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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #terrorisme tag

Gerald Celente: Géopolitique, crise grecque, hyperinflation et or

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #Economie, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La mondialisation, #Le grand banditisme, #Terrorisme, #Le fascisme

le 9 juil. 2015

Interview exclusive de Gerald Celente (Trends Journal- http://www.trendsresearch.com) sur l’or et la géopolitique :

- La Grèce et Porto Rico en faillite, géopolitique et la relation avec l’or
- Manipulation du prix de l’or : Chine, États-Unis et Union européenne
- La Chine contrôle-t-elle le prix de l’or?
- Une hyperinflation mondiale est-elle possible?
- La Chine, les États-Unis, les DTS et l’or
- Confiscation de l’or et interdiction possible du cash
- Tendance du prix de l’or

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Les Etats-Unis s’apprêtent à envahir la Syrie

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #L'OTAN., #La France, #Europe supranationale, #La Russie, #Daesch, #AMERIQUE, #ISIL, #Terrorisme

 

Les Etats-Unis s’apprêtent à envahir la Syrie

 

Par Tony Cartalucci (revue de presse : Mondialisation.ca – 2/7/15)*

À l’insu du grand public, ce ne sont pas les politiciens élus qui sont à l’origine des politiques qui lient leur destinée à celui de la nation ou à la sphère géopolitique. Ce sont plutôt les groupes de réflexion financés par la grande entreprise et les grands financiers – des équipes de décideurs non élus qui transcendent les élections et qui produisent des documents servant ensuite de fondement aux dispositions législatives qui reçoivent l’aval des « législateurs » et qui sont aussi repris et répétés ad nauseam par les grands médias.

Un document de politique de ce genre a été récemment produit par le tristement célèbre groupe de réflexion US Brookings Institution, document intitulé Deconstructing Syria: Towards a regionalized strategy for a confederal country [Déconstruction de la Syrie : vers une stratégie régionale pour la création d’un pays confédéré]. Cette conspiration à découvert, signée et datée, visant à diviser, à détruire, puis à occuper progressivement une nation souveraine située à des milliers de kilomètres des rives de l’Amérique illustre de manière peu rassurante à quel point l’impérialisme moderne demeure dangereux et tenace, même en ce 21e siècle.

 

Le groupe armé État islamique (EI) comme prétexte : les USA ont versé des milliards de dollars à des « modérés » qui n’existent pas

Les auteurs de ce document admettent ouvertement que les USA ont fourni des milliards de dollars pour armer et entraîner des militants qui ont servi à alimenter un conflit dévastateur aux proportions de plus en plus régionales. Ils admettent que les USA maintiennent des opérations en Jordanie et en Turquie, membre de l’OTAN, afin d’injecter encore plus d’armes, d’argent liquide et de combattants dans ce conflit déjà catastrophique, et qu’ils devraient même élargir leurs opérations.

Ils relatent ensuite l’ascension du prétendu « État islamique » (EI), sans toutefois expliquer la provenance de son financement et de ses armes. Le lecteur comprendra sans peine que si les États‑Unis ont engagé des milliards de dollars en argent comptant, en armement et en entraînement pour soutenir sur de multiples fronts de prétendus « modérés » qui, en somme, n’existent pas sur le champ de bataille, un soutien étatique plus grand encore serait requis pour la création et le maintien d’e l’EI et du Front al‑Nosra d’al‑Qaida qui, de l’aveu même de la Brookings Institution, dominent sans conteste l’« opposition ».

En réalité, les lignes d’approvisionnement d’e l’EI conduisent tout droit aux zones opérationnelles US en Turquie et en Jordanie, car c’est bien l’Ei et al‑Qaida que l’Occident prévoyait utiliser avant même que le conflit n’éclate en 2011, et sur lesquels il a depuis fondé sa stratégie – y compris la plus récente étape de la campagne.

L’invasion US de la Syrie

Après avoir armé et financé une armée de terroristes d’al‑Qaida occupant littéralement la superficie d’une région entière, les États‑Unis prévoient maintenant profiter du chaos qui en résulte pour justifier ce qu’ils recherchent depuis le début du conflit, alors qu’il était devenu évident que le gouvernement syrien n’allait ni capituler ni s’effondrer – soit l’établissement de zones tampons aujourd’hui qualifiées par la Brookings Institution de « zones sécuritaires».

Une fois créées, ces zones accueilleront des forces armées US, qui occuperont littéralement des territoires syriens saisis, nettoyés par des alliés interposés, dont des groupes kurdes et des bandes de combattants d’al‑Qaida dans le Nord, et des milices terroristes étrangères opérant le long de la frontière jordano‑syrienne dans le Sud. La Brookings Institution va même jusqu’à admettre que plusieurs de ces zones seraient créées par des extrémistes, mais que les critères de « pureté idéologique » seraient en quelque sorte « abaissés ».

Les États‑Unis supposent que lorsqu’ils se seront approprié ce territoire et que des troupes US y seront stationnées, l’Armée arabe syrienne n’osera pas attaquer de crainte de provoquer une réaction militaire US directe contre Damas. Dans son document, la Brookings Institution affirme ce qui suit (c’est nous qui soulignons) :

L’idée serait d’aider les éléments modérés à établir des zones sécuritaires fiables à l’intérieur de la Syrie lorsqu’ils seraient en mesure de le faire. Les forces étasuniennes, de même que les forces saoudiennes, turques, britanniques, jordaniennes et autres forces arabes, agiraient comme soutiens, non seulement à partir des airs, mais par la suite au sol, et ce, par l’intermédiaire des forces spéciales. La stratégie mettrait à profit le terrain désertique ouvert de la Syrie, qui permettrait la création de zones tampons où serait surveillé tout signe d’attaque ennemie au moyen d’outils technologiques, de patrouilles et autres méthodes pour la mise en place desquelles les forces spéciales externes pourraient venir en aide aux combattants syriens locaux.

Si Assad était assez bête pour menacer ces zones, et même s’il parvenait en quelque sorte à forcer le retrait des forces spéciales externes, il perdrait sans doute sa puissance aérienne au cours des frappes de représailles qui s’ensuivraient, menées par ces mêmes forces, ce qui priverait ses militaires de l’un des seuls avantages dont ils bénéficient par rapport à l’EI. Il serait donc peu probable qu’il le fasse.

En un seul énoncé, la Brookings Institution admet que le gouvernement syrien n’est pas engagé dans une guerre contre son peuple, mais contre l’« Etat islamique » (EI). Il est évident que la Brookings Institution, les politiciens et autres stratèges partout en Occident se servent de la menace que représente l’EI combinée à celle d’une intervention militaire directe comme levier devant finalement leur permettre d’envahir le territoire syrien pour se l’approprier entièrement.

L’invasion pourrait réussir, mais pas au profit des alliés interposés des USA

Le plan tout entier suppose de la part des États‑Unis d’abord la capacité de s’approprier ces « zones » et de s’y maintenir et, ensuite, celle de les articuler en régions autonomes fonctionnelles. Des tentatives similaires de « construction de nations » par les USA sont aujourd’hui visibles en Afrique du Nord dans l’État en déroute qu’est devenue la Libye, voisine sud‑est de la Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Somalie… la liste est longue.

La folie de ce plan, tant par les tentatives de recourir pour le mettre en œuvre à une crédibilité non existante et à la force militaire, que du fait de ceux qui sont suffisamment bêtes pour faire confiance à un pays qui a laissé dans son sillage à l’échelle de la planète une bande de destruction et d’États en déroute allant du Vietnam du Sud à la Libye, aller-retour, ne peut être qualifiée que de monumentale.

Il est presque certain que cette stratégie peut servir à achever la destruction de la Syrie. Elle ne peut toutefois pas servir à réaliser l’une ou l’autre des promesses que feront les États‑Unis, quelles qu’elles soient, pour obtenir la coopération des divers acteurs nécessaires à sa réussite.

Il existe assurément des mesures que la Syrie, ses alliés l’Iran et le Hezbollah, de même que la Russie, la Chine et d’autres nations qui subissent les menaces hégémoniques occidentales peuvent prendre pour empêcher les forces US de s’approprier et de conserver des parties du territoire syrien et de réaliser ce qui constitue essentiellement une lente invasion. Déjà, les USA ont utilisé comme prétexte la présence de leurs propres hordes d’ISIS pour se livrer à des opérations militaires sur le territoire syrien, ce qui, comme prévu, a conduit à l’étape suivante d’invasion progressive.

Une augmentation des forces de maintien de la paix non otanaises en Syrie pourrait en définitive faire échec aux plans de l’Occident. La présence d’Iraniens, de Libanais, de Yéménites, d’Afghans ou d’autres forces partout en Syrie, particulièrement en bordure de la « zone » que les USA s’efforcent de créer, pourrait placer ces derniers devant l’éventualité d’une confrontation multinationale pour laquelle ils n’ont ni la volonté politique ni les ressources nécessaires.

En dernière analyse, la capacité de la Syrie et de ses alliés à opposer une force de dissuasion suffisante à l’agression US en Syrie, et ce, tout en coupant les lignes logistiques utilisées par les USA pour approvisionner ISIS et d’autres groupes terroristes actifs en Syrie et en Irak, sera déterminante pour la survie de la Syrie.

 

Tony Cartalucci est rédacteur et analyste en géopolitique basé à Bangkok. Il écrit surtout pour le magazine Web New Eastern Outlook.

 

*Titre original : Les USA sur le point d’entreprendre l’invasion de la Syrie. Les décideurs de Washington appellent à la division, à la destruction et à l’occupation militaire de la Syrie

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L’Assemblée parlementaire de l’OSCE condamne la Russie en Ukraine.

10 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La Russie, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #La guerre, #le nazisme, #Le fascisme, #Terrorisme

L’Assemblée parlementaire de l’OSCE condamne la Russie en Ukraine

La délégation russe n’a pas participé à la session suite au refus des autorités finlandaises de laisser entrer sur leur territoire Sergueï Narychkine, le président de la Douma russe. 

L’assemblée parlementaire de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) a adopté une résolution condamnant la Russie pour « actes d’agression militaires contre l’Ukraine », lors de sa 24e session annuelle à Helsinki, mercredi 8 juillet. Le document, approuvé par 96 représentants sur 135 (7 contre et 32 abstentions), constate pour la première fois la présence de militaires russes en Ukraine.

Session OSCE assemblée

Session de l’assemblée parlementaire de l’OSCE, le 8 juillet. Crédits : OSCE

La résolution, qui porte sur « La prolongation d’infractions manifestes, grossières et irréparables commises par la Fédération de Russie contre les règles de l’OSCE et les normes internationales », avait été proposée samedi 4 juillet en réunion spéciale des membres de la session plénière. Le texte, rédigé par le président de la délégation canadienne, Dean Allison, se base sur une résolution portant le même nom, adoptée l’année dernière à Bakou sur une proposition du sénateur américain Benjamin Cardin. La nouvelle résolution élargit et durcit significativement les positions de base du document approuvé en 2014.

Le texte adopte un ton inhabituellement critique pour l’OSCE : l’organisation constate pour la première fois la présence de troupes russes sur le territoire ukrainien, appelant Moscou à « mettre fin aux livraisons et à l’installation d’armes lourdes, de munitions, de détachements de troupes et de mercenaires en Ukraine orientale à travers la frontière russe » (ce point était absent dans la déclaration de Bakou).

La Russie est également priée de « cesser de fournir toute aide militaire, financière ou technique et matérielle aux groupes armés illégaux présents dans les régions ukrainiennes de Donetsk et de Lougansk, notamment au moyen de prétendus convois humanitaires ».

Il est enfin demandé à Moscou de « rappeler ses troupes et équipements militaires installés le long de la frontière russo-ukrainienne », mettre fin à l’« occupation illégale de la Crimée » et y garantir le respect des droits de l’homme, dont la situation, de l’avis des députés, s’est fortement aggravée et continue de se détériorer sur la presqu’île depuis le « référendum illégal » du 16 mars 2014.

Le document de l’assemblée parlementaire de l’OSCE mentionne en outre le droit de la Géorgie et de la Moldavie à être « libérées de l’influence militaire extérieure de la Russie » et protégées des atteintes à leur souveraineté et à leur intégrité territoriale. L’assemblée considère les agissements de la Fédération de Russie à l’égard de ses voisins comme une violation grossière des principes d’Helsinki, formulés dans l’Acte final d’Helsinki, dont l’actuelle session célèbre le quarantième anniversaire.

Cette résolution de l’OSCE a été adoptée à l’issue de plusieurs journées de discussions. La délégation russe n’a pas participé à la session suite au refus des autorités finlandaises de laisser entrer sur leur territoire Sergueï Narychkine, le président de la Douma russe.

Les parlementaires de Russie ont refusé de commenter le texte. « Que voulez-vous que nous commentions, puisque nous n’étions pas là », a notamment déclaré à Kommersant Alexeï Pouchkov, président du comité de la Douma pour les affaires internationales, qui avait auparavant qualifié plus d’une fois l’assemblée de l’OSCE d’espace « extrêmement constructif » pour le dialogue parlementaire entre la Russie et l’Occident.

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Le crépuscule d’une époque par Frédéric Lordon.

9 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Economie, #Grèce, #La dette, #Le capitalisme;, #Les transnationales, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Terrorisme, #Le fascisme

Le crépuscule d’une époque

 

mardi 7 juillet 2015, par Frédéric Lordon

C’est une photo comme il y en a des milliers, certaines sympathiques, d’autres grotesques : un selfie. Deux ahuris font un selfie, regards béats et satisfaits. Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Ils sont visiblement très contents de leur coup, « on va le mettre sur Twitter pour les faire chier ». Arnaud Leparmentier et Jean Quatremer. On est jeudi 2 juillet, jour de manifestation de solidarité avec le peuple grec. Il y a une légende à la photo : « Ça va Bastille ? Nous on est rive gauche ».

En fait, oui, ça va, pas mal même. Et vous ?

***

Une victoire électorale, fut-elle massive, n’a par soi aucun vrai pouvoir de dessillement du camp d’en face, ni d’endiguement des contre-vérités. On n’attendra donc pas des deux ahuris au selfie qu’ils renoncent à leurs scies préférées : « les contribuables européens ne veulent pas payer pour les fonctionnaires grecs » ; « et si la Grèce fait défaut, ce sont les retraités slovaques et allemands qui paieront pour eux » — soit le bon sens à front de bœuf.

Les contribuables européens ne payent pas pour les fonctionnaires grecs. Ils payent pour les épargnants européens. Car c’est une tuyauterie financière désormais entièrement circulaire qui prête aux Grecs pour qu’ils remboursent les créanciers — de ces euros-là qui circulent sous leur nez, les Grecs ne voient pas la couleur. Les contribuables européens ont d’abord payé pour la reprise publique des titres grecs détenus par les banques privées — un grand classique. Maintenant ils payent directement pour eux-mêmes — enfin certains pour d’autres. On progresse…

Voir aussi « Comment sauver vraiment la Grèce », Le Monde diplomatique, juillet 2015, en kiosques.Ils payent surtout en conséquence une des plus colossales erreurs de politique économique de l’histoire, inscrite il est vrai dans les traités européens et engendrée de leur fonctionnement quasi-automatique : forcer le retour vers les 3 %-60 % en pleine récession, a conduit à la destruction d’une économie, ni plus ni moins : 25 % de PIB en moins, 25 % de taux de chômage, tout le monde connaît ces chiffres qui sont désormais entrés dans l’histoire. Le plus étonnant, mais en réalité c’est un signe d’époque, c’est l’incapacité de ces données pourtant massives, données d’une faillite intellectuelle écrasante, à désarmer l’acharnement et déclencher le moindre processus cognitif de révision. Leparmentier et Quatremer continueront donc soit de soutenir que les traités n’y sont pour rien, soit de maintenir qu’il s’agissait de la seule politique possible, soit d’assurer que pour notre bonheur ça n’était pas seulement la seule possible mais la meilleure. Soit de regarder ailleurs — les fonctionnaires grecs. Autisme et quasi-racisme (car il faut voir ce que depuis 2010 ces deux-là auront déversé sur « le Grec »). Bellicisme aussi d’une certaine manière, pour ceux qui n’ont que « l’Europe de la paix » à la bouche mais s’acharnent à jeter les uns contre les autres Grecs et « Européens » (les autres) — « contribuables européens » contre « fonctionnaires grecs », ou quand l’aveuglement idéologique n’hésite plus à répandre la discorde pour se donner libre cours : si le contribuable européen veut obtenir justice, qu’il la réclame au fonctionnaire grec. Eh bien non : si le contribuable européen veut obtenir justice, qu’il la réclame à ses gouvernants qui, « en son nom », ont pris la décision éclairée de le charger pour sauver les banques, et puis de charger la Grèce en s’adonnant à la passion macroéconomique des traités.

En matière de passions, Leparmentier et Quatremer n’ont pas que celle des contribuables : celle des retraités aussi (pourvu qu’ils ne soient pas grecs). « Qu’est-ce que vous dites aux retraités de Bavière si la Grèce ne rembourse pas ? » demande Leparmentier à Piketty qui répond à base de grande conférence sur la dette en Europe [1]. On pourrait répondre aussi que si les Bavarois avaient une retraite entièrement par répartition, cette question n’aurait même pas lieu d’être. On pourrait répondre que c’est bien ce qui arrive quand depuis des décennies on fait le choix de faire passer le financement de toutes les activités sociales — retraites, études universitaires, bientôt santé, etc. — par les marchés de capitaux, ce fléau voué à toutes les catastrophes. Et que, là encore, ça n’est pas « aux Grecs », mais à tous les gouvernants qui ont pris ce parti de la financiarisation qu’il faut s’adresser. Ou bien accepter que la retraite confiée aux marchés, ça fait… comme les marchés : ça va, ça vient, un mauvais investissement et c’est le bouillon. On pourrait d’ailleurs, et enfin, répondre qu’on n’a pas le souvenir d’avoir vu Leparmentier prendre fait et cause pour les retraités de la capitalisation lorsque les marchés d’actions se sont effondrés au début des années 2000, et toute la finance dans un bel ensemble en 2007-2008, au passage pour des pertes autrement considérables que celles qui suivraient d’un défaut grec — mais il est vrai qu’il n’y avait alors ni fonctionnaires grecs ni gouvernement de gauche à incriminer.

***

Et maintenant que peut-il se passer ? L’« alternative de la table » est-elle dépassée si peu que ce soit ?

De 2005 à 2015, si l’on fait bien les comptes, on jouit une fois tous les dix ans. C’est bon à proportion de ce que c’est rare — avouons les choses, imaginer la tête des ahuris au selfie (et de tous leurs semblables) est spécialement délectable. Mais tout ceci n’implique pas de céder complètement à l’ivresse. Il n’y a rien de significatif à gagner dans la négociation avec la troïka. Le scénario le plus avantageux est donc celui d’une reprise de négociation d’où sortiront quelques concessions de second ordre — diminution de la décimale du surplus primaire exigé, licence laissée au gouvernement grec d’organiser l’ajustement budgétaire comme il l’entend (et non sous la menue dictée de la troïka), promesse éventuelle d’une discussion sur la restructuration de la dette (en étant vraiment très optimiste).

C’est qu’il y a des raisons sérieuses à ce que rien de plus ne puisse être obtenu. On les connaît. L’Allemagne en fait partie. Qu’entre Sigmar Gabriel et Martin Schulz, la réaction du Parti social démocrate (SPD) ait été encore plus violente que celle d’Angela Merkel pourrait peut-être finir par faire apercevoir de quoi il y va vraiment dans la position allemande. Les principes d’orthodoxie dont l’Allemagne a exigé l’inscription dans les traités sont l’expression d’une croyance monétaire transpartisane et pour ainsi dire métapolitique – en amont des différenciations politiques. Elle n’est pas une affaire d’« idéologie politique » au sens ordinaire du terme, c’est-à-dire de quelque chose qui ouvrirait la perspective d’un retournement possible à échéance électorale, mais une construction symbolique de longue période qui donne leur cadre commun aux alternances.

C’est dire combien la thèse de l’« Allemagne de Merkel », cette argutie de raccroc pour tous les Bernard Guetta, faux appel à la patience d’une future « Europe social-démocrate » [2] quand le débris qu’est la social-démocratie européenne est entièrement passé à droite, c’est dire combien cette thèse était promise — par bêtise ou par cécité volontaire ? — à ne rien comprendre à ce qui se passe en Europe, et surtout à ce qui ne pourra jamais s’y passer, en tout cas dans sa configuration actuelle.

Ce qui ne pourra jamais s’y passer c’est qu’un pays, qui plus est du Sud, prétende s’être soustrait aux principes — le thème récurrent de tout le commentaire allemand sur la Grèce, c’est la règle enfreinte. Que cette règle ne convienne qu’à l’Allemagne, qu’elle soit la sienne même, que partout ailleurs ou presque son application forcenée ait tourné à l’un des plus grands désastres économiques de l’histoire européenne, rien de ceci ne produira le moindre bougé — et jusque dans les autres pays, notamment la France, en état de stupéfaction fusionnelle avec l’Allemagne, hommes politiques pour qui le « couple franco-allemand » est devenu un intouchable fétiche auquel tout sera aveuglément sacrifié, experts ressassant le catéchisme ordolibéral (dont même les économistes américains se tapent sur les cuisses qu’on puisse être bête à ce point de le prendre au sérieux), éditorialisme du gramophone.

C’est bien ici en tout cas que s’avèrera la malfaçon européenne. Le peuple allemand vit à sa manière la chose monétaire. C’est son droit le plus absolu. Mais il a choisi d’imposer sa manière à tous les autres. Et les problèmes ne pouvaient qu’apparaître. Après cinq ans d’épuisement, et même de persécution économique, le peuple grec vient de dire que cette manière, il n’en voulait plus. Ce sera donc manière contre manière, et voilà pourquoi l’« alternative de la table » se trouve reconduite à l’identique — aux concessions cosmétiques près dont on fait les communiqués de victoire des deux bords.

Voir le dossier « L’Allemagne, puissance sans désir », Le Monde diplomatique, mai 2015.Il ne faut pas douter en effet de la réponse que donnerait l’électorat allemand s’il était consulté, sans doute d’autres avec lui, mais lui tout spécialement. Au lendemain du « non » grec, les incompatibilités européennes sont maintenant aiguisées à un point qui réduit à très peu l’espace des compromis, et ne permet plus du tout d’exclure par exemple que le Parlement allemand, écrasante majorité sociale réunie derrière lui, rejette tout nouvel accord de l’Eurogroupe. Le référendum de Tsipras avait évidemment (aussi) à voir avec la préservation de sa coalition. Le refus de Merkel procédera des mêmes mobiles – auxquels il n’y a pas grand-chose à redire : à un certain moment les hommes politiques sont rappelés aux nécessités de leur politique nationale, celle qui les a mis là où ils sont.

Comme toujours la chasse aux lièvres sera ouverte et l’on verra le commentaire se précipiter avec passion sur toutes les fausses pistes : l’irresponsabilité des uns, l’égoïsme des autres, le défaut de solidarité de tous. Soit le fléau du moralisme. Car le moralisme est bien cette pensée indigente qui rapporte tout aux qualités morales des acteurs sans jamais voir ni les structures ni les rapports : rapports de force, de convenance ou de disconvenance, de compatibilité et de viabilité. On ne compose une totalité collective viable que si l’on met ensemble des parties qui entretiennent entre elles des rapports de compatibilité minimale. Et si cette compatibilité tombe sous un certain seuil critique, alors la totalité — tautologiquement — court à la décomposition. Le rapport entre la croyance monétaire allemande et les blocs d’affects de certains autres peuples européens est en train d’atteindre ce seuil. L’incompatibilité, restée masquée tant qu’un environnement macroéconomique pas trop défavorable permettait de tenir à peu près les objectifs, était vouée à devenir criante au premier point de crise sérieuse. Depuis 2009, nous y sommes.

Le droit des Allemands de ne pas vouloir voir enfreintes les règles auxquelles ils tiennent par-dessus tout est finalement aussi légitime que celui des Grecs à ne pas être précipités aux tréfonds de la misère quand on les leur applique. C’est donc d’avoir imaginé faire tenir ensemble durablement ces deux droits sans penser aux conditions où ils pourraient devenir violemment antagonistes qui était une mauvaise idée. Ou alors il faut disposer des institutions qui rendent un peu plus compatibles les incompatibles, par exemple une union de transfert, sous la forme d’une (très significative) assurance-chômage européenne — le rapiéçage minimal quand, par ailleurs, tant de lourds problèmes demeureraient. Ceci en tout cas n’a rien d’une question de morale, c’est une question de structures, capables ou non d’accommoder des forces politiques centrifuges au sein d’un ensemble mal construit, et menacé d’une perte complète de viabilité pour n’avoir pensé aucune régulation de la divergence. Si l’Allemagne ne veut pas entendre parler d’annulation d’une (part de) dette qui ne peut qu’être annulée, il s’en suivra logiquement l’éclatement de la zone euro.

Et par tous les bouts. Car il ne faut pas s’y tromper : si d’aventure il se formait une coalition d’Etats-membres pour soutenir cette annulation, et plus généralement une réforme d’ampleur des principes monétaires de la zone, c’est l’Allemagne, éventuellement accompagnée de quelques semblables, qui menacerait de prendre le large, au nom de la défense de ses irréfragables principes — Gerxit et non Grexit, l’hypothèse constamment oubliée.

***

Il ne faut donc pas se tromper dans l’appréciation de la portée de l’événement oχi. Il est des plus que douteux que le gouvernement Syriza obtienne davantage que des concessions marginales — dont il lui appartiendra de faire comme il peut une présentation triomphale… Mais ça n’est pas ainsi qu’il faut juger de l’événement, car c’est un ébranlement d’une tout autre sorte qui s’est produit dimanche 5 juillet. L’ébranlement d’un peuple entier entré en rébellion contre les institutions européennes. Et l’annonce d’un crépuscule — donc aussi d’une aube à venir.

Ce qui s’est trouvé enfin condamné et appelé à l’effacement historique sous cette poussée d’un peuple, c’est une époque et ses hommes. Nous allons enfin entrer dans l’agonie de l’économicisme, cette dégénérescence de la politique, une vocation à la non-politique qui, comme de juste, ne cesse pas de faire de la politique — de même que la « fin des idéologies » est le dernier degré de l’idéologie —, mais de la pire des façons, au tréfonds d’un mélange de mensonge et d’inconscience. Seuls de grands cyniques étaient capables de voir que le règne gestionnaire, la réduction économiciste de tout, qui se targuent de préférer l’administration des choses au gouvernement des hommes, comme l’auront répété en boucle tout ce que le néolibéralisme a compté d’idiots utiles, seuls de grands cyniques, donc, étaient capables de voir qu’il y avait dans cette profession de foi anti-politique la plus sournoise des politiques.

Quitte à être du mauvais côté de la domination, il faut regretter qu’il n’y ait pas plus de cyniques. Eux au moins réfléchissent et ne se racontent pas d’histoires — ni à nous. On leur doit l’estime d’une forme d’intelligence. Mais quand les cyniques manquent ce sont les imbéciles qui prolifèrent. Le néolibéralisme aura été leur triomphe : ils ont été partout. Et d’abord au sommet. Une génération d’hommes politiques non-politiques. Le pouvoir à une génération d’imbéciles, incapables de penser, et bien sûr de faire de la politique. Le gouvernement par les ratios est le seul horizon de leur politique. On comprend mieux le fétichisme numérologique qui s’est emparé de toute la construction européenne sous leur conduite éclairée : 3 % [3], 60 %, 2 %. Voilà le résumé de « l’Europe ». On comprend que ces gens soient réduits à la perplexité d’une poule devant un démonte-pneu quand survient quelque chose de vraiment politique — un référendum par exemple. La perplexité et la panique en fait : la résurgence des forces déniées est un insupportable retour du refoulé. Qu’il y ait des passions politiques, que la politique soit affaire de passions, cela n’était pas prévu dans le tableur à ratios. Aussi observent-ils, interdits, les événements vraiment politiques : la quasi-sécession écossaise, les menaces équivalentes de la Flandre ou de la Catalogne — le sursaut grec, évidemment. Le choc de l’étrangeté est d’ailleurs tellement violent qu’ils s’efforcent spontanément de le recouvrir. Comme la guerre de Troie, les référendums n’ont pas eu lieu.

En une tragique prédestination à l’échec, c’est à cette génération qu’a été remise la construction européenne. On lui aura dû cette performance, appelée à entrer dans l’histoire, d’une monnaie unique sans construction politique — catastrophe intellectuelle typique de l’économicisme qui croit à la souveraineté de l’économie, et pense que les choses économiques tiennent d’elles-mêmes. Même leur réveil tardif, et brutal, est aussi pathétique que le sommeil épais d’où il les tire : « il faut une Europe politique ! » Mais le pyjama est de travers, le cheveu en bataille et les idées encore un peu grumeleuses. C’est qu’il ne suffit pas d’en appeler à une Europe politique pour qu’ipso facto elle advienne. La formation des communautés politiques n’est pas un jeu de Meccano. Comment fait-on vivre ensemble des idiosyncrasies hétérogènes ? Par quelles formes institutionnelles peut-on espérer réduire leurs incompatibilités ex ante ? Quelles sont les contraintes d’une économie générale de la souveraineté ? Quelles sont les conditions de possibilité d’acceptation de la loi de la majorité ? Sont-elles nécessairement remplies ? Et dans le cas présent ? Tiens, on va aller poser toutes ces questions à Michel Sapin.

Lire « Un peuple européen est-il possible ? », Le Monde diplomatique, avril 2014.Comme un symptôme du degré ultime de soumission à l’ordre des choses qu’aura incarné la « social-démocratie », c’est en effet au Parti socialiste qu’on trouve les plus beaux spécimens de la catastrophe : Sapin donc, mais aussi Macron, Valls, Moscovici, et bien sûr, primus inter pares, Hollande. Les figures ahuries du gouvernement des ratios et, en temps de grande crise, les poules dans une forêt de démonte-pneu. Un cauchemar de poules. Il faut les regarder tourner ces pauvres bêtes, désorientées, hagardes et incomprenantes, au sens étymologique du terme stupides. Tout leur échappe. D’abord il y a belle lurette que les ratios ont explosé à dache, mais la vague angoisse qui les gagne leur fait bien sentir que c’est plus grave que ça : ça pourrait ne plus être une affaire de ratios… La pensée par ratios risque de ne plus suffire. Il faudrait refaire « cette chose… » : de la politique. « Mais comment faire ? Nous ne savons pas ».

On le sait qu’ils ne savent pas. Le pire, d’ailleurs, c’est quand ils font comme s’ils savaient. Qu’ils s’essayent à la « vision ». « Il faut que les jeunes Français aient envie de devenir milliardaires », voilà la pensée des ratios dans son effort de « prendre de la hauteur ». Les ratios en hauteur, ça donne ça : la vision civilisationnelle d’Emmanuel Macron. Voici les gens que nous mandatons pour nous conduire. Mais où peuvent-ils nous emmener si ce n’est au désastre — civilisationnel, précisément ? Comment imaginer que l’Europe à tête de bulot ait pu aller ailleurs qu’au naufrage ? Quelqu’un depuis vingt ans a-t-il éprouvé le moindre tremblement à un discours européiste ? Senti le moindre souffle ? Peut-on composer une épopée autre que grotesque lorsqu’on met bout à bout les odes à l’Europe sociale d’Elisabeth Guigou et de Martine Aubry, les bafouillements de Jacques Delors, les chuintements de Jean-Claude Juncker, les hystéries de Cohn-Bendit, les commercialismes de Lamy, les fulgurances charismatiques de Moscovici, et tant d’autres remarquables contributions à la chronique d’un désastre annoncé ? La vérité est qu’il suffisait de les écouter, ou plutôt de tendre l’oreille, en fait de percevoir l’absence de toute vibration, pour se pénétrer de la certitude de l’échec : une entreprise historique conduite par des gens de cette étoffe ne pouvait qu’échouer.

Il ne faut pas faire acception de cas singuliers : c’est bien une génération entière qui est en cause. La génération du néolibéralisme. Les autres pays ont les leurs, les mêmes : Barroso, Renzi, Monti, Zapatero, Verhofstadt, etc., tous ont été formés dans la même matrice, la matrice d’une époque. Comment l’économicisme néolibéral qui est une gigantesque dénégation du politique ne pouvait-il pas engendrer sa génération d’hommes politiques ignorants de la politique ? « Abandonnez ces sottises, regardez les ratios, ils ne sont ni de droite ni de gauche », on ne compte plus les décérébrés qui, répétant cet adage, auront cru s’affranchir de la politique, en faisant la pire des politiques : la politique qui s’ignore.

Et ceux-là auront été partout, pas seulement sous les lambris. Car c’est tout un bloc hégémonique qui aura communié dans la même éclipse. A commencer par ses intellectuels organiques, si vraiment on peut les appeler des intellectuels puisque, de même qu’il a fait dégénérer les hommes politiques, le néolibéralisme n’a produit que des formes dégénérées d’intellectuels : les experts. Et forcément : l’économicisme néolibéral ne pouvait se donner d’autres « intellectuels » que des économistes. Les dits think tanks auront été la fabrique de l’intellectuel devenu ingénieur-système. A la République des Idées c’était même un projet : en finir avec les pitres à chemise échancrée, désormais le sérieux des chiffres — la branche universitaire de la pensée des ratios.

Et derrière eux toute la cohorte des perruches — les journalistes. Fascinés par le pseudo-savoir économique auquel ils n’ont aucun accès de première main, ils ont gravement répété la nécessité de commandements économiques auxquels ils ne comprennent rien — de la même manière, on peut le parier, que, têtes vides, ils se la laisseront remplir par le nouvel air du temps et soutiendront exactement l’inverse dès que les vents auront tourné.

Il faut déjà les imaginer perturbés et angoissés par le conflit renaissant des autorités, comme des enfants devant la dispute des parents. Car on entend des économistes dissonants — si ce ne sont que des hétérodoxes, ça n’est pas trop grave. Mais il y a aussi ces prix Nobel qui disent autre chose — c’est tout de même plus sérieux. Pire encore, de l’intérieur même de la curie, du dissensus se fait entendre : des économistes du FMI suggèrent mezza voce qu’il aurait pu y avoir quelques erreurs… du FMI, une sombre histoire de multiplicateur [4], mais on comprend bien que l’édifice doctrinal n’était pas, comme on le croyait, en marbre de Carrare. Que le monde ait été plongé en plein chaos en 2008, que des pays européens se tapent des descentes façon Grande Dépression années trente, non, cela ne pouvait avoir aucun effet sur les perruches, tant que la volière restait bien arrimée : ouvrir les yeux pour s’interroger ne sert à rien puisqu’il suffit d’écouter les réponses qui font autorité. Mais quand l’autorité commence à se craqueler, et que le clou menace de céder ?…

Pour l’heure il tient encore. On dépayse la volière et les perruches prennent le chemin d’Aix-en-Provence, où l’on va se réchauffer, et se rassurer, entre soi. On reviendra dûment regonflé en répétant les éléments de langage avec d’autant plus de conviction qu’ils ne sont pas reçus comme des éléments de langage mais comme des évidences qui parlent d’elles-mêmes : réforme, ne-pas-dépenser-plus-qu’on-ne-gagne (enfin-c’est-élémentaire), la-dette-qu’on-va-laisser-à-nos-enfants. Et puis pour les plus doués, ceux qui sont en classe supérieure : archéo-keynésianisme. C’est Emmanuel Macron qui le dit, et comme nous l’avons vu, c’est quelqu’un. Evidemment la perruche ignore cette phrase de Keynes, à qui ce serait faire insulte que de le mettre en simple comparaison avec Macron, cette phrase qui dit qu’il n’est pas de dirigeant politique qui ne soit l’esclave qui s’ignore d’un économiste du passé. C’est peu dire que Macron fait partie de ces esclaves inconscients et ravis. Et pour cause : il ne connaît même pas son maître. On va le lui indiquer. Son maître s’appelle Pigou. Une espèce d’Aghion de l’époque qui a si bien plaidé la cause de l’ajustement par les marchés que Hoover, Brünning et Laval ont dans un bel ensemble précipité leurs économies dans l’effondrement de la Grande Dépression. Emmanuel Macron, qui a appris à l’ENA l’économie dans la même version que son président l’histoire — pour les Nuls — ronronne de contentement en s’entendant dire « archéo-keynesien ». Et les perruches caquètent de joie tout autour. Le problème c’est qu’il est, lui, paléo-libéral. Et qu’il ajoute son nom à la série historique des années trente.

Et puis il y a l’élite : les twittos à selfie. Même au milieu des ruines fumantes de l’Europe effondrée, eux ne lâcheront rien : ce sera toujours la faute à autre chose, les Grecs feignants, les rouges-bruns, la bêtise des peuples, l’erreur, quand même il faut le dire, de trop de démocratie. Mais tous les systèmes ont leurs irréductibles acharnés et leurs obturés du jusqu’au bout.

Têtes politiques en gélatine, experts de service, journalisme dominant décérébré, voilà le cortège des importants qui aura fait une époque. Et dont les réalisations historiques, spécialement celle de l’Europe, seront offertes à l’appréciation des temps futurs. Il se pourrait que ce soit cette époque à laquelle le référendum grec aura porté un coup fatal. Comme on sait, il faut un moment entre le coup de hache décisif et le fracas de l’arbre qui s’abat. Mais toutes les fibres commencent déjà à craquer. Maintenant il faut pousser, pousser c’est-à-dire refaire de la politique intensément puisque c’est la chose dont ils ignorent tout et que c’est par elle qu’on les renversera.

L’histoire nous livre un enseignement précieux : c’est qu’elle a des poubelles. Il y a des poubelles de l’histoire. Et c’est bien. On y met les époques faillies, les générations calamiteuses, les élites insuffisantes, bref les encombrants à oublier. Alors tous ensemble, voilà ce qu’il faudrait que nous fassions : faire la tournée des rebuts, remplir la benne, et prendre le chemin de la décharge.

Notes

[1] Thomas Piketty, « Ceux qui cherchent le Grexit sont de dangereux apprentis-sorciers », Le Monde, 4 juillet 2015.

[2] Bernard Guetta, « De l’urgence de savoir défendre l’Europe », Libération, 26 février 2013.

[3] Cf. « La règle des 3 % de déficit est née sur un coin de table », Le Monde diplomatique, octobre 2014.

[4] Olivier Blanchard et Daniel Leigh, « Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers » (PDF), IMF Working Paper, janvier 2013.

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Walmart : la grande évasion fiscale

9 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La dette, #Grèce, #Le capitalisme;, #La finance dérégulée, #Les transnationales, #Le grand banditisme, #Terrorisme, #Le fascisme, #Le traité Transatlantique.

Walmart : la grande évasion fiscale

photo cc Mike Mozart

photo cc Mike Mozart

Une ONG a récemment révélé l’ampleur de l’évasion fiscale organisée au profit du géant américain de la distribution grâce au Luxembourg de Jean-Claude Juncker et aux Pays-Bas de Jeroen Dijsselbloem… deux dirigeants des "institutions" qui étranglent la Grèce.

 

L’ONG Americans for tax fairness (Américains pour la justice fiscale) a publié, le 17 juin, un rapport qui révèle comment Walmart, le géant mondial de la distribution, utilise les paradis fiscaux européens pour échapper à l’impôt sur ses bénéfices réalisés à l’étranger et pour diminuer ceux qu’il paye aux USA.

Au moins 25 des 27 compagnies de Walmart implantées en dehors des États-Unis (en Chine, au Japon, au Royaume-Uni ou au Brésil) sont chapeautées et détenues par des filiales établies dans des paradis fiscaux, soit près de 76 milliards de dollars d’actifs sur les 85 de sa division internationale. Au cœur de ce système, le Luxembourg, où Walmart aurait implanté 22 sociétés depuis 2009 sans même y détenir un magasin. Il a ainsi pu y déclarer 1,3 milliard de bénéfices entre 2010 et 2013... Et payer 1% d’impôts sur ceux-ci. Les Pays-Bas viennent en deuxième position dans le système avec cinq sociétés et 12,4 milliards de dollars d’actifs.

 

Walmart : la grande évasion fiscale

Certes, ces nouvelles révélations ne font qu’ajouter un cas supplémentaire aux nombreux autres révélés par les LuxLeaks. Ce qui nous ramène ici à cet enjeu essentiel : en même temps qu’il accordait à Walmart et à de nombreuses autres multinationales les moyens d’évasion fiscale à grande échelle que décrit l’ONG américaine, Jean-Claude Juncker présidait l’Eurogroupe qui imposait à la Grèce une purge austéritaire destructrice sans se préoccuper le moins du monde d’y combattre l’évasion fiscale. Idem pour le plan de sauvetage de l’Irlande. Et aujourd’hui, son successeur Jeroen Dijsselbloem, le ministre des Finances des Pays-Bas, est l’un des plus acharnés à imposer de nouvelles coupes dans les retraites des Grecs et des hausses de la TVA au lieu d’augmentations fiscales ciblées sur les grandes entreprises et de la lutte contre le système d’évasion fiscale grec.

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Un insider raconte: comment l'Europe a étranglé la Grèce

9 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #Economie, #La dette, #La France, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Le fascisme, #Terrorisme

Un insider raconte: comment l'Europe a étranglé la Grèce

|  Par christian salmon

Quelques jours avant le référendum, un conseiller important du gouvernement grec, au cœur des négociations avec Bruxelles, a reçu Mediapart. Il raconte les cinq mois du gouvernement de Syriza, les discussions avec les Européens, la situation catastrophique de la Grèce. Il détaille surtout la stratégie d'étouffement mise en place méthodiquement par l'Eurogroupe et l'asphyxie financière qui a détruit l'économie grecque. Voici le texte de cet entretien au long cours.

 

Athènes, de notre envoyé spécial.-  Quelques jours avant le référendum, un conseiller du gouvernement a reçu plusieurs journalistes français, dont Christian Salmon pour Mediapart (lire notre boîte noire). Il leur a raconté les cinq mois du gouvernement de Syriza, les discussions avec les Européens, la situation catastrophique de la Grèce. Notre interlocuteur était durant tout ce temps au cœur de la machine ministérielle en charge des négociations avec l'Union européenne. Il n'est pas tendre avec les institutions, décrit une stratégie délibérée d'étouffement menée par les institutions européennes, mais juge aussi sévèrement certaines décisions du gouvernement grec. Voici son récit au long cours. (traduction Martine Orange)

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Depuis le début, je n’étais pas d’accord sur la façon dont nous avons négocié avec les Européens. Le gouvernement grec a eu des discussions, des arrangements sur la politique budgétaire, sur les conditionnalités, etc. Mais dans ces discussions, c’était toujours le gouvernement qui faisait les concessions, qui se rapprochait de la Troïka, sans qu’eux [les Européens] ne fassent le moindre mouvement vers nous. Ils n’ont jamais discuté de la dette : la restructuration de la dette, sa soutenabilité. Ils n’ont jamais discuté des financements : est-ce que la BCE allait lever toutes ses restrictions ? Dans quelles limites les banques allaient-elles pouvoir emprunter, et l’État emprunter aux banques ?

Parce que nous ne pouvons rien emprunter. Nous pouvions le faire jusqu’en février. Nous pouvions encore émettre des billets de trésorerie. Des titres à court terme, des obligations à taux fixe à trois mois, la plupart à un an. Mais ce gouvernement n’a jamais été autorisé à utiliser de tels instruments. À son arrivée, c’était fini. La BCE a dit « plus de billets de trésorerie » (voir La BCE lance un coup d’État financier).

Alors, l’État ne pouvait plus emprunter auprès des banques. Aussi, à partir de mars, nous avons commencé à économiser tout ce que nous avons pu dans les dépenses de l’État. Nous avons regroupé toutes les réserves d’argent des différentes branches, des agences, des autorités locales pour payer le FMI. Nous avions un problème avec les finances publiques, avec l’excédent primaire, nous ne pouvions pas payer le FMI, alors nous avons dû gratter partout. Cela a conduit à une réduction interne de la liquidité en cash. Les banques, les entreprises exportatrices, les entreprises manufacturières ne pouvaient plus emprunter. Les gens ne pouvaient plus payer leurs dettes. Ils ne pouvaient plus obtenir la moindre extension de crédits. Le système de crédit a commencé à ne plus fonctionner, à se désintégrer.

Bien sûr, les banques avaient des réserves de sécurité. Mais quand ils sont arrivés au point de décider que les banques ne pouvaient même pas accéder aux fonds d’urgence de liquidité [emergency liquidity assistance, ELA], les banques ont dû fermer, parce qu’elles ne pouvaient pas épuiser leurs réserves.

Les entreprises qui ne versent pas les salaires sur des comptes bancaires ne peuvent pas payer leurs salariés en cash. Et il y en a beaucoup. Elles disent : « Nous n’avons aucun chiffre d’affaires, alors je vous verse 500 euros au lieu de 800. Nous verrons ce qui arrive après la réouverture des banques. » Nous sommes dans une situation qui, d’escalade en escalade, se transforme en réaction en chaîne, une sorte de lente panique bancaire et d’effondrement. C’est une sorte d’infarctus, si vous voyez la liquidité comme le sang de l’économie. Le week-end dernier, quand la BCE a tout arrêté, nous avons eu une crise cardiaque. Maintenant nous en avons les contrecoups. Différents organes sont paralysés. Certains ont arrêté de fonctionner, d’autres essaient mais n’ont pas assez de sang.

Varoufakis n’est pas dans la norme

Le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem (de dos) et le Grec Yanis Varoufakis, en février à Athènes.Le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem (de dos) et le Grec Yanis Varoufakis, en février à Athènes. © Reuters.

Les gens se demandent pourquoi Yanis Varoufakis est si impopulaire au sein de l’Eurogroupe, pourquoi ils ne l’aiment pas… Beaucoup de gens disent qu’il semble toujours leur faire la leçon, qu’il paraît arrogant. Mais je pense que ces personnes, spécialement les politiques dans l’Eurogroupe, les autres ministres, ont vu un personnage très différent de tous ceux qu’ils ont pu rencontrer dans leur cercle, différent des autres élus dans le cadre d’un processus politique normal. Et c’est vrai, non ?

Vous avez un homme qui a sa propre manière de s’habiller [référence à ses blousons en cuir et à son absence de cravate – ndlr]. Il est très sûr de lui et en même temps il est très amical, très ouvert, très honnête. Quand vous lui posez une question, il ne tourne pas autour du pot, il ne change pas de sujet. Et cela crée une difficulté, à la fois pour les politiques, les journalistes et les médias. Rien que ces deux faits montrent que Varoufakis n’est pas dans la norme : il n’est pas convenable, aux yeux des autres. En même temps, c’est une célébrité et il suscite des avis très tranchés : soit vous l’aimez, soit vous le détestez.

Il y a une panique face à l'idée que même si les banques rouvrent, elles devront être recapitalisées

Normalement, la liquidité sur le marché, l’argent [en numéraire – ndlr] qui circule, se situe autour de 10 milliards d’euros. Maintenant, avec ce qui est arrivé, les gens gardent leur argent sous leur matelas, et la liquidité est autour de 50 milliards d’euros. 50 milliards d’euros en numéraire sont en circulation et la BCE a tout arrêté.

Les gens qui ont sur leur compte 20 000, 30 000, 40 000 euros, peuvent seulement tirer 60 euros par jour. Si vous avez plusieurs comptes, vous pouvez tirer plus. Mais que se passe-t-il pour les gens qui n’ont pas d’épargne, qui vivent de leur seul salaire ? À la fin de chaque mois, ils sont fauchés jusqu’à ce que le chèque arrive. Et soudain, ils ne peuvent obtenir que 60 euros.

C’est la fin du mois. C’est le moment où les gens sont payés. Ils font la queue devant les distributeurs et ils ont peur. Parce que les 60 euros sont devenus 50. Car les banques sont à court de billets de 20 euros. Alors depuis hier [2 juillet  ndlr], elles donnent seulement 50 euros. Seules les petites banques comme les banques postales, parce qu’elles ont moins de clients, peuvent encore accorder 60 euros par retrait. Mais les quatre grandes banques (National, Pireaus, Alpha et Eurobank) sont à court de billets de 20 euros. Alors, elles donnent des billets de 50 euros. De 60 euros, c’est tombé à 50.

Les réserves qu’elles avaient sont en train de s’épuiser. Si tout le monde retire 60 euros, va arriver le moment où les banques n’auront plus du tout de monnaie. Et c’est là que le problème commence. Dans ce cas, si nous n’avons pas accès aux fonds d’urgence de la BCE, nous n’aurons pas d’autre option que d’émettre une sorte de monnaie parallèle. 

Livraison d'argent dans une banque d'Athènes, dimanche 28 juin.Livraison d'argent dans une banque d'Athènes, dimanche 28 juin. © Reuters.

Ce serait la fin de l’économie. Il y a déjà la peur. Il y a une panique face à l'idée que même si les banques rouvrent, elles auront besoin d’être recapitalisées. Jusqu’à maintenant, elles étaient solvables. Mais si elles pouvaient avoir recours aux fonds d’urgence, elles auraient dû aussi être autorisées à emprunter directement auprès de la BCE. Mais la BCE a dit « non, à partir de maintenant, nous n’acceptons plus votre collatéral [titres mis en dépôt de garantie quand les banques se refinancent directement auprès de la Banque centrale  ndlr]. Vous devez emprunter plus cher auprès des fonds ELA ». C’est une de ces limitations qui frappent les banques. Mais si elles n’ont plus de réserves, l’État devra payer 40 milliards pour reconstituer le capital que les banques ont perdu après la restructuration [intervenue en 2012  ndlr] sur les vieilles obligations grecques.

Ces 40 milliards, c'est une partie du second programme de sauvetage de 2012 – signé après la restructuration de la dette privée (voir Grèce : les banques se sauvent, le désastre est toujours là) –, qui était d’environ 170 milliards, dont 50 milliards pour la recapitalisation des banques.

Mais il y a un autre problème. Dans le cadre de ce plan, les fonds publics (caisses de retraite, fonds de sécurité sociale, etc.) ont subi des pertes presque aussi importantes que les banques, si ce n’est plus, qui ont touché leurs réserves. Parce qu’ils ont été forcés, selon la loi, d’apporter leurs réserves à la banque centrale de Grèce et que la Banque centrale avait le droit d’utiliser ces fonds pour acheter des obligations en leur nom. 

Pour moi, cela a été un énorme scandale. Il semble que beaucoup d’hommes politiques, des banquiers, de nombreuses personnes averties, qui détenaient des obligations qu’ils avaient achetées à 20 % de leur valeur nominale, sont allés les apporter à la banque de Grèce. Et celle-ci les a remboursés sur la base de 100 % de la valeur. Ils ont eu leur argent et tout le fardeau de la décote a été transféré au public.

Ces fonds ont été forcés d’utiliser leurs réserves pour acheter les obligations d’État qui avaient perdu 70 % de leur valeur. Ces fonds, les fonds de retraite, sont confrontés aujourd’hui à un problème plus grave que les banques. Les fonds de retraite doivent planifier sur 15 à 20 ans pour être capables de payer les retraites, alors que la population âgée augmente et que la population active diminue. Ils doivent aussi verser les allocations chômage, etc. Aussi, tous ces verrous de dette reviennent à la surface en même temps.

Dès la fin février, en tout cas au milieu du mois de mars, il était évident que les créanciers n’allaient pas respecter l’accord du 20 février, qui prévoyait que la Grèce propose ses réformes et que la Troïka – les Institutions comme on les appelle maintenant – les évalue et donne son accord. Rien ne s’est passé comme cela.

Les Institutions ont constamment rejeté toutes les propositions de réforme sans les regarder. Varoufakis leur disait : « Laissez-nous compléter quatre ou cinq réformes sur lesquelles nous sommes tous d’accord et que nous considérons comme nécessaires, laissez-nous les mettre en œuvre et vous pourrez les évaluer et donner une appréciation. » Ils ont tout refusé en disant : « Non, non, nous avons besoin d’un accord-cadre global avant que vous lanciez ces réformes. Si vous mettez en œuvre ces réformes, ce sera une action unilatérale. Nous ne les avons pas encore approuvées – OK, nous sommes d’accord – mais nous n’avons pas encore arrêté l’excédent primaire budgétaire. »

Nous étions dans l’incapacité de faire quoi que ce soit. Dans le même temps, ils voulaient voir nos livres, les comptes des finances publiques au ministère des finances, ceux de la banque centrale, parce qu’ils n’avaient pas confiance dans nos chiffres. Varoufakis leur disait : « Revenons à l’accord du 20 février. Vous vous êtes engagés à ne plus superviser l’économie grecque. Et vous ne nous aidez pas à assurer la viabilité de l’économie afin de retrouver progressivement la croissance. C’était l’objectif de l’accord du 20 février, une extension du programme [d’aide] existant. Nous amendons, évaluons, complétons le programme au cours de ces quatre mois. Le 30 juin, le programme est fini. » Mais ils ont débranché les banques. Le 30 juin, le programme s’est arrêté. Et nous ne sommes plus dans aucun programme.

Et tout cet argent qu’ils nous doivent ! Environ 17 milliards d’euros, dont 10 milliards dans le cadre du fonds de stabilité financière qui, selon l’accord du 20 février, devaient nous être reversés. Nous n’avons pas reçu un centime depuis juin de l’an dernier. Depuis douze mois nous avons payé environ 10 milliards à nos créanciers, en tirant sur nos seules ressources, sans recevoir un seul euro de leur part, alors qu’ils avaient accepté de les donner, sous conditions bien sûr.

Une torture financière et budgétaire

Tous les prêts que nous avons reçus – 240-250 milliards – sont allés au service de la dette, et sont donc revenus aux créanciers. Le premier plan de sauvetage a été un sauvetage des banques et un transfert vers l’État. Nous n’avons reçu aucune aide financière pour les payer. Nous ne pouvions pas emprunter à court terme. Nous ne pouvions prendre aucune mesure pour améliorer la liquidité de l’économie : la BCE a imposé des restrictions, les unes après les autres. C’est ce que j’appelle depuis le début l’étranglement par le crédit.

À la mi-mars, certaines sources bruxelloises ont dit : « Oui, les Institutions (BCE, FMI, Commission) utilisent le crédit pour vous asphyxier, afin de forcer le gouvernement à se soumettre et à accepter les réformes. Faites-le vite. » Pour moi, c’était admettre qu’ils utilisaient le pire des moyens de chantage économique contre le pays. La pire des sanctions économiques. Voyez comment ça s’est passé en Irak ; au lieu d’imposer un embargo commercial, les Américains auraient pu dire : « Nous coupons tous vos actifs, vos banques n’ont plus d’argent, plus de dollars, plus rien, vous ne devez compter que sur les seuls billets de banque, vous allez avoir des restrictions. » Mais ils n’ont pas fait cela en Irak. Il y a eu un embargo commercial, pas une asphyxie organisée financière ou du crédit. Parce qu’à un moment, graduellement, c’est la mort. On ne peut survivre à un tel traitement très longtemps. Varoufakis a appelé cela le supplice de la baignoire (waterboard). Une torture financière et budgétaire.

J'ai entendu quelqu'un dire à Varoufakis : « Nous devons faire savoir qu’ils sont en train de commettre un crime équivalent à un crime contre l’humanité. Toute l’économie du pays est détruite. Les gens sont pauvres et sans logis, y compris les enfants. C’est cela la situation. Ces faits ont été conduits de façon intensive pour conduire à une forme de chantage qui est un crime par rapport aux lois internationales, aux traités européens. Nous ne pouvons continuer comme cela car cela reviendrait à ce que nous légitimions ce crime. » Pour moi, c’est abominable. Ce n’est pas une négociation, c’est un acte de torture, comme s’ils nous demandaient de donner les noms des partisans.

Malheureusement, Varoufakis croit encore, croit toujours qu’il peut les raisonner, les amener à négocier. La seule solution qu’il reste aux Institutions est de pousser la crise à son paroxysme, et après de décider. Décideront-ils ou non de mener l’économie grecque à l’effondrement ?

Le gouvernement pensait qu'aller jusqu’à l’effondrement de l’économie grecque provoquerait l’effondrement de l’économie mondiale. Cela ne s’est pas produit et j’en suis navré. J’ai suivi l’évolution de l’euro, comment il a réagi face à leurs expérimentations. Schäuble [ministre allemand des finances  ndlr] et Berlin sont intelligents. Ils ont alimenté artificiellement la crise : « Les Grecs ne sont pas coopératifs. Ils n’ont pas compris ce qu’il faut faire. Ils ne donnent aucun chiffre. » Or, au lieu de chuter, l’euro a monté. Cela a été pareil sur les marchés boursiers.

Ce n’est qu’au cours de la dernière semaine [avant le référendum  ndlr] que les responsables grecs ont pris la mesure de ce qui se passait. Varoufakis a fait plusieurs déclarations à ce sujet, disant que nous devions nous adresser à la Cour européenne de justice. Mais une fois que la crise a explosé, les arguments légaux ne sont plus d’aucun secours.

J’avais dit que Tsipras devait aller au parlement européen et révéler publiquement la façon dont ils étaient traités ces derniers mois, et pourquoi il refusait de mettre en œuvre ces mesures d’austérité, pourquoi il préférait perdre les élections que d’instaurer ces mesures. Chaque fois qu’ils ont essayé de mener des négociations politiques, ils se sont fait balader. Vingt fois avec Merkel, cinq fois avec Schäuble. Combien de réunions de l’Eurogroupe se sont terminées par « retournez vers les équipes techniques, retournez vers la Troïka » ? Les Grecs ont demandé une décision politique. Il leur a été répondu : « Notre décision politique est d’en référer aux équipes techniques. Vous ne pouvez avoir de décision politique sans une décision technique. »

À chaque étape, ils ont essayé de détruire le prestige qu’avait gagné le gouvernement grec au cours du premier mois de la négociation. À cette période, les Européens disaient : « C’est un nouvel espoir pour l’Europe, pour l’Allemagne, l’Espagne. Les Grecs nous montrent le chemin. » S’ils avaient dit d’emblée : « C’est fini. Nous n’acceptons plus de négocier », ce qu’ils ont dit indirectement à Dijsselbloem [ministre des finances des Pays-Bas, patron de l’Eurogroupe  ndlr] par exemple, cela aurait été clair. Nous serions allés au clash. Mais ils n’ont pas fait cela. Il y a eu un Eurogroupe, un autre Eurogroupe, des réunions de travail et encore et toujours des Eurogroupe… les Européens ont créé une foule de pseudo-négociations. Du temps perdu qui a été gagné de leur côté. Pendant tout ce temps, ils ont mené campagne contre Varoufakis, l’ont assassiné médiatiquement. Et lui continuait à négocier. Qu’espérait-il ?

"Non. Pour la démocratie et la dignité", dit l'affiche de Syriza"Non. Pour la démocratie et la dignité", dit l'affiche de Syriza © Amélie Poinssot

Nous en sommes là. Nous avons perdu tout appui économique pour trouver les termes d’un nouvel accord et perdu toute crédibilité pour les forcer à négocier avec nous. Le gouvernement Tsipras dit que quand ils nous ont présenté l’ultimatum, l’accord à prendre ou à laisser, celui-ci comportait des mesures pires que celles qu’ils avaient exigées du précédent gouvernement. L’aile droite du gouvernement, Tsipras et Varoufakis, se sont dit « soit nous allons au parlement avec la répétition du scénario chypriote : avec dans le week-end la BCE qui dit au parlement : "vous prenez des mesures ou lundi il n’y a plus de banque" ». Soit ils faisaient ce qu’ils ont fait, ce qui était le bon mouvement : ils allaient au référendum, ce qui impliquait qu’ils auraient à endurer ce qui s’est passé à Chypre pour une semaine.

Ils pensent que la situation rapprochera du terme d’un accord. Mais les Européens n’en ont rien à faire d’une crise mondiale ou européenne, ou même d’un effondrement. Oui, les bourses ont chuté, oui, il y a eu des fluctuations monétaires, la livre a monté. Mais à la fin, les Européens ne sont pas plus prêts à trouver un accord qu’auparavant.

Varoufakis et Tsipras disaient qu’en cas de victoire du non, leur position serait renforcée pour en finir avec ce type d’accord qui exclut une restructuration de la dette ou l’ajustement budgétaire. Car aujourd’hui les sommes dues par les Européens (17 milliards d’euros), plus 16 (ou 20 milliards) par le FMI sont perdues, le programme est fini. Et un nouvel accord est nécessaire. La première chose à faire est d’aller quémander des fonds d’urgence auprès de la BCE. Mais les Européens disent qu’ils ont besoin de retourner devant leur parlement, etc. Une recapitalisation (des banques) s’impose pourtant pour faire fonctionner à nouveau l’économie. C’est la condition première pour établir un nouveau programme. 

Faire savoir au monde entier que l’Eurozone est en train de commettre un crime contre l’humanité

En même temps, même discuter d’un Grexit est problématique – c’est illégal puisqu’il n’existe aucune disposition dans les traités qui l’autorise –, mais les Européens n’ont pas osé utiliser cet argument. Il n’y a aucune garantie que la sortie de l’euro pour la Grèce puisse se faire de manière ordonnée, négociée, pacifique, plutôt que de façon désordonnée avec des gens courant dans les magasins pour faire des provisions. Si un processus de sortie de l’euro n’est pas mis en place, alors la sortie est une arme de destruction massive. Si vous menacez quelqu’un d’une sortie de l’euro, vous poussez aux limites la résistance du système bancaire, alors vous détruisez rapidement le système bancaire et après vous fouillez dans les ruines pour créer une nouvelle monnaie, qui prendra des mois avant d’apparaître.

Ils ont dit que ce serait destructeur et désastreux pour nous, comme cela l’est pour vous. D’abord, je ne suis pas d’accord avec cette position. C’est un chantage. Et cela permet aux autres de nous accuser de chantage. C’est ridicule d’accuser un pays détruit pendant cinq ans de chantage. C’est un mauvais argument. Le bon argument est que la sortie de la Grèce de l’euro, comme toutes les autres mesures que les Grecs ont subies, est illégale au regard de la loi internationale, des lois du travail, des traités européens, de la déclaration européenne des droits de l’homme, de la déclaration européenne du travail. Début 2014, le parlement européen avait commencé à attaquer la Troïka, en lui reprochant son illégalité, d’imposer des mesures qui détruisaient les droits de l’homme, les droits du travail… Mais nous avions un gouvernement qui ne voulait pas entendre parler de cela. Il préférait attaquer l’opposition plutôt que les créanciers. Il n’a pas vu que c’était l’arme la plus puissante que nous avions.

Alexis Tsipras arrive au palais présidentiel, lundi 6 juillet à Athènes.Alexis Tsipras arrive au palais présidentiel, lundi 6 juillet à Athènes. © Reuters

Quand vous êtes du côté des faibles, il n’y a que deux voies : l’une est celle de la loi – en appeler à la légitimité –, l’autre est celle de la vérité – qui est dans le vrai, qui est dans le faux dans ses arguments et au regard des droits de l’homme. Selon la loi, tous les hommes sont égaux. C’est le fondement de la démocratie représentative. Aussi, si vous en appelez à la Cour européenne de justice en disant « je ne suis pas traité équitablement en tant que membre de l’Union européenne, de l’Otan », ils ne peuvent ignorer votre cause.

Mais si vous empruntez la voie légale, cela peut être très long. Alors je ne pense pas à cela. Vous devez atteindre la délégitimation politique : faire savoir au monde entier que l’Eurozone est en train de commettre un crime contre l’humanité. Le prouver dans dix ans, cela m’indiffère. Mais si vous déposez votre dossier devant la Cour et que vous dites : « Jusqu’à ce vous ayez examiné le dossier, ces mesures doivent cesser »… 

Aujourd’hui c’est trop tard. C’est une question d’hégémonie politique et idéologique. Au début, Varoufakis seul, avec ses arguments, a entrepris de renverser l’opinion publique en Europe et même en Allemagne. Les responsables de l’Eurogroupe ont riposté. Au début de février, Dijsselbloem a dit à Varoufakis : « Soit vous signez le mémorandum, soit votre économie va s’effondrer. Comment ? Nous allons faire tomber vos banques. » Le président de l’Eurogroupe a dit cela. Dans son dernier entretien à la télévision publique grecque, il y a deux jours, Yanis Varoufakis a expliqué : « Je n’ai pas dénoncé ces propos à l’époque parce que j’espérais que la raison prévaudrait dans les négociations. »

Alors pourquoi n'avons-nous pas été soutenus ? Tout simplement parce que l'Eurogroupe n’est pas un organe qui fonctionne de façon démocratique. Ils [le gouvernement grec] l’ont découvert à nouveau trop tard quand les Européens ont voulu exclure Varoufakis après l’annonce du référendum. Il y avait une volonté d’humiliation. Varoufakis a demandé : « Qui a décidé cela ? » Dijsselbloem lui a répondu : « J’ai décidé. » N’y aurait-il pas dû y avoir un vote ? Cette décision n’aurait-elle pas dû être prise à l’unanimité ? Dans un fonctionnement normal, bien sûr. Mais à l’Eurogroupe, ce n’est pas nécessaire, parce qu’il n’y a aucun compte-rendu écrit. Aussi, il n’y a rien de formel. Quand un responsable sort de l’Eurogroupe, il peut raconter ce qu’il veut. Personne ne peut dire : « Avez-vous vraiment dit cela ? Regardons le compte-rendu. » Il n’y a pas de minutes des débats.

Varoufakis a dit qu’il avait enregistré les réunions, parce qu’il devait rapporter au premier ministre et aux autres membres du gouvernement ce qu’il s’y disait. Les autres ont crié. Il a décrit des incidents qui prouvent que l’Eurozone est totalement non démocratique, presque néofasciste. Trop discuter avec Schäuble peut être dangereux, parce que vous risquez de ne pas obtenir les financements. Les banques allemandes veulent leur argent. C’est une organisation où vous ne pouvez pas faire entendre votre voix. Personne d’autre que Varoufakis n'a parlé ouvertement. Schäuble a dit : « Combien voulez-vous pour quitter l’euro ? » Il ne veut pas de la Grèce dans l’euro. Il a été le premier à parler de la sortie de la Grèce en 2011.

Nous sommes partis à la bataille en pensant que nous avions les mêmes armes qu’eux. Nous avons sous-estimé leur pouvoir. C’est un pouvoir qui s’inscrit dans une vraie fabrique de société, dans la façon de penser des gens. Il se fonde sur le contrôle et le chantage. Nous avons très peu de leviers face à lui. L’édifice européen est kafkaïen. 

 

 

Cet entretien a été réalisé quelques jours avant le référendum dans le cadre d’une enquête menée par Christian Salmon, envoyé spécial de Mediapart. À la suite d’une demande d’interview que Christian Salmon avait adressée à un ministre du gouvernement, il a été contacté par un de ses conseillers qui a proposé un rendez-vous pour le soir même. À la terrasse d’un café situé au fond d’un passage près de la place Syntagma, le conseiller du gouvernement a raconté pendant près de deux heures les cinq mois du gouvernement, ses erreurs tactiques, les discussions avec les Européens, la situation catastrophique de la Grèce. Le conseiller grec interrogé dans cet article n'a accepté de donner cet entretien qu'à la condition que son anonymat soit respecté. 

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Crise en Grèce: les 10 phrases choc du discours d’Alexis Tsipras devant le Parlement européen

9 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #Economie, #La France, #La dette, #Les transnationales, #La finance dérégulée, #Terrorisme, #Le grand banditisme, #Le fascisme

Crise en Grèce: les 10 phrases choc du discours d’Alexis Tsipras devant le Parlement européen

 

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Alexis Tsipras s’est exprimé ce mercredi devant le Parlement européen. Voici les phrases à retenir de son discours.

 


Alexis Tsipras s’est exprimé ce mercredi devant le Parlement européen. PHOTO archives AFP

AFP

1 - « Nulle part ces programmes n’ont été aussi durs et longs qu’ils ne l’ont été en Grèce. Mon pays est devenu un champ d’expérimentation de l’austérité. L’expérience a échoué : le chômage, la pauvreté, la marginalisation sociale ont explosé. »

2 - « Nous souhaitons un accord avec nos partenaires, mais un accord qui montre qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. »

3 - « Je ne suis pas de ceux qui prétendent que tous les maux du pays sont à mettre sur le dos des étrangers. Si la Grèce est dans cette situation, c’est parce que, pendant des décennies, les gouvernements ont gouverné de façon clientéliste, sans contrôler la fraude fiscale. »

4 - « Ne laissons pas l’Union européenne se transformer en division de l’Europe. Nous voulons un compromis raisonnable pour éviter une rupture. »

5 - « Nous sommes déterminés, non pas à chercher l’affrontement avec l’Europe, mais à nous attaquer aux mentalités qui ont enfoncé la Grèce et la zone euro avec elle. »

6 - « Nous devons aboutir à une solution durable à la dette. Il ne doit pas y avoir de question taboue. Nous devons trouver une solution, aussi difficile soit-elle. »

7 - « Jusqu'à maintenant, les fonds européens ont été affectés au sauvetage des banques, ils ne sont jamais parvenus au peuple grec. »

8 - « Que les choses soient claires, les propositions du gouvernement grec pour financer ses obligations et restructurer sa dette ne visent pas à faire supporter ces charges par le contribuable européen. »

9 - « Si l’Europe n’est pas démocratique, elle aura beaucoup de mal à survivre aux moments difficiles que nous traversons. »

10 - « Le choix du peuple grec n’est pas le choix de la rupture avec l’Europe, mais celui du retour aux principes fondateurs : démocratie, solidarité, respect mutuel, égalité. »

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Le premier ministre grec Alexis Tsipras s'exprime devant le Parlement européen

8 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #La dette, #La France, #La finance dérégulée, #Europe supranationale, #Economie, #Le fascisme, #Terrorisme, #Le grand banditisme, #Le capitalisme;

Le premier ministre grec Alexis Tsipras s'exprime devant le Parlement européen

Le Monde.fr | 08.07.2015

Etonnant le silence des commentateurs habituels assez souvent critiques,hosties ou insultants à l'égard des grecs et de Tsipras! Aucune langue de bois, chaque phrase dit clairement les choses, répond à une objection, s'adresse à une partie facile à déterminer de son auditoire. Remarquable, voire exceptionnel. Les grecs ont de la chance d'avoir un tel homme d'Etat, en cette période de leur histoire, et les citoyens d'Europe devraient être reconnaissants que la voix du peuple soit défendue ainsi.

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Comment la “bande” est devenue “la Secte”

8 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #Economie, #La guerre, #Grèce, #Terrorisme, #La France, #La finance dérégulée, #Le fascisme, #Le grand banditisme

Comment la “bande” est devenue “la Secte”

7 juillet 2015 – Il se trouve que l’UE et Bruxelles, avec ses divers satellites en très grand nombre, – mais nommons tout cela, provisoirement, “la bande à Bruxelles” à défaut d’autres expressions puisque celle-ci est promise à disparaître dans notre vocabulaire, – tout cela, donc, est devenu un phénomène fort proche du paranormal. Une de nos sources, de longue date à l’UE et ayant échappé à l’internement psychiatrique, nous disait ceci qui ne la compromet guère, qui est du détail mais du détail qui introduit bien le sujet et, en fonction de ce qui suit, justifie de son importance :

“Il y a quelques années, la consigne parmi les officiels-dirigeants était de faire le plus discret possible, notamment au niveau des apparats de fonction, et particulièrement dans le cas des voitures de fonction, pour suivre une politique de discrétion convenant à ce que l’on pensait et devait faire savoir de l’institution. Depuis quelques petites années, depuis quelques mois, c’est un déluge extraordinaire dans l’autre sens. On dirait que les constructeurs, – particulièrement nos fameux allemands, – ne cessent de faire plus gros, plus massifs, plus blindés, leurs énormes 4x4 et SUV, etc., en charge des officiels, spécialement conçus pour les officiels, – Juncker est l’un des champions dans ce domaine ... Ils ressemblent de plus en plus à d’énormes blockhaus blindés, d’une puissance et d’un luxe inouïs, intouchables, toutes vitres teintes, s’étirant en longs convois avançant comme des chars russes envahissant l’Ukraine...” (La dernière image, sans doute pour se rattraper des confidences qui précèdent, qui sont absolument sacrilèges on s’en doute, – quoiqu’un peu marquée d’ironie, alors...)

Attention, cela n’est nullement pour introduire une critique des privilèges, qui n’est pas vraiment dans nos préoccupations parce que nous jugeons avoir dépassé le stade de ces querelles accessoires ; un autre souci nous anime... Il y a ceci que la “bande à Bruxelles” n’est pas en train de se transformer sous nos yeux mais elle est en train, à l’occasion de la crise grecque et sous nos yeux, de se découvrir pour ce qu’elle est en vérité, ou disons mieux encore de se découvrir pour ce qu’elle était promise à devenir en vérité. Déjà, dans la logique et dans le langage, elle ne dissimule plus son usage favori du sophisme et de l’inversion, tordant la logique à son profit avec une aisance qui nous fait penser que l’on se rapproche de la nature même de la chose. En voici un exemple, qui est à nouveau à mettre au crédit du même Juncker, manifestement le plus “nature“ de “la bande“, le plus naturel exposant de cette transmutation, sans le moindre regard détaché sur lui-même, acceptant sans complexe cette transmutation de soi puisque n’en ayant strictement nulle conscience, et même écartant l’idée d’avoir conscience de quoi que ce soit à son propre égard, parfait robot huileux-rugueux. Voici donc un rapide extrait de EUObserver du 7 avril 2015, avec la conclusion qui nous importe, et quelques extraits qui nous renseignent en même temps sur les piètres chances qu’ont les Grecs d’obtenir ce qu’ils semblent devoir espérer ou ce qu’on peut raisonnablement comprendre qu’ils espèrent après leur vote au référendum. (Nous soulignons de gras l’extrait qui nous importe.)

«Most eurozone leaders coming to Brussels for an emergency summit on Tuesday (7 July) are likely to maintain a tough line when Greek PM Alexis Tsipras presents his new bailout proposal. According to an EU source quoted by Greece's Kathimerini, 16 out of 18 of Tsipras' colleagues around the table are in favour of letting Greece leave the eurozone. Only France and Italy appear ready to accept Tsipras’ demands on debt relief and investments. [...]

»If the Greek government went to Brussels thinking its partners will change their minds because of the No, “then I think it is over,” Dutch prime minister Mark Rutte told MPs on Monday. “If things stay the way they are, then we're at an impasse. There is no other choice, they must be ready to accept deep reforms,” he said.

»Speaking at the European Parliament Tuesday, European Commission president Jean-Claude Juncker noted that “the ball is clearly in the Greek camp” and added that no one should expect a final agreement on Tuesday evening.»

La logique par rapport au bon sens des rapports politiques et les situations politiques appréciées selon le bon sens (et non selon les arguties juridiques, sinon il faut alors en juger de même du comportement de l’UE en général et il n’en restera pas grand’chose) donne ce simple constat à partir du moment où il est établi que c’est l’Eurogroupe, par sa puissance statutaire et sa puissance brute, qui mène le jeu, donc qui imposera sa loi finalement. Pourtant, alors que le référendum signifie un rejet des propositions de l’Eurogroupe en même temps qu’une réaction (ou tentative) de réaffirmation souveraine, un Juncker fait entrer la loi du “jeu égal”, comme s’il y avait négociation d’égal à égal, comme si Eurogroupe et Grèce c’était la même “ligue” : “puisque vous avez rejeté nos propositions, faites les vôtres” (“la balle est dans votre camp”). Cela est dit par un homme qui, après les élections du 25 janvier en Grèce, expliquait que «les normes européennes (traités, directives, etc.) avaient désormais prééminence sur la volonté populaire nationale exprimée par un État-membre» (voir le 4 juillet 2015), ce qui entérine effectivement le sophisme du “la balle est dans votre camp” puisque, quoi que vous fassiez, quelque balle que vous nous renverrez, c’est tout de même nous qui déciderons quoi en faire et quoi inscrire dessus. La même logique sophiste et invertie de Juncker par rapport aux principes de souveraineté et de légitimité est entérinée par Merkel-Hollande lorsqu’ils demandent aux Grecs d’avancer leurs propositions, “sérieuses et substantielles”,– bref comme l’on demande à une poularde, non seulement de tendre son coup pour que la lame s’enfonce mieux, mais de ne pas oublier de glisser la recette à laquelle elle sera cuite, – please, un peu de tenue...

(Avec cette précision de l’aigreur de Merkel, de plus en plus aigre, à côté de Hollande, de plus en plus poire dans sa placidité vantée pour réaliser des compromis entre Angela Hollande et François Merkel, – Merkel selon laquelle “les dix-huit pays de l’Eurogroupe, c’est aussi la démocratie” [autant qu’un référendum, hein], – vielle experte, la Merkel, qui aurait pu nous dire ça aussi du temps de sa jeunesse, que “c’est aussi la démocratie” les huit pays du Pacte de Varsovie, et puis la même chose des 28, – ou 29, ou 27, ou 31, qu’importe, – pays de l’OTAN. L’aigreur de Merkel s’explique en bonne part, – sentiment personnel, dans ce cas, – par la sensation qu’elle a de voir se détacher l’une de ses préoccupations majeures qui est de passer pour un “un grand homme d’État” [voir Alexander Mercouris sur Russian Insider, le 7 juillet 2015 sur “La Kaiser est nue”], – puisque réduite à être une bonne servante de “la secte” comme on le verra.)

Certains jugent cette situation pleine d’espoir tout de même, cela à partir de la victoire du “non”, lorsqu’elle est appréciée comme une affirmation de légitimité populaire et, sans doute de souveraineté. On a beaucoup entendu cette thèse et la jubilation qui va avec, notamment, en France, du côté des gens de “la gauche de la gauche” (Mélenchon & Cie). On comprend parfaitement la logique de ce discours et de la satisfaction qui l’accompagne, tout en doutant que la chose constitue pour l’instant un fait politique capable de peser d’une façon considérable sur la situation. Pour mieux apprécier la thèse dans toute son ampleur, on cite Jean-Numa Ducange, de tendance néo-marxiste, professeur d’histoire à l’université de Rouen (à Sputnik-français le 7 juillet 2015) : «La victoire écrasante du “non” est une excellente nouvelle pour la Grèce. Dans l'immédiat cela donne bien sûr un plus grand poids à Tsipras pour négocier (même si ce sera difficile) alors même que la plupart des médias européens se sont déchaînés contre lui et l'idée même du référendum, en annonçant avec des “sondages” que le oui allait l'emporter. C’est un désaveu cinglant des technocrates européens coupés du réel et ne disposant que d'une très faible légitimité démocratique et politique...

»C’est également une bonne nouvelle pour les autres peuples de l'Union européenne. Elle montre que l'on ne peut pas indéfiniment flouer les revendications populaires, à plus forte raison lorsqu'elles sont portées par un gouvernement élu qui fait preuve d'une grande audace et redonne la dignité à un peuple méprisé et humilié par les créanciers. On ne peut souhaiter qu'un effet domino pour les prochaines élections espagnoles et, pourquoi pas, françaises. C'est peut-être le début d'une nouvelle période historique pour une autre Europe...»

Donc, excellente nouvelle pour la Grèce, – et pour l’Europe, – c’est-à-dire pour les peuples grec et européen. Pourquoi notre scepticisme affleure-t-il pourtant ? Il y aurait beaucoup de réponses possibles, simples, rationnelles, de politique courante, sur les rapports de force, les impostures, les détournements, les comportements antidémocratiques, mais tout cela n’irait encore qu’aux “comment ?” qui ne sont que des composants, parfois intéressants mais toujours annexes, de la réponse à la question que nous posons. Nous avons déjà dit que ce qui nous importe, à nous, c’est de chercher la “Cause Première” ...

• Voir le 5 juillet 2015 : «Bien évidemment, plus les évènements progressent, plus les thèses sur l’aspect eschatologique de la catastrophe civilisationnelle que nous sommes en train de vivre se confirment dans leur diagnostic final selon leurs diverses composants et variantes, selon leurs divers points de vue, plus secondaires deviennent ces composants, variantes et divers points de vue qui forment les explications ou tentatives d’explication du déroulement du phénomène (le “comment ?”), et plus se dessine la question fondamentale de la Cause Première de ce destin (le “pourquoi ?”).»

• Ou bien encore, voir le 6 juillet 2015 : «Juste retour des chose que tout ce qui a débuté de notre aventure en Grèce il y a près de trois millénaires y trouve un point de rupture fondamental, un nœud gordien, – et sans doute, certainement y aura-t-il d’autres, – puisqu’il est question d’une civilisation devenue contre-civilisation, accouchée d’un Système, productrice de crises d’anéantissement entropique, – et ainsi, par le choc ainsi opéré notamment ce 5 juillet, posant et répétant à l’espèce et au monde, par les voix terribles de ce qui les nimbe, les entoure, les menace et les domine, éventuellement vient à leur aide selon les forces dont on parle, la question suprême de la Cause Première.»

Maintenant passons à l’aspect le plus risqué de ce F&C, qui concerne une réinterprétation de l’expression la “bande à Bruxelles” : qu’est-ce donc que cette expression-là, “bande à Bruxelles”, et n’y a-t-il pas autre chose à dire ... Surmontant la nausée qu’il est de bon ton d’afficher à chacune de ses interventions, nous reconnaîtrons discrètement mais fermement que l’avis de Marine Le Pen sur la “bande” est sans doute la meilleure image, le meilleur symbole, la meilleure définition trouvés jusqu’ici. Il s’agit d’une déclaration à Sud Radio, que rapporte Sputnik-français, le 6 juillet 2015, et qui introduit le mot qui nous importe :

«Les Européens doivent décider s'ils veulent continuer à vivre dans des démocraties ou s'ils acceptent de vivre dans ce qui apparaît de plus en plus comme une secte, a déclaré dimanche la présidente du Front national Marine Le Pen sur Sud Radio. “L'Union européenne a fait une pression inouïe sur les Grecs”, a déploré Mme Le Pen, se demandant si l’UE n'allait pas “imposer” à la Grèce un “gouvernement de technocrates”. “La vraie question est de savoir si on veut continuer à vivre dans des démocraties ou si on accepte de vivre dans ce qui apparaît de plus en plus comme une secte”, a indiqué Marine Le Pen. “L’Union européenne est devenue une véritable secte où on passe du lavage de cerveau, aux menaces, au chantage permanent...”»

Certes, le mot “secte” est extraordinairement bien approprié pour désigner “la bande à Bruxelles”, et nous le prendrons bien entendu dans son sens le plus polémique, éventuellement très péjoratif certes comme le traitement des “modernes” nous y a accoutumés, mais aussi avec quelque chose de plus que le courant de ce péjoratif ... Mélange de confrérie aveugle par l'évidence acquise et forcée délicieusement (il faut bien se ménager) selon l’argument d’une “excellence” partagée qui dispense de se référer non seulement aux lois courantes mais surtout aux impulsions principielles comme à une peste noire insupportable, d’ésotérisme de bazar richement doté, d’adoration des idoles (le “Veau d’Or” lorsque l’or reviendra à son cours normal, jusqu’aux 4X4 et SUV qu’on a vues), de djihadisme bruxellois complètement, absolument religieux et nécessairement intolérant, et donc qui serait par conséquent (on verra) absolument terroriste selon le mot de Varoufakis...

Est-ce ce mot-là (“terroriste”) qui lui coûta sa tête bien plus que ses Tea-Shirt aux séances de l’Eurogroupe ou dans les couloirs, ou sur sa moto ? Peut-être bien, dans tous les cas l’affaire a toute son importance au niveau personnel, montrant l’ambiance à la fois des relations et des humeurs des uns et des autres dans le cadre climatologique entretenu par “la Secte”, et essentiellement à cause du comportement de “la Secte”. Ernst Wolff, journaliste et auteur de World power FMI, affirme effectivement (à RT) que la démission de Varoufakis est l’effet direct de la pressions de “la Secte”, pour des raisons personnelles bien précises allant jusqu’à des gestes physiques, notamment l’insupportabilité ressentie par le Hollandais et président de l’Eurogroupe Dijsselbloem à l’encontre du ministre grec, et nullement pour des raisons objectives ou techniques de négociation, («The thing is – it just goes to show the true system of power that Greece is living under at the moment. Greece has been dominated by the institutions that are the ECB, the EU and the IMF since 2010 and the Greek government cannot do anything without the consent of these three institutions. And if they don’t want Varoufakis at the table then Varoufakis has to go.»)

Il n’y a rien, absolument rien d’essentiellement politique dans tout cela, – d’ailleurs d’une façon logique puisque la situation est à cet égard extrêmement fluide et défile très vite, – et d’ailleurs d’une façon encore plus logique puisque “la Secte” ne doute pas une seule seconde qu’elle balaiera Tsipras & Cie d’une pichenette finale et donc que le problème politique (et financier, et économique) est déjà réglé. C’est bien ceci qui nous importe : la formation, ou l’autoformation de la “bande de Bruxelles“ en “la Secte” constituant un phénomène psychologique majeur, précisément dans cette nébuleuse qui assure la direction européenne.

Il s’agit d’une formation que nous jugions selon notre appréciation spontanée, non organisée d’une façon systémique, du moins par une initiative humaine il s’entend, donc nullement de type “complotiste” qui impliquerait le sens des nuances, de la manœuvre, pour mieux enrober ou tenter d’enrober l’adversaire, l’amener à résipiscence avec un certain doigté qui permet ainsi à la communication de faire son travail de soigner l’emballage de la chose. A cet égard, l’on trouve confirmation, à notre sens, de cette situation dans le fait que la communication-Système (les journalistes et commentateurs-Système, les différents talk-shows-baptisés-“JT”) qu’on rencontre vaquant sur les chaînes d’info continue s’évertue depuis dimanche soir trouver diverses vertus à Tsipras pour mieux faire accepter l’idée que son écrasante victoire du “Non” de dimanche constitue en réalité une victoire du “Oui”, comme le veut secrètement Tsipras qui est devenu l’objet de toutes les vertus, pas loin d’être l'“un des nôtres” certes – encore plus sans Varoufakis, certes... Tout ce beau travail pour enrober le paquet-cadeau et faire passer la pilule est significativement contredit par nombre d’interventions cassantes de “la Secte”. (Les journaleux-Système font aussi partie de “la Secte” bien entendu mais ils sont d’abord comptable de leur travail de communication qui implique la meilleure action possible pour présenter la posture de “la Secte” et son action, et dans ce cas il s’agit évidemment de récupérer un Tsipras-vainqueur en l’amadouant pour mieux récupérer sa victoire au profit de “la Secte”, et transmuter le “non” en “oui”.)

Mise en place et opérationnalisation de “la Secte”

Elargissons notre vision pour l’inscrire mieux, pour l’avantage de la démonstration, dans la concrétude imagée de l’“opérationnel”, et tentant par là même de donner vie à cette hypothèse-générale-“la Secte” en lui offrant une chronologie historique. Nous avançons hypothèse chronologique secondaire que c’est en novembre 2013, à l’occasion de l’événement de la rencontre avec Ianoukovitch et les Ukrainiens, suivie de l’échec des négociations avec l’UE, puis de l’enchaînement vers la crise ukrainienne, et de la crise elle-même, que “la “bande à Bruxelles” s’est définitivement transmutée en “la Secte”. L’occasion était idéale : l’Ukraine et ses péripéties, menées par les bureaucrates-UE dont certains de pays de l’Est, et inspirées par des dirigeants de ces mêmes pays de l’Est de l’UE d’autant plus agressifs qu’ils étaient nouveaux membres et assez peu “Européens” dans l’esprit initial de la construction européenne, et totalement irresponsables par leurs poids respectifs dans l’UE ; il n’y avait aucun contrepoids sérieux du côté des dirigeants des principaux grands pays, totalement anesthésiés par une psychologie qui semble presque standard, – notamment la chancelière de fer qui s’avère plutôt de quelque chose entre le fer rouillé et le papier mâché, et le président-poire qui vaut ce que l’on sait qui vaut, doté comme Theodore Roosevelt disait du président McKinley d’un éclair en chocolat en lieu et place de sa colonne vertébrale. (On ajoutera, si l’on veut de l’exotisme pour faire trembler les foules les rêves bismarckiens-postmodernes de la chancelière rêvant du IVème Reich à la tête d’un pays privée d’armée, sous les écoutes bienveillantes de la NSA et les commentaires attentifs d’une presse inspirée par son actionnaire majoritaire qu’est la CIA ; contrairement au jugement commun, cette sorte d’hypothèse, pour une puissance si complètement déséquilibrée et donc plus apte à se mettre au service de quelque chose à grâce à ses pans de puissance restants que d’accoucher de vastes desseins pour les réaliser, pour lesquels il lui faudrait une puissance complète et équilibrée, nous conduit à confirmer sans une hésitation l’hypothèse de la formation de “la Secte” dont l’Allemagne, bien disciplinée, serait l’une des plus zélées servantes.)

Ainsi fut introduit à l’occasion de cet événement absolument déclencheur qu’est le déclenchement de l’affaire ukrainienne, un élément majeur au sein de la “bande à Bruxelles”, qui permit de tout changer, qui est la force... Nous ne disons pas, par exemple, l’hybris, qui est bien sûr présente et qui joue un grand rôle, mais qui n’est qu’un composant et que c’est un composant humain alors que “la Secte” n’est certainement pas seulement, ni même majoritairement de composition humaine. Il s’agit de la force pure renvoyant nécessairement à l’ensemble dit de l’“l’idéal de puissance” mais sans le niveau d’organisation armée qu’on trouve dans les exemples historiques évoquée précisément pour ce concept ; la force où l’on trouve tout et où l’on fourre-tout, où l’on retrouve aussi l’autorité appointée, l’argent, les certitudes des conseillers triés sur le volet, le coup de téléphone de Soros et la promesse d’une aide personnelle, – il s’agit de tout cela et de quelque chose au-dessus, ou plutôt du faux au-dessus situé en-dessous comme le Mordor de Tolkien puisque nous sommes dans l’ère de l’inversion ; il s’agit d’une pression continuelle, une force émanant de rien d’autre que ce qu’on devrait nommer “Matière” (le “déchaînement de la Matière”) et qui se substantive justement en divers artefact ayant “figure humaine” mais échappant complètement à la définition humaine habituelle (l’argent ou le coup de fil de Soros devenant autre chose qu’une création humaine mais s’imposant comme une intervention de cette “Matière“ justement, – impliquant une définition très spécifique et très particulière du concept de “Matière“ dans ce cas du “déchaînement”...)

Jusqu’alors, ç’avait été la “bande à Bruxelles”, arrogante, faussaire, irresponsable et transgressant sans vergognes principes et légitimités à son profit. Mais le comportement, le ton, le climat, même dans la tempête financière de 2008 et après où les chefs d’Etat et Premiers ministres jouèrent un rôle essentiel en tant que tels, ès qualité si l’on veut et nullement encore totalement intégrés dans la “bande” comme ils l’ont été lorsque la “bande” est devenue “la Secte”, restaient assez feutrés, mesurés, contenus. En vingt mois, la transmutation a eu lieu, et la “bande de Bruxelles” est devenue “la Secte”, selon le mot joliment trouvé de Marine Le Pen. Mais nous ne parlerions pas, au contraire d’elle, de «lavage de cerveau, [de] menaces, [de] chantage permanent...», – d’ailleurs elle-même sans préciser de qui contre qui. Il n’y a rien de tout cela désormais entre les membres de “la Secte”, du moins rien de cette sorte d’une façon systématique, ou systémique, – seuls les incidents et avatars sont traités éventuellement de cette façon, ce qui n’empêcherait (n’empêchera) nullement l'apparition de situations soudainement très graves pour “la Secte”, justement par cette absence de terrorisation intérieure pour forcer au maintien des rangs, – et c’est bien entendu une faiblesse capitale, sinon essentielle, sinon la faiblesse décisive ... De même, il n’y a pas eu vraiment de «lavage de cerveau, [de] menaces, [de] chantage permanent...» contre la Grèce, mais simplement l’application directe et sans dissimuler une seconde de la force brutale dans toute sa nudité, sans aucune précaution de langage (“chantage par mot dissimulé”) ni manœuvre quelconque... Non, la force, rien que la force, et, à cet éclairage même le mot de Varoufakis n’est pas approprié ; même pas besoin de “terrorisme” (si vous être “terrorisé”, ça c’est votre affaire, nous parlons de l’intentionnalité), non la force, rien que la force brute ... C’est à ce point que se situe absolument la transmutation de la “bande à Bruxelles” en “la Secte”.

Ainsi voici donc accomplie et pleinement opérationnelle cette transmutation de la “bande à Bruxelles” en “la Secte”. Donc, pas de plan, pas de complot, pas de finesses tactiques, non il ne s’agit que de psychologies épuisées, infiniment fragiles, pleines de fissures où s’installent les centres d’influence maléfique qui forcent à ce compromettre, d'une brutalité inouïe. Ne croyez pas qu'ils soient méchants ni même vraiment brutaux (une telle explication serait bien trop facile, on s'y fourvoie depuis des siècles) ; ils ne sont pas stupides, tous ces figurants richement dotés, simplement leur sensibilité et leur intelligence sont totalement prisonnières d’une perception que leur fournit une psychologie complètement détruite, sans aucune de ses fonctions habituelles de discernement, de classification, de hiérarchisation, sans aucun espoir de récupérer un grain de ce qui fait la légitimité et l’autorité, un grain de cette poudre magique qu’est l’essence principielle, structurelle et ordonnée, du monde. Le déterminisme-narrativiste ne leur est plus un accident de circonstance lié à un problème spécifique (la crise ukrainienne dans ses premiers temps) mais une véritable nouvelle fonction cognitive qui remplace toutes les autres, qui s’installe en maîtresse absolue.

Ce que nous décrivons ici est extrêmement encourageant, contrairement à l’apparence désespérément monolithique qu’on lui trouverait, la disparité des forces en présence, des moyens disponibles, etc. Cette force incroyable, rassemblée pour son fonctionnement en “la Secte”, et usant de toutes ses capacités, n’a strictement aucun sens de la mesure qui fait les victoires, aucun goût pour la tactique qui aménage les circonstances pour permettre à la stratégie de s’établir ; d’ailleurs, on s’en doute, la stratégie dont il est question est bien entendu selon les lignes de la formule déstructuration-dissolution-entropisation (dd&e), et ce genre de stratégie n’a absolument pas besoin des gracieusetés et des habiletés de la tactique, – elle frappe, première et unique disposition, et point final ... Ce qui est extrêmement encourageant, bien entendu, c’est que cette immense déploiement de tout ce qu’elle est capable de déployer avec fureur en fait de production de force, “la Secte” le réalise contre la minuscule Grèce ! Quel marteau-pilon et quelle mouche ! Plus que rassurer sur la forme du géant, tout cela semble plutôt dissimuler bien des faiblesses et bien des vulnérabilités, et c’est là-dessus qu’il faut compter, sans se décourager une seconde.

Ces messieurs-dames intelligents, parfois (enfin, rarement) cultivés, parfois brillants, se sont transformés en robots poudrés au regard d’acier, en zombis maquillés pour ne pas trop effrayer la populace, et ils montent au tocsin, dans un formidable élan de mobilisation, dès qu’une Grèce ridiculement petite menace de voter, puis met sa menace à exécution et le fait dans le sens sacrilège qu’on sait. Une force aussi puissante et aussi peu assurée d’elle-même, et menant des esprits de si considérable format transformés en résidus atrophiés par une psychologie dévastée, voilà une circonstance qui n’est pas banale et qui n’est certainement pas décisive pour la fortune de “la Secte”, mais plutôt une nuance de son crépuscule... Et pas le “Crépuscule des dieux”, hein, il ne faut pas rêver ; on est au sous-sol en-dessous.

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Le conflit au Yémen, des pistes pour comprendre.

8 Juillet 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La finance dérégulée, #L'OTAN., #La mondialisation, #La guerre, #Israël - palestine - Moyen-Orient, #ISIL, #Daesch, #Terrorisme

Bonjour.

Je vous transmets un message de Bruno Drewski | Maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).

Il s’agit d‘un document expliquant le conflit au Yémen.

En PJ vous trouverez le dossier complet.

Cordialement

Lucien PONS

Bonjour.

Je vous transmets un message de Bruno Drewski | Maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).

Il s’agit d‘un document expliquant le conflit au Yémen.

En PJ vous trouverez le dossier complet.

Cordialement

Lucien PONS

Je vous fais suivre le bouquin sur le Yémen en PDF de la revue Géostratégiques qui pourrait vous intéresser dans la mesure où c'est un sujet mal connu et que le drame des bombardements d'hôpitaux, de sites archéologiques, de sillots de blés et d'autres objectifs civils que ce peuple est en train de vivre dans le silence assourdissant des gros médias qui savaient hypocritement nous faire pleurer sur la Libye et sur la Syrie est devenu intenable. Et qu'il faut bien comprendre l'enjeu stratégique d'un pays stratégique, dont les Saoud ont volé la moitié du territoire, la province de l'Asir, et qui a eu l'impudence d'accepter qu'un mouvement déclaré chiite prenne le pouvoir sans l'accord de Riyad et avec l'assentiment d'une armée largement sunnite.

Pour l'histoire de l'hypocrisie des Saoud, il faut rappeler que quand la monarchie "chiite" du Yémen a été renversée dans les années 1960 par un pouvoir républicain, les Saoud ont soutenu militairement avec les USA l'imam "chiite" contre les républicains soutenus militairement par l'Egypte de Nasser, sunnite. Aujourd'hui ils prétendent soutenir les sunnites contre les chiites. Alors assez de leur hypocrisie et de leurs mensonges badigeonnés de religion à l'américaine.

En fait, les guerres du Yémen ont prouvé que les monarchies conservatrices s'opposent à tout mouvement populaire au Yémen, qu'il soit d'essence chiite, sunnite ou laïque, plus encore s'il rassemble les trois, ce qui est le cas actuellement, et soutiennent tout mouvement de soumission conservatrice, qu'il soit d'essence chiite, sunnite ou laïque.

Bruno Drewski

Message du 06/07/15 17:25
De : "Strategique" <strategique@orange.fr>
A : "strategique" <strategique@orange.fr>
Objet : Géo 45

Chers tous bonjour,

J’ai le plaisir de vous adresser ci- joint, le numéro 45 de Géostratégiques intitulé Le Yémen : victime collatérale de la crise systémique arabe, suivant le sommaire ci-dessous.

Nous serons ravis de recevoir vos commentaires, remarques et/ou objections qui ne feront qu’enrichir davantage notre travail.

Je vous souhaite de bonnes vacances et une bonne lecture

Sommaire

La crise yéménite au sein de l’échiquier arabe, Ali Rastbeen

Daech, Yémen et Moyen-Orient, Général (2S) Henri Paris

Guerre au Yémen, quelles en sont les véritables causes ? Olivier Hanne, Thomas Flichy de La Neuville Yémen, théâtre d’opposition des puissances régionales, Youssef Hindi

Yémen. Erreur stratégique de l’Arabie saoudite et faute contre le berceau de l’arabisme, Colonel Alain Corvez

Les aspects juridiques de l’intervention militaire au Yémen, Elie Hatem

L’intervention saoudienne au Yémen et le droit international, Pierre-Emmanuel Dupont.

La demande d’Hadi d’une intervention saoudienne au Yémen se fonde-t-elle sur une base constitutionnelle ou légitime ? Ali Al-Yaqoobi

L’Arabie saoudite, prochaine victime du renversement du monde : vers une guerre de mille ans pour la Mecque ?, Jean-Maxime Corneille

Les crimes de guerre et la situation humanitaire au Yémen, Mohamed Al-Shami

Le silence des occidentaux face à la guerre de l’Arabie saoudite et d’Al-Qaïda contre la nation yéménite, Jean-Michel Vernochet.

Yémen : à quand l’« Arabie heureuse » ? Claude Duval, Alexandra Trzeciak

Le zaydism Mouvement théologique et politique, Latéfa Boutahar

Le mouvement Ansar Allah Houthi : quel projet politique pour le Yémen ? Fayçal Jalloul

Du Yémen à la Libye : quelle solution au conflit Libyen ? Rodrigue Nana Ngassam

L’entretien de Géostratégiques Ambassadeur Michel Raimbaud

Une évolution positive des cultures libérales et des politiques démocratiques dans des États musulmans du monde méditerranéen, Roger Tebib.

Bien cordialement
Ali RASTBEEN
Président de l’Académie de Géopolitique de Paris
Tél : 01 48 20 14 89
Fax : 01 48 20 82 63
www.academiegeopolitiquedeparis.com
www.strategicsinternational.com

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