Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Lucien PONS

Articles avec #l'otan. tag

Un breton chez les Turcs. Un général breton chez le Calife!

8 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Politique étrangère, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Turquie, #Terrorisme

Un breton chez les Turcs

 

Une chronique sur Kedistan

 

Un général breton chez le Calife

 

 
Un breton chez les Turcs. Un général breton chez le Calife!

Le général breton Le Drian, enfin, le ministre de la guerre de france, réellement président de la région Bretagne, a rendu visite pas plus tard qu’avant hier à Erdogan. Il a fait quelques déclarations dans le genre :

« La partie française s’est félicitée de l’efficace coopération entretenue entre la Turquie et la France sur les combattants étrangers. »

« Daech est notre ennemi commun, nous le combattons par d’intenses moyens militaires. »

« La Turquie et la France sont d’accord sur tous les points de discussions. »

La momie bretonne est peu bavarde, mais a pourtant rencontré aussi le Premier ministre Ahmet Davutoglu, les ministres de la Défense Ismet Yilmaz et des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, ainsi que le chef d’état-major de l’armée turque, le général Hulusi Akar.

Mine de rien, ça fait du monde. Il devrait donc tout connaître des opérations de l’armée turque, membre de l’Otan, qui continue ses « entraînements » anti terroristes dans l’Est du Pays. Le nombre de civils tués est là pour montrer leur efficacité, et le ministre français a dû s’empresser d’en féliciter ses hôtes, n’en doutons pas, avant que d’en rendre compte à son retour au chef des armées, entre deux dépôts de gerbes.

Il y a donc de bonnes nouvelles, en ce mois de janvier ?

Erdogan a confirmé sa participation à la « coalition islamique », ce qui a aussi rassuré la France, puisque son principal client en matière d’achat de rafales en a pris la tête. Enfin, façon de parler, après les exécutions de 47 opposants.

Juste pile poil le Breton, juste  au moment où ça se fâche entre barbus, hache contre corde, savoir que l’ami Erdogan est du côté de ses clients, ça rassure sans doute. Gageons que le Drian avait aussi fait le voyage pour ça.

Un autre sujet a été débattu, celui de l’étanchéité des frontières, notamment côté Gaziantep. La France a une insistance particulière là dessus, non pas qu’elle redoute de retrouver le coton de Daech dans ses T-shirts « je suis Paris », mais parce qu’il s’agit à la fois d’un point de passage de réfugiés syriens et de futurs déchus du Djihad. Il est fort à parier qu’Erdogan a remis sur la table l’idée de la « zone tampon« , toujours pas concrétisée et restant un point de débat avec ses « alliés » qui se méfient quand même un peu de ses ambitions territoriales et de son envie d’en découdre ensuite avec le Rojava… Rappelons quand même que l’Otan a donné un feu vert en juin 2015.

Ainsi vont les petits arrangements entre amis, la tête de côté pour ne surtout pas voir les massacres qui se poursuivent au Kurdistan turc, les oreilles bouchées pour préserver les tympans à la fois des déflagrations d’obus de char, et des cris des manifestants pour la paix qui se font gazer.

Certains pourront s’étonner qu’un élu qui tient tant à la présidence de sa région, comme Breton, s’intéresse si peu aux revendications d’autonomie régionale, lorsqu’elles s’expriment ailleurs. Mais j’oubliais… ils étaient  « en accord sur tout, y compris le terrorisme ».

Je sais qu’en Bretagne, des associations Kurdes tentent de briser le mur du silence sur les massacres à caractère génocidaire d’Erdogan. Peut être ont-ils là, avec la visite « amicale » du président de leur région en Turquie, l’occasion de demander des comptes…

Mais, de façon générale, s’interroger sur les conséquences à très court terme de ces « alliances », surtout dans le contexte de l’opposition renforcée Iran/Golfe qui ne manquera pas d’avoir des conséquences dans toute la région, est devenu plus qu’urgent.

Cesser de répandre ici l’idée que tout cela se résume en guéguerres entre bons et méchants, où les Kurdes seraient des bons ici, des méchants là, Poutine par ci, Bachar par là… serait déjà salutaire.

La guerre dans tout le Moyen Orient est une belle saloperie, Daech ou pas. Toutes les boîtes de Pandore ouvertes où chaque intérêt impérialiste ou régional puise ses alliances d’hier et de demain jouent contre les populations de la région.

Il y a autant d’urgence aujourd’hui à faire cesser la guerre à l’Est de la Turquie qu’à soutenir en armes le Rojava contre Daech. Et pour les contrées européennes, cela passe aussi, en plus d’une solidarité humaniste indispensable, par une adresse incessante en direction des gouvernements qui ne cessent de verser l’huile ou de soutenir ceux qui allument les feux.

 

Lire la suite

Le peuple ukrainien distrait par le conflit dans le Donbass ne voit pas qu'il se fait voler par les oligarques - Rapport de situation de la RPD du 6 janvier 2016

7 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #le nazisme, #AMERIQUE, #Les transnationales, #Les média, #Le grand banditisme, #L'OTAN.

Le peuple ukrainien distrait par le conflit dans le Donbass ne voit pas qu'il se fait voler par les oligarques - Rapport de situation de la RPD du 6 janvier 2016

"La partie ukrainienne, en violation de tous les accords, continue de mener d'inquiétants bombardements de provocation sur le territoire de la République. Durant la journée écoulée, les militaires ukrainiens ont tiré sept obus d'un calibre de 82 mm. La localité de Zheleznaya Balka a été bombardée," a rapporté mercredi le commandant en second de l'armée de Donetsk Edouard Bassourine. "Les actions des radicaux ne seront pas dictées par les intérêts du peuple ukrainien, mais par les superviseurs étrangers, à travers les oligarques, intéressés par la possibilité de distraire à nouveau le peuple du fait qu'ils sont en train de voler l'Ukraine," a indiqué Bassourine qui a exhorté "le peuple ukrainien au rassemblement et à l'organisation de manifestations pacifiques, ainsi qu'à la résistance publique active en Ukraine."

"Les services de renseignement de la République populaire de Donetsk continuent d'enregistrer le transport de soldats et d'équipement militaire des FAU.

À Granitnoye, à 1 km de la ligne de contact, une concentration de soldats allant jusqu'à 1400 hommes a été enregistrée.
A Fyodorovka, à 10 km de la ligne de contact, l'arrivée d'un train portant quatre obusiers "Ghiatsint-B" de 152 mm, deux systèmes antichars "Fagot" basés sur le MT-LB et une voiture avec des munitions a été enregistrée.

Dans leur rapport du 5 janvier 2016, la mission de l'OSCE souligne l'absence d'équipements militaires dans les zones de stockages prévues, à savoir huit chars d'assaut, neuf mortiers de 120 mm et 13 obusiers D-30 de 122 mm.

Tout ceci indique que les autorités politiques et militaires ukrainiennes ne veulent pas respecter les accords de Minsk et continuent d'aggraver le conflit dans le Sud-Est du pays. Et ce, alors que les marionnettes pro-occidentales ne portent pas le moindre intérêt au manque de préparation au combat des FAU, provoqué par le fait que leur moral a été sapé pendant deux ans, et la population ukrainienne est fatiguée de la guerre dans le Donbass.

Toutes les provocations de la partie ukrainienne sont menées par les membres des unités nationalistes "Azov", "Dniepr-1", "Kiev-1" et leurs semblables. Les groupes militaires radicaux sont approvisionnés par des oligarques locaux, comme Kolomoïski, Pinchouk et d'autres, influencés par les banquiers occidentaux. Cela suggère que les actions des radicaux ne seront pas dictées par l'intérêt du peuple ukrainien mais par les superviseurs étrangers, à travers les oligarques, qui sont intéressés par la possibilité de distraire à nouveau le peuple du fait qu'ils sont en train de voler l'Ukraine.

Nous appelons le peuple ukrainien au rassemblement et à l'organisation de manifestations pacifiques, ainsi qu'à la résistance publique active en Ukraine. Libérez votre terre de l'esclavage américain et des des oligarques corrompus!

Nous exhortons à nouveau la mission de surveillance de l'OSCE à faire tous les efforts possibles pour stopper les provocations des punisseurs ukrainiens et les violations des accords de Minsk par l'Ukraine, qui visent à aggraver le conflit militaire dans l'Est de l'Europe.

C'est la paix que nous voulons; nous ne voulons pas la guerre!" - a annoncé Bassourine.

 

Commandant en second Edouard Bassourine, traduction officielle depuis l'anglais par Úlfdís Haraldsdóttir

Agence DONi News

Lire la suite

Au front dans les nuits glacées, les volontaires internationaux du Donbass.

6 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Ukraine, #La République, #La Russie, #le nazisme, #Le fascisme, #Terrorisme, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #L'OTAN.

Ils sont une poignée, quelques dizaines peut-être, ils viennent de tous les horizons, de Russie bien sûr, mais aussi surtout de Serbie, d’Espagne, de France… oui de France, ils sont une douzaine, deux sont en attente d’incorporation, deux autres sont en approches du Donbass. Autour d’eux et avec eux se trouvent aussi quelques Finlandais, Brésiliens et autres Sud-Américains, Italiens, Catalans, Grecs, un Indien perdu au milieu de la communauté du Donbass, j’ai même entendu parler d’Asiatiques que je n’ai encore jamais rencontrés, cela viendra peut-être. Le froid est polaire, dans une position arrière où je viens de passer la nuit, j’accompagne un groupe de volontaires qui viennent au petit matin relever leurs camarades.

 

Je n’ai pas la chance de rester la nuit suivante sur la ligne du front, l’atmosphère est pesante, le froid prend à la gorge, le paysage est saturé par la neige, le véhicule qu’il a fallu réchauffer démarre en pétaradant expulsant une fumée noire et âcre. Les soldats jettent leurs sacs dans le camion, ils emportent aussi la ration d’eau potable pour la relève, environ 30 litres. Nous ferons à peine deux kilomètres brinqueballés en tous sens. La route est défoncée mais plus praticable, tout le terrain a gelé, il serait propice à une offensive. En cheminant, je pense que dans le paysage, le camion qui se détache doit faire une très belle cible, il n’est pas camouflé hiver. Nous atteignons bientôt la position, tout est pris dans les glaces, le repos des hommes est une sorte d’ancienne usine, les lieux sont criblés d’éclats d’obus, de balles, de graffitis des soldats. Nous les trouvons couchés et emmitouflés dans des duvets, les têtes sont hirsutes et hagardes.

 

La nuit a été dure assurément, le thermomètre affiche ce jour-là – 15 °C, les toilettes improvisées n’émettent plus à cette température d’odeurs désagréables, des boîtes de conserve sont éparpillées ici et là, la boîte de singe du Poilu, elle n’inspire ici moins que confiance… il y en a deux sortes, le fameux « Pachtet », sorte d’improbable pâté de foie, sans pâté et sans foie, ainsi que le « Touchon ou Touchonka ». Il y a eu des bivouacs et des bases où j’ai vu quand même un ordinaire bien meilleur que celui que je découvre ici. L’ambiance est lourde, ceux qui viennent de passer une nuit dans les tranchées voudraient dormir, les autres qui sortent de la base ne sont pas pressés au vu des conditions climatiques de prendre la relève. Les tranchées sont à deux pas, il est interdit de photographier. Des débris sont épars ici et là, la neige recouvre le tout donnant une bizarre impression d’un relief tourmenté. La région pourtant est presque un billard, quelques terrils sont autant de points d’appuis et d’observations, le terrain comporte parfois des chemins creux, quelques étangs ou mares avec les inévitables marécages annoncés par des roseaux.

 

La relève se fait dans la grogne mais tout ce petit monde doit repartir, ils se reposeront plus tard. Le camion est plein au retour, sacs, matériels, armes et les hommes. Monter dans l’engin est déjà une acrobatie, mais un tel camion est capable d’affronter toutes les températures et tous les terrains. Depuis l’âge du moteur les Russes ont toujours su créer de robustes véhicules, à n’en pas douter la totalité du parc automobile de l’Armée française serait paralysé dans de telles conditions et elles iront en s’aggravant, les jours suivants, les températures chutent à – 21 °C. Je connais déjà ce cap de longue date, mais la plupart des hommes qui sont ici connaissent pour la première fois de telles températures et je n’aurais pas à affronter des nuits entières la froideur excessive qu’ils doivent endurer. Le froid use les âmes et les corps, malgré les apparences, les locaux sont aussi touchés, beaucoup de Russes sauf les volontaires Sibériens ou des parties les plus septentrionales de la Fédération de Russie sont aussi en souffrance.

 

Les Français sont là, ils m’impressionnent tout de même, Tonio trouve la force de plaisanter, lui l’homme du Midi. Un autre ; le plus jeune de la troupe, pas même 19 ans ; montre peut-être le plus de courage et d’entrain. C’est lui pourtant qui doit porter l’arme la plus lourde du groupe, un fusil-mitrailleur avec ses boîtes de cartouches. Nous rentrons à la base par le même chemin, les volontaires devront aller se procurer de l’eau chez une grand-mère, leur voisine. Comme partout les animaux de compagnie entourent les soldats. La section d’Erwan possède trois chiens et un chat, ils suivent le groupe partout. Le plus jeune des chiens est encore un chiot, il pleure, il a compris que l’intérieur du campement est autrement plus confortable que sa niche ! L’arrivée de la troupe est toutefois une joie pour eux, promesse de quelque nourriture ou d’une friandise.

 

Je laisse les camarades avec la sensation que leurs conditions sont sans doute parmi les plus terribles du front. J’ai vu de nombreux camps, des positions, ailleurs, sur la ligne de Donetsk, au Sud, au Nord, je repars en étant fier du courage qu’ils ont à affronter le général hiver, mais aussi bien sûr l’ennemi, l’unité a subi des pertes, de lourdes pertes ces trois dernières semaines. Je rentre dans mon logis au chauffage indigent, toutefois une quinzaine de degrés c’est déjà un luxe inouï, car au front les volontaires étrangers, les volontaires français vont devoir compter encore pendant de nombreuses semaines avec l’hiver. Cette année, il s’annonce hélas exceptionnel dans le Donbass. La nature fait bien les choses… les Ukrainiens n’y échapperont pas. Il est étrange alors de penser, que tant en 1812, qu’en 1941 et que probablement cette année, les hivers avaient été terribles et annonciateurs des déroutes… pour l’imprudent occidental venu troubler l’Ours slave.

 

Laurent Brayard pour DONi.Press

Latest DONi Press

Lire la suite

Derrière l’image médiatique, le courage et la détermination des Syriens. Damas à bâtons rompus. Par Marie-Ange Patrizio

6 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #La France, #Europe supranationale, #La République, #La Russie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #Daesch, #Terrorisme

Derrière l’image médiatique, le courage et la détermination des Syriens. Damas à bâtons rompus.

Conversations, fanfares, percussions et explosions.

Par Marie-Ange Patrizio

Mondialisation.ca, 03 janvier 2016

Syrie Damas drapeau

Mondialisation.ca publie aujourd’hui la septième partie d’un récit de voyage en Syrie : « Damas à bâtons rompus ». Derrière l’image médiatique, le courage et la détermination des Syriens.  Marie-Ange Patrizio y dépeint son expérience dans ce pays agressé depuis déjà quatre ans.  Elle décrit également des témoignages sur la vie quotidienne des femmes et des hommes dans un pays en guerre. Ce récit de voyage mérite notre attention pour comprendre que derrière l’image médiatique de la presse mainstream, il y a des femmes, des hommes, des adolescents, des adolescentes et des enfants démontrant leur courage et leur détermination malgré la peur et la menace des groupes terroristes…

Récit de séjour en Syrie, 3-17 octobre 2015,

7ème épisode

Conversations, fanfares, percussions et explosions.

Lundi soir 12 octobre, nous avons été voir Dora, que j’avais rencontrée le dimanche 13 novembre 2011, pour lui remettre de l’argent à faire parvenir[1] à la famille de R. pour les aider à se chauffer pour l’hiver. J’écris ceci après avoir eu ce matin des nouvelles de Syrie : il a neigé hier, 1er janvier 2015, à Damas. Il a neigé aussi dans le village où nous étions. Je réalise que nous n’avions pas beaucoup souffert à Damas des coupures d’électricité car à l’hôtel des étoiles, comme dans les restaurants, il y a un groupe électrogène qui prend le relais à chaque coupure. Mais chez les particuliers, dans Damas comme ailleurs, ces coupures rendent la vie quotidienne très difficile. Au début du mois d’octobre, les journées sont plus longues, et, surtout, chaudes. Je vous laisse imaginer l’hiver, maintenant… Je pensais hier que pour Noël 2011 et le Jour de l’an 2012 des amies à Damas m’avaient écrit cette année il n’y aura pas d’illumination, en solidarité avec les familles en deuil des attentats. Qui imaginait à cette date ce qui allait suivre de deuils, attentats, destructions, pénurie ? Et plus de quatre années de guerre.

Nous avons passé un beau moment sur le balcon de Dora, quartier résidentiel, côté rue parce que coté jardin le balcon est condamné : trous dans les volets roulants baissés. « Il y a un an, par ricochets des tirs d’un sniper depuis le jardin […] des gens qui dénoncent leurs voisins » chrétiens, ou laïcs ou pro-Assad, « c’est des collabos. Sinon les snipers tirent n’importe où ». « Je le ferai réparer après la guerre » !

Mardi matin, Marie, une consoeur psychologue et amie de Dora, dont nous avons fait la connaissance hier soir, vient nous chercher pour nous amener à la découverte de la vieille ville, à l’intérieur des murailles. Mais je raconterai une autre fois cette déambulation, parce que je voudrais d’abord vous faire part d’une visite qui va prendre beaucoup de place dans ce récit, comme dans notre séjour. Nous avons rendez-vous à 16 heures avec le Père Elias Zahlaoui, à Notre Dame de Damas. Visite imprévue, elle fait partie de ce qui s’organisé sur place au gré de nos rencontres : celle-ci improvisée la veille, à l’issue de notre conversation avec la directrice du Centre Aamal[2].

Claudia T.  nous avait dit « le Père Elias vit dans une petite pièce, au milieu de ses livres », mais c’est dans le salon d’accueil de la paroisse qu’il nous attend. Rafqa et moi connaissions le Père Zahlaoui par ses textes : moi sa Lettre au Président Hollande[3] et Rafqa son intervention au Parlement à Damas. Je rapporte ici, à partir des notes de chacune de nous trois, la plus grande partie de notre conversation à bâtons rompus avec le Père  Zahlaoui et Thierry Meyssan, tous les deux se saluant en disant, chacun, qu’il avait envie depuis longtemps de rencontrer l’autre sans avoir osé le déranger.

m-a : « Heureusement qu’on est venues à Damas ».

Peut-être à cause du lieu et de la stature -à première vue carrée, la suite confirme- de notre interlocuteur notre entretien démarre dans une tonalité un peu solennelle qui va cependant vite changer : le Père Elias est quelqu’un qui ne tourne pas autour du pot. Je vais transmettre nos propos à peu près dans l’ordre chronologique, mais aussi, parfois, en les replaçant dans la logique des deux thèmes principaux qu’il a évoqués : la situation politique et les phénomènes qui ont eu lieu à Soufanieh pour lesquels il avait été mandaté par sa hiérarchie, à partir de 1982.

Le Père Elias parle d’abord de la situation politique et des rapports avec le pays d’où viennent ses visiteurs : « En France tout est à vendre […] Je n’ai pas cessé dans mes lettres ouvertes de provoquer l’Eglise d’Occident. “Que faites-vous en Occident ? Que fait l’Eglise ? Qu’est-ce qu’elle devient ? Est-ce qu’elle est muette ?”. Dans ma dernière lettre j’ai traité les évêques de momies. Ce sont des momies, c’est pour cela qu’on m’a dit : Père il vaut mieux ne pas venir, de peur de compromettre la mission de Myrna (tournée en Europe de Myrna Nazzour. à l’automne 2015) ». Peut-être pourra-t-il venir en mars avec sa chorale ?

A propos des phénomènes de Soufanieh et de Myrna Nazzour : « il faut que je vous parle de cette icône, qui a exsudé de l’huile. On était 2 prêtres à s’en occuper, tous les deux très récalcitrants avec ces phénomènes. En fait cette icône c’est Notre Dame de Kazan ». L’autre prêtre a écrit un compte-rendu à ce sujet en 82. « On l’a intitulé du nom du petit quartier de Soufanieh [au-delà des murailles de la vieille ville, à côté de la porte de Bab Touma], où ça s’est produit ». Une chrétienne, Myrna « entend des messages du Christ et de la Vierge», « elle entre en extase» et « de l’huile lui coule des yeux, avant l’extase, de la tête, des deux mains, du cou ; à chaque fois que le Christ parle l’huile lui coule des yeux et ça lui provoque des brûlures atroces. Il faut la retenir de peur qu’elle ne s’arrache les yeux. Des médecins l’ont examinée, il y a eu des rapports sur ces phénomènes, une psychologue a fait une thèse sur elle au Liban ».

Les dates des apparitions coïncident avec des fêtes religieuses ; la dernière fois, en 2014 «le jeudi saint 2014, c’était le 17 avril, jour de la fête nationale de Syrie, de l’Indépendance, il y a eu ce message : “les blessures qui ont saigné sur cette terre sont celles-là mêmes qui sont dans mon corps. Car la cause et l’auteur sont le même. Mais gardez la conviction que leur sort est celui-là même de Judas”. En 2004, c’était le jeudi de l’Ascension : devant un groupe venu de France, d’Allemagne, d’Autriche, du Canada, du Liban, de Damas, avec des représentants de télévisions de divers pays européens et américains et des théologiens venus de France, Autriche, Allemagne, Canada etc. Le message était ceci : “Mon dernier commandement pour vous : retournez chez vous mais portez l’Orient dans vos coeurs. D’ici a de nouveau jailli une lumière dont vous êtes le rayonnement pour un monde séduit par la matière, la concupiscence et la célébrité au point qu’il en a presque perdu ses valeurs. Quant à vous, conservez votre orientalité, ne permettez pas qu’on aliène votre volonté, votre liberté, votre foi dans cet Orient”.

Tous ces messages je les ai rapportés dans un gros livre, avec les rapports des théologiens et les témoignages[4]. Ça fait trente-trois ans que je connais Myrna, chaque fois que je l’entends parler je ne la reconnais pas. C’est bouleversant, de simplicité, de transparence, d’humilité».

Ces messages je les ai notés tels que nous les a rapportés le Père Z., in extenso comme des fragments cliniques.

TM dit qu’il n’a jamais entendu parler de Soufanieh et de Myrna, chose qui mérite aussi d’être précisée ici puisque TM vit à Damas depuis quatre ans et qu’il est généralement bien informé. Moi j’en avais entendu parler, par les diffusions de celui qui organise les tournées de Myrna en France, le Docteur Jean-Claude Antakli, qui m’avait contactée après avoir lu le récit de mon séjour en 2011. Mais je ne savais pas que le Père Zahlaoui s‘était occupé de Soufanieh. Aucune de nous trois, ni Thierry sans doute, ne pensait en venant à ce rendez-vous entendre parler d’extases, de stigmates, de visions et de messages divins.

Et je dois dire mon embarras, d’abord, pour restituer, ou pas, cette partie-là de notre entretien ; qui détonne dans le reste de notre séjour, et de ce récit. Désagréablement bousculée par ce que j’avais entendu, et, au moment de le relater, perplexe encore sur la façon de le présenter. Nous n’en avions pas reparlé avec Rafqa et Dominique : embarrassées toutes les trois par cette irruption de phénomènes présentés si ce n’est comme miraculeux, en tous cas comme surnaturels. Et rompant la rationalité de nos analyses. Taire ce passage m’aurait débarrassée d’un malaise. Mais ç’aurait été trahir un engagement de notre interlocuteur, et censurer une partie non anodine de la réalité à laquelle nous avons été confrontées de façon très inattendue ce jour-là : quel que soit son rayonnement dans le pays, et du fait même de sa teneur, pas des plus banales, le phénomène rapporté par le père Zahlaoui est un des aspects actuels, paradoxaux, de la composante religieuse d’une société qui paye cher, par ailleurs, son choix de la laïcité au milieu d’une région fanatique[5].

Ce qui nous tombait dessus dans ce moment-là, c’est la confrontation avec « ce qu’on appelle tout gentiment une mystique »[6] comme disait le Docteur Lacan. « Ceux qui croient au ciel » verront dans ce qui touche Myrna l’effet d’une intervention divine ;  « ceux qui n’y croient pas » sont bien embarrassés… Et vont se reporter à ce que disent des poètes et des psychanalystes de cette « expérience vertigineuse, obscure et indéchiffrable»[7].

Si vous êtes choqués par ce que vous lisez ici, c’est rassurant. Il faut n’avoir jamais été confronté, professionnellement ou dans la vie courante, au délire d’un aliéné ou aux paroles d’un(e) mystique pour imaginer qu’écouter leurs propos (qui ne sont pas du même registre), même médiatisés comme ici par le récit d’un tiers, n’est pas au moins déstabilisant voire un tantinet angoissant ; y compris quelques semaines plus tard, à tête dite reposée. Soit on fait l’impasse sur ce qui nous heurte, et tranche avec le reste de la démarche, soit on prend ces paroles confiées au sérieux, en l’occurrence comme une séquence clinique : «Moi je n’emploie pas le mot mystique comme l’employait Péguy. La mystique, ce n’est pas tout ce qui n’est pas politique. C’est quelque chose de sérieux, sur quoi nous renseignent quelques personnes, et le plus souvent des femmes (…) Ces paroles mystiques, ce n’est ni du bavardage, ni du verbiage, c’est en somme ce qu’on peut lire de mieux (…)»[8]. Je vous en livre quelques fragments ici, non sans avoir eu recours, parallèlement à cette transcription, à la relecture de ceux, psychanalystes et historiens de la littérature, qui n’ont pas eu peur de se pencher sur le récit de ces visions, apparitions, spasmes, extases, stigmates et leur cortège d’interrogations très dérangeantes pour nos névroses ordinaires et nos analyses rationnelles.

En se souvenant aussi qu’il y a eu à Damas au moins un précédent célèbre en matière de vision, apparition et inscriptions somatiques. Il y a deux mille ans environ, Paul de Tarse, collaborateur juif zélé de l’occupant romain, a écrit comment il a été terrassé et rendu aveugle à la suite d’une vision -apparition du Christ- au cours d’une mission contre les chrétiens, puis recouvré la vue grâce à l’intervention du chrétien Ananias près de la Rue Droite de la Porte d’Orient, pas très loin de l’actuel Soufanieh. Le discours et l’expérience mystiques ne sont pas déconnectés de la réalité sociale, géographique, historique, et politique[9].

T. Meyssan, que j’ai interrogé à ce sujet, m’indique aujourd’hui : « Le message de Soufanieh c’est de conserver l’orientalité, c’est-à-dire la perception qu’il n’y a qu’une foi et que les religions authentiques sont autant de chemins vers le même Dieu. C’est ce qui justifie la Syrie laïque d’aujourd’hui par opposition au projet des Frères Musulmans porté par Daesh ».

 

Père Elias : «Sans les Russes et les Chinois la Syrie aurait disparu, 140 pays contre la Syrie pour les beaux yeux d’Israël et les dollars du Qatar et de l’Arabie saoudite. […]

Le maire de Kazan, un musulman, a envoyé ici son conseiller, un chrétien de Kazan ; il est venu avec un groupe, ils ont passé une semaine, pris un tas de documents en 2005. Une traduction russe a été faite ici. Et ils l’ont apportée à Kazan ; et je compte la faire imprimer pour l’offrir à Poutine. A Kazan on m’a dit la traduction est digne de Dostoïevski !

Les USA sont un hippopotame qui marche sur un champ de tulipes ».

Rafqa me rappelle au moment où je rédige cette visite que le Père Elias avait parlé de voyoucratie pour cet hippopotame (et certains de ses alliés).

[…]

Rafqa : j’ai lu votre intervention sur la conception de l’homme syrien [Internet, en arabe].

EZ : laquelle ?

m-a : au Parlement.

EZ : oui, ils m’ont sollicité pour cette intervention.

TM : au Parlement ici ?

EZ : oui, le 2 février. On m’a fait la surprise de venir, trois personnalités du Parlement, pour me demander un mot. On a échangé, ils m’ont dit “nous voudrions que vous parliez de la reconstruction de l’homme en Syrie” »…

Rafqa : ah oui, c’est ça !

EZ : et je leur ai présenté un texte, un mois après. Il a été traduit en France, et je l’ai [re]traduit moi-même après parce que celle qui l’avait traduit avait escamoté pas mal de choses.

m-a : c’est vrai ?!

EZ : oui, oui, moi je me sois permis de faire la traduction intégrale ! Malheureusement je n’ai pas le texte ici de la traduction mais je vous l’enverrai si vous me donnez vos coordonnées. Je l’ai en arabe, ici, vous lisez l’arabe ?

TM, m-a et D. : non…

Rafqa : moi je lis l’arabe !

EZ : Comment vous vous appelez, votre nom de famille ? [Ils parlent tous les deux en arabe]. Ah, il y a de beaux lieux là-bas.

R. : Il connaît mon village !

EZ : [à nous] : la Vallée des Chrétiens, vous connaissez ? C’est une très belle région.

Rafqa : c’est chez moi !

EZ : Je vais vous raconter, j’ai rencontré en 1990 un écrivain français ancien parlementaire. Il m’avait donné un de ses livres et ensuite on a discuté ensemble. Il était anti-européen, contre le Traité de Maastricht, depuis on est resté en contact. Avant les événements il a demandé à venir en Syrie, il a passé 4 jours, il m’a  demandé de rencontrer des familles musulmanes, moi-même je suis de Damas et j’ai toujours refusé n’importe quelle invitation de repas chez des amis : après on ne peut plus fermer la porte ! Ce jour-là, pour lui, j’ai téléphoné à des amis musulmans en leur disant est-ce que je peux venir partager le repas chez vous demain soir ? C’est la dame qui m’a répondu et elle m’a dit bien sûr ! Ils habitent près d’ici, ce sont des gens extraordinaires. Durant toute la visite et tout le repas il me regardait de temps en temps et me disait “je n’en crois pas mes yeux et mes oreilles : c’est ça la Syrie ?” – oui c’est ça. Ensuite je l’ai amené à Douma chez des amis musulmans dont la fille est médecin à Pontoise. Là encore il me disait “mais ce n’est pas ce qu’on nous raconte…”. Je lui ai dit “mais vérifiez ce qu’on vous raconte ! ». Et maintenant pendant les événements il ne cessait de me téléphoner. Un jour je lui ai dit : “Monsieur Untel, qu’attendez-vous pour écrire ?” il m’a répondu “je n’ose pas”. Je lui ai dit : ”ancien parlementaire et écrivain, vous n’osez pas ? Pourquoi Thierry Meyssan ose ?” Vous savez ce qu’il m’a dit ? “Mais Thierry Meyssan est un iconoclaste, vous connaissez le terme ? Un iconoclaste, c’est-à-dire quelqu’un qui casse des barres [sic]“. Je lui ai dit “mais cassez des barres vous aussi !” ll m’a dit  ”je n’ose pas”…

TM : Oui mais si personne n’ose, tout le monde va finir en prison. C’est une prison intellectuelle.

EZ : Où va-t-on ?

D. de France : On se met soi-même en prison.

EZ : On m’a envoyé dernièrement le livre de Michel Raimbaud « Tempête sur le grand Moyen-Orient »[10], c’est un livre terrible. Je connais une dame qui le traduit en ce moment, l’ancienne ministre de la culture […] c’est bien mené, un grand livre.

[…] Il faut lire aussi « Le dérèglement du monde » d’Amin Maalouf, et « Les identités meurtrières » en 97 : ce sont des textes très actuels.

La Syrie a été exécutée mais elle ressuscitera ».

 

Une jeune fille entre pour demander quelque chose au Père Elias et s’interrompt en s’exclamant (en français) : «Vous êtes Thierry Meyssan ?! Je lis tous tes articles, merci, merci, je peux faire une photo avec vous ?! ». Surprise de TM, séance photos, sympathique, on en profite pour faire les nôtres aussi ; le père Elias nous dit ensuite « elle travaille à la télévision », et fait partie de la chorale.

 

Photo D. de France, 13 octobre 2015 à ND de Damas.

 

Dans la 2ème partie de notre visite, la situation se renverse : c’est le père Elias qui interroge TM ! Sur son analyse de la situation dans toute la région. On retrouvera cette analyse plus rigoureusement dans les chroniques hebdomadaires publiées dans « Réseau Voltaire International » au cours des semaines qui ont suivi.

TM : La semaine dernière, il y a eu une réunion au Conseil de sécurité nationale [à Washington] où tout d’un coup le Conseil s’est divisé en deux : ceux pour et ceux contre la guerre. Jusqu’ici tout se faisait par dessous et on ne savait pas qui était pour et qui était contre. La personne qui a pris position contre la Syrie est Samantha Power[11], c’est elle qui a pris la direction de l’opposition à la Syrie.

Ça montre que c’est bien à l’ONU que ça s’est organisé contre la Syrie, avec  Feltman [adjoint au Secrétaire général, pour les Affaires politiques[12]]

Ils ont essayé de gagner du temps pour qu’il y ait une défaite militaire de la Syrie. Ils ont commencé fin juin 2012. En juin 2012 les USA et les Russes s’étaient mis d’accord, et tout d’un coup la guerre est repartie sous la direction de la France. Le 7 juillet il y eu une conférence à Paris des « Amis de la Syrie »[13] : tout est reparti contre ce qu’Obama avait négocié. Il ne contrôlait plus rien. Samantha Power et Feltman avaient tout dirigé.

m-a : Elle est terrible Power…

TM : C’est un professeur de droits de l’homme ! Il faut que les USA deviennent la puissance qui empêche les génocides ![14]

[…]

EZ : et le lobby [sioniste] ?

TM : il tient le Congrès, pas l’exécutif. [C’est bien décrit dans] le livre de James Petras, non traduit en français[15]. Le 15 septembre 2001, il y avait eu une réunion à Camp David présidée par Georges W. Bush. La guerre contre la Syrie a été votée par le Congrès, puis promulguée par le président Bush le 12 décembre 2003 (Syria Accountability Act).

Maintenant en Israël Netanyahu est sur la ligne coloniale originelle d’Israël. Mais, mystère : pourquoi a-t-il été réélu ? Car tous les grands chefs militaires israéliens ont abandonné cette ligne : c’est le mouvement Commanders for Israel Security [16] : ils sont nés en Israël et ce qu’ils veulent c’est continuer à vivre là, pas conquérir le Moyen-Orient. Tous ont pris position contre Netanyahu. La politique israélienne ne peut pas durer très longtemps.

[…]

Maintenant le défi pour la Syrie, c’est liquider les djihadistes et commencer immédiatement la négociation pour régler le problème du Golan avec Israël.

EZ : comment voyez-vous les mois qui viennent ?

TM : Normalement les bombardements russes vont continuer jusqu’au 6 janvier, ils souhaitent que cette campagne soit finie pour le Noël orthodoxe. L’essentiel de la Syrie habitable sera libéré.

Les djihadistes se retireront en Jordanie, en Irak et en Turquie où il y a un risque de guerre civile[17].

EZ : indépendamment des problèmes avec les Kurdes ?

TM : non, mais même en dehors de ça : il y a aussi le combat des laïcs contre les islamistes, en Turquie. Actuellement il y a  trois camps d’al-Qaeda et beaucoup plus de camps de Daesh, en Turquie […].

EZ : et l’explosion il y a deux jours, à Ankara…[18]

[…]

TM : Il y a un problème militaire, la Russie a déployé des armes dont personne ne connaissait l’existence.

En fait [avec] le tir de missiles de croisière [missiles de croisière 3M14 Kalibr tirés le 7 octobre par des navires russes depuis la mer Caspienne] ils ont montré qu’ils avaient des missiles plus précis que ceux des USA. Et un rayon d’action de 1500 Km. [De ce fait] ils ont complètement ruiné tous les investissements financiers sur le bouclier USA.

Quand les Russes sont arrivés ici, les USA ont dit “on ne sait pas très bien ce qui se passe”. Les Russes ont installé une énorme station de brouillage au nord de Lattaquié, avec un rayon d’action de 300 Km. Tous les systèmes d’interception, radio guidage, tout est brouillé ! Y compris le système satellitaire. Ils [USA] ne sont plus capables de voir le fonctionnement des avions. Ça a été une grosse surprise pour le monde entier ! Et du nord de Lattaquié ils brouillent la station Otan d’Iskenderun en Turquie… Ils ne savent pas ce qui se passe, personne ne sait ce qui se passe en Syrie sauf par les communiqués des Russes et des Syriens.

La France, quand elle bombarde à Raqqa c’est qu’elle ne peut pas bombarder ailleurs, à cause de ce défaut de renseignements : c’est vraiment pour montrer ses muscles.

Par contre les Russes n’iront pas à Deraa, au Sud, parce qu’ils devraient brouiller aussi l’Etat d’Israël. La Russie voulait vérifier que le brouillage fonctionnait aussi sur le territoire turc[19].

Il y a trois jours les avions du Commandement Central [étasunien] ont largué par parachutage 50 tonnes d’armes pour les djihadistes. Qui a envoyé ces armes ?

Ordre de la Maison Blanche ? Du Pentagone ? Un général qui a dit il me reste ça je le leur largue !? C’est un désordre gigantesque, les Usa, une machine énorme, il n’y a plus de hiérarchie, plus de structures ; si les USA étaient organisés la guerre ici serait finie depuis longtemps.

[…]

EZ : Robert Dôle, « Le cauchemar américain », dans l’introduction il dit j’écris en français pour m’innocenter de la langue anglaise des USA.

[…]

EZ : Donc d’après vous la Syrie va échapper au nettoyage [planifié par les faucons étasuniens] ?

TM : Tant qu’il reste aux USA des gens comme Power et Feltman, il peut y avoir un dérapage. Mais l’opération russe va diminuer la force des jihadistes. Daesh et al-Nosra ont des systèmes de communication, des usines de fabrication d’armes etc. mais ce n’est pas une armée. Tout ça a été détruit.

[…]

EZ : Est-il possible que les Européens ne sachent pas le nombre de gens qui viennent ici [faire la guerre] ?

L’Armée Syrienne n’en a aucune idée. Ceux qui sont arrivés de l’extérieur, depuis 2011, on pense au moins 250 000… Ils ont d’abord trois semaines d’entraînement en Jordanie[20]. Il y avait des instructeurs français, sans doute un encadrement militaire français. Dans la première période la France a envoyé environ une centaine de militaires : Légion et soldats, et DGSE, détachés de la Défense pour l’Elysée. Certains sont morts ici, certains sont prisonniers mais tous les autres se sont repliés après la chute de Baba Amr [quartier occupé par les terroristes à Homs]. L’amiral Guillaud est venu les reprendre à la frontière libanaise[21].

Mais quand Hollande a relancé la guerre en juillet 2012, il y a eu à nouveau des militaires français. Depuis le début de la guerre le gouvernement syrien a essayé d’établir des relations avec des parlementaires français : qui ne font rien.

m-a : Les parlementaires français le savent ?

TM : il y en a qui savent ..!

La France est prisonnière de l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui ils [Arabie Saoudite] ont au moins 10% de l’industrie française, actions dans 40 banques et sociétés françaises… Si l’Arabie Saoudite retire tout d’un coup tout son argent, tout s’effondre. Les Saoudiens ont vraiment un moyen de chantage. Plus que le Qatar. C’est un autre type de relations : l’émir Hamad mettait son avion à disposition [de Cécilia Sarkozy, ensuite Carla Bruni]…

m-a : Et Azmi Bishara maintenant est conseiller de l’émir du Qatar…

TM : Tariq Ramadan y est aussi.

EZ : Azmi Bishara, en Syrie on le considérait comme un héros !

[…]

TM : Mr Juppé est celui qui a négocié au Royaume Uni, en 2010, que le Royaume-Uni et la France attaquent ensemble le Syrie et la Libye.

En mars 2011 [à l’époque ministre des Affaires étrangères sous la présidence de N. Sarkozy] il a signé un décret secret avec le ministre des Affaires Etrangères turc Davutoglu [toujours en fonction], qui prévoyait tout ce qui s’est passé depuis dans le nord de la Syrie[22].

Il a participé à une réunion secrète de certains Etats de l’Otan à Naples [Lago Patria, Base du Commandement suprême allié, toujours étasunien] pour qu’ils attaquent la Libye. Il y a eu 40 000 personnes tuées en trois jours à Tripoli [TM était à Tripoli au moment du siège : en novembre 2011 il nous avait relaté les bombardements incessants pendant ces trois jours, déluge de feu].

Actuellement à Bordeaux il est en train de construire une mosquée pour les Frères Musulmans. Et en 94 au moment de l’attaque au Rwanda, c’est lui qui était aux Affaires Etrangères… En 2011, j’ai été informé par le gouvernement iranien que Juppé avait donné l’ordre de m’assassiner à Tripoli.

Les USA, depuis 1954, utilisent les Frères Musulmans pour des assassinats politiques.

[…]

Les Allemands ont commencé, en secret, des négociations avec la Syrie.

Pendant ces 5 ans la Syrie a vécu avec l’argent de la Russie et de l’Iran ce qui implique que ce sont des compagnies russes qui vont exploiter le gaz [après la fin de l’agression internationale contre le pays].

[…]

EZ : C’est extraordinaire que Bashar al-Assad reste aussi serein. Et confiant en lui-même.

TM : Oui, il tient le coup ! C’est une surprise pour tout le monde et pour lui en premier !

EZ : il a une trempe !

 

Pendant que le Père Elias va chercher des exemplaires de son ouvrage sur Soufanieh, je fais remarquer le beau lustre du salon, comme ceux en cristal de Venise. TM nous raconte que ce sont des verriers damascènes qui ont importé les techniques en Italie : ils avaient été enlevés par des Vénitiens au Moyen-âge, emmenés sous bonne escorte et enfermés sur l’île de Murano où la Sérénissime les a priés sans ménagement de transmettre leurs techniques à des artisans locaux. Il semble que pas mal d’autres artisanats ou techniques (y compris agricoles) soient venus de Syrie. Nous reparlerons des artisans syriens.

Père Elias Zahlaoui et Thierry Meyssan. Mardi 13 octobre 2015, photo m-a patrizio.

 

On se quitte en échangeant nos coordonnées.

TM : je n’ai pas de carte…

Père Elias : mais vous avez mon numéro maintenant !

 

En sortant on traverse un groupe de jeunes, filles et garçons, avec des instruments de musique : c’est la fanfare de ND de Damas qui se met en place pour répéter sur le parvis éclairé. Il est tard, on ne peut pas s’attarder car on doit longer une place qui est une cible habituelle des terroristes depuis Jobar. Avant que la répétition ne démarre, je demande à ceux qui sont près du portail si c’est eux qui avaient joué à la fin de la cérémonie avec le Patriarche Cyril le 13 novembre 2011 à la cathédrale de la Dormition. Petit chahut pour me répondre : mes interlocuteurs vont surtout caser dans un français très approximatif les quelques mots qu’ils connaissent, assez décalés par rapport à ma question : ils sont décontractés, ces jeunes. Et leur musique saisissante, comme souvent les fanfares, dans la rue…Mais plus encore sur le parvis de cette église ; avec les risques que tout le monde connaît. ND de Damas va être touchée quelques jours plus tard par les roquettes (dégâts matériels seulement) de ceux dont nos médias parlent en disant que « le régime de Bashar » les bombarde avec des barils de TNT. Mais pourquoi avec du TNT ?! A part que les « rebelles », eux, en ont, de ces armes-là.

Il fait doux, nous redescendons à pied vers l’hôtel, une bonne demi-heure. Il fait nuit rapidement, mais il y a des gens dans les rues, même si on y voit plus ou moins. Mais nous avons pris l’habitude de Damas, en 48 heures et plusieurs rencontres peu banales. Personne ne fait attention à nous quand nous demandons notre chemin ; ici on ne nous prend pas pour des Russes. Ou bien c’est qu’on ne remarque plus les gens de la communauté russe, depuis le temps qu’ils vivent à Damas ; la coopération a été importante avec l’URSS, pendant la présidence de Hafez al-Assad.

En arrivant vers l’hôtel nous entendons un grand bruit de percussions. On entre dans une cour, pour voir, puis jusque dans une salle où un groupe de jeunes répète avec toutes sortes de tambours, dans les locaux d’une association culturelle arménienne. On entre comme dans un moulin, d’ailleurs, pas de plan Vigipirate ici…Ils font un de ces bruits, on n’entend même plus les bombardements.

Dans la chambre de l’hôtel des étoiles, on peut écrire grâce à une connexion Internet sans problèmes. Je relis ces messages aujourd’hui pour me souvenir de cette ambiance.

A l’aube, j’entends des avions et une série de détonations très fortes. La réception est en face de ma chambre de l’autre côté du patio. Je vais en vitesse demander au veilleur de nuit ce qui se passe : « No problem, Madam, it is our army, our aviation ». L’aviation syrienne -des bombardiers, pas les fameux hélicoptères trimballant les barils de TNT de nos médias- cible les repères des terroristes à Douma, Ghouta et Jobar. Mercredi 14 octobre et premier jour de l’annéee 1437 de l’Hégire, c’est le début d’une grande offensive de l’Armée arabe syrienne autour de Damas[23].

Je parle un moment avec le veilleur de nuit : étudiant en management, d’origine bolivienne, parents immigrés en Syrie où lui est né. Il ne parle pas français, c’est dans son programme de l’an prochain, mais, un peu d’anglais un peu d’arabe pas mal de gestes et mimiques, on bavarde. Je vais me recoucher en écoutant le bruit des avions et explosions. C’est la première fois que je suis proche d’un bombardement, pourtant ces détonations font un bruit qui m’est familier. Je vais mettre du temps à réaliser lequel : les explosions des (très gros) feux d’artifice. On m’expliquera plus tard que les roquettes des « rebelles » font un tout autre bruit : plus sec, métallique, précédé d’une sorte de sifflement (pour laisser le temps de regarder où ça va tomber ? Braves gens ces rebelles). Je n’en entendrai que deux dans cette journée du mercredi. Roquettes qui n’ont fait que des dégâts matériels. Il semble que les terroristes soient trop occupés par ce qui leur arrive pour riposter.

Le matin en servant le petit déjeuner Karim me dit (en anglais) «Aujourd’hui c’est une grande surprise pour les rebelles » : lui, c’est un rigolo.

Nous n’avons pas de rendez-vous prévu avant 18h (Nadia Khost et sa fille Rania Massarani), nous devions sortir pour aller visiter avec Marie le quartier de la Porte d’Orient : c’est justement là que les ripostes des terroristes peuvent tomber. Les gens de l’hôtel nous recommandent précisément quels endroits éviter. Je reviens en début d’après-midi, avant D et R. qui vont flâner dans la Rue Droite.

Karim bavarde à la réception avec ses collègues ; en me voyant entrer il me dit (en anglais) « oh madame, encore en vie ?! ». Quatre années de guerre ne sont pas venues à bout de l’humour et de la vitalité de ces jeunes Syriens. Ça fait du bien.

L’atmosphère est décidément plus légère aujourd’hui. Oui, le vent a tourné

Marie-Ange Patrizio

Marseille, 3 janvier 2016,

 

 

Merci, une fois de plus, à mes compagnes de voyage que j’ai quasiment harcelées ces jours-ci pour vérifier et compléter ce récit particulièrement délicat à rédiger.

Je recommande post scriptum deux interviews que me signale Dominique de France, tout frais sortis -sans date des interviews- sur Internet. Le premier « date d’octobre 2014 », me dit l’auteur interrogé à ce sujet. On peut penser, d’après certains passages, que le second aussi.

Syrie : les chrétiens dans la tourmente, entretien avec le Patriarche Grégoire III Laham, et Dans l’ombre de Bachar el-Assad, entretien avec Bouthaina Chaabane.

Merci à Frédéric Pichon pour ces précieux entretiens publiés « en février 2015 » : en effet je les retrouve dans le n° 146 de Politique Internationale. Diffusés les 30 décembre 2015 et 3 janvier 2016 par Les Crises [24].

 

 

 


[1] Embargo bancaire, si vous allez en Syrie, n’oubliez pas d’apporter vos sous, vous ne pourrez pas en retirer sur place.

[2] cf. « Damas des étoiles » et le reportage « Vivre à Damas » de France2.

[4] Soufanieh. En Syrie et dans le monde, Père Elias Zahlaoui, Damas 2014. 1 kilo 346 grammes dans le bagage en soute.

ou http://www.soufanieh.com/FRANCAIS/20071002.can.fre.pez.Soufanieh.fetera.bientot.ses.25ans.pdf

[5] Voir à ce sujet l’entretien « conduit par Frédéric Pichon » en octobre 2014 avec le Patriarche Grégoire III Laham : « la Syrie, dois-je seulement le rappeler, est un État laïque… Elle est même l’État le plus laïque de la région ! Le Liban n’est pas un État laïque, Israël non plus, nos autres voisins guère davantage…Parmi les rebelles, nombreux sont ceux qui ne sont pas des Syriens, qui n’ont pas une vision syrienne de la société ; c’est la vraie raison pour laquelle ont eu lieu tous ces massacres de personnes sur la seule base de leur appartenance religieuse. C’est quelque chose de profondément étranger à la tradition syrienne. Ici, en Syrie, on ne parle jamais de sa confession : le régime, malgré tous ses défauts, est parvenu à faire émerger un véritable sentiment national. C’est cela, l’exception syrienne ! » http://www.les-crises.fr/syrie-les-chretiens-dans-la-tourmente/

[6] Encore, Le séminaire, livre XX, Jacques Lacan, Ed. du Seuil, 1973, Paris, p. 70.

[7] Portraits de femmes, Pietro Citati, Ed. Gallimard, Paris, 2001 pour la traduction française, p. 24 et suivantes.

[8] Encore, p. 70-71

[9] En précisant aussi que si les stigmates sont apparus dès 1982 (et ont eu lieu six fois depuis) les messages entendus par Myrna commencent en 2004, donc bien avant la période de crise puis de guerre en Syrie.

[11] Sur Samantha Power voir notamment : « La face cachée de lAdministration Obama », T. Meyssan, 10 novembre 2015, http://www.voltairenet.org/article189204.html

[13] Voir Discours de François Hollande à la 3ème réunion des amis du peuple syrien, notamment les cinq points de décision finale, et constat (juillet 2012) : « une chose est certaine, c’est que le régime de Bachar Al-Assad ne tiendra pas » http://www.voltairenet.org/article174994.html .
Les «  Amis de la Syrie » ont compté 124 Etats et 16 organisations internationales.

[14] Idem : « La face cachée de lAdministration Obama »

[15] The Power of Israel in the United States, Clarity Press, Inc. (2006).

Voir aussi de James Petras Le sabotage des négociations de paix américano-iraniennes : http://www.voltairenet.org/article180887.html

[16] Lettre au Premier Ministre Netanyahu, 30 octobre 2014 : http://www.voltairenet.org/article186961.html .

Voir aussi la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=6DitoiYXT5M

et, site du mouvement (en trois langues : hébreu, anglais et … russe !) : « Notre vision et nos objectifs » : http://en.cis.org.il/our-vision/ . Commentaire dans le Jerusalem Post du

3 janvier 2015 : http://www.jpost.com/Israel-News/Former-Israeli-security-commanders-Netanyahu-speech-will-bring-Iran-closer-to-the-bomb-392565

[17] Poursuivant cette analyse dans un autre entretien le lendemain, TM nous dira « le problème est que les sponsors des terroristes ne voudront pas perdre tout l’argent qu’ils ont investi dans ces mouvements : où les enverront-ils ensuite pour les utiliser ? Ukraine, Caucase..? »

[18] 86 morts et 186 blessés, le 10 octobre 2015 : http://www.voltairenet.org/article189047.html

[19] Voir « Larmée russe affirme sa supériorité en guerre conventionnelle », T. Meyssan, 19 octobre 2015,  Réseau Voltaire, http://www.voltairenet.org/article189038.html

[20] Dans les camps -Zaatari- où nos agents des affaires étrangères vont faire des visites et interviews ?  Cf. Fabius et Burgat, http://www.mondialisation.ca/quelques-figures-de-vitalite-artistique-intellectuelle-et-mediatique-la-syrie-du-mucem/5371380

[21] « Alain Juppé n’est pas seulement en conflit avec son administration, mais aussi avec ses collègues de l’Intérieur et de la Défense. Claude Guéant et Gérard Longuet auraient non seulement négocié avec le général Assef Chawkat l’exfiltration des agents français présents dans l’Émirat islamique de Baba Amr, comme le Réseau Voltaire l’a relaté [2], mais aussi la libération de trois commandos français détenus par la Syrie [3].

Dimanche 18 mars, le quotidien pro-syrien Ad-Diyar, édité à Beyrouth, a confirmé que trois prisonniers français ont été remis au chef d’état-major des armées (CEMA), lamiral Édouard Guillaud, lors d’un déplacement au Liban, prétendument effectué à l’occasion de la réorganisation du contingent français de la FINUL. Selon une source syrienne de haut niveau, l’amiral aurait en échange personnellement veillé au complet démantèlement de la base arrière que les services militaires français avaient installée au Liban » : http://www.voltairenet.org/article173169.html .

Voir aussi :

« Pourquoi la France veut-elle renverser la République arabe syrienne ? » T. Meyssan, 12 octobre 2015, Réseau Voltaire, T. Meyssan :   http://www.voltairenet.org/article189002.html

[22] Voir : «Clinton, Juppé, Erdoğan, Daesh et le PKK », T. Meyssan, 3 août 2015,

http://www.voltairenet.org/article188313.html

[23] Al Manar, 14 octobre : «Or la grande surprise est que les forces gouvernementales ont lancé en même temps une offensive à l’est de la capitale, dans la Ghouta orientale. Et il est question d’une avancée à Harasta et Jobar. Selon l’agence russe Sputnik, citant une source militaire syrienne, les troupes syriennes ont repris le contrôle de plusieurs bâtiments, dont l’usine des eaux Rima. La Ghouta orientale est sous le diktat de la milice wahhabite pro saoudienne Jaïch al-Islam, dirigée par Zahrane Allouche »

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=263877&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1

Une rumeur à Damas avait annoncé la mort du chef salafiste Z. Allouche ce jour-là ; il a finalement été tué par un bombardement de l’armée syrienne le 25 décembre, dans un bâtiment où se tenait une réunion de chefs « rebelles » (comme disent nos médias et « spécialistes » politologues anciens expatriés à Damas, qui ont débarrassé le plancher au début de la crise).

[24] http://www.politiqueinternationale.com/revue/article.php?id_revue=146&id=1348&content=synopsis ou

http://www.les-crises.fr/dans-lombre-de-bachar-el-assad/

Et

http://www.politiqueinternationale.com/revue/article.php?id_revue=146&id=1347&content=synopsis publié le 3 décembre 2015

Ou http://www.les-crises.fr/syrie-les-chretiens-dans-la-tourmente/ . Cet entretien se trouve aussi, en cherchant bien, sur le blog de l’auteur : http://frederic-pichon.com/resources/drChaabane.pdf . Je n’y ai pas trouvé celui du patriarche Grégoire III.

Photo par Rebecca : Marie-Ange Patrizio (à gauche) avec Soeur Rafqa, Monastère de Mar Yakub, Syrie.
 
 
Marie-Ange Patrizio, psychologue, est également traductrice, membre de comaguer, comité Comprendre et agir contre la guerre, Marseille
Lire la suite

Pétards de fin d’année. Puissance nucléaire des USA et mise en garde à la Russie et à la Chine. Par Manlio Dinucci

6 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #L'OTAN., #Europe supranationale, #La Russie, #La France, #l'Allemagne;, #L'Italie., #La guerre, #La paix

Pétards de fin d’année. Puissance nucléaire des USA et mise en garde à la Russie et à la Chine.

L’art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 29 décembre 2015

ilmanifesto.info

Space_The_fall_of_an_asteroid_015800_

Pour la sécurité des personnes et des animaux, sont interdits dans divers cas les feux d’artifice pour la fin de l’année, surtout les pétard puissants. La nouvelle se trouve rapportée bien en évidence par les médias. Ceux-là mêmes qui cachent par contre d’autres nouvelles qui, si elles étaient diffusées, feraient exploser la bulle de la réalité virtuelle dans laquelle nous sommes emprisonnés.

Un exemple : la National Archives and Records Administration (NARA), les archives du gouvernement étasunien, a publié le 22 décembre un dossier de 800 pages, jusqu’à présent top secret, avec une liste de milliers d’objectifs en URSS, Europe Orientale et Chine que les USA se préparaient à détruire avec des armes nucléaires pendant la guerre froide. En 1959, l’année à laquelle se réfère la « target list » (liste de cibles potentielles) rédigée en 1956, les USA avaient plus de 12mille têtes nucléaires avec une puissance de 20mille mégatonnes, équivalant à un million et demi de bombes d’Hiroshima, alors que l’URSS en possédait environ mille et que la Chine n’avait pas encore d’armes nucléaires. Etant supérieur y compris en vecteurs (bombardiers et missiles), le Pentagone jugeait réalisable une attaque nucléaire. Le plan prévoyait la « destruction systématique » de 1100 terrains d’aviation et 1200 villes. Moscou aurait été détruite par 180 bombes thermonucléaires ; Leningrad, par 145 ; Pékin, par 23. De nombreuses « zones habitées » auraient été détruites par des « explosions nucléaires au niveau du sol pour accroître la retombée radioactive ». Parmi elles, Berlin Est, dont le bombardement nucléaire aurait comporté « de désastreuses implications pour Berlin Ouest ».

Le plan ne fut pas mis à exécution parce que l’URSS, qui avait effectué sa première expérimentation nucléaire en 1949 quand les USA avaient déjà accumulé depuis 1945 environ 230 bombes, acquit rapidement la capacité de frapper les USA.

Pourquoi la Nara a-t-elle décidé de publier aujourd’hui « la plus ample et détaillée liste d’objectifs nucléaires qui ait jamais été déclassifiée » ? Le choix ne doit rien au hasard, étant donné que l’archiviste en chef de la Nara est nommé par le président des Etats-Unis. La publication de la « target list » est une claire, qui se trouvent averties de façon transversale de la puissance nucléaire qu’ont les USA. Qui ont lancé un plan, d’un coût de 1000 milliards de dollars, pour potentialiser les forces nucléaires avec 12 sous-marins d’attaque supplémentaires, chacun armé de 200 têtes nucléaires, et 100 nouveaux bombardiers stratégiques, chacun armé de plus de 20 têtes nucléaires. Et tandis qu’ils sont sur le point de stocker en Italie et dans d’autres pays Otan les nouvelles bombes B61-12 pour la première frappe nucléaire, les USA développent le « bouclier anti-missiles » qui devrait « défendre » l’Europe. Le 12 décembre a été activée, dans la base de Deveselu en Roumanie, la première batterie de missiles terrestre étasunienne de la « défense » Otan, qui sera suivie par une autre, analogue, en Pologne, composée de 24 missiles Aegis, déjà installés à bord de 4 navires de guerre étasuniens déployés en Méditerranée et Mer Noire.

Moscou a averti le 25 décembre que ces batteries, étant en mesure de lancer aussi des missiles nucléaires Tomahawk à moyenne portée, constituent une évidente violation du Traité Inf, qui interdit le déploiement en Europe de missiles nucléaires à moyenne portée avec bases à terre.

La Russie annonce des contre-mesures, parmi lesquelles de nouveaux missiles intercontinentaux mobiles sur des véhicules et trains en mouvement constant pour éviter une première frappe nucléaire. Et, pour frapper des objectifs du groupe État islamique (Ei) en Syrie, elle utilise des bombardiers stratégiques qui s’entraînent ainsi également à l’attaque nucléaire.

On ne sait pas quelle est aujourd’hui la « liste de cibles potentielles » nucléaire des USA. Il est cependant certain que dans la « target list » russe se trouvent aussi les bases USA/Otan en Italie. Les médias se taisent, pendant qu’ils lancent leur alarme sur les feux d’artifice.

Manlio Dinucci 

 

Edition de mardi 29 décembre 2015 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/botti-di-fine-anno/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Lire la suite

« Coup d’état » en Ukraine sous régie USA/Otan : « Heil mein Nato ». L’art de la guerre, par Manlio Dinucci

6 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #La République, #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #le nazisme, #Terrorisme, #L'Allemagne;

« Coup d’état » en Ukraine sous régie USA/Otan : « Heil mein Nato »

L’art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 05 janvier 2016

ilmanifesto.info

porochenko_nazi

La feuille de route pour la coopération militaire Otan-Ukraine, signée en décembre, intègre désormais pratiquement les forces armées et l’industrie guerrière de Kiev dans celles de l’Alliance sous conduite USA. Il ne manque plus que l’entrée formelle de l’Ukraine dans l’Otan. Le président Poroshenko a annoncé à cet effet un « référendum » dont la date est à définir, en pré-annonçant une nette victoire des « oui » sur la base d’un «sondage» déjà effectué. De son côté l’Otan garantit que l’Ukraine, « un des plus solides partenaires de l’Alliance», est « fermement engagée à réaliser la démocratie et la légalité ».

Les faits parlent clair. L’Ukraine de Poroshenko -l’oligarque qui s’est enrichi avec le saccage des propriétés d’Etat, duquel le premier ministre Renzi loue le « sage leadership » – a décrété par loi en décembre la mise au ban du Parti communiste d’Ukraine, accusé d’ « incitation à la haine ethnique et violation des droits humains et des libertés ». Sont interdits par loi même les symboles communistes : chanter l’Internationale comporte une peine de 5 à10 ans de réclusion.

C’est l’acte final d’une campagne de persécution analogue à celle que marquèrent l’avènement du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne. Sièges de parti détruits, dirigeants lynchés, journalistes torturés et assassinés, militants brûlés vifs dans la Bourse du Travail à Odessa, civils sans armes massacrés à Marioupol, bombardés au phosphore blanc à Slaviansk, Lougansk et Donetsk.

Un véritable coup d’état sous régie USA/Otan, avec l’objectif stratégique de provoquer en Europe une nouvelle guerre froide pour frapper et isoler la Russie et, en même temps, renforcer l’influence et la présence militaire des Etats-Unis en Europe. Comme force d’assaut ont été utilisés, dans le putsch de Place Maïdan et dans les actions successives, des groupes néo-nazis entraînés et armés à cet effet, comme le prouvent les photos de militants Uno-Unso entraînés en 2006 en Estonie. Les formations néo-nazies ont ensuite été incorporées dans la Garde Nationale, entraînée par des centaines d’instructeurs étasuniens de la 173ème division aéroportée, transférée de Vicence en Ukraine, accompagnés par d’autres de l’Otan.

L’Ukraine de Kiev est ainsi devenue le « vivier » du nazisme renaissant au coeur de l’Europe. A Kiev arrivent des néo-nazis de toute l’Europe (Italie comprise) et des USA, recrutés surtout par Pravy Sektor et par le bataillon Azov, dont l’empreinte nazie est représentée par l’emblème calqué sur celui des SS Das Reich. Après avoir été entraînés et mis à l’épreuve dans des actions militaires contre les Russes d’Ukraine dans le Donbass, on les fait rentrer dans leurs pays avec le «laissez-passer » du passeport ukrainien. Simultanément on diffuse en Ukraine l’idéologie nazie parmi les jeunes générations. Dont s’occupe en particulier le bataillon Azov, qui organise des camps d’entraînement militaire et de formation idéologique pour enfants et adolescents, auxquels on enseigne avant tout à haïr les Russes.

Cela advient avec la connivence des gouvernements européens : par initiative d’un parlementaire de la République Tchèque, le chef du bataillon Azov, Andriy Biletsky, aspirant « Führer »  de l’Ukraine, a été accueilli au parlement européen en tant qu’ « orateur invité ». Le tout dans le cadre de l’ « Appui pratique de l’Otan à l’Ukraine », comprenant le « Programme de potentialisation de l’éducation militaire » auquel ont participé, en 2015, 360 professeurs ukrainiens, instruits par 60 experts Otan. Dans un autre programme Otan, « Diplomatie publique et communications stratégiques », on enseigne aux autorités à «contrecarrer la propagande russe» et aux journalistes à « générer des histoires factuelles depuis la Crimée occupée et l’Ukraine orientale ».

 Manlio Dinucci

Edition de mardi 5 janvier 2016 de il manifesto

http://ilmanifesto.info/ucraina-heil-mein-nato/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Lire la suite

Soutien de la France aux néo-nazis de Svoboda

6 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #La Russie, #Ukraine, #le nazisme, #Terrorisme, #L'OTAN., #Europe supranationale, #Le fascisme

Soutien de la France aux néo-nazis de Svoboda.

. L. Fabius - Questions au gouvernement - Assemblée Nationale (25/02/14)
2. L. Fabius - l'invité du 7/9 - France Inter (05/05/14)
3. Vidéo interne sur l'accord de coopération Front National / Svoboda (23/11/09)
4. Wikipedia - Gouvernement_Iatseniouk
5. Wikipedia - Union_panukrainienne_«_Liberté_»
6. Wikipedia - Wolfsangel
7. Wikipedia - Centre_Simon-Wiesenthal
8. www.wiesenthal.com/2012slurs
9. Olivier Berruyer - Les experts - BFM Business (17/03/14)
10. BHL - itélé - invité de L. Ferrari (25/02/14)

Lire la suite

ALAIN MARSAUD : « L’ETAT FRANÇAIS A FACILITE LES ACTIONS D’AL-NOSRA… » Par Maxime Chaix.

5 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #L'OTAN., #AMERIQUE, #La Russie, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme, #La Turquie

L’Envers des Cartes du 4 janvier 2016

ALAIN MARSAUD : « L’ETAT FRANÇAIS A FACILITE LES ACTIONS D’AL-NOSRA… »

Le 26 novembre dernier, le député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud (LR) répondait aux questions des internautes. À cette occasion, il m’avait indiqué qu’une enquête parlementaire susceptible d’exposer le soutien du Front al-Nosra par l’État français en Syrie avait été refusée par la majorité. D’après lui, ce refus visait à ne pas embarrasser le gouvernement. Je l’ai donc sollicité afin d’obtenir des précisions sur cette question épineuse, qui est occultée par les médias français malgré d’autres accusations compromettantes formulées par des experts et par différents parlementaires de l’opposition.

Selon le député Marsaud, « il n’est pas sérieusement contesté qu’à un moment ou un autre l’État français a facilité les actions d’al-Nosra qui, je vous le rappelle, est une filiale d’al-Qaïda [en Syrie]. J’ai eu l’occasion de montrer à l’Assemblée Nationale des photos de combattants d’al-Nosra en possession de fusils d’assaut français. Il n’y avait bien évidemment aucune volonté du gouvernement français de voir mis en évidence une telle collaboration avec un groupe terroriste. Ainsi fut rejetée toute idée d’enquête parlementaire. »

Je me suis donc intéressé aux propositions d’enquêtes parlementaires sur ce sujet en consultant le site l’Assemblée Nationale. La seule demande que j’ai pu trouver est celle du député Jacques Bompard (LS), qui avait proposé une commission d’enquête sur « le soutien de la France à la rébellion syrienne » à la suite des attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge en janvier 2015. L’assistant parlementaire du député Bompard m’a expliqué que cette enquête avait été refusée à deux occasions par la majorité. Déclarant ne pas avoir été surpris par ces refus, il a souligné que cette question dépasse les clivages partisans, et qu’une telle démarche aurait dû être soutenue par les députés de chaque parti politique. Il m’a également rappelé qu’une commission d’enquête parlementaire, si elle est approuvée, dispose de moyens d’investigation supérieurs à ceux de la Justice, dont la levée du secret-défense. Il semble donc que, lorsque les politiques profondes de l’Exécutif français sont mises en cause, la raison d’État l’emporte sur la nécessaire transparence démocratique de nos institutions.

Hélas, en novembre dernier, la France a été à nouveau frappée par des jihadistes, et il s’avère que la majorité d’entre eux avaient combattu en Syrie. De ce fait, j’ai demandé à Alain Marsaud s’il lui semblait cohérent que le gouvernement français soutienne clandestinement al-Qaïda contre Bachar el-Assad tout en affirmant être en guerre contre Dae’ch. D’après le député, « nous assistons à une recomposition de la ligne de conduite de la diplomatie française, qui comprend aujourd’hui qu’elle s’est fourvoyée dans sa politique syrienne. À la suite des attentats du 13-Novembre, nous recherchons des alliés, ceux-ci se montrent exigeants et ne peuvent accepter aucune compromission avec tel ou tel groupe islamiste. Le plus étonnant est qu’on en arrive à dire que l’on va combattre aux côtés des troupes syriennes de Bachar el-Assad. »

Ce revirement, qui implique un rapprochement franco-russe, est considéré par certains comme un aboutissement de la synthèse « hollandaise », quand d’autres le jugent plus sévèrement. Il n’en demeure pas moins qu’en Syrie, les puissances occidentales, et pas seulement la France, ont été impliquées en profondeur dans le soutien de forces pas aussi « modérées » qu’elles nous ont été décrites jusqu’à présent.

En effet, trois semaines avant les attentats du 13-Novembre, la représentante états-unienne Tulsi Gabbard expliquait sur CNN que la CIA soutient clandestinement al-Qaïda pour renverser Bachar el-Assad. Le 19 novembre, elle a introduit une proposition de loi à la Chambre des Représentants pour stopper cette guerre secrète de la CIA et de ses alliés, qu’elle a décrite comme étant « illégale et contreproductive », et qui perdure malgré les attentats de Paris et de San Bernardino. Depuis l’intervention russe en Syrie, d’autres sources ont confirmé une intensification de l’aide de la France et des États-Unis en faveur d’« islamistes réputés fréquentables », pour reprendre l’expression ironique de l’éditorialiste du Point Michel Colomès.

À la suite des attentats du 13-Novembre, j’ai demandé à Alain Marsaud s’il pensait que les États-Unis et leurs alliés, dont le gouvernement français, allaient interrompre leur soutien de factions jihadistes pour renverser le gouvernement syrien. D’après le député, « nos politiques militaristes, européistes et moralisatrices ont entrainé le chaos moyen-oriental de l’Irak à la Syrie, en passant par les autres pays en révolution. La prise de conscience de la part des Américains et de la France est en cours, du moins souhaitons-le. Le réalisme nous amènera sans doute à côtoyer des gens plus fréquentables et à mettre fin à un impérialisme sur la zone moyen-orientale qui ne nous a coûté que des morts. »

On ne peut que partager ce constat du député Marsaud, si l’on garde en tête que le bilan humain des guerres moyen-orientales de l’Occident est désastreux. Saluons également son objectivité, lorsqu’il reconnaît que « [n]os politiques militaristes, européistes et moralisatrices ont entrainé le chaos moyen-oriental de l’Irak à la Syrie, en passant par les autres pays en révolution. » En effet, le député fait implicitement référence à la Libye, et l’ancienne majorité dont il est issu partage une lourde responsabilité dans le chaos qui s’est imposé dans ce pays, et qui s’est étendu en Syrie. D’une part, le mauvais calcul du gouvernement sarkozyste dans le dossier syrien a placé la France dans une impasse diplomatique dont a hérité la majorité actuelle, et qui se résume en une phrase aussi intransigeante qu’irréaliste : « Assad doit partir ». Par ailleurs, dès l’intervention en Libye, l’État français présidé par Nicolas Sarkozy a clandestinement soutenu des forces pas aussi « modérées » qu’elles nous avaient été décrites dans les médias. En effet, en août 2014, le Washington Post a publié un important article intitulé « Les terroristes qui nous combattent aujourd’hui ? Nous venons tout juste de les entraîner ».

D’après cette analyse, « au cours de nombreux entretiens menés ces deux derniers mois [avec des membres de l’État Islamique et du Front al-Nosra], ils ont décrit comment l’effondrement sécuritaire durant le Printemps arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser en leur faveur la stratégie occidentale – c’est-à-dire le soutien et l’entraînement de milices afin de combattre des dictateurs. “Des Britanniques et des Américains nous avaient [également] entraînés durant le Printemps arabe en Libye”, d’après un homme surnommé Abou Saleh, qui a accepté d’être interrogé si son identité restait secrète. [Ce dernier], qui est originaire d’une ville proche de Benghazi, affirma qu’un groupe de Libyens et lui-même avaient bénéficié dans leur pays d’entraînements et de soutien de la part des forces [spéciales] et des services secrets français, britanniques et états-uniens – avant de rejoindre le Front al-Nosra ou l’État Islamique [en Syrie]. Interrogées pour cet article, des sources militaires arabes et occidentales ont confirmé les affirmations d’Abou Saleh, selon lesquelles des rebelles en Libye avaient bénéficié d’“entraînements” et d’“équipements” durant la guerre contre le régime de Kadhafi. »

Ces politiques profondes ont donc été confirmées par des sources de haut niveau, et il semblerait que l’extrémisme des combattants entraînés par les services spéciaux occidentaux était parfois connu des autorités. En effet, toujours d’après cet article du Washington Post, « nous disposions dès le départ de renseignements nous indiquant que les groupes radicaux avaient profité du vide engendré par le Printemps arabe, et que certains des individus que les États-Unis et leurs alliés avaient entraîné à combattre pour la “démocratie” avaient des objectifs jihadistes – au préalable ou pas – [lorsqu’ils] rejoignirent al-Nosra ou l’État Islamique”, d’après un haut responsable des renseignements d’un pays arabe interrogé récemment. »

À l’aune de ces révélations, toute la lumière doit être faite sur les politiques profondes de l’État français et de ses alliés en Libye et en Syrie. En effet, il est inacceptable que des réseaux terroristes soient considérés par les puissances de l’OTAN comme des alliés clandestins pour renverser des gouvernements étrangers, tandis que les crimes des jihadistes en Occident justifient un durcissement sécuritaire permanent et un état de guerre perpétuelle.

Ce phénomène qui s’autoalimente n’a pas encore suscité une indispensable rationalisation des politiques étrangères occidentales à l’égard des pétromonarchies du Golfe et de la Turquie, dont le soutien de milices terroristes est de notoriété publique. Au contraire, ce processus engendre des lois d’exception sans cesse plus « démocracides », comme on peut l’observer avec la réforme constitutionnelle sur l’état d’urgence qui est loin de faire l’unanimité au Parlement français. Hélas, ce processus engendre la légalisation et l’extension incontrôlée d’une surveillance de masse extrajudiciaire avant tout favorable à des intérêts privés et étrangers, mais totalement inefficace pour empêcher des attentats – du moins selon la NSA elle-même, ou d’après l’ancien responsable du contre-terrorisme à la DGSE. Dans ce contexte, comment pouvons-nous accepter que nos libertés publiques soient inutilement sacrifiées, alors que des groupes jihadistes pourtant hostiles sont clandestinement soutenus par nos États pour renverser des gouvernements étrangers ?

Comme l’avait déclaré le député Alain Marsaud quelques mois avant l’adoption de la « Loi Renseignement », cette législation « peut permettre une police politique comme nous n’en avons jamais vue. » Cette loi est dorénavant mise en œuvre, et les administrations « non spécialisées » qui seront autorisées à en faire usage vont l’être par décret du Conseil d’État, et non par voie législative. Cette dérive autoritaire de l’Exécutif, qui invoque la lutte antiterroriste pour s’arroger des pouvoirs exorbitants sans contrepoids judiciaires ou parlementaires, est pour le moins préoccupante.

Au plan extérieur, la politique étrangère occidentale en Syrie semble être hors de contrôle, comme s’en était alarmée la représentante Tulsi Gabbard sur CNN en octobre dernier, lorsqu’elle déclara que « des armements US vont dans les mains de nos ennemis, al-Qaïda et ces autres groupes, des groupes islamistes extrémistes qui sont nos ennemis jurés. Ce sont des groupes qui nous ont attaqués le 11-Septembre, et nous étions censés chercher à les vaincre, mais pourtant nous les soutenons avec ces armes pour renverser le gouvernement syrien. (…) Je ne veux pas que le gouvernement des États-Unis fournisse des armes à al-Qaïda, à des islamistes extrémistes, à nos ennemis. Je pense que c’est un concept très simple : vous ne pouvez vaincre vos ennemis si, en même temps, vous les armez et vous les aidez ! C’est absolument insensé pour moi. »

Comme nous venons de le démontrer, le soutien clandestin de factions islamistes en Syrie n’est pas limité à celui de la CIA, les services spéciaux français, britanniques et leurs alliés moyen-orientaux étant étroitement impliqués dans ces politiques profondes qui menacent la paix mondiale – toujours selon Tulsi Gabbard. Face à cette situation d’instabilité globale, il est urgent que le gouvernement français, et plus généralement les États occidentaux :

1) interrompent les processus de durcissement sécuritaire permanent dans lesquels ils se sont engagés, qu’ils abrogent leurs politiques de surveillance massive et illégale de leurs populations, et qu’ils priorisent le renseignement humain et les actions judiciaires et policières pour combattre efficacement le fléau jihadiste. La « guerre contre le terrorisme » lancée par l’administration Bush à l’automne 2001 continuera d’enrichir une minorité de multinationales et leurs actionnaires, mais ne pourra qu’amplifier le désordre mondial et la haine antioccidentale. Les trois ouvrages de Peter Dale Scott traduits en français, dont le dernier vient d’être recensé par l’IRIS, le démontrent indiscutablement ;

2) cessent sans délai de soutenir clandestinement des factions extrémistes en Syrie, qui finissent par attaquer les populations occidentales et qui déstabilisent un nombre grandissant de pays ;

3) réévaluent leurs alliances avec les principaux soutiens étatiques du fléau jihadiste, tout en abandonnant leurs sanctions économiques contre des États luttant réellement contre le terrorisme, tels que l’Iran et la Russie. Il faudrait alors se rapprocher de ces pays, notamment au plan commercial. Ce processus a été lancé avec l’Iran, et les perspectives d’une intervention militaire désastreuse contre ce pays s’éloignent durablement. Comme l’avait écrit Montesquieu, « [l]’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. » Cette solution, bien qu’imparfaite, est nettement préférable au pillage brutal de nations entières à travers la « stratégie du choc », comme on a pu l’observer en Irak ou en Libye.

J’encourage donc mes concitoyens à dénoncer auprès de leurs élus les politiques profondes exposées dans cet article, puisqu’elles déstabilisent le monde et menacent nos démocraties. Essentiellement, je vous remercie de diffuser le plus largement possible cette analyse afin de sensibiliser votre entourage sur ces questions trop souvent ignorées ou déformées par les médias.

Maxime Chaix
http://maximechaix.info

Lire la suite

Pablo Iglesias à la conquête du pouvoir. Partie 2 – l’OTAN

4 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'Espagne., #L'OTAN.

Pablo Iglesias à la conquête du pouvoir. Partie 2 – l’OTAN

 
iglesias-tsipras-bailando

Le 17 novembre 2014, dans une interview accordée à Cadena Ser, Pablo Iglesias affirmait que le jour où il deviendrait président du gouvernement, il essaierait de faire sortir l’Espagne de l’OTAN en organisant un référendum lors duquel l’Espagne déciderait souverainement de sa sortie de l’Alliance. « Je suis un patriote et je n’aime pas qu’il y ait des militaires d’autres pays sur le sol espagnol » a-t-il dit. Et d’ajouter : « Je crois que l’OTAN nous fait courir un risque ».

Aujourd’hui, un an après cette proclamation patriotique, Pablo Iglesias laisse clairement entendre qu’il n’est plus question de quitter l’Alliance. Son projet consiste maintenant à « reformuler les fonctions de cette organisation ». Il souhaite dorénavant doter l’Europe et l’Espagne d’une « plus grande autonomie stratégique » au sein de l’organisation « en approfondissant la Politique européenne de sécurité et de défense (PESC) pour faire face aux relations avec notre voisinage et aux problématiques globales depuis une perspective exclusivement européenne ».

L’ex-chef d’état d’état-major des armées sous le gouvernement socialiste de Zapatero, Julio Rodríguez est du même avis. C’est sans doute la raison pour laquelle Pablo Iglesias l’a désigné comme numéro deux sur la liste que Podemos a présentée à Saragosse lors des dernières élections. Pablo Iglesias a même déjà proposé à ce général de réserve d’être un jour son ministre de la Défense. Pilote de formation, Julio Rodríguez a dirigé les bombardements lors de la guerre impérialiste menée par les puissances occidentales contre la Libye de Kadhafi en 2011 et La izquierda diario souligne qu’il a toujours été un fervent défenseur de l’Alliance, citant à l’appui qu’en juillet 2009, lors d’un séminaire qui s’était tenu à l’université Menéndez Pelayo à l’occasion du 60ème anniversaire de l’Alliance, le général avait affirmé que celle-ci était « irremplaçable ». Comble d’ironie, le recrutement de Rodríguez par Podemos a eu lieu le 4 novembre 2015, le jour même de la visite effectuée par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, dans la ville de Saragosse à l’occasion des manœuvres prévues dans le cadre de l’opération Trident Juncture 2015, une opération menée sur trois pays (Espagne, Italie et Portugal) et regroupant 36000 hommes et 30 nations. Selon le site du Ministère de la Défense français, le Trident Juncture 2015 est le « plus important exercice interarmées réalisé par l’Alliance depuis 2002 et [le] premier entraînement élaboré dans la perspective d’une rénovation de la capacité d’action rapide de l’OTAN ». Autre ironie du sort, ce jour-là eurent lieu à Saragosse des manifestations anti-OTAN qui brandissaient le slogan « Stoltenberg go home ! », un appel très conforme à l’esprit des Indignados mais non repris par celui qui a porté leur combat sur la scène politique.

Mais de quoi parle-t-on lorsqu’on parle de l’OTAN ? Dans un ouvrage intitulé La stratégie américaine et l’Europe publié en 2005 sur le site de l’Institut de Stratégie Comparée (et qui n’est malheureusement plus en ligne aujourd’hui), Bruno Colson rappelle quelques fondamentaux concernant l’OTAN. Selon lui, « l’objectif américain en Europe est clair et se conjugue d’emblée sur un double registre. Il s’agit [de faire en sorte] que l’Europe soit stable et sûre pour que les soldats américains n’aient plus à y verser leur sang. Il s’agit aussi que les économies européennes soient en suffisamment bon état pour offrir des possibilités d’investissements et pour créer des emplois aux Etats-Unis ». Tout au long de son ouvrage, Bruno Colson s’appuie sur des témoignages de diplomates étasuniens qui tous vont dans le même sens. Par exemple, pour Richard Holbrooke, assistant du secrétaire d’Etat pour l’Europe entre 1994 et 1996, « l’OTAN est une association d’économies de libre marché, de démocraties de libre marché » et pour Stuart Eizenstat, qui a occupé les fonctions d’ambassadeur auprès de l’Union européenne et de secrétaire adjoint au commerce, les objectifs économiques des Etats-Unis en Europe sont liés à leur politique étrangère. Pour Warren Christopher, secrétaire d’Etat pendant le premier mandat de Bill Clinton, l’OTAN se trouve « au cœur de la stratégie globale des Etats-Unis » et selon l’ex-secrétaire adjoint à la défense Walter Slocombe, « l’engagement des Etats-Unis dans l’OTAN n’est pas une affaire d’altruisme ». Cette conception de la nécessité de la domination de l’OTAN en Europe a été clairement synthétisée dans la version de mars 1992 du Defense Planning Guidance « rédigé par des fonctionnaires du département d’Etat et du Pentagone sous la direction du sous-secrétaire à la Défense chargé des Affaires politiques, Paul D. Wolfowitz, et en liaison avec le Conseil national de sécurité ». Ce document, qui a défini ce que devait être le nouvel ordre mondial, insistait sur le fait que « l’OTAN véhicule des intérêts américains en Europe [et] doit rester le premier garant de la sécurité sur le vieux contient » (Colson).

Voici donc l’organisation que Pablo Iglesias voulait, il y a un an, chasser du sol espagnol et qu’il projette maintenant d’infiltrer afin de traiter les affaires internationales « depuis une perspective exclusivement européenne ».

Celui qui mettra en doute la cohérence de la position de Pablo Iglesias pourra se voir objecter avec raison que le leader de Podemos n’a pas changé de projet – exclure les Etats-Unis de la scène européenne – mais seulement de méthode – plutôt que de chasser l’OTAN, en faire une entité exclusivement européenne. Mais subsiste la question de savoir comment il mènera à bien sa politique du coucou consistant à chasser les Etats-Unis du poste de commandement de l’Alliance. Nous pouvons sérieusement nous demander de quels leviers il dispose – il ne le dit pas lui-même – afin de mener à bien son projet.

D’une part, l’OTAN est une voix unique imposée depuis le dehors à un concert de nations en désaccord sur un grand nombre de questions géopolitiques – comment en effet définir une politique étrangère européenne conciliant les impératifs géopolitiques de la Pologne ou des Pays Baltes et qui n’ont rien à voir avec ceux de la France ou de l’Allemagne ? D’autre part, comme le rappelle Bruno Colson, « un effacement progressif de l’OTAN ferait un tort considérable aux Etats-Unis ». Il marquerait aussi l’arrêt du projet de conquête et de dislocation de la Russie qui dépasse le cadre étroit des promesses électorales du leader de Podemos.

Puisque Pablo Iglesias ment, et quelles que soient les raisons de ce mensonge – ignorance, calcul électoral ou duplicité –, nous craignons qu’il ne constitue pas un espoir sérieux pour les Espagnols qui souhaitent regagner une dignité qui leur a été confisquée par une classe politique opportuniste et compromise avec les oligarchies qui tirent les ficelles de la mondialisation.

Une classe politique que nous pouvons le soupçonner de vouloir rejoindre tôt ou tard, si l’affaire n’a pas déjà été conclue.

Bruno Adrie

Première partie :

Alexis Tsipras and Pablo Iglesias

Pablo Iglesias, chef du mouvement Podemos, à la conquête du pouvoir en Espagne. Partie 1: l’Europe, publié le 22 décembre 2015

Lire la suite

Iglesias, chef du mouvement Podemos, à la conquête du pouvoir en Espagne. Partie 1: l’Europe

4 Janvier 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #AMERIQUE, #L'OTAN., #L'Espagne., #Les transnationales

Iglesias, chef du mouvement Podemos, à la conquête du pouvoir en Espagne. Partie 1: l’Europe

Alexis Tsipras and Pablo Iglesias

Dans Le Monde diplomatique de juillet 2015, Pablo Iglesias signait un article faisant le point sur la situation de la gauche en Europe et sur les forces et faiblesses du mouvement Podemos en Espagne. Revenant brièvement sur les négociations qui opposaient la Grèce et l’Allemagne depuis le mois de janvier, Pablo Iglesias jugeait que la fermeté allemande vis-à-vis de la Grèce devait s’interpréter comme un avertissement adressé à tous ceux qui oseraient se dresser contre la dictature de l’euro et en particulier à Podemos : « Nos adversaires craignent en effet que toute victoire enregistrée par Syriza [ne] dope nos propres résultats. » écrivait-il.

Il pensait alors que Tsipras avait réussi à « générer des contradictions au sein du bloc hégémonique de l’Eurogroupe (…) par de timides critiques de la manière dont l’Allemagne gérait la crise européenne ». Jugement étonnant. Pourquoi par de timides critiques ? a-t-on envie de demander. Parce qu’elles sont plus efficaces pour refaçonner les choix européens ? Pablo Iglesias croit sans doute que Phidias taillait le marbre avec un pinceau.

Après avoir fait l’apologie de la politique de Tsipras, Pablo Iglesias décrivait sa propre stratégie. S’appuyant sur le fait que l’Espagne est plus forte que la Grèce car représentant plus de 10% du PIB total de l’Union européenne (contre moins de 2% pour la Grèce), il affichait la certitude de « disposer d’une marge de manœuvre plus importante » dans les négociations avec les créanciers de l’Espagne. Il était convaincu qu’il pourrait ainsi obtenir une réforme des traités budgétaires, ce qui permettrait, par la suite, un accroissement des dépenses publiques, le développement de politiques sociales, puis l’arrêt de la baisse des salaires afin de relancer la consommation.

En envisageant la fondation d’ « un autre paradigme que les politiques d’austérité » dans un cadre européen, Pablo Iglesias montrait qu’il faisait partie de ceux qui veulent réformer l’Europe de l’intérieur. Comme Tsipras, il n’a aucun projet de sortie et réclame seulement la modification des traités budgétaires afin de revoir les déséquilibres en Europe. « Une fois ces réformes acquises » écrivait-il, il poserait « la question de la dette au niveau européen, dans le cadre d’une restructuration visant à lier les remboursements à la croissance économique, par exemple ».

Que comprend-on ici ? Que, pour Pablo Iglesias, restructurer la dette revient d’abord, puisque c’est le premier exemple qui lui vient à l’esprit, à « lier les remboursements à la croissance économique ». Donc, apparemment, pour Pablo Iglesias, la dette est légitime et il va falloir la payer. Approche assez surprenante de la part d’un leader anti système, dressé contre la « caste », quand on sait que la dette résulte généralement – c’est vrai pour la France comme pour la Grèce – d’un cumul de deux facteurs : les taux excessifs pratiqués par les organismes prêteurs et les cadeaux fiscaux offerts aux classes dominantes c’est-à-dire à la « caste ».

Dans des travaux publiés sur le site du CADTM, Eric Toussaint a expliqué que l’effet cumulé de ces deux facteurs peut faire varier la dette de plusieurs dizaines de points de PIB (voir notre article sur ce sujet : « La Grèce, « sa dette », Shäuble et les Crassus d’aujourd’hui ») . Cet économiste a montré, par exemple, que si, dans les années 90, la Grèce avait contracté des prêts à des taux normaux et n’avait pas fait de cadeaux fiscaux à son oligarchie après 2001, alors son endettement aurait été de seulement 40% et non de 100% du PIB en 2009, ce qui aurait eu pour conséquence de ne pas déclencher de panique bancaire, de ne pas baisser sa notation et de ne pas provoquer la plongée subséquente du PIB, entraînant par là même un accroissement du ratio dette/PIB et la nécessité des plans de sauvetage qui ne sauvent rien puisque l’endettement de la Grèce n’a pas varié et tourne autour de 310 milliards d’euros.

Mais Pablo Iglesias ne semble pas vouloir aller jusqu’à une telle analyse et sa révolution va se contenter de demander, « par exemple », des échéances proportionnées à la croissance du PIB, lançant ainsi un message très clair aux créanciers de son pays : « Ne vous inquiétez pas, nous paierons ». Comme Tsipras et Varoufakis, il se montre raisonnable, fait preuve de docilité, lève la main avant de s’exprimer et parle seulement pour demander une faveur mesurée. Quant on pense que le journaliste très droitiste et très satisfait Eduardo Inda l’a traité de staliniste… Le voilà complice dans la propagande (voir le débat en espagnol).

Mais rien n’arrête les convictions de Pablo Iglesias, qui dans le même article affirme que la Grèce a réussi à secouer le continent. Quant on sait où se trouve la Grèce aujourd’hui, où l’ont conduite les rebelles Tsipras et Varoufakis – ce dernier avait prévu de saper les bases sur lesquelles l’oligarchie grecque appuyait sa domination. S’il avait su que Tsipras avait choisi la voie du référendum non pas pour contrer les exigences de l’Eurogroupe comme nous étions nombreux à l’avoir cru alors, mais pour arracher un « oui » au peuple grec afin de se dédouaner à l’heure de prendre des mesures allant à l’encontre des promesses qui avaient porté sa coalition au pouvoir et se faire l’exécutant des basses œuvres des créanciers. Et s’il avait su alors que Tsipras, après avoir trahi tous ses engagements, se serait maintenu au pouvoir dans un pays encore plus noyé par l’endettement et dépecé à coups de becs et ongles par les vautours qui récupèrent à bas prix les biens que l’Etat possède encore. S’il avait su… Mais peut-être savait-il.

On ne peut qu’être surpris par le manque de clairvoyance de ce leader politique porteur de promesses irréalisables dans le cadre contraignant dans lequel il souhaite les tenir. Il doit bien savoir qu’il n’obtiendra jamais une réforme de l’Europe et de ses traités.

Alors, Pablo Iglesias est-il rêveur ou menteur ? Est-ce parce qu’il ne porte pas de cravate et qu’il exhibe une barbiche adolescente qu’il doit passer pour quelqu’un de naïf et victime de ses propres illusions ? Il semble accorder une grande importance à sa tenue négligée, en témoigne sa remarque concernant son attitude vis-à-vis du roi. Lors de la visite du roi d’Espagne au Parlement européen, Pablo Iglesias s’est trouvé devant un dilemme. En effet, étant antimonarchiste, la logique aurait voulu qu’il n’aille pas le saluer.

Cependant, ne voulant pas rester « [coincé] dans la grille d’analyse traditionnelle de l’extrême gauche, qui offre très peu de possibilités d’action », et ainsi perdre automatiquement une partie de l’électorat visé par son parti et qui respecte la figure du roi – ne pas y aller, « [c]ela nous aliène instantanément de larges couches de la population qui éprouvent de la sympathie pour le nouveau roi », écrit-il –, il a décidé de s’y rendre tout en manifestant son désaccord en ne changeant rien « à [sa] façon de [se] présenter, avec [ses] vêtements de tous les jours, en ignorant le protocole ».

Comme si les tenues casual ou bourgeoises-négligées trahissaient le fond d’une politique. On a bien vu le coup de la cravate avec Varoufakis. Pas de cravate égale cool, égale proche du peuple, égale changement.

Non, ce n’est certainement pas en rêvant que Pablo Iglesias est devenu le chef de Podemos. Et il est certainement suffisamment intelligent pour savoir qu’il vend de fausses promesses à ses électeurs. Car il a le sens pratique Pablo Iglesias, il pense électoralement, ne veut pas trop faire gauche, il veut juste faire cool et ratisser large, ceux d’en bas contre ceux d’en haut (chez lui le schéma vertical haut/bas remplace le schéma traditionnel droite/gauche, une sacrée innovation conceptuelle en politique !). Or en ratissant large, il trahit forcément sa vraie base, celle des Indignados, qui attend des solutions radicales. Non, Pablo Iglesias veut autre chose, il vise la Moncloa et veut être le premier président de gouvernement sans costume ni cravate. Que fera-t-il alors ? Que sera-t-il capable de faire ? Que le laissera-t-on faire ? Nul ne le sait.

Peut-être que dans quelques années, Iglesias aura réussi à trouver une place confortable dans le jeu trompeur des alternances toujours prometteuses mais qui n’aboutissent jamais qu’au maintien du statu quo, parce que changer demande trop de force, trop de volonté, trop de créativité et trop de sacrifice de soi ; et il est si facile et tellement moins dangereux de d’apprendre à mentir – la nécessité faisant loi – pour mieux s’endormir dans les plaisirs de Capoue.

Dans sa tombe, Allende, qui est mort en action et pour une idée, sourira alors dans son costume et derrière sa cravate.

Bruno Adrie

Photographie: Luigi Mistrulli/Sipa/Rex pour The Guardian

Partie 2 :

iglesias-tsipras-bailando

Pablo Iglesias à la conquête du pouvoir. Partie 2 – l’OTAN

Lire la suite