février 2016 dans un groupe de six prisonniers contre trois Ukrainiens entre les mains des républicains de Donetsk. Voilà déjà plusieurs témoignages de ce genre que je recueille pour la mémoire, un récit effarant et dur qui m’a laissé vide et triste en pensant qu’aucun média français n’a encore relaté l’horreur des prisons politiques ukrainiennes. Plongeon dans l’horreur absolue.

 

Vitali est né à Marioupol et y a vécu toute sa vie. Une bonne tête, souriant, l’homme me livre son histoire durant une conversation de près de trois heures. Trois heures pour relater trois jours de tortures et plus d’un an d’emprisonnement dans les prisons des bourreaux de Kiev. Il n’était qu’un simple ouvrier d’une usine de Marioupol, marié et divorcé, un fils d’un premier mariage (23 ans), remarié avec un autre enfant, un garçon de sept ans : « je ne m’intéressais absolument pas à la politique, je vivais une vie tranquille de travail, en famille à Marioupol. Je ne me suis pas intéressé au Maïdan, à aucun moment, je ne suis pas descendu dans la rue, même contre le Maïdan, je n’avais pas conscience de ce qui allait arriver. Et puis les nazis d’Azov et des soldats sont arrivés à Marioupol, ils ont commencé à tuer des gens dans la rue, j’ai entendu ces histoires, j’ai compris le drame d’Odessa, celui de ma ville, les arrestations et les crimes. Alors moi aussi je suis descendu dans la rue et j’ai vu des choses qui m’ont convaincu que je devais donner de ma personne ».

 

Je me trouve étonné de son récit, jusqu’à présent aucun prisonnier politique n’avait été aussi passif avant le commencement des violences dans le Donbass, ils avaient eu des réactions contre le Maïdan, en privé, par leurs opinions bien avant : « J’ai vu ces hommes, masqués, cagoules, armes automatiques, un jour ils ont tiré devant mes yeux sur les fenêtres d’une polyclinique de Marioupol, ils voulaient disperser la foule, c’était absurde, je n’ai pas vu de morts ce jour-là mais par la suite j’en ai vu, des gens simplement abattus dans la rue par les forces de Kiev. Alors je me suis engagé dans la lutte, la ville était prise mais j’ai pu entrer en relation avec l’Etat-major de la résistance de la RPD qui a pu fonctionner dans Marioupol jusqu’en août 2014. La ville était prise, mais nous avons formé des groupes de renseignements, j’avais trois téléphones, je connaissais bien la ville, je pouvais m’y balader tranquillement, je suis d’ici et j’ai commencé à faire des repérages, à envoyer des coordonnées, à compter les soldats, les engins, les tanks, à signaler des emplacements secrets d’artillerie, des points de contrôles, la composition des forces, leur nombre, leur armement, les casernes, les renforts… ». (Photo position de Grad "enterré" signalé par Vitali)

 

Je plonge ainsi avec lui dans la vie d’un résistant, je pourrais me trouver en 1943 à Londres et écouter son récit, les actions sont les mêmes, l’ennemi est le même, seules quelques dizaines d’années ont passé. Je me trouve fier de cet homme, courageux et simple qui me raconte avec désinvolture son combat : « je pouvais passer la frontière aussi, le front, il n’y avait pas encore d’autorisations nécessaires, juste des contrôles avec des soldats, j’ai fait le voyage jusqu’à Donetsk à trois reprises pour porter des informations capitales et puis en août beaucoup de mes camarades ont été tués, d’autres emprisonnés, d’autres en fuite. Mais je n’ai pas été arrêté. Je précise que je n’ai jamais porté une arme, c’était mon devoir d’aider la RPD et les insurgés pour que nous libérions Marioupol des néonazis de Kiev, mais je n’ai pas caché ou porté d’armes. J’ai signalé l’emplacement du quartier-général, que j’ai bien détaillé, celui d’un emplacement secret et souterrain d’un lance-roquettes Grad, les prisons où sont torturés les prisonniers. J’ai aussi signalé deux emplacements où les cadavres des martyrs de la résistance étaient jetés. Il s’agit de deux points d’eau, les cadavres sont passés à la presse (ou pas), les dépouilles jetées lestées dans les profondeurs ». Photo position de l'état-major des Ukrainiens à Marioupol signalé par Vitali (complexe souterrain).

 

Cette seule déclaration me fait frémir, nous voilà repartis sur les charniers des répressions politiques de Kiev, nous avons déjà récolté l’information d’un charnier à Marioupol et de fours crématoires ambulants qui opéraient à l’arrière de l’Armée ukrainienne. Mais l’homme poursuit inlassablement son histoire qui vire bientôt sur les tortures et les prisons politiques : « En novembre 2014, il y a eu une première alerte, j’ai repéré des voitures et un de mes contacts de la Résistance a été arrêté, il a eu le temps de me l’annoncer. J’ai alors jeté le téléphone en question et j’ai disparu dans la nature réussissant à passer à Donetsk. Mais j’ai décidé d’y retourner malgré le danger, résidant chez des amis et poursuivant mon travail d’informations. Cela n’a pas duré longtemps, j’ai finalement été arrêté le 28 janvier 2015 par quatre agents probablement du SBU qui étaient masqués et je fus jetés dans une voiture, mais je savais où ils m’emmenaient j’avais repéré la position de cette « caserne » un peu spéciale où la rumeur disait qu’ils torturaient et exécutaient les gens ».

 

Je fais silence et j’écouterais avec peine le récit de la suite de son histoire : « j’ai été torturé sans relâche pendant trois jours par plusieurs types, j’avais un bandeau scotché sur les yeux et je n’ai pas vu mes bourreaux, ils parlaient un russe pur et je n’ai pas entendu d’autres langages. Ils m’ont cogné par séance de 30-40 minutes puis 30 minutes de repos, m’empêchant de dormir et m’infligeant diverses tortures. Ils me frappaient entre la poitrine et le bas ventre, jamais à la tête, toujours avec leurs poings, les coups pleuvaient, j’étais attaché sur une chaise, c’était dans une cave, l’endroit était une école et un complexe sportif, en fonction des tortures j’étais attaché sur des bancs ou des appareils, les mains devant ou dans le dos. Les tortures sont devenues plus cruelles au fil des heures, ils m’ont attaché les mains devant et ont glissé une barre de fer sous les coudes, j’étais hissé et suspendu par deux gaillards et frappé, un d’eux se cramponnait de tout son poids sur moi pour aggraver les souffrances, c’était la torture la plus douloureuse. Le sang se vidait de mes bras et des mains, ils me redescendaient pour me masser et faire circuler le sang pour recommencer de plus belle ». Photo, l'école et le complexe sportif où a été torturé Vitali à Marioupol, localisé par lui-même.

 

« Ils n’ont jamais arrêté, à peine pour fumer, toujours au petit matin. Ils m’ont ensuite infligé la torture de la gégène, sur le ventre et sur les parties génitales et puis comme cela n’était pas suffisant j’ai aussi été couché sur le dos et ils me maintenaient pour me faire avaler avec un entonnoir et une bouteille des litres d’eau, je ne sais pas combien de bouteilles, j’essayais de placer ma langue pour atténuer le flot, j’étais soulevé de temps à autre pour régurgiter et vomir le trop plein. A la fin, un très jeune soldat à la voix fluette que je pourrais reconnaître, me disait de temps à autre « alors vieux on t’a encore bien battu ! ». Finalement, un officier qui se disait être lieutenant-colonel m’a dit qu’ils allaient aller chercher ma femme et mon fils pour les torturer devant moi et j’ai donné les coordonnées les plus importantes, j’en ai dit le minimum, ils paraissaient fatigués aussi et content de leurs résultats ».

 

Pendant une demi-heure je me trouvais transporté dans les temps obscurs et maudits de l’occupation allemande, des terribles actes de tortures des miliciens, des SS et des Allemands sur le sol de France. Entendre un témoignage dans un documentaire est une chose, en entendre un de vive voix par un torturé au XXIe siècle en Ukraine par un gouvernement que celui de la France soutient activement et de toutes ses possibilités en est une autre. La Honte la colère m’envahit, surtout lorsque l’histoire se poursuite dans la bouche de Vitali, intarissable désormais : « J’ai été jeté avec un sac sur la tête dans le coffre d’une voiture et emmené dans divers endroits pendant plusieurs jours. J’ai été à nouveau interrogé, dans les locaux officiels du SBU et dans d’autres endroits mais sans violence cette fois-ci. J’ai pu me reposer sur un grabas dans une geôle seulement trois ou quatre heures, il y avait un pauvre gars, un Russe dans le même état que moi. Je ne pouvais plus marcher tout seul et je n’avais plus l’usage de mes mains, meurtris, à la fin ils m’avaient aussi retourné les doigts et menacé en simulant de me les couper. Je me souviens aussi que les gars ont fait semblant de me fusiller de nombreuses fois, en armant leurs armes, j’entendais les culasses claquer, sans munitions, des mois plus tard je sursaute encore à des bruits ressemblants. Pour signer mes « aveux », ils m’ont entouré la main de scotch avec un stylo pour que je puisse en soutenant mon bras, apposer ma signature, je ne pouvais plus utiliser mes mains meurtries ». Photo : une des fosses à cadavres des prisonniers politiques signalée par Vitali.

 

« J’ai été emmené dans plusieurs prisons différentes où je n’ai jamais été soigné par un infirmier ou médecin, pourtant mon état le réclamait. Vous voyez mes poignées et mes mains un an après !!!! Et j’ai toujours du mal avec mes bras malmenés par les tortures. Au bout de quelques temps, vers la mi-mars, le 12 mars 2015, j’ai subi un simulacre de procès, avec un avocat ukrainien commis d’office, la procédure a été bâclée en quelques minutes tambour battant. Mon avocat a juste plaidé pour que je ne sois pas jugé comme terroriste risquant des années de prison, mais pour association de malfaiteurs. A ma grande surprise on m’a dit que j’étais libre mais à peine j’étais sorti du tribunal qu’ils m’ont entraîné dans une cave où m’attendaient deux sbires masqués. J’ai subi un nouvel interrogatoire, ils voulaient savoir où j’avais caché les armes et d’autres choses que bien sûr je n’avais jamais fait. Le ton est monté, ils m’ont dit que j’étais foutu et que j’allais être emmené à Kharkov. Effectivement le lendemain j’étais conduit dans une prison politique du SBU par deux gaillards dans une voiture. Pendant les trois jours de tortures j’ajoute que je n’avais été « nourri » que deux fois ». Photo : la première fosse à cadavres des prisonniers politiques exécuté par l'Ukraine, localisation par Vitali

 

L’homme semble revivre ses tortures et ses souffrances, l’écouter devient dur et je vis moi aussi les instants terribles qu’il raconte. Ce qui suit devient alors scandaleux : « Nous étions 13 dans quelques mètres carrés dans une prison qui se trouve à Kharkov dans le bâtiment du SBU et du Ministère de l’Intérieur. Une série de geôles se trouvent au second étage, c’était là que je me trouvais enfermé pendant une année. Il y avait au moins une centaine de prisonniers, j’ai fait une liste des hommes que j’ai connus et qui ont été ou qui sont encore retenus dans ces prisons de la honte. Les plus anciens nous ont décrit la visite de la Croix rouge et de l’ONU dans cet endroit à la fin de 2014, des prisonniers se trouvaient en fait dans les sous-sols, les cellules avaient vidé et nettoyé de fonds en comble pour faire illusion. Nous n’avons vu nous-mêmes personne. Nous étions mal nourris, avec de mauvaises portions, toujours la même chose deux fois par jour, à savoir un peu de betteraves crues, de la Kacha, un quart de tranche de pain blanc, du pain noir corrompu et moisi que nous jetions systématiquement dans les toilettes après l’avoir réduit en miettes. Nous n’avons jamais eu de fruits ou d’autres choses, pas de télévision, ni de téléphone, interdiction de communiquer avec nos familles qui n’ont jamais su où nous étions ».

 

« A la fin, au début de 2016, notre situation s’est un peu améliorée, la cuisine a été fermée et nous avons dû cuisiner, quelques-uns d’entre nous se sont improvisé cuisiniers, mais nous mangions plus. Nous avions un évier et de l’eau froide et un WC pour tous, le tout dans un état de saleté inimaginable. Nous ne pouvions sortir pour une promenade « dans un corridor » que deux fois par mois et nous n’avions le droit qu’à une douche par semaine, voilà nos conditions et certains sont là depuis plus d’un an, ils sont enfermés sans contact avec leurs familles. Lorsque j’ai été échangé j’ai été interrogé par un Commissaire de l’ONU puis par une femme, une Suissesse du nom de Charline qui travaille à Donetsk pour la Croix rouge, les interrogatoires ont porté aussi sur notre détention et les tortures, j’ai tout raconté… ».

 

Je baisse la tête, Charline de la Croix rouge je connais, les prisonniers torturés et libérés au mois de décembre m’ont parlé d’elle… et à ce jour aucune information n’a été communiquée malgré la teneur et les faits insoutenables. Je sursaute à l’évocation du Commissaire de l’ONU, je n’aurais pas la chance d’obtenir son nom, Vitali l’a oublié… Croix rouge et désormais ONU sont donc parfaitement au courant et certainement depuis de longue date des tortures, répressions et assassinats politiques de l’Ukraine, en se taisant, ils sont dès lors complices des bourreaux de l’Ukraine. C’est la nausée qui alors me vient, décidément je n’ai jamais été aussi sûr que j’avais choisi le bon camp. Je plains celui des bourreaux, je plains et j’exerce celui du gouvernement français, de Choukhevytch à Porochenko, de Pétain à Hollande, décidément rien n’a changé. Dernière photo, la deuxième fosse à cadavres où disparaissent les corps des prisonniers politiques ukraniens.

 

Laurent Brayard pour DONi.Press

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Procès Karadzic : ce serait à hurler de rire si ce n’était pas si macabre

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #l'Allemagne, #AMERIQUE, #La Russie, #La Yougoslavie, #L'OTAN., #l'ONU

Procès Karadzic : ce serait à hurler de rire si ce n’était pas si macabre

Par John Laughland le 25 mars 2016

Procès Karadzic : ce serait à hurler de rire si ce n’était pas si macabre

 

 

 

© Jerry LampenSource: Reuters
L’ancien leader des Serbes bosniaques Radovan Karadzic (à droite) lors du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie en 2008
 

Une nouvelle condamnation du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qui «ne s’attaque nullement aux vraies racines des problèmes ne pourra jamais contribuer à éviter de futures guerres», estime le chercheur John Laughland.

Quand l’ancien président yougoslave, Slobodan Milosevic, est décédé dans la prison du Tribunal pénal international à Scheveningen, près de La Haye, le 11 mars 2006, les médias se sont livrés à une véritable orgie de dénonciation du «bourreau de Balkans». Ils l’ont fait en ne tenant compte d’aucune séance du procès, qui avait pourtant duré quatre ans et qui était en cours quand Milosevic est mort à cause d’une maladie du coeur que les juges ont refusée de faire soigner. Le procès aurait pu ne pas avoir eu lieu, tellement ils ont voulu vite refermer sa parenthèse. Leur méthode consistait à ressortir du placard toutes les vieilles histoires qu’ils avaient apprises au début des années quatre-vingt-dix, quand les guerres yougoslaves ont éclaté, à l’instar de la politique occidentale dictée par les Allemands et les Américains qui se sont concurrencés pour dénoncer les Serbes et pour aider, y compris militairement, les sécessionnistes d’abord croates et slovènes, ensuite islamo-bosniaques.

Aucune accusation pour génocide au Kosovo n’a jamais été engagée, alors que celui-ci était le prétexte pour le bombardement illégal de la Yougoslavie par l’Otan en 1999

En réalité, le procès avait produit bien de surprises. De nombreux témoignages avaient disculpé l’ancien président, y compris de la part de témoins à charge dont certains ont accusé l’Accusation de torture. Les juges se sont déshonorés en faisant taire l’accusé à chaque fois qu’il démontrait les mensonges de ses accusateurs. L’Accusation a même été contrainte d’abandonner, au milieu du procès, son affirmation centrale, à savoir que Milosevic aurait cherché à créer une Grande Serbie. Comme j’avais moi-même été le dernier journaliste occidental à rendre visite à Milosevic dans sa cellule, j’en savais quelques chose. J’étais tellement dégoûté par la légèreté et la malhonnêteté des reportages médiatiques que j’ai rédigé un livre sur le procès fleuve dont le titre résume bien l’argument: « La parodie » (Travesty, en anglais).

Depuis la mort de Milosevic, bien des événements juridiques ont eu lieu qui vont dans le sens d’une réévaluation des guerres yougoslaves.  Aucune accusation pour genocide au Kosovo n’a jamais été engagée, alors que celui-ci était le prétexte pour le bombardement illégal de la Yougoslavie par l’Otan en 1999.  En 2007, après quatorze ans de délibérations, la Cour internationale de justice (la plus haute instance juridique des Nations-Unies, et non pas un tribunal ad hoc concocté pour des raisons politiques par les Américains, comme le TPI) a rendu son jugement dans l’affaire qui opposait la Bosnie-Herzégovine à la Serbie depuis 1993.  La Cour a trouvé que la Serbie n’avait joué aucun rôle décisif dans la guerre civile bosniaque et que la très grande majorité des accusations de génocide portées contre les Serbes de Bosnie étaient sans fondement. La Bosnie avait en effet affirmé, dès le début des combats, que les Serbes voulaient exterminer les Musulmans, et que Milosevic et les Serbes de Bosnie ne faisaient que répéter le travail entrepris contre les Juifs par Adolf Hitler. Cette thèse fut aussi avancée par un universitaire américain, Norman Cigar, dans un livre publié avant la prise de la ville de Srebrenica en juillet 1995.

Tous ces développements juridiques restent largement inconnus du grand public, et pour cause. Si hier la salle de presse du TPI était comble pour entendre le verdict des juges dans le procès Karadzic, c’était la première fois depuis le début du procès, en 2009. Tout comme pendant le procès de Milosevic, les journalistes ont fait preuve d’un dédain superbe quant au vrai déroulement de la procédure contre Karadzic. Ils n’ont assisté à aucune séance. Tous ceux qui se sont empressés de vous annoncer avec délectation que l’ancien président de la République serbe de Bosnie avait été jugé coupable de génocide sont parfaitement incapables de vous citer le nom d’un seul témoin parmi les 585 qui ont été entendus pendant les cinq dernières années.

Pire, les juges semblent avoir agi de la même manière.  En écoutant la voix robotique du président coréen de la Chambre de première instance, O-Gon Kwon, qui lisait le résumé du jugement (celui-ci fait 2.600 pages) on aurait pu croire que le procès n’avait pas eu lieu. Pas un seul argument de la Défense n’a été cité ou retenu; pas le moindre rééquilibrage ou nuance des faits n’a pu être observé. Au contraire, le jugement ne consiste qu’en la répétition d’accusations vieilles de 25 ans et issues de la propagande occidentale depuis les tous premiers mois de la guerre.

Ce simplisme qui frôle la débilité est particulièrement criant dans le cas du plus grand tabou de tous, celui des massacres qui ont eu lieu à Srebrenica après trois ans de guerre atroce. Avec l’énorme mémorial construit près de la ville pour figer cet événement dans la pierre (en face duquel, d’ailleurs, des livres et DVD islamistes sont en vente dans un kiosque), Srebrenica constitue une référence négative presqu’aussi forte que celle de la Shoah, à laquelle les évènements de juillet 1995 sont censés ressembler. Mais que disent les juges dans l’affaire Karadzic sur Srebrenica? Ils racontent exactement les mêmes âneries que leurs prédécesseurs dans les autres procès devant le TPI.

Ils racontent en particulier, tout comme la Cour internationale de justice en 2007, que les Serbes de Bosnie n’avaient aucune intention de commettre un génocide contre les Musulmans de Bosnie en général.  Karadzic a été acquitté hier pour génocide dans sept municipalités où pourtant l’Accusation avait affirmé sa culpabilité. Ils démentent ainsi l’affirmation centrale portée par la Bosnie dès 1992. En revanche, les juges nous invitent à croire que la volonté génocidaire des Serbes de Bosnie ne concernait pas tous les Musulmans de Bosnie, mais seulement les hommes musulmans de la ville de Srebrenica. Ils nous invitent à croire, en outre, qu’après trois ans de lourds combats le plan génocidaire a été conçu à 20h le 13 juillet 1995. Dans le jugement du 24 mars, Karadzic a été acquitté par ses juges de toute accusation de génocide antérieur à ce moment précis.

Cela serait à hurler de rire si ce n’était pas si macabre.  Plusieurs massacres ont certainement eu lieu dans la ville suite à sa capture par les forces serbes de Bosnie, nul ne le conteste. La plupart des victimes étaient des combattants, ou des anciens combattants, qui ont formé une colonne de plusieurs milliers d’hommes essayant de fuire la ville pour rejoindre Tuzla, territoire bosniaque. Les Serbes leur ont tiré dessus et ils ont riposté. Mais les juges ne mentionnent aucune riposte, prétendant que dans la colonne il n’y avait que de civils non armés. Je le répète: qu’il y ait eu barbarie, personne ne le nie. Mais comment un génocide peut-il s’appliquer aux seuls habitants masculins d’une seule ville? Ce n’est pas le sens du mot génocide, qui veut dire « destruction de tout un peuple » ou « de toute une race », c’est-à-dire des hommes et femmes d’une certaine race ou religion, partout où ils se trouvent.

En ignorant volontairement l’anthropologie de la guerre, les juges du TPI ont déformé la réalité de la guerre

En voulant préserver à tout prix la condamnation sensationnaliste pour génocide, qui constitue un grand succès institutionnel pour le TPI, les juges n’ont pas seulement prêté aucune attention aux centaines de témoins à décharge ni aux arguments de la Défense prouvant que Karadzic avait essayé d’éviter le pire. Ils ont surtout commis une grosse erreur d’analyse qui va vicier pour les décennies à venir la loi de la guerre qu’ils entendent renforcer. Ce qui s’est passé à Srebrenica, sous la chaleur intense de l’été 1995, est très clairement une série d’actes de vengeance, d’une fureur et d’une violence rares. Pendant trois ans, les Serbes autour de Srebrenica avaient été victimes d’attaques barbares par les islamistes sous le commandement de Nasir Oric, grand coupeur de têtes exonéré par le TPI en 2006, comme les très nombreux tombeaux dans les villages voisins l’attestent. Ils haïssaient ceux qui les avaient terrorisés et ils voulaient un règlement de comptes. Leurs actes étaient sans aucun doute condamnables – mais ils ne peuvent pas être qualifiés de génocidaires car le génocide est une opération planifiée et appliquée méthodiquement pour des raisons racistes. Ce n’est pas une explosion spontanée de violence.

En ignorant volontairement l’anthropologie de la guerre, et en particulier le phénomène girardien de la montée aux extrêmes de la spirale de violence – une violence que, ne l’oublions pas, les Musulmans avaient été les premiers à déclencher – les juges du TPI ont déformé la réalité de la guerre. Leur énième condemnation, basée sur une telle déformation et qui ne s’attaque nullement aux vraies racines des problèmes qu’elle entend résoudre, ne pourra jamais faire autorité. Elle ne pourra donc jamais contribuer à mitiger, et encore moins à éviter, des guerres futures.

Par John Laughland | 25 mars 2016

DU MÊME AUTEUR : La «réalité brute» de Barack Obama

ENQUÊTE SPECIALE DE RT : ЗАШТО? Pourquoi ? – Retour en Yougoslavie, 15 ans après les bombardements de l’OTAN

Source: https://francais.rt.com/opinions/17981-karadzic-condamnation

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RT dévoile des documents témoignant du trafic de pétrole mené par Daesh (EXCLUSIF).

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Turquie, #AMERIQUE, #La Russie, #L'OTAN., #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013

RT dévoile des documents témoignant du trafic de pétrole mené par Daesh (EXCLUSIF)

24 mars 2016,

Documents de Daesh

Documents de Daesh

Une équipe de RT Documentary filmant au nord de la Syrie est tombée sur des documents de Daesh, abandonnés par des terroristes en déroute, découverts par les Kurdes, et qui donnent un aperçu impressionnant de son trafic de pétrole avec la Turquie.

Peu après le déclenchement du conflit en Syrie, Daesh en est devenu un acteur majeur en Irak, et en Syrie en particulier. Décapitations filmées, meurtres de masse, esclavage, liens apparents avec les attaques de Paris et de Bruxelles : autant d’éléments associés au groupe terroriste et qui lui font une vaste publicité.

Diriger de manière viable une organisation dotée de telles capacités serait impossible sans un soutien logistique et financier venant de l’extérieur.

Bâtiments utilisés par Daesh abandonnés au nord de la Syrie© Capture d'écran, vidéo RT
Bâtiments utilisés par Daesh abandonnés au nord de la Syrie

La Turquie, qui s’est activement engagée dans la guerre en Syrie depuis ses débuts, a nié à plusieurs reprises avoir aidé Daesh. Bien qu’Ankara insiste sur le fait que le groupe djihadiste constitue un ennemi juré, les faits observés sur le terrain livrent une histoire bien différente.

RT s’est entretenu avec plusieurs témoins impliqués dans les activités commerciales de Daesh et a accédé aux documents du groupe terroriste, qui fournissent un aperçu de comment et d'où les militants étrangers entrent en Syrie pour rejoindre l’organisation djihadiste.

Factures détaillées du trafic de pétrole

L’équipe de RT Documentary a réalisé la plus grande partie de son tournage dans la ville de Al-Chaddadeh, située au sud de la province syrienne d’Hassaké, en partie contrôlée il y a encore peu par Daesh. Suite à la libération de cette ville peuplée de quelque 10 000 personnes, RT a filmé les soldats kurdes se promenant autour de ce qui avait servi d'abri aux combattants du groupe terroriste et étudiant les documents abandonnés par ces derniers.

Certains des dossiers saisis sur place se sont avérés être des factures détaillées, conservées par Daesh pour évaluer les recettes quotidiennes de leurs champs pétroliers et de leurs raffineries, ainsi que les quantités extraites. Tous les documents portaient en haut le symbole de Daesh.

 
Exemple de factures de Daesh précisant la quantité de pétrole vendu

Exemple de factures de Daesh précisant la quantité de pétrole vendu

© Capture d'écran, vidéo RT
Exemple de factures de Daesh précisant la quantité de pétrole vendu

Ces dossiers montrent que «Daesh tenait des comptes très professionnels de leur commerce pétrolier», selon l’auteur du nouveau documentaire de RT, parlant sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité.

Chaque facture comprend le nom du chauffeur, le type de véhicule, le poids du camion, rempli comme vide, ainsi que le prix convenu et un numéro de facture.

Une des factures découvertes, datant du 11 janvier 2016, indique par exemple que Daesh a extrait 1 925 barils de pétrole du champ pétrolier de Kabibah et les a vendus pour 38 342 dollars.

Le pétrole vers la Turquie, les djihadistes depuis la Turquie

RT a interrogé les habitants forcés à travailler dans l’industrie pétrolière de Daesh, leur demandant de décrire leur expérience dans la raffinerie contrôlée par les terroristes et dont le pétrole extrait était vendu.

Ils ont attesté que «le pétrole extrait était livré à une raffinerie de pétrole, où il était converti en essence, en gaz et autres produits pétroliers. Ensuite, le produit raffiné était vendu», explique l’auteur du documentaire de RT, ajoutant que «les intermédiaires de Raqqa et d’Alep arrivaient pour récupérer le pétrole et mentionnaient souvent la Turquie».

Une autre information révélant les liens entre Daesh et la Turquie a été fournie par un militant turc précédemment capturé par les Kurdes. Cette recrue de Daesh a indiqué, face à une caméra, que le groupe terroriste vendait en réalité le pétrole en Turquie.

«Sans même que lui soit posée directement la question, le combattant a admis que la raison pour laquelle il était tellement facile pour lui de traverser la frontière turque et de rejoindre Daesh, était que la Turquie aussi en profitait. Une fois interrogé, il a répondu que la Turquie tirait quelque chose de tout cela, comme du pétrole [par exemple].»

RT a aussi eu l’occasion de parler avec un soldat kurde qui a exhibé une collection de passeports recueillis sur des cadavres de combattants de Daesh. La vidéo de l’équipe documentaire montre les papiers de plusieurs djihadistes, venus de tous les coins du monde, y compris de pays comme le Bahreïn, la Libye, le Kazakhstan, la Russie, la Tunisie et la Turquie.

La plupart de ces combattants étrangers sont de tout évidence passés par la Turquie, tous les passeports ayant des timbres émis aux points de contrôle des frontières turques.

Passeports appartenant aux combattants de Daesh, avec des timbres émis à Istanbul

Passeports appartenant aux combattants de Daesh, avec des timbres émis à Istanbul

Un membre des Unités de protection du peuple (YPG) a fourni quelques photos provenant d’une clé USB et montrant apparemment de futurs militants du groupe. L’une d’elles représentait trois hommes devant l’obélisque de Théodose, le fameux monument d’Istanbul. Une autre photo montrait d'autres hommes, quelque part en Syrie, déjà armés et équipés.

Un des combattants de Daesh, interviewé par RT, a révélé qu’il n’y avait pas de gardes-frontières à surveiller la zone lors de sa traversée de la frontière turco-syrienne.

De la propagande islamiste imprimée à Istanbul

Le soutien logistique de la Turquie aux combattants extrémistes essayant de renverser le gouvernement du président syrien Bachar el-Assad - ou du moins sa non interférence avec les mouvements transfrontaliers - a été largement rapporté mais peu de choses ont été dites au sujet du soutien idéologique venu du territoire turc.

Parmi les documents découverts dans un hôpital dirigé par Daesh, l’équipe de RT a trouvé une brochure de propagande islamiste imprimée en arabe et intitulée «Comment mener une bataille parfaite contre le régime d’Assad», qui décrit les différentes façons de combattre le gouvernement syrien.

Exemple de document de propagande imprimé en Turquie

Exemple de document de propagande imprimé en Turquie

Curieusement, la brochure a été imprimée en Turquie, la couverture affichant ouvertement l’adresse postale et le numéro de téléphone de l’imprimerie située à Istanbul, accompagnée de contacts Facebook.

«Plusieurs personnes ont parlé des liens avec la Turquie. La Turquie est un voisin direct de Daesh. Si elle était disposée à fermer cette connexion entre [elle] et Daesh, l’organisation terroriste ne pourrait plus exister», a fait savoir l’auteur du documentaire, ajoutant que «si Daesh cessait d’être approvisionnée en armes, en nouvelles recrues, en nourriture et en autre aide depuis la Turquie, Daesh perdrait un gros sponsor.»

La Turquie tire profit de l’Etat islamique puisque le groupe terroriste lui fournit du pétrole bon marché et lutte contre ses deux ennemis : le gouvernement syrien et la population kurde. Voilà un avis commun et aux Kurdes et à leurs ennemis de l’organisation djihadiste. Les documents de Daesh obtenus par RT peuvent représenter des preuves supplémentaires révélant la stratégie douteuse du gouvernement du président turc Recep Tayyip Erdogan en Syrie.

Lire aussi : Daesh aurait perdu un cinquième de ses territoires et 40% de son chiffre d'affaires

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Palmyre occupée, Palmyre martyrisée, mais Palmyre libérée ! Bruno Guigue

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #L'OTAN., #Daesch, #Terrorisme, #La Russie, #AMERIQUE, #La Turquie

Syrie

Palmyre occupée, Palmyre martyrisée,
mais Palmyre libérée !

Bruno Guigue


Photo: Sana

Samedi 26 mars 2016

Joyau de la civilisation universelle, mariage architectural des cultures arabe et gréco-romaine, emblème du métissage culturel de l'Antiquité tardive, Palmyre fut livrée il y a dix mois aux fanatiques de Daech. Pas une cartouche ne fut tirée, en effet, contre les colonnes infernales en provenance du désert irakien qui atteignirent la ville en plein jour, alors même qu'une "coalition antiterroriste" de soixante pays, adossée à l'armada nord-américaine, prétendait lutter contre le monstre. Pour libérer Palmyre, disait alors un blogueur hébergé par "Le Monde", il faut d'abord "faire chuter Damas". Et la France, comble de la lâcheté et de l'hypocrisie, laissa faire Daech "pour ne pas aider Bachar".

Des centaines de soldats syriens, en revanche, donnèrent leur vie pour défendre la ville, et des dizaines d'entre eux, faits prisonniers, furent sommairement exécutés dans une mise en scène macabre qui se déroula au cœur de la cité antique, conférant une allure de tragédie grecque à ce crime odieux. L'armée syrienne a dû abandonner la ville, la rage au cœur, devant l'avancée de ces mercenaires lourdement équipés de matériel US et grassement rémunérés par les amis de l'Occident, les rois du pétrole.

Bien sûr, on a entendu tous les mensonges possibles, toutes ces calomnies qu'on lit encore, ici ou là, chez des charlatans qui se prétendent journalistes. Daech, cette "créature de Bachar", aurait pris Palmyre parce que le régime y trouvait son intérêt ! Le tyran de Damas aurait même passé un accord avec ceux qui décapitent ses soldats alaouites ! Comme si l'armée arabe syrienne n'avait rien fait pour défendre la ville, et comme si, aujourd'hui même, ses soldats n'avaient pas payé le prix du sang et ne cueillaient pas, enfin, le bénéfice d'une victoire chèrement payée !

Car cette victoire sur la mort et la destruction n'est pas seulement la victoire d'une armée courageuse, une armée de conscrits, une armée laïque dont les soldats sont de toutes confessions. En arrachant Palmyre aux griffes des djihadistes venus de partout et de nulle part, cette armée, avec l'aide de ses alliés, continue de couper les tentacules de l'hydre qui a frappé à Bruxelles, à Paris, à Bamako et ailleurs. Aujourd'hui, au moment où les Belges pansent leurs plaies, des soldats arabes se font tuer pour vaincre ceux que les dirigeants occidentaux et leurs complices du Golfe ont armés.

Comparaison ne vaut pas raison. Mais le 25 août 1944, l'interminable escalier menant à Notre-Dame-de-la-Garde, à Marseille, était couvert de corps ensanglantés. Ces corps étaient ceux des tirailleurs algériens qui se firent tuer par centaines pour libérer la cité phocéenne, cette ville méditerranéenne d'origine grecque, elle aussi, qui subit douloureusement l'occupation étrangère jusqu'à sa libération dans le sang et les larmes.

Bruno Guigue (26 mars 2016).

guigue

Bruno Guigue est un haut fonctionnaire, essayiste et politologue français né à Toulouse en 1962. Ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA. Professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire et chargé de cours en relations internationales dans l’enseignement supérieur. Il est l’auteur de cinq ouvrages et d’une soixantaine d’articles. Aujourd’hui professeur de philosophie, Bruno Guigue est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident » (L’Harmattan, 2002).

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L'indifférence coupable des occidentaux par rapport au nazisme en Ukraine.

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #l'Allemagne, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Ukraine, #le nazisme, #Le fascisme, #L'OTAN., #la CIA

Kiev, le 17 mars 2016. Attaque de néonazis sur le rassemblement dédié au référendum du 17 mars 1991.

Attaque de neo-fascistes sur une manifestation à Kiev
Le 17 mars 2016, à Kiev, Natalia Vitrenko, lieder du Parti socialiste progressiste d’Ukraine a organisé un rassemblement dédié au 25ème anniversaire du référendum du 17 mars 1991, lors duquel la majorité de la population de l’URSS y compris de l’Ukraine s’est exprimée pour le maintien de l’union. Plusieurs mouvements de gauche étaient présents. 10 minutes après le début de l’action une bande de neo-fascistes a violemment attaqué les manifestants...

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USA] Une offensive judiciaire globale, par Jean-Michel Quatrepoint

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Le traité Transatlantique., #AMERIQUE, #L'OTAN., #la CIA

Source : Fondation Res Publica, Jean-Michel Quatrepoint, 01-02-2016

Accueil de Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica, auteur de “Alstom, un scandale d’État – Dernière liquidation de l’industrie française” (Fayard : août 2015), au colloque “L’extraterritorialité du droit américain” du 1er février 2016.

JM-Qutrepoint

L’exportation du droit américain, l’extraterritorialité des lois américaines est un processus qui ne date pas d’aujourd’hui. Voilà des années, voire des décennies que les États-Unis développent une stratégie globale d’hyperpuissance en s’appuyant sur un arsenal juridique et en imposant leurs lois, leurs normes, au reste du monde. Il aura fallu l’amende colossale infligée à BNP Paribas (8,9 milliards de dollars) et celle qui, infligée à Alstom (772 millions de dollars), fut la véritable cause, quoi qu’en dise le PDG d’Alstom, de la vente de la division « énergie » à General Electric, pour que nos dirigeants découvrent la réalité d’une guerre économique engagée depuis des décennies. Ils ont ainsi découvert, tardivement, le caractère meurtrier d’un arsenal juridique dont la mise en place remonte à plus d’un quart de siècle.

Dans la décennie 90, après l’effondrement du communisme, les États-Unis vont se doter d’une série de lois qui concernent les entreprises américaines mais aussi toutes les entreprises étrangères. La majorité de ces lois, Trade Acts ou embargos, permettent aux responsables américains du commerce d’identifier et de sanctionner les comportements « injustes et déraisonnables » des acteurs économiques rivaux des Américains.

On peut classer ces textes dans quelques grands chapitres :
Le plus connu aujourd’hui est la lutte contre la corruption, le fameux Foreign Corrupt Practices Act(FCPA) qui s’appliquait aux entreprises américaines qui versaient des pots de vin aux fonctionnaires et aux hommes politiques pour obtenir des contrats. En 1998, ce FCPA est étendu aux entreprises étrangères et il va servir de modèle à la convention OCDE censée réprimer la corruption, notamment en matière de grands contrats.

Le second chapitre est une batterie de lois qui criminalisent le commerce avec les États sous embargo américain. Certaines de ces lois sont bien connues, telles les lois Helms-Burton et D’Amato qui sanctionnent les entreprises commerçant avec l’Iran, Cuba, la Libye, le Soudan etc. (au total il y aura 70 embargos américains à travers le monde). En 2006, un banquier britannique, un des dirigeants de la Standard Chartered, dira : « Putains d’Américains, qui êtes-vous pour nous dire et pour dire au reste du monde que nous ne devons pas travailler avec les Iraniens ? ». Quelques années plus tard la Standard Chartered devra payer 700 millions de dollars d’amende pour avoir commercé avec l’Iran.

Autre chapitre, une batterie de lois criminalisent le commerce avec les pays sous embargo ONU.
Ensuite viendra le blanchiment de l’argent sale des terroristes ou des narcotrafiquants.

Le Patriot Act, édicté en 2001 après l’attaque sur les Twin towers, sous couvert de lutte contre le terrorisme, donne des pouvoirs élargis aux différentes agences pour accéder aux différentes données informatiques.

Enfin la loi Dodd-Frank de juillet 2010 confère à la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme américain de la bourse, le pouvoir de réprimer toute conduite qui, aux États-Unis, concourt de manière significative à la commission de l’infraction, même lorsque la transaction financière a été conclue en dehors des États-Unis et n’implique que des acteurs étrangers. Cela va donc très loin.

Cerise sur le gâteau, en 2014, le Foreign Account Tax Compliance Act (FATCA) donne au fisc américain des pouvoirs extraterritoriaux qui contraignent les banques étrangères à devenir ses agents en lui livrant toutes les informations sur les comptes et avoirs des citoyens américains dans le monde. Si elles n’obtempèrent pas, 30 % de leurs revenus aux États-Unis sont confisqués et, plus grave encore, elles peuvent se voir retirer leur licence. Or, pour une banque, notamment les plus grandes, ne plus pouvoir travailler aux États-Unis et ne plus pouvoir compenser en dollars équivaut à un arrêt de mort. On a souvent voulu voir derrière le FATCA le moyen pour les Américains de faire enfin plier les banquiers suisses, les « gnomes de Zurich », les obliger à abandonner leur sacro-saint secret bancaire. C’est vrai… mais c’est l’arbre, moral et médiatique, qui cache la forêt. Ainsi, BNP Paribas a été contrainte de fournir dans le cadre de son amende la liste des comptes de ses clients américains et franco-américains. C’est ainsi que des personnes fort respectables, qui ont la malchance d’avoir la double-nationalité mais qui ont toujours gagné et déclaré leur argent en France, sans avoir de revenus aux États-Unis, sont sommées par l’Internal Revenue Service (IRS), le fisc américain, de fournir toutes leurs déclarations d’impôts. Si jamais elles ont payé moins en France que ce qu’elles auraient payé aux États-Unis, l’IRS leur réclame la différence. Cela s’appelle du racket.

Avec le recul, on s’aperçoit qu’il est très difficile de contester chacune de ces mesures : Qui va s’élever contre le fait de lutter contre la corruption… ? De même qui n’est favorable à la répression des narcotrafiquants et du blanchiment de leur argent ? Il en est de même du terrorisme. C’est là toute l’habileté du projet américain théorisé en 2004 par Suzanne Nossel, laquelle a inspiré Hillary Clinton lorsque cette dernière était secrétaire d’État.

C’est la théorie non du soft power mais du smart power, affirmation par les États-Unis d’une vision universelle au nom de leur compétence universelle.

Les États-Unis se vivent comme le nouveau peuple élu. Leurs victoires contre les forces du mal (en 1945 contre le nazisme, plus tard contre le communisme), leurs performances économiques, témoignent de la supériorité de leur modèle. Il est donc normal que tous les autres peuples adoptent ce modèle car la globalisation implique l’uniformisation. Les États-Unis énoncent donc de grands principes, valables pour tous et que tous sont contraints de respecter à travers un arsenal juridique, à travers la puissance du dollar, à travers les technologies qui permettent de tout savoir (on pense à la NSA). Le tout, bien sûr, pour le bien commun.

Cette compétence universelle, par définition, s’applique à toutes les activités humaines. L’offensive contre la FIFA et Sepp Blatter (et par ricochet contre Michel Platini), a été menée par les Anglo-saxons, par les Américains. Une offensive fort habile car chacun sait que la FIFA (Fédération Internationale de Football Association), comme le CIO (Comité international olympique), sont des lieux où le népotisme et la corruption règnent en maîtres. Pour les Américains, il s’agit de faire exploser ce système et de le remplacer par un autre où la puissance américaine sera dominante et imposera ses règles.

Il est très difficile de s’opposer à ce smart power, véritable idéologie qui s’appuie sur la défense des droits de l’homme, la libre concurrence non faussée, le droit des consommateurs, le droit des minorités etc.

Cette stratégie s’appuie également sur les ONG anglo-saxonnes. Ce sont elles qui sont à l’origine de l’affaire Volkswagen. Loin de moi l’idée de défendre Volkswagen et l’industrie automobile allemande mais il est intéressant d’observer comment cette affaire s’est déroulée. Au départ, le lobby automobile européen, dominé par les industriels allemands, avait de très bonnes relations avec la Commission européenne et, évidemment, les normes de pollution et de consommation en Europe ont été fixées avec l’assentiment des constructeurs automobiles. Nous avons tous pu constater que l’affichage des consommations des véhicules ne correspond absolument pas à la réalité sur le terrain. Il se trouve que Volkswagen avait misé sur le diesel, invention essentiellement européenne, pour pénétrer le marché américain. Or, aux États-Unis, les normes anti-pollution pour le diesel sont beaucoup plus rigoureuses qu’en Europe, notamment pour les particules fines (on pourrait parler d’une norme protectionniste). Volkswagen a décidé, pour pénétrer le marché américain avec ses véhicules diesel, d’installer secrètement un logiciel fourni par Bosch. Logiciel qui permettait de masquer la réalité de émissions de particules. Ce truquage est découvert par une ONG américaine qui dévoile l’affaire en 2014 et transmet le dossier à l’agence fédérale de protection de l’environnement. C’est alors que l’affaire commence. Volkswagen, qui a effectivement triché, est piégée. Les media s’en mêlent, la machine s’emballe (48 Class actions, dans 48 États différents). La machine de guerre judiciaire américaine s’est mise en branle et le coût pour Volkswagen, indépendamment du coût pour son image, va se chiffrer en dizaines de milliards de dollars. Volkswagen (tout comme sa filiale Audi) avait énormément misé sur les États-Unis : le marché américain devait être le nouvel eldorado pour le constructeur automobile allemand qui espérait s’implanter aux États-Unis, bénéficier du dollar, d’une main d’œuvre moins chère qu’en Europe pour réexporter ensuite des modèles ou des sous-ensembles sur le marché européen et sur l’Asie. Ambition que l’industrie automobile américaine, en plein renouveau, grâce aux subventions données notamment à General Motors, ne voit pas d’un très bon œil. Est-ce un hasard si l’affaire du petit logiciel de Volkswagen a émergé ? Ce qui va se passer sur l’affaire Volkswagen est important car, si les Allemands plaident coupables, ils ont cependant commis un crime de lèse-majesté début janvier en refusant aux prosecutors et aux enquêteurs américains l’accès à leurs données, notamment sur le sol allemand. En effet, quand la machine judiciaire américaine est en branle (les entreprises qui sont « passées dans la moulinette » en savent quelque chose), les enquêteurs américains déboulent et ont accès à tout, mails, documents etc. Or les Allemands, invoquant la German law, qui interdit la communication de données à des puissances étrangères extérieures à l’Union Européenne, ont refusé de donner l’accès aux documents et aux mails internes à leur siège social. Les Allemands iront-ils jusqu’au bout du bras de fer, refuseront-ils d’obéir aux injonctions de la justice américaine ? Cela peut se terminer par l’obligation pour Volkswagen de fermer ses usines aux États-Unis. On est là dans un processus lourd de conséquences.

Les États-Unis, forts de leur puissance, ont donc développé un arsenal juridique tous azimuts. Ils décident qui peut commercer avec qui. Ils peuvent décider aussi d’éliminer les concurrents. Les entreprises françaises en savent quelque chose avec l’Iran. À la différence de ce qui se passait dans les années 80-90, ils bénéficient de la position du dollar : 78 % des transactions mondiales se font en dollars et tout est compensé par les États-Unis. Comme toutes les transactions en dollars transitent par les États-Unis, toute transaction en dollars est soumise à la loi américaine. Ils ont aussi les écoutes : on a découvert que la NSA et les services américains écoutaient systématiquement tout, y compris les chefs d’État… et personne n’a protesté. Et surtout, cette extraterritorialité devient un extraordinaire businessqui profite d’abord aux Américains. Les amendes proprement dites commencent à atteindre des montants conséquents. Pour les banques, le total des amendes infligées par la justice américaine est de 125 milliards de dollars, dont une bonne partie concerne les banques américaines. Mais les banques américaines ont été condamnées pour les affaires de subprimes (aucun banquier américain n’a fait de prison) tandis que les banques européennes et japonaises ont été condamnées pour avoir violé des embargos. Les banques suisses ont payé un très lourd tribut pour ne pas avoir communiqué à temps un certain nombre de données.

On en est aujourd’hui à 35 milliards de dollars d’amendes pour les banques étrangères et une demi-douzaine de milliards de dollars pour les groupes industriels. Sur les dix premières amendes infligées, notamment pour des affaires de corruption, aux groupes industriels, neuf concernent des groupes étrangers. Le record va à Siemens (800 millions de dollars) suivi par Alstom (772 millions de dollars).

Cet argent sert d’abord à l’auto-alimentation du système judiciaire américain (la SEC, le Trésor, le DOJ etc.) dont les coûts annexes sont considérables. Le système judiciaire américain, les centaines de milliers de lawyers des cabinets, sont embauchés par les entreprises et vivent « sur la bête ». L’argent des amendes fait donc vivre le système judiciaire américain au sens large. S’y ajoute la contestation de brevets etc. L’application de ce système de l’extraterritorialité est un formidable business qui alimente la machine judiciaire et juridique américaine.

Les gens de BNP Paribas seront sans doute heureux d’apprendre qu’une partie de leur amende va servir à indemniser les citoyens américains qui avaient été victimes de la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979. Plus de cinquante personnes, retenues pendant 444 jours, n’avaient jamais été indemnisées parce que, dans l’accord entre l’Iran et Ronald Reagan, l’Iran avait refusé de payer quelque indemnité que ce soit (l’une des raisons pour lesquelles les Iraniens avaient pris en otage les personnels de l’ambassade américaine était la « prise en otage » par les Américains des compte iraniens à la Chase Manhattan Bank…). Le Congrès a l’intention d’utiliser 1 à 2 milliards de dollars, pris sur l’amende de BNP Paribas, pour indemniser ces ex-otages américains.

Plus grave : les accords que les entreprises étrangères sont contraintes de signer s’accompagnent généralement de la mise sous tutelle de fait de ces entreprises qui, de par le settlement, l’accord passé avec la justice américaine, subissent pendant six mois, un an, trois ans… la présence de contrôleurs indépendants chargés de vérifier que l’entreprise condamnée se conforme bien à toutes les règles de la compliance américaine. Alcatel Lucent avait été condamnée il y a quelques années à une amende pour corruption à propos d’affaires qui remontaient au début des années 2000 (le montant, moins important que celui infligé à Alstom, s’élevait quand même à 170 millions de dollars). Contrainte d’accepter pendant trois ans la présence d’un contrôleur indépendant, Alcatel Lucent devait lui donner toutes les informations que ce contrôleur jugeait utiles à la réalisation de sa mission. D’aucuns disent que Alcatel Lucent a été ainsi pillée pendant quelques années par la justice américaine. Les secrets de fabrication et un certain nombre de données essentielles peuvent être transférés ainsi à une puissance étrangère.
L’extraterritorialité du droit américain permet à la puissance américaine, sur les secteurs qu’elle estime stratégiques, d’asseoir sa domination.

Merci.

Source : Fondation Res Publica, Jean-Michel Quatrepoint, 01-02-2016

 

Pascal Le 27 mars 2016

Eh oui. Il est grand temps de se réveiller. Et ne pensez surtout pas que les choses vont aller en s’améliorant avec le scandaleux traité de libre échange secrètement discuté et qui ne semble intéresser que très peu de personnes en France. Les Allemands eux sont autrement plus actifs en ce qui concerne cette traîtrise supplémentaire que nos gouvernants corrompus s’apprêtent à nous faire avaler.

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[Vidéo] La fin des Ottoman

27 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Turquie, #L'OTAN.

Source : Youtube, 22-03-2016

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Comment, de l’indépendance grecque (1830) à l’avènement de la République turque (1923), le démantèlement de l’Empire ottoman a porté en germe les conflits contemporains. La passionnante traversée d’une page d’histoire aussi cruciale que méconnue. Premier volet : les nations contre l’Empire.

Cette première partie rappelle comment, à partir de 1821, date du soulèvement grec, jusqu’aux guerres balkaniques de 1912-1913, l’Empire ottoman se retire définitivement d’Europe, mettant un terme à près de cinq siècles de présence dans les Balkans. Cette histoire commune fut celle d’une coexistence complexe entre peuples chrétiens, musulmans et juifs, organisés par millet, ou communautés confessionnelles. Mais les appartenances religieuses vont progressivement cristalliser des identités nationales rigides et exclusives – serbes, grecques, bulgares… –  aujourd’hui encore en conflit, plus de quinze ans après la fin des guerres de Yougoslavie.

Six siècles durant, l’immense Empire ottoman a imposé sa puissance sur trois continents et sept mers. Terre des Lieux saints des trois monothéismes, mosaïque de langues, de cultures et de religions sans équivalent dans l’histoire, cette puissance exceptionnelle s’est pourtant effondrée en moins d’un siècle, de l’indépendance de la Grèce, premier État-nation à s’émanciper de l’Empire en 1830, jusqu’à l’avènement de la République de Turquie en 1923, sous l’égide de Mustafa Kemal Atatürk. Des guerres israélo-arabes à l’éclatement de la Yougoslavie, de l’invasion de l’Irak au chaos syrien, ses ruines et ses lignes de faille, autant ethniques que religieuses, ont façonné un monde moderne dont les fractures multiples apparaissent désormais au grand jour. Passionnant et dense, ce documentaire en deux parties retrace avec fluidité la mécanique politique, économique et sociale qui a conduit l’Empire ottoman à sa fin. Grâce à des images d’archives rares et aux contributions éclairantes d’historiens américains, européens et proche-orientaux, il fait revivre une page d’histoire largement méconnue, mais essentielle pour comprendre les bouleversements contemporains.

(France, 2014, 53mn) ARTE F

Partie 1/2

Partie 2/2

Source : Youtube, 22-03-2016

 

Ne ratez pas : “La Fin des Ottomans”

Source : Le Nouvel Obs, Ingrid Sion, 22-03-2016

Jeunes Turcs (© Seconde Vague Productions)

Jeunes Turcs (© Seconde Vague Productions)

1830-1923 : la chute d’un Empire ou le récit d’un siècle de chaos et de violences, des Balkans au Moyen-Orient, qui éclairent d’un jour nouveau les conflits contemporains.

La perspective historique permet bien souvent de mieux comprendre le monde et ses bouleversements. En deux heures denses mais passionnantes, ce film de Sylvie Jezequel et Mathilde Damoisel résume l’effondrement de l’Empire ottoman après six cents ans de domination, qui, des Balkans au Moyen-Orient, permet de mieux appréhender les guerres en ex-Yougoslavie et au Moyen-Orient. Ce récit d’un siècle de « violences et de chaos » est scindé en deux parties : « les Nations contre l’Empire », de l’indépendance grecque, en 1830, à 1912 ; et « le Moyen-Orient en éclats », de la Première Guerre mondiale à la proclamation de la République turque en 1923. Les deux documentaires, nourris de précieuses images d’archives et de témoignages d’historiens et de politologues européens et proche-orientaux, sont portés par la voix de l’actrice Nathalie Richard, qui raconte cette « histoire complexe entre différents peuples et confessions religieuses », ainsi définie par l’historien anglais Mark Mazower, et les fractures qui en découlent aujourd’hui.

Guerres et massacres aux Balkans

Le premier volet relate les guerres pour l’indépendance des peuples balkaniques. Jusqu’en 1820, chrétiens orthodoxes, catholiques arméniens, juifs et musulmans, organisés par millets (communautés confessionnelles), coexistaient depuis plus de quatre siècles au sein d’un Empire où les non-musulmans avaient des droits restreints (ils étaient notamment soumis à un impôt spécifique). Au XIXe siècle, sous l’influence des idéaux de la Révolution française, ces peuples, dotés d’une langue et d’une croyance, aspirent à l’émancipation. Les Grecs sont les premiers à mener leur révolution et, après huit ans de guerre, accèdent à l’indépendance. Un mouvement suivi par les autres peuples balkaniques. La révolte des paysans serbes (1875), l’insurrection des Bulgares (1876) et le soulèvement des Arméniens au Sassoun (1894), réprimés dans le sang par les bachibouzouks (mercenaires ottomans) et l’armée ottomane, aboutissent à la naissance de nouveaux Etats. A l’aube de la Première Guerre mondiale, les nations balkaniques brisent leur alliance contre l’oppresseur ottoman et se déchirent pour la Macédoine. Le partage des territoires en 1913 entérine les atrocités tandis que le Kosovo, foyer de la rébellion albanaise, revient à la Serbie… Plus de 400 000 personnes sont déplacées de force, des musulmans en grande majorité. « Le début de ce que nous appelons aujourd’hui le nettoyage ethnique. Ce qui s’est passé dans les années 1990est un exemple et une pratique qui a commencé à la fin du XIXe et qui a explosé au début du XXe », commente Mark Mazower.

La fin des Ottomans (1 & 2)

Fractures au Moyen-Orient

Le second film s’intéresse à la rupture entre Arabes et Ottomans qui sonne le glas de l’Empire. En 1915, les Jeunes-Turcs planifient le premier génocide du XXe siècle : les deux tiers de la population arménienne de Turquie sont exterminés, soit plus d’un million de personnes. Au printemps 1916, l’Empire réprime violemment le mécontentement croissant de ses provinces arabes : activistes et intellectuels sont arrêtés et pendus à Damas, Beyrouth et Jérusalem. Au mois de juin, le fils du chérif de La Mecque, Fayçal, soutenu par les Britanniques, mène la révolte contre les forces ottomanes, aux côtés de Lawrence d’Arabie. Damas tombe en 1918. De Palestine en Mésopotamie, l’armée ottomane et ses alliés allemands capitulent. La Première Guerre mondiale a précipité le déclin de l’Empire. De ses dernières provinces orientales d’Arabie (Mésopotamie, Syrie et Palestine) va naître le Moyen-Orient d’aujourd’hui : « Des frontières, des Etats, des fractures qui jamais n’ont cessé de se raviver » – des frontières imposées aux Arabes par les puissances colonisatrices. Ainsi, en 1921, un nouveau Royaume d’Irak est fondé ; à sa tête, Fayçal, prince sunnite, appelé à régner sur une majorité chiite…

Ce partage des territoires est vécu comme une humiliation par les Ottomans. Emmenée par Mustafa Kemal, une armée de libération nationale se révolte contre le pouvoir impérial. Le commandant turc s’empare de Smyrne et massacre sa population grecque. La République de Turquie est proclamée le 29 octobre 1923. Un Etat moderne et laïque, où l’identité religieuse conditionne néanmoins l’identité nationale. En 1924, près d’un million de Grecs ottomans, chrétiens, doivent quitter la Turquie ; en Grèce, 500 000 musulmans sont expulsés. « Grands oubliés du partage de l’Empire ottoman », les Kurdes, ni arabes ni turcs, sont dispersés entre l’Irak, la Syrie et la Turquie… L’Empire ottoman a disparu. Sa dislocation a transformé le Moyen-Orient en zone de conflits souvent confessionnels.

Source : Le Nouvel Obs, Ingrid Sion, 22-03-2016

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