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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #terrorisme tag

Vers une nouvelle guerre au Liban, par Thierry Meyssan

26 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #La France, #L'OTAN.

Voltairenet.org

 

 

Depuis l’accord de Doha et l’élection anticonstitutionnelle de Michel Sleiman comme président de la République, en 2008, le Liban n’a pas connu d’événement politique marquant jusqu’à août dernier. Au cours des sept derniers mois, le pays a été secoué lors de la « crise des ordures » par des manifestations susceptibles de déboucher sur une seconde « révolution du Cèdre », puis par une crise de confiance avec l’Arabie saoudite et ses alliés, enfin par une mise en cause internationale du Hezbollah. Trois événements qui, pris séparément, semblent s’expliquer par eux-mêmes et ne débouchent sur rien. Et pourtant…

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Odeur pestilentielle dans de nombreuses communes du Liban où les ordures ne sont plus ramassées.

En août 2015, débuta subitement la « crise des ordures » : l’État ne parvint pas à renouveler le contrat de ramassage des poubelles par la société Sukleen. En quelques jours, le pays dans son ensemble devint une vaste poubelle, les déchets s’amoncelant dans les rues. Des manifestations se formèrent accusant le gouvernement d’incurie. Bientôt des milliers de manifestants clamaient dans le centre de la capitale que les politiciens eux-mêmes étaient des ordures, pillant l’État au détriment des citoyens. Des médias évoquaient un début de révolution colorée comparable à la « révolution du Cèdre » organisée par les États-Unis après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri ; d’autres médias évoquaient une extension du « printemps arabe » [1]. En définitive la fureur populaire retomba car le système communautaire unique du Liban —imposé par la France— attache chaque citoyen à sa communauté religieuse et l’empêche de se positionner sur les questions nationales.

Toutefois, sept mois plus tard, la crise des ordures n’est toujours pas résolue. Certes, la capitale et les grandes villes sont nettoyées, mais dans de nombreuses régions, les poubelles s’accumulent répandant une odeur nauséeuse. La persistance et la généralisation de ce problème ont des conséquences en matière de santé publique. Les virus se propagent et presque tous les Libanais sont malades épisodiquement. Elles ont aussi des conséquences économiques. De facto, le tourisme, principale source de revenu officiel du pays, est en forte baisse.

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La terrasse du Petit Café de Beyrouth, face au rocher, est vide. Les clients du Golfe ont déserté.

La seconde crise a débuté avec l’annulation du don saoudien de 3 milliards de dollars à l’Armée libanaise [2]. En réalité, ce « don » était la rémunération versée à l’Armée libanaise pour avoir détruit le témoignage de Majed el-Majed qu’elle avait arrêté lors de son transport en ambulance, le 26 décembre 2013. Le célèbre terroriste était le représentant du prince Bandar Ben Sultan au Levant. Il était suspecté de connaître personnellement la totalité des politiciens qui soutiennent secrètement les jihadistes. Son témoignage aurait gravement mis en difficulté le royaume saoudien. L’homme eut la bonne idée de mourir après quelques jours de détention sans que son témoignage détaillé ne soit enregistré [3].

Pour justifier l’annulation de son « don », Riyad évoqua la réaction du Liban à l’exécution de cheikh Nimr Baqr al-Nimr. Le 2 janvier 2016, la pétro-dictature avait en effet décapité le chef de son opposition. Or, il se trouve que cette personnalité était un religieux chiite, ce qui souleva une vague d’indignation dans toutes les populations chiites du monde, y compris au Liban [4]. L’Arabie saoudite mobilisa ses alliés pour affirmer son droit absolu à tuer qui il souhaite parmi ses sujets, tandis que le Liban se tint prudemment sur la réserve. Riyad décida d’y voir une forme d’ingratitude au regard des milliards déversés durant des années pour soutenir le 14-Mars, c’est-à-dire la coalition des partis communautaires libanais collaborant avec Israël.

Surtout, Riyad décida de couler l’économie libanaise en interdisant à ses sujets de se rendre au Liban et en faisant étendre cette interdiction aux Bahreïnis et aux Émiratis. Privé de ses touristes du Golfe, les commerces et les banques sont immédiatement entrés en récession.

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La chaîne Al-Manar ("le phare") est le seul moyen de communication dont disposerait la Résistance libanaise en cas d’agression israélienne. Durant la guerre de 2006, le Hezbollah est parvenu à la faire fonctionner malgré les gigantesques bombardements de Tsahal. En cas de coupure de l’antenne, seule la version occidentale des faits serait connue.

La troisième crise est celle concernant le Hezbollah. Ce réseau de résistance à l’occupation israélienne s’est progressivement transformé en parti politique et participe au gouvernement. Principalement soutenu par la Syrie dans la période 1982-2005, il se tourne progressivement vers l’Iran après le départ de l’Armée arabe syrienne du Liban. Dans la période 2006-2013, il reçoit un arsenal considérable des Gardiens de la Révolution iraniens. Cependant, depuis l’élection de cheikh Hassan Rohani en Iran, le Hezbollah se prépare à une rupture et développe ses propres sources de financement en s’appuyant sur la diaspora libanaise et/ou chiite à l’étranger, principalement en Afrique et en Amérique latine. Suite à la signature de l’accord 5+1 avec l’Iran, le 14 juillet 2015, le Hezbollah s’engage contre les jihadistes aux côtés de l’Armée arabe syrienne, tout en prenant progressivement ses distances avec Téhéran.

Le 16 décembre 2015, le Congrès des États-Unis a adopté à l’unanimité une loi interdisant aux banques de travailler avec le Hezbollah ou des organes liés à la Résistance libanaise et visant, en outre, à empêcher la diffusion de la chaîne de télévision Al-Manar [5]. Immédiatement le Trésor a pris des sanctions contre Ali Youssef Charara, PDG de la société Spectrum Investment Group, accusé de participer au système de financement de la Résistance [6]. La loi états-unienne a été suivie par des résolutions du Conseil de coopération du Golfe et de la Ligue arabe qualifiant le Hezbollah de « mouvement terroriste ».

Le dispositif est désormais complet : l’économie libanaise est ruinée et le principe de la Résistance à l’occupation israélienne est assimilé à du terrorisme. La chaîne de télévision Al-Manar ne devrait plus être accessible par NileSat et ArabSat, limitant considérablement son audience.

Deux options sont désormais possibles pour Washington et Tel-Aviv : soit une guerre classique, comme en 2006, soit —plus simple et plus discret— une guerre civile, comme le Liban l’a connue de 1975 à 1990. Le dernier président constitutionnel du Liban, Émile Lahoud, appelle à une réforme immédiate de la loi électorale, de manière à ce que le prochain parlement ne soit pas représentatif des communautés religieuses, mais de la population. C’est le seul moyen d’éviter la guerre civile.

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Pourquoi nous avons perdu la bataille contre le terrorisme. Comment nous pouvons la gagner Grégoire Lalieu

26 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre, #Terrorisme, #Daesch

25 mars 2016

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Mardi 22 mars, deux attentats ont plongé Bruxelles dans l'effroi. Ces attaques surviennent quatre mois après l'onde de choc qui avait ébranlé Paris, quatorze mois après les drames de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher. L'année dernière déjà, nous insistions sur la nécessité de comprendre comment le quotidien de la Ville Lumières avait pu basculer en quelques heures dans les ténèbres. Cette plongée jusqu'aux racines du mal nous conduisait vers deux facteurs essentiels. D'une part, la politique guerrière menée au Moyen-Orient depuis plus d'un siècle. D'autre part, l'exclusion des jeunes issus des quartiers populaires. Quelles réponses le gouvernement français a-t-il apporté à ces problèmes ? Y aura-t-il un jour suffisamment de militaires dans les rues de Bruxelles pour nous protéger d'une nouvelle attaque ?

 



Des silhouettes hagardes remontent le tunnel du métro, se frayant un chemin dans un nuage de fumée. Elles sont escortées par les halos blêmes des lampes murales qui font briller l’acier des rails et leur désignent la sortie. Une fillette pleure. C’est l’un des rares signes de vie de ce désolant tableau de nuit et de brouillard. Il rappelle par la douleur que la folie humaine traverse le temps pour prendre d’autres formes. Une bombe a explosé dans le métro bruxellois. Une fillette pleure. Une heure plus tôt, deux kamikazes sautaient dans le hall de départ de l’aéroport de Zaventem. D’habitude, les voyageurs filent avec empressement sur le sol brillant du terminal en direction des portes d’embarquement. Mardi, ils déambulaient le visage en sang au milieu des décombres. Mardi, Bruxelles s’est arrêtée de brusseller quelque temps. Bilan toujours provisoire : 31 morts et 300 blessés.

« C’est une horreur », déclarait le président François Hollande quatre mois plus tôt. Vendredi 13 novembre, journée mondiale de la gentillesse, plusieurs attaques terroristes étaient menées simultanément en plein cœur de Paris. Le bilan est lourd là aussi. 129 morts et quelque 352 blessés. Le pire attentat jamais commis en France. Ces attaques sont survenues quelques mois après celles qui avaient décimé la rédaction de Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher. À l’époque, la plupart des réactions s’étaient cantonnées au registre émotionnel. Il fallait au choix faire preuve de fermeté ou affirmer davantage nos valeurs occidentales face à l’obscurantisme. Certains n’hésitant pas à combiner étonnamment les deux en appelant à un Patriot Act français depuis des manifestations pour la liberté d’expression.

Mais en 2015 déjà, les attentats ne pouvaient être ramenés à ces seules dimensions. Pour éviter que pareille tragédie se reproduise, il fallait pouvoir situer les attaques dans leur contexte politique, social et historique. Ce que nos gouvernements n’ont pas fait.

La France est en guerre... depuis longtemps !

« Vous ne pouvez pas nous attaquer et ne rien avoir en retour », avait déclaré Amedy Coulibaly, l’auteur de la tuerie du supermarché cacher. Faut-il être aveugle ou sourd pour ne pas comprendre que la violence qui s’est abattue sur Bruxelles et Paris est liée à la violence qui se déchaîne sur le Moyen-Orient voilà plus d’un siècle ? Depuis que des Britanniques ont fait jaillir l’or noir au sud-ouest de l’Iran en 1855, cette région du monde n’a jamais connu la paix. Jamais. En Europe, on n’a pas de pétrole, mais on a des bombardiers. Estimant que les richesses du Moyen-Orient devaient nécessairement lui appartenir, l’Occident a multiplié les guerres, les coups d’État et de nombreuses autres atrocités.

« Nous sommes en guerre », avait déclaré Manuel Valls après les attentats de novembre. Le Premier ministre l’a répété au lendemain des attaques de Bruxelles. « Il a raison, a confirmé Bernard-Henri Lévy sur le plateau d’I-Télé. C’est même une guerre totale aujourd’hui ». On se souvient que le Parisien avait planté le décor de sa une sensationnaliste après la tuerie du Bataclan : « Cette fois, c’est la guerre. » Mais la guerre n’a pas commencé le 13 novembre 2015. Depuis longtemps, elle se joue loin des frontières de l’Hexagone et du Vieux Continent. Tant que nos avions bombardaient des villages dans des montagnes lointaines, tant que des enfants apparemment différents des nôtres mourraient sous le poids de sanctions injustes, tant que les morts tombés sous nos armes défilaient discrètement entre deux reportages sur le nouvel iPhone, la guerre n’existait pas vraiment à nos yeux. Aujourd’hui, difficile de ne pas voir le sang. Impossible de ne pas entendre les cris.

« Nous avons créé Al-Qaida »

La France et la Belgique ont senti la guerre. Celle que vivent des millions d’innocents depuis tant d’années. Celle qui constitue un terreau des plus favorables à la folie meurtrière des terroristes. Qu’a fait le gouvernement français après les attentats de janvier ? S’obstinant à bloquer toute solution politique en Syrie, il a continué à larguer des bombes et à semer le chaos. Certains se demandent comment Daesh a pu devenir, sous nos yeux, le monstre qu’il est. Alors que l’ex-chef des renseignements Alain Chouet annonçait la mort logistique d’Al-Qaida en 2002. Daesh n’est pas sorti de nulle part. Il est le fruit des errements de la politique occidentale au Moyen-Orient, l’Occident ayant toujours entretenu des relations pour le moins ambigües avec le terrorisme islamique.

« Nous avons créé Al-Qaida », confessait Hillary Clinton en 2009. De fait, les origines de cette organisation remontent à la fin des années 70, en Afghanistan. À l’époque de la guerre froide, les Etats-Unis appliquaient la doctrine du Rollback consistant à repousser et à renverser les gouvernements jugés trop proches de l’Union soviétique. Pour déstabiliser l’Afghanistan qui entretenait des relations étroites avec Moscou, la CIA et ses alliés saoudiens ont financé l’insurrection d’islamistes, dont Ben Laden. Lorsque les troupes soviétiques ont franchi la frontière afghane pour secourir leur gouvernement allié, Zibgniew Brzezinski, conseiller de la Maison-Blanche, s’est réjoui d’avoir l’occasion « d’offrir aux Russes leur guerre du Vietnam ». Brzezinski ne s’y était pas trompé. La CIA et les Saoud ont accru leur soutien aux combattants islamistes. Et l’Union soviétique s’est embourbée dans un conflit interminable qui a précipité la chute du Bloc de l’Est.

Les excités se rebiffent

Quelques années plus tard, fort des réseaux qu’il avait développés à travers la guerre d’Afghanistan, Ben Laden créait Al-Qaida pour mordre la main qui l’avait nourrie. Le revirement s’est opéré durant la Guerre du Golfe. Après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, les troupes irakiennes étaient stationnées aux portes de l’Arabie saoudite. Ben Laden proposa aux Saoud de lever une armée pour défendre le royaume. La monarchie refusa l’offre et appela les Etats-Unis en renfort. Le chef d’Al-Qaida ne digéra pas l’injure, observant avec rage les GI’s souiller les terres saintes de l’islam pour tuer d’autres musulmans. Issu de la bourgeoise saoudienne, Ben Laden nourrissait en outre une profonde aversion pour cette monarchie féodale qui monopolisait tous les leviers de l’économie et qui se compromettait dans des relations bienveillantes avec Israël et les Etats-Unis.

Al-Qaida commença donc à s’attaquer aux intérêts saoudiens, ainsi qu’à l’ennemi lointain qui soutenait cet ennemi proche, les Etats-Unis. En 1998, Brzezinski, l’architecte du piège afghan, était interrogé par le Nouvel Observateur sur ces attentats commis par des terroristes que la CIA avait soutenus plus tôt. Réponse triomphale du conseiller de la Maison Blanche : « Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ? » Trois ans plus tard, quelques excités islamistes faisaient tomber les tours du World Trade Center.

La seconde vie d’Al-Qaida

Après les attentats du 11 septembre, George W. Bush a attaqué l’Afghanistan, bien que les talibans proposaient de faire juger Ben Laden par un tribunal islamique. Quatorze ans plus tard, Al-Qaida et sa filiale devenue indépendante, Daesh, sont plus puissantes que jamais. Pourquoi ? D’abord, parce que les campagnes militaires de Bush, si elles ont dans un premier temps affecté les capacités logistiques d’Al-Qaida, ont finalement généralisé un chaos favorable à la résurgence d’organisations terroristes. Ensuite, malgré le traumatisme des attentats du 11 septembre, force est de constater que les Etats-Unis et leurs alliés n’ont pas renoncé à utiliser le terrorisme comme arme.

Ainsi, en Libye, l’Otan n’a pas hésité à s’appuyer sur Al-Qaida pour faire tomber Mouammar Kadhafi. Pour des raisons historiques liées au renversement du roi Idris, l’autorité du guide libyen était contestée à l’est du pays. Bien que la région fut reconnue comme un sanctuaire d’extrémistes, l’Otan y a soutenu une insurrection. Interrogé sur un possible appui de l’alliance atlantique à des groupes terroristes, l’amiral Stavridis tenta de noyer le poisson en reconnaissant qu’il y avait des membres d’Al-Qaida au sein de l’opposition libyenne, mais qu’ils combattaient « à titre personnel ». C’était en 2011, bien avant les attentats de Bruxelles et Paris. Et dans l’euphorie printanière, l’assertion de l’amiral n’avait pas soulevé beaucoup de questions.

Aujourd’hui, difficile de masquer la réalité que certains prêcheurs du désert dénonçaient depuis longtemps. Déjà revigorée en Irak, Al-Qaida a repris du poil de la barbe en Libye avec l’aide de l’Otan. Elle a carrément touché le jackpot lorsque les Etats-Unis, la France et leurs alliés locaux ont décidé de renverser le gouvernement syrien. La responsabilité de la coalition anti-Assad est lourde dans la résurgence du terrorisme. Dans un premier temps, la France et la Belgique n’ont rien fait pour empêcher leurs enfants d’aller grossir les rangs des armées terroristes en Syrie. C’était l’époque oùLaurent Fabius déclarait qu’Al-Nosra faisait du bon boulot. L’époque où Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, prédisait au sujet des jeunes partis combattre aux côtés de l’ASL : « On leur construira peut-être un monument comme héros d’une révolution. » L’époque où la France faisait des pieds et des mains pour empêcher que le Front Al-Nosra soit reconnu comme organisation terroriste. L’époque où François Hollande violait l’embargo syrien pour fournir des armes à la rébellion. « Nous avons commencé quand nous avons eu la certitude qu’elles iraient dans des mains sûres », avait confié le président français. Réponse d’un officier des renseignements du Moyen-Orient cité par le reporter Patrick Cockburn : « [les membres de Daesh] étaient toujours très heureux quand des armes sophistiquées étaient livrées à n’importe quel groupe anti-Assad, parce qu’ils arrivent toujours à les convaincre de leur donner ces armements, par la menace, la force, ou de l’argent. »

François Hollande ne pouvait pas ignorer cette réalité. En décembre 2013 encore, un dépôt d’armes de l’Armée Syrienne Libre était pillé par le Front islamique. « C’est sûr que ces difficultés ne nous ont pas vraiment encouragés à aller plus loin », commentait un diplomate français. Et pourtant, François Hollande a poursuivi les livraisons d’armes. « Mais aucun “équipement qui aurait pu se retourner contre nous”, tel que des explosifs », précise un anonyme au Monde. On voit là dans cette précaution militaire que la France a joué avec le feu en Syrie. Avant d’essuyer un sévère retour de flamme à Paris.

Pire, l’explosion du terrorisme n’est pas le dommage collatéral d’un noble combat destiné à renverser le dictateur Assad et empêcher le massacre de Syriens. Sinon, comment expliquer que pour faire triompher la démocratie en Syrie, la France s’est associée avec l’une des pires dictatures de la région, l’Arabie saoudite ? Laquelle, s’échinant à défendre le printemps syrien de ses hirondelles intégristes, réprimait au même moment le soulèvement bahreïni dans une mare de sang. Peut-on en outre raisonnablement empêcher l’armée syrienne de commettre des massacres en soutenant le « bon boulot » d’Al-Nosra ? La France n’a pas soutenu de noble bataille en Syrie, mais a concouru à une guerre de plus pour asseoir la domination occidentale sur le Moyen-Orient. Une guerre de trop. Déléguant le sale boulot aux mercenaires de Daesh et d’Al-Qaida, la France et ses partenaires ont totalement perdu le contrôle de la situation.

Les excités se rebiffent, encore

En effet, Daesh n’est pas la marionnette des puissances occidentales. L’organisation terroriste dispose de son propre agenda. L’Otan et ses alliés régionaux l’ont laissée prospérer tant qu’elle rencontrait des objectifs communs, mais la situation s’est gâtée lorsqu’après la prise de Mossoul, Daesh a avancé ses troupes en direction du Kurdistan irakien. Havre de profits pour les multinationales US, la région autonome reste la chasse gardée des Etats-Unis. Pour contrer l’appétit de l’ogre islamiste, Barack Obama a alors mis sur pied une coalition, rejoint par la France et la Belgique. Mais les forces occidentales ont une fois de plus démontré toute leur ambiguïté face au terrorisme. En effet, durant près d’un an, la France s’est contentée de frapper Daesh uniquement en Irak. Et avec une efficacité toute relative. Cette retenue était justifiée par la volonté de ne pas affaiblir l’organisation terroriste en Syrie de manière à ne pas renforcer les positions d’Assad. Autrement dit, tant que Daesh massacrait des Syriens, il fallait le ménager. Maintenant qu’il s’attaque à l’Europe, il faut l’abattre.

Les attentats de janvier et de novembre portent les stigmates du cynisme et de l’inconscience du gouvernement français. Son obstination à renverser Assad par terroristes interposés a contribué à plonger la Syrie dans le chaos avec les répercussions que l’on connait en France et en Belgique. Cette obstination n’avait subi aucune inflexion après les attentats de janvier alors que de nombreux experts, de droite comme de gauche, insistaient sur le fait que dialoguer avec Assad était nécessaire pour sortir du bourbier syrien. Une nécessité remise au goût du jour après les attentats de novembre. Mais très vite, des voix se sont élevées en France. Elles se faisaient le relais des néoconservateurs d’outre-Atlantique où l’on désigne sans gêne Al-Qaida comme un partenaire plus fiable que le président syrien. Si la position des faucons de Washington a buté sur les bougies du Bataclan, les relais français se sont contentés de rappeler qu’Assad était responsable de tous les maux, quitte à prendre quelques libertés avec les faits.

Ainsi, sur le plateau de BFM TV, confrontée au député Alain Marsaud qui plaide le dialogue avec Damas, Caroline Fourest a rappelé avec force qu’Assad était « un boucher, responsable du massacre de 250.000 Syriens ». Ces chiffres proviennent de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme. Et Caroline Fourest s’est bien gardée d’en offrir le détail. Car d’après cet observatoire, sur les 250.000 victimes du conflit syrien, l’armée et les miliciens qui la soutiennent ont payé le plus lourd tribut avec 90.000 pertes. Viennent ensuite les 80.000 morts dénombrés dans les rangs de la rébellion. Rébellion dominée par les extrémistes et dont un tiers des effectifs viendrait de l’étranger. À ceux-là s’ajoutent les 70.000 civils victimes du conflit. Affirmer qu’Assad a tué 250.000 Syriens, c’est juste un mensonge. Un mensonge de ceux qui ont bloqué toute solution politique en Syrie depuis cinq ans.

Et ça continue. Les négociations russo-américaines butent sur le sort d’Assad. Si Moscou suggère de laisser les Syriens choisir leur président à travers des élections, Washington insiste pour faire place nette à Damas. Argument du secrétaire d’État John Kerry ? Assad canalise la frustration des pseudo-jihadistes qui affluent de partout pour le renverser. Virez Assad, et les terroristes baisseront les armes. Un comble ? Effectivement. Ce n’est pas Assad qui a ramené l’Irak à l’âge de pierre, détruisant les structures de l’État laïc pour le plus grand bonheur des extrémistes. Ce n’est pas Assad qui a ouvert ses frontières aux takfiristes et déployé des camps d’entrainement pour leurs recrues. Ce n’est pas Assad qui a fourni armes et argent aux combattants d’Al-Qaida. Et pourtant, comme l’imbécile reproche à la femme violée sa jupe trop courte, Kerry somme Assad de partir pour contrer le terrorisme.

La légitimité du président syrien ne luit certainement pas au sommet du firmament démocratique. Mais dans la situation actuelle, une issue politique à la terrible guerre qui déchire la Syrie depuis cinq ans ne peut pas contourner Assad. « Il faut d’abord restaurer les États et les pouvoirs centraux, sinon Daech ou d’autres groupes vont y prospérer », commente dans les colonnes du Vif/L’Express Fabrice Balanche, chercheur invité au Washington Institute. «  Si on cherche à changer les pouvoirs dans des sociétés pas prêtes au changement, soit on remplace un dictateur par un autre, soit on provoque le chaos. » De l’Afghanistan à la Syrie en passant par l’Irak et la Libye, toutes les dernières tentatives de changement de régime confirment cette analyse. On pourra en outre s’interroger sur la légitimité de l’Otan à désigner qui devrait gouverner ces pays.

Tout le monde se lève pour les Saoud

L’esquive, c’est tout un art ! Teintée de panache, l’esquive magnifie l’exercice de la dérobade. Ainsi, la pétulance dans toute sa splendeur fascine, comme lorsque Mohamed Ali, pris dans les cordes d’un match de gala, échappe à vingt et un assauts en moins de dix secondes. Mais l’esquive est aussi synonyme de fuite. Ainsi, elle perd toute sa noblesse dans la désertion cagnarde face aux responsabilités. Comme lorsque le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, est interrogé par la RTBF sur nos relations avec l’Arabie saoudite qui «  joue un rôle important de soutien au radicalisme. » Réponse du chef de la diplomatie : « Tout à fait, d’où l’importance du dialogue. »

En réalité, les chancelleries occidentales ont déjà fermé des ambassades pour moins que ça. Mais l’Arabie saoudite reste incontournable. C’est un autre aspect des errements de notre politique au Moyen-Orient, directement lié aux vagues d’attentats qui ont frappé Paris et Bruxelles. La monarchie féodale propage partout à travers le monde sa vision réactionnaire de l’islam, le wahhabisme, véritable carburant idéologique des groupes terroristes comme Daesh. Sous les yeux de leurs partenaires occidentaux, les Saoud fournissent armes et argent aux fanatiques. Et pourtant, de Paris à Washington en passant par Bruxelles, tout le monde se lève pour les Saoud.

Comment les Etats-Unis ont désigné leur « pape islamique »

Bien sûr, l’Arabie saoudite jouit de cette remarquable faculté à pouvoir jouer au yo-yo avec le cours du baril de brut. Certes, la monarchie injecte généreusement ses pétrodollars dans nos économies. Mais la relation qui unit les Saoud à l’Occident va beaucoup plus loin que cela. Elle s’inscrit dans l’Histoire, autour d’intérêts stratégiques communs. Avec tout d’abord la lutte contre le nationalisme arabe à partir des années 50. De l’Égypte à la Libye en passant par la Syrie ou l’Irak, les Saoud ont vu les monarques tomber les uns après les autres et craignaient d’être les prochains sur la liste. Quant aux Etats-Unis, ils ne pouvaient tolérer ce mouvement progressiste, laïque et de plus en plus populaire auprès des masses, pour la simple et mauvaise raison qu’il entendait laisser les Arabes disposer souverainement de leurs richesses. Une hérésie pour les multinationales friandes de pétrole !

Pour contrer le nationalisme arabe, le président Eisenhower et ses conseillers décidèrent donc de miser sur cet État réactionnaire dirigé par une poignée d’anciens Bédouins, l’Arabie saoudite. Selon John Foster Dulles, le roi Saoud était «  la seule figure dans la région qui avait suffisamment de présence et d’avantages potentiels pour servir de contrepoids à Nasser. » Dans son livre Thicker than Oil, Rachel Bronson explique comment « Washington a commencé à explorer l’idée que le roi Saoud puisse développer un large courant religieux à partir de son contrôle de la Mecque et de Médine. Certains au sein de l’administration ont commencé à se référer au roi en tant que “pape” islamique. »

Sans le soutien des Britanniques qui ont aidé les Saoud à créer leur royaume et sans l’appui des Etats-Unis qui ont fait de la monarchie féodale le Vatican de l’islam, le wahhabisme et ses préceptes rétrogrades seraient sans doute restés cantonnés à quelques tentes d’éleveurs de chèvres. Mais érigé en « pape » du monde musulman et baignant dans les pétrodollars, le roi Saoud a pu financer des universités, des mosquées, des maisons d’édition, des chaînes de télévision et tout autre moyen qui lui permettrait de déverser à travers le monde la vision réactionnaire du wahhabisme. Pour mener à bien son entreprise, l’Arabie saoudite s’appuiera sur la Ligue islamique mondiale. Le siège européen de cette organisation sera établi à Bruxelles après que le roi Baudouin ait grâcieusement offert les clés du pavillon oriental du Cinquantenaire aux Saoud.

Haro sur les chiites !

Les Saoud ont pratiquement eu raison du nationalisme arabe dont les dernières poches irakienne, syrienne et libyenne sont la proie au chaos. Mais il n’aura pas fallu longtemps à la monarchie féodale pour désigner un nouveau péril. Quelques années à peine après la mort de Nasser et l’alignement de l’Égypte sur la diplomatie occidentale, l’Iran basculait dans le camp ennemi avec la révolution islamique de 1979. La menace chiite allait offrir deux avantages considérables aux Saoud. Sur le plan interne, elle permettait encore et toujours de reléguer au rang des questions subsidiaires la légitimité de la monarchie féodale. Sur la scène internationale, la menace chiite allait de nouveau réunir l’Arabie saoudite et l’Occident dans un combat commun. Un combat pour lequel les Saoud n’allaient pas hésiter à mobiliser les pires terroristes sur des bases idéologiques sectaires et sans en faire de mystères auprès de ses partenaires occidentaux.

En 2007, le prince Bandar, ex-chef des renseignements saoudiens, expliquait au Council on Foreign Relations, prestigieux think tank rassemblant le gratin de la politique US, comment il s’employait à manipuler les fanatiques : « Nous avons créé ce mouvement et nous pouvons le contrôler. Ce n’est pas que nous ne voulons pas que les salafistes jettent des bombes ; tout dépend de sur qui ils les jettent — le Hezbollah, Moqtada al-Sadr, l’Iran ainsi que les Syriens s’ils continuent à travailler avec le Hezbollah et l’Iran. »Le prince Bandar s’était planté sur toute la ligne. Il n’a pas pu contrôler ce mouvement et les salafistes n’ont pas jeté des bombes seulement sur des chiites.

En mars 2014, quelques mois avant la prise de Mossoul par Daesh, le prince Bandar était discrètement démis de ses fonctions. Une éviction qui rappelle furieusement celle du prince Turki, chef des renseignements saoudiens écarté une semaine avant les attentats du World Trade Center. Selon Alain Chouet, ancien responsable de la DGSE, l’Arabie saoudite comme beaucoup d’autres services de renseignements, sentait que quelque chose se tramait. Le prince Turki avait entretenu des relations étroites avec Ben Laden. Il devait donc faire un pas de côté pour ne pas compromettre l’Arabie saoudite. De fait, après les attaques du 11 septembre, bien que la plupart des terroristes fussent d’origine saoudienne, la monarchie ne fut nullement inquiétée par Bush.

Pour quelques pétrodollars de plus

Le soutien de l’Arabie saoudite au terrorisme est longtemps resté un secret de polichinelle. Mais il a depuis été publiquement reconnu, notamment par le vice-président Joe Biden et l’ancien général des forces armées US, Wesley Clark. Après les attentats de janvier 2015, tout le monde savait que l’Arabie saoudite sponsorisait le terrorisme. Mais qu’a fait le gouvernement français après la cérémonie d’hommage à Charlie Hedbo ? François Hollande s’est pointé dans l’antre du diable, le Conseil de Coopération du Golfe qui regroupe les pétromonarchies sunnites.

« Jamais un chef d’État occidental n’avait participé comme invité d’honneur à un sommet extraordinaire du CSG »,remarquait Libération. Le président français avait-il réuni les principaux sponsors du terrorisme pour taper du poing sur la table ? Pas vraiment. Après les tueries de Charlie Hebdo et du magasin Hyper Cacher, François Hollande est parti négocier de juteux contrats d’armement avec l’Arabie saoudite et le Qatar. Avant d’attaquer le Yémen, les Saoud figuraient déjà parmi les plus grands importateurs d’armes. Son principal fournisseur, l’Union européenne, ne s’inquiétait visiblement pas de savoir ce que pouvaient faire ces paisibles Saoud avec autant d’armes. En 2015, pendant que les fanatiques s’amusaient avec des missiles antichar en Syrie, l’Arabie saoudite s’est même hissée au sommet des importateurs d’armement. Son principal client ? La France. Ajoutons qu’une commission franco-saoudienne devrait bientôt plancher sur de nouveaux accords. « L’important, c’est cette perspective, cette dynamique, ce mouvement », commentait il y a quelques mois le Premier ministre Manuel Valls. En Belgique, la livraison d’armes à l’Arabie saoudite a également soulevé quelques questions. Réponse de Paul Magnette, président de la Région wallonne : « Nous ne sommes qu’un tout petit vendeur ». Petites ventes, grosses conséquences. L’effet papillon...

Ce que nous faisons et ce que nous sommes

« L’État islamique ne nous vise pas pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes. Un pays libre, laïque, et bon vivant », analysait Caroline Fourest quelques jours après les attentats du 13 novembre. Ça ne vous rappelle rien ? Quelques jours après les attentats du 11 septembre, le président néoconservateur George W. Bush déclarait devant le Congrès : « Pourquoi nous haïssent-ils ? Ils haïssent ce qu’ils voient dans cette salle même : un gouvernement élu démocratiquement. Leurs chefs sont autodésignés. Ils haïssent nos libertés : notre liberté de religion, notre liberté d’expression, notre droit de voter, de nous rassembler et d’exprimer nos désaccords. (…) Ces terroristes tuent non seulement pour mettre fin à des vies, mais pour perturber et anéantir un mode de vie. »

Les attentats, qu’ils soient perpétrés à New York ou à Paris, opposeraient tout simplement le Bien au Mal. D’un côté, nous, les gentils Occidentaux, libres, laïques et bons vivants. De l’autre, eux, les méchants islamistes, animés par une haine aveugle. On retrouve ici la rhétorique propre au Choc des civilisations, souvent attribuée à Samuel Huntington, mais développée bien plus tôt par l’historien Bernard Lewis. En 1956, lorsque Nasser tentait de s’affranchir de la tutelle coloniale en nationalisant le canal de Suez, Lewis analysait ce conflit éminemment politique et économique en ces termes : « Les ressentiments actuels des peuples du Moyen-Orient se comprennent mieux lorsqu’on s’aperçoit qu’ils résultent, non pas d’un conflit entre des États ou des nations, mais du choc entre deux civilisations. » Pour Lewis, l’islam « a toujours cherché des appuis pour combattre son ennemi : la démocratie occidentale. Il a d’abord soutenu les puissances de l’Axe (Hitler, Mussolini et le Japon fasciste) contre les Alliés, puis les communistes contre les Etats-Unis : ce qui a abouti à deux désastres… »

Tant pis si, comme nous l’avons vu, Nasser défendait un nationalisme laïque contre lequel les Etats-Unis ont soutenu l’islamisme réactionnaire des Saoud. Oublions également que le président égyptien s’est tourné vers l’Union soviétique après que la très occidentale Banque mondiale lui avait refusé les crédits nécessaires à la construction du barrage d’Assouan. La théorie de l’orientaliste ne s’embarrasse pas d’éléments objectifs. Comme le remarque Alain Gresh, Lewis fait un « étrange historien, dont les survols ignorent les faits concrets, le pétrole, l’exil des Palestiniens, les interventions occidentales ». Et le journaliste d’ajouter : « Ce qui frappe dans cette analyse, c’est son caractère a-historique et sa volonté de dédouaner toutes les politiques occidentales dans la région (ils nous haïssent, non pas à cause de ce que nous faisons, mais à cause de ce que nous sommes). »

Caroline Fourest partage donc la même grille d’analyse que le théoricien du Choc des civilisations. La guerre en Syrie, la collusion de la France avec des mouvements terroristes, notre soutien indéfectible à l’Arabie saoudite et la coalition contre Daesh sont totalement absents de son radar. On notera aussi que Fourest, invitée sur tous les plateaux de télévision et présentée comme une progressiste, nous sert la thèse d’un proche conseiller des néoconservateurs les plus radicaux, tant aux Etats-Unis qu’en Israël. En effet, Lewis a assisté Benyamin Netanyahou lorsque ce dernier occupait le poste d’ambassadeur israélien aux Nations unies. En 1998, Lewis a également signé, avec les membres fondateurs du Project for a New American Century, une lettre ouverte invitant Bill Clinton à renverser militairement Saddam Hussein. Enfin, après les attentats du 11 septembre, alors qu’ils s’apprêtaient à plonger le Moyen-Orient dans le chaos, les faucons de Washington saluaient l’analyse de leur précieux conseiller. « J’ai la ferme conviction qu’avec des hommes comme Bernard Lewis, une des personnes qui a le mieux étudié cette partie du monde, la riposte ferme et forte des Etats-Unis à la terreur et aux menaces contribuera grandement à calmer les choses dans cette partie du monde », déclarait en 2001 Dick Cheney, alors vice-président des Etats-Unis. Un an plus tard, l’ancien secrétaire adjoint à la défense, Paul Wolfowitz, renchérissait : « Bernard nous a appris à comprendre l’histoire importante et complexe du Moyen-Orient et l’a utilisée pour nous guider dans la construction d’un monde meilleur pour les prochaines générations. »

Islam ou islamisme ?

La théorie du choc des civilisations n’est pas friande de faits concrets. Elle va dès lors développer une image de l’islam coupée du temps et de l’espace. Présentée comme un bloc monolithique, la religion musulmane porterait en elle les germes du terrorisme. Mais « pas d’amalgames », répète-t-on de plus en plus à gauche, comme à droite. Certains, plus ou moins soucieux de ne pas stigmatiser l’ensemble des musulmans, vont ainsi opérer une distinction entre l’islam et l’islamisme. Mais la définition de ce dernier concept reste toujours aussi floue. Proche de Caroline Fourest, Mohamed Siffaoui, le journaliste qui aurait infiltré une cellule d’Al Qaida, proposait en 2004 : « L’islam est une religion, l’islamisme est une idéologie. […] Une idéologie fasciste qui n’a absolument rien à envier au nazisme, par exemple. »

Mais où placer la limite entre idéologie et religion ? « Mohamed Siffaoui s’économise tranquillement la délicate analyse de cette frontière mouvante, qui relève de facteurs complexes et divers — religieux, mais aussi culturels, politiques et sociaux —, préférant assener, en guise de démonstration, une dichotomie qui a le mérite de la simplicité : celle qui oppose sa propre vision de l’islam à tous ceux qui ne la partagent pas, qu’ils soient adversaires déclarés ou partisans du terrorisme », répond Thomas Deltombe dans L’islam imaginaire, une remarquable étude de la construction médiatique de l’islamophobie en France.

Autant il serait farfelu de jeter dans un même sac le terroriste Anders Briévik, la chrétienne-démocrate Angela Merkel et les révolutionnaires de la théologie de la libération, autant l’islamisme est devenu un concept fourre-tout qui, dans l’imaginaire collectif, confond allégrement les cantines halal, le port du voile et les attaques terroristes. Avec pour toile de fond, l’effroyable menace de l’islamisation de nos sociétés occidentales. Cet épouvantail, l’extrême-droite l’agite. Mais des experts comme Lewis et Fourest se chargent de bourrer l’homme de paille. Le premier a prédit que «  l’Europe pourrait être islamique d’ici la fin du 21e siècle. » La seconde s’est fendue d’une tribune hallucinante dans le Wall Street Journal où elle préconise de faire une légère entorse sur nos libertés démocratiques pour nous prémunir de l’invasion barbare.

S’il devait au départ distinguer la religion musulmane de son utilisation politique, l’islamisme se trouve lui aussi essentialisé pour être réduit à une idéologie monolithique synonyme de fanatisme voire de terrorisme. Pourtant, dansJihad made in USA, Mohamed Hassan distingue cinq courants islamistes. Il les situe chacun dans des contextes historiques et politiques différents, avec des intérêts parfois contradictoires : 1. les traditionalistes qui, entre les 19e et 20e siècles, ont utilisé la religion pour combattre le colonialisme à l’image de l’émir Abdelkader en Algérie ou d’Omar al-Mokhtar en Libye. 2. les réactionnaires d’Arabie saoudite, érigés en « papes » de l’islam avec l’aide des Etats-Unis. 3. les Frères musulmans, courant politique majeur visant l’islamisation des pays arabes, mais qui est passé par différentes phases tout au long de son histoire et qui compte encore aujourd’hui des tendances diverses. 4. les islamo-nationalistes qui, du Hezbollah libanais au Hamas palestinien, sont engagés dans une lutte de libération nationale. 5. ceux qu’on appelle les « jihadistes » et qui ont pris leurs distances avec les Frères musulmans pour privilégier la lutte armée.

Une arnaque intellectuelle

Pas plus de faits concrets, la théorie du choc des civilisations ne s’embarrasse de nuances. Elle ne permet pas de comprendre les événements qu’elle se targue d’analyser. Si la France a été attaquée pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle fait, en Syrie notamment, comment expliquer que la Suisse, qui partage des valeurs semblables n’ait pas essuyé d’attentats ? Faut-il en outre en déduire que pour Caroline Fourest, la Russie, victime de l’explosion du vol A321, est à l’image de la France, un pays « libre, laïque et bon vivant » ?

Ainsi va la théorie du choc des civilisations, procédant par amalgames extrêmes et généralisations abusives, comme le relève le chercheur et écrivain Roland De Bodt. « Sauf rares exceptions liées à un isolement complet, aucune forme culturelle n’est simple ; elles sont toujours et toutes composées par l’assemblage d’éléments culturels hétéroclites. […] La culture française cristallise non seulement des apports culturels des traditions grecques, celtes et latines, mais encore — et de manière tout aussi significative et active — des apports culturels des traditions juives, perses, turques, slaves, africaines, berbères et arabes, etc. (…) Pratiquement aucune expression culturelle “originale” n’est à proprement parler une forme culturelle “originelle” ; toutes les cultures humaines sont des formes et des expressions construites, c’est-à-dire : nécessairement hybrides, croisées, stratifiées, empruntées, détournées, appropriées, métissées… »

Préférant réduire à une seule dimension des concepts complexes, la théorie du choc des civilisations ne tient pas compte de la construction objective de nos cultures. Pire, en analysant nos sociétés par le seul prisme religieux et de manière totalement biaisée, elle s’assied de toute son escroquerie sur la notion de libre arbitre. « La théorie du choc des civilisations pose comme postulat que l’appartenance principale à une religion prédétermine, unilatéralement pour les croyants, toutes les convictions morales, civiles et politiques, tous les actes, toutes les décisions auxquelles ils devront faire face, poursuit Roland De Bodt. Ainsi, elle ne reconnait aucune liberté individuelle aux adeptes des différentes religions. En cela, la théorie du choc des civilisations renoue avec les conceptions criminelles des totalitarismes du XXe siècle. On aura compris que ce nouveau modèle d’explication du monde restera sans démonstration vérifiable. Considéré sur le plan scientifique, il n’a aucune valeur : les thèses principales des auteurs sont fondées par des confusions entre cultures et religions, par des préjugés à l’égard des différentes populations de la planète, de leurs identités et de leurs cultures, par des procès d’intention — souvent méprisants — à l’égard des populations concernées et de leurs représentants. »

Eux, c’est nous

Fumeuse, la théorie du choc des civilisations voudrait donc nous faire croire que nous, les gentils Occidentaux, sommes attaqués par eux, les vilains barbares. Si le raisonnement du concept se joue autant des faits concrets, c’est pour masquer une dure réalité : eux, c’est nous. Des frères Kouachi aux fères El Bakraoui en passant par Salah Abdeslam ou Amedy Coulibaly, force est de constater que les terroristes qui ont perpétré des attaques en France et en Belgique ne sont pas des extraterrestres tombés du ciel ni même des barbares débarqués de contrées lointaines. Ce sont nos enfants, ils ont grandi parmi nous et nous renvoient en pleine figure la faillite d’un système. Combien de jeunes ayant trouvé leur place dans la société et promis à un bel avenir dans un monde en paix voudraient se passer une ceinture d’explosifs autour de la taille ? Ici, la question ne se pose pas. 40 % de chômage parmi les jeunes de Molenbeek. Ici, l’ascenseur social n’est pas en panne, il est en chute libre. Ici, le nombre de personnes dépendant de l’aide social a atteint un sommet historique. Tout comme le nombre de milliardaires. Ici, les écoles ne forment plus des esprits éclairés contre lesquels auraient pu se fracasser les prêches obscurantistes. Ici, les écoles trient, relèguent,reproduisent les inégalités sociales et habituent les enfants aux antidépresseurs. Ici, la laïcité ne met pas les citoyens sur un même pied d’égalité, quelle que soit leur appartenance religieuse. Ici, on ne se contente pas d’une France ou d’une Belgique laïque, on veut des Français et des Belges laïcs. Ceux qui ne suivent pas seront des citoyens de seconde zone. Ici, selon que vous portez le voile ou pas, vous n’aurez plus les mêmes droits. Ici, on rechigne à accueillir les familles qui fuient le chaos que nous avons semé. Ici, le monde est violent. Et cette violence nous revient en pleine figure. À la terrasse d’un restaurant à Paris. Dans une station de métro à Bruxelles.

Le complexe militaro-industriel en redemande

Eux, c’est nous. L’arnaque du choc des civilisations voudrait nous faire croire le contraire. On ne se pose pas de questions, on ne cherche pas vraiment de responsables. Ce n’est pas l’unique utilité de cette théorie boiteuse. En effet, depuis que les civilisations s’entrechoquent, les carnets de commandes des marchands d’armes débordent. Pendant plus de quarante ans, ils auront été alimentés par la guerre froide et la menace soviétique. Quand le Bloc de l’Est s’est effondré en 1991, on aurait pu croire que les chaînes de production ralentiraient la cadence. On aurait même pu espérer qu’elles s’arrêtent. Après tout, l’ennemi était vaincu. Et George Bush nous promettait un avenir radieux lors de son discours sur l’État de l’Union en 1992 : « Un monde naguère divisé en deux camps armés reconnaît aujourd’hui la prééminence d’une seule superpuissance : les Etats-Unis. Et il considère cela sans crainte. Car le monde nous confie le pouvoir — et le monde a raison. Il nous fait confiance pour être justes et mesurés, pour être du côté du respect. Il nous fait confiance pour faire ce qui est bien. »

Justes et mesurés. Vraiment ? « Tout au long de la guerre froide, la part de pouvoir dont disposait la Maison-Blanche sans qu’elle ait à en rendre compte n’a cessé de croître, rappelle l’historien britannique Perry Anderson. Entre l’époque de Truman et celle de Reagan, le personnel de la présidence a été multiplié par dix. Les membres du Conseil de sécurité nationale d’aujourd’hui — plus de deux cents personnes — sont presque quatre fois plus nombreux que du temps de Nixon, de Carter et même de Bush Senior. La CIA, qui s’est développée de façon exponentielle depuis sa création en 1949 et dont le budget a plus que décuplé depuis l’époque de Kennedy — quatre milliards de dollars en 1963 et quarante-quatre en 2005, en dollars constants — est dans les faits une armée privée à la disposition du Président et dont la taille demeure un secret. »

La disparition de l’ennemi soviétique n’a donc pas freiné la course à l’armement. L’ogre en voulait toujours plus. Dans son discours d’adieu en 1961, le président Eisenhower mettait déjà en garde contre l’influence injustifiée du complexe militaro-industriel. Depuis, l’ogre n’a cessé de grossir. Et personne ne semble prêt à l’arrêter. « La guerre froide s’est achevée sur un triomphe complet des Etats-Unis, poursuit Perry Anderson. Mais l’empire créé pour remporter la guerre n’a pas disparu avec elle pour revenir se fondre dans l’écoumène libéral de la vision idéologique duquel il était sorti. Les institutions et les acquis, les idéologies et les réflexes hérités de la lutte contre le communisme ont constitué un complexe historique massif avec sa dynamique propre, qui n’avait plus besoin de la menace soviétique pour continuer sur sa lancée. Des forces spéciales dans plus de cent pays partout dans le monde, un budget militaire plus important que celui de toutes les autres grandes puissances réunies, des dispositifs d’infiltration, d’espionnage et de surveillance tentaculaires, un personnel spécialisé affecté à la sécurité nationale, enfin et surtout un ensemble de théoriciens et d’analystes dont la seule mission était de réviser, de redéfinir, de développer, d’actualiser les objectifs de la grande stratégie — comment imaginer tirer un trait sur tout cela et en revenir aux sobres principes de 1945 ? »

Il a donc fallu justifier les dépenses toujours croissantes du complexe militaro-industriel qui, comme le souligne Diana Johnstone, a besoin d’une justification idéologique constante pour assurer sa domination : « Cette tâche visant à remplacer la “menace communiste” en perdition incombe largement aux “think tanks” de Washington, des instituts politiques à financement privé qui ont proliféré dans les années 70. (…) Le complexe militaro-industriel n’a pas de direction propre, aucune philosophie, aucune valeur morale ou idéologique. Il est simplement là comme un monstre qui a désespérément besoin d’être apprivoisé et démantelé par une mesure de sécurité publique planétaire. Mais au lieu de chercher des moyens de se débarrasser de lui, les intellectuels organiques du système lui inventent des tâches à effectuer. »

C’est là qu’entrent en piste nos néoconservateurs dont les cerveaux surchauffés ont accouché de la théorie du choc des civilisations. Avec justesse, Roland De Bodt y perçoit une vaste campagne publicitaire en faveur du complexe militaro-industriel. «  Infiniment, la publicité reconfigure les représentations culturelles qui hantent nos esprits. Elle corrompt les formes du raisonnement individuel. Elle conforme les besoins culturels collectifs aux nécessités du développement technologique — et surtout du développement économique — des industries au service desquelles elle opère. (…) En ce sens, le choc des civilisations n’est ni le dévoilement d’une loi intangible de l’Univers, ni le produit naturel de l’histoire accumulée des peuples, ni le résultat démontré de la recherche scientifique ; le choc des civilisations est, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’accomplissement le plus abouti de la pensée et de l’action publicitaires dans le monde. »

La solution, c’est nous !

Les commentaires récents sur les attentats de Bruxelles nous l’ont encore démontré, une question fondamentale n’est que trop rarement posée lorsque surviennent ce genre d’attaques : pourquoi ? Si d’aventure, certains tentent d’y répondre sur un plateau télé ou dans une conférence de presse, la théorie du choc des civilisations refait surface. Les méchants d’un côté, les gentils de l’autre. Et aucune analyse objective. Il faut rester dans l’émotion. La théorie du choc des civilisations joue ainsi sur nos peurs pour nous faire accepter la guerre contre le terrorisme sans jamais remettre son efficacité en question. Et pour cause, ce conflit dont on peine à percevoir la fin est avant tout destiné à alimenter les dépenses toujours plus faramineuses du complexe militaro-industriel. Alors que cet argent pourrait être utilisé à d’autres fins. En Belgique par exemple, le gouvernement multiplie les ballons d’essai en vue de sabrer la Sécurité sociale. Il prévoit par ailleurs de débloquer quinze milliards sur quarante ans pour acheter de nouveaux avions de combat. Pour faire la guerre, l’argent ne manque pas. Alors que ces guerres sont précisément à l’origine des attaques qui ont frappé Paris et Bruxelles. « Il est très facile de comprendre les causes, car les revendications des attentats nous le disent très clairement, mais nous refusons de l’écouter, commente Jacques Baud, ancien officier des Services de renseignements suisses. Les causes sont les bombardements que la coalition occidentale fait en Irak et en Syrie. Or, aucun expert ne les mentionne. (…) Après les attentats de Madrid en 2004, le nouveau gouvernement a décidé de se retirer de la coalition. L’Espagne est totalement sortie de la menace terroriste et ils n’ont plus eu d’attentat depuis. Leurs contingents en Irak avaient même été protégés par des milices irakiennes jusqu’à ce qu’ils quittent le territoire. »

Pourtant, nos dirigeants nous promettent toujours plus de guerre. C’est dans une Belgique encore endeuillée nationalement que le Premier ministre Charles Michel annonçait la reprise de la mission de ses F-16 contre l’Etat islamique en Irak, avec une possible extension à la Syrie. La guerre, toujours la guerre. « Une guerre totale, globale et d’une certaine manière, impitoyable », pour reprendre les mots de Manuel Valls qui, au micro de la BBC, envisageait de maintenir l’État d’urgence durant trente ans si cela était nécessaire. Après avoir touché le fond, nos gouvernements nous invitent à creuser encore. Jusqu’à quand ? Personne ne peut souhaiter perdre un proche dans un attentat. Pourtant, personne n’est à l’abri. L’ancien responsable du service antiterrorisme de la Sûreté de l’État, André Jacob, l’a reconnu sur le plateau de RTL-TVI, quelques heures après les attentats de Bruxelles : « On doit apprendre à vivre avec le risque de ce genre d’explosions. La multitude de jihadistes potentiels est telle qu’il est impossible de contrôler tout le monde. Malheureusement, on l’avait dit, on est peut-être parti pour une dizaine d’années avec cette menace terroriste. » Il convient dès lors de reconnaître objectivement et au-delà de tout clivage idéologique que la guerre contre le terrorisme lancée il y a bientôt quinze ans brille par son inefficacité. Pourtant, nos dirigeants entendent poursuivre sur la même voie, cette voie qui a créé des conditions propices à l’émergence du terrorisme. Le chaos au Moyen-Orient, l’exclusion sous toutes ses formes en Europe.

La bataille pourrait sembler perdue d’avance. C’est oublier que nous avons le pouvoir de changer les choses. En effet, quand les responsables de l’Otan déclenchent une guerre, ils s’évertuent à avancer toutes sortes prétextes. Quand nos gouvernements démantèlent la Sécurité sociale, ils s’échinent à nous convaincre qu’il n’y a pas d’alternatives. Et pour justifier les dépenses du complexe militaro-industriel, les politiques jouent sur nos peurs. Si ça n’en a pas l’air à première vue, c’est finalement une bonne nouvelle. Tous ces efforts pour convaincre l’opinion publique prouve en effet que nos dirigeants ne peuvent pas agir comme bon leur semble, sans tenir compte de notre avis. Plutôt que de foncer dans le mur, nous pouvons montrer la voie. À nous de nous mobiliser pour 1. exiger de vrais débats sur les origines du terrorisme, 2. empêcher les guerres au profit de solutions politiques, 3. renflouer les budgets de l’éducation au détriment du complexe militaro-industriel et 4. revendiquer une meilleure réparation des richesses afin d’offrir des perspectives d’avenir plus radieuses que l’austérité. « La lutte et la révolte impliquent toujours une certaine quantité d’espérance, tandis que le désespoir est muet », écrivait Baudelaire. Si l’on ne veut pas multiplier à l’infini les minutes de silence pour les victimes du terrorisme, il est temps de se faire entendre.

Source : Investig’Action

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Le rapprochement entre Téhéran et Ankara, vu par le Hezbollah

26 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La Turquie, #La France, #Terrorisme, #Daesch

Publié par Jean Lévy

 

 

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars

COMITE VALMY

par Scarlett HADDAD (OLJ)

 

près la visite qualifiée de très importante du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu à Téhéran le 5 mars, c’est au tour du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Jawad Zarif de se rendre à Ankara aujourd’hui. Ces développements interviennent au moment où des groupes kurdes en Syrie ont annoncé la création d’un canton indépendant dans la région de Hassaké dans le nord de la Syrie et où les tensions sont extrêmes entre dirigeants turcs et russes. Dans ce contexte complexe et tendu, comment faut-il interpréter l’intensification des contacts entre Téhéran et Ankara ? La question est importante surtout qu’il est de plus en plus question, dans les coulisses diplomatiques, de changement dans les cartes de la région.

 

Une source proche du Hezbollah révèle à ce sujet que lors de la visite du Premier ministre turc à Téhéran, un dirigeant iranien aurait eu ce commentaire en parlant d’Ahmet Davutoglu : « Ce n’est plus l’homme que nous connaissons ! » Cette source confie que les dirigeants iraniens ont été surpris par l’attitude inattendue du dirigeant turc qui se voulait conciliant à l’extrême, prêt à faire des concessions pour aboutir à des ententes pour préserver la stabilité de son pays. La même source rapporte aussi, en citant les dirigeants iraniens, que le Premier ministre turc a souhaité effectuer cette visite en Iran pour exprimer la crainte de son pays de la menace que représente l’action du PKK et ses attentats terroristes à l’intérieur de la Turquie ainsi que la proclamation éventuelle d’un État kurde indépendant en Syrie. Ahmet Davutoglu aurait ainsi évoqué l’existence de cellules dormantes du PKK à l’intérieur de son pays que l’État ne parvient pas à identifier et à démanteler. Tout en évoquant sa crainte d’une déstabilisation interne de la Turquie et en précisant que dans certaines régions du pays, notamment les provinces à majorité kurde, c’est presque déjà les prémices d’une guerre civile qui ne dit pas son nom, le Premier ministre turc aurait demandé une plus grande coopération avec l’Iran. Les dirigeants iraniens se seraient d’abord contentés de demander à leur interlocuteur turc ce qu’il propose, sachant que le dossier syrien reste un grand sujet de conflit entre les deux pays. Finalement, les deux parties ont trouvé un terrain d’entente en déclarant leur appui à l’unité territoriale et institutionnelle de la Syrie.

 

Pour les Turcs, c’est une question très sensible parce qu’elle porte sur le refus de la création d’un État kurde. Au début de la crise syrienne, Ankara avait mis le paquet pour installer une zone tampon dans le nord de la Syrie qui serait une province sous leur influence et qui leur permettrait de peser et d’intervenir dans les décisions syriennes. Les deux millions de réfugiés syriens ont été accueillis en Turquie dans le but d’être réinstallés dans cette zone tampon, qui serait limitrophe de la région kurde de Syrie et, par conséquent, permettrait aux forces syriennes alliées à la Turquie d’attaquer en permanence les Kurdes et en tout cas de les contrôler. Le projet turc s’est toutefois heurté à la résistance des Kurdes et à l’appui qui leur a été accordé par les Américains lors de la bataille de Kobané. Malgré cela, les Turcs ont maintenu leur plan et c’est dans cette perspective qu’ils ont abattu un avion russe qui survolait le nord de la Syrie à la frontière avec la Turquie. Le plan des dirigeants turcs était donc d’adresser un message clair à la Russie que cette région était leur chasse gardée. Mais ils ont provoqué une réaction contraire chez les dirigeants russes qui ont depuis décidé d’intervenir militairement en Syrie pour mettre un terme « aux appétits » turcs dans ce pays. Aujourd’hui, non seulement le projet turc de créer une zone tampon dans le nord de la Syrie n’est plus envisagé, mais c’est désormais la Turquie qui craint plus que tout un démantèlement de la Syrie qui favoriserait la naissance d’un État kurde.

 

Ahmet Davutoglu aurait donc insisté sur ce point avec ses interlocuteurs iraniens qui auraient à leur tour évoqué la nécessité de maintenir le régime actuel en Syrie et le président Bachar el-Assad en personne pour la période transitoire. À la grande surprise des Iraniens, le Premier ministre turc se serait montré compréhensif, ajoutant toutefois que son pays serait prêt à fermer les yeux sur ce fait à condition que les Iraniens ne lui demandent pas de l’annoncer publiquement.

 

Selon la source proche du Hezbollah, les Turcs auraient promis même d’être plus fermes à leur frontière avec la Syrie avec les combattants de l’opposition et de mieux contrôler l’afflux d’armes vers la Syrie, et de pétrole (dans les régions sous le contrôle de Daech) vers la Turquie, souhaitant toutefois ne pas être amenés à faire des déclarations dans ce sens car cela poserait un problème avec leur opinion publique et mettrait en cause la cohérence de leur politique et leur crédibilité. Mieux encore, les Turcs auraient même promis de tenter d’intervenir auprès des Saoudiens pour les pousser à nouer un dialogue constructif avec l’Iran, comme d’ailleurs l’avait suggéré le président américain aux dirigeants du royaume et comme il compterait le répéter au cours de sa visite à Riyad annoncée pour le mois prochain.

 

De leur côté, les dirigeants iraniens auraient promis de tenter une médiation auprès des Russes pour faire baisser la tension entre Moscou et Ankara, sachant que le principal point de l’entente entre les Américains et les Russes au sujet de la Syrie porte sur la volonté d’éviter toute partition de ce pays, même s’il faut pour cela briser le rêve kurde d’instaurer un État indépendant...

 

Scarlett HADDAD
19 mars 2016

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Savvas Kalèdéridès: La Turquie est la responsable du bain de sang à Bruxelles – En voici la preuve!

25 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La Turquie, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch, #ISIL

23/3/16

Savvas Kalèdéridès: La Turquie est la responsable du bain de sang à Bruxelles – En voici la preuve!

 
 
 
L’éditorial du quotidien turc Star, qui constitue l’un des  porte-paroles accrédités d’Erdogan, intitulé La Belgique Pays-Terroriste. Pour les sceptiques, il a été publié hier matin, le 22 Mars 2016, peu de temps avant que les bombes explosent à Bruxelles
 
Tout terroriste choisissant sa cible, veille également à passer son message pour justifier son action.
En sus, la plupart du temps c’est ce message qui intéresse les terroristes et non pas l’ampleur de la catastrophe que va provoquer leur acte terroriste.
Et cela car toujours, étant donné qu'ils se sentent exclus des médias conventionnels, par le biais d'un acte terroriste, par leurs proclamations, par la publicité qui en est donnée, ils trouvent l’occasion d’entrer sous le feu des projecteurs, au centre du débat et de l’opinion publique à qui ils s’adressent.
 
Dans le cas du double attentat terroriste à Bruxelles, il pourrait y avoir d'autres messages liés à l'existence même de l'UE, mais le message CENTRAL était que le gouvernement belge refusait de prendre en considération les avertissements et démarches répétées du gouvernement turc et des groupes étatiques et para-étatiques, incluant également aujourd’hui toute la presse turque.
Erdogan en personne, alors que se tenait le sommet UE conjointement avec le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, faisait une attaque violente contre l'UE parce qu’elle héberge et soutient les organisations du Mouvement de Libération Nationale Kurde. 

Le quotidien Star, un porte-parole accrédité par Erdogan publiait son éditorial le 22 Mars 2016, jour-même des attentats de Bruxelles, sous titre intitulé « La Belgique Pays-Terroriste » et des photos montrant des Kurdes qui ont dans leurs mains des drapeaux du Rojava, l'état autonome qui s’est établi dans le Nord de la Syrie, et qui constitue une menace majeure pour la Turquie elle -même.
 
Dans ce même journal, sont publiées des menaces d'Erdogan envers la Belgique elle-même et bien sûr aussi dans les articles pertinents du journal.
Dans l’édition d’aujourd’hui, le journal Star circule à nouveau avec une édition spéciale intitulée « le serpent que nourrissait la Belgique en son sein,  l’a mordue elle-même », avec des références vastes et claires à la présence de membres du Mouvement de Libération Nationale Kurde et la protection dont ils jouissent de la part de l'État belge, au cas où les Belges ne comprendraient pas le message de l'attaque terroriste.
 
De plus, À La Une aujourd’hui du journal islamiste Akita , un des organes guide du Parti de la Justice et du Développement, le même titre que le journal Star et la photo, pour le cas ou le message n’aurait pas été bien reçu par les Belges, ne manque pas de montrer les photos d'un politicien kurde ancien député, Zübeyir Aydar, l’un des dirigeants du Mouvement de Libération Nationale Kurde et Fehriye Erdal, accusée du meurtre de Cabadzi, qui résident tous deux en Belgique. Cette… édition spéciale, est titrée « Supporter des terroristes en Belgique ».
 
Dans son article d’aujourd’hui intitulé « Celui qui dort avec le terrorisme, se réveille avec lui », Khanty Ozisik, le chroniqueur principal du journal électronique de la foi en Erdogan internethaber.com, déclare mot pour mot: 

Le gouvernement qui dirige ce pays, en dépit des protestations et des objections de la Turquie, autorise et permet au PKK de faire sa propagande. Il n’a pas dit un mot lorsque le PKK montait ses tentes et organisait des rassemblements avec ses militants. D'autre part, le gouvernement belge, en soutenant les Forces de Défense  Populaire* (YPG), qui sont considérées comme le plus grand ennemi de l' «État Islamique» en Irak et en Syrie, a agi comme s’il disait aux djihadistes "Venez-me mettre des bombes ". 

Il y a d'autres documents et éléments, tout comme pour les attentats en France, lesquels ont eu lieu également afin de passer le message à Hollande qui avait accueilli à Paris, à l’Élysée, les dirigeants du YPG en uniformes militaires.

Ne prêtez pas attention à qui sont les terroristes et au groupe auquel ils appartiennent. La Turquie constitue un allié stratégique de l'ISIS et est en mesure de passer «contrat» directement à son équipe dirigeante et à partir de là, commence le processus inverse et le compte à rebours. 

J'espère que le premier ministre (ndt. grec) et les ministres de son gouvernement liront et analyseront tout cela, alors que par leurs actions ils ont livré notre pays en otage entre les mains de la Turquie et s’ils ne se réveillent pas, se retrouveront devant des évènements qu’ils ne sont pas à même d’imaginer. 

* Les Forces de Défense Populaire (YPG), est l'armée qui fût mise en place sur instruction d'Abdullah Ocalan en Rojava (Syrie du N.), qui a vaincu les djihadistes et a libéré tous les territoires habités par des Kurdes en Syrie. Elle constitue un ennemi et une menace majeure pour la Turquie, du fait qu’elle a gagné la confiance et l'alliance des États-Unis et est la force motrice de la fondation du deuxième État kurde dans la région.
 
 
Traduction Christian Haccuria, Athènes, le 23 mars 2016.

 
 
 
 
 
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40 ans après le coup d’Etat en Argentine, la provoc’ d’Obama

25 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #La mondialisation, #Les transnationales, #La guerre, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Terrorisme, #le nazisme

40 ans après le coup d’Etat en Argentine, la provoc’ d’Obama

Cathy Ceïbe
Jeudi, 24 Mars, 2016
Humanite.fr

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AFP

Le président des États-Unis est à Buenos Aires. Sa visite officielle coïncide avec le triste anniversaire de la dictature aux 30.000 morts et disparus. Le locataire de la Maison blanche ne pipe mot de la complicité de Washington.

A Cuba, Barack Obama a été très volubile en matière de droits de l’homme. Mais à Buenos Aires, où il est arrivé mercredi, le président des États-Unis s’est montré beaucoup moins loquace. Du côté des organisations argentines des droits de l’homme, en revanche, sa visite officielle est vécue comme un affront à l’heure où elles commémorent une date funeste. Il y a 40 ans, le 24 mars, un coup d’État instaurait une sanglante dictature militaire (1976-1983) qui s’est soldée par 30.000 assassinats et disparitions forcées. La torture et la répression à l’encontre des militants politiques de gauche étaient la norme dans le cadre du plan Condor, cette internationale du terrorisme d’État menée par les despotes régionaux avec la complicité de la CIA. Interpellé sur le rôle de Washington dans ces tragiques événements, Barack Obama a cru pouvoir s’en tirer à bon compte en déclarant doctement : « J’ai passé beaucoup de temps a étudié l’histoire de la politique extérieure des États-Unis (...) Il y a des moments de grande gloire et d’autres qui ont été contraires à ce que je crois que doit représenter l’Amérique. Dans les années 70, il y a eu une maturation, les droits de l’homme sont devenus aussi important que la lutte contre le communisme », a-t-il osé clamer. L’homme peut-il ignorer à ce point que le bureau ovale et les tortionnaires du sud-continent marchaient de concert pour écraser les démocrates et les progressistes au nom de la lutte contre la « subversion marxiste » en vue de préserver les intérêts nord-américains dans la région et d’instaurer le modèle économique néolibéral que l’on sait ? Pas l’ombre d’un pardon donc ni encore moins le début d’une auto-critique digne de ce nom. Le locataire de la Maison blanche s’est contenté de rappeler que dans un futur proche des documents de l’armée états-unienne de l’époque allaient être déclassés et ce, a-t-il pris soin de préciser, dix ans avant la date légale. Mais cette annonce a fait un flop face à la polémique. Deux grandes manifestations doivent avoir lieu ce jeudi dans la capitale et les principales villes au nom de la «vérité et de la justice» mais pas seulement… « Je veux faire part de ma plus intense répudiation (...) contre le fait qu’Obama se rende au Parc de la mémoire. C’est une offense à tous les gosses dont les photos se trouvent là-bas et qui sont morts assassinés et torturés à cause de ce pays. Comment pouvons-nous le laisser entrer dans ce lieu?», a tancé Hebe de Bonafini, la présidente de la célèbre association des Mères de la place de Mai. « Nous marchons contre Obama et contre Macri, et particulièrement contre les licenciements», a-t-elle résumée. Le président Mauricio Macri, dont Barack Obama s’est « impressionné par les cent premiers jours de gouvernance », est à l’initiative de près de 42.000 licenciements de salariés des secteurs public et mixte. Des fonctionnaires que cet ultralibéral décomplexé a taxé de « gnocchi» parce qu’ils ne travailleraient pas. Il a également fait fermer des chaînes de télévision, des stations de radio et supprimer des programmes en s’attaquant à la loi de services de communication, pourtant garante de la démocratisation de ses moyens. Des militants ont été arrêtés. Et les manifestations sont désormais matées renouant ainsi avec la culture répressive que la junte militaire a imposée dans toutes les sphères de la société. Sur le plan économique, la situation est des plus tendues. Quant aux droits de l’homme, que Barack Obama prétend défendre sur tous les fronts y compris de guerre dont il est à l’origine, ils sont eux aussi sur la sellette. Alors que la justice argentine a été à l’avant-garde, en inculpant et condamnant les plus hauts dignitaires de la junte militaire, le gouvernement de Mauricio Macri entend revenir sur ces avancées, en préconisant la prison domiciliaire pour les auteurs de crime, comme l’a dit il y a une semaine le secrétaire chargé aux Droits de l’homme, Claudio Avruj. « Allons-nous devoir une fois de plus cohabiter avec ceux qui ont massacré nos enfants ? (…) Nous sommes écœurées, mais nous comprenons maintenant pourquoi Obama vient (en Argentine). Il vient et doit trouver le pays bien propret », a dénoncé une fois encore l’association des Mères de la place de mai. C’est peu dire qu’aux yeux des organisations des droits de l’homme, le président Barack Obama est persona non grata.

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Bruxelles au centre de la stratégie de la terreur, par G.Chiesa

24 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #Les transnationales, #La Turquie, #La mondialisation, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #Terrorisme, #Daesch, #l'immigration

Publié par Jean Lévy

Bruxelles au centre de la stratégie de la terreur, par G.Chiesa

Ce nouveau massacre à Bruxelles, avec des actions terroristes aussi coordonnées que sanguinaires, c’est-à-dire avec des bombes à forte puissance et non des kamikazes, ressemble fort à la poursuite d’un plan bien précis.

Mais de qui ? Et contre qui est-il dirigé ? Personne ne sait qui est le sancta santorum, le chef d’orchestre qui se cache derrière ce chaos, et donc, toutes les hypothèses sont aussi irrecevables les unes que les autres. Ceux qui avancent immédiatement l’hypothèse d’une "riposte" de Daesh à la capture du dernier terroriste survivant des attentats de Paris en novembre dernier ne font que se ridiculiser. Une petite frappe comme ce Salah, depuis longtemps sous la surveillance des services secrets,… impliqué par le passé dans le trafic de drogue et de prostituées dans la maison de passe dénommée "La Béguine" située dans le quartier de Molenbeek, et qui réussit à passer sans encombre au travers de 4 contrôles de police avant d’aller se réfugier dans ce même quartier où il a toujours vécu, ce type ne peut être pas le cerveau de quoi que ce soit. Ces attentats étaient prévus depuis longtemps, par je ne sais quel organe spécialisé dans la provocation de grande envergure.

Contre qui ? Ces bombes sont la continuation des attentats de Paris en 2015 : Charlie Hebdo et le Bataclan. Et aussi de ceux d’Ankara, contre les touristes allemands. Ils font également suite à la mise en scène de Cologne, et au fleuve de réfugiés qui nous inonde.

Procédons par ordre : ces attentats nous visent, nous, les peuples d’Europe. Le but est de réduire nos libertés, et notre capacité à répondre aux forfaits des puissants. En fait, le premier résultat sera, sans aucun doute, la suspension de toutes les garanties démocratiques. Ça a déjà commencé en France, et maintenant ce sera au tour de la Belgique. Et ensuite, avec quelques attentats supplémentaires, celui de l’Italie, si par hasard nous renâclions à entrer en guerre en Libye.

Mais nous, les Italiens, sommes probablement les plus difficiles à berner, car nous avons déjà connu la période des années de plomb et de la stratégie de la tension. Et cela nous a enseigné comment ne pas tomber dans le piège qui consiste à regarder le doigt plutôt que la Lune. Si on nous dit "Daesh", nous nous méfions. Il est possible que ce soit "aussi" Daesh, mais ce dernier est seulement l’instrument, le bras armé, mais certainement pas le cerveau. Ce sont là des bombes contre "l’Europe des Peuples", pour la transformer en annexe de l’Empire, et la pousser toute entière à la guerre, lui passer la muselière, même aux plus récalcitrants. L’avertissement vaut pour tous, pas seulement pour les Bruxellois.

Qui est derrière tout ça ? Impossible de le savoir. Mais une chose est sure : les services secrets européens, tous sans exception, à plus ou moins grande échelle, ne sont que des filiales contaminées par d’autres services secrets. Ou plus probablement, par certains secteurs, certaines branches de services secrets étrangers. Rappelez-vous le superbe film prophétique de Sydney Pollack : "Les 3 jours du Condor".

C’est pour cette raison qu’ils ne trouvent, et ne trouveront, rien : ils ne sont pas en mesure d’enquêter efficacement. C’est pour ça que nous devons retrouver notre souveraineté, et changer ces gens. Changer ceux qui nous gouvernent, et qui mènent l’Europe droit dans le mur, avec des personnes nouvelles, moins lâches et plus visionnaires. Sinon ils nous cuiront à feu doux, avant de nous transformer en esclaves.

Giulietto Chiesa

Source : SputnikNews,

mardi 22 mars 2016

Traduction : Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

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Le Donbass en Belgique et la guillotine pour les islamistes. Par Alexandre Artamonov.

24 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #Europe supranationale, #La Turquie, #Ukraine, #AMERIQUE, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Terrorisme, #Daesch, #le nazisme

Le Donbass en Belgique et la guillotine pour les islamistes. Par Alexandre Artamonov.

Le Donbass en Belgique et la guillotine pour les islamistes. Par Alexandre Artamonov.

Le 23 mars 2016

Lorsque ça a tonné en Belgique, la réaction des politiciens européens a été plus qu’attendue quoique fortement désorganisée. Jacques Myard, bien sûr, s’est expliqué sur le fait qu’il ne fallait pas appliquer des règles républicaines, celles de la démocratie occidentale, aux islamistes pourris venus du Tiers-Monde. François Hollandese veut fort dans ses actes au nom du mandat présidentiel. Angela Merkel, elle, emboîte le pas en jurant fidélité au sacré-saint dogme de la modernité occidentale, à savoir égalité de tous et démocratie contre vents et marées. Les autres comédiens de la vieille avant-scène occidentale sont parfaitement prévisibles à travers leurs paroles et leurs agissements.+

Un sentiment d’un fatigant déjà-vu s’installe de plus en plus et commence à faire place à un désespoir abyssal. A vrai dire toute ma vie je n’entends que les mêmes cantiques que l’on me rabâche, depuis trente ans au moins. Quoi qu’il arrive, quelle que soit la conjoncture économique, sociale, sociétale ou internationale, nous allons rester fidèles et obéissants aux pères fondateurs de la démocratie d’un autre âge… Et tant pis si la vie n’est pas à l’avenant. Nous allons tout faire pour que les moutons de Panurge composant notre troupeau européen ne se réveillent jamais. En tout cas pas avant qu’ils ne se retrouvent en côtelette au fond de l’assiette de DAESH.+

Les jeux sont faits, les bons et les méchants nommés. Et le matraquage idéologique si fort que le chef de sécurité ukrainienne Gritsak a tout de suite désigné sans broncher les vrais coupables des explosions à Bruxelles. C’est, bien sûr, Moscou !!! Il est vrai que quelques heures plus tard, le premier- ministre russe Mledvedev a répondu en traitant cet Ukrainien d’idiot et le chef du Conseil de Sécurité de Russie a fait de même : il a appelé Gritsak « un simple d’esprit ». Cependant, la réaction du laquais Gritsak est programmé par ses chefs occidentraux : quoi qu’il advienne le vrai coupable sera toujours Moscou ! Même si les extra-terrestres attaquaient…+

Pour moi, cela prouve de façon indélébile que l’Europe a vécu et qu’elle est apparentée à l’Union Soviétyique la veille de sa disparition à l’aube des années 90. A cette époque, les vieux princes du Kremlin croyaient l’Occident coupable de n’importe quelle mésaventure qu’il leur arrivait. L’idéologie était figée et les cartes battues depuis belle lurette. A l’instar des Bolcheviques disparus, les technocrates fossilisés de Bruxelles filent vraiment du mauvais coton. Non seulement ils sont en retard de plusieurs guerres mais, qui plus est, ils ne savent que lancer des représailles contre leurs propres citoyens. L’Occident d’aujourd’hui a vraiment l’air d’un cadavre parfumé qu’il est grand temps d’enterrer et les islamistes ne font que jouer aux croque-morts.+

Réfléchissez-y par vous-même ! Au lieu de lancer des razzias, armer l’Europe, instaurer l’état d’urgence et le couvre-feu, remonter les filières terroristes et réinsérer la peine capitale dans le Code Pénal, les politichiens s’amusent à pactiser avec l’ennemi turc à la Marie-Antoinette. C’est que les Turcs ont bien voulu parquer le surplus de migrants chez eux en échange du droit de libre circulation pour leurs citoyens§ En plus, ils appliquent le prorata d’un immigré syrien légalisé en Europe Occidentale contre trois renvoyés en Turquie.+

Mais on se moque vraiment de tous et de toutes ! Les Turcs auront vite fait de délivrer des papiers en bonne et due forme à tous les voyous de l’Asie Mineure qui ont leurs mains trempées dans le sang chrétien. Si vous vous en doutez, souveznez-vous que les mêmes Turcomans c’est à dire Turs ethniques ont combattu en Syrie contre les troupes d’Assad en dévastant les contrées syriennes proches de leur Mère-Patrie ! Et ensuite les mêmes immigrés débarqueront en Europe mais cette fois-ci avec un statut légal. J’allais oublier qu’Erdogan touchera aussi un joli magot de plusieurs milliards d’euros pour avoir conclu ce pacte avec la Communauté Européenne.+

Il ne faut être ni Harry Potter ni Madame Soleil pour comprendre que ces millions d’immigrés mus par la force religieuse et animée par 5 mille islamistes combattants qui ont déjà pris racine en Europe, sauront passer au fil de l’épée tous les résistants locaux. Et la police européenne les aidera au nom de la paix et de la justice sociale !+

Ce qui est tout à fait féerique c’est le silence des agneaux, car les citoyens se taisent. C’est pour cette raison que je veux que le scénario de Donbass éclose en Europe. Le jour où les Européens comprendront qu’ils n’ont qu’une seule voie de salut, c’est-à-dire prendre les armes contre les envahisseurs et les chasser de leur Patrie, ce jour-là on verra de nouveaux De Gaulle , De Lattre de Tassigny et Juin ! Mais pas avant, car les héros n’apparaissent pas dans les abattoirs !+

Il faut commencer par sortir de prostration et torpeur et ne plus être traités en troupeau docile et silencieux ! Et il faut, avant toute autre chose, faire renaître la guillotine contre les terroristes !+

Alexandre Artamonov, Radio Radonezh.ru

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Guerres hybrides : 2. Testons la théorie en Syrie et en Ukraine

23 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #Europe supranationale, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Ukraine, #Terrorisme, #le nazisme, #Daesch

Guerres hybrides :
2. Testons la théorie en Syrie et en Ukraine


Par Andrew Korybko (USA) – Le 11 mars 2016 – Source Oriental Review

Hybrid Wars 2. Testing the Theory – Syria & Ukraine

Le livre de l’auteur, Les guerres hybrides: L’approche adaptative indirecte pour un changement de régime, fait bien sûr état du fait que la Syrie et l’Ukraine sont les premières victimes de la guerre hybride des États-Unis ; mais la portée de l’article est d’exprimer la façon dont les innovations mentionnées dans la partie 1, et qui ne figurent pas dans la publication originale, ont été importantes tout au long du jeu. Le but est de prouver que les facettes nouvellement découvertes peuvent parfaitement être imbriquées dans la théorie générale et utilisées pour améliorer ensuite sa compréhension et pour permettre aux observateurs de se projeter plus précisément vers les futurs champs de bataille sur lesquels les guerres hybrides sont les plus susceptibles d’être menées.


Cette partie de la recherche suit donc le modèle théorique qui vient d’être exposé. Elle est élaborée à partir des déterminants géostratégiques et économiques qui étaient derrière les guerres en Syrie et en Ukraine, avant d’aborder les vulnérabilités structurelles socio-politiques que les États-Unis tentent d’exploiter avec des degrés de succès divers. La dernière partie incorpore l’idée d’un pré-conditionnement social et structurel et explique  brièvement comment il était présent dans chaque situation.

Déterminants géostratégiques

Syrie :

La République arabe traditionnellement laïque a été aspirée dans un schéma de Révolution de couleur théâtralisée par les États-Unis lorsque les printemps arabes ont été déclenchés en 2011. Pour résumer succinctement les fondements stratégiques de cette grandiose opération, le concept était pour les États-Unis d’aider la clique transnationale des Frères musulmans à arriver au pouvoir de l’Algérie jusqu’à la Syrie via une série d’opérations de changement de régime synchronisées contre des États rivaux (Syrie), des partenaires non fiables (Libye), et des États satellites stratégiques concernés par d’inévitables transitions de souveraineté (Égypte, Yémen). L’environnement stratégique résultant était censé rejouer la Guerre froide en Europe de l’Est, avec chacun des États dirigé par le même parti (les Frères musulmans à la place du Parti communiste) et contrôlé par procuration par un mécène externe, dans ce cas une copropriété conjointe présidée par la Turquie et le Qatar avec les États-Unis en sous-main.

Syrians rally in Damascus in support of President Bashar al-Assad, October 2011
Syriens à Damas ralliés à l’appui du président Bachar al-Assad, octobre 2011

Cette confédération idéologique vaguement organisée aurait été suffisamment disjointe pour être gérable via des tactiques simples de diviser pour mieux régner (empêchant ainsi à jamais toute organisation indépendante de l’Arabie saoudite et des États du Golfe), mais facile à provoquer dans une haine sectaire afin de la mobiliser contre l’Iran et ses intérêts régionaux, ce qui en aurait fait un outil extrêmement flexible pour la promotion de la grande stratégie américaine au Moyen-Orient. Compte tenu des origines chaotiques de ce gambit géopolitique, il a été prédéterminé que des éléments de celui-ci pourraient ne pas se réaliser selon le plan et que seule une réalisation partielle de ce projet pourrait se produire réellement au cours de la première tentative – ce qui est précisément ce qui est arrivé lorsque le peuple syrien a résisté au défi de cet assaut de guerre hybride contre lui et a courageusement combattu pour la défense de son État à la longue civilisation séculière.

On peut affirmer que la Syrie a toujours été considérée comme l’objectif le plus stratégique de tous les États affectés par les printemps arabes, et ceci est prouvé par près de cinq ans de guerre hybride désespérée que les États-Unis ont déclenchée contre elle en réponse à sa première tentative de changement de régime, qui a échoué. En comparaison, l’Égypte, l’État arabe le plus peuplé, a seulement dû faire face à un bas niveau de terrorisme (géré par le Qatar) dans le Sinaï,  depuis qu’il a renversé le gouvernement des Frères musulmans imposé par les Américains. La raison de cet écart flagrant d’importance par rapport aux grands objectifs stratégiques américains est attribuable aux déterminants géo-économiques derrière la guerre contre la Syrie. Ils seront exposés plus bas.

Ukraine :

Les déterminants géostratégiques derrière la guerre en Ukraine sont beaucoup plus simples que ceux derrière la guerre contre la Syrie, et ils ont la plupart du temps déjà été décrits dans la partie 1 en parlant du stratagème du Revers Brzezinski, un piège géopolitique. Une partie de la motivation derrière le renversement du gouvernement ukrainien, inaugurant les pogroms anti-russes qui ont suivi, était d’attirer la Russie dans un piège interventionniste comme en 1979 en Afghanistan ; la guerre contre le Donbass était l’incarnation de cette tentative. Washington n’a pas réussi à atteindre son objectif à cet égard, mais il a beaucoup plus réussi à transformer l’ensemble du territoire de l’Ukraine en arme géopolitique contre la Russie.

Political map of Ukraine before the coup d'etat of February 2014.
Carte politique de l’Ukraine avant le coup d’État de Février 2014.

Le célèbre aphorisme de Brzezinski veut que «sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire eurasien», cependant il avait une conception toute différente à l’esprit quand il l’a énoncé (sa pensée était que la Russie allait essayer de «re-soviétiser impérialement» la région). Géopolitiquement parlant, sa citation contient beaucoup de vérités fondamentales. La sécurité nationale de la Fédération de Russie est dans une large mesure déterminée par les événements en Ukraine, en particulier en ce qui concerne sa large périphérie occidentale et un gouvernement hostile à la Russie, à Kiev, qui serait prêt à héberger une infrastructure de défense antimissile américain (ce qui est un doux euphémisme pour augmenter les chances des États-Unis de neutraliser la capacité de seconde frappe de la Russie et donc de se mettre dans une position de chantage nucléaire), constituerait une menace stratégique majeure. Pour reformuler Brzezinski et rendre sa citation plus précise objectivement, «si l’Occident réussit à manipuler l’Ukraine pour en faire un ennemi à long terme de la Russie, alors Moscou serait confronté à un obstacle géopolitique majeur face à ses ambitions multipolaires futures».

Le scénario catastrophique de l’Ukraine hébergeant des unités de défense antimissile de l’OTAN ou des États-Unis n’a pas encore joué à plein, mais le pays en est encore à faire des petits pas vers une adhésion à l’OTAN comme membre associé, ce qui revient à en faire partie de fait, sans garanties mutuelles formelles de défense. L’augmentation de la coopération militaire entre Kiev et Washington et, par extension, entre l’Ukraine et le bloc atlantiste, est fondée sur une manœuvre agressive contre les intérêts stratégiques russes. Néanmoins, la situation n’est pas aussi mauvaise qu’elle aurait pu l’être, puisque les planificateurs stratégiques américains avaient naïvement supposé que le Pentagone aurait déjà eu le contrôle de la Crimée pour maintenant, et auraient donc été en mesure de positionner leurs unités de défense antimissile et autres technologies déstabilisatrices directement aux portes de la Russie. L’erreur ultime dans la conception de l’Occident au cours des préparatifs de cette guerre hybride, a été de penser que la Russie reculerait sans défendre ses intérêts civilisationnels, humanitaires et géostratégiques en Crimée (ou que si elle le faisait, elle serait attiré dans un bourbier de type Revers de Brzezinski), qui, comme l’atteste l’histoire aujourd’hui, a été une erreur de calcul épique, parmi les pires que les États-Unis aient jamais faites.

Déterminants Géo-économiques

Syrie :

La Syrie est très importante du point de vue de la grande stratégie américaine, car elle était censée être le terminal final pour le Pipeline de l’Amitié partagé entre elle, l’Iran et l’Irak. Cet itinéraire du gaz aurait permis à l’Iran d’accéder au marché européen et d’annuler complètement le régime de sanctions que les États-Unis avaient construit contre lui par le passé. Concomitamment avec ce projet, il y avait un projet concurrent mené par le Qatar pour envoyer son propre gaz à travers l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie vers l’UE, que ce soit par le biais de GNL [Gaz liquéfié, NdT] ou en direct via la Turquie [et la Grèce, NdT]. Le Président Assad a astucieusement rejeté la proposition du Golfe par fidélité de longue date de son pays avec l’allié iranien. La guerre menée contre la Syrie après la guerre hybride du printemps arabe a été soutenue très violemment par les États-Unis et les États du Golfe, spécifiquement dans le but de punir le pays pour son refus de devenir un satellite unipolaire.

"Friendship Pipeline" is labelled "Islamic Pipeline" on this chart.
« Le Pipeline de l’Amitié » est étiqueté «Pipeline islamique» dans ce tableau.

S’il avait été terminé, le Pipeline de l’Amitié aurait été l’un des plus importants projets conjoints multipolaires transnationaux du monde, l’un des plus importants corridors transnationaux, et il aurait révolutionné la géopolitique régionale en fournissant une énergie et un couloir  d’investissement reliant l’Iran à l’UE. Il aurait donc entraîné une modification significative de l’équilibre du pouvoir au Moyen-Orient et joué au détriment absolu des États-Unis et de ses alliés du Golfe. Comprenant la menace aiguë que le Pipeline de l’Amitié posait à leur domination hégémonique depuis des décennies sur la région, les États-Unis se sont engagés à faire en sorte que le projet ne se matérialise jamais, peu importe comment. Cela explique une des raisons partielles derrière la création d’ISIS, le distributeur de claques au milieu de la zone de transit prévue. Vu sous cet angle, le jeu des  États-Unis devient beaucoup plus clair : pourquoi ils ont fait une priorité de la déstabilisation de la Syrie et non de l’Égypte, et pourquoi ils sont prêts à jeter d’innombrables ressources dans cette entreprise, y compris organiser une coalition mondiale par procuration pour les aider à y parvenir.

Ukraine :

La détermination des États-Unis pour capturer l’Ukraine a été inspirée par beaucoup plus qu’une pensée géostratégique, étant donné que ces impératifs se recoupent avec les réalités géo-économiques contemporaines. Au moment où la campagne terroriste urbaine et populaire connue comme Euro-Maïdan a été lancée, l’Ukraine a été forcée par les États-Unis de faire un choix de civilisation artificiel entre l’UE et la Russie. Moscou avait fait progresser trois projets interconnectés conjoints transnationaux multipolaires – ventes de gaz et de pétrole vers l’UE, l’Union eurasienne et le pont terrestre eurasiatique (énergétique, institutionnel et économique, respectivement) – que Washington était désireux d’affaiblir à tout prix. Rappelant la boutade précédemment citée de Brzezinski sur l’Ukraine et la reformulation par l’auteur de celle-ci, les mots font maintenant beaucoup plus de sens : sans l’Ukraine en tant que partie de ce réseau interconnecté de projets, l’ensemble devient sensiblement plus faible.

Le retrait de l’Ukraine de l’équation influe chacun des projets: cela bloque le commerce de l’énergie entre la Russie et l’UE et crée des complications inattendues pour les deux parties ; cela laisse un marché important et une population active en dehors du champ d’application de l’Union douanière ; et cela nécessite un recentrage des infrastructures uniquement sur le Belarus, un espace relativement plus petit et économiquement moins important, qui devient ainsi un goulot d’étranglement géopolitique encore plus significatif qu’auparavant pour les actions anti-russes de l’Occident. Comme un avantage supplémentaire à braconner l’Ukraine hors de l’orbite d’intégration russe, les États-Unis ont été en mesure de mettre en branle une chaîne d’événements thématiques préconçus (à l’exclusion de la réunification de la Crimée, bien sûr), instigatrice de la nouvelle guerre froide, et qu’ils étaient désireux de susciter.

Map of the Ukrainian gas transpostation system.
Carte du système de transport du gaz en Ukraine.

Les États-Unis voulaient le faire dans le but de créer des obstacles apparemment insurmontables entre la Russie et l’UE, sachant que les dilemmes de sécurité attendus (militaire, énergétique, économique et en termes stratégiques) allaient considérablement entraver la coopération entre eux et rendre Bruxelles d’autant plus vulnérable au jeu de pouvoir unipolaire massif des États-Unis qui était planifié. Afin de maintenir sa position hégémonique sur l’Europe, les États-Unis avaient à concevoir un scénario qui diviserait la Russie et l’UE assez longtemps et d’une manière aussi intense que possible afin d’augmenter les chances que les trois projets de contrôle impératifs suivants puissent être imposés à l’Europe : déploiement permanent de l’OTAN en état d’alerte dans l’Est (contrôle militaire); exportations américaines de GNL vers l’UE et appel récent à des routes énergétiques attrayantes non russes tel que le corridor gazier sud (contrôle énergétique) ; et le Partenariat pour le commerce et l’investissement transatlantique (TTIP), qui, parmi tous les privilèges qu’il accorde aux États-Unis, rend impossible pour l’UE de conclure d’autres accords de libre-échange (ALE) sans l’approbation de Washington (contrôle économique).

Au total, ces trois facteurs imbriqués sont destinés à renforcer le plus grand des objectifs stratégiques des États-Unis qui, d’une manière mutuellement interdépendante, augmente également les perspectives de leur propre succès. C’est le choc des civilisations créé artificiellement entre l’Occident et l’Eurasie-Russie, selon lequel les États-Unis attendent désormais de l’UE qu’elle vive dans la crainte de la Russie et que par conséquent, elle se précipite dans les bras de l’Oncle Sam comme «défenseur de la civilisation occidentale». C’est ce plan ultime que les États-Unis veulent accomplir en Europe, et sa mise en œuvre réussie aux côtés de ses trois composantes clés (l’armée, l’énergie et les aspects économiques décrits précédemment) créerait les conditions pour une domination hégémonique multi-générationnelle sur l’Europe, et donc coulerait pour des décennies les chances d’une contre-offensive multipolaire contre les États-Unis.

Vulnérabilités structurelles socio-politiques – Syrie

Origine ethnique :

Au moins 90% de la population de la Syrie est arabe tandis que les 10% restants sont principalement kurdes. Du point de vue de la guerre hybride, on peut supposer que cet état de choses pourrait être utile dans la déstabilisation de l’État, mais plusieurs facteurs ont empêché d’atteindre le potentiel attendu par les Américains. Tout d’abord, la population syrienne est très patriotique en raison de son patrimoine civilisationnel et de l’opposition galvanisée contre Israël. En conséquence, alors qu’il y a de toute évidence une pluralité d’opinions politiques personnelles au sein de la société essentiellement mono-ethnique, il n’y a jamais eu de réelles possibilités qu’elles se retournent violemment contre l’État, d’où la nécessité d’importer un si grand nombre de terroristes et de mercenaires internationaux sur le champ de bataille pour satisfaire aux exigences de cette guerre hybride.

Ethnic map of Syria
Carte ethnique de la Syrie

Concernant les Kurdes, ils n’ont jamais provoqué de rébellion sérieuse contre le gouvernement, contrairement à leurs homologues turcs et irakiens. Cela   implique que leur situation en Syrie était gérable et loin d’être aussi mauvaise que ce que les informations occidentales tentent de dépeindre après coup. Même s’ils avaient pu être coagulés en une masse anti-gouvernementale radicale, leur rôle relativement mineur dans les affaires nationales et la grande distance géographique de tous les centres de pouvoir pertinents les aurait empêchés de devenir un atout significatif de la guerre hybride, bien qu’ils aient pu être un complément stratégique efficace à tous les terroristes arabes basés près des principaux centres de population. Comme on le sait, cependant, les Kurdes sont restés fidèles à Damas et n’ont pas rompu avec le gouvernement, confirmant la thèse selon laquelle ils étaient satisfaits de leur état d’origine, sans envie de devenir des rebelles.

En somme, les composantes ethniques de la planification de la guerre hybride aux États-Unis contre la Syrie ont échoué à répondre à la hauteur du potentiel anticipé, ce qui indique que les évaluations du renseignement avant la guerre ont été déformées, sous-estimant l’attraction unificatrice du patriotisme syrien.

Religion :

La population de la Syrie est majoritairement sunnite, mais possède aussi une minorité alaouite importante qui a traditionnellement occupé divers postes de direction au sein du gouvernement et dans l’armée. Cela n’a jamais été un problème auparavant, mais le pré-conditionnement social géré depuis l’extérieur (en l’occurrence, organisé par les États du Golfe) a acclimaté des parties de la population à la pensée sectaire et a commencé à jeter les bases psychologiques pour qu’une stratégie de la tension takfiriste prenne racine parmi certains éléments intérieurs après qu’une étape de la Révolution de couleur a été mise en route au début de 2011. Par la suite, même si le sectarisme n’a jamais été un facteur dans la société syrienne auparavant et n’est toujours pas une force majeure à ce jour (en dépit de près de cinq ans de provocations terroristes motivées religieusement), il a été utilisé comme un cri de ralliement pour reconstituer les rangs des djihadistes étrangers et comme une couverture plausible pour les États-Unis et leurs alliés pour alléguer que le Président Assad ne «représente pas le peuple» et doit donc être renversé.

[Cette partie est assez réductrice. A vous de vous informer vous même sur l’histoire des composantes ethnico-religieuses en Syrie, NdT]

Histoire :

L’histoire syrienne est millénaire et représente l’une des civilisations les plus riches de tous les temps. Par conséquent, cela imprègne les citoyens du pays, leur donnant un sens inébranlable du patriotisme qui allait plus tard se révéler être l’une des meilleures défenses contre la guerre hybride (solidarité civilisationnelle). Il est évident que cela avait été découvert par les stratèges américains dans leurs recherches préparatoires sur la Syrie, mais ils ont largement sous-estimé son importance, en pensant qu’ils pourraient avec succès provoquer un retour aux années des coups d’Etats successifs et déstabilisateurs qui avaient suivi l’indépendance, avant la Présidence d’Hafez el-Assad [le père de Bachar, NdT]. Au contraire, la grande majorité des Syriens avait appris à apprécier sincèrement les contributions de la famille Assad à la stabilité et la réussite de leur pays, et ils ne voulaient rien faire qui puisse ramener le pays aux années sombres qui avaient précédé l’ascension politique de cette famille au pouvoir.

Administration :

post_war_iraq

Le bref héritage des limites administratives distinctes pendant la période de l’occupation française a fourni le précédent géopolitique aux États-Unis pour ressusciter une division formelle ou fédéralisée de la Syrie. Même si la mémoire historique de ce temps est en grande partie perdue dans le psychisme des Syriens contemporains (sauf pour le drapeau des terroristes anti-gouvernement, qui correspond à celui de l’époque du mandat), cela ne veut pas dire qu’il n’y ait aucune possibilité de la leur appliquer depuis l’extérieur à l’avenir et justifier ce fait historiquement à postériori. L’intervention anti-terroriste russe en Syrie a neutralisé la possibilité de fragmentation formelle du pays, mais la course actuelle pour Raqqa signifie que la force qui capturera la capitale des terroristes tiendra les meilleures cartes pour déterminer la composition interne de l’État d’après-guerre, ouvrant la possibilité pour les États-Unis et leurs mandataires de forcer une solution fédéraliste en Syrie qui pourrait créer des zones largement autonomes acquises au soutien pro-américain.

Disparités socio-économiques :

La Syrie d’avant-guerre avait une répartition relativement équilibrée des indicateurs socio-économiques, en dépit de l’adhésion à la règle stéréotypée des zones urbaines globalement plus développées que les régions rurales. Bien que celles-ci constituent le socle de la plupart des zones géographiques du pays, seule une fraction de la population les habite, la plupart des Syriens vivant le long d’un corridor nord-sud à l’Ouest Alep-Hama-Homs-Damas, tandis qu’une population stratégiquement importante habite globalement  la zone côtière de Lattaquié. Jusqu’en 2011, la Syrie a réussi à maintenir des années de croissance économique soutenue, et il n’y a aucune raison de croire que cela aurait diminué s’il n’y avait pas eu la guerre hybride contre elle [Voir … ses revenus pétroliers ayant fortement chuté, NdT]. Par conséquent, bien que les disparités socio-économiques aient sûrement existé en Syrie avant la guerre, elles ont été bien gérées par le gouvernement (en partie en raison de la nature semi-socialiste de l’État) et n’étaient pas un facteur que les États-Unis pouvaient exploiter.

Géographie :

C’est une des caractéristiques qui fonctionne le mieux à l’avantage de la guerre hybride contre la Syrie. La composante Révolution de couleur a été concentrée dans le corridor nord-sud basé dans l’Ouest densément peuplé dont j’ai parlé ci-dessus, tandis que la partie guerre non conventionnelle a prospéré dans les régions rurales en dehors de cette zone. Les autorités avaient naturellement des difficultés à concilier les besoins de sécurité urbaines et rurales, et la quantité absurde de soutien que les États-Unis et leurs alliés du Golfe ont envoyé aux terroristes par la Turquie a temporairement déséquilibré la situation militaire et a abouti à l’impasse qui a marqué les premières années du conflit (avec quelques va-et-vient de positions et des changements spectaculaires de temps en temps). Pendant ce temps, comme l’armée arabe syrienne axait son attention sur les questions de sécurité à régler en urgence le long du corridor de peuplement, ISIS a été en mesure de faire des avancées militaires conventionnelles rapides dans les plaines et les déserts de l’Est, logistiquement simple à gérer, et a rapidement mis en place son «Califat», dont les conséquences sont le moteur du cours actuel des événements dans le pays.

Vulnérabilités structurelles socio-politiques – Ukraine

Origine ethnique :

La fracture démographique de l’Ukraine entre l’Est et l’Ouest, les Russes et les Ukrainiens, est bien connue et a été largement discutée. Dans le contexte de la guerre hybride, cette répartition géographique presque chirurgicale (à l’exception de la pluralité russe à Odessa et dans la majorité de la Crimée) était une aubaine pour les planificateurs stratégiques américains, car cela a créé une dichotomie démographique enracinée qui a pu être facilement exploitée lorsque le moment est venu.

Religion :

Ici aussi, il y a une fracture géographique presque parfaite entre l’Orient et l’Occident, avec les orthodoxes russes et les églises orthodoxes ukrainiennes qui représentent les deux groupes importants de population dans le pays. Plus à l’Ouest, on trouve les uniates et les églises catholiques, correspondant principalement aux anciennes terres de la Deuxième République polonaise de l’entre-deux-guerres. Le sectarisme chrétien n’a pas été le cri de ralliement le plus visible derrière l’Euro-Maïdan, mais ses partisans radicaux ont utilisé le succès du coup d’État comme couverture pour détruire les Églises orthodoxes russes et d’autres biens religieux dans une campagne nationale qui visait à inciter au nettoyage ethnique et culturel de la population russe.

Histoire :

Ukraine map

L’État ukrainien moderne est un amalgame artificiel de territoires légués par les dirigeants russes et soviétiques successifs. Ses origines intrinsèquement contre nature sont une malédiction, avec une existence perpétuellement remise en cause, et son agrandissement territorial après la Seconde Guerre mondiale complique encore la donne. Le morceau le plus nationaliste de l’Ukraine moderne était une partie de la Pologne de l’entre-deux-guerres et avant cela de l’Empire austro-hongrois, donnant ainsi à ses habitants une mémoire historique diamétralement différente de celles des parties centrales ou orientales de l’État.

Les communautés minoritaires hongroises et roumaines qui vivent dans les zones nouvellement ajoutées (acquises respectivement sur la Tchécoslovaquie et sur la Roumanie) ont également un degré naturel d’identité distincte de l’État qui n’avait besoin que d’un coup de pouce pour refaire pleinement surface.

Comme on l’a soutenu dans la guerre hybride et c’est confirmé par le rapport de Newsweek, quelques jours avant le coup d’État (étonnamment supprimé de leur site Web, mais traçables sur web.archive.org), la région ethnico-religieuse historiquement séparée de l’Ukraine occidentale était totalement en rébellion armée contre le Président Ianoukovitch, et ce n’est pas un hasard si l’aspect de guerre non conventionnelle de cette campagne de changement de régime a commencé dans cette partie spécifique du pays.

Frontières administratives :

Les divisions internes de l’Ukraine coïncident assez nettement avec ses frontières administratives sur de nombreux points, que ce soit la fracture ethnique, le sectarisme chrétien, les régions historiques ou les résultats électoraux, et cela a été le multiplicateur asymétrique ultime qui a convaincu les stratèges américains que la guerre hybride pouvait facilement être déployée en Ukraine. S’il n’y avait pas eu le coup d’État inattendu à la fin de février 2014, il est très possible que les États-Unis auraient cherché à exploiter le chevauchement sans précédent des vulnérabilités socio-politiques en Ukraine afin de séparer physiquement la partie occidentale du pays du reste pro-gouvernemental de l’État croupion, mais seulement dans le cas où Ianoukovitch aurait été en mesure de tenir indéfiniment contre les terroristes du changement de régime et de consolider ses positions dans le reste des zones non rebelles du pays.

Disparités socio-économiques :

ukraine-2010-election
Carte des élections de 2010

L’Ukraine est similaire à la Syrie dans le sens où il y avait aussi une distribution quasi-identique des indicateurs socio-économiques, mais, contrairement à la République arabe et sa modeste richesse, l’État d’Europe orientale a également réparti la pauvreté parmi ses citoyens. La grande quantité d’Ukrainiens qui ont plongé dans la pauvreté ou en sont très proches a créé un énorme bassin de recrutement pour les activistes anti-gouvernementaux recrutés par les cerveaux des ONG de la Révolution de couleur euro-maïdan, et l’absence de tout patriotisme civilisationnel ou national (à part la perversion fasciste incarnée par Pravy Sektor et autres) a signifié qu’il n’y avait pas de garanties sociales pour prévenir l’émergence de multiples groupes d’émeutiers, pouvant être organisés à l’avance et déployés lorsque le temps serait venu.

Géographie physique :

La seule partie de l’Ukraine d’avant-guerre avec une géographie de plaines était la Crimée, qui fonctionnait plus comme une île que comme une péninsule qu’elle est techniquement. Cela a ironiquement désavantagé les États-Unis quand la géographie de la république autonome a aidé ses habitants à se défendre assez longtemps pour voter la séparation d’avec l’État ukrainien défaillant, réparer l’erreur historique de Khrouchtchev et enfin se réunir avec leurs frères en Russie. Les mêmes facteurs géographiques favorables ne sont pas en jeu dans le Donbass, ce qui a ainsi bloqué les mesures de défense prises par les patriotes pour leur territoire et les a rendus beaucoup plus vulnérables aux multiples offensives de Kiev contre eux. Dans l’environnement d’avant le coup, la géographie sans obstacle de l’Ukraine aurait été idéale pour permettre aux révolutionnaires occidentaux de lancer une guerre-éclair, dans le style d’ISIS, une fois que Kiev aurait accumulé assez d’armes volées, d’équipements et de véhicules des nombreux postes de police et des casernes militaires qu’ils avaient saisis à l’époque.

Pré-conditionnement :

C’est un sujet au-delà du cadre de la présente recherche que de discuter des aspects du pré-conditionnement social de la guerre hybride en détail, mais on peut généralement y inclure le triptyque masses/problèmes sociaux et médias-éducation-ONG. Les détails au sujet du pré-conditionnement structurel sont un peu différents, comme ils sont en dehors de la pression des sanctions. L’autre élément largement discuté décrit dans la partie 1 (notamment la désorganisation du marché de l’énergie) n’a pas eu lieu jusqu’à l’année dernière et n’a donc pas été un facteur dans le déclenchement des deux guerres hybrides examinées. Pourtant, d’autres éléments spécifiques étaient certainement en jeu pour chacun des deux États, avec les coffres de l’Ukraine exsangues à cause de la corruption endémique et parasitaire, et la Syrie devant équilibrer perpétuellement ses besoins militaires dans sa défense contre Israël et son engagement social envers sa population (un jeu sur la corde raide qui a assez bien réussi au cours des décennies).

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides: l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride.

Le livre est disponible en PDF gratuitement [en anglais, NdT] et à télécharger ici

Traduit par Hervé, vérifié par Ludovic, relu par nadine pour le Saker francophone

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Les Etats Unis et l’OTAN préparent une guerre totale en Europe par Dimitris Kazakis, Secrétaire Général de l’ EPAM [ ελληνικά], Grèce.

22 Mars 2016 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #La Russie, #Grèce, #L'OTAN., #La guerre, #Terrorisme, #le nazisme, #Le fascisme, #l'immigration

 Les Etats Unis et l’OTAN préparent une guerre totale en Europe    par Dimitris Kazakis, Secrétaire Général de l’ EPAM [ ελληνικά], Grèce.

Les Etats Unis et l’OTAN préparent une guerre totale en Europe

par Dimitris Kazakis, Secrétaire Général de l’ EPAM

Le Secrétaire Général de l’OTAN J. Stoltenberg vient d’annoncer en date du 2/2/2016 qu’il approuve la proposition du Ministre de la Défense des Etats Unis, A. Carter de quadrupler les armements et les troupes américaines en Europe contre l’ « agressivité russe ».

Un peu plus tôt, le même jour, dans sa déclaration sur l’équipement militaire des Etats Unis pour une éventuelle guerre contre la Russie, Carter a dit :

« Nous renforçons nos positions en Europe pour appuyer nos alliés de l’OTAN dans le but de faire face à l’agressivité russe. En dialecte du Pentagone, ça s’appelle European Reassurance Initiative et alors que l’année dernière ont été demandés 800 millions de dollars, pour cette année nous demandons 4 fois ce montant pour arriver d’ici 2017 à 3,4 milliards de dollars. Cette somme est destinée à financer plusieurs choses : plus de forces armées des Etats Unis en Europe, plus d’entrainements et d’exercices avec nos alliés, plus d’intention et plus de moyens de guerre, l’amélioration des infrastructures et du soutient à tout cela ».

Pourtant la plus choquante des déclarations de Carter est la suivante :

« Quand tout cela se combinera aux forces des Etats Unis déjà déployées en Europe –très importantes elles aussi– nous serons en position de créer rapidement, d’ici 2017, une force terrestre d’armes combinées particulièrement exercée et qui sera en mesure de répliquer si ceci s’avère nécessaire dans le cadre de ce théâtre d’opérations ».

Si à tout cela on ajoute le nouveau dogme de l’OTAN qui consiste en la dénationalisation des forces armées des pays membres, la menace d’un conflit guerrier au sein de la scène européenne ayant comme prétexte la Russie est plus qu’évidente. Le dogme de la dénationalisation ne concerne pas la transformation de tout ou partie des troupes en mercenaires mais leur intégration en une structure unique de gestion et d’entreprises sous administration de l’OTAN.

Nombre de pays ont déjà remis la garde de leurs frontières –ce que l’OTAN appelle officiellement « surveillance policière »– et de leur espace aérien aux forces de l’OTAN. La totalité ou presque des infrastructures militaires, surtout de celles qui sont à la frontière de la Russie, ont déjà été livrées à l’OTAN dans le but de faciliter le développement de ses propres forces. Tel est le cas aussi en Pologne, en Finlande, en Roumanie et aux Pays Baltes. Récemment la Bulgarie a aussi livré son espace aérien à la « surveillance policière » de l’OTAN.

D’ici 2017, les Etats Unis non seulement auront quadruplé leurs forces en Europe (continent entièrement sous leur contrôle) mais chacun de ses alliés aura livré la totalité de son territoire au Quartier Général de l’Alliance et de ses membres pour leurs opérations. Et, bien entendu, les forces armées des pays européens ne seront plus sous les ordres politiques ou militaires nationaux, même pas pour sauver les apparences.

Voici comment est en train de se construire aujourd’hui en territoire européen la plus grande force d’agression militaire jamais vue. Une force américano-européenne qui fonctionnera sous les ordres d’un seul centre : le Quartier Général de l’OTAN.

Et tout cela d’ici la fin 2017. Dans l’hypothèse où les Etats Unis et l’OTAN planifireaient une invasion en Russie, que feraient-ils ? Pas plus de ce qu’ils sont en train de faire actuellement.

Ceci ne veut pas dire que nous serons de nouveau face à une invasion comme celle d’Hitler en ex Union Soviétique. Les méthodes ne seront plus les mêmes. Ce qui était envisagé comme invasion militaire lors de la 2e guerre mondiale aujourd’hui peut très bien se dénommer –et a déjà été dénommé– « intervention humanitaire ».

La création de foyers aux portes de la Russie, comme dans le cas de l’Ukraine, ou même dans son intérieur est une très bonne méthode d’invasion « humanitaire » ou « pacifiste » de l’OTAN. A condition qu’il y ait les crises socio-politiques adéquates.

Et pourquoi devrait-on se préparer à une invasion ? Pour des raisons pas uniquement géostratégiques mais aussi économiques. La Russie, ainsi que la Chine, constituent aujourd’hui des obstacles à la dynamique des marchés des capitaux mondiaux. Ce sont des économies encore protégées, dans une ère où le capital financier exige l’effondrement de toutes les frontières, de toute sorte de protectionnisme, pour qu’il puisse envahir tous les recoins de la planète sans aucune limite, au gré des montées et des descentes du paroxysme spéculatif des marchés.

Alors que l’économie mondiale continue son effondrement, au moment même où le capital virtuel des bourses et des marchés explose à la recherche de nouvelles opportunités de maximalisation des profits, la nécessité d’une guerre devient de plus en plus urgente. Non seulement sous la forme de conflits et d’interventions périphériques, comme c’était le cas jusqu’à présent, mais même sous la forme d’une nouvelle grande guerre européenne.

Voici à quoi nous préparent les Etats Unis et l’OTAN.

Pour la traduction en français : Christina Komi

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