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Le blog de Lucien PONS

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Bachar Al-Assad aux Tunisiens : vos terroristes ne vous seront pas rendus.

3 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #Terrorisme

Bachar Al-Assad aux Tunisiens : vos terroristes ne vous seront pas rendus

 

2 Janvier 2016

 

C’est ce qu’a déclaré le président syrien à l’attention des pays exportateurs de djihadistes, dont principalement la Tunisie, devenu après la « révolution du jasmin » premier pays pourvoyeur en main d’œuvre terroriste, le second pays côté occidental étant la France.

 
Le président syrien Bachar Al-Assad.
Le président syrien Bachar Al-Assad.
Selon les médias officiels syriens, le président Bachar Al-Assad a récemment déclaré que « les terroristes faits prisonniers par l’armée syrienne ne seront pas livrés à leurs pays d’origine afin qu’ils n’y reproduisent pas ce qu’ils ont fait en Syrie », et selon d’autres sources, « afin qu’ils ne détruisent pas leurs propres nations ». En d’autres termes, la terre qu’ils ont souillé et sinistré par leurs crimes abominables sera leur tombeau.

Dès janvier 2011, après avoir ébloui le monde par leur « civisme » et leur « éducation », les Tunisiens ont été les premiers à prendre le large, les uns vers Lampedusa, où ils ont laissé un souvenir affligeant, les autres en direction de la Syrie via la Turquie, devenue la plaque tournante du terrorise islamiste mondial. Au bout d’une année (janvier 2011 à janvier 2012), ce qui n’était d’abord qu’un phénomène spontané, essentiellement dû à l’écroulement de l’Etat national, est devenu une stratégie politique de l’Etat collabo, inféodé au Qatar qui est le principal soutien financier, logistique et médiatique de l’Internationale islamo-terroriste.

C’est effectivement sous la présidence de l’usurpateur Moncef Marzouki et le premier ministère du mercenaire de John McCain, Hammadi Jebali, que des centaines de jeunes tunisiens ont été recruté, endoctriné, formé puis expédié en Syrie pour abattre le « régime » de Bachar Al-Assad. Plusieurs réseaux associatifs et politico-mafieux, notamment l’association « Hourriya wa insâaf » qui est dirigée par Imen Trigui, se sont constitués sur l’ensemble du territoire tunisien et des millions de dollars ont été versés par le Qatar et l’Arabie Saoudite dans des comptes anonymes d’Ennahdha et du CPR. Les candidats au martyr était d’autant plus important que leur mission barbare en terre syrienne n’était pas gratuite : salaire de base 3000 dollars, outre l’assouvissement à volonté de leurs plus bas instincts criminels et sexuels.

Selon un article du New York Times publié le 26 septembre 2015 sur la base des services de renseignement américains ( !), près de 30 000 djihadistes étrangers se seraient rendus en Syrie et en Irak depuis 2011. Sur ces 30 000 terroristes étrangers venus de 100 pays différents y compris européens, les Tunisiens arrivent en tête avec un contingent de 3000 terroristes. Le 11 octobre 2015, le Washington Post a mis en ligne une carte assez saisissante indiquant les différentes origines des étrangers rejoignant les rangs djihadistes en Syrie. Premier pays pourvoyeur : la Tunisie (3200 criminels), devant l’Arabie Saoudite (2500), la Jordanie (2089), le Maroc (1500), le Liban (890)… et la France (498) ! Mi-septembre 2015, Manuel Valls avait estimé à 1.880 le nombre de Français enrôlés dans les filières djihadistes dans le monde, dont 491 se trouveraient en Syrie et en Irak et 133 auraient été éliminés par l’armée arabe syrienne.

Le 24 juin 2014, le ministre tunisien de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, estimait à 2400 le nombre de djihadistes partis de Tunisie. Selon ce ministre compromis, 80% d’entre eux combattraient dans les rangs de l’organisation Etat islamique. Tandis que le reste aurait rejoint les rangs d’Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, qui est considérée par certains Américains et Français comme étant la plus « modérée » parmi les unités islamistes armées !

Pourtant, d’après un rapport de l’ONU daté de juillet 2015, il y aurait 5600 terroristes tunisiens éparpillés entre la Syrie, l’Irak et la Libye. Selon Damas et sur la base de témoignages des victimes syriennes récemment libérées du joug islamo-fasciste, les Tunisiens n’impressionnaient pas uniquement par leur nombre mais aussi par leur sauvagerie inégalée. Ils l’emportent ainsi sur les Afghans et surtout sur les Tchétchènes dont la sinistre réputation n’est plus à démontrer.

Depuis que Poutine a pris les choses en main en Syrie en dévoilant au passage l’implication des Turcs, des Qataris et des Saoudiens, et la compromission des Américains et des Britanniques, les daechiens tunisiens fuient les territoires syriens par centaines, soit en direction du pays de Bouazizi et du prix Nobel, soit vers la Libye pour rejoindre leurs frères en secte. Ainsi, près de 800 dangereux terroristes ont pu revenir en Tunisie et disparaître dans la nature.   
 
Pour certains mercenaires des droits de l’homme dont Radhia Nasraoui, Samia Abbou et Naziha Réjiba, les terroristes de retour en Tunisie doivent être bien traités et bénéficier d’un procès équitable. Pour celui qui les a expédié en Syrie, Rached Ghannouchi, ils doivent être pardonnés et retourner à la vie normale. Pour nous, en éliminant physiquement ces daechiens ainsi d’ailleurs que la « racaille » française, Bachar Al-Assad rendra un énorme service aux peuples tunisien et français. C’est qu’aucune thérapie n’est possible avec des psychopathes qui ont déjà égorgé au non d’Allah.
     
Mounir Chalabia    
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En Occident, pas de pleureuses pour les enfants yéménites, par Bruno Guigue

3 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN.

En Occident, pas de pleureuses pour les enfants yéménites, par Bruno Guigue

Des centaines de milliers de Yéménites se sont rassemblés le 20 août 2016 à Sanaa, en soutien au mouvement Houthi. Image AP

Des centaines de milliers de Yéménites se sont rassemblés le 20 août 2016 à Sanaa, en soutien au mouvement Houthi. Image AP

La prospérité de notre industrie de l’armement vaut bien la vie de quelques milliers d’enfants yéménites. C’est ce que répondit implicitement Manuel Valls lorsqu’on lui demanda ce qu’il pensait des bombardements saoudiens qui dévastent le Yémen et terrorisent sa population. « Est-il indécent de se battre pour nos emplois ? » répondit le premier ministre le 15 octobre 2015 sur Bfm/Tv. « Indécence », dites-vous ? A la tête d’un gouvernement qui aura généreusement distribué des armes et des médailles aux coupeurs de tête du Golfe, Manuel Valls sait de quoi il parle.

Depuis mars 2015, la « coalition » conduite par Riyad déchaîne le feu du ciel contre des civils sans défense en prétendant combattre une rébellion houthie coupable de s’être alliée avec l’ex-président Ali Abdallah Saleh contre son successeur Abd Rabbo Mansour Hadi, instrument docile de la monarchie saoudienne. Selon l’ONU, cette intervention militaire meurtrière a fait plus de 10 000 victimes. Elle a provoqué une catastrophe humanitaire, 400 000 enfants souffrant de malnutrition dans un pays dévasté par les bombardements et privé de ressources par l’embargo que lui imposent les pétromonarchies.

Dans une totale impunité, l’aviation saoudienne n’épargne ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les cérémonies religieuses. Elle répand la terreur, elle cherche à faire plier, en la soumettant à un déluge de feu, une résistance qui infligerait une cuisante défaite aux forces coalisées si elles avaient le courage de l’affronter sur le champ de bataille. Les wahhabites, en fait, ne mènent pas une guerre contre des combattants, mais une entreprise systématique de démoralisation de la population, de destruction totale, d’arasement des infrastructures du pays.

Cette œuvre mortifère, ses auteurs la justifient en invoquant la légalité internationale. Le mouvement « Ansarullah », en effet, a investi la capitale du pays en septembre 2014 et poussé le président Mansour Hadi à la démission en janvier 2015. Effet à retardement de la « révolution » ratée de 2011, ce succès inattendu a pris de court les Saoudiens et leurs parrains occidentaux. Décidés à intervenir dans le conflit, ils ont obtenu du conseil de sécurité de l’ONU le vote de la résolution 2216 du 14 avril 2015 condamnant la prise du pouvoir par les Houthis et affirmant la légitimité du président Hadi.

Cette décision onusienne a offert à Riyad une couverture juridique l’autorisant à frapper le Yémen sans ménagement pour vaincre la rébellion. Perversion du droit international, c’est un chèque-en-blanc qui permet au pays arabe le plus riche d’écraser sous les bombes le pays arabe le plus pauvre. Tout se passe comme si l’agresseur bénéficiait d’une sorte de permis de tuer à grande échelle, avec la bénédiction de puissances occidentales qui lui fournissent des armes en quantité illimitée tandis que la rébellion houthie se voit frappée par l’embargo.

On se demande alors quel crime le peuple yéménite a pu commettre pour endurer un tel supplice. Aurait-il commis des actes terroristes ? Certainement pas. Il est la première victime des attentats meurtriers perpétrés par Daech et Al-Qaida, comme celui contre les mosquées chiites de Sanaa qui fit 142 morts le 20 mars 2015. Ces organisations, en revanche, ont longtemps bénéficié de l’étrange inaction de la coalition, notamment dans la région d’Al-Mukallah. Peine perdue ! Cette alliance objective sur fond de haine anti-chiite n’a pas mis les forces « loyalistes » à l’abri des attentats-suicides qui vont bientôt les frapper à leur tour en 2016.

D’où vient, alors, l’acharnement de Riyad contre le Yémen ? Selon la propagande saoudienne, il serait justifié par la complicité des Houthis avec Téhéran. Appartenant à la communauté chiite « zaydite », le mouvement « Ansarullah » servirait les ambitions géopolitiques de l’Iran. Les causes du conflit yéménite sont endogènes, l’aide fournie par les Iraniens aux rebelles est dérisoire, mais Riyad s’obstine à dénoncer l’influence malfaisante des mollahs. C’est une situation ubuesque. Les Houthis sont coupés du monde par l’embargo et bombardés par une puissante aviation, et Riyad les traite, sur leur propre sol, comme s’ils étaient des mercenaires étrangers !

Le voilà donc, son crime, à ce Yémen rebelle. Il est en cheville avec les forces du mal, il pactise avec le diable. Décidément inconscients, les Houthis admirent le Hezbollah libanais, ils soutiennent la Syrie souveraine, ils croient encore au nationalisme arabe. Pour ceux qui entendent asservir la région aux intérêts impérialistes, Sanaa est une épine dans le pied. Le Yémen a commis une faute politique qu’il va devoir expier dans la douleur. Vu de Riyad, il va falloir étouffer ce foyer de contestation d’un ordre impérial auquel se cramponnent des pétromonarchies vermoulues. L’Arabie saoudite ne veut pas, tout simplement, d’un Yémen indépendant et unifié.

Pour ce pays martyrisé qui n’intéresse personne, on n’entendra pas de jérémiades. Ni « génocide », ni « massacre », ni « barbarie » à l’horizon dans les colonnes de la presse mainstream. Le chœur des pleureuses occidentales est aux abonnés absents. Ni « Casques blancs » financés par des fondations anglo-saxonnes, ni parlementaires français en goguette pour « éveiller les consciences », ni gauchistes indignés qui appellent à la « solidarité révolutionnaire », ni droits-de-l’hommistes qui signent héroïquement des pétitions à la pelle, rien, nada. Le Yémen est sorti des écrans-radar, rayé de la liste des causes qui en valent la peine. Il est abandonné aux criminels wahhabites par l’indécente lâcheté d’un Occident complice. Mais, qui sait, le peuple yéménite n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Bruno Guigue | 3 janvier 2017

 

 

En Occident, pas de pleureuses pour les enfants yéménites, par Bruno Guigue

Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Source: http://arretsurinfo.ch/en-occident-pas-de-pleureuses-pour-les-enfants-yemenites-par-bruno-guigue/

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Il n’y aura pas de partition de la Syrie . Par Sharmine Narwani

3 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Daesch, #Israël - palestine - Moyen-Orient

Il n’y aura pas de partition de la Syrie


 

Le conflit est trop grand en Syrie pour qu’elle reste unifiée, et la désagrégation du pays est inévitable – les Etats-Unis et l’OTAN la proclament de leurs vœux. Sharmine Narwani, experte du Moyen-Orient, démonte cette argumentation point par point.

Il n’y aura pas de partition de la Syrie . Par Sharmine Narwani

 

© Omar Sanadiki Source: Reuters
Les partisans de Bachar el-Assad célèbrent la libération d’Alep

En février, quand Alep-Est contenait encore plein de combattants formés en Occident, alliés à Al-Qaïda, la question a été posée au président syrien Bashar el-Assad : «Pensez-vous pouvoir reprendre le contrôle sur tout le territoire syrien 

Il avait alors répondu positivement : «C’est un objectif que nous cherchons à atteindre sans aucune hésitation. Il n’y a pas de sens pour nous de dire que nous allons en abandonner une partie [du territoire syrien].»

Mais ce n’est pas le cas des hommes politiques occidentaux.

D’abord, c’est le secrétaire d’Etat américain John Kerry qui a informé de façon évasive la Commission des relations étrangères du Sénat que l’administration de Barack Obama pouvait avoir un plan B pour la Syrie : «Il se peut qu’il soit bientôt trop tard pour préserver l’intégrité de la Syrie, si nous attendons plus longtemps.»

Ensuite, James Stavridis, ancien commandant suprême de l’OTAN et chef du commandement européen des Etats-Unis a écrit un article pour Foreign Policy, intitulé Il est l’heure de considérer sérieusement la partition de la Syrie, dans lequel il indiquait : «La Syrie en tant que nation est de plus en plus une fiction.»

Puis, le directeur de la CIA John Brennan a rejoint le chœur : «Tant de sang a été versé, je ne sais pas si nous serons en mesure de revenir à [une Syrie unifiée] de mon vivant.»

Mais dorénavant, la cuisante défaite des combattants soutenus par l’Occident à Alep-Est a rebattu les cartes concernant l’idée de la désintégration de la Syrie. Les néo-conservateurs frénétiques et les interventionnistes libéraux insistent sur l’idée de «partition» – faisant peu de cas de cinq années de pronostics erronés assurant que «Assad allait partir».

Mais Bachar el-Assad comprend quelque chose que les analystes occidentaux, les journalistes et les hommes politiques n’arrivent pas à saisir. Les alliés de la Syrie dans cette guerre – l’Iran, le Hezbollah, l’Irak, la Russie, la Chine – n’ont maintenu que deux lignes rouges tout au long du conflit :

la première est que Bachar el-Assad ne peut être destitué que par une élection nationale, par une majorité de Syriens.

La seconde est l’intégrité de la Syrie.

Leur logique est simple. Le changement de régime, le retraçage des frontières, les combats de mercenaires par procuration, diviser pour régner… les vieux trucs de l’hégémonie occidentale devaient cesser d’être utilisés en Syrie. Sinon, ils trouveraient à qui répondre à Moscou, Pékin et Téhéran.

En bref, un nouvel ordre mondial devrait apparaître sur les cendres du conflit syrien et pour cela, les alliés devront soigneusement contrecarrer les objectifs de l’OTAN et du Conseil de coopération du Golfe et maintenir à tout prix l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Etat syrien.

Le changement calculé dans l’équilibre du pouvoir

En 2013 on pouvait déjà prédire la formation d’une nouvelle alliance au Moyen-Orient, focalisée sur la sécurité et visant à combattre la menace djihadiste qui fait rage en Syrie et dans les pays voisins.

Il était déjà clair à l’époque que les guerres irregulières menées par les djihadistes et leurs puissants donateurs étrangers allaient forces ces quatre pays – le Liban, la Syrie, l’Irak et l’Iran – à coopérer dans le domaine militaire et politique pour éradiquer de leurs territoires les groupes terroristes influencés par les wahhabites.

L’«Arc de sécurité» serait formé d’une façon qui permettrait de protéger l’intégrité territoriale de ces quatre pays, et, en parallèle, adopter une vision du monde convergente qui ouvrirait la voie vers un nouveau système sécuritaire au Moyen-Orient.

Aujourd’hui, le Liban et l’Iran partagent des frontières sûres avec respectivement la Syrie et l’Irak. Les combattants, les conseillers militaires, les services de renseignement, les transferts d’armes de ces quatre pays sont en jeu, avec une coordination accrue et efficace sur terre et dans les airs.

La Russie et la Chine ont pesé «de toutes leurs forces» dans ce nouveau développement – soit au Conseil de sécurité de l’ONU, soit par des moyens militaires et financiers ou par des actions diplomatiques. Outre cela, galvanisées par la lutte féroce autour de la Syrie, Téhéran, Moscou et Pékin ont promu un nouvel ordre mondial multilatéral après lequel ils couraient – en assurant leur propre sécurité régionale, en renforçant les alliances globales, en en établissant de nouvelles et en créant des institutions politiques, financières et sécuritaires afin d’en finir avec celles contrôlées par l’Occident.

Après le succès de l’«Arc de sécurité» dans la lutte contre les groupes extrémistes, il a paru nécessaire pour ces trois Etats voisins d’impliquer d’autres participants dans cette nouvelle architecture de sécurité régionale – l’Egypte, la Turquie et la Jordanie – chacun d’entre eux pour des motivations différentes.

Mais de nouveaux adhérents pourraient rejoindre cette zone de sécurité, essentiellement parce qu’ils comprennent qu’un gouvernement central affaibli et la fragmentation de la Syrie déborderait dans leurs pays et y créerait des conditions similaires : chaos, instabilité, terrorisme.

Egypte : Sous la direction du Président Abdel Fattah al-Sissi, l’Egypte s’est détournée de ses mécènes saoudites, qui étaient, aux côtés du Qatar et de la Turquie, les principaux sponsors de l’extrémisme en Syrie et en Irak. Plus tôt cette année, Sissi a commencé à se détourner des alliés traditionnels de l’Egypte en Occident et dans la région, en ouvrant la porte à des relations approfondies dans les domaines politique, militaire et économique avec la Syrie, l’Iran, la Russie et la Chine.

Le docteur Christina Lin, professeur de l’Ecole des études internationales avancées de l’Université John Hopkins, explique : «Contrairement à Washington, Sissi considère Assad comme un rempart laïque s’érigeant à l’extrémisme islamique dans le Levant. Si Assad venait à être renversé, le Liban et la Jordanie suivraient, et l’Egypte ne veut pas finir comme la Libye à se faire dépecer entre les Frères musulmans et autres islamistes.»

Au cours de ces derniers mois, l’Egypte visait un dégel diplomatique à l’égard de l’Iran et une coopération militaire avec la Syrie, en se disputant publiquement avec l’Arabie saoudite. Outre cela, elle a été invitée par la Russie et par l’Iran à s’asseoir à la table des pourparlers de paix. Tandis qu’en arrière-plan, la Chine lance en Egypte un projet d’investissement en infrastructures, à hauteur de 60 milliards de dollars, dans un pays à court d’argent.

Turquie : Pour la Syrie, il n’y avait pas de bête noire plus grosse que la Turquie – le sponsor, l’exécuteur et l’organisateur du militantisme djihadiste qui traverse sa frontière sud dans une Syrie déchirée par la guerre. Mais le conflit syrien, à son tour, a estropié et épuisé la Turquie, en entrainant des attaques terroristes dans ses villes, en relançant le conflit «kurde», en isolant son président imprévisible, Recep Tayyip Erdogan, en paralysant son économie et en déclenchant des troubles politiques internes.

Alors, quand les Russes ont soi-disant averti Erdogan du coup d’Etat manqué de cet été – que les Turcs estiment être initié pas les Etats-Unis – l’orientation politique du président turc a commencé à se retourner, et il a commencé à avancer vers une série de compromis avec l’Iran et la Russie sur le conflit syrien. Le premier grand geste d’Erdogan envers Téhéran et Moscou était de débarrasser Alep d’une partie de ses combattants, en permettant ainsi aux forces alliées de la Syrie de concentrer leur pouvoir militaire sur les groupes affiliés à Al-Qaïda qui tenaient l’enclave Est.

A la suite de la libération d’Alep, les Turcs, les Iraniens et les Russes se sont rencontrés pour déterminer une autre série d’objectifs, y compris un cessez-le-feu au niveau national – une démarche qui a laissé de côté les alliés occidentaux d’Erdogan, soulignant le fait que personne n’a vraiment besoin des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou de la France à la table syrienne des négociations.

Jordanie : Pendant la majeure partie du conflit syrien, les intérêts de la Jordanie ont été bousculés par d’encombrants parrains qui ont transformé le Royaume hachémite en un centre d’opérations clandestines des services secrets occidentaux, des agents du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et des centres de formation des rebelles. Mais ces dernières années, le roi Abdullah de Jordanie a été contraint de s’occuper de son pays, financièrement exsangue par les conséquences engendrées de l’afflux massif de réfugiés syriens et par une explosion terrifiante du radicalisme intérieur. Du coup, la Jordanie a discrètement échangé des informations avec les autorités syriennes pour affaiblir le militantisme dans le sud de la Syrie et a fini par fermer sa frontière commune.

Le roi lui-même s’est engagé dans une sortie de navette diplomatique frénétique entre la Russie et la Chine, afin d’obtenir des investissements et une légitimité politique, pour que la Jordanie se trouve dans une position confortable pour suivre l’exemple de ses plus grands voisins, tandis que la tendance régionale des renversements de pouvoir tourne très nettement en faveur de la Syrie.

Ce sont les vainqueurs qui définissent l’avenir, non les vaincus

La libération d’Alep-Est des combattants alliés à Al-Qaïda, est un tournant décisif dans la guerre contre la Syrie. Les principales régions les plus peuplées et à l’infrastructure la plus développée, qui vont du nord au sud la partie ouest du pays, sont maintenant en majorité contrôlées par le gouvernement.

De plus, la libération d’Alep sert de rampe de lancement pour supprimer le corridor vital qui va de la Turquie à Mossoul, qui fournit combattants, équipements militaires et armes à Daesh depuis des années. Les troupes syriennes et leurs alliés seront maintenant capables de virer plein est, vers l’Euphrate, afin de couper cette ligne de vie entre la Turquie et l’Etat islamique.

Avec les points névralgiques de l’ouest syrien sécurisés et les combattants djihadistes sérieusement diminués dans le sud, seules les régions du nord-est posent un défi – mais ces régions sont occupées en majorité par Daesh, où les batailles finales seront menées pour mettre en déroute le groupe terroriste.

Alors, qui exactement les Américains veulent-ils diviser, et pourquoi ?

Les récentes guerres en Afghanistan, en Irak au Yémen et en Libye démontrent clairement qu’une autorité centrale faible ne crée que du vide politique et sécuritaire dans lequel les extrémistes se précipitent pour le remplir. Le président élu des Etats-Unis, Donald Trump, a déclaré lui-même qu’il préférait le règne d’hommes forts plutôt que l’instabilité qui prévaut lors des conflits de changement de régime. Ce sont l’Etat islamique et Al-Qaïda qui bénéficient essentiellement du démembrement de la Syrie – et toutes les parties au conflit en sont conscientes.

Les pays de l’«Arc de sécurité» et leurs alliés peuvent éradiquer de manière compétente le terrorisme sur leur sol. La Turquie et les Etats-Unis restent cependant des points de friction majeurs, luttant toujours, contre leurs propres intérêts sécuritaires, pour réclamer leurs droits sur des bandes de territoire du nord-est qui présentent à leurs yeux un intérêt stratégique.

Ce qui est amusant au passage, c’est de voir les intérêts opposés de deux alliés de l’OTAN. Le «projet kurde» des Etats-Unis a fait fuir Erdogan vers les Iraniens et les Russes pour leur demander de l’aide. C’est vraiment ironique que les efforts continus de l’Occident visant à semer la discorde entre les acteurs régionaux, les sectes et les groupes ethniques, puissent se retourner d’un seul coup par le soutien que les Américains fournissent aux nationalistes kurdes. Il n’y a pas de meilleur moyen d’assurer la solidarité entre Arabes, Iraniens et Turcs, que la perspective de l’unification de l’Etat kurde. Même la menace de l’Etat islamique n’en a pas été capable.

Après la victoire d’Alep, Assad s’est de nouveau prononcé sur la partition : «C’est l’espoir de l’Occident et de certains pays dans la région. Si vous regardez la société d’aujourd’hui, la société syrienne est plus unifiée qu’elle ne l’était avant la guerre. Il est hors de question que les Syriens l’acceptent – je parle maintenant d’une grande majorité de Syriens. Après presque six années [de conflit], je peux vous dire que la majorité des Syriens n’accepteront rien de lié à une désintégration – bien au contraire.»

Il a raison. Pour plus de 70% de Syriens habitant dans des régions contrôlées par le gouvernement, la volonté de continuer la guerre est nulle – et c’est ce que la partition impliquerait : encore des conflits. En outre, non seulement les Syriens, mais tous les pays de l’Arc de sécurité et leurs partenaires sont déterminés plus que jamais à se protéger, en éradiquant le terrorisme qui demeure dans des poches internes à leurs territoires. Comme Assad – et une grande partie de l’Europe aujourd’hui – ils savent que vous n’éliminerez jamais une menace à votre sécurité si vous ne l’écrasez pas et ne préservez pas l’Etat.

Dans le contexte sécuritaire, la partition est hors de question. Dans le contexte militaire, une partition forcée exigera l’engagement de troupes plus puissantes que les armées syrienne, russe, iranienne, égyptienne et du Hezbollah réunies – ce qui est impossible. Dans le contexte politique, la volonté internationale pour une partition «imposée», est nulle.

Donc non, il n’y aura pas de partition de la Syrie.

Sharmine Narwani | 31 déc. 2016

Article original: https://www.rt.com/op-edge/372142-us-russia-syria-partition-turkey/

Source: https://francais.rt.com/opinions/31587-il-aura-pas-partition-syrie

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Psalmodier “deux États, deux États” ne sert qu’à perpétuer l’occupation. Par Gideon Levy

3 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La Russie, #L'OTAN., #Israël - palestine - Moyen-Orient, #Israël et la Palestine

Psalmodier “deux États, deux États” ne sert qu’à perpétuer l’occupation.  Par Gideon Levy

Psalmodier “deux États, deux États” ne sert qu’à perpétuer l’occupation

 

Une question à ceux qui soutiennent ouvertement la “solution à deux États”, c’est-à-dire à peu près tout le monde, depuis le Secrétaire d’État U.S. John Kerry jusqu’au professeur Shlomo Avineri : vous dites tous que cette solution est en grand danger, peut-être même agonisante. Mais que faudrait-il qu’il advienne pour que vous admettiez qu’elle a rendu son dernier soupir ? Que faut-il de plus pour que vous admettiez qu’elle est morte ? Dix mille colons de plus ? Ou vingt mille ? Cinq ans de plus dans l’impasse ? Quand est-ce que vous allez l’admettre ?

La plupart des gens connaissent la vérité, mais refusent de l’admettre. Ils savent que le nombre des colons a atteint une masse critique. Ils savent qu’aucun parti israélien ne les fera jamais évacuer. Et sans qu’ils soient tous évacués – et cela aussi c’est une chose que chacun sait – il n’y a pas d’État palestinien viable.

Ils savent que le colonisateur israélien n’a jamais eu l’intention de mettre en œuvre la “solution à deux États”. Le fait est que tous les gouvernements israéliens – absolument tous – ont continué l’entreprise de colonisation.

Les supporters des deux États sont préoccupés par la situation, même effrayés. Ils se conduisent comme les proches d’un patient moribond, qui est déjà en état de mort cérébrale, et dont on a besoin de prélever les organes pour les transplanter, mais qui refusent, espérant que d’une manière ou d’une autre un miracle va survenir qui le ramènera à la vie. De Kerry à Avineri, c’est exactement ainsi que se conduisent les partisans des deux États : ils espèrent un miracle et pour cette raison ils s’opposent à des transplantation s qui sauveraient des vies.

Il est difficile de tout reprendre à zéro. La “solution à deux États” était idéale [1]. Elle garantissait une relative justice  aux deux parties, et un État pour chaque nation. Mais Israël a tout fait pour la détruire, via ses colonies, le seul facteur irréversible dans l’équation de la relation entre Israël et la Palestine.

C’est la raison pour laquelle la colère du monde contre les colonies s’est soudain intensifiée : il sait qu’elles sont irréversibles. Mais pour autant les soutiens des deux États, que ce soit à Jérusalem ou à Washington, n’ont jamais rien entrepris pour y mettre fin quand il était encore temps. La conclusion est inévitable : déclarer la mort de la “solution à deux États”. Mais au lieu de cela, ils continuent à attendre un miracle.

Kerry, Avineri et leurs semblables sont pleins de bonnes intentions. Ils ont raison, d’ailleurs, de dire que c’était la seule solution [1]. Mais en niant qu’elle soit morte, ils ne font rien d’autre que consolider le status quo, l’occupation, ce qui est le but du gouvernement israélien.

En Europe, aux États-Unis, à l’Autorité Palestinienne et en Israël, des gens continuent à psalmodier “deux États”, par inertie et par peur des conséquences du changement. Et ce faisant, ils anesthésient et étouffent toute réflexion adaptée à la nouvelle situation.

S’accrochant de toute leur volonté à la solution d’hier, les soutiens de la “solution à deux États” répondent agressivement à quiconque essaie de remettre en question leur foi irrationnelle en un miracle. C’est la manière de faire classique pour les croyance religieuses, quasiment messianiques : malheur à qui essaie de les mettre en doute. Et c’est ainsi qu’ils se conduisent actuellement envers A.B. Yehoshua, qui a proposé une solution typiquement dans le bon vieux style israélien à la situation nouvelle [2].

Yehoshua a proposé d’accorder un statut de résident permanent à des Palestiniens qui vivent dans la “zone C” [de la Cisjordanie occupée], sous contrôle israélien total. C’est trop étriqué, trop nationaliste et trop discriminatoire. Yehoshua croit encore en la supériorité des Juifs, dans des accords intérimaires et dans les petits pas au-dessus des abysses. Mais, contrairement aux tenants de la “solution à deux États”, au moins a-t-il le courage et l’intégrité de reconnaître la nouvelle réalité et d’essayer d’y offrir des solutions. Et cela seul suffit pour qu’il soit considéré comme un hérétique par ses pairs.

En effet, la solution d’un seul État démocratique est une hérésie au regard de toutes les croyances dans lesquelles nous avons été élevés. Elle nous impose de tout repenser : repenser le sionisme et tous les privilèges qui ne sont accordés qu’à un seul peuple. C’est ici que commence une longue et pénible route. Mais c’est la seule qui nous reste encore ouverte.

Cette route conduit à l’une des deux destinations : un État d’apartheid ou un État démocratique. Il n’y a pas de troisième option. Le discours croissant de l’annexion et les loi anti-démocratiques adoptées à la hâte démontrent qu’Israël est en train de jeter les bases idéologiques et légales pour mettre en œuvre la première option, un État d’apartheid.

Le combat contre cela doit se concentrer sur la seconde option : l’État démocratique. Ceux qui continuent à jacasser à propos des deux États sabotent cet effort.

Un rappel : la “solution à un État” existe depuis déjà longtemps. Au cours de l’année qui commence aujourd’hui, on va célébrer le 50ème anniversaire de sa fondation. Le moment est venu de lancer une bataille à propos de la nature de son régime.

Gideon Levy

Cet article a été publié par Haaretz le 1er janvier 2017 sous le titre “The Two-state Solution Is Already Dead”. Traduction : Luc Delval

[1] Cette affirmation est hautement contestable, si on veut bien de rappeler que les “accord d’Oslo” – s’ils avaient pu être concrétisés – n’ouvraient d’autre perspective en guise de « rêve national » que de permettre à environ un tiers du peuple palestinien, qui vit dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, et d’avoir un État dépouillé entre autres attributs étatiques essentiels de la maîtrise de ses frontières et du droit d’avoir une armée, sur rien de plus que 22% de la superficie de la Palestine historique, sur lesquels Israël aurait stationné pour au moins 50 ans des troupes. Le “droit au retour” des réfugiés, consacré par le droit international, est pratiquement ignoré par cette “solution idéale”. Qui plus est elle n’aurait apporté aucune solution en ce qui concerne le statut de citoyens de troisième catégorie (les deux premières étant les Juifs blancs, et la seconde les autres Juifs) des Palestiniens d’Israël et l’apartheid qui existe déjà de facto à l’intérieur d’Israël et est inscrit dans un nombre croissant de ses lois. Consultez notre “dossier Oslo”.  Il y a trois ans déjà nous avons publié un article d’un professeur de sciences politique de l’Université de Pennsylvanie : “La chimérique solution à deux États est moribonde”. L’agonie est longue, mais son issue n’en est pas moins inéluctable. – NDLR

[2] Le romancier A.B. Yehoshua (80 ans) a proposé d’ “accorder” – en usant du droit divin de l’occupant – un statut de “résident israélien” à 100.000 Palestiniens. Il ne s’agit en aucun cas d’une réelle citoyenneté, l’objet n’étant de l’aveu même du romancier que de réduire la “malignité” de l’occupation, de manière à ce qu’elle puisse mieux se poursuivre. – NDLR

Source: http://www.pourlapalestine.be/psalmodier-deux-etats-deux-etats-ne-sert-qua-perpetuer-loccupation-gideon-levy/

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les vœux de Slobodan Despot pour 2017: "Sortir de la glaciation".

3 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Histoire, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La mondialisation, #La Russie, #Terrorisme, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #Ukraine

les vœux de Slobodan Despot pour 2017: "Sortir de la glaciation".

 


2+0+1+7 = 10; 1+0 = 1.

Par Slobodan Despot | N° 57 | 1.1.2017 | Antipresse

Selon les numérologues, 2017 est une année qui vaut «1». Elle est l’opposé de l’an 2016 qui, lui, valait 9. 2016 était la fin d’un cycle, 2017 le début d’un autre.

C’est peut-être pour cela que — même quand on ne croit pas au langage des chiffres — personne n’aura l’idée de vous souhaiter, cette année, que les choses continuent «comme avant». La continuité est barrée de notre vocabulaire et de nos esprits. Elle est impensable, tant sur le plan des faits extérieurs que de la vie intérieure.

Sortie de glaciation

2016 fut, sous bien des aspects, une année prodigieuse et prophétique — toujours du point de vue des faits extérieurs. Elle a vu les Britanniques voter leur départ de l’UE, les Italiens renvoyer dans les filets un Premier ministre parachuté par la suprasociété et, surtout, les Américains voter pour un desperado jaune feu, le magnat des casinos Donald Trump.

Les deux derniers mois auront été particulièrement rocambolesques. Entre le coup de théâtre de l’élection U. S. et l’effondrement subséquent de l’illusion médiatique, l’expulsion des islamistes d’Alep et la signature d’un accord de cessez-le-feu en Syrie sans les USA, ce sont des pans essentiels de la carte géopolitique qui basculent de manière rapide et spectaculaire.

Après une période glaciaire d’un quart de siècle marquée par un seul avenir et une seule culture possibles pour la planète Terre, le monde est littéralement en train de reprendre des couleurs! Dans l’UE comme aux Etats-Unis ou en Suisse, au sein des organisations internationales, dans les groupes médiatiques et les facultés, des milliers de globocrates, de laborantins du nivellement mondial, ont, eux, viré au vert pâle. Ils sont les seuls à exiger du «comme avant». Toujours plus de «comme avant»! L’Europe de Bruxelles est en panne? C’est qu’il nous faut davantage de Bruxelles! La criminalité se répand dans des zones sans frontières en même temps que l’espionnage de la population s’aggrave? C’est qu’il y a encore trop de frontières, trop de barrières, trop de cloisons. Abaissez tout! Remplacez, dès que possible, les murs de vos demeures par des parois de verre, comme dans Zamiatine. Supprimez le cash et payez votre café avec une carte à puce traçable. Ainsi nous pourrons enfin tout voir et tout contrôler. En quoi cela vous dérange-t-il si vous n’avez rien à vous reprocher?

On éprouve une satisfaction profonde à voir ces apparatchiks, qui se sont toujours vus comme les locomotives du «progrès», les défricheurs de demain, vaticiner sur un quai désert sans remarquer que le train du XXIe siècle est parti sans eux. Eux qui pourfendaient sans relâche le «conservatisme» et la «réaction», les voici qui ne savent plus rien faire d’autre que nier la réalité présente et vouloir réappliquer de force des schémas de lecture erronés et des solutions révolues.

La révélation syrienne

La Syrie a focalisé toute l’attention du monde et demeurera un symbole, mais pas pour les raisons espérées par nos élites. Elle marque le premier échec d’une conspiration historique d’une ampleur rarement vue : celle liant l’empire atlantique à la barbarie islamiste diffusée par la maison Saoud (elle-même client et satrape américain). Cette conspiration, nous avons pu en apercevoir des bribes et fragments sur divers théâtres de conflits dans le monde depuis une trentaine d’années. Mais la libération d’Alep-Est a soudain révélé au grand jour le tableau d’ensemble, avec ses barbouzes de la CIA-MI6, ses «instructeurs» de l’OTAN, ses réserves d’armes de pointe fabriquées et livrées par des puissances occidentales et surtout l’épaisseur du système de propagande médiatique agencé pour couvrir toute l’opération.

(A propos: ces fameux «Casques blancs» d’Alep, où sont-ils passés? En a-t-on retrouvé un seul après la débandade des djihadistes?)

Cette stratégie de la régression islamique fut originellement mise en place pour vaincre l’URSS en Afghanistan. Saisissante justice de l’histoire: c’est la Russie, débarrassée de l’URSS, qui met en déroute cette même stratégie trente-cinq ans plus tard. Entretemps, elle aura contribué à détruire la Yougoslavie, l’Irak, l’Afghanistan une deuxième fois, la Libye, la Syrie, la Tunisie… Mais aussi à transformer en moins d’une génération une zone de paix et de bonhomie — l’espace européen — en territoire de la peur et du flicage généralisé.

Il y a encore une amère ironie à constater que les pays qui se sont faits les complices par poltronnerie de ce jeu sont aussi ceux qui en endossent la conséquence la plus durable. Le flot migratoire que les Européens vont récupérer jusque dans les eaux libyennes a brouillé l’Europe avec les notions de «paix», de «stabilité» et de «prospérité» sans doute pour des générations. Sans parler du reste… Les migrants sont devenus le problème majeur d’une Europe-satellite qui était déjà en crise. Ils ne sont pas un problème du tout pour les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite ou la Russie.

Itinéraire personnel

Les éditions Xenia, dont je suis le cofondateur avec Me Claude Laporte, ont été créées entre autres à cause de l’aveuglement massif à l’égard de la stratégie islamiste et de ses sponsors. Le premier titre que nous avons publié en 2006, de Jürgen Elsässer, s’intitulait Comment le Djihad est arrivé en Europe. Il était minutieusement documenté, froid comme un procès-verbal et ne disait pas un mot de l’islam en soi. Malgré cela, aucun éditeur francophone n’avait osé le traduire. Lorsque nous l’avons fait, avec une pénétrante préface de Jean-Pierre Chevènement, nombre de libraires ont refusé de vendre l’ouvrage et j’ai été traité de conspirationniste.

La thèse fondamentale d’Elsässer était simple: Il n’y aurait pas de djihadisme en Europe sans le laissez-faire et parfois la complicité de «nos» services secrets. Expliquer pourquoi n’était pas le propos de l’auteur. Son propos était d’établir le fait, et il le faisait à l’allemande, de manière méthodique et solide. Est-ce un hasard si ce livre prophétique, devenu aujourd’hui une référence, a été massivement boudé par les médias de grand chemin et diffusé, presque sous le manteau, par l’information «alternative»?

Dix ans et cent trente titres plus tard, on peut voir la cohérence d’ensemble d’un travail qui a pu paraître erratique. Nous avons publié la somme théorique d’un écolo-terroriste (Theodore Kaczynski, dit Unabomber), divers ouvrages sur les abus et la commercialisation de la médecine, de la littérature insoumise, quelques pamphlets politiques, des essais sur la destruction des libertés et la manipulation des masses. Fil rouge de tout ceci: la lutte contre le mensonge institutionnel et la lâcheté collective. Nombre de nos thèses «téméraires» sont entrées depuis dans la conscience commune.

Arrivé à la fin de 2016, j’ai éprouvé le besoin de faire un bilan. J’ai la conviction qu’en 2017, nous devrons répondre à d’autres questions. A la question «Qu’est-ce qui se passe réellement?», nombre de canaux s’efforcent de donner des réponses, plus ou moins crédibles, plus ou moins justifiée. Il importe de faire le tri, mais les informations existent. L’inconnue qui émerge désormais est d’une autre nature: «Que faire?»

Et maintenant, quoi?

Nous sommes sortis de l’innocence. Nous avons compris que le chemin de l’enfer était pavé d’illusions humanitaires. Et quoi? Qu’allons-nous faire de ce désabusement?

Nous vivons dans une société chloroformée où l’entrée dans une carrière politique, médiatique ou universitaire équivaut à l’adoption d’un strict devoir de réserve vis-à-vis de la réalité immédiate et au renoncement de l’exercice de ses facultés intellectuelles et morales dans les situations critiques, qui sont les seules qui comptent!

Qu’allons-nous faire avec de telles élites? A quoi nous servent les chaires, les chercheurs et les «observatoires» qui nous alertent sur tout, sauf sur ce qui nous concerne vraiment? A quoi nous servent des journalistes qui nous jugent plutôt que de nous instruire? A quoi nous servent des écoles où on enseigne l’ignorance? Pourquoi élire des députés s’ils doivent aussitôt devenir sourds-muets et voter comme un seul homme des lois et décrets qu’on a fabriqués pour eux?

Comment allons-nous survivre dans un monde où les outils ont déjà pris la place de leurs concepteurs? Car si le cheminement politique vers une société planétaire transparente est momentanément enrayé, son pendant scientifique, lui, suit son cours. N’impliquant ni volonté explicite, ni rhétorique, ni coercition, il passe inaperçu. Il épouse l’évolution même de la technologie, en particulier depuis la naissance de l’internet. L’outil premier de la lutte contre la normalisation idéologique du monde est aussi l’outil premier de sa normalisation culturelle et comportementale!

La conscience est tellement plus compliquée à endosser que l’innocence! Or nous entrons avec 2017 dans un cycle de la conscience. Le nouveau cycle qui s’ouvre devant nous est infiniment dangereux et infiniment passionnant. Nous vivions barricadés derrière des idées fausses, mais ces idées fausses sont tombées: nous voici désormais mis à nu, ouverts à tous les vents du chaos. Reconstruire des murailles avec le contraire de ces idées serait le réflexe politique naturel, or la politique, j’en suis convaincu, ne résoudra plus rien. Du moins dans sa configuration actuelle.

L’effondrement des illusions anciennes ne nous met pas en demeure d’en fabriquer de nouvelles. Ce séisme-ci est beaucoup trop profond. Si profond qu’il en est providentiel. Il nous permet d’aborder la réalité sans idées préconçues, sans convictions justement, à partir de notre seule incontestable présence au monde. Si nous voulons reconstruire le monde, nous devons d’abord nous reconstruire nous-mêmes, nous réaffirmer en tant qu’individus conscients et présents à leur propre destin.

L’Europe moderne a réalisé pleinement la sinistre prophétie de C. S. Lewis: le règne des hommes sans cœur, d’une humanité mue essentiellement par la peur et le calcul sous l’alibi de la rationalité. Les épreuves qui nous attendent dès 2017 seront un véritable bain de jouvence. Les hommes sans cœur s’effondreront, même s’ils tiennent encore tout aujourd’hui. Nous avons suffisamment de savoir et suffisamment de pouvoir. Ne nous manque plus, pour reprendre nos vies en main, que de retrouver le courage d’être ce que nous sommes.

C’est tout ce que je vous souhaite pour l’an qui vient!

Slobodan Despot | N° 57 | 1.1.2017 | Antipresse

Source: http://www.antipresse.net/

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Regard sur la Syrie du 30 décembre 2016 en direct de Damas par Ayssar Midani (vidéos)

2 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Daesch, #La Turquie, #Terrorisme

Regard sur la Syrie du 30 décembre 2016 en direct de Damas par Ayssar Midani (vidéos)

 

 

Bonjour

Regard sur la Syrie du 30 décembre 2016 en direct de Damas par Ayssar Midani

Neuvime SitRep (rapport de situation) pour la Syrie par Madame Ayssar Midani depuis Damas !!!

http://www.agoravox.tv/actualites/international/article/ayssar-midani-syrie-sitrep-no9-du-71795

Informez-vous et forgez votre opinion en croisant les informations. Les grands médias ont tous la même narrative, est-ce bien raisonnable.

Cordialement

Lucien Pons

 

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Nos experts à l’oeuvre, encore et encore... Par Hélène Richard-Favre

2 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #Ukraine, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #le nazisme, #Les média

02/01/2017

Nos experts à l’oeuvre, encore et encore...

Capture d’écran 2017-01-02 à 21.41.38.png

capture d’écran de: http://rue89.nouvelobs.com/2017/01/02/dix-choses-a-savoir...

Un énième article de nos médias occidentaux, nous met en garde contre ce qui semble représenter une menace, je veux parler des sites russes Sputnik  et RT.

On y lit ce qu’on va bientôt finir par connaître par coeur à force d’être repris en boucle depuis des années par la quasi totalité de nos sites dits d'information.

Eh oui, il est toujours important de rappeler que chez nous, on informe, ce qui, bien sûr, est loin d’être le cas en Russie.

On va finir par éprouver de la compassion pour ces journalistes qui se donnent tant de peine à nous expliquer ce qui se passe en réalité et combien nous risquons de nous faire avoir par cette (dés)information russe.

Ont-ils seulement conscience, ces valeureux combattants de la vérité -si elle existe, ce qui est un autre problème- ont-ils donc seulement conscience de n’être que des porte-paroles de pouvoirs qui ne lésinent sur aucune valeur qu’ils semblent tant chérir?

Sont-ils donc au courant que leur manière de nous rendre compte de guerres, comme ils s’y sont employés avec celle qui se poursuit en Ukraine, par exemple, a été dévoyée pour masquer l’importance des exactions commises par un pouvoir si démocrate qu’il n’a pas hésité à tirer sur son peuple, le torturer et l’emprisonner quand il le fallait?

Les mouvements néo-nazis sont une réalité, en Ukraine! Lequel de ces émérites reporters s’en serait offusqué? Qui a pris position pour dénoncer le massacre qui a eu lieu dans la Maison des Syndicats d’Odessa le 2 mai 2014?*

A-t-on vu un appel à manifester, des pancartes, des bougies, des fleurs ou tout autre façon de réagir à de tels actes? 

Quand les chefs de rédaction de nos médias admettront qu’ils ne sont que les porte-parole de pouvoir qui ne luttent que pour leurs intérêts, alors, on comprendra qu’ils s’en prennent à leurs rivaux.

* http://voix.blog.tdg.ch/archive/2014/05/03/rts-ukraine-la... 

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Grèce : Les banques sont à l’origine de la crise, par Eric Toussaint. Partie I

2 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #La finance dérégulée, #Le grand banditisme, #Grèce, #l'horreur économique, #La dette

Source : CADTM, Eric Toussaint, 23-12-2016

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Les dettes réclamées à la Grèce sont odieuses
par Eric Toussaint

23 décembre 2016

Cette étude démontre que la crise grecque qui a éclaté en 2010 est d’origine bancaire privée. Elle n’est pas le résultat d’un excès de dépenses publiques. Le soi-disant plan d’aide à la Grèce a été conçu pour servir les intérêts des banquiers privés et ceux des pays qui dominent la zone euro. L’adoption de l’euro par la Grèce a joué un rôle important dans les facteurs qui ont contribué à la crise. L’analyse contenue dans ce texte a été présentée à Athènes le 6 novembre 2016 lors de la réunion de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque.

Pour la période 1996-2008, à première vue, l’évolution de l’économie grecque ressemble à une success story ! L’intégration de la Grèce au sein de l’Union européenne et à partir de 2001 dans la zone euro a l’air de réussir. Le taux de croissance économique est élevé, plus élevé que celui des économies les plus fortes d’Europe.

En réalité, ce succès apparent cachait un vice, tout comme cela a été le cas dans un grand nombre de pays : non seulement l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, Chypre, les républiques baltes, la Slovénie, mais également la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Autriche… qui ont été très affectés par la crise bancaire à partir de 2008 |1|. Sans oublier l’Italie rattrapée par la crise bancaire quelques années après les autres.

Au début des années 2000, la création de la zone euro a généré d’importants flux financiers volatils et souvent spéculatifs |2| qui sont allés des économies du Centre (Allemagne, France, Benelux, Autriche,…) vers les pays de la périphérie (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Slovénie, etc.).

Les grandes banques privées et d’autres institutions financières des économies du centre ont prêté de l’argent aux secteurs privé et public des économies périphériques car il était plus profitable d’investir dans ces pays que dans les marchés nationaux des économies du centre. L’existence d’une monnaie unique, l’euro, a encouragé ces flux car il n’y avait plus de risques de dévaluation en cas de crise dans les pays de la périphérie.

Cela a créé une bulle du crédit privé, touchant principalement le secteur immobilier, mais aussi celui de la consommation. Le bilan des banques de la périphérie a fortement augmenté.

En Irlande, la crise a explosé en septembre 2008, lorsque d’importantes banques ont fait faillite suite à l’effondrement de Lehman Brothers aux États-Unis. En Espagne, en Grèce et au Portugal, la crise a débuté plus tard, en 2009-2010 |3|.

L’explosion de la bulle du crédit privé en 2009-2010 (provoquée par la récession internationale qui avait suivi la crise des subprimes aux États-Unis et sa contamination aux banques des économies européennes du centre) et notamment la crise du secteur bancaire ont conduit à des sauvetages (bail-out) massifs des banques privées.

Ces sauvetages ont provoqué une énorme augmentation de la dette publique. En effet l’injection de capitaux publics dans les banques et les autres mécanismes de sauvetage ont été très coûteux.

Il est clair qu’il NE fallait PAS recourir au bail-out des banques et qu’il NE fallait PAS socialiser leurs pertes privées.

Il fallait recourir au bail-in des banques : organiser leur faillite ordonnée et faire payer le coût de l’assainissement par les grands actionnaires privés et les grands créanciers privés. Il fallait également en profiter pour organiser la socialisation du secteur financier. C’est-à-dire exproprier le secteur bancaire privé et le transformer en un service public |4|.

Mais il y avait d’importants liens, et même une complicité, entre les gouvernements des pays de la zone euro |5| et le secteur bancaire privé. Les gouvernements ont donc décidé d’utiliser de l’argent public pour sauver des banquiers privés.

Puisque les États de la périphérie n’étaient pas assez forts financièrement pour organiser eux-mêmes le bail-out de leurs banques afin de mettre à l’abri les banques françaises, allemandes, etc., les gouvernements des économies du centre (Allemagne, France, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Autriche, etc.) et la Commission européenne (parfois avec l’aide du FMI) ont mis en œuvre les tristement célèbres Memorandums of Understanding (MoU) ou « protocoles d’accord ». Grâce à ces MoU, les grandes banques privées et d’autres grandes institutions financières privées d’Allemagne, de France, des pays du Benelux et d’Autriche (c’est-à-dire le secteur financier privé des économies du Centre) ont pu réduire leur exposition dans les économies périphériques. Les gouvernements et les institutions européennes ont profité de cette occasion pour renforcer l’offensive du capital contre le travail ainsi que pour réduire la possibilité d’exercice des droits démocratiques à travers toute l’Europe.

La manière dont la zone euro a été construite et la crise du système capitaliste sont responsables de la crise des pays périphériques que nous pouvons observer depuis 2009-2010.


Les étapes qui ont mené à la crise grecque de 2010

À partir de 1996, sous la conduite du premier ministre Kostas Simitis (PASOK), la Grèce s’est engagée encore un peu plus dans le modèle néolibéral qui avait commencé à être appliqué à partir de 1985 quand Andreas Papandreou, après un début prometteur, a pris le même virage que François Mitterrand avec deux années de décalage |6|.

Entre 1996 et 2004, au cours des deux mandats de Kostas Simitis, a été mis en pratique un programme impressionnant de privatisations (ce n’est pas sans rappeler le bilan du gouvernement socialiste de Lionel Jospin – 1997-2002 – qui à la même période a réalisé en France d’importantes privatisations que la droite et le patronat rêvaient d’accomplir depuis les années 1980).

En matière de baisse d’impôts sur les profits des entreprises, la Grèce est allée plus loin que la moyenne de l’UE. Des mesures visant à la précarisation du travail et revenant sur les conquêtes de la période 1974-1985 ont été adoptées. De même, le gouvernement socialiste a favorisé une forte déréglementation du secteur financier (qui s’accomplissait également dans les autres pays de l’UE et aux États-Unis) qui s’est traduit par une forte augmentation de son poids dans l’économie.

Les banques grecques se sont développées dans les Balkans et la Turquie, ce qui a renforcé la trompeuse impression de réussite.

Lors de cette période, la croissance du PIB grec a été supérieure à la moyenne de l’UE, le PIB par habitant était en plein rattrapage par rapport à la moyenne, l’Indice de Développement Humain progressait. La croissance était forte dans certains secteurs de pointe comme l’équipement électrique et optique. De même dans le secteur des ordinateurs. Mais en réalité, en approfondissant l’intégration de la Grèce dans l’UE puis dans la zone euro, les dirigeants grecs et les grands groupes privés ont renforcé la subordination du pays et ont réduit ses possibilités réelles de développement économique et social.


Évolution des banques et financiarisation de l’économie grecque avant l’entrée dans la zone euro

Jusqu’en 1998, 70 % du système bancaire grec était public. Les crédits octroyés par les banques représentaient environ 80 milliards € tandis que les dépôts représentaient 85 milliards €, un signe de bonne santé (voir plus loin). Par la suite, la situation changea radicalement. Durant la période 1998-2000, les banques publiques furent vendues à des prix bradés au capital privé et quatre grandes banques émergèrent, représentant 65 % du marché bancaire |7| : la Banque nationale de Grèce, Alpha Bank, Eurobank et Piraeus Bank. Parmi ces quatre banques, la Banque nationale de Grèce restait sous contrôle indirect de l’État.

Durant la même période, sous la conduite du socialiste Kostas Simitis, la déréglementation bancaire battait son plein, tout comme dans d’autres parties du monde. Rappelons que c’est en 1999 que le Glass Steagal Act, institué par l’administration Roosevelt pour répondre à la crise bancaire de 1933 aux États-Unis, a été abrogé par l’administration démocrate de Bill Clinton. Cette abrogation, qui a mis fin à la séparation entre les banques de dépôt et les banques d’affaires, a accéléré le processus de déréglementation qui a conduit aux crises de 2000-2001 et de 2007-2008. En Grèce, le gouvernement accompagna les banques privées (qui diminuèrent la rémunération des dépôts) dans une campagne de communication agressive afin d’inciter les ménages de la classe moyenne, les entreprises et les fonds de pension à investir en bourse ; ainsi le gouvernement ne taxait pas les plus-values mobilières. Cette économie casino finit par générer une bulle boursière qui éclata en 2000, occasionnant des pertes dramatiques pour les ménages, les PME et le système des retraites qui avaient investi des sommes considérables |8|. Il faut savoir également que la bulle boursière a donné l’occasion aux riches investisseurs de procéder en toute tranquillité à un blanchiment d’argent sale.


Évolution de la dette privée et publique grecque à partir de 2000-2001 

La dette du secteur privé s’est largement développée au cours des années 2000. Les ménages, auxquels les banques et tout le secteur commercial privé (grande distribution, automobile, construction…) proposaient des conditions de crédit alléchantes, ont eu massivement recours à l’endettement, tout comme les entreprises non financières et les banques qui pouvaient emprunter à bas coût (taux d’intérêts réels bas dus notamment à une inflation plus forte en Grèce que dans les pays les plus industrialisés de l’Union européenne tels l’Allemagne, la France, le Benelux,…). De plus le passage à l’euro |9| avait provoqué une augmentation importante du coût de la vie pour les ménages, dans un pays où les dépenses pour l’alimentation de base représentaient près de 50% du budget familial. Cet endettement privé a été le moteur de l’économie de la Grèce comme il l’a été en Espagne, en Irlande, au Portugal, en Slovénie et dans d’autres pays de l’ancien bloc de l’Est qui ont adhéré à l’UE. Grâce à un euro fort, les banques grecques (auxquelles il faut ajouter les filiales grecques des banques étrangères) pouvaient étendre leurs activités internationales et financer à moindre coût leurs activités nationales. Elles ont emprunté à tour de bras. Le tableau ci-dessous montre que l’adhésion de la Grèce à la zone euro en 2001 a accéléré et amplifié les entrées de capitaux financiers qui correspondent à des prêts ou à des investissements de portefeuille (Non-IDE dans le tableau, c’est-à-dire des entrées qui ne correspondent pas à des investissements de longue durée) tandis que l’investissement de longue durée (IDE – Investissement direct à l’étranger) a stagné.

Graphique 1 – Entrées de capitaux financiers en Grèce (1999-2009)

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Source : FMI |10|

Avec les énormes liquidités mises à leur disposition par les banques centrales en 2007-2009, les banques de l’Europe de l’Ouest (surtout les banques allemandes, françaises, mais aussi les banques italiennes, belges, néerlandaises, britanniques, luxembourgeoises…) ont continué à prêter massivement à la Grèce (au secteur privé et aux pouvoirs publics). Il faut y ajouter des banques de Suisse et des États-Unis. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’adhésion de la Grèce à l’euro a constitué un gage de confiance supplémentaire aux yeux des banquiers d’Europe de l’Ouest qui étaient convaincus que leurs États respectifs leur viendraient en aide en cas de problème. Ces banquiers ne se sont pas préoccupés de la capacité de la Grèce à rembourser le capital prêté et ont considéré qu’ils pouvaient prendre des risques très élevés en Grèce. L’histoire leur a donné raison jusqu’ici : la Commission européenne et, en particulier, les gouvernements français et allemand, ont apporté un soutien sans faille aux banquiers privés d’Europe occidentale. Mais en acceptant de socialiser les pertes des banques, les gouvernants européens ont mis les finances publiques dans un état lamentable.

Le graphique ci-dessous montre que les banques des pays d’Europe de l’Ouest ont augmenté leurs prêts à la Grèce. Une première fois entre décembre 2005 et mars 2007 (pendant cette période, le volume des prêts a augmenté de 50 %, passant d’un peu moins de 80 milliards à 120 milliards de dollars). Puis, alors que la crise des subprimes avait éclaté aux États-Unis, les prêts ont de nouveau augmenté fortement (+33 %) entre juin 2007 et l’été 2008 (passant de 120 à 160 milliards de dollars). Ils se sont ensuite maintenus à un niveau très élevé (environ 120 milliards de dollars). Cela signifie que les banques privées d’Europe occidentale ont utilisé l’argent que leur prêtaient massivement et à bas coût la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale des États-Unis pour augmenter leurs prêts à des pays comme la Grèce |11|. Là-bas, les taux étant plus élevés, elles ont pu faire de juteux profits. Les banques privées ont donc une très lourde part de responsabilité dans l’endettement excessif des secteurs privé et public grecs.

Graphique 2 – Évolution des engagements des banques d’Europe occidentale à l’égard de la Grèce (en milliards de dollars)

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Source : BRI – BIS consolidated statistics, ultimate risk basis (repris de Costas Lapavitsas, … « The eurozone between austerity and default »)

Comme le montre l’infographie ci-dessous, l’écrasante majorité des dettes grecques externes était détenue par des banques européennes, en particulier des banques françaises, allemandes, italiennes, belges, hollandaises, luxembourgeoises et britanniques.

Graphique 3 – Détenteurs étrangers (qui sont quasi exclusivement des banques étrangères et d’autres sociétés financières) des titres de la dette grecque (fin 2008) |12|

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Source : CPIS in Costas Lapavitsas « The eurozone between austerity and default »

Selon une étude de Barclays portant sur la dette extérieure de la Grèce au 3e trimestre 2009, la répartition est grosso modo la même (attention, ci-dessous les montants sont exprimés en dollars US) |13|. L’intérêt de l’infographie ci-dessous est de montrer que les grands groupes d’assurance français étaient très exposés, de même que des fonds d’investissement basés au Luxembourg |14|.

Graphique 4 – Les créanciers de la dette grecque

La Grèce était endettée à hauteur d’environ 390 milliards de dollars US à la fin du troisième semestre de l’année 2009. Près des trois quarts de cette dette sont détenus par des institutions étrangères, majoritairement européennes.

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Dans un livre publié en 2016, Yanis Varoufakis décrit les motivations des banques privées allemandes, françaises, etc. qui ont prêté massivement au sein de la zone euro aux pays de la périphérie européenne avec le soutien de leur gouvernement. Voici un large extrait : « Quand les marchés ont été convaincus que personne ne quitterait jamais la zone euro, les banquiers allemands et français se sont mis à regarder un emprunteur irlandais ou grec comme l’équivalent d’un client allemand de même solvabilité. C’était logique. Si les emprunteurs portugais, autrichiens et maltais étaient tous payés en euros, pourquoi les traiter différemment ? Et si le risque qu’il y avait à prêter à tel individu, entreprise ou État particulier ne comptait pas, puisque les prêts, aussitôt après leur signature, seraient éparpillés à travers l’ensemble de l’univers connu, pourquoi ne pas traiter de la même façon les débiteurs en perspective dans toute la zone euro ?

Puisque les Grecs et les Italiens gagnaient à présent de l’argent dans une devise qui ne pourrait jamais plus être dévaluée face à la monnaie allemande, les banques allemandes et françaises ont cru qu’il était aussi avantageux de prêter dans les pays méditerranéens qu’aux Pays-Bas ou en Allemagne.

En fait, une fois l’euro inventé, il était plus lucratif de prêter aux particuliers, aux entreprises et aux banques des États-membres déficitaires qu’à des clients allemands ou autrichiens. Pourquoi ? Parce qu’en Grèce, en Espagne, en Italie du Sud, l’endettement privé était extrêmement faible. Certes, les gens étaient en général plus pauvres qu’en Europe du Nord, habitaient des logements plus modestes, conduisaient des voitures plus anciennes, et ainsi de suite, mais leur logement était à eux, ils n’avaient pas d’emprunt en cours sur leur véhicule et ils vouaient souvent à la dette l’aversion profonde qu’engendre le souvenir encore frais de la pauvreté. Les banquiers adorent les emprunteurs qui ont peu de dettes et un petit nantissement – une ferme, ou un appartement à Naples, à Athènes ou en Andalousie. Une fois dissipée la crainte de la dévaluation des lires, drachmes ou pesetas qu’ils avaient dans la poche, ces Méridionaux sont devenus les clients que des banquiers comme Franz ont eu pour instruction de cibler. »

Dans son exposé, Yanis Varoufakis fait référence à une conversation qu’il a eue en 2011 avec Franz, un fondé de pouvoir d’une banque allemande :
« Franz n’a pas ménagé ses efforts pour me faire mesurer la soudaineté et la puissance de l’offensive de sa banque sur la périphérie de l’Europe. Son nouveau business plan était clair et net : s’assurer une plus grosse part du marché de la zone euro que les autres banques, les banques françaises en particulier, elles aussi en train de prêter à tout-va. Ce qui ne pouvait avoir qu’un sens : prêter dans les pays déficitaires, qui offraient aux banquiers un triptyque d’avantages.

Premièrement, la faiblesse de l’endettement privé laissait une énorme marge à une croissance massive des prêts. Lorsqu’ils faisaient un calcul approximatif, les banquiers français et allemands salivaient à la pensée des perspectives de crédit en Méditerranée, au Portugal et en Irlande. Contrairement aux clients britanniques ou néerlandais qui, endettés jusqu’aux oreilles, ne pouvaient emprunter qu’un peu ou pas du tout, les clients grecs et espagnols pouvaient quadrupler leurs emprunts, tant ils en avaient peu au départ. Deuxièmement, les exportations des pays excédentaires vers les pays déficitaires accueillis dans l’euro étaient désormais à l’abri des dévaluations des monnaies faibles, qui n’existaient plus. Aux yeux des banquiers, un cercle vertueux était à l’œuvre : l’augmentation de leurs prêts aux pays déficitaires laissait prévoir une accélération de leur croissance intérieure, qui justifiait donc les prêts qu’ils leur faisaient. Troisièmement, les banquiers allemands étaient en extase devant la différence entre les taux d’intérêt qu’ils pouvaient facturer en Allemagne et ceux qui avaient cours dans des pays comme la Grèce. Le grand écart entre les deux était une conséquence directe du déséquilibre commercial entre les pays. Un gros excédent commercial signifie que les voitures et les lave-linge vont du pays en excédent au pays en déficit et l’argent en sens inverse. Le pays excédentaire est inondé de « liquidités » – de fonds qui s’y accumulent en proportion des exportations nettes qu’il déverse sur son partenaire commercial. Puisqu’il y a de plus en plus d’argent dans les banques du pays en excédent – à Francfort pour être précis –, il devient plus disponible, donc moins cher à emprunter. Autrement dit, son prix baisse. Et quel est le prix de l’argent ? Le taux d’intérêt ! Les taux d’intérêt en Allemagne étaient donc beaucoup plus bas qu’en Grèce, en Espagne et autres pays du même genre, où les sorties d’argent – puisque les Grecs et les Espagnols achetaient de plus en plus de Volkswagen – maintenaient le prix des euros en Europe du Sud plus haut qu’en Allemagne. » |15|

 

 


Eric Toussaint 

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

Source : CADTM, Eric Toussaint, 23-12-2016

 
 

La suite sur le site "Les Crises"

 

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Cessez-le-feu en Syrie signé par les jihadistes à l’exception d’al-Qaïda et de Daesh. Réseau Voltaire

2 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #La Russie, #La Syrie - La Libye - l'Iran -, #La guerre en Syrie - depuis le 20 août 2013, #Terrorisme, #Daesch

Cessez-le-feu en Syrie signé par les jihadistes à l’exception d’al-Qaïda et de Daesh

Réseau Voltaire | Damas (Syrie)

 

 

Réseau Voltaire — Un cessez-le-feu a été conclu en Syrie, annoncé le président russe Vladimir Poutine, en présence de ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense. La Russie et la Turquie s’en sont portées garants. La République islamique d’Iran qui a participé à l’élaboration de l’accord se tient discrètement en réserve.

Trois documents ont été signés par la République arabe syrienne et sept groupes rebelles, dont Ahrar al-Cham.
Le premier prévoit un cessez-le-feu (excluant al-Qaïda et Daesh) sur l’ensemble du territoire à partir de ce soir, jeudi 29 décembre 2016, à minuit heure locale.


Le second précise les mesures visant au respect de la trêve et au déploiement des forces russes.


Le troisième définit les conditions des négociations de paix qui se tiendront à Astana (Kazakhstan). L’Iran et Égypte seront associés à ces négociations et les États-Unis pourront s’y joindre une fois le président élu Donald Trump investi (c’est-à-dire après le 20 janvier 2017).

En parrainant cet accord avec la République islamique d’Iran, la Turquie —membre de l’Otan— a renoncé à son ambition de devenir le leader du monde sunnite et s’est éloignée des États-Unis.

La Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution a annoncé qu’elle soutenait cet accord.

Au début du mois, le Qatar s’est retiré de la guerre contre la Syrie. Il est entré au capital de Rosneft, la plus grande société au monde, et a lié sa politique énergétique à celle de la Russie.

Cet accord est en discussion depuis un mois. Les parties qui s’y opposent ont tenté de le faire échouer en assassinant l’ambassadeur de Russie à Ankara, puis en bombardant les 28 et 29 décembre l’ambassade de Russie à Damas.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ne participent pas à ce cessez-le-feu. Washington a été accusé par le président Erdoğan de continuer à soutenir Al-Qaïda et Daesh, ce que l’ambassade US à Ankara a démenti. Cependant, le président sortant Barack Obama a signé, le 23 décembre, la loi fiscale de Défense autorisant la livraison d’armes à l’« opposition » (sic) en Syrie.

L’Arabie saoudite, qui n’a pas commenté l’accord, a annoncé venir en aide aux réfugiés syriens. Le royaume devrait distribuer de l’aide humanitaire, exclusivement à partir des mosquées qu’elle a installées dans les camps de réfugiés.

Le président Poutine a donné ordre à son ministre de la Défense de réduire la présence militaire russe en Syrie. Cependant, la Russie poursuivra son action contre le terrorisme (al-Qaïda et Daesh).

La guerre contre la Syrie a coûté la vie à au moins 300 000 Syriens. Elle a été planifiée par les États-Unis et leurs partenaires de l’Otan, et financée par les monarchies du Golfe.

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23 ans après le génocide rwandais : des officiers français mis en cause. Réaction exclusive du général Didier Tauzin, candidat à l’élection présidentielle

2 Janvier 2017 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Comité pour une Nouvelle résistance, #Europe supranationale, #La France, #AMERIQUE, #L'OTAN., #L'armée française

Avec Armel Joubert des Ouches

 
Mardi 29 novembre dernier, le parquet rwandais a annoncé l’ouverture d’une enquête sur le rôle d’une vingtaine de responsables français dans le génocide qui eut lieu en 1994 dans ce pays. On se souvient de la guerre fratricide menée par les Tutsis contre les Hutus mais aussi de l’incroyable campagne de désinformation sur ce drame. On a longtemps parlé de 800.000 victimes mais certains avancent aujourd’hui le chiffre de plusieurs millions de personnes massacrées. Cette enquête se fait bien évidemment, à la demande du président actuellement en place, Paul Kagamé, l’homme « fort » de Kigali, âgé de 58 ans, à la tête du FPR – le Front Patriotique Rwandais – au moment des faits.
 

Une inversion des faits ?

 
Il faut lire le stupéfiant communiqué des autorités rwandaises pour se rendre compte de la tentative toujours affichée de ces dernières, d’inverser les faits sur un drame qui a meurtrie pour longtemps, une région d’Afrique toute entière : Il est en effet question de l’ouverture d’une enquête « sur le rôle de certains agents et/ou fonctionnaires du gouvernement français dans le génocide contre les Tutsis au Rwanda en 1994 ». La mission des militaires sur place était bien au contraire d’apaiser les tensions et la protection des populations civiles.
 

Kagamé se défausse sur la France

 
A cette époque colonel, le général Didier Tauzin, commande le 1er RPIMA, le prestigieux Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine, régiment de forces spéciales basé à Bayonne. Si Paul Kagamé relance cette enquête « cette accusation date déjà de 1994. Il y a en effet toute une série d’officiers et d’hommes politiques français dont François Mitterrand aujourd’hui décédé mai aussi Hubert Védrine, Alain Juppé qui sont accusés de culpabilité de génocide ».
 

La France a-t-elle abandonné ses soldats ?

 
Un contexte particulier. En 1994, la France n’est qu’à un an de l’élection présidentielle. Or un an avant les graves événements rwandais, la France entre en cohabitation. Mitterrand au pouvoir, Balladur premier ministre. Dans l’entourage de François Mitterrand, beaucoup de prétendants se bousculent. « Ces gens-là n’arrivaient pas à se mettre d’accord », affirme le général Tauzin. Il y avait pour eux, des choses beaucoup plus importante… la présidentielle ! Mais le général Tauzin, candidat à l’élection présidentielle de mai 2017 ajoute : « Il n’y a en France aucun homme politique aucun militaire coupable. La culpabilité, c’est de vouloir un génocide. En revanche, la France a des responsabilités dans le génocide … des actions qui ont pu conduire au génocide. La France a des responsabilités par légèreté de la politique qui a été menée là-bas ».
 

Un acharnement de la presse française sur les officiers mis en cause

 
A l’époque, la presse française s’acharne à tenter de démontrer la responsabilité dans ce génocide d’officiers de l’armée française dont le général Didier tauzin. Pour quelle raison ?
« La presse française ne brille pas, à par quelques journalistes absolument remarquables, des journalistes d’investigation qui se soumettent à la vérité lorsqu’elle éclate, à part ceux-là en effet, beaucoup de journalistes, malheureusement, ne font que répéter ce qui leur est donné par des centrales de désinformation… Et ce fut le cas de l’opération Turquoise… »
Et le général Tauzin d’expliquer notamment qu’un journaliste parisien bien connu, intervenant sur une radio nationale, invoqua un problème de « garde d’enfant » pour justifier qu’il ne donnait pas suite à une interview pourtant décidée… « Il a subi des pressions … c’est évident… »
 

Boutros Boutros-Ghali « un génocide préparé de longue date »

 
« Les Américains sont à 100 % responsables du génocide ! » Dans un entretien accordé à RFI les 23 et 24 mars 2004, l’ancien secrétaire général des Nations unies Boutros Boutros-Ghali admettait que le génocide avait eu lieu parce qu’il n’avait pu obtenir du Conseil de Sécurité que les Etats-Unis interviennent sur place afin de maintenir la paix entre les deux « parties ». Pour le général Tauzin, les Américains voulaient que Kagamé s’empare du Rwanda, pour cette raison, ils ne sont jamais intervenus, laissant à la France seule gérer une situation sur place catastrophique.
 

Le général Didier Tauzin publie « Rwanda, je demande justice pour la France et ses soldats »

 
Comment 70 hommes des forces spéciales auraient ils pu commettre un génocide ?
70, c’est le nombre de militaires des forces spéciales affectées sur le terrain à cette époque. Le général Tauzin se souvient d’avoir emmené avec lui des journalistes américains vers un charnier de Hutus : « Ah non ! Ceux là ne nous intéressent pas ! Ce qu’on l’ont veut voir, c’est des Tutsis ! » Voilà ce que j’ai vu et entendu ! Des choses à hurler… »
 
 
génocide rwanda mis en cause Général Didier Tauzin Joubert

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