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Le blog de Lucien PONS

Articles avec #la mondialisation tag

Retrait du pacte de responsabilité, retrait de la loi Macron ! [Un tract du POI]

13 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le capitalisme;, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #La mondialisation, #La lutte des classes, #Europe supranationale, #Economie, #Services publics

Publié par Michel El Diablo

 

 

 Retrait du pacte de responsabilité, retrait de la loi Macron ! [Un tract du POI]

Nouvelles exigences de Bruxelles…

Une nouvelle fois, les institutions de l’Union européenne viennent de parler !

  • 50 milliards d’euros de coupes du gouvernement Hollande-Valls dans les budgets publics pour la période 2015-2017… Cela ne suffit déjà plus !
  • 40 milliards d’euros de crédits d’impôt accordés aux patrons par le pacte de responsabilité… Pas assez encore !
  • Loi Macron s’attaquant à 70 articles du Code du travail… Insuffisant !

La Commission de Bruxelles déclare : « Les premiers pas vers un programme ambitieux de réformes structurelles doivent être encore complétés. »

Le mardi 10 mars, les « ministres des Finances européens » exigent :

  • tout de suite, sans délai, avant fin avril, 4 milliards d’euros de coupes supplémentaires !
  • et ensuite, des dizaines de milliards d’euros en plus de coupes dans les budgets publics,
  • de « faire le meilleur usage de la flexibilité ».

…reçues 5 sur 5 par le ministre Macron et le gouvernement Hollande-Valls !

Cela ne leur suffit pas, en effet, d’avoir imposé la remise en cause de 70 articles du Code du travail à coup d’article 49-3 en première lecture à l’Assemblée nationale… Ils veulent maintenant, en deuxième lecture, supprimer « l’obligation faite au patrons d’informer de tout projet de cession les salariés d’une entreprise de moins de 250 personnes deux mois avant». Dehors, les ouvriers, du jour au lendemain !

Devant de si belles dispositions à casser tous les acquis sociaux, le journal patronal Les Echos fixe au gouvernement les objectifs de la loi Rebsamen en préparation : « Il faudra toucher au Smic (…) en régionalisant le salaire minimum, (…) en abaissant le Smic pour le salarié à faible productivité. »

Et pendant ce temps, 62 milliards d’euros de profit en 2014 pour les entreprises du CAC 40… une augmentation de 30 % !

 

Voilà qui servent l’Union européenne, ses traités, ses institutions, ses directives.
 

Voilà qui sert le gouvernement Hollande-Valls : les capitalistes !

 

Alors oui, légitime est l’appel de la CGT, de FO, de la FSU, de Solidaires à la grève interprofessionnelle appelée dans tout le pays le 9 avril !


Légitime, la préparation de la grève générale contre le gouvernement pour le contraindre au retrait de tous les plans destructeurs.

Retrait du pacte de responsabilité, retrait de la loi Macron !

 
SOURCE:

 

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La Voïvodine, prochain pseudo-État en Europe ? Par Wayne Madsen

11 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #L'OTAN., #AMERIQUE, #La République, #La Russie, #La France, #La Yougoslavie, #La mondialisation, #Les transnationales, #Le grand banditisme

La Voïvodine, prochain pseudo-État en Europe ?

Les États-Unis et l’Union européenne s’apprêtent à terminer la guerre qu’ils ont menée, en 1999, contre la Serbie. Après l’avoir amputée du Kosovo, ils devraient lui ôter la Voïvodine. Pour ce faire, ils en modifient actuellement la population, placent une nouvelle équipe au pouvoir en Croatie voisine, et achètent tous les médias en Serbie.

| Washington D. C. (États-Unis)
 

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La Voïvodine était, au dernier recensement, à 70 % Serbe et orthodoxe.

Si l’Union européenne (UE) et l’Otan parviennent à leurs fins, la province serbe de Voïvodine ira rejoindre le Kosovo, auparavant arraché à la Serbie par l’Union européenne et l’Otan pour devenir un État ethniquement albanais gouverné par les terroristes de l’Armée de libération du Kosovo (ASL), en tant que prochain ersatz d’État indépendant dans les Balkans.

Après avoir vu la province du Kosovo lui être arrachée par les troupes de l’Otan à la suite des machinations de l’Union européenne, la Serbie est sur le point de perdre la fertile province de Voïvodine dans le bassin du Danube, au profit des découpeurs de frontières de Bruxelles. Si les récents commentaires de l’ex-secrétaire générale adjointe de l’Otan pour la « diplomatie publique » et future présidente de Croatie Kolinda Grabar-Kitarović peuvent servir de guide, la Croatie jouera bientôt le rôle de bastion dans les plans de l’Otan pour soustraire cette région au contrôle de la Serbie. Elle sera proclamée province multi-ethnique et pluri-linguistique, « patrie » indépendante des Hongrois, Roms, Slovaques, Croates, Roumains, ainsi que des réfugiés Albanais nouvellement expédiés par bus entiers dans la région par l’UE depuis la partie méridionale de ce qui fut autrefois la Yougoslavie.

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Dans la plus grande discrétion, le fonds d’investissement KKR a racheté, en janvier 2015, les principaux médias et télévisions de Serbie. KKR a confié la direction de son think tank au général David Petraeus, ancien patron de la CIA.

La Voïvodine est déjà désignée par les médias et les ONG financés par George Soros, comme le « Kosovo Hongrois », même si 66 % de la population de la province est Serbe. Avec 25 groupes ethniques, c’est l’une des régions ethniquement les plus diverses d’Europe. Pour les stratèges de l’Otan et les ingénieurs démographes de Soros, la Voïvodine représente un terrain fertile pour les conflits ethniques et pour la poursuite du morcellement des Balkans.

Les Hongrois ne représentent que 13 % de la population tandis que les Croates totalisent 2,7 % et les Slovaques 2,6 %. Soros et les médias manipulateurs néo-conservateurs ont appelé la Voïvodine à devenir la patrie des Roms (peuple « gitan »). Toutefois les Roms ne constituent tout au plus que 2,1 % de la population. Les aspirations irrédentistes des Roumains sur la province sont risibles si l’on considère qu’ils ne représentent qu’un tout petit 1,3 % de la population de Voïvodine. Les Bunjevci (assimilés à des Croates) et les Russiens représentent une part encore moins importante de la population totale.

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Kolinda Grabar-Kitarović a passé toute son enfance aux États-Unis. En 1993, elle intègre le ministère croate des Affaires étrangères, puis se fait élire députée, en 2003. Elle devient alors ministre de l’Intégration européenne, puis ambassadrice aux États-Unis, et enfin secrétaire générale adjointe de l’Otan. Elle est élue présidente de Croatie, fonction qu’elle exerce depuis le 15 février 2015. Elle est membre de la Commission Trilatérale.

Après avoir vaincu d’un cheveu l’actuel président croate Ivo Josipović avec une marge douteuse, de l’ordre de 50-49, certains diraient un pourcentage à la Soros, Grabar-Kitarović n’a pas perdu de temps pour jeter le gant à la Serbie dans son discours post-électoral. Elle a déclaré qu’elle luttera pour l’autonomie des Croates en Voïvodine, soit en « langage codé » qu’elle soutiendra la sécession de la région d’avec la Serbie. Grabar-Kitarović a également annoncé qu’elle restaurerait les relations étroites avec l’Allemagne, ce qui n’est pas une surprise compte tenu des liens historiques de son parti, la Communauté démocratique croate (HDZ), parti des oustachis croates qui créèrent un État fantoche sous le « Troisième Reich ». L’irrédentisme de Grabar-Kitarović concernant les Croates de Voïvodine, surtout dans le district à majorité croate du Srem et en Herzégovine, dans l’actuelle Bosnie-Herzégovine, représente ce que l’on désigne comme le néo-oustachisme (nazisme) dans la Croatie actuelle.

Grabar-Kitarović a aussi réagi négativement à la récente décision de la Cour de justice internationale (CIJ) de La Haye de rejeter la plainte déposée contre la Serbie pour génocide commis durant la guerre de 1991-1995 entre la Croatie et ce qui était alors la République fédérale de Yougoslavie dominée par la Serbie. La CIJ a également écarté la contre-plainte de la Serbie contre la Croatie fondée sur l’accusation de génocide commis par les forces croates, soutenues par les mercenaires US, durant l’opération « Tempête ». Cette guerre éclair menée par les forces croates et leurs conseillers états-uniens contre la République serbe de Krajina en Croatie orientale avait pour but de réaliser le nettoyage ethnique des Serbes des régions orientales de la Croatie.

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Jadranka Jureško-Kero devrait être nommée Premier ministre de Croatie.

Et pour illustrer un nouvel exemple des liens étroits existant entre néo-nazisme et sionisme, le conseiller politique de Grabar-Kitarović et chef du pouvoir de transition est la réalisatrice de films documentaires Jadranka Jureško-Kero, encore un implant états-unien dans les structures de gouvernance est-européennes soutenant passionnément Israël et la cause sioniste. Jureško-Kero a habité l’Upper East-Side à Manhattan depuis 1999 et elle est mariée à Domagoj Kero. On sait que si le HDZ triomphe lors des prochaines élections parlementaires, Grabar-Kitarović choisira Juresko pour être son Premier ministre, donnant à la nation un duo gouvernemental féminin. Alors qu’elle était ambassadrice aux États-Unis, Grabar-Kitarović a conclu des accords commerciaux entre la grande compagnie alimentaire croate Podravka et les distributeurs US, portant entre autres sur du goulash de bœuf croate et du pâté de poulet. Il se trouve que les opérations nord-américaines de Podravka sont dirigées par le mari de Jadranka Jureško-Kero, Domagoj Kero, l’ancien consul général croate à New York.

Grabar-Kitarović et ses alliés néo-conservateurs répètent le refrain maintenant entendu plus fréquemment en Voïvodine selon lequel la région n’a jamais été historiquement serbe, mais faisait partie avant la Première Guerre mondiale de l’empire austro-hongrois. Et en un remake de ce qui s’était passé en Ukraine orientale après le putsch mené conjointement par les sionistes et les néo-nazis contre le président démocratiquement élu Viktor Ianoukovytch, la langue serbe et l’alphabet cyrillique en Voïvodine sont éclipsés par le désir des non-Serbes de reconvertir cette région en nation germano-hongroise utilisant l’alphabet latin. En cela, les séparatistes de Voïvodine ont le soutien ouvert de Victor Orban et du nouveau président allemand de Roumanie, Klaus Iohannis.

Les signes indiquant que la Voïvodine est la prochaine cible de l’alliance de Soros et des néo-conservateurs sont clairs. L’Union européenne est en train de déplacer vers cette région les Albanais du Kosovo, de Macédoine et du Monténégro. Une fois qu’ils arrivent à Novi Sad, la « capitale » de Voïvodine, des interlocuteurs de l’UE donnent aux Albanais 35 euros pour se payer un taxi, se disperser à travers la province et déposer une demande de résidence permanente. Le dernier recensement n’a dénombré que 3 360 musulmans dans la province. Toutefois, la transplantation de musulmans albanais venant d’autres parties de l’ancienne Yougoslavie par l’UE est clairement destinée à ajouter de l’huile afin d’allumer une rébellion indépendantiste dans le style de ce qu’a vécu le Kosovo.

Les diverses agences de Soros et des néo-conservateurs sont hyperactives en Voïvodine. Elles comprennent la National Endowment for Democracy et l’Open Society Institute de Soros. Bojan Pajtić, le président du gouvernement provincial de Voïvodine, qui parle couramment hongrois et anglais, est à l’aise avec les cadres d’ONG financées par Soros et la CIA, qui collaborent étroitement avec le secrétaire d’État adjoint pour les Affaires européennes Victoria Nuland, la personne qui a conduit à la victoire Grabar-Kitarović en Croatie et qui est prête à provoquer une guerre pour l’indépendance de la Voïvodine avec la complicité des provocateurs professionnels récemment arrivés de Roumanie, de Hongrie, d’Albanie et des camps de Roms des Balkans.

Si l’Ukraine est en quoique ce soit un modèle, ce que Nuland et ses néo-conservateurs gardent en réserve pour la Voivodine nettoiera la province de ses Serbes et fournira un pays ami pour les compagnies pétrolières et gazières occidentales afin exploiter les réserves d’hydrocarbures existantes dans l’est de la Voïvodine, une région appelée Banat.

Tout comme le Kosovo a été arraché à la Serbie afin de faciliter le passage du pipeline transbalkanique et de fournir aux États-Unis une base militaire permanente à Camp Bondsteel, une Voïvodine indépendante est censée alimenter l’Otan en ressources disponibles de pétrole et de gaz naturel du Banat et avec la fertile bassin du Danube pour la production d’aliments génétiquement modifiés. Comme l’Ukraine, la Voïvodine est prise pour cible par le complexe militaro-commercial occidental pour l’extraction des hydrocarbures et l’agro-business de Monsanto.

Ce qui est en train de se passer en Voïvodine n’est rien moins qu’une manipulation démographique ; une tentative de marginaliser la population serbe à la manière dont les Serbes vivant dans les enclaves de Zubin Potok, Zvečan, Kosovska Mitrovica et Leposavić dans le nord du Kosovo ont été tout à fait oubliés dans la précipitation de l’UE à proclamer le Kosovo un État albanais indépendant.

Actuellement, l’Otan et les autres provocateurs occidentaux ont placé les villes ukrainiennes de Lugansk, Donetsk et Marioupol en première page de la presse mondiale en tant que zones de conflit. Si les démons néo-conservateurs comme Grabar-Kitarović, Jureško-Kero et Nuland arrivent à leurs fins, bientôt les récits de bains de sang seront rapportés depuis Novi Sad, Sremska Mitrovica, Kanjiza et Subotica, villes établies sur les lignes de séparation ethnique en Voïvodine.

Traduction
Milko Terzić

Source
Strategic Culture Foundation (Russie)

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Pour un anticapitalisme laïque : la République sociale

11 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Laïcité, #La République, #La nation ., #La France, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #La mondialisation, #Les transnationales, #Europe supranationale

Pour un anticapitalisme laïque : la République sociale

Mardi 10 mars 2015

Par Évariste
Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

Après l’espoir de la présidentielle de 2012 ouverte par l’Autre gauche, 2014 a sonné le désastre des gauches largement analysé par notre journal dans toutes ses chroniques d’Evariste depuis le 25 mai 2014. Mais janvier 2015 a pulvérisé ce qui restait d’espoir que l’Autre gauche française actuelle puisse construire une alternative au mouvement réformateur néolibéral, laissant comme choix au grand patronat soit la continuation de l’alternance néolibérale PS-UMP soit la reconfiguration d’une nouvelle alliance droite – extrême- droite.

Sur les assassinats des 7, 8, 9 janvier, il faut rappeler que des Français ont tué d’autres Français. Que ceux qui ont été assassinés l’ont été parce qu’ils étaient athées attachés à la liberté d’expression, parce qu’ils étaient policiers, parce qu’ils étaient juifs. Et suite à cela, nous avons vécu une montée des incivilités et des discriminations envers les juifs et les musulmans. Alors qu’il y a eu un gigantesque mouvement populaire lors des rassemblements spontanés des 7, 8 et 11 janvier dont la signification principale était la volonté d’un vivre ensemble entre athées, agnostiques, catholiques, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes et autres grâce au principe d’organisation sociale et politique qu’est la laïcité. Et ce n’est pas la triste instrumentalisation politico-médiatique des chefs d’Etat et des médias dominants qui peuvent « cacher », notamment en province, ce gigantesque rassemblement populaire.

Mais peu de commentateurs, peu de responsables politiques, syndicaux ou associatifs sont sortis des systèmes simplistes de la causalité unique.

Les gauches dans la tourmente

Le gouvernement et l’alliance PS-PRG espèrent résoudre la séquence des assassinats par l’imposition « d’un catéchisme républicain » à une école à plusieurs vitesses pilotée par les exigences du grand patronat. Autant dire que ce cataplasme aura les mêmes conséquences pour la société que les politiques d’austérité pour la dette publique. Présentée pour résoudre le problème, elle ne fera que l’empirer.

Quant à l’Autre gauche, elle est disloquée. Car une partie de celle-ci (les directions du PCF, d’Ensemble, du NPA, de Solidaires et d’Attac, Médiapart) s’est mise à la remorque de l’obscurantisme religieux et de l’ultra-communautarisme.

Les signatures de l’appel au meeting contre « l’islamophobie » du vendredi 6 mars 2015 à Saint-Denis sont éloquentes de ce point de vue. Tous sont hostiles au principe d’organisation sociale et politique qu’est la laïcité. C’est leur point de rassemblement. En ligne de mire, l’interdiction des signes religieux à l’école qui, rappelons-le, a été décidée par le Front populaire avec les trois circulaires de 1936-1937 du ministre laïque Jean Zay. La loi du 15 mars 2004 n’ayant permis que de revenir aux circulaires de Jean Zay suite à l’article 10 de la loi d’orientation scolaire de Jospin de 1989 que le Conseil d’Etat a utilisé pour annuler les circulaires du Front populaire.

On trouve dans cette liste des activistes du communautarisme musulman proche de l’organisation internationale des Frères musulmans (Union des organisations islamiques de France – UOIF et une myriade d’organisations proches de l’UOIF). De nombreux signataires de ce meeting ont milité avec l’extrême droite catholique lors de la « Manif pour tous » contre le mariage pour tous. Les extrêmes droites religieuses se rapprochent : rien que du normal. Plusieurs organisations signataires sont hostiles au droit à l’avortement et sont misogynes et homophobes.

On trouve des organisations proches des partis dominants islamistes et néolibéraux comme Ennahda en Tunisie, l’AKP en Turquie ou l’ancien Parti Liberté Justice de l’ex-président égyptien Morsi, dignitaire de l’organisation des Frères musulmans. On trouve des organisations ultra-communautaristes anti-laïques et anti-républicaines comme « les Indigènes de la république » et une myriade d’autres organisations proche d’elles. Des organisations proches des frères Tariq et Hani Ramadan ou des prédicateurs islamistes Iquioussen et Qaradawi sont là. L’UOIF a déjà invité à son congrès Christine Boutin, Soral et Dieudonné. Plusieurs organisations ayant présenté des candidats se revendiquant d’une religion aux élections françaises font partie de la liste des signataires. On trouve même une organisation PSM (Participation et Spiritualité musulmanes) qui participe aux événements de l’organisation d’extrême droite catholique Alliance Vita (voir le texte de Hassan Aglagal dans ce numéro).

C’est avec ce bloc communautariste et islamiste que nous retrouvons les directions du PCF, d’Ensemble, du NPA, de Solidaires et d’Attac. Avec la direction du PCF qui déclare avoir signé mais n’enverra pas de responsables. Comprenne qui pourra.

Par exemple, comment peut-on en même temps soutenir le Front populaire tunisien (troisième force politique du pays ouvertement dans l’opposition) et signer en France avec les amis du parti islamiste néolibéral Ennahda de la majorité gouvernementale tunisienne ? La réalité est que dans ces organisations, janvier 2015 entraîne chez eux une radicalisation communautariste anti-républicaine. Voilà une raison de plus qui poussera ces organisations dans la marginalité parce que la grande majorité du peuple français (et encore plus la classe populaire ouvrière et employée majoritaire dans le peuple français) ne souhaite pas l’installation en France du communautarisme anglo-saxon et du système représentatif anti-démocratique issu notamment des propositions de Sieyès (1748-1836).

Rassembler les partisans de la République sociale

Mais critiquer ce désastre des gauches ne suffit pas plus que d’être indigné. Encore faut-il œuvrer au démarrage d’un processus visant à un rassemblement anticapitaliste laïque conséquent, qui est une condition nécessaire quoique non suffisante à l’ouverture d’une perspective de transformation sociale et politique capable de rassembler in fine le peuple et notamment la classe populaire ouvrière et employée. Alors quelles sont les tâches de l’heure ? Engager partout en France des moments de débats sur la République sociale1, seul modèle alternatif crédible aujourd’hui au « mouvement réformateur néolibéral ». Débats sur ses principes constitutifs, ses ruptures nécessaires, ses exigences indispensables, sur sa stratégie de l’évolution révolutionnaire.

  1. Voir les deux tomes de « Penser la République sociale pour le 21ème siècle » de Pierre Nicolas et Bernard Teper, Eric Jamet Editeur. []
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(VIDEO) DÉCLARATION PUBLIQUE DU PCV FACE A LA NOUVELLE AGRESSION IMPÉRIALISTE DU GOUVERNEMENT DES ETATS-UNIS.

11 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #Amérique Latine, #Le socialisme, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Les transnationales, #Le grand banditisme

VIDEO) DECLARATION PUBLIQUE DU PCV FACE A LA NOUVELLE AGRESSION IMPERIALISTE DU GOUVERNEMENT DES ETATS-UNIS

9 mars, 2015 – Tribuna Popular

Le Bureau Politique du Comité Central du Parti Communiste du Venezuela, réunit aujourd’hui Lundi 9 mars 2015, en évaluant les récentes déclarations du président des Etats-Unis d’Amérique du Nord, agissant comme porte-parole des multinationales, comme porte-parole de l’impérialisme nord-américain et européen, a déclaré le Venezuela comme étant “une menace inhabituelle et extraordinaire à la sécurité nationale et de politique extérieure des Etats-Unis d’Amérique du Nord“.

Compte tenu de ce fait, le Parti Communiste du Venezuela, évaluant la dite déclaration, considère que celle-ci est une réponse arrogante, agressive, belliqueuse, guerrière et provocatrice de l’impérialisme nord-américain dans la défense de ses valets internes, face aux mesures en défense de la souveraineté et l’intégrité de la patrie qu’adopte le gouvernement bolivarien, présidé par le compatriote, Nicolas Maduro.

Nous considérons que cette déclaration ou cet ordre exécutif présidentiel de Barack Obama, vient à signifier une réaction de l’impérialisme face à la défaite que viennent de recevoir ses supplétifs internes face aux décisions que le gouvernement bolivarien, que le peuple vénézuélien, que les travailleurs et les travailleuses de la ville et de la campagne, que la Classe Ouvrière de la patrie de Bolivar viennent d’infliger aux forces de la réaction, aux forces de droite et de l’extrême-droite fasciste qui expriment les intérêts de l’impérialisme nord-américain et européen dans notre pays.

Le Parti Communiste du Venezuela, rejette et condamne cette déclaration agressive et interventionniste qui est en violation de toutes les normes du Droit International, qui signifie une agression directe à la souveraineté, à l’autodétermination et à l’indépendance du peuple du Venezuela.

Le PCV appelle le Mouvement Mondial pour la Paix, le mouvement populaire et révolutionnaire mondial, les Partis Communistes et Ouvriers du monde entier à renforcer et amplifier la solidarité active avec le peuple, avec la Classe Ouvrière, avec la classe travailleuse vénézuélienne de la ville et de la campagne, face à l’agressive action interventionniste de l’impérialisme nord-américain.

Le Parti Communiste du Venezuela, face aux menaces impérialistes, face à l’agression de l’impérialisme nord-américain, appelle le peuple vénézuélien, le peuple de Bolivar à la plus large unité patriotique et populaire, à approfondir l’unité civile-militaire pour mettre en échec toute forme d’action de l’impérialisme contre notre peuple.

Le Parti Communiste du Venezuela exhorte tous les pays latino-américains, leurs gouvernements, les instances qui intègrent les gouvernements latino-américains et des Caraïbes, à adopter de manière immédiate des mesures dirigées, á éviter que la griffe agressive, que la griffe guerrière, que l’action impérialiste ne puisse se concrétiser en actes de violence supérieurs à ceux qu’ils viennent de réaliser contre notre peuple, sur l’ordre de l’impérialisme nord-américain et européen.

Le Parti Communiste du Venezuela, appelle notre peuple, à sa Classe Ouvrière et à sa classe travailleuse de la ville et de la campagne, à continuer à lutter et continuer à gagner.

La Patrie ne se vend pas, la Patrie se défend !!

BURÓ POLÍTICO

(VIDEO) DECLARACIÓN PÚBLICA DEL PCV ANTE NUEVA AGRESIÓN IMPERIALISTA DEL GOBIERNO DE EEUU

9 MARZO, 2015 TRIBUNA POPULAR

El Buró Político del Comité Central del Partido Comunista de Venezuela, reunido el día de hoy lunes 9 de marzo del 2015, al valorar las recientes declaraciones del presidente de los Estados Unidos de Norteamérica, actuando como vocero de las trasnacionales, como vocero del imperialismo norteamericano y europeo, ha declarado a Venezuela como “amenaza inusual y extraordinaria a la seguridad nacional y política exterior de los Estados Unidos de Norteamérica”.

Ante este hecho, el Partido Comunista de Venezuela, al valorar dicha declaración, considera que la misma es una respuesta soberbia, agresiva, belicista, guerrerista y provocadora del imperialismo norteamericano en defensa de sus lacayos internos, ante las medidas que en defensa de la soberanía y la integridad de la patria adopta el gobierno bolivariano, presidido por el compatriota, Nicolás Maduro.

Consideramos que esta declaración o esta orden ejecutiva presidencial de Barack Obama, viene a significar una reacción del imperialismo frente a la derrota que vienen recibiendo sus lacayos internos ante las decisiones que el gobierno bolivariano, que el pueblo venezolano, que los trabajadores y trabajadoras de la ciudad y el campo, que la Clase Obrera de la patria de Bolívar le vienen propinando a las fuerzas de la reacción, a las fuerzas de la derecha y ultraderecha fascista que expresan los intereses del imperialismo norteamericano y europeo en nuestro país.

El Partido Comunista de Venezuela, rechaza y condena esta declaración agresiva, injerencista y violatoria de todas las normas del Derecho Internacional, que significan una agresión directa a la soberanía, a la autodeterminación y a la independencia del pueblo de Venezuela.

El PCV llama al Movimiento Mundial por la Paz, al movimiento popular y revolucionario mundial, a los Partidos Comunistas y Obreros de todo el mundo a fortalecer y ampliar la solidaridad activa con el pueblo, con la Clase Obrera, con la clase trabajadora venezolana de la ciudad y el campo, ante la agresiva acción injerecista del imperialismo norteamericano.

El Partido Comunista de Venezuela, frente a las amenazas imperialistas, frente a la agresión del imperialismo norteamericano, insta al pueblo venezolano, al pueblo de Bolívar a la más amplia unidad patriótica y popular, a profundizar la unidad cívico-militar para derrotar cualquier tipo de acción del imperialismo contra nuestro pueblo.

El Partido Comunista de Venezuela exhorta a todos los países latinoamericanos, a sus gobiernos, a las instancias que integran los gobiernos latinoamericano y el Caribe, a adoptar de manera inmediata medidas dirigidas, a impedir que el zarpazo agresivo, que el zarpazo guerrerista, que la acción imperialista se pueda concretar en hechos de violencia superiores a los que vienen realizando contra nuestro pueblo, por mandato del imperialismo norteamericano y europeo.

El Partido Comunista de Venezuela, insta a nuestro pueblo, a su Clase Obrera y a su clase trabajadora de la ciudad y el campo, a seguir luchando y a seguir venciendo-

¡La Patria no se vende, la Patria se Defiende!

Voir la video:

https://www.youtube.com/watch?v=k48NiOkPHhw

https://prensapcv.wordpress.com/2015/03/09/video-declaracion-publica-del-pcv-ante-nueva-agresion-imperialista-del-gobierno-de-eeuu/

edhcuba@cubarte.cult.cu <edhcuba@cubarte.cult.cu>

10 de marzo de 2015, 16:34

Defender la Revolución Bolivariana es un deber impostergable ante la historia

Red de Redes en Defensa de la Humanidad

"El imperio tiene miedo, y cuando

el imperio tiene miedo es más peligroso"

Hugo Rafael Chávez Frías

Nosotros, Intelectuales, Artistas, Movimientos Sociales, Líderes Ecuménicos,

Luchadores Sociales y Pueblos del Mundo rechazamos y condenamos las recientes declaraciones del Presidente Obama y del imperio estadounidense en contra de la República Bolivariana de Venezuela, que amenazan de manera directa y abierta la Paz y la Soberanía en Nuestra América.

Consideramos que la declaración de “emergencia nacional” de Estados Unidos ante la “amenaza” que representa Venezuela, es una declaración explícita de guerra contra la Revolución Bolivariana y un paso más en la escalada estadounidense para aplastar las voces anti-imperialistas que desde la tierra soberana de Bolívar y Chávez se levantan y extienden por todo el continente.

La irrupción de la Revolución Bolivariana significó una renovación de las luchas de liberación de Nuestra América y los Pueblos del Sur. Hoy es una de las principales trincheras de batalla en la construcción de un mundo más justo, un mundo multipolar, un mundo equilibrado.

El legado del Comandante Hugo Rafael Chávez Frías es la principal arma de lucha para la descolonización de las conciencias. Su pensamiento y acción constituyen uno de los motores fundamentales que impulsan en el Siglo XXI el anti- imperialismo y los procesos de liberación en todo el mundo.

La República Bolivariana de Venezuela es dueña de la principal reserva mundial de petróleo, grandes reservas de gas, biodiversidad, agua dulce y minerales estratégicos, lo que la convierte en un botín siempre ambicionado por el Imperio y los grandes capitales mundiales.

Por consiguiente,

Hacemos un llamado a los organismos multilaterales soberanos, CELAC, UNASUR, ALBA-TCP y PETRO-CARIBE para que se pronuncien de manera categórica e irrestricta en favor de la defensa de la legalidad internacional, la soberanía y la autodeterminación del pueblo venezolano y de la paz en la región.

Alertamos a todos los pueblos del mundo que con las declaraciones de Obama se cierne sobre la tierra libre de Bolívar una posible y cada vez más inminente invasión abierta de los Estados Unidos en Venezuela.

Llamamos a todas las voces anti-imperialistas del mundo para que denuncien el atropello mediático internacional que pretende acallar el despertar de un pueblo y tergiversar el conocimiento de la realidad que vive la Venezuela del siglo XXI, que decidió ser independiente.

Solicitamos a los miembros del Consejo de Seguridad de la ONU que se pronuncien sobre la injerencia descarada e hipócrita de los Estados Unidos en los asuntos políticos de la República Bolivariana de Venezuela.

¡El imperio le teme a la autodeterminación de los pueblos!

¡Unidad es nuestra divisa!

¡Yankee go home!

¡Viva Nuestra América Libre e Independiente!

Para adherirse enviar firmas a: redintelectualesvenezuela@gmail.com

Preparando la agresión militar a Venezuela

- - - Servicio Informativo "Alai-amlatina" - - -

Preparando la agresión militar a Venezuela

Atilio Boron

ALAI AMLATINA, 09/03/2015.- Barack Obama, una figura decorativa en la Casa Blanca que no pudo impedir que un energúmeno como Benjamin Netanyahu se dirigiera a ambas cámaras del Congreso para sabotear las conversaciones con Irán en relación al programa nuclear de este país, ha recibido una orden terminante del complejo “militar-industrial-financiero”: debe crear las condiciones que justifiquen una agresión militar a la República Bolivariana de Venezuela.

La orden presidencial emitida hace pocas horas y difundida por la oficina de prensa de la Casa Blanca establece que el país de Bolívar y Chávez “constituye una infrecuente y extraordinaria amenaza a la seguridad nacional y la política exterior de Estados Unidos”, razón por la cual “declaro la emergencia nacional para tratar con esa amenaza.” Este tipo de declaraciones suelen preceder agresiones militares, sea por mano propia, como la cruenta invasión a Panamá para derrocar a Manuel Noriega, en 1989, o la emitida en relación al Sudeste Asiático y que culminó con la Guerra en Indochina, especialmente en Vietnam, a partir de 1964. Pero puede también ser el prólogo a operaciones militares de otro tipo, en donde Estados Unidos actúa de consumo con sus lacayos europeos, nucleados en la OTAN, y las teocracias petroleras de la región. Ejemplos: la Primera Guerra del Golfo, en 1991; o la Guerra de Irak, 2003-2011, con la entusiasta colaboración de la Gran Bretaña de Tony Blair y la España del impresentable José María Aznar; o el caso de Libia, en 2011, montado sobre la farsa escenificada en Benghazi donde supuestos “combatientes de la libertad” – que luego se probó eran mercenarios reclutados por Washington, Londres y París- fueron contratados para derrocar a Gadaffi y transferir el control de las riquezas petroleras de ese país a sus amos.

Casos más recientes son los de Siria y, sobre todo Ucrania, donde el ansiado “cambio de régimen” (eufemismo para evitar hablar de “golpe de estado”) que Washington persigue sin pausa para rediseñar el mundo -y sobre todo América Latina y el Caribe- a su imagen y semejanza se logró gracias a la invalorable cooperación de la Unión Europea y la OTAN, y cuyo resultado ha sido el baño de sangre que continúa en Ucrania hasta el día de hoy. La señora Victoria Nuland, Secretaria de Estado Adjunta para Asuntos Euroasiáticos, fue enviada por el insólito Premio Nobel de la Paz de 2009 a la Plaza Maidan de Kiev para expresar su solidaridad con los manifestantes, incluidos las bandas de neonazis que luego tomarían el poder por asalto a sangre y fuego, y a los cuales la bondadosa funcionaria le entregaba panecillos y botellitas de agua para apagar su sed para demostrar, con ese gesto tan cariñoso, que Washington estaba, como siempre, del lado de la libertad, los derechos humanos y la democracia.

Cuando un “estado canalla” como Estados Unidos, que lo es por su sistemática violación de la legalidad internacional, profiere una amenaza como la que estamos comentando, hay que tomarla muy en serio. Especialmente si se recuerda la vigencia de una vieja tradición política norteamericana consistente en realizar autoatentados que sirvan de pretexto para justificar su inmediata respuesta bélica. Lo hizo en 1898, cuando en la Bahía de La Habana hizo estallar el crucero estadounidense Maine, enviando a la tumba a las dos terceras partes de su tripulación y provocando la indignación de la opinión pública norteamericana que impulsó a Washington a declararle la guerra a España. Lo volvió a hacer en Pearl Harbor, en Diciembre de 1941, sacrificando en esa infame maniobra 2,403 marineros norteamericanos e hiriendo a otros 1,178. Reincidió cuando urdió el incidente del Golfo de Tonkin para “vender” su guerra en Indonesia: la supuesta agresión de Vietnam del Norte a dos cruceros norteamericanos –luego desenmascarada como una operación de la CIA- hizo que el presidente Lyndon B. Johnson declarara la emergencia nacional y poco después, la Guerra a Vietnam del Norte.

Maurice Bishop, en la pequeña isla de Granada, fue considerado también él como una amenaza a la seguridad nacional norteamericana en 1983, y derrocado y liquidado por una invasión de Marines. ¿Y el sospechoso atentado del 11-S para lanzar la “guerra contra el terrorismo”? La historia podría extenderse indefinidamente.

Conclusión: nadie podría sorprenderse si en las próximas horas o días Obama autoriza una operación secreta de la CIA o de algunos de los servicios de inteligencia o las propias fuerzas armadas en contra de algún objetivo sensible de Estados Unidos en Venezuela. Por ejemplo, la embajada en Caracas. O alguna otra operación truculenta contra civiles inocentes y desconocidos en Venezuela tal como lo hicieran en el caso de los “atentados terroristas” que sacudieron a Italia –el asesinato de Aldo Moro en 1978 o la bomba detonada en la estación de trenes de Bologna en 1980- para crear el pánico y justificar la respuesta del imperio llamada a “restaurar” la vigencia de los derechos humanos, la democracia y las libertades públicas. Años más tarde se descubrió que estos crímenes fueron cometidos por la CIA.

Recordar que Washington prohijó el golpe de estado del 2002 en Venezuela, tal vez porque quería asegurarse el suministro de petróleo antes de atacar a Irak. Ahora está lanzando una guerra en dos frentes: Siria/Estado Islámico y Rusia, y también quiere tener una retaguardia energética segura. Grave, muy grave. Se impone la solidaridad activa e inmediata de los gobiernos sudamericanos, en forma individual y a través de la UNASUR y la CELAC, y de las organizaciones populares y las fuerzas políticas de Nuestra América para denunciar y detener esta maniobra.

- Dr. Atilio A. Boron, Investigador Superior del Conicet, y Director del Programa Latinoamericano de Educación a Distancia en Ciencias Sociales –PLED-, Argentina.

URL de este artículo: http://www.alainet.org/active/81370

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L'esclavage "moderne", ultra-capitalisme et mentalités féodales

11 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Les transnationales, #La lutte des classes, #Le grand banditisme

10 mars 2015

L'esclavage "moderne", ultra-capitalisme et mentalités féodales

« Mais il est nécessaire, nous dit Nada Maucourant, de définir ce qu’on appelle aujourd’hui le néo-esclavage et en quoi il diffère de l’ancien ; le néo-esclavage n’est plus un statut de droit, c’est un statut de fait. En effet, l’esclavage est aujourd’hui interdit dans tous les pays arabes, le dernier pays en date étant la Mauritanie en 1981. Mais de fait, il persiste toujours une sorte de salariat dévoyé, sans statuts ni droits, qui renvoie de facto à un état d’esclavage.

Malek Chebel estime à 3 millions le nombre de ces esclaves modernes : elles sont un million de bonnes au Maroc, dont un nombre important d’enfants, ils sont encore 100 000 ouvriers d’Inde, du Pakistan ou de Chine travaillant 13 heures de travail par jour à Dubaï pour 200 euros par mois… »

L'éveil des consciences semble être en marche, conclut Nada Maucourant...

Michel Peyret

Le Qatar, ses esclaves et les autres…

04 DÉCEMBRE 2013 | PAR NADA MAUCOURANT

Le Qatargate. Un travail sous un soleil de plomb, l’entassement dans des logements minuscules et insalubres, le retrait des passeports, un salaire misérable voire inexistant, en bref, des conditions de vie révoltantes et inhumaines, tel est le sort des migrants essentiellement népalais, travaillant sur les chantiers mis en place en vue de la Coupe du Monde 2022. The Dark Side of Migration: Spotlight on Qatar’s construction sector ahead of the World Cup, le rapport publié par Amnesty International le 17 novembre, est alarmant.

Reprenant les faits révélés par leGuardian en septembre, il dénonce la situation des travailleurs étrangers au Qatar, dont le traitement s’apparente à une forme de néo-esclavage. Le nombre de victimes pour l’été 2013 s’élève à 44, et, si aucune mesure n’est prise, il pourrait atteindre 4000 d'ici la Coupe du Monde d’après la Confédération internationale des syndicats (CSI-ITUC).

Les réactions occidentales ont été vives mais aucune mesure concrète n’est envisagée. Après la réunion du comité exécutif de la Fifa à Zurich du 3 et 4 octobre, Sepp Blatter a même estimé qu’il restait encore beaucoup de temps pour traiter des problèmes avec le Qatar. Il est clair que la Fifa s’est enferrée dans une situation de plus en plus inextricable, mais somme toute assez prévisible.

Rétrospective historique. Car, en effet, le non-respect des droits de l’homme au Qatar n’est un secret pour personne, particulièrement en ce qui concerne les droits des migrants. Mais la persistance de l’esclavage ne se limite pas à ce Qatargate, il concerne même une grande partie du monde arabe, et s’ancre dans un passé long de plusieurs siècles.

Expliquer ce néo-esclavage en se plongeant dans ses racines historiques, c’est à quoi s’est attelé l’anthropologue Malek Chebel dans son livreL’esclavage en terre d’Islam, par l’analyse d’une question qu’il estime encore taboue, celle des quatorze siècles d’esclavage dans les pays arabes et musulmans. L’auteur souligne les spécificités de la traite des esclaves dans le monde arabe, et les met en perspective avec la situation actuelle.

Au contraire de la traite occidentale, celle qui a eu lieu en Orient procèderait d’une intrication plus profonde dans les consciences. D’abord, du fait de sa durée, quinze siècles pour la traite arabo-berbère, contre deux pour le commerce triangulaire. Ensuite, par sa dimension sociale, que le commerce d’esclaves en Occident - relevant d’un aspect plus économique - ne revêtirait pas. Par ailleurs, les rapports esclavagistes auraient aussi été encouragés par le système très hiérarchisé de la société orientale, hérité de l’Orient ancien.

Historique et culturelle, la persistance de l'esclavage trouverait aussi ses sources dans une interprétation du Coran. L’absence d’interdiction de l’esclavage dans la doctrine musulmane n’aurait pas permis d'endiguer ce phénomène - existant il faut le rappeler, avant la diffusion de l’Islam. En effet, des vingt-sept versets du Coran évoquant le sort des esclaves, tous acceptent le maintien de la condition d'asservissement aux maîtres, tout en allant cependant dans le sens d’une certaine clémence. Ce flou doctrinal aurait alors été propice à des interprétations erronées et porteuses, selon l’auteur, d’une culture esclavagiste.

Ce à quoi il faudrait enfin ajouter l’importance du contexte économique. Le monde arabe, au contraire de l’Occident, a connu pendant très longtemps un système féodal. Système dont certains pays héritent encore largement, avec en tête la Mauritanie, où entre 10% et 20% de la population serait réduite à l’esclavage selon certaines ONG. Le maintien de rapports de forces encore féodaux, brutalement plongés dans le capitalisme moderne, expliquerait donc aussi ce néo-esclavage.

Il existe bien sûr différentes formes d’esclavages, compte tenu de l’étendue du territoire considéré, mais on peut toutefois en souligner l’ampleur et la durée dans tout le monde arabe avec,pour exemple, ce marché d’esclaves et ce syndicat d’esclavagistes qu’on pouvait trouver au Caire jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Une situation qui perdure. Cette brève rétrospective permet de voir que cette situation s’ancre dans une perspective historique de longue durée. Mais il est nécessaire de définir ce qu’on appelle aujourd’hui le néo-esclavage et en quoi il diffère de l’ancien ; le néo-esclavage n’est plus un statut de droit, c’est un statut de fait. En effet, l’esclavage est aujourd’hui interdit dans tous les pays arabes, le dernier pays en date étant la Mauritanie en 1981. Mais de fait, il persiste toujours une sorte de salariat dévoyé, sans statuts ni droits, qui renvoie de facto à un état d’esclavage.

Malek Chebel estime à 3 millions le nombre de ces esclaves modernes : elles sont un million de bonnes au Maroc, dont un nombre important d’enfants, ils sont encore 100 000 ouvriers d’Inde, du Pakistan ou de Chine travaillant 13 heures de travail par jour à Dubaï pour 200 euros par mois…

Le néo-esclavage revêt toutefois des formes très différentes, du travailleur népalais sur les chantiers du Qatar, à la petite bonne au Maroc, jusqu’aux ventes d’enfants à Bamako. Au Liban, par exemple, il est possible de se procurer une bonne dans une agence spécialisée pour 300 dollars par mois (la moitié revenant à la domestique, l’autre pour la société). En principe, il s’agit donc d’une vente de services, mais dans les faits, le traitement de ces domestiques s’apparente le plus souvent - mais pas toujours bien sûr-, à de l’esclavage.

De même, dans les consciences, il semblerait que cette mentalité néo-esclavagiste soit encore prégnante, preuve en est que la communauté sri lankaise, la plus importante communauté étrangère du pays, n’a aucune existence publique, et que les scandales de maltraitance et de viols sont fréquents. Détail révélateur, le mot Sri lankais est devenu une sorte de terme générique pour désigner tout domestique. J’ai d’ailleurs longtemps été persuadée, enfant, qu'il s'agissait d'un synonyme pour femme de ménage.

Les pratiques évoluent difficilement, et souvent les familles aisées ont même la sensation de faire une bonne action, en donnant un travail à cette bonne qui deviendra certainement riche dans son pays natal, en lui fournissant une petite douche dans son cagibi minuscule, quand même, une douche pour elle ! Mais sans penser que ce minuscule espace donné, c’est le refus du grand espace de la salle de bain familiale et toute la symbolique que cette exclusion du corps du domestique dénonce. Le déni des classes aisées se pare d’une affection condescendante et use de tout un lexique paternaliste, allant jusqu’à considérer le domestique comme un éternel mineur, comme s’il était doté d’une nature d’esclave selon le mot d’Aristote.

Toutefois, des tentatives sont faites aujourd’hui pour lutter contre ces nouvelles formes d’esclavages et pallier le déficit du droit des personnes. Pour continuer sur l’exemple libanais, l’éveil des consciences semble être en marche, en témoigne par exemple ce court-métrage intitulé « ma sri lankaise est libanaise » jouant sur l’inversion des rôles entre la domestique et la « Madame ».

Cette persistance de l’esclavage dans les pays du monde arabe amène enfin à poser la question de ce capitalisme post-moderne, qui, dans un mélange d’époques et de genres, intrique ultra-capitalisme et mentalités féodales.

Les travailleurs du Qatar payant de leur sueur et de leur sang pour des stades de football en sont la plus triste illustration.

Nada Maucourant

Sources

Malek Chebel : L'esclavage en terre d'Islam (Fayard, septembre 2007, 496 pages, 24 euros)

http://www.theguardian.com/world/2013/sep/25/revealed-qatars-world-cup-slaves

http://www.amnesty.org/en/library/asset/MDE22/010/2013/en/ca15040d-290e-4292-8616-d7f845beed7e/mde220102013en.pdf

http://www.theguardian.com/football/2013/oct/04/world-cup-2022-fifa-sepp-blatter-qatar-worker-deaths

http://observers.france24.com/fr/content/20101207-sri-lankaise-est-libanaise-court-metrage-antiracisme-shankabout-film-bonnes http://www.youtube.com/watch?v=VpQGHBKelaQ

http://edition.cnn.com/interactive/2012/03/world/mauritania.slaverys.last.stronghold/

http://www.ina.fr/video/VDD10009991

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1997 : le PCF renie ses positions hostiles à «l’Europe », cédant à l'ultimatum du PS pour entrer au gouvernement Jospin. Par Michel Eldiablo.

11 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La gauche, #La République, #La nation ., #La France, #Le capitalisme;, #La mondialisation

Publié par Michel LeDiablo

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1997 : le PCF renie ses positions hostiles à «l’Europe », cédant à l'ultimatum du PS pour entrer au gouvernement Jospin

 

Le 18 janvier 2014, Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français et président du Parti de la gauche européenne (PGE), était l'invité de l'animateur Laurent Ruquier dans l'émission « On n'est pas couché », sur France 2 (http://www.france2.fr/emissions/on-n-est-pas-couche/diffusions/18-01-2014_166212).

 

Interrogé sur différents sujets d'actualité, Pierre Laurent a été interpellé par la journaliste Natacha Polony à propos de mon dernier livre, La gauche radicale et ses tabous, ce qui a donné lieu à l'échange suivant :

 

 

Natacha Polony - Il y a un livre qui vient de paraître, d'Aurélien Bernier, qui est membre du Front de gauche, enfin qui est proche du Front de gauche, qui analyse les différents tabous qui, selon lui, empêchent la gauche radicale, la gauche de la gauche, de percer. Et ce qu'il explique est assez intéressant : pour lui, il y a un basculement en 1997, au moment où, dit-il, le Parti communiste accepte d'entrer dans la majorité plurielle en échange de, on va dire, de son basculement sur la question européenne. C'est à dire qu'avant cette période-là, le Parti communiste était très critique sur la construction européenne, parce qu'elle était ultralibérale, parce qu'elle était en train de démanteler tout le modèle social français, et en 97 Lionel Jospin met un marché : en gros, vous serez morts si le PS ne vous aide pas dans les élections locales, ne vous aide pas aux législatives, mais il faut mettre un peu d'eau dans votre vin sur la question européenne.

 

Alors je vous vois secouer de la tête, vous vous dites que ce n'est pas vrai, pourtant on est quand même très très frappé, pourtant, quand on voit les discours du Parti communiste sur cette question-là, on est frappé par le fait que vous avez acquis cette idée que, finalement... pouvoir réformer de l'intérieur... que, sur l'euro, vous pouvez aussi réformer de l'intérieur, qu'il y aurait cette Europe sociale qu'on pourrait un jour construire... Est-ce que vous vous êtes reniés ? Est-ce que vous vous êtes faits avoir par le Parti socialiste ?

 

 

Laurent Ruquier – C'est la real-politik !

 

Pierre Laurent – Le Parti socialiste vous obsède beaucoup, voyez. On ne se détermine pas par rapport au Parti socialiste sur toutes ces questions. On se détermine par rapport à ce qu'on pense.

 

Natacha Polony – Sauf que vous avez changé de discours. Le Parti communiste a changé de discours.

 

Pierre Laurent – Sur l'Europe, je secoue la tête, pourquoi... Moi je préside le Parti de la gauche européenne. C'est toutes les forces politiques qui ressemblent à notre famille politique, qui sont très diverses au plan européen. Celui qui travaille au Parti de la gauche européenne à mes côtés, Alexis Tsipras, qui est le leader de la gauche grecque, qui résiste aux plans d'austérité, on vient de décider qu'il serait notre candidat, à l'échelle de toute l'Europe. 

 

Or, le combat qu'on mène ensemble, que je mène avec Syriza, avec Die Linke, avec beaucoup d'autres partis européens, c'est justement un combat de critique radicale de l'Union européenne actuelle, parce que nous, nous pensons que cette construction européenne ultralibérale est la responsable de la crise dans laquelle nous nous trouvons, qui enfonce l'Europe dans le chômage, dans la précarité, qu'il faut radicalement refonder cette Europe, mais effectivement, nous pensons qu'il faut construire un autre espace européen. Nous ne renonçons pas pour autant à l'idée européenne. On peut la faire de manière démocratique, en donnant davantage de pouvoir aux peuples, en mettant la coopération à la place de la mise en concurrence systématique et du dumping.

 

Cette réponse du dirigeant communiste, et surtout 

son évitement face à certaines questions, méritent une analyse.

 

Le tournant « euroconstructif » et ses conséquences

Sans surprise, Pierre Laurent ne s'exprime pas sur le tournant idéologique opéré par Robert Hue en 1997 et défend la stratégie du PCF et du PGE : celle d'une réforme « de l'intérieur » des institutions européennes. Les images montrent un certain embarras du dirigeant de la gauche radicale, sans doute lié au format globalement accusatoire de l'entretien, mais sans doute également au sujet traité dans mon livre et résumé sur le plateau par Natacha Polony. L'embarras est compréhensible, car le tournant stratégique du PCF, sous la pression du Parti socialiste est une réalité incontestable.

 

 

Début 1997, le PCF lance une pétition pour refuser le passage à la monnaie unique. En meeting à Paris, Robert Hue déclare le 19 février que la monnaie unique est « un véritable carcan, assurant la soumission des peuples aux conditions fixées par les marchés financiers et annulant par la même toute velléité d'indépendance, tout libre choix des français et des élus qu'ils se donneraient, notamment en matière de politiques économiques et sociales ». La ligne du PCF est encore celle de 1992, et de la campagne contre Maastricht. A cette époque, on lisait dans les Cahiers du communisme que « Maastricht prolonge et focalise ce choix majeur que la grande bourgeoisie a effectué dès le milieu des années 1970, qui consiste à rapetisser la France aux normes communautaires pour gonfler les profits des possédants. » (1) Le PCF défendait l'idée d'une « Europe des Nations ». Il était fermement opposé à la monnaie unique et proposait une monnaie commune, qui permette la coopération sans remettre en cause la souveraineté des peuples.

 

La tournant a lieu en mars-avril 1997. Les négociations pour les législatives (prévues à l'époque pour juin 1998) se déroulent entre les directions du PS et du PCF et par médias interposés. Chacun défend ses positions et le PCF attend des socialistes une « vraie politique de gauche ». Mais le 3 mars 1997, Lionel Jospin déclare : « La direction du PC ne peut pas à la fois dire qu'elle veut gouverner, critiquer le partenaire principal et refuser tout mouvement sur des points essentiels qui assureraient la cohérence d'un futur gouvernement. Qu'il s'agisse de l'euro ou d'un certain nombre de mesures de politique intérieure » (2) . Même si la diplomatie est de mise, tout le monde comprend qu'il s'agit d'un ultimatum auquel, dans un premier temps, le PCF ne réagit pas. Mais le 21 avril 1997, Jacques Chirac annonce officiellement la dissolution de l'Assemblée nationale et la convocation d'élections anticipées le 25 mai et le 1er juin 1997. Le tempo s'accélère d'un coup. Dès le 29 avril, un accord entre le PCF et le Parti socialiste est trouvé pour une « déclaration commune » sur les grandes orientations politiques. Le compromis obtenu sur l'Europe évoque, de façon très floue, un « dépassement de Maastricht » et un engagement dans des « discussions pour réorienter la construction européenne ». Dans L'Humanité, à la question « Comment dépasser Maastricht ? », Robert Hue répond : « Il reste un an pour un grand débat national, une renégociation » (3)  .

 

Le PS gagne les élections du 1er juin, le PCF entre au gouvernement... mais cette renégociation n'aura jamais lieu. Le tout premier acte de Lionel Jospin vis-à-vis de l'Union européenne sera de signer, dès le 17 juin 1997, le traité d'Amsterdam qui confirme le passage à l'euro au prix de mesures d'austérité que l'on appelle pudiquement « critères de convergence ». Malgré l'absence d' « Europe sociale », malgré le libéralisme assumé des sociaux-démocrates européens qui accéderont au pouvoir au Royaume-Uni puis en Allemagne, Robert Hue continue à défendre l'idée d'une transformation de la construction européenne. Le 6 novembre 1997, il déclarait « Nous avons besoin d'Europe pour réussir le changement en France » (4). Le 3 décembre 1997, il se qualifiait pour la première fois d'« euroconstructif » (5) . Le27 mai 1998, il affirmait : « Je ne peux imaginer l'avenir de notre pays en dehors d'un ensemble européen. Et j'ajoute : pour le meilleur et pour le pire. » (6) Enfin, le 15 mars 1999, la liste « Bouge l'Europe! » formée par le PCF pour les élections européennes de juin publiait son manifeste, qui débutait par « La France, le monde ont aujourd'hui besoin d'Europe ». Durant toute la campagne, le PCF s'efforçait de montrer qu'on peut changer l'Union européenne et l'euro « de l'intérieur ».

 

Il y a donc bien eu un tournant du PCF sur les questions européennes en 1997, qui explique aujourd'hui encore la position « euro-réformiste » du PCF et du Front de gauche. Ainsi, en mars 2011, Pierre Laurent affirmait, comme Robert Hue en son temps, qu'aucune politique de gauche en France ne serait possible sans refonte des institutions européennes : « il n'y aura pas de politique de gauche dans ce pays si la France ne reprend pas l'initiative pour changer l'Union Européenne » (7). Cette analyse est terrible. Elle signifie que le PCF n'a que deux options : soit réussir le projet titanesque (et totalement irréaliste à court terme) de « refonder la construction européenne », soit renoncer à toute transformation sociale.

 

 

Aussi regrettable soit-il, ce changement de stratégie est un fait, et nous ne referons pas l'histoire. Il est même inutile de chercher à savoir quelle est la part de calcul et la part de naïveté dans le comportement des dirigeants communistes de l'époque, Robert Hue en tête. Aujourd'hui, la seule question qui ait du sens est : comment sortir de cette stratégie à laquelle plus personne ne croit ?

 

 

Entre la souveraineté et l'Union européenne, le PCF doit choisir

 

En janvier 2014, une enquête Ipsos/Steria intitulée « Nouvelles fractures françaises » (http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/actualites/2014-01-21-nouvelles-fractures-francaises-resultats-et-analyse-l-enquete-ipsos-steria) donnait, sur les questions européennes, des résultats spectaculaires. 70 % des sondés considèrent qu'« il faut renforcer les pouvoirs de décision de notre pays même si cela doit conduire à limiter ceux de l'Europe », contre seulement 17 % qui pensent qu' « il faut renforcer les pouvoirs de décision de l'Europe même si cela doit conduire à limiter ceux de notre pays ». Jamais le désaveu des politiques européennes n'a été aussi flagrant. Cette demande de renationalisation des pouvoirs atteint 81 % chez les sympathisants du Front de gauche et 78 % chez les ouvriers. Alors qu'une propagande incroyable est menée en faveur de l'euro, 33 % des sondés sont pour la sortie de la France de la zone euro et un retour à une monnaie nationale. Ils n'étaient que 28 % en 2013, lors de la première édition de l'enquête.

 

Les citoyens ont visiblement mieux compris que les directions des partis politiques le besoin de désobéir à l'Union européenne – c'est à dire de restaurer la primauté du droit national sur le droit communautaire – et de sortir de la monnaie unique pour mettre fin à la crise. Il est dommage que la gauche radicale n'admette pas encore qu'il s'agit de mesures incontournable pour mener des politiques de gauche, et qu'elle n'en tire pas la conclusion qui s'impose : tant qu'elle ne clarifiera pas son discours, elle ne sera pas suffisamment crédible et sera battue dans les urnes. Rappelons que le programme du Front de gauche, l'Humain d'abord, propose de mettre en place un « protectionnisme européen » qui nécessiterait un accord des vingt-huit États membres de l'Union européenne, de changer les statuts de la Banque centrale européenne, ce qui nécessiterait un accord des dix-huit États membres de la zone euro, et que, s'il évoque la désobéissance européenne, il le fait sans dire que restaurer la primauté du droit national sur le droit communautaire est un préalable juridique incontournable.

 

A la veille des élections européennes de 2014, la question est de savoir si le Front de gauche radicalisera ou non son programme. En novembre 2013, le Comité du Projet du PCF, chargé de proposer des orientations pour le programme politique, publiait un document intitulé « Refonder l'Europe » (http://www.pcf.fr/43018), dans lequel on peut mesurer l'embarras des communistes sur la question.

 

 

Dans un court paragraphe, le Comité du Projet du PCF donne sa vision de la construction européenne : « Le type d’« Union » répondant le mieux, selon nous, à ces buts communs [de solidarité et de coopération entre États] est une construction qui ne cherche pas à reproduire au niveau européen la structure d’un État national quelle qu’elle soit. Il s’agit, à nos yeux, d’une union de nations et de peuples souverains et associés, donc d’un cadre très spécifique à créer d’un commun accord. » Ce positionnement est très important, puisqu'il affirme le besoin de préserver et de reconquérir la souveraineté nationale et populaire, dans une perspective de coopération. Or, depuis le tournant « euroconstructif » de Robert Hue, le PCF restait extrêmement timide, voire silencieux, sur le sujet. Il s'agit donc d'une évolution positive.

Pour autant, le Comité du Projet est loin de revenir aux positions du PCF du début des années 1990. Dès les premières pages de son document, il « récuse le qualificatif d’eurosceptiques ». Les auteurs considèrent que « la grande majorité [des citoyens] se rendent compte du besoin impérieux d’un cadre européen dans la mondialisation » et que la sortie de l'euro, concertée ou non « n'est pas une solution ». Ils ne proposent finalement que de mettre en place un nouveau traité en remplacement de celui de Lisbonne. Ils ne formulent aucune mesure de rupture en cas d'échec de cette stratégie : pas de désobéissance européenne, pas de retour à la monnaie nationale, même comme deuxième choix. Dès lors, l'Europe des nations souveraines et solidaires que le PCF appelle de ses vœux n'est qu'un rêve lointain. Et puisque la quasi-totalité des mesures proposées par le Front de gauche sont conditionnées à ce changement « de l'intérieur » de l'Union européenne, tout son programme est bâti sur du sable.

 

Dans ces conditions, on voit mal comment la personnalité d'Alexis Tsipras suffirait à convaincre les électeurs français de voter pour le Front de gauche aux élections européennes de mai 2014. Par contre, on voit très bien comment le rejet des politiques européennes pourra mener à une abstention massive et à un score élevé, voire très élevé, pour le Front national. S'il veut éviter la catastrophe, le Front de gauche doit impérativement changer de ligne et revenir au discours radical qui était celui du PCF en 1992. Or, le Front de gauche ne changera pas de ligne si le PCF n'y est pas prêt. Les communistes doivent relire leur propre histoire et retrouver, sur l'Europe, leur cohérence et leur radicalité d'avant les « années Robert Hue ». Il leur reste moins de quatre mois pour le faire.

 

Aurélien Bernier

30/01/2014

 

(1) Gérard Streiff, « Maastricht-Elysée . L'impossible quête d'un référendum apolitique », cahiers du communisme, septembre 1992.

(2) L'Humanité, 4 mars 1997.

(3) « Une dynamique à gauche pour répondre aux exigences citoyennes », L'Humanité, 29/04/1997.

(4) « Robert Hue : redonner du sens à l'Europe », L'Humanité, 6 novembre 1997.

(5) « Robert Hue : un esprit euroconstructif », L'Humanité, 3 décembre 1997.

(6) « Robert Hue : un nouvel élan est nécessaire », L'Humanité, 27 mai 1998.

(7) « Le Front de gauche rejoue les airs du « non » européen », Libération, 2 mars 2011.

 

 

Lu sur le site:  PCF BASSIN

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Manolis Glezos : ce que l’Allemagne n’est pas arrivée à faire par les armes, elle l’a réussi par l’euro.

10 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #La guerre, #La mondialisation, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales

Manolis Glezos : ce que l’Allemagne n’est pas arrivée à faire par les armes, elle l’a réussi par l’euro.

Dans un entretien accordé au journal chypriote « SIMERINI », Manolis Glezos critique le modèle de l’Europe « allemande ».

Le 10 mars 2015.

Manolis Glezos (source iefimerida.gr)

Manolis Glezos (source iefimerida.gr)

Pour Manolis Glezos, la monnaie commune et la politique économique commune étaient les outils qui, avec le soutien de l’OTAN et des USA, ont amené à l’hégémonie européenne actuelle.

"Cela semble différent mais l’est-ce vraiment ? Ce que l’Allemagne n’est pas arrivée à faire à l’époque par les armes, c'est-à-dire, de créer une Europe allemande, elle arrive à le faire de nos jours avec la puissance économique et l’aide des USA et des autres vainqueurs de la 2e guerre mondiale - soviétiques exclus, bien entendu, cela va de soi. La guerre froide a donné aux USA et à leur création, l’OTAN, la possibilité d’imposer leur volonté à l’Europe. Et le fruit de cette volonté, c’est l’Allemagne actuelle"

Parlant des réparations de guerre, le cadre historique de la Gauche estime que le Parlement européen et les rapports de force n’y sont pas favorables afin que des initiatives se soldent par une réussite.

Il pense, néanmoins, que l’Allemagne sera de fait amenée à discuter avec la Grèce à ce sujet :

"le gouvernement allemand, ‘mal élevé’ jusqu’à présent à cause des autres européens qui cèdent constamment, ne pourra pas refuser ad vitam aeternam de discuter de la chose avec la Grèce. D’ailleurs, M. Prokopis Pavlopoulos, le nouveau Président de la République grecque, maîtrise parfaitement, en tant que juriste également, la question des dettes de l’Allemagne envers notre pays. En définitive, il apparaîtra à quel point les arguments des allemands manquent de fondement, s’ils osent procéder à la signature d’un traité de paix avec la Grèce, au lieu de se contenter du régime peu clair de la « situation non-en-guerre » qui est actuellement en vigueur. Alors, ils seront contraints de payer."

Le député européen qui a réuni un très grand nombre de voix aux élections et qui s’est exprimé contre les dirigeants du parti en critiquant fortement l’accord à l’Eurogroupe du 20 février dernier, parle des difficultés auxquelles le gouvernement est confronté, en soulignant que la question de la souveraineté du Peuple et du respect de la Constitution est d’une importance cruciale :

"Les promesses préélectorales et les déclarations concernant le programme du gouvernement ne peuvent être réalisées que si le pouvoir passe entre les mains du peuple. Syriza a promis la souveraineté populaire qui, pour la Constitution actuellement en vigueur, est le fondement du régime politique, bien que tous les gouvernements au pouvoir à ce jour l’ont ignorée et méprisée. Le peuple attend, avant toute chose, du gouvernement qu’il a élu, d’appliquer la Constitution."

Source : iefimerida.gr

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Sortir du carcan ultralibéral est d'une impérieuse nécessité. Le M'PEP fait des propositions et donne des explications. Par exemple:"démondialiser" ?

10 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La République, #La France, #La nation ., #Europe supranationale, #Economie, #Le capitalisme;, #La mondialisation, #Les transnationales, #Le grand banditisme

Sortir du carcan ultralibéral est d'une impérieuse nécessité. Le M'PEP fait des propositions et donne des explications. Par exemple:&quot;démondialiser&quot; ?

Sortir du carcan ultralibéral est d'une impérieuse nécessité. Le M'PEP fait des propositions et donne des explications. Par exemple:"démondialiser" ?

 

Bonjour.

Les seules batailles que l’on est certain de perdre sont celles que l’on ne mène pas.

 

Nous sommes tous d’accord pour constater que notre société va mal, que notre économie va mal, que le présent s’assombrit, que des nuages noirs obscurcissent notre horizon…

Lors de la seconde guerre mondiale tout semblait perdu, la chape de plomb semblait s’imposer pour « mille ans au moins », et pourtant ...

Comme à cette époque la situation économique est catastrophique.

Comme à cette époque la trahison de nos « zélites » fait des ravages.

Comme à cette époque la République est niée et dénigrée.

Comme à cette époque les collaborateurs et les traitres préfèrent la sujétion à d’autres puissances.

Comme à cette époque la France à leurs yeux n’est que ringarde et moisie.

 

Ce constat est certainement largement partagé, pourtant tout semble figé. Peut-on espérer garantir à nos enfants une vie meilleure, sinon identique à celle que nos parents nous ont laissée en héritage ? Que reste-t-il de nos espoirs ? 

 

Je déplore que nous refusions de traduire en actes politiques forts ce dégout devant la casse de notre modèle social.

Beaucoup parmi nous désespèrent de voir une sortie probable du tunnel.

Beaucoup pensent que les grands prédateurs gagnent tout le temps, que de toute façon ils  sont trop forts. Le désintérêt pour la chose publique en atteste, il est bien réel.

D’autres pensent que nous  ne sommes pas encore tombés assez bas pour espérer nous ressaisir.

 

Je ne peux être en accord avec ce constat. Le chômage monte de plus en plus. Les profits des grandes entreprises sont au plus haut. La richesse produite sert essentiellement les actionnaires apatrides.

 

Aucun avenir ne semble se dessiner pour notre jeunesse. Après les avoir éduqués et formés ils iront s’employer sous d’autres latitudes, cela s’appelle l’émigration et c’est le signal d’un déclin irréversible.

 

Nous ne voulons pas voir la vérité en face, on se berce d’illusions rassurantes.

« L’Europe sociale », « l’Europe c’est la paix », sont les avatars de cet espoir en des lendemains meilleurs.

Ce faisant on s’interdit de penser et d’examiner la cause des causes de notre déclin. C’est pourtant facile à voir. Mais nos pensées engourdies refusent de constater notre égarement.

 

La seule, l’unique cause à tout cela porte le nom d’ultralibéralisme. Ce capitalisme du désastre véhiculé par cette mondialisation mortifère nous enferme dans le carcan néoconservateur. Le consensus de Washington s’applique à nous de façon violente mais jamais formalisé. L’Union Européenne est le bras armé de cette incroyable dictature. La BCE, le FMI, l’OCDE, l’OTAN sont là pour nous accompagner vers l’abîme.

 

La solution est simple, il faut identifier notre ennemi et ceux qui le servent. Toutes ces institutions supranationales acquises au libre marché et à la concurrence non faussée doivent être abolies et remplacées. Il n’est pas question de se fermer aux autres, il s’agit de privilégier la coopération entre les peuples plutôt que la guerre de tous contre tous.

 

Il faut abattre le libre-échange et ses trois piliers fondamentaux qui sévissent dans l’Union Européenne.

Il faut supprimer la libre circulation des capitaux.

Il faut supprimer la libre circulation des marchandises.

Il faut supprimer la libre circulation des personnes (La directive Bolkestein rebaptisée directive services).

 

La montée du Front National comme possible rustine n’est qu’un leurre dangereux.

 

Le M’PEP est un parti politique qui propose des solutions adaptées. Prenons le temps de les étudier.

 

Il se propose de démondialiser.

Le texte ci-dessous explique cette démarche.

 

Bien cordialement

Lucien Pons

 

 

 

QUE VEUT DIRE « DÉMONDIALISER » ?
 
Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

 
Le 9 mars 2015.

 
Démondialiser, pour le M’PEP, correspond à l’ensemble des actions, initiatives, luttes sociales, processus électoraux visant à s’émanciper de l’ordre néolibéral mondial et de son avatar européen. C’est construire une autre configuration internationale. Celle-ci se construira progressivement, pays par pays. Pour redonner son rôle à la politique, on ne peut compter, dans l’état actuel du monde, que sur les luttes sociales et la reprise en main des États par les peuples. Il est illusoire et nocif d’espérer un hypothétique gouvernement mondial ou une quelconque « gouvernance » mondiale. L’échelle mondiale, aujourd’hui, est un no man’s land démocratique. C’est le règne des institutions multilatérales supranationales, des firmes multinationales, des médias interplanétaires à leur service. Aucun contrepoids démocratique n’existe à cet échelon, comme à celui de l’Union européenne. Prétendre vouloir prendre des mesures mondiales revient à livrer les peuples aux classes dominantes mondialisées.
 
Démondialiser, c’est :
 
(…)
 

 



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Alstom : Qui n’entend qu’un son n’entend qu’une cloche.

10 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #AMERIQUE, #La France, #Economie, #La mondialisation, #Le capitalisme;, #Le grand banditisme, #Les transnationales

Publié par Jean Lévy

 

Un tramway construit par Alstom, à Paris.

Un tramway construit par Alstom, à Paris.

COMITE VALMY

 

Alstom : Qui n’entend qu’un son

n’entend qu’une cloche

lundi 9 mars 2015,

par Comité Valmy

Description de cette image, également commentée ci-après

COMMUNIQUE DE PRESSE
de Jacques MYARD
et de Daniel Fasquelle
Députés de la Nation

Le 9 Mars 2015

A/S : Alstom : 

Qui n’entend qu’un son

n’entend qu’une cloche

A la veille des auditions des principaux protagonistes de la vente d’Alstom Energie à l’américain General Electric, Daniel Fasquelle, Vice-Président de la Commission des Affaires économiques et Jacques Myard, député des Yvelines ainsi que 53 de leurs collègues dénoncent une mascarade et persistent dans leur demande de création d’une commission d’enquête parlementaire sur ce sujet.

 

En effet, ces auditions proposées par la majorité socialiste ne seront qu’une tribune de plus pour ceux qui sont les chevilles ouvrières de cette désastreuse opération. En écartant les contradicteurs, elles ne permettront en aucun cas de lever les zones d’ombres encore trop nombreuses sur ce dossier économique et industriel majeur particulièrement suivi par les Français qui ont le droit d’être informés.

 

Quel est l’intérêt de n’écouter que ceux qui délivreront tous les mêmes messages ?

Seule une commission d’enquête permettrait d’établir pleinement la vérité sur la base notamment de l’analyse contradictoire des auditions menées au second trimestre par la Commission des Affaires économiques autour des 7 thèmes détaillés ci-dessous. L’ensemble des protagonistes seraient interrogés y compris les représentants en France de Siemens et Mitsubishi et les dirigeants d’EDF, GDF, Areva, SNCF, RATP, Thalès, Safran et DCNS.

 

Une telle commission d’enquête permettrait également d’étudier les éventuels renforcements nécessaires des législations en matière de gouvernance d’entreprise, de transparence des rémunérations des dirigeants, du régime des OPA et d’intelligence économique.

 

Mais il semble que la vérité dérange. Il est certain que les auditions prévues n’y contribueront pas. Au contraire...

 

1 - Réalité de l’offre de rachat d’Alstom par General Electric

Contrairement aux annonces répétées dans l’ensemble des medias en juin dernier, il apparaît que :

- General Electric absorbera pleinement en deux temps les activités Energie d’Alstom pour un prix relativement faible car la vente des participations financières d’Alstom dans les trois co-entreprises est prévue en 2018 après l’élection présidentielle selon un mécanisme quasi-automatique),

- Alstom ne détiendra que 20% du capital de la co-entreprise « nucléaire » et General Electric disposera de la direction opérationnelle des 3 co-entreprises,

- Les salariés d’Alstom ne disposent d’aucun engagement réel de la part de General Electric en matière de maintien de l’emploi sur les différents sites français et encore plus de création de 1000 emplois en France,

- Alstom Transport, désormais seul, ne disposera pas d’un bilan financier suffisamment solide pour faire face à un contexte concurrentiel très difficile et devra payer, et non General Electric, l’amende de 630 millions d’euros pour le contentieux juridique avec les autorités américaines sur plusieurs contrats dans l’énergie en Asie et au Moyen-Orient,

- L’Etat ne devrait pas rentrer pas au capital d’Alstom Transport à hauteur de 20%, ce qui lui aurait apporté les bénéfices d’un actionnariat de long terme qui lui fait actuellement défaut (l’AMF a notamment limité la portée de l’accord Etat-Bouygues et l’Association APPAC a attaqué devant la justice le prêt d’actions prévu dans l’accord),

2 - Liens du groupe Alstom avec la puissance publique

Si Alstom est une entreprise privée, il convient de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une entreprise comme une autre et que légitimement la représentation nationale doit pouvoir y exercer un droit de regard :

 

- Le groupe français exerce avec son important tissu de sous-traitants français dans un secteur stratégique à savoir l’approvisionnement énergétique de notre pays, en particulier dans l’énergie nucléaire,

- Alstom a bénéficié en 2003 de l’entrée de l’Etat dans son capital lorsque sa situation financière était compliquée, ce qui lui a permis d’assurer sa pérennité et de maintenir son développement,

- Son activité reste soutenue comme dans le passé par l’aide à l’innovation de l’Etat et par de nombreuses commandes provenant des pouvoirs publics et d’entreprises publiques (EDF, GDF, SNCF, RATP...), commandes qui lui servent de références à l’international où il bénéficie d’un large soutien financier et diplomatique à l’export.

3 - Raisons stratégiques floues concernant cette vente d’Alstom Energie

Les raisons stratégiques de la vente précipitée d’Alstom Energie restent toujours aussi floues alors que la situation financière de l’entreprise était au moment de l’annonce de la vente très appréciable (carnet de commandes de 51 milliards d’euros, commandes de 20 milliards d’euros en hausse de 2% en croissance organique, résultat opérationnel et marge opérationnelle stables d’1,4 milliards d’euros et de 7%).

 

En termes de positionnement par rapport à la concurrence, le groupe français est un leader mondial dans la fourniture des équipements de centrales à charbon, de centrales nucléaires, de centrales hydroélectriques et de transmission électrique. Au-delà de la fourniture de nouveaux équipements, Alstom bénéficie d’une activité récurrente d’opérations de maintenance très rentables sur de nombreuses centrales déjà construites à travers le monde (25% de la puissance électrique mondiale). Le problème de taille critique évoqué pour justifier la vente n’apparaîtrait que dans les activités de l’éolien et des turbines à gaz. Pour les turbines à gaz, il semble même d’après les premières interrogations de la Commission européenne que ce ne serait pas le cas.

 

Cependant, la taille critique serait réelle pour l’ensemble du groupe en termes de surface financière vis-à-vis des banques, ce qui aurait pu justifier un rapprochement avec un autre grand groupe français présent dans un autre secteur industriel. Les conglomérats General Electric, Siemens et Mitsubishi en sont l’exemple concret.

 

Un troublant changement de stratégie de la part du PDG apparaît entre novembre 2013, lorsqu’il annonce un plan de long terme, fondé notamment sur la recherche d’un partenaire pour Alstom Transport, et avril 2014, où le Gouvernement, comme une partie du Conseil d’Administration et du Comité exécutif d’Alstom découvrent, via une information de l’agence américaine Bloomberg, que les activités Energie sont vendues à General Electric.

 

4 - La pression de la justice américaine concomitante avec les négociations avec General Electric

La chronologie révélée par la presse au sujet de la vaste enquête pour corruption menée par la justice américaine à l’encontre d’Alstom et de plusieurs de ses cadres laisse à ce titre interrogatif sur les vraies raisons de cette vente effectuée en secret. La pression des autorités américaines au niveau de la direction générale d’Alstom semble concomitante avec la négociation secrète avec General Electric. Dans un passé récent, 5 entreprises en difficultés avec la justice américaine pour des affaires de corruption ont été rachetées par General Electric, ce qui pourrait laisser penser à un mode opératoire déjà éprouvée.

 

Après l’amende record infligée à la BNP pour utilisation du dollar, monnaie internationale, dans des transactions avec Cuba et le Soudan pourtant légales au sens du droit européen, il convient de s’interroger sur l’utilisation de l’extraterritorialité de la loi américaine comme instrument d’une certaine guerre économique. Le rapport de la délégation parlementaire au renseignement publié en décembre dernier, présidé par le Député PS Jean-Jacques Urvoas et le Sénateur UMP Jean-Pierre Raffarin, attirait déjà l’attention de l’utilisation détournée du Foreign Corrupt Act de 1977 et des sanctions économiques contre des pays comme l’Iran, Cuba, le Soudan et la Libye.

 

5 - Absence de mise en concurrence avec des offres alternatives

S’il apparaît que Bouygues qui détient 29% du capital était vendeur, il était tout à fait envisageable de mettre en place une solution française sans intervention directe de l’Etat actionnaire, notamment via les groupes DCNS, Thalès et Safran qui exercent dans des domaines semblables et qui auraient bénéficié industriellement d’un tel partenariat. Ce fut le souhait exprimé en juin - et non pris en compte par le Gouvernement – de plus de 50 députés au travers d’une tribune d’union nationale (opposition et majorité) publiée dans le Journal du Dimanche du 14 juin 2014.

 

Sur ce point, il convient de s’interroger sur le rôle de David Azéma, Directeur général de l’Agence des Participations en charge du dossier Alstom pour l’ensemble des administrations d’Etat, et qui a rejoint en septembre dernier le bureau européen de Bank of America, la banque d’affaires qui a conseillé Alstom sur la transaction.

 

S’agissant de l’offre alternative de Mitsubishi, associée à Siemens, même si elle correspondait à un achat partiel et donc insatisfaisant, il semble qu’elle n’ait pas été traitée de manière équitable par le Conseil d’administration, ce qui aurait permis à l’offre de General Electric d’être améliorée dans le plein respect des droits des actionnaires. L’aspect différenciant de la prise en charge du contentieux américain par General Electric et non par Mitsubishi-Siemens apparaît nul, Alstom Transport devant porter intégralement l’amende de 630 millions d’euros infligée par la justice américaine.

 

Au final, bien que plus de 70% de l’entreprise ait été cédée sans application du régime des OPA, mis à part Bouygues, les actionnaires d’Alstom semblent avoir été mis devant le fait accompli en devant privilégier la vente associée à une rémunération de court terme plutôt que la création de valeur sur le long terme. Le maintien d’Alstom en l’état faisait en effet courir un risque important après trois trimestres de flou pour les salariés, les clients et les sous-traitants sans compter le risque d’une amende des autorités américaines encore plus élevée.

 

6 - Evolution du cours de bourse

Il apparaît que le précédent Ministre de l’Economie avait saisi l’AMF pour des évènements de cours de bourse surprenants avant l’annonce de la vente. Par exemple, l’avertissement sur résultats financiers à l’origine d’une chute soudaine du cours de bourse fin janvier s’est avéré sans fondement lors de la publication des résultats annuels d’Alstom qui a suivi les informations de l’agence américaine Bloomberg. Ces éléments ont pu déstabiliser les actionnaires et les marchés financiers lors de ce moment crucial pour l’entreprise, et il conviendrait donc d’en effectuer un examen approfondi.

 

7 - Rémunération du PDG et des dirigeants d’Alstom

En cette période de crise économique et social, et alors que l’opération de la vente à General Electric n’apparaît pas être couplée à une création de valeur, la rémunération additionnelle du PDG (150 000 actions gratuites soit plus de 4 millions d’euros) suscite des interrogations légitimes en matière de transparence pour les sociétés cotées en bourse.

 

Liste des députés cosignataires :

Damien ABAD, Julien AUBERT, Jacques-Alain BENISTI, Sylvain BERRIOS, Véronique BESSE, Xavier BRETON, Bernard BROCHAND, Serge CORONADO, Jean-Michel COUVE, Marc-Philippe DAUBRESSE, Jean-Pierre DECOOL, Nicolas DHUICQ, Jean-Pierre DOOR, David DOUILLET, Nicolas DUPONT-AIGNAN, Marie-Louise FORT, Laurent FURST, Sauveur GANDOLFI-SCHEIT, Annie GENEVARD, Guy GEOFFROY, Alain GEST, Georges GINESTA, Daniel GIBBS, Philippe GOSSELIN, Anne GROMMERCH, Henri GUAINO, Jean-Jacques GUILLET, Michel HERBILLON, Philippe HOUILLON, Jean LASSALLE, Pierre LELLOUCHE, Céleste LETT, Lionnel LUCA, Thierry MARIANI, Franck MARLIN, Philippe MEUNIER, Yannick MOREAU, Pierre MOREL A L’HUISSIER, Alain MOYNE-BRESSAND, Jean-Frédéric POISSON, Bérengère POLETTI, Frédéric REISS, Jean-Luc REITZER, Bernard REYNES, Franck RIESTER, Alain SUGUENOT, Lionel TARDY, Jean-Charles TAUGOURDEAU, Michel TERROT, Guy TESSIER, Patrick VERCHERE, Philippe VITEL, Laurent WAUQUIEZ

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Comment Poutine a bloqué le pivot des États-Unis vers l’Asie. Par Mike Whitney le 9 mars 2015.

10 Mars 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La Russie, #AMERIQUE, #Europe supranationale, #La mondialisation, #La France, #Politique étrangère

Comment Poutine a bloqué le pivot des États-Unis vers l’Asie

Par Mike Whitney le 9 mars 2015

 

«L'effondrement de l'Union soviétique a supprimé la seule limite au pouvoir de Washington qui l’empêchait d'agir unilatéralement à l'étranger... Soudain, les Etats-Unis se sont retrouvés le seul pouvoir, la seule superpuissance mondiale. Les néoconservateurs ont proclamé la fin de l'histoire.»
 
Paul Craig Roberts, ancien secrétaire adjoint du Trésor Américain

 

Proverbe russe
«Ce n’est pas la faute du miroir si votre visage est tordu.»

Le 10 Février 2007, Vladimir Poutine a prononcé un discours à la 43e Conférence sur la sécurité de Munich qui a ouvert un fossé entre Washington et Moscou, fossé qui n’a fait que s’approfondir au fil du temps. Une heure durant, le président russe a critiqué de manière cinglante la politique étrangère américaine, se livrant à un acte d’accusation en bonne et due forme des interventions américaines dans le monde entier et de leur effet dévastateur sur la sécurité du monde. Poutine n’a probablement pas réalisé l’impact qu’aurait son réquisitoire sur l’assemblée réunie à Munich, ni la réaction des éminences grises états-uniennes, pour qui ces déclarations ont représenté un tournant dans les relations américano-russes. Mais, le fait est que l’hostilité de Washington envers la Russie remonte à cet incident particulier, à ce discours dans lequel Poutine s’est engagé publiquement en faveur d’un système mondial multipolaire, rejetant par là-même les prétentions à un Nouvel ordre mondial des élites américaines. Voici ce qu’il a dit:

«Je suis convaincu que le moment est venu de réfléchir sérieusement à l’architecture de la sécurité internationale. Et nous devons rechercher un équilibre raisonnable entre les intérêts de tous les participants au dialogue international

En disant cela, Poutine a contesté le rôle de seule superpuissance mondiale et de seul responsable de la sécurité mondiale des États-Unis, une position privilégiée que Washington estime avoir méritée par sa victoire dans la guerre froide et qui autorise les États-Unis à intervenir unilatéralement lorsqu’ils le jugent opportun. Le discours de Poutine a mis fin à des années de querelles et de discussions entre les analystes des groupes de réflexion sur la question de savoir si la Russie pouvait être intégrée au système dirigé par les États-Unis ou non. Désormais, ils savaient que Poutine ne danserait jamais sur l’air de Washington.

Dans les premières années de sa présidence, on a cru que Poutine finirait par se plier aux demandes de l’Ouest et à accepter un rôle secondaire dans le système centré sur Washington. Mais ça ne s’est pas passé ainsi. Le discours de Munich a simplement mis en lumière ce que beaucoup de faucons américains et partisans de la guerre froide disaient depuis le début, à savoir que Poutine ne renoncerait pas à la souveraineté russe sans se battre. La déclaration qui contestait l’aspiration américaine à gouverner le monde n’a laissé aucun doute sur le fait que Poutine allait devenir un problème qui devait être réglé par tous les moyens nécessaires, y compris des sanctions économiques sévères, un coup d’État dirigé par le Département d’État US en Ukraine voisine, un complot pour faire s’écrouler le prix du pétrole, une attaque spéculative contre le rouble, une guerre par procuration dans le Donbass en utilisant les néo-nazis comme troupes de choc de l’Empire, et des myriades d’opérations sous fausse bannière pour ternir la réputation de Poutine tout en provoquant des divisions entre Moscou et ses principaux partenaires en affaires européens. Maintenant, le Pentagone projette d’envoyer 600 parachutistes en Ukraine sous prétexte de former la garde nationale ukrainienne, une grave escalade qui viole l’esprit de Minsk 2 et qui appelle à une réponse proportionnée du Kremlin. En un mot comme en cent, les États-Unis utilisent toutes les armes de leur arsenal pour poursuivre leur guerre contre Poutine.

L’assassinat de style mafieux du leader de l’opposition russe, Boris Nemtsov, la semaine dernière, doit être replacé dans un contexte géopolitique actuel plus large. Nous ne saurons sans doute jamais qui a commis le crime, mais nous pouvons déjà affirmer que le manque de preuves n’a pas empêché les médias ou les politiciens américains d’instrumentaliser ce drame pour faire avancer leur agenda anti-Poutine qui est de déstabiliser son gouvernement et de déclencher un changement de régime à Moscou. Poutine lui-même a suggéré que le meurtre pouvait avoir été commandité pour mettre plus de pression sur le Kremlin. Le site World Socialist Web résume ainsi ses implications politiques :

«L’assassinat du politicien de l’opposition russe Boris Nemtsov est un événement politique important, qui découle de la confrontation américano-russe et de la lutte intense qui fait rage actuellement aux plus hauts niveaux de l’État russe. L’administration Obama et la CIA jouent un rôle majeur dans l’escalade de ce conflit pour le faire évoluer dans un sens qui serve les intérêts géo-politiques et financiers internationaux de l’impérialisme américain …

»Il est tout à fait évident que l’administration Obama espère qu’une faction va émerger du sein de l’élite russe, et que, avec le soutien d’éléments de l’armée et de la police secrète, elle va fomenter une révolution de palais et se débarrasser de Poutine…

»Les États-Unis ne cherchent pas à déclencher une révolte populaire générale. (Mais) ils font tout leur possible pour convaincre une fraction de l’oligarchie et de la nouvelle classe capitaliste que leurs intérêts commerciaux et leur richesse personnelle dépendent du soutien des États-Unis. C’est pourquoi l’administration Obama se sert des sanctions économiques individuelles pour faire pression sur les oligarques ainsi que sur des segments plus larges de l’élite entrepreneuriale…

C’est dans le cadre de cette lutte de pouvoir internationale que l’on doit analyser l’assassinat de Nemtsov. Bien sûr, il est possible que sa mort soit la conséquence d’affaires privées. Mais il est plus probable qu’il a été tué pour des raisons politiques. De fait, le moment du meurtre – la veille de la manifestation anti-Poutine de l’opposition à Moscou – est une forte indication que le meurtre était un assassinat politique, et non un règlement des comptes privé.»(Assassinat à Moscou: Pourquoi Boris Nemtsov a-t-il été assassiné? David North,World Socialist Web Site)

Quelques heures après que Nemtsov avait été abattu à Moscou, les médias occidentaux sont passés à l’action en publiant des volées d’articles suggérant l’implication du Kremlin, sans la moindre preuve à l’appui de leurs dires. La campagne d’insinuations s’est renforcée à mesure que de plus en plusd’experts et de politiciens russes donnaient leur avis sur les éventuels responsables. Naturellement, aucune des personnes interrogées ne s’est écartée de la ligne officielle selon laquelle quelqu’un devait avoir effectué l’attentat sur l’ordre de Poutine. Le Washington Post a publié un article qui est un bon exemple des tactiques utilisées dans la dernière campagne de communication visant à discréditer Poutine. Selon Vladimir Gel’man, de l’Université européenne des scientifiques politiques de Saint-Pétersbourg et de l’Université de Helsinki:

«Boris Nemtsov, un des leaders de l’opposition, a été abattu à proximité du Kremlin. À mon avis, cela a toutes les caractéristiques d’un assassinat politique provoqué par une campagne agressive menée par le Kremlin contre lacinquième colonne de traîtres à la nation qui se sont opposés à l’annexion de la Crimée, à la guerre avec l’Occident sur l’Ukraine, et à la diminution croissante des libertés civiles politiques dans le pays. Nous ne saurons jamais si le Kremlin a ordonné ce meurtre, mais Nemtsov était l’un des critiques les plus efficaces non seulement du régime russe en tant que tel, mais aussi de la personne même de Poutine, et sa voix dissidente ne dérangera jamais plus Poutine et son entourage immédiat.(Qu’est-ce que l’assassinat de Boris Nemtsov signifie pour la Russie ?, Washington Post)

L’article du Washington Post est typique des articles publiés dans les médias dominants. Ils sont fertiles en insinuations et accusations mais pour les faits, on repassera. Les principes journalistiques traditionnels d’objectivité et de présentation des faits ont été abandonnés au profit de l’agenda politique de leurs propriétaires. En matière de couverture médiatique, l’assassinat de Nemtsov n’est que la dernière illustration de l’état lamentable des médias occidentaux.

L’idée que des agents de Poutine puissent détruire un candidat de l’opposition à un jet de pierre du Kremlin est pour le moins tirée par les cheveux. Comme un commentateur du blog Moon of Alabama le note:

«L’’image d’un opposant politique étendu mort sur un pont en contrebas du Kremlin n’est-elle pas un peu trop belle? Je veux dire qu’il ne manque que le poignard planté entre les omoplates avec l’inscription : Si vous le trouvez, rapportez-le s’il vous plaît à M. Poutine; je ne peux pas imaginer une meilleure manière d’impliquer le gouvernement. Et, en plus, la nuit précédant un rassemblement de l’opposition que Nemtsov espérait conduire. Pour qui nous prennent-ils?»

On ne peut bien sûr pas nier que Moscou puisse être impliqué, mais cela semble peu probable. L’explication la plus plausible est que le meurtre fait partie du projet de changement de régime et a pour but de créer de l’agitation sociale et de déstabiliser le gouvernement. Les États-Unis ont utilisé ces méthodes tant de fois auparavant dans diverses révolutions de couleur qu’il est inutile de les détailler ici. Mais il faut tout de même rappeler que les États-Unis n’ont pas de lignes rouges quand il s’agit d’atteindre leurs objectifs stratégiques. Ils feront tout ce qu’ils jugent nécessaire pour l’emporter sur Poutine.

La question est pourquoi? Pourquoi Washington est-il aussi déterminé à éliminer Poutine?

Poutine a répondu lui-même à cette question récemment lors de la Journée des travailleurs diplomatiques de Russie. Il a dit que la Russie poursuivrait une politique étrangère indépendante malgré les pressions dans ce qu’il appelle l’environnement international complexe d’aujourd’hui.

«En dépit des pressions que nous subissons, la Fédération de Russie continuera à mener une politique étrangère indépendante, dans l’intérêt supérieur de notre peuple et dans le respect de la sécurité et de la stabilité mondiales.» (Reuters)

Voilà le crime impardonnable de Poutine, C’est le même crime qu’ont commis le Venezuela, Cuba, l’Iran, la Syrie et d’innombrables autres nations qui refusent d’obéir aux directives de Washington.

Poutine a également résisté à l’encerclement de l’Otan et aux efforts états-uniens pour piller les vastes ressources naturelles de la Russie. Et tout en faisant le maximum pour éviter une confrontation directe avec les Etats-Unis, Poutine n’a pas reculé sur les questions qui sont vitales pour la sécurité nationale de la Russie, au contraire, il l’a souligné à maintes reprises, non seulement la menace que pose à Moscou l’avancée de l’Otan, mais aussi les mensonges qui ont précédé son expansion vers l’est. Poutine en a aussi parlé à Munich:

«Je voudrais citer le discours du Secrétaire général de l’OTAN, M. Woerner à Bruxelles le 17 mai 1990. Il a dit à l’époque que le fait que nous soyons prêts à ne pas placer une armée de l’Otan en dehors du territoire allemand donne à l’Union soviétique une solide garantie pour sa sécurité… Où sont ces garanties?»

Où, en effet. Apparemment, ce n’étaient que des mensonges. Comme l’a dit l’analyste politique Pat Buchanan dans son article Poutine n’a-t-il pas raison sur un point?:

«Bien que l’Armée rouge se soit retirée volontairement d’Europe de l’Est et soit rentrée chez elle, et que Moscou ait compris que nous n’étendrions pas l’Otan vers l’est, nous avons saisi toutes les occasions de faire l’inverse. Non seulement nous avons fait entrer la Pologne dans l’Otan, mais aussi la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie, et la quasi-totalité des pays du Pacte de Varsovie, ce qui amenait l’Otan à la porte d’entrée de la Mère Russie. Il y a maintenant un projet en cours de réalisation pour y faire entrer l’Ukraine et la Géorgie, un pays du Caucase où est né Staline…

… »Nous semblons maintenant déterminés à rendre permanentes les bases en Asie centrale que Poutine nous avait laissés installer dans les anciennes républiques soviétiques pour libérer l’Afghanistan.

… »Par le biais de la National Endowment for Democracy, ses auxiliaires Démocrates et Républicains et leurs think-tanks exonérés d’impôt, ses fondations, et ses institutions de droits de l’homme comme Freedom House, (…) nous avons fomenté des changements de régime en Europe de l’Est, dans les anciennes républiques soviétiques, et en Russie elle-même…

Ce sont les griefs de Poutine. N’a-t-il pas un peu raison?» (Poutine n’a-t-il pas raison sur au moins un point?, Pat Buchanan, antiwar.com)

Maintenant, les États-Unis veulent déployer leur système de défense antimissile en Europe de l’Est, un système qui – selon Poutine – «va fonctionner automatiquement et faire partie intégrante de la capacité nucléaire des États-Unis. Pour la première fois dans l’Histoire, et je tiens à le souligner, il y a des portions de la capacité nucléaire des États-Unis sur le continent européen. Cela change tout simplement la configuration de la sécurité internationale dans son ensemble. (…)  Nous devons naturellement répondre à cela.»

Comment Poutine peut-il laisser faire cela? Comment peut-il laisser les États-Unis installer des armes nucléaires dans un endroit qui augmentera leur capacité de frapper les premiers, ce qui détruira l’équilibre des forces de dissuasion et mettra la Russie devant le choix d’obéir aux États-Unis ou d’être anéantie. Poutine est obligé de s’opposer à cette éventualité, tout comme il est obligé de s’opposer au principe sur lequel repose l’expansion des États-Unis, à savoir l’idée que la guerre froide a été remportée par les États-Unis, et que donc les États-Unis ont le droit de remodeler le monde en fonction de leurs propres intérêts économiques et géopolitiques. Voici encore Poutine:

«Qu’est-ce qu’un monde unipolaire? Même si on tente d’embellir ce terme, il ne s’en réfère pas moins à une situation où il y a un centre d’autorité, un centre de force, un centre de prise de décision. C’est un monde dans lequel il y a un seul maître, un seul souverain. Au bout du compte, c’est dommageable non seulement pour tous ceux qui vivent au sein de ce système, mais aussi pour le souverain lui-même, car il se détruit de l’intérieur…

»Je considère que le modèle unipolaire est non seulement inacceptable mais aussi impossible dans le monde d’aujourd’hui (…) le modèle lui-même est vicié à la base car il n’est pas et ne peut pas être le fondement moral de la civilisation moderne…» (Munich, 2007)

Quel genre d’homme parle de la sorte? Quel genre d’homme parle des fondations morales de la civilisation moderne ou invoque Franklin D. Roosevelt dans son discours?

Poutine: «La sécurité de l’un d’entre nous est la sécurité de tous. Comme l’a dit Franklin D. Roosevelt pendant les premiers jours de la Seconde Guerre mondiale : Quand la paix a été rompue quelque part, la paix de tous les pays est partout en danger. Ces mots restent d’actualité aujourd’hui.»

J’exhorte chacun à regarder au moins les dix premières minutes du discours de Poutine et à décider par lui-même si la description (et la diabolisation) de Poutine dans les médias est juste ou non. En faisant particulièrement attention à la sixième minute où Poutine dit ceci:

«Nous assistons au mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. Et les normes juridiques indépendantes se rapprochent, en fait, de plus en plus du système juridique d’un État. Cet État c’est, bien sûr, les États-Unis, qui débordent de leurs frontières nationales dans tous les domaines. Cela se voit dans les politiques économiques, politiques, culturelles et éducatives qu’ils imposent aux autres nations. Eh bien, qui aime cela? Qui est satisfait de cette situation?» (Discours légendaire de Vladimir Poutine à la Conférence sur la sécurité de Munich)

Pendant que Poutine parle, la caméra panoramique s’attarde sur John McCain et Joe Lieberman qui sont assis au premier rang, le visage figé, bouillonnant de rage à chaque mot prononcé par le président russe. Si on regarde d’assez près, on peut voir la vapeur sortir de l’oreille de McCain.

Voilà pourquoi Washington veut un changement de régime à Moscou. C’est parce que Poutine refuse de se laisser mener par le bout du nez par les États-Unis. C’est parce qu’il veut un monde régi par des lois internationales appliquées de manière impartiale par les Nations Unies. C’est parce qu’il rejette un ordre mondial unipolaire où une nation dit à tout le monde ce qu’il doit faire et où la guerre devient le moyen préféré des puissants d’imposer leur volonté aux plus faibles.

Poutine: «Aujourd’hui, nous assistons à une hyper-utilisation, une utilisation presque sans limites de la force, qui plonge le monde dans un abîme de conflits permanents. (…) Les États-Unis outrepassent leurs frontières nationales dans tous les domaines (…) Et bien sûr, c’est extrêmement dangereux. Il en résulte que plus personne ne se sent en sécurité. Je tiens à le souligner – personne ne se sent plus en sécurité.» Vladimir Poutine, Munich 2007.

Poutine n’est pas parfait. Il a ses défauts et ses manquements comme tout le monde. Mais il semble être une personne honnête qui a permis le rétablissement rapide de l’économie de la Russie, qui avait été pillée par des agents des États-Unis suite à la dissolution de l’Union soviétique. Il a élevé le niveau de vie, augmenté les pensions, réduit la pauvreté et amélioré l’éducation et les soins, ce qui explique le taux de satisfaction du public, qui plafonne actuellement à un impressionnant 86 %. Mais ce qui suscite le plus l’admiration chez Poutine, c’est qu’il ose s’opposer aux États-Unis et bloquer leur stratégie de pivoter vers l’Asie. La guerre par procuration qu’il mène en Ukraine a pour but de contrecarrer le plan de Washington de briser la Fédération de Russie, d’encercler la Chine, de contrôler le flux des ressources de l’Asie vers l’Europe et de gouverner le monde. Vladimir Poutine est le fer de lance de cette lutte et c’est pourquoi il a gagné le respect et l’admiration de beaucoup de gens dans le monde.

Quant à la démocratie, laissons encore la parole à Poutine:

«Suis-je un pur démocrate? (Rires.) Bien sûr que oui. Absolument. Le problème est que je suis le seul, le seul de mon espèce dans le monde entier. Il suffit de regarder ce qui se passe en Amérique, c’est terrible, la torture, les sans-abri, Guantánamo, les personnes détenues sans procès ni enquête. Et regardez la violence avec laquelle l’Europe traite les manifestants, des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes sont utilisés dans une capitale après l’autre, des manifestants sont tués dans les rues…  Je n’ai plus personne à qui parler depuis que Gandhi est mort.»

Bien dit, Vladimir.

Mike WHITNEY –  6-8 mars 2015

Article original : CounterPunch – Traduit par Dominique

Source : Saker 

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