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Le blog de Lucien PONS

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Référendum en Grèce : Le NON en progression envers et contre les rumeurs

1 Juillet 2015 , Rédigé par caroleone Publié dans #Europe, #Grèce

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Manifestation de soutien au peuple grec le 2 juillet

1 Juillet 2015 , Rédigé par caroleone Publié dans #Europe, #Grèce, #manifs, #CGT

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Deutsche Welle: Les rebelles de Donetsk font passer leur message

30 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Ukraine, #La France, #La Russie, #L'OTAN., #AMERIQUE, #Europe supranationale, #le nazisme

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A Savigny-sur-orge, ce sont les enfants qui trinquent

30 Juin 2015 , Rédigé par caroleone Publié dans #PolitiqueS

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L’État profond « français » Maxime Chaix. Le mardi 30 juin 2015, par Comité Valmy

30 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La nation ., #La République, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #la liberté, #L'armée française

L’État profond « français »
Maxime Chaix

mardi 30 juin 2015, par Comité Valmy

L’État profond « français »

Al-Qaïda : terroriste en Occident, alliée au Moyen-Orient

Depuis le 11-Septembre, on observe un basculement de nombreux États occidentaux vers une forme d’ultrasécuritarisme, imposé verticalement au nom de la lutte antiterroriste. Ce phénomène se caractérise notamment par l’adoption de mesures introduisant la notion de « précrime » dans la loi, ce qui est préoccupant. En effet, nous avons récemment pu observer la mise en œuvre de législations et de dispositifs « préventifs » en Grande-Bretagne,[1] en Australie,[2] et en France.[3] Dans ce dernier cas, la nouvelle loi sur le renseignement instaure la détection algorithmique de comportements jugés « suspects » sur le Web, malgré toutes les dérives que ce système pourrait engendrer.[4] Ainsi, à travers la normalisation de la surveillance de masse et le renforcement du contrôle d’Internet, le combat légitime contre le fléau du terrorisme islamiste est perverti. En effet, il permet aux gouvernements des pays en question de renforcer les pouvoirs profonds de l’Exécutif, voire au-delà – au niveau abyssal et mal contrôlé des services de renseignement. Ce processus marginalise le rôle du juge, pérennise des lois d’exception et fragilise notre État de droit. Hélas, la majorité des peuples occidentaux semble accepter que des législations et des dispositifs démocracides soient imposés au nom de la lutte antiterroriste.

 

Or, du fait du conformisme, de l’incompétence, voire de la complicité[5] de la plupart des médias grand public, une réalité profonde aussi déplaisante qu’irréfutable est dissimulée : depuis 2011, certains États occidentaux – dont le gouvernement français – ont soutenu des réseaux terroristes en Syrie, principalement via la Turquie[6] et les hydrocarbomonarchies du golfe Persique.[7] Datant de 2012, une évaluation secrète du Renseignement militaire du Pentagone confirme[8] ce soutien clandestin de l’Occident et de ses alliés moyen-orientaux en faveur de groupes jihadistes sur le territoire syrien ; dans ce document, cette agence anticipe avec deux ans d’avance la création d’un « État Islamique » à cheval entre l’Irak et la Syrie.[9]

 

À l’origine de ces révélations, corroborées ensuite par des lanceurs d’alerte de premier plan,[10] le journaliste Nafeez Ahmed expliqua en 2014 que cette stratégie anti-Assad avait été coordonnée par les renseignements militaires des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et d’Israël.[11] Dans ce cadre, ces agences ont activé au Moyen-Orient un réseau de bases de soutien et d’entraînement des rebelles dits « modérés »,[12] afin de déstabiliser la Syrie en profondeur. Il en a résulté une amplification du chaos dans ce pays. Par exemple, un nombre inconnu de mercenaires entraînés par la CIA en Jordanie ont visiblement rejoint les rangs de Daech.[13] Monsieur Ahmed souligna également que la levée partielle, par l’Union européenne, de l’embargo sur les exportations pétrolières provenant de Syrie avait permis à des milices jihadistes affiliées à al-Qaïda de vendre du pétrole à des pays européens.[14] La politique syrienne de l’Occident a donc renforcé des réseaux extrémistes pourtant décrits comme des ennemis dans les médias dominants. Or, l’instrumentalisation périlleuse de groupes islamistes par les puissances occidentales et leurs alliés n’est pas une nouveauté, le soutien massif de la CIA aux « Arabes afghans » dans les années 1980 en étant l’exemple le plus connu du grand public ; par la suite, ce mode opératoire a de nouveau été appliqué en Bosnie, au Kosovo et en Libye.[15]

 

Les politiques profondes de l’État français, les hydrocarbomonarchies et le jihad anti-Assad

En mai 2015, François Hollande était l’« invité d’honneur » du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), un « geste sans précédent pour un dirigeant occidental depuis la création de cette instance en 1981 », selon Le Figaro (Crédit photo : CHRISTOPHE ENA/AP)

Après les attentats de Paris au début de l’année 2015, j’avais dénoncé l’implication de l’État français dans le soutien militarisé et clandestin d’une opposition « syrienne » pas aussi « modérée » qu’elle nous avait été décrite par les médias et le gouvernement.[16] L’année précédente, le Président Hollande avait lui-même reconnu cette politique profonde de déstabilisation et d’ingérence en Syrie, consistant à armer secrètement des factions rebelles depuis 2012 ;[17] selon Le Canard Enchaîné, elle n’aurait été interrompue qu’en janvier 2015, les livraisons d’armes des services français aux rebelles « modérés » étant « souvent interceptées, voire revendue[s] au Front Al-Nosra (Al-Qaïda) ou à l’État islamique »[18] – et ce quelles que soient les intentions desdits services et de leurs responsables. Celles-ci ne sont pas encore clairement établies : en 2014, le député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud avait exprimé sa « conviction » que les renseignements français avaient infiltré, voire soutenu, des milices extrémistes en Syrie, souhaitant alors la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire.[19]

 

Dans tous les cas, en coordonnant sa politique syrienne avec le Qatar et d’autres pays hostiles à Bachar el-Assad, l’État français a offert son appui diplomatique à des « rebelles » dont la modération est loin d’être avérée. En 2012, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avait d’ailleurs déclaré au journal Le Monde que les jihadistes du Jahbat al-Nosra – c’est-à-dire d’al-Qaïda en Syrie – faisaient « un bon boulot » sur le terrain,[20] Daech faisant alors partie de cette milice avant la scission en avril 2013 entre al-Nosra et l’EI.[21] L’année précédente, d’autres groupes jihadistes liés à al-Qaïda, dont le GICL d’Abdelhakim Belhadj, avaient été intégrés aux opérations de l’OTAN en Libye.[22] Au préalable, la DGSE et les services secrets qataris avaient joué un rôle actif dans la déstabilisation de Benghazi,[23] afin de faciliter le déclenchement de cette guerre « planifiée depuis des mois » – selon l’ancien responsable de la DST, le préfet Yves Bonnet.[24] Puis l’intervention occidentale fut lancée en mars 2011, 5 000 soldats des forces spéciales qataries ayant été déployés pour soutenir des factions islamistes[25] dans cette campagne militaro-« humanitaire » aux conséquences désastreuses.[26]

 

Alors qu’un parlementaire européen du FN – dont je combats pourtant le parti national-xénophobe –, est attaqué en « diffamation » par le Qatar via un avocat lié à Jacques Chirac et un autre conseil proche de François Hollande,[27] rappelons que le chef d’al-Qaïda en Syrie – Mohammed al-Joulani – a récemment pu s’exprimer 47 longues minutes sur Al-Jazira, la chaîne officielle qatarie.[28] Durant cette opération de guerre psychologique,[29] il a indiqué que le numéro un d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, avait appelé ses troupes à ne pas cibler les intérêts occidentaux pour ne pas desservir le combat contre Bachar el-Assad.[30] Au vu de ces informations alarmantes, la plainte du Qatar contre le député Philippot constitue non seulement une aberration orwellienne, mais également une ingérence flagrante dans les affaires intérieures françaises. Néanmoins, cette démarche est ouvertement soutenue par la maire de Paris,[31] bien qu’elle porte gravement atteinte aux libertés d’expression et de la presse[32] – pourtant « sacralisées » depuis les attentats tragiques de janvier 2015 dans la ville qu’elle administre.

 

À des niveaux plus profonds, cette plainte illustre d’inquiétantes relations profondes entre l’État français et le Qatar, et plus généralement entre l’Exécutif et les hydrocarbomonarchies du golfe Persique. En effet, il est clair que de puissants intérêts énergétiques, financiers, industriels et géostratégiques renforcent ces relations bilatérales.[33] Cependant, à travers des politiques clandestines mais avérées, ces monarchies dictatoriales soutiennent des réseaux terroristes au Moyen-Orient,[34] et même à travers le monde.[35] Dans le cas de la Syrie, depuis la montée en puissance d’un nouveau réseau extrémiste – coagulé autour du Jahbat al-Nosra et appelé l’« Armée de la conquête » –, les médias français ne font pas mystère d’une alliance entre le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie pour soutenir cette milice d’al-Qaïda et faire tomber le régime de Bachar el-Assad.[36] Sur le terrain, il semblerait que Daech en soit le principal bénéficiaire, selon le journaliste Jean-Michel Quatrepoint.[37]

 

Le paradoxe qui découle de ces politiques aventuristes est que la démocratie est menacée en Occident au nom de la lutte antiterroriste, alors que les principaux réseaux jihadistes sont aujourd’hui des alliés des pouvoirs profonds de l’OTAN, du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) et d’Israël[38] dans la déstabilisation de l’« Axe chiite » (Iran, Irak, Syrie, Sud-Liban). Dans ce contexte politique schizophrène, nous observons en Occident une succession de dérives autoritaires légitimées par la lutte antiterroriste, alors que des milices jihadistes sont discrètement soutenues par les puissances occidentales et leurs alliés au Moyen-Orient. Il en résulte un débat public orwellien, dans lequel la plupart des groupes terroristes sont présentés comme des ennemis de la démocratie – ce qu’ils sont indiscutablement –, alors que des intérêts supérieurs conduisent les États occidentaux à les utiliser contre des nations « ennemies ». Du fait d’une certaine orwellisation médiatique,[39] la majorité des populations occidentales ignore ces politiques profondes et s’abstient de protester contre des mesures ultrasécuritaires imposées au nom de la lutte antiterroriste. Ainsi, depuis l’adoption de la loi sur le renseignement, nous observons le renforcement et la légitimation du système répressif et liberticide de l’« État profond » en France,[40] et plus généralement en Occident. Il convient donc, avant de développer cet argumentaire, de définir cette notion fondamentale.

 

Le système de gouvernance abyssale de l’« État profond »

Selon le docteur en Sciences politiques et ancien diplomate canadien Peter Dale Scott – dont je suis le principal traducteur francophone –, l’« État profond » est « un pouvoir qui ne provient pas de la Constitution, mais de sources extérieures et supérieures à celle-ci, et qui est plus puissant que l’État public. »[41] Afin d’illustrer un tel pouvoir, je vais citer un exemple méconnu, mais sur lequel nous reviendrons à travers cette analyse. Il s’agit des réseaux clandestins que la NSA a tissés avec la DGSE, dont les procédures d’échange massif de renseignements échapperaient au contrôle et à la supervision des responsables politiques français – selon les informations du journal Le Monde basées sur des documents internes de la NSA.[42]

 

À la suite des révélations de Wikileaks sur l’espionnage de trois Présidents français par la NSA entre 2006 et 2012, Julian Assange a appelé la France à prendre la tête d’un mouvement européen de rébellion contre la puissance états-unienne. Finalisé au moment de ces révélations, cet article s’inscrit de fait dans cet objectif. (Crédit photo : capture d’écran)

 

Dans son dernier livre, L’État profond américain, Peter Dale Scott indique que « l’expression “État profond” [gizli devlet ou derin devlet] est née en Turquie en 1996. Elle faisait référence à des éléments [initialement] soutenus par les États-Unis – avant tout dans les services secrets et dans l’armée – qui avaient à maintes reprises employé la violence afin d’interférer dans le processus démocratique de la Turquie et le rediriger de force. »[43] La définition de base de cette notion se réfère donc à des éléments nationaux agissant clandestinement et illégalement pour le compte d’une puissance étrangère, en l’occurrence les États-Unis. Ainsi, toujours selon Le Monde, la loi sur le renseignement adoptée en France en juin 2015 est une loi « sous influence », qui renforcera et légalisera un système de surveillance favorable à la NSA et souhaité par celle-ci – mais déjà établi à des niveaux profonds.[44] D’après Antoine Lefébure, un expert en technologies de la communication à l’origine de ces révélations, cette nouvelle loi mettra la France « sous la coupe des Américains », essentiellement grâce à l’emprise de la NSA sur nos services de renseignement.[45]

 

Comme nous venons de le souligner, cette « omnipuissante »[46] agence états-unienne collabore déjà avec la DGSE, mais dans un cadre extralégal et visiblement non supervisé par l’État français.[47] Il n’en demeure pas moins que le gouvernement, malgré une autorité incertaine sur ses propres services secrets, vient de faire adopter un projet de loi qui confèrera à auxdits services des pouvoirs exhorbitants – notamment en matière de surveillance de masse, donc d’espionnage économique, politique et industriel. Au vu des intérêts étrangers satisfaits par cette nouvelle loi, via la pérennisation de dispositifs favorables aux services de renseignement des États-Unis (et potentiellement d’autres puissances), je parlerais donc d’un État profond « français » – les guillemets étant de rigueur.

 

Plus exactement, il s’agit d’un État profond supranational, extralégal et clandestin, qui semble disposer d’une autonomie opérationnelle et décisionnelle vis-à-vis du pouvoir politique élu, voire d’une influence décisive sur nos propres dirigeants. Et ce système a un caractère permanent, pour ne pas dire structurel, selon un document interne de la NSA cité par Antoine Lefébure : « Pour toute une série de raisons, nos relations entre services de renseignements sont rarement perturbées par des conflits politiques nationaux ou internationaux. D’abord, nous [, à la NSA,] aidons nos partenaires à traiter ce qui échappe à leur vigilance, comme eux nous aident. Ensuite, dans la plupart des capitales de nos alliés étrangers, peu d’officiels de haut niveau, en dehors de ceux des services de renseignement, sont conscients d’une quelconque relation entre leurs services de renseignement et la NSA américaine. »[48]

 

En 2008, Peter Dale Scott avait défini l’« État profond » comme une « “puissante coalition” parallèle, principalement composée d’agences clandestines – telles que la CIA – qui « répondent (…) au[x volontés des milieux opulents et influents,] mais qui ont peu, voire aucun enracinement populaire ».[49] Depuis, il s’est distancé de cette définition, puisqu’elle lui semblait trop restrictive. Néanmoins, sachant qu’elle est axée sur le milieu des services secrets, et qu’elle souligne l’illégitimité populaire de cette « “puissante coalition” parallèle », je retiendrai cette définition de l’« État profond » dans mon analyse des cercles de pouvoir abyssaux qui subvertissent, surveillent, et influencent décisivement notre gouvernement.

 

En effet, nous avons pu remarquer l’empressement suspect du pouvoir exécutif français à faire adopter son projet de loi sur le renseignement, alors que les révélations d’Edward Snowden ont démontré le manque de contrôle de l’État sur ses propres services secrets – comme l’a confirmé à maintes reprises le journal Le Monde. Nous pouvons aussi observer la mise en œuvre récurrente de politiques atlantistes allant bien souvent à l’encontre des intérêts européens et nationaux, telles que le régime de sanctions contre la Russie[50] ou l’annulation de la vente des Mistral.[51] Ainsi, à des niveaux stratégiques, il est clair que l’action du gouvernement français est souvent conditionnée par des forces ayant la volonté d’instrumentaliser la France[52] – et même l’Union européenne –[53] dans le cadre de la politique étrangère des États-Unis.

 

Comme l’a déclaré le Président Poutine à la suite de la rencontre trilatérale du 7 février dernier, organisée en préparation des accords de Minsk II, « [i]l est difficile de parler à des gens qui chuchotent même chez eux de peur des écoutes américaines [– en référence au Président Hollande et à la Chancelière Merkel]. Et ceci n’est pas une blague, je ne plaisante pas. »[54] Le caractère exceptionnellement confidentiel de cette importante rencontre avec Poutine au Kremlin – à laquelle Hollande et Merkel ont participé sans aucun membre de leurs cabinets respectifs –,[55] tend à démontrer la crainte de ces deux dirigeants face aux pouvoirs profonds qui les surveillent, donc les influencent nécessairement. Au moment où je finalise cet article, Wikileaks.org, Mediapart.fr et Liberation.fr révèlent que la NSA a espionné les Présidents Hollande, Sarkozy et Chirac entre 2006 et 2012 – ainsi que d’autres leaders politiques français de premier plan. La « peur des écoutes américaines » évoquée par le Président Poutine était donc fondée. Selon l’ancien officier de la CIA Ray McGovern – qui était chargé par l’Agence de rédiger les briefings présidentiels quotidiens de Reagan et de Bush père –, une telle crainte est partagée par le Président Obama, qui se méfie de ses propres services secrets.[56]

 

Depuis l’assassinat de Kennedy, il est clair que les pouvoirs profonds des milieux « sécuritaires » – que l’auteur James Douglass a appelés l’« Indicible » –, ont acquis une influence de plus en plus décisive sur les autorités politiques légitimes.[57] Peter Dale Scott le démontre avec de solides arguments dans son dernier livre, L’État profond américain. En France, ce phénomène inquiétant se caractérise aujourd’hui par l’adoption précipitée de la loi sur le renseignement, et l’absence de volonté du gouvernement de recadrer ses propres services secrets à la suite des révélations d’Edward Snowden, qui ont été relayées par Le Monde et d’autres médias grand public.

 

L’État profond « français » en guerre contre le peuple

En instrumentalisant la peur du terrorisme, l’État profond « français » vient d’imposer à notre pays des mesures dangereusement liberticides, notamment en termes de surveillance extrajudiciaire, généralisée et permanente. D’aucuns m’opposeraient le fait que cette loi a été votée par le Parlement, et qu’elle serait donc légitime. Au contraire, comme l’a expliqué le député écologiste Sergio Coronado au journaliste Jacques Follorou, « [o]n a amputé la capacité du Parlement à faire son travail. (…) [Le] monde du renseignement (…) reste un sujet très difficile d’accès pour le Parlement. Le député lambda ne dispose d’aucune source. (…) De plus, la procédure accélérée choisie par le gouvernement pour faire adopter cette loi interdit d’aborder le fond du sujet et fait de nous une chambre d’enregistrement. »[58]

 

Les détracteurs de cette législation sont nombreux, et ils ne se limitent pas à des parlementaires ou à des organisations de la société civile, comme la Quadrature du Net.[59] Par exemple, le bâtonnier du barreau de Paris, Maître Pierre-Olivier Sur, a déclaré au Figaro que « [c]e projet de loi [sur le renseignement était] un mensonge d’État. Le président de la République l’a présenté lui-même récemment à la télévision comme un texte essentiel pour lutter contre le terrorisme, alors qu’il va s’appliquer bien au-delà, à beaucoup d’autres domaines. Ce projet menace gravement les libertés publiques. »[60] En appelant les députés à ne pas voter ce texte, il l’a décrit comme « un faux-semblant [,] consistant à faire croire qu’il ne concernerait que la lutte contre le terrorisme alors qu’en réalité [,] il s’appliquera bien au-delà et jusqu’au quotidien de tous les citoyens. »[61] Pour relativiser l’alarmiste de ces propos, d’aucuns pourraient rappeler l’implication de Maître Sur dans la défense médiatique de Nicolas Sarkozy durant le scandale des écoutes – une démarche critiquée par le journal Libération.[62]

 

Or, la ministre de la Justice elle-même, Mme Christiane Taubira, a émis de sérieuses réserves sur ce texte peu après son adoption en première lecture par l’Assemblée Nationale. Au micro d’Europe 1, elle est allée jusqu’à affirmer qu’elle aurait pu manifester contre ce projet de loi si elle ne faisait pas partie du gouvernement.[63] Nous, citoyens français, devons nous en préoccuper de toute urgence. En effet, l’État public incarné par le Parlement vient de légaliser, de renforcer et de pérenniser – sans peut-être même en avoir conscience –, le système répressif et mal contrôlé de l’État profond « français ». Et la surveillance de masse n’en est pas le seul enjeu.

 

L’État profond « français » et la guerre économique globale des États-Unis

À un niveau abyssal, cet inquiétant dispositif de surveillance massive n’est pas seulement liberticide. En effet, il pourrait être économiquement et socialement destructeur pour la France. Avant de développer cet argument clé, rappelons la mise en garde lancée par François Mitterrand peu avant sa mort : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »[64] Plus que jamais, cet aveu du Président Mitterrand doit être pris au sérieux par nos « élites », qui sont bien trop nombreuses à avoir été adoubées (voire « formées ») par des réseaux de pouvoir atlantistes faisant passer les intérêts des États-Unis avant ceux de la France.[65] Le cas contraire, nous perdrons définitivement cette guerre économique globale, coordonnée depuis Washington et analysée en détail par le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).[66]

 

Dans les arcanes du pouvoir profond, là où les « relations entre services de renseignements sont rarement perturbées par des conflits politiques nationaux ou internationaux. D’abord, nous [, à la NSA,] aidons nos partenaires à traiter ce qui échappe à leur vigilance, comme eux nous aident. Ensuite, dans la plupart des capitales de nos alliés étrangers, peu d’officiels de haut niveau, en dehors de ceux des services de renseignement, sont conscients d’une quelconque relation entre leurs services de renseignement et la NSA américaine. » (Photo d’origine inconnue)

 

Revenons maintenant à l’article du Monde cité précédemment. D’une importance capitale, cette analyse écrite par Antoine Lefébure expose la réalité profonde d’une relation transatlantique visiblement déséquilibrée et mal maîtrisée par l’État français : « Pour ce qui concerne la France, nous n’avons pas de documents, mais le bureau de l’ambassade des États-Unis qui suit ce dossier a été très actif. Nous pouvons donner le nom de ce bureau, le SUSLAF (Special US Liaison Advisor France) qui travaille avec un unique interlocuteur français, affectueusement nommé « senior sigint », c’est-à-dire [le] patron du renseignement électronique. Il s’agit du directeur technique de la DGSE Patrick Pailloux, un polytechnicien bon expert du domaine. (…) D’après nos sources, le projet de loi français [sur le renseignement] enchante le SUSLAF et l’administration Obama. Il va permettre à la NSA de développer son partenariat avec la France. Néanmoins, soucieux d’une certaine autonomie, notre pays travaille sur des technologies made in France, une perspective qui fait saliver nos industriels tricolores. »[67] -

 

Dans sa définition de l’« État profond », Peter Dale Scott inclut des « agences comme la CIA et la NSA, ainsi que des entreprises privées telles que Booz Allen Hamilton, auxquelles plus de la moitié du budget du Renseignement US est sous-traitée. [Ce système de l’] État profond inclut finalement les puissantes banques et autres multinationales, dont les intérêts et les opinions sont largement représentés au sein de la CIA et de la NSA. »[68] En extrapolant ces propos, et en reprenant l’analyse précitée du Monde, il est clair que l’État profond « français » a comme objectif de signer de juteux contrats avec la puissance publique, c’est-à-dire aux frais des contribuables. Il en résulte que nous sommes contraints de financer la surveillance extrajudiciaire qui nous est imposée, ce qui est inacceptable.

 

Il est également évident que des échanges de technologies, de savoir-faire et de renseignements motivent un tel partenariat. D’aucuns pourraient donc justifier ces relations profondes par des intérêts industriels favorables à l’économie française. Or, comme l’a souligné Antoine Lefébure dans un autre article publié par Slate.fr, « [d]ans [l]e domaine [du renseignement], le lobbying doit être discret, cantonné à quelques interlocuteurs sûrs. Avec un pays considéré comme “difficile” comme la France, les Américains font preuve d’une grande habileté, allant jusqu’à flatter quelques industriels nationaux pour s’en servir comme bras de levier. Grâce à cette action, il y a des dirigeants français pour laisser croire possible la réalisation d’un équivalent tricolore de la NSA, bien entendu en plus intelligent et moins onéreux. (…) Le problème de ce genre d’illusions, quand elle se développe, protégée sous le secret-défense, est qu’elle peut perdurer longtemps et constituer un véritable gouffre financier. »[69]

 

Par ailleurs, comme Monsieur Lefébure l’a indiqué dans son article du Monde, « [e]n Allemagne [,] la NSA apprend aux espions du BND à utiliser son logiciel XKEYSCORE, excellent outil de surveillance massive du comportement des internautes. Nous venons d’apprendre qu’ils ont écouté, à la demande de la NSA, des officiels français (l’Élysée et le Quai d’Orsay) et des industriels européens, notamment Airbus ! La NSA aurait-elle demandé le même genre de “services” à son partenaire français ? [Le rapporteur de la loi sur le renseignement, le député Jean-Jacques] Urvoas lui-même, a reconnu qu’il n’en savait rien. Combien sont-ils, parmi nos élus, ceux qui ont assez d’informations et de capacité d’analyse sur ce qui se passe dans ce domaine réservé pour mesurer les conséquences d’une loi dangereuse qu’ils votent dans l’urgence [?] »[70]

 

Comme l’a révélé dans ce même quotidien le journaliste Jacques Follorou, la DGSE est à l’origine du développement et du transfert de certaines technologies sensibles aux renseignements allemands, que ces derniers ont finalement utilisées pour espionner les intérêts franco-européens pour le compte de la NSA. D’après Monsieur Follorou, « l’affaire d’espionnage qui secoue actuellement l’Allemagne semblait classique. L’Agence nationale de la sécurité américaine (NSA) aurait utilisé, entre 2004 et 2015, les infrastructures d’interception du renseignement allemand pour espionner, notamment, des entreprises allemandes et françaises ainsi que des diplomates du Quai d’Orsay ou des membres de l’Élysée. L’ironie de cette histoire montre, selon nos informations, que la France a elle-même, dès 2005, contribué à bâtir le système de surveillance allemand dont elle a été victime. Ce centre d’interceptions, installé en Bavière, à Bad Aibling, est considéré par la NSA comme “le plus puissant d’Europe” dans un document révélé par son ancien consultant Edward Snowden. »[71]

 

Vous l’aurez compris, cette loi sur le renseignement – adoptée via une procédure accélérée pour neutraliser le débat public –, menace les intérêts supérieurs de la France. En effet, elle favorise un allié historique qui agit pourtant comme un prédateur agressif dans une guerre économique globale, y compris contre la France. Comme l’avait expliqué Jean-Pierre Chevènement, « [l]e déclin américain est incontestable, mais il est limité et sera très lent. Et comme les États-Unis ne peuvent pas faire la police dans le monde entier, ils mènent une politique de domination très intelligente, basée sur des alliances, la pénétration économique, leur attractivité culturelle plutôt que sur les conquêtes territoriales. »[72] Selon les révélations du Monde, cette pénétration économique se réalise parfois au niveau stratégique mais confidentiel, donc mal contrôlé, des services de renseignement.

 

Il en résulte une accélération du déclin socioéconomique et industriel de la France, encouragé par l’espionnage de nos propres entreprises et responsables politiques par des services « alliés », dont la NSA et le BND allemand – voire potentiellement par l’État profond « français » lui-même. En effet, selon un autre article de Jacques Follorou, des « documents internes à la NSA ou au GCHQ [britannique] attestent que les décisions inhérentes à la création de ce versement dans un vaste pot commun de données privées et publiques françaises se sont prises, en grande partie, au niveau des directeurs des services secrets techniques de ces pays. Ils posent la question du pouvoir et de la place prise par les techniciens du renseignement qui ont pu, à certains égards, s’affranchir de leur tutelle politique et des lois protégeant les libertés. (…) Résultat : le niveau de coopération est tel qu’aujourd’hui des données personnelles venant d’Afrique ou du Moyen-Orient, transitant par la France et appartenant à des individus de nationalité française – hommes d’affaires, diplomates, voire agents de la DGSE en mission – ou même à des chefs d’État africain[s], peuvent tomber entre les mains de la NSA au nom de l’antiterrorisme. »[73]

 

Malgré ces informations alarmantes, l’Exécutif français a fait adopter cette loi sur le renseignement en raccourcissant son processus d’adoption parlementaire. De plus, le Président Hollande souhaite accélérer[74] les négociations d’un Traité transatlantique (TAFTA) qui, selon un certain nombre d’experts, favoriserait principalement les multinationales états-uniennes du fait de la prédominance du dollar dans l’économie mondiale – les citoyens européens étant les potentiels grands perdants de cet accord.[75] Rappelons également que le gouvernement français a décidé d’abandonner sa souveraineté nucléaire – civile et militaire – aux États-Unis dans le dossier Alstom,[76] ainsi qu’une filiale clé de la surveillance satellitaire au profit des services de l’État profond américain (NSA, NRO, DIA, CIA, etc.).[77]

 

Selon Le Figaro, au moment où l’État souhaitait racheter 20 % du capital d’Alstom au groupe Bouygues – ce qui ne lui donne aucun poids décisif dans le conseil d’administration de cette entreprise –,[78] il a cédé une partie de ses actions dans GDF-Suez, mais à un niveau lui faisant perdre sa minorité de blocage dans le CA de cette multinationale stratégique. D’après la CGT et la CFE-CGC, qui ont ensuite saisi le Conseil d’État pour contester cette cession, le gouvernement abandonne « sa souveraineté sur le gaz », affaiblissant « son pouvoir de protection du Groupe et du service public. »[79] Alcatel est un autre fleuron stratégique qui a été dépecé, notamment à travers l’intervention secrète de la NSA, comme l’ont révélé l’expert en intelligence économique Franck DeCloquement et le journaliste Antoine Dreyfus.[80] Par ailleurs, au vu de la débâcle commerciale, politique et diplomatique que constitue ce que nous pourrions appeler « l’affaire des Mistral », la France semble avoir perdu son autonomie de décision dans ses exportations militaires, un domaine qui est pourtant régalien et stratégique.[81] Enfin, la politique de sanctions contre l’Iran qui nous a été imposée par les États-Unis a engendré de sérieux dégâts sur l’économie française, selon un rapport de la délégation de la commission des finances du Sénat.[82] Nous pourrions ainsi multiplier les exemples démontrant que l’un de nos principaux alliés historiques mène, en réalité, une véritable guerre économique contre la France.

 

Ancien officier de renseignement, expert en intelligence économique et directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), Éric Denécé fait partie des rares experts ayant le courage de dénoncer la guerre économique menée par les États-Unis contre la France. Les récentes révélations de Wikileaks lui donnent raison. (Photo d’origine inconnue)

 

Il en résulte une accélération du déclin commercial, technologique et industriel de notre pays, avant tout en faveur d’une puissance étrangère hégémoniste – dont la DGSE semble être officieusement devenue une extension, voire un réseau d’influence à part entière. Et la tendance ne pourra hélas s’inverser de sitôt au vu de la proportion de « Young Leaders » composant notre gouvernement actuel[83] et son « opposition »,[84] certains d’entre eux faisant partie intégrante de l’État profond « français ». Par conséquent, à défaut de pouvoir inverser cette tendance en votant aux prochaines élections nationales, je vous remercie d’avance de transmettre cet article à vos responsables politiques (députés, sénateurs, ministres, Président de la République, etc.). Ce faisant, n’hésitez pas à leur demander des comptes, car il est inacceptable que nous financions, en tant que contribuables, un État profond supranational qui déstabilise notre économie et menace notre démocratie dans ses fondements mêmes.

 

Et puisque des millions de vies humaines sont en jeu, il est encore moins acceptable que l’État français, via ses services spéciaux, mène des politiques clandestines et irresponsables qui conduisent à renforcer des réseaux jihadistes au Moyen-Orient, alors que le gouvernement est censé lutter contre le fléau du terrorisme islamiste. J’en appelle donc à la mobilisation générale, pacifique et constructive de tous les citoyens français attachés à nos libertés publiques et à nos valeurs républicaines, y compris au sein de la DGSE et des autres services de renseignement de notre pays. Cet État profond « français » constituant une menace permanente, exigeons de nos dirigeants qu’ils le placent sous contrôle des autorités politiques légitimes, notamment via le Parlement. Dans le cas contraire, ce système de gouvernance abyssale, démocracide et illégale[85] restera le principal danger qui pèse sur notre tissu socioéconomique, notre État de droit et nos libertés fondamentales.

 

Maxime Chaix

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Autre source :

Mise en ligne CV : 29 juin 2015

Notes

[1]. James Bamford, « Reading This Magazine Could Land You in Jail » (« Lire ce magazine pourrait vous envoyer en prison »), ForeignPolicy.com, 25 mars 2015, http://foreignpolicy.com/2015/03/25/reading-this-magazine-could-land-you-in-jail/ : « Dans d’autres pays, certains gouvernements ont déjà basculé dans des extrêmes, s’étant notamment inspirés de George Orwell en emprisonnant des personnes ayant osé lire ne serait-ce qu’un seul paragraphe d’Inspire [, le magazine en ligne d’al-Qaïda dans la Péninsule Arabique]. Au Royaume-Uni, la police traque quiconque ayant téléchargé cette publication, (…) “plus de 20 personnes ayant été arrêtées et poursuivies en justice ces 18 derniers mois [pour ce motif].” »

 

[2]. Ibidem : « L’Australie a adopté une loi comparable (…) Adnan Karabegovic, un résident de Melbourne, est de ceux qui ont été arrêtés pour possession d’Inspire. En 2012, [il] fut inculpé car son ordinateur contenait 6 numéros d’Inspire, risquant alors 90 ans de prison. »

 

[3]. Michel Alberganti, « Algorithmes et police préventive : la France à l’ère “Minority Report” », Slate.fr, 17 avril 2015, http://m.slate.fr/story/100465/loi-renseignement-algorithmes-police-preventive-minority-report  : « On ne peut s’empêcher de penser aux précogs de Minority Report et à sa brigade Précrime. Philip K. Dick, qui a inspiré le réalisateur Steven Spielberg en 2002, avait pressenti dès 1956 l’évolution future de l’action policière. Près de soixante ans plus tard, nous y sommes. À son époque, Dick ne pouvait imaginer le développement de l’informatique et des communications en réseau. Il avait donc créé des êtres doués de capacités précognitives leur permettant de voir dans le futur. Grâce à eux, les forces de police pouvaient débarquer chez un meurtrier quelques secondes avant qu’il ne commette l’irréparable. C’est bien l’objectif de [Jean-]Jacques Urvoas, président de la Commission des lois, lorsqu’il déclare, le 27 janvier : “Les services n’ont pas eu assez de moyens pour anticiper le passage à l’acte.” L’algorithme des boîtes noires du gouvernement n’aura malheureusement pas le pouvoir de voir le futur. Il devra l’imaginer à partir des métadonnées recueillies et analysées. Même les précogs de Dick pouvaient se tromper. (…) Avec la nouvelle loi sur le renseignement, toute la question est de savoir de combien d’erreurs, avec les désagréments que cela induira pour ceux qui en seront victimes, il faudra payer la détection d’un véritable terroriste en devenir » (accentuation ajoutée).

 

[4]. James Bamford, « Reading This Magazine Could Land You in Jail », ForeignPolicy.com, 25 mars 2015, http://foreignpolicy.com/2015/03/25/reading-this-magazine-could-land-you-in-jail/  : « D’un autre point de vue, puisque j’ai téléchargé – dans le cadre de mes recherches pour cette rubrique –, les 13 numéros d’Inspire publiés jusqu’à présent, je pourrais théoriquement risquer 130 ans de prison en Grande-Bretagne et 200 ans en Australie » (accentuation ajoutée). En 2014, j’avais moi-même téléchargé depuis mon smartphone, par simple curiosité, un PDF d’Inspire. Ce fichier avait été diffusé sur Facebook par un journaliste avec lequel je suis en contact. La lecture de cet article de James Bamford m’a donc littéralement effrayé, étant moi-même amené à consulter des informations provenant de Daech ou d’autres organisations terroristes dans le cadre de mes recherches.

 

[5]. Il pourrait sembler réducteur de parler de « complicité » médiatique dans la dissimulation de cette réalité. Or, malgré l’accumulation de preuves indiquant que des réseaux jihadistes sont parfois des outils de politique étrangère des États profonds occidentaux et moyen-orientaux – comme en Libye ou en Syrie –, la quasi-totalité des médias français continue de présenter les groupes terroristes comme des ennemis de l’Occident. Néanmoins, ce déni collectif peut également s’expliquer par l’incompétence et/ou le conformisme de certains journalistes. Pour un résumé fiable et sourcé de l’utilisation de réseaux jihadistes par les États profonds occidentaux pour déstabiliser l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, la Libye et la Syrie, voir Nafeez Ahmed, « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », MiddleEastEye.net, 27 mars 2015,
http://www.middleeasteye.net/node/39507

 

[6]. « Un journal prouve que la Turquie a livré des armes aux djihadistes en Syrie », LePoint.fr (AFP), 25 mai 2015,
http://www.lepoint.fr/monde/un-journal-prouve-que-la-turquie-a-livre-des-armes-aux-djihadistes-en-syrie-29-05-2015-1932123_24.php ; Nare Hakikat, « La position ambiguë de la Turquie face à l’État islamique », LeFigaro.fr, 11 août 2014,
http://www.lefigaro.fr/international/2014/08/11/01003-20140811ARTFIG00299-l-union-des-kurdes-irakiens-turcs-et-syriens-contre-les-djihadistes-inquiete-ankara.php

 

[7]. « Le Qatar : “valet des Américains” ou “club Med des terroristes” ? », entretien avec Fabrice Balanche, Challenges.fr, 15 janvier 2015, http://www.challenges.fr/economie/20150113.CHA2188/le-qatar-valet-des-americains-ou-club-med-des-terroristes.html  : « Le Qatar a financé le Front Al-Nosra (…) jusqu’à la scission intervenue en avril 2013. L’organisation, rattachée à Al-Qaïda, est pourtant inscrite sur la liste terroriste des États-Unis depuis le 20 novembre 2012 et la déclaration d’Hillary Clinton. Après la scission en avril 2013 – autrement dit la séparation entre Nosra dirigé par le syrien Al-Joulani et l’État islamique (EI) conduit par l’irakien al-Baghdadi – le Qatar a choisi de soutenir l’EI contrairement à l’Arabie Saoudite qui continue de financer Nosra. Néanmoins, la réalité est bien plus complexe encore. Si l’EI est une organisation soudée et structurée, les groupes de Nosra, bien qu’ils prêtent tous allégeance, semblent bien plus autonomes. Ainsi, le Qatar peut être également amené à financer un groupe de combattants se revendiquant de Nosra pour un intérêt particulier. De même, il existe différents clans en Arabie Saoudite, qui est loin d’être un royaume monolithique. Ces familles soutiennent aussi bien Nosra que l’EI. »

 

[8]. Nafeez Ahmed, « Ex-intel officials : Pentagon report proves US complicity in ISIS », Medium.com, 2 juin 2015,
https://medium.com/insurge-intelligence/ex-intel-officials-pentagon-report-proves-us-complicity-in-isis-fabef96e20da : « Comme je l’ai rapporté le 22 mai [2015], le document de la Defense Intelligence Agency (DIA) obtenu par Judicial Watch (…) confirme que la communauté du Renseignement états-unienne avait anticipé la montée en puissance de Daech il y a 3 ans, comme conséquence directe du soutien des rebelles extrémistes en Syrie. [Diffusé aux principales agences de renseignement US en] août 2012, [cet] “Information Intelligence Report” (IIR) révèle que le noyau dur de la rébellion syrienne était alors dominé par un certain nombre de groupes islamistes, incluant al-Qaïda en Irak (AQI). Il alertait sur le fait que les “puissances soutenant” la rébellion – identifiées dans ce document comme étant l’Occident, les États du golfe Persique et la Turquie –, souhaitaient l’émergence d’une “Principauté Salafiste” dans l’Est de la Syrie afin d’“isoler” le régime d’el-Assad. De plus, ce document contenait l’extraordinaire prédiction qu’un tel embryon de mini-État islamiste, soutenu par les puissances sunnites de la région, accentuerait le risque de proclamation d’un “État Islamique” à cheval entre l’Irak et la Syrie. Ce rapport de la DIA anticipait même la chute de Mossoul et de Ramadi. »

 

[9]. Ibidem. Voir également Armin Arefi, « Les services secrets américains avaient prédit l’“État islamique” », LePoint.fr, 10 juin 2015,
http://www.lepoint.fr/monde/les-services-secrets-americains-avaient-predit-l-etat-islamique-10-06-2015-1935195_24.php

 

[10]. Nafeez Ahmed, « Ex-intel officials : Pentagon report proves US complicity in ISIS », 2 juin 2015,https://medium.com/insurge-intelligence/ex-intel-officials-pentagon-report-proves-us-complicity-in-isis-fabef96e20da : « Selon des experts états-uniens et britanniques des renseignements, un rapport déclassifié du Pentagone confirme que l’Occident a amplifié son soutien aux rebelles extrémistes en Syrie, sachant pertinemment que cette stratégie jetterait les bases de l’“État Islamique” (EI). Les experts qui l’ont dénoncé incluent notamment des célèbres lanceurs d’alertes issus du gouvernement [US], dont l’ancien [analyste] du Pentagone Daniel Ellsberg, l’ancien [officier supérieur] de la NSA Thomas Drake, et l’ancienne agente du FBI Coleen Rowley. Leurs remarques démontrent le caractère fallacieux des affirmations de deux anciens hauts responsables, Michael Morell (CIA) et John Schindler (NSA). Ces derniers ont tenté de nier la responsabilité de l’administration Obama dans les échecs politiques révélés par les documents de la DIA. »

 

[11]. Nafeez Ahmed, « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », MiddleEastEye.net, 27 mars 2015,
http://www.middleeasteye.net/node/39507  : « L’opération qui se poursuit actuellement a été étroitement contrôlée dans le cadre d’un programme secret toujours en cours, coordonné conjointement par les services de renseignement militaire américains, britanniques, français et israéliens. Des rapports publics confirment qu’à la fin de l’année 2014, le soutien apporté par les États-Unis aux combattants luttant contre Assad s’élevait, à lui seul, à environ 2 milliards de dollars. Ce soutien aux extrémistes islamistes est communément considéré comme une erreur, et les faits parlent d’eux-mêmes. D’après des évaluations classifiées de la CIA, les services de renseignement américains savaient que le soutien apporté aux rebelles anti-Assad dirigé par les États-Unis à travers ses alliés au Moyen-Orient a toujours fini entre les mains des extrémistes les plus virulents. Toutefois, il a continué » (accentuation ajoutée).

 

[12]. Dennis Kucinich, « Le Congrès US autorise le soutien des “rebelles” », DeDefensa.org, 19 septembre 2014,
http://www.dedefensa.org/article-le_congr_s_us_autorise_le_soutien_des_rebelles_en_syrie_19_09_2014.html  : « Écrivant sur la connexion entre l’Arabie saoudite et l’État Islamique (EI), l’historien Alastair Crooke a récemment décrit les insurgés “modérés” en Syrie comme étant “plus rares que la licorne des légendes”. Les “modérés” ont conclu un pacte de non-agression avec l’EI. Les “modérés” ont capturé un journaliste états-unien et l’ont vendu à l’EI, qui l’a décapité. L’Arabie saoudite qui, avec le Qatar, a financé les jihadistes en Syrie, propose désormais de “former” les rebelles. Le Congrès est prié d’avaler cette recette douteuse : les sponsors des jihadistes radicaux vont former des jihadistes “modérés”. (…) Les soi-disant “rebelles” sont des mercenaires qui viennent de plus de 20 pays. Ils s’organisent et se réorganisent constamment en nouveaux groupes, qui offrent leur allégeance à quiconque les paye ou leur fournit des armes – et ce à tout moment » (accentuation ajoutée).

 

[13]. « Conflit syrien : formés par la CIA, ils ont rejoint le jihad », JeuneAfrique.com, 7 juillet 2014, JeuneAfrique.com, http://www.jeuneafrique.com/49856/politique/conflit-syrien-form-s-par-la-cia-ils-ont-rejoint-le-jihad/

 

[14]. Nafeez Ahmed, « How the West created the Islamic State », Medium.com, 11 septembre 2014, https://medium.com/insurge-intelligence/how-the-west-created-the-islamic-state-dbfa6f83bc1f : « [D]urant le même mois de la prise de contrôle, par al-Qaïda, des principales régions pétrolifères de Syrie (Deir ez-Zor et Hassaké), l’Union européenne vota un allègement de l’embargo pétrolier sur ce pays. Le but était d’autoriser la vente d’or noir depuis ces mêmes champs pétrolifères contrôlés par al-Qaïda. (…) “La conclusion logique de cette folie [collective] est que l’Europe financera al-Qaïda”, avait alors déclaré Joshua Landis, un expert de la Syrie à l’Université d’Oklahoma » ; José Fort, « Des pays de l’Union européenne achètent du pétrole aux barbares », Humanite.fr, 25 septembre 2014, http://www.humanite.fr/blogs/des-pays-de-lunion-europeenne-achetent-du-petrole-aux-barbares-552824

 

[15]. Pour un résumé fiable et sourcé de l’utilisation de réseaux jihadistes par les États profonds occidentaux pour déstabiliser l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, la Libye et la Syrie, voir Nafeez Ahmed, « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », MiddleEastEye.net, 27 mars 2015,
http://www.middleeasteye.net/node/39507

 

[16]. Maxime Chaix, « Al-Qaïda : terroriste en France, alliée en Syrie », DeDefensa.org, 10 janvier 2015, http://www.dedefensa.org/article-al-qa_da_terroriste_en_france_alli_e_en_syrie_10_01_2015.html

 

[17]. Robin Verner, « La France a fourni des armes à la révolution syrienne dès 2012, explique François Hollande dans un livre », Slate.fr, 6 mai 2015, http://www.slate.fr/story/101291/France-armes-Syrie : « Dans son livre, Xavier Panon transcrit les propos d’un responsable du Quai d’Orsay : “François Hollande et son ministre [Fabius] ont été bien imprudents sur la Syrie et l’embargo. Faute d’avoir la capacité d’influer réellement sur le rapport de forces, la posture reste morale. Or, la morale est rarement bonne inspiratrice en politique étrangère. Livrer des armes sans garantie de destination, c’est être cobelligérant. Il y a davantage de raisons de ne pas le faire que de le faire” » (accentuation ajoutée).

 

[18]. Maxime Chaix, « Al-Qaïda : terroriste en France, alliée en Syrie », DeDefensa.org, 10 janvier 2015,http://www.dedefensa.org/article-al-qa_da_terroriste_en_france_alli_e_en_syrie_10_01_2015.html  : « Mise à jour du 6 février 2015 : Dans Le Canard Enchaîné du mercredi 21 janvier 2015 (n°4917), il a été révélé que “[l]a livraison d’armes par la France aux combattants dits ‘modérés’ de l’opposition syrienne est interrompue. L’état-major a constaté qu’elles étaient souvent interceptées, voire revendue[s] au Front Al-Nosra (Al-Qaïda) ou à l’État islamique” » (accentuation ajoutée).

 

[19]. Frédéric Rivière, « Alain Marsaud, député, président du groupe de travail sur la Syrie », Rfi.fr, 24 avril 2014,
http://www.rfi.fr/emission/20140424-alain-marsaud-depute-pdt-groupe-travail-syrie/. Sur RFI, Alain Marsaud a affirmé sa « conviction » que les services spéciaux français avaient soutenu des réseaux jihadistes en Syrie, et que celle-ci était « partagée par beaucoup de gens [,] raison pour laquelle [il avait] demandé (…) la constitution d’une mission d’information, d’une commission d’enquête parlementaire afin de vérifier les conditions dans lesquelles tout ça se passe (…) ». Lors de cette interview, il affirmé sans ambages que «  la France [avait] dû encourager certains jihadistes français à se rendre en Syrie ».

 

[20]. Isabelle Mandraud (avec Gilles Paris), « Pression militaire et succès diplomatique pour les rebelles syriens », LeMonde.fr, 13 décembre 2012,
http://www.lemonde.fr/acces-restreint/proche-orient/article/2012/12/13/6a6d629b6b6d71c5946c6a6566976d_1805889_3218.html  : « En revanche, la décision des États-Unis de placer Jabhat Al-Nosra, un groupe djihadiste combattant aux côtés des rebelles, sur leur liste des organisations terroristes, a été vivement critiquée par des soutiens de l’opposition. M. Fabius a ainsi estimé, mercredi, que “tous les Arabes étaient vent debout” contre la position américaine, “parce que, sur le terrain, ils font un bon boulot”. “C’était très net, et le président de la Coalition était aussi sur cette ligne”, a ajouté le ministre » (accentuation ajoutée).

 

[21]. « Le Qatar : “valet des Américains” ou “club Med des terroristes” ? », entretien avec Fabrice Balanche, Challenges.fr, 15 janvier 2015,http://www.challenges.fr/economie/20150113.CHA2188/le-qatar-valet-des-americains-ou-club-med-des-terroristes.html : « Après la scission en avril 2013 – autrement dit la séparation entre Nosra dirigé par le syrien Al-Joulani et l’État islamique (EI) conduit par l’irakien al-Baghdadi – le Qatar a choisi de soutenir l’EI contrairement à l’Arabie Saoudite qui continue de financer Nosra. »

 

[22]. Catherine Gouëset, « Libye : l’islamiste qui remercie les Occidentaux », LExpress.fr,
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/libye-abdelhakim-belhaj-l-islamiste-qui-remercie-les-occidentaux_1027938.html : « Le chef militaire de Tripoli, Abdelhakim Belha[d]j, inquiète. Ancien combattant en Afghanistan, arrêté par la CIA, il rend pourtant aujourd’hui hommage à l’Otan pour son action en Libye. Mais il est toujours montré du doigt pour d’anciens liens supposés [sic] avec Al-Qaïda. (…) Belha[d]j rend désormais hommage à l’Otan pour avoir aidé à la libération de Tripoli en fournissant une couverture aérienne à l’opération lancée par les combattants contre la capitale et qui a débouché, le 23 août [2011], sur la prise de la forteresse de Bab al-Aziziya, le centre du pouvoir de Mouammar Kadhafi » (accentuation ajoutée).

 

[23]. Selon des sources bien informées, le Qatar a joué un rôle central dans les coulisses de la guerre en Libye, ayant apparemment exercé une influence majeure sur le pouvoir français afin de déclencher une intervention armée. Pour des informations sur cette influence, et sur la déstabilisation de Benghazi par la DGSE et les services spéciaux qataris avant l’intervention de l’OTAN, voir notamment « Gaz et pétrole : Guerres secrètes », un documentaire de Spécial Investigation (Canal +) réalisé par Patrick-Charles Messance (consultable ici :
http://www.dailymotion.com/video/xvr94b_gaz-et-petrole-guerres-secretes_news ) : « Dès les premières manifestations à Benghazi, les services secrets français et qataris auraient d’ailleurs envoyé clandestinement des agents secrets en Libye pour appuyer la rébellion » (à partir de 20min10s).

 

[24]. « Gaz et pétrole : Guerres secrètes », un documentaire de Spécial Investigation (Canal +) réalisé par Patrick-Charles Messance (consultable ici : http://www.dailymotion.com/video/xvr94b_gaz-et-petrole-guerres-secretes_news). Voir à partir de 19min13s : « Pour l’ancien patron de la DST, Yves Bonnet, qui s’est rendu à de nombreuses reprises en Libye avant le début des bombardements, il ne fait aucun doute que l’intervention française avait été préparée de longue date, bien avant le feu vert de l’ONU en mars 2011. (…) “C’est-à-dire que ça faisait des mois que probablement, dans le plus grand secret, on préparait une intervention.” »

 

[25]. George Malbrunot, « 5 000 Forces spéciales du Qatar avaient été déployées en Libye », Blog.LeFigaro.fr, 6 novembre 2011,
http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2011/11/5-000-forces-speciales-du-qata.html : « Le Qatar avait envoyé pas moins de 5 000 membres de ses forces spéciales en Libye, bien avant la chute du colonel Kadhafi, selon une source diplomatique française qui suit le dossier. Chargées d’épauler les rebelles, les troupes de Doha se sont d’abord déployé[e]s à Tobrouk puis ensuite à l’ouest dans le djebel Nefoussa, où le chef d’état-major qatarien, le général Hamad ben Ali al-Attyiah (…) s’est rendu à plusieurs reprises. À titre de comparaison, la France avait infiltré seulement quelques dizaines de commandos issus des Forces spéciales. (…) Si le minuscule mais très actif émirat du Golfe a joué un rôle non négligeable dans la chute du régime de Kadhafi, son engagement un peu trop marqué aux côtés des islamistes a fini par susciter des critiques au sein de certains dirigeants du Conseil national de transition libyen, mais aussi en France et en Grande-Bretagne. »

 

[26]. « En Libye, le naufrage de la révolution », LeMonde.fr, 30 juillet 2014, http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/07/30/en-libye-le-naufrage-de-la-revolution_4464662_3232.html  : « Impossible de ne pas poser la question de la pertinence de l’intervention des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne à l’appui de la rébellion de 2011 – intervention que Le Monde a approuvée sans réserve à l’époque. Washington, Paris et Londres ont-ils eu raison de mener cette campagne de bombardements aériens qui a permis aux rebelles de l’emporter sur Kadhafi ? Questions faciles à soulever a posteriori : la décision politique de l’intervention se prend parfois dans l’urgence, souvent pour des raisons humanitaires [sic]. Mais questions auxquelles, au regard du chaos qui emporte la Libye, il est difficile d’échapper aujourd’hui » (accentuation ajoutée).

 

[27]. « Le Qatar attaque Florian Philippot pour diffamation », FranceTVInfo.fr, 1er juin 2015, http://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/la-qatar-attaque-florian-philippot-pour-diffamation_930863.html  : « Selon Le Figaro, qui révèle l’information dimanche 31 mai, une telle procédure est “rarissime”. Le Qatar a déposé plainte pour diffamation contre Florian Philippot le 9 mars, en raison de propos répétés accusant l’émirat du Golfe de financer le terrorisme. Un juge d’instruction du tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine) aurait déjà été désigné, et les avocats Jean-Pierre Mignard et Francis Szpiner, respectivement proches de François Hollande et de Jacques Chirac, défendront les intérêts du Qatar » (accentuation ajoutée).

 

[28]. « Le Front al-Nosra affirme que son seul objectif est la chute de Bachar al-Assad », France24.com, 28 mai 2015,
http://www.france24.com/fr/20150528-syrie-front-al-nosra-qaida-abou-mohamed-jolani-jihadistes-rebellion-assad  : « Le Front Al-Nosra, un groupe de “bons jihadistes” ? C’est du moins le message qu’a cherché à faire passer Abou Moham[m]ed al-Joulani, le chef du Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, mercredi 27 mai. Interrogé par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, il a assuré que sa mission en Syrie était de faire chuter le régime de Damas et qu’il n’était pas prévu de lancer des attaques contre l’Occident depuis la Syrie. »

 

[29]. Durant son interview sur Al-Jazira, le leader d’al-Qaïda en Syrie a mené une subtile opération de guerre psychologique contre les Syriens, ayant notamment déclaré : « Les alaouites ne seront pas tués s’ils arrêtent de soutenir Assad, renient leur foi et reviennent à la charia ». A contrario, nous pouvons en déduire que tout alaouite refusant de se plier à ces injonctions a donc vocation à être exterminé. Voir Georges Malbrunot, « Syrie : al-Qaida cherche à apparaître comme une organisation présentable », LeFigaro.fr, 29 mai 2015,
http://www.lefigaro.fr/international/2015/05/29/01003-20150529ARTFIG00326-syrie-al-qaida-cherche-a-apparaitre-comme-une-organisation-presentable.php

 

[30]. Ibidem : « Apparaissant dans un lieu qui n’a pas été révélé par la chaîne, le visage dissimulé par une écharpe noire, il a expliqué que les consignes d’Ayman al-Zawahiri, le chef d’Al-Qaïda, étaient claires. “Les instructions que nous avons sont de ne pas utiliser la Syrie comme une base pour des attentats contre l’Occident ou l’Europe, pour ne pas salir la guerre actuelle”. »

 

[31]. Pour prendre toute la mesure du caractère orwellien de cette mise en examen, voir notamment Tristan Quinault Maupoil, « Contre Philippot, Hidalgo loue un PSG qatari féministe et “gay friendly” », LeFigaro.fr, 4 juin 2015, http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2015/06/04/25002-20150604ARTFIG00157-contre-philippot-hidalgo-loue-un-psg-qatari-feministe-et-gay-friendly.php

 

[32]. Cette affaire de la mise en examen de Florian Philippot demandée par le Qatar, qui s’appuie sur des avocats proches d’un ancien et de l’actuel Président de la République, met gravement en péril la liberté d’expression – et plus spécifiquement la liberté de la presse. En effet, à l’avenir, il est possible que les journalistes français n’osent plus critiquer le Qatar ou l’Arabie saoudite pour leur soutien actif (et abondamment documenté) du jihadisme à travers le monde.

 

[33]. « La vente de Rafales au Qatar, coup dur pour Air France », LeMonde.fr, 4 mai 2015,
http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/05/04/la-vente-de-rafale-profite-a-qatar-airways_4626755_3234.html  ; « France-Arabie saoudite : 20 projets à l’étude et des milliards d’euros à la clé », LePoint.fr (AFP), 5 mai 2015,
http://mobile.lepoint.fr/monde/france-arabie-saoudite-20-projets-a-l-etude-et-des-milliards-d-euros-a-la-cle-05-05-2015-1926359_24.php  ; Christophe Ayad, « La France, meilleure alliée de l’Arabie saoudite, au Liban comme en Syrie », LeMonde.fr, 28 décembre 2013,
http://www.lemonde.fr/international/article/2013/12/28/la-france-meilleure-alliee-de-l-arabie-saoudite-au-liban-comme-en-syrie_4340996_3210.html  ; Eric Leser, « Comment le Qatar a acheté la France (et s’est payé sa classe politique) », Slate.fr, 6 juin 2011,http://www.slate.fr/story/39077/qatar-france (etc.).

 

[34]. Paul Sperry, « Inside the Saudi 9/11 coverup », New York Post (NYPost.com), 15 décembre 2013, http://nypost.com/2013/12/15/inside-the-saudi-911-coverup/  : « Les Saoudiens nient toute implication dans le 11-Septembre. Cependant, comme elle l’affirme dans un mémo, la CIA aurait trouvé des “preuves irréfutables” que des responsables du gouvernement saoudien – pas seulement de riches extrémistes [wahhabites], mais des diplomates de haut rang et des officiers des services secrets employés par le royaume –, ont aidé les pirates de l’air à la fois sur le plan financier et logistique. Cités dans le rapport [de la commission Graham-Kerrey,] les dossiers des services de renseignement [des États-Unis] impliquent directement l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington et le consulat [saoudien] à Los Angeles dans les attaques du 11-Septembre – cet événement n’étant alors plus un attentat terroriste, mais un acte de guerre » ; « Syrie : le Qatar aurait dépensé 3 milliards de dollars pour armer les rebelles », LaTribune.fr, 17 mai 2013,
http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130517trib000765147/syrie-le-qatar-aurait-depense-3-milliards-de-dollars-pour-armer-les-rebelles.html (etc.)

 

[

35]. « Boko Haram, la secte djihadiste préférée des monarchies du Golfe », entretien avec Alain Chouet par Régis Soubrouillard, Marianne.net, 20 mai 2014, http://www.marianne.net/Boko-Haram-la-secte-djihadiste-preferee-des-monarchies-du-Golfe_a238916.html  ; Marc de Miramon, « Alain Chouet : “L’émirat récolte ce qu’il a semé” au Nord-Mali », Humanite.fr, 28 janvier 2013, http://www.humanite.fr/alain-chouet-lemirat-recolte-ce-quil-seme-au-nord-mali

 

[36]. Luc Mathieu, « Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas », Liberation.fr, 14 mai 2015,
http://www.liberation.fr/monde/2015/05/14/l-armee-de-la-conquete-sur-le-chemin-de-damas_1309597 : « Comment expliquer ces succès ? Avant tout par le rapprochement de l’Arabie Saoudite avec la Turquie et le Qatar, deux des principaux soutiens de la rébellion syrienne. Ce changement de politique a été décidé par le nouveau roi saoudien Salmane, au pouvoir depuis janvier, qui a fait de la lutte contre l’Iran, allié de Bachar al-Assad, son premier objectif (…). Jusque-là, l’Arabie Saoudite refusait d’aider les rebelles syriens proches des Frères musulmans. Cette nouvelle coopération s’est traduite par un soutien logistique à la coalition rebelle. “Ahrar al-Sham a reçu d’importantes livraisons d’armes via la Turquie en prévision de la bataille d’Idlib. Ils les ont ensuite redistribuées aux autres groupes”, explique un expert occidental. »

 

[37]. « Jean-Michel Quatrepoint : “Un super État islamique aux portes de l’Europe est possible” », LeFigaro.fr,
http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/06/09/31002-20150609ARTFIG00342-jean-michel-quatrepoint-un-super-etat-islamique-aux-portes-de-l-europe-est-possible.php  : « L’affaiblissement du régime [de Bachar el-Assad] ne renforce pas les opposants dits démocratiques, qui ne représentent pas grand-chose, mais bien la seule force offensive de la région qu’est Daech. »

 

[38]. Nafeez Ahmed, « Comment les rebelles islamistes aident Israël à s’emparer du pétrole syrien », MiddleEastEye.net, 28 janvier 2015,
http://www.middleeasteye.net/node/31608#.dpuf

 

[39]. Malik Berkati, « Richard Labévière et “l’orwellisation en cours de la presse française” », Atelier.Rfi.fr, 25 août 2008,
http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/1189413 :BlogPost:30737

 

[40]. Au moment où je finalisais cette analyse, j’ai eu la surprise de lire un article saisissant d’Edwy Plenel, intitulé « Le putsch de l’État profond » (Mediapart.fr, 21 juin 2015,
http://www.mediapart.fr/journal/france/210615/le-putsch-de-l-etat-profond). Je vous en conseille vivement la lecture, et j’en cite un extrait pertinent : « Cet épisode n’est pas une anecdote. Il illustre la dérive politique de gouvernants s’éloignant des rivages de la démocratie la plus élémentaire. Faibles et fragiles, ils sont incapables de tenir à distance les tentations autoritaires venues de l’État profond, ce petit monde de gradés et de diplômés, de sachants et d’experts, qui se croit propriétaire d’un intérêt national dont le pire ennemi serait la délibération parlementaire, l’information transparente et le pluralisme partisan » (accentuation ajoutée).

 

[41]. Peter Dale Scott, L’État profond américain : la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015), p.28.

 

[42]. Jacques Follorou, « La France, précieux partenaire de l’espionnage de la NSA », LeMonde.fr, 29 novembre 2013,
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/11/29/la-france-precieux-partenaire-de-l-espionnage-de-la-nsa_3522653_651865.html : « Ces documents internes à la NSA ou au GCHQ [britannique] attestent que les décisions inhérentes à la création de ce versement dans un vaste pot commun de données privées et publiques françaises se sont prises, en grande partie, au niveau des directeurs des services secrets techniques de ces pays. Ils posent la question du pouvoir et de la place prise par les techniciens du renseignement qui ont pu, à certains égards, s’affranchir de leur tutelle politique et des lois protégeant les libertés » ; Antoine Lefébure, « Une loi de renseignement sous influence », LeMonde.fr, 6 mai 2015,
http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/06/une-loi-de-renseignement-sous-influence_4628739_3232.html

 

[43]. Peter Dale Scott, L’État profond américain : la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015), p.28.

 

[44]. Gaël Lombart, « Renseignement : le PNCD, ce service secret que la loi légaliserait », LeParisien.fr, 20 avril 2015,
http://www.leparisien.fr/high-tech/renseignement-le-pncd-ce-service-secret-que-la-loi-legaliserait-20-04-2015-4709025.php  : « François Hollande et Jean-Yves Le Drian ont admis ces derniers jours l’existence depuis 1999 d’un service chargé de déchiffrer les messages codés. Il sera désormais encadré par la loi sur le renseignement, mais les contours de ce contrôle sont flous. » ; ce dispositif est déjà utilisé par la NSA, comme l’a démontré le journal Le Monde. Voir Jacques Follorou, « La France, précieux partenaire de l’espionnage de la NSA », LeMonde.fr, 29 novembre 2013, http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/11/29/la-france-precieux-partenaire-de-l-espionnage-de-la-nsa_3522653_651865.html ; Voir également Antoine Lefébure, « La loi renseignement va mettre la France sous la coupe des Américains », Slate.fr, 10 juin 2015,
http://www.slate.fr/story/102539/loi-renseignement-france-coupe-americains  : « La loi que vient d’adopter le Sénat est censée régulariser une “zone grise”. En France, la DGSE espionne, avec une intensité que peu de gens connaissent et la complicité active de responsables non identifiés des opérateurs télécoms, les communications nationales et internationales. Selon le gouvernement français, il s’agit d’activités internes aux services, dont il n’a pas à connaître le détail. (…) Mais la loi sur le renseignement ne peut pas simplement être considérée comme une mise sous tutelle des États-Unis. C’est aussi l’occasion pour notre pays de financer et de réaliser des outils nationaux d’interception et de sécurité qui représentent un marché énorme, vu qu’Internet est devenu un outil à la sécurité déplorable suite aux activités délictueuses de la NSA et de ses partenaires, avec les risques déjà évoqués. (…) Voilà le risque mécanique que la loi sur le renseignement rend possible : surveillance accrue de la population et croissance préoccupante des industries de la surveillance, le tout dans une dépendance stratégique face à l’allié américain. »

 

À noter que le journaliste Jean-Marc Manach a remis en cause ces révélations du Monde concernant la surveillance de masse de la DGSE, essayant de discréditer Jacques Follorou. Or, comme je l’ai écrit à Monsieur Manach sur Facebook le 18 juin 2015, « Jacques Follorou et Antoine Lefébure expliquent – en se basant notamment sur des documents internes de la NSA –, que les responsables politiques français (et mondiaux) ignorent dans leur grande majorité les activités/liens de leurs propres services de renseignement avec la NSA (voir par exemple : http://www.slate.fr/story/102539/loi-renseignement-france-coupe-americains). Vous êtes donc très bien informé ! » En date du 23 juin 2015, Jean-Marc Manach n’a pas répondu à ce commentaire.

 

[45]. Antoine Lefébure, « La loi renseignement va mettre la France sous la coupe des Américains », Slate.fr, 10 juin 2015,
http://www.slate.fr/story/102539/loi-renseignement-france-coupe-americains

 

[46]. Le terme « omnipuissante » pour décrire la NSA doit être nuancé. En selon, selon DeDefensa.org, « Edward Snowden existe toujours et continue à distiller des tranches de son fond-NSA. Il commente ainsi sa dernière livraison en date de documents par cette observation qui résume la situation de la NSA autant que sa “philosophie” : “Le problème est que quand vous collationnez toutes les communications, que vous surveillez tout les êtres qui communiquent, vous n’y comprenez plus rien.”… » (« La NSA comme le JSF : la stratégie de l’écrevisse catastrophique », DeDefensa.org, 1er juin 2015, http://www.dedefensa.org/article-la_nsa_comme_le_jsf_la_strat_gie_de_l_crevisse_catastrophique_01_06_2015.html [accentuation ajoutée]).

 

[47]. Antoine Lefébure, « La loi renseignement va mettre la France sous la coupe des Américains », Slate.fr, 10 juin 2015,
http://www.slate.fr/story/102539/loi-renseignement-france-coupe-americains : « Le 31 octobre 2013, sur France Inter, Jean-Jacques Urvoas, député concepteur de la loi française sur le renseignement, se lance soudain dans une déclaration spontanée, répondant à une question qui ne lui est pas posée. Le signe d’une préoccupation, de la volonté de vouloir faire passer un message à un interlocuteur dont il ne dira rien : “Ce qui serait scandaleux, c’est que nous fournissions, nous Français, des éléments aux Américains portant sur des Français ! Cela serait inadmissible !” Et le journaliste de France Inter de demander : “Et cela n’a pas été le cas ?” “Je ne peux pas vous le dire, je ne sais pas. Je vous le dirais avec plaisir si j’en avais la certitude, mais je n’ai pas les éléments pour le dire aujourd’hui ; mais je ne le crois pas, ce n’est pas la culture de la DGSE.” Dans la bouche d’Urvoas, cette phrase sonne comme un avertissement à ceux qui, à l’intérieur des services secrets, succombent aux charmes des étonnantes capacités techniques des Américains et à leurs moyens financiers illimités » (accentuation ajoutée).

 

[48]. Ibidem.

[49]. Peter Dale Scott, L’État profond américain : la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015), p.249 : « Le professeur suédois Ola Tunander (…) appela ce second gouvernement un “État profond”. Reprenant cette observation en 2007 et l’année suivante, je l’ai moi-même défini de façon quelque peu restrictive, en tant que “cercle (…) de pouvoir vertical” fermé et démocratiquement non représentatif ; je l’ai également décrit comme étant une “puissante coalition” parallèle, principalement composée d’agences clandestines – telles que la CIA – qui “répondent (…) au[x volontés du] supramonde mais qui ont peu, voire aucun enracinement populaire”. Comme je l’ai souligné précédemment, j’utilise aujourd’hui l’expression “État profond” pour décrire ce plus vaste agglomérat de pouvoirs extralégaux au sein et en dehors du gouvernement (…). Ce système n’inclut pas seulement les agences secrètes telles que le FBI, mais aussi leurs alliés médiatiques et d’autres éléments qui leur sont associés, aussi bien dans le supramonde opulent que dans le crime organisé. En résumé, l’“État profond” que je décris (…) correspond en quelque sorte au “système politique profond” que j’ai défini en 1993. »

 

[50]. « L’impact de la crise russe sur l’économie européenne plus fort qu’attendu », enquête réalisée par LENA, alliance de sept quotidiens, Die Welt, El Pais, La Repubblica, Le Soir, Tages-Anzeiger, La Tribune de Genève et Le Figaro, LeFigaro.fr, 19 juin 2015,
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/06/19/20002-20150619ARTFIG00035-l-impact-de-la-crise-russe-sur-l-economie-europeenne-plus-fort-qu-attendu.php ?redirect_premium : « Selon une étude de l’institut autrichien de recherches économiques Wifo, plus de 2 millions d’emplois et environ 100 milliards d’euros de richesses produites sont menacés, dans le pire de ses scénarios. »

 

[51]. Philippe Migault, « Russie-France : Sortir de l’hypocrisie, du double standard et des incohérences », Fr.SputnikNews.com, 7 mai 2015,
http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150507/1015984439.html : « Le Président (…) François Hollande, après une escale au Qatar, où il a signé un contrat portant sur la vente de 24 (…) Rafale, est reçu en Arabie Saoudite, invité de surcroît par le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), “geste sans précédent pour un dirigeant occidental depuis la création de cette instance en 1981” selon Le Figaro. Parallèlement un article du même quotidien assure que l’option de couler en haute mer les [Mistral] destinés à la Russie aurait été envisagée comme porte de sortie par les autorités françaises, ne sachant que faire des navires (…). Le décalage est tellement énorme que l’on a peine à y croire. (…) Se réjouir de la vente des Rafale d’une part et de l’autre couler, en haute mer, deux joyaux de la technologie militaire française flambants neufs, semble parfaitement inenvisageable tant le geste serait symboliquement désastreux, à moult titres. »

 

[52]. Milad Jokar, « Rapport Sénat : “La France grande perdante des sanctions contre l’Iran” », 15 septembre 2014,
http://www.huffingtonpost.fr/milad-jokar/rapport-senat-france-perdante-sanctions-iran_b_5819094.html  : « [L]a délégation française parle d’une forme particulière de violence qui s’apparente à une sorte de “kidnapping économique”. Elle exprime sa vive désapprobation face aux sanctions extraterritoriales imposées par le droit américain (…) La délégation a relevé que “la France témoigne d’une application stricte, voire zélée, des différents régimes de sanctions”. La stratégie française surprend de nombreux responsables iraniens qui voient d’autres pays défendre “plus directement leurs intérêts économiques” alors que “les Français semblent attendre la permission de revenir”. La délégation française indique dans son rapport que “le jusqu’au-boutisme de la France est destructeur d’un point de vue économique et, surtout, contraste avec les stratégies de nos concurrents” » (accentuation ajoutée).

 

[53]. « L’impact de la crise russe sur l’économie européenne plus fort qu’attendu », LENA, LeFigaro.fr, 19 juin 2015,
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/06/19/20002-20150619ARTFIG00035-l-impact-de-la-crise-russe-sur-l-economie-europeenne-plus-fort-qu-attendu.php ?redirect_premium ; « Face aux critiques occidentales, la Bulgarie gèle la construction du gazoduc South Stream », LeMonde.fr (avec AFP), 08 juin 2014, http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/06/08/face-aux-critiques-occidentales-la-bulgarie-gele-la-construction-du-gazoduc-south-stream_4434332_3214.html  : « Le sénateur républicain John McCain a déclaré dimanche que les États-Unis soutenaient “les efforts du gouvernement bulgare pour chercher, avec une haute priorité, une indépendance énergétique de n’importe quel pays”. Mais concernant le gazoduc South Stream, il a souhaité que le projet soit réalisé par “des organisations indépendantes de la Russie”. »

 

[54]. « La chancelière est-elle une bonne “rente” pour la CIA ? »,DeDefensa.org, 2 mai 2015,
http://www.dedefensa.org/article-la_chanceli_re_est-elle_une_bonne_rente_pour_la_cia__02_05_2015.html

 

[55]. Ibidem. J’ai traduit cette citation intéressante de M. Alexander Mercouris, qui était reproduite en version originale dans cet article de DeDefensa.org : « L’un des aspects les plus intéressants des pourparlers de Moscou est qu’ils se déroulèrent principalement sans adjoints ou hauts responsables, c’est-à-dire que Poutine, Hollande et Merkel étaient seuls avec des interprètes et des sténographes. (…) Il y eut un extraordinaire degré de confidentialité autour de cette rencontre, et il semblerait que Merkel et Hollande étaient anxieux d’empêcher toute fuite d’information » (accentuation ajoutée).

 

[56]. Philip Weiss, « Obama told friends he reneged on progressive promises out of fear of assassination — former CIA analyst », Mondoweiss.net, 3 juin 2013, http://mondoweiss.net/2013/06/reneged-progressive-promises

 

[57]. James W. Douglass, JFK et l’Indicible : pourquoi Kennedy a été assassiné… (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015).

 

[58]. Jacques Follorou, « Loi sur le renseignement : “Le député lambda ne dispose d’aucune source” », entretien avec le député Sergio Coronado, LeMonde.fr, 15 avril 2015,
http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/04/15/loi-sur-le-renseignement-le-depute-lambda-ne-dispose-d-aucune-source_4616574_3224.html

 

[59]. Quadrature du Net, « Loi Renseignement : Waterloo des libertés à la Commission Mixte Paritaire ! », LaQuadrature.net, 18 juin 2015,
https://www.laquadrature.net/fr/loi-renseignement-waterloo-des-libertes-a-la-commission-mixte-paritaire

 

[60]. Yves Thréard, « Pierre-Olivier Sur : “Ce projet de loi est un mensonge d’État” », entretien avec Maître Pierre-Olivier Sur, LeFigaro.fr, 3 mai 2015,
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/05/03/01016-20150503ARTFIG00109-pierre-olivier-sur-ce-projet-de-loi-est-un-mensonge-d-etat.php

 

[61]. Pierre-Olivier Sur, « Projet de loi sur le renseignement, opacité et danger pour les libertés ? », GlobalSecurityMag.fr, mars 2015,
https://www.globalsecuritymag.fr/Pierre-Olivier-Sur-batonnier-de,20150319,51654.html

 

[62]. Éric Decouty, « Affaire Sarkozy : l’hypocrite indignation du bâtonnier de Paris », Liberation.fr, 2 juillet 2014,
http://www.liberation.fr/societe/2014/07/02/affaire-sarkozy-l-hypocrite-indignation-du-batonnier-de-paris_1055624 ; en tant que bâtonnier du barreau de Paris, il est possible que Maître Sur eût défendu de bonne foi sa corporation et le principe du secret professionnel, l’avocat de Nicolas Sarkozy ayant été placé sous écoute par les autorités judiciaires.

 

[63]. « L’étrange aveu de Christiane Taubira à propos de la loi sur le renseignement », LaDepeche.fr, 6 mai 2015,
http://www.ladepeche.fr/article/2015/05/06/2099920-etrange-aveu-christiane-taubira-propos-loi-renseignement.html  : « Peu après l’adoption de la très controversée loi sur le renseignement par l’Assemblée nationale, mardi 5 mai, la ministre de la Justice Christiane Taubira a avoué au micro d’Europe 1 qu’elle aurait pu manifester contre le projet de loi, si elle ne faisait pas partie du gouvernement. Mardi soir, la garde des Sceaux a émis de sérieux doutes sur le texte, estimant d’ailleurs qu’il pouvait encore “évoluer”. “Il y a forcément des risques parce que les techniques et les technologies sont très puissantes”, a déclaré Christiane Taubira sur Europe 1. »

 

[64]. Hugo Natowicz, « La guerre inconnue », Fr.SputnikNews.com, 7 octobre 2011,
http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20111007/191379375.html  : « Peu avant sa mort, l’ancien président français François Mitterrand s’est livré à une confession au caractère inhabituel, troublant. Au milieu des entretiens publiés dans le livre de Georges-Marc Benhamou Le dernier Mitterrand, l’ex-chef de l’Etat glissait : “La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort” » (accentuation ajoutée)

 

.

[65]. Benjamin Dormann, « Washington sur Seine ? Ces ministres de François Hollande qui ont été formés par les Américains », Atlantico.fr, 22 mai 2012,http://www.atlantico.fr/decryptage/gouvernement-hollande-formation-plus-atlantiste-qu-on-pourrait-croire-benjamin-dormann-366638.html  ; tribune libre de Jean-Philippe Immarigeon, « Rendez-moi Montaigne et Guy Mollet ! », Theatrum-Belli.org, 3 juillet 2013, http://theatrum-belli.org/libres-propos-rendez-moi-montaigne-et-guy-mollet-par-jean-philippe-immarigeon/ : « On commence à connaître [la French American Foundation,] cette officine créée en 1976, et je conseille la lecture de son site tant ses objectifs y sont clairement exposés : faire de l’entrisme dans les institutions françaises, et convaincre nos prétendues élites de l’intérêt de servir les intérêts américains. (…) [D]ans le contingent américain des Young Leaders de la promotion 2013, notre futur détenteur de secrets nucléaires [– le capitaine de frégate Philippe Naudet –,] côtoiera Madame Anne Neuberger, conseillère spéciale du patron de la NSA » (accentuation ajoutée) ; (etc.)

 

[66]. Éric Denécé et Leslie Varenne, « Racket américain et démission d’État. Le dessous des cartes du rachat d’Alstom par General Electric », CF2R.fr, 22 décembre 2014, pp.10-14,
http://www.cf2r.org/images/stories/RR/rr13.pdf  : « Depuis la fin de la Guerre froide, les États-Unis d’Amérique ont développé une redoutable stratégie afin d’assurer leur suprématie économique. Elle se fonde principalement sur les pressions politiques et les contraintes juridiques qu’ils imposent à leurs rivaux. » (etc.)

 

[67]. Antoine Lefébure, « Une loi de renseignement sous influence », LeMonde.fr, 6 mai 2015,
http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/06/une-loi-de-renseignement-sous-influence_4628739_3232.html

 

[68]. Peter Dale Scott, « Le réseau gouvernemental occulte liant l’assassinat de JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre », (article renommé « L’État profond états-unien » par le site où il a été publié), VoltaireNet.org, 7 mai 2015,
http://www.voltairenet.org/article187500.html

 

[69]. Antoine Lefébure, « La loi renseignement va mettre la France sous la coupe des Américains », Slate.fr, 10 juin 2015,
http://www.slate.fr/story/102539/loi-renseignement-france-coupe-americains (accentuation ajoutée).

 

[70]. Antoine Lefébure, « Une loi de renseignement sous influence », LeMonde.fr, 6 mai 2015,
http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/05/06/une-loi-de-renseignement-sous-influence_4628739_3232.html

 

[71]. Jacques Follorou, « La France espionnée avec ses propres moyens », LeMonde.fr, 30 mai 2015,
http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/05/30/la-france-espionnee-avec-ses-propres-moyens_4643986_3214.html

 

[72]. Yves Cornu, « Le déclin américain est incontestable mais lent », entretien avec Jean-Pierre Chevènement, Le Point, 26 juin 2014,
http://www.chevenement.fr/Le-declin-americain-est-incontestable-mais-lent_a1647.html

 

[73]. Jacques Follorou, « La France, précieux partenaire de l’espionnage de la NSA », 29 novembre 2013,
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/11/29/la-france-precieux-partenaire-de-l-espionnage-de-la-nsa_3522653_651865.html

 

[74]. « François Hollande veut accélérer les négociations commerciales avec les États-Unis », Euractiv.fr (avec Reuters), 12 février 2014,
http://www.euractiv.fr/commerce/la-france-et-les-etats-unis-veul-news-533450 : « À l’occasion d’une visite officielle aux États-Unis, le président François Hollande a plaidé pour une accélération des négociations de l’accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis. En France, le partenariat fait débat. »

 

[75]. Coralie Delaume, « Tafta : “Les multinationales américaines auront l’avantage du dollar” », Marianne.net, 10 Avril 2015,
http://www.marianne.net/agora-tafta-les-multinationales-americaines-auront-avantage-du-dollar-100232633.html  : « Sur son blog “L’Arène nue”, Coralie Delaume interroge les économistes Frédéric Farah et Thomas Porcher, auteurs de Tafta : l’accord du plus fort (…). Ils reviennent sur l’avancement des négociations dont “un nouveau cycle est attendu pour le 20 avril à Washington”. Et ils évoquent “l’avantage énorme” dont jouiront les entreprises des États-Unis avec le dollar : “Les Européens ayant tant sacrifié sur l’autel monétaire vont aller chercher la flexibilité perdue sur le marché des changes sur celui du travail, dont il s’agira d’accroître la flexibilité.” »

 

[76]. Alexandre Devecchio, « Vente d’Alstom : le dessous des cartes », entretien avec Jean-Michel Quatrepoint, LeFigaro.fr, 7 janvier 2015,
http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/01/05/31007-20150105ARTFIG00339-vente-d-alstom-les-dessous-des-cartes-par-jean-michel-quatrepoint.php  : « Pour Jean-Michel Quatrepoint, la vente d’Alstom est un “scandale d’État”. Le journaliste et économiste révèle que le gouvernement a délibérément confié à un groupe américain l’avenir de l’ensemble de notre filière nucléaire »

 

[77]. Éric Denécé et Leslie Varenne, « Racket américain et démission d’État. Le dessous des cartes du rachat d’Alstom par General Electric », CF2R.fr, 22 décembre 2014, pp.27,
http://www.cf2r.org/images/stories/RR/rr13.pdf  : « En matière de surveillance de l’espace, nous cédons également la filiale d’Alstom Satellite Tracking Systems, qui fournit nos armées et qui contribue à l’efficacité de notre dissuasion nucléaire par la surveillance constante de l’activité et de la position des satellites alliés ou adverses. »

 

[78]. Ibidem, p.30 : « L’État a bien négocié une Golden Share, c’est-à-dire un droit de véto, mais elle ne sert à rien ! » ; Alexandre Devecchio, « Vente d’Alstom : le dessous des cartes », entretien avec Jean-Michel Quatrepoint, LeFigaro.fr, 7 janvier 2015,
http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/01/05/31007-20150105ARTFIG00339-vente-d-alstom-les-dessous-des-cartes-par-jean-michel-quatrepoint.php  : « Au début des négociations avec GE, celui-ci n’était intéressé que par les turbines à vapeur et notamment à gaz. Dans l’accord du mois d’avril dernier, cette activité était vendue à 100 %, mais trois filiales 50-50 étaient créées. (…) À l’époque, les autorités françaises, par la voix d’Arnaud Montebourg, avaient garanti que ce secteur nucléaire resterait sous contrôle français. Le vibrionnant ministre français est parti et les promesses, c’est bien connu, n’engagent que ceux qui veulent [y] croire. Non seulement le 50-50 est devenu 50 plus une voix pour General Electric, mais le groupe américain détiendra 80 % pour la partie nucléaire. C’est[-à-]dire que la production et la maintenance des turbines Arabelle pour les centrales nucléaires sera contrôlée par GE. »

 

[79]. « Les syndicats accusent l’État d’abandonner GDF », LeFigaro.fr (avec AFP), 3 juillet 2014,
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/07/03/97002-20140703FILWWW00395-les-syndicats-accusent-l-etat-d-abandonner-gdf.php ; « Cession d’actions GDF : le Conseil d’État saisi par la CGT et la CFE-CGC », Challenges.fr, 27 octobre 2014, http://www.challenges.fr/entreprise/20141027.CHA9474/cession-d-actions-gdf-le-conseil-d-etat-saisi-par-la-cgt-et-la-cfe-cgc.html

[80]. Franck DeCloquement et Antoine Dreyfus, 16 avril 2015, « Comment les États-Unis ont discrètement pillé et déstructuré Alcatel », Atlantico.fr, http://www.atlantico.fr/decryptage/comment-etats-unis-ont-discretement-pille-et-destructure-alcatel-franck-decloquement-antoine-dreyfus-2095848.html  : « La fusion annoncée Alcatel-Lucent avec Nokia ne risque pas d’aboutir à un géant “européen” des télécommunications. L’entreprise est en effet quasi américaine, depuis qu’elle a été contrainte dés 2006, pour pouvoir fusionner avec son concurrent nord-américain “Lucent”, d’ouvrir toutes grandes ses portes à la puissante NSA. Autrement dit, les grandes oreilles inquisitrices des États-Unis en matière d’interception planétaire des télécommunications. Chronique d’un pillage en règle d’un fleuron de la technologie, et d’une industrie française. »

 

[81]. Jean Guisnel, « L’impossible embargo sur les Mistral vendus à la Russie », LePoint.fr, 18 mars 2014,http://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/l-impossible-embargo-sur-les-mistral-vendus-a-la-russie-18-03-2014-1802736_53.php : « On ne fait pas du commerce avec de grands sentiments. Vendus 1,2 milliard d’euros par la France, le Vladivostok et le Sébastopol seront livrés » (accentuation ajoutée). À cette époque, Jean Guisnel pensait – à tort – que les Mistral allaient être livrés à la Russie et que le gouvernement français se limiterait à quelques « marques diplomatiques de mauvaise humeur ». Le temps lui a donné tort et, au vu de l’expertise de ce journaliste, il s’agit d’un indicateur préoccupant des allégeances réelles (et profondes) de notre gouvernement – en particulier au Quai d’Orsay.

 

[82]. Milad Jokar, « Rapport Sénat : “La France grande perdante des sanctions contre l’Iran” », 15 septembre 2014,
http://www.huffingtonpost.fr/milad-jokar/rapport-senat-france-perdante-sanctions-iran_b_5819094.html : « Un récent rapport de la délégation de la commission des finances du Sénat montre que la France est la “grande perdante des sanctions contre l’Iran” (…) Le rapport continue en expliquant que les échanges commerciaux de la France avec l’Iran sont passés de 4 milliards d’euros en 2004 à 500 millions d’euros en 2013 avec une chute nette des exportations à partir des sanctions mises en place en 2012 puisqu’elles “se sont brutalement contractées de 52% entre 2011 et 2012, puis de 38% entre 2012 et 2013, les ventes iraniennes vers la France diminuant respectivement de 90% puis 64%” (…) [L]a délégation française parle d’une forme particulière de violence qui s’apparente à une sorte de “kidnapping économique”. Elle exprime sa vive désapprobation face aux sanctions extraterritoriales imposées par le droit américain (…) La délégation a relevé que “la France témoigne d’une application stricte, voire zélée, des différents régimes de sanctions”. »

 

[83]. Benjamin Dormann, « Washington sur Seine ? Ces ministres de François Hollande qui ont été formés par les Américains », Atlantico.fr, 22 mai 2012, http://www.atlantico.fr/decryptage/gouvernement-hollande-formation-plus-atlantiste-qu-on-pourrait-croire-benjamin-dormann-366638.html  : « Exit Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Jeannette Bougrab… Place à François Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Aquilino Morelle (plume du Président), etc. “Enfin des têtes nouvelles !” entend-t-on ici ou là. Nouvelles ? Tout est relatif, quand on sait décrypter la liste ci-dessus : en fait, tous ces “Young Leaders” de l’UMP ont laissé la place à des “Young Leaders” du Parti socialiste. Car François Hollande et Pierre Moscovici depuis 1996, Marisol Touraine et Aquilino Morelle depuis 1998, Arnaud Montebourg depuis 2000 et Najat Vallaud-Belkacem depuis 2006, sont tous des “Young Leaders”. Tous ont été minutieusement sélectionnés et “formés” par ce très élitiste réseau franco-américain, inconnu du grand public, sponsorisé entre autres par la banque Lazard. En d’autres termes, ils ont tous postulé et se sont fait parrainer pour être admis à suivre ce programme phare mis en place par la FAF, la French American Fondation. La FAF est elle-même un organisme à cheval sur Paris et New-York, créée en 1976 conjointement par les présidents Ford et Giscard d’Estaing. A noter qu’entre 1997 et 2001, John Negroponte présida la FAF, avant de devenir entre 2005 et 2007, sous Georges Bush, le premier directeur coordonnant tous les services secrets américains (DNI), dirigeant l’US States Intelligence Community (qui regroupe une quinzaine de membres, dont le FBI et la CIA) » (accentuation ajoutée).

 

[84]. Ibidem.

[85]. Antoine Lefébure, « La loi renseignement va mettre la France sous la coupe des Américains », Slate.fr, 10 juin 2015,
http://www.slate.fr/story/102539/loi-renseignement-france-coupe-americains  : « Comme nous sommes en démocratie et que nous pouvons encore essayer de comprendre, je m’étais rendu, le 22 mai 2014, au débat “Numérique, renseignement et vie privée : de nouveaux défis pour le droit”, organisé par le Sénat. Après une série d’interventions intéressantes, j’ai posé une question au préfet Zabulon, qui n’est autre que le coordinateur des services de renseignement à l’Elysée : “M. Zabulon, si dans quelques semaines la publication de documents Snowden révélait que la DGSE avait, en 2012, réalisé des écoutes pouvant être qualifiées de criminelles au sens du droit national et international, que feriez-vous ? Que diriez-vous au président de la République s’il vous demandait si cette activité continuait aujourd’hui ?” S’en est suivi un lourd silence, le complexe militaro-industriel français étant manifestement surreprésenté dans l’assistance. Si Alain Zabulon avait répondu que ce type d’activités n’avait plus lieu, nous aurions été rassurés. Il n’en a rien fait. Deux hypothèses : ou bien il ne sait rien de précis sur ce sujet, qui est le secret du secret, ou bien tout continue sur le principe du “pas vu pas pris”, un état de fait qu’il ne peut pas reconnaître publiquement. C’est pourquoi il s’est contenté d’une déclaration de politique générale et d’un ferme démenti de toute politique d’interceptions massives. Je me suis rappelé le mot de ce journaliste anglais, Claud Cockburn, qui disait qu’il ne fallait jamais croire à quelque chose avant que ce n’ait été officiellement démenti par les autorités… » (accentuation ajoutée). 

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Bac S : le « fiasco » de la physique-chimie

30 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Economie, #Ecole, #La nation ., #La République, #La France, #Europe supranationale, #AMERIQUE, #Services publics

Bac S : le « fiasco » de la physique-chimie

 
 

Plus de 170 000 candidats sont concernés par cette épreuve.
Plus de 170 000 candidats sont concernés par cette épreuve. © Davis Ademas/Ouest-France

L'union des professeurs de physique-chimie a écrit au ministère pour dénoncer la « modification des barèmes ». Selon le syndicat, « les premières copies étaient catastrophiques ».

« Allons-y, filons des points à tout le monde ! » Les enseignants de physique-chimie, chargés de la correction de l'épreuve du bac S, qui s'est tenu mardi 12 juin, sont très remontés contre le ministère de l'Éducation nationale. En cause : la nature des exercices retenus pour évaluer plus de 170 000 candidats.

Tout est parti de l'académie de Rennes, quand plusieurs correcteurs ont fait remonter des copies tests catastrophiques. « Il y avait moins de 8 de moyenne », explique un correcteur, agrégé de physique. Pas terrible, surtout pour une académie réputée bonne élève.

« Au ministère, ils se sont dit qu'il y avait un problème. » Résultat : un nouveau barème a été adressé aux correcteurs. « C'est hallucinant : on nous a suggéré de surévaluer, dans chaque exercice, la capacité d'un élève à recopier des documents donnés ou des réponses à des questions de niveau seconde », tempête le correcteur breton.

11,5 points « donnés »

Un exercice traitait par exemple du record de chute libre de l'Autrichien Félix Baumgartner. L'énoncé précisait qu'il avait utilisé « la poussée d'Archimède ». Quelle est la force responsable de l'ascension du ballon ? interrogeait pourtant la première question. Facile. « Eh bien cette réponse a été réévaluée : de 0,5 point, elle est passée à 1 point », s'insurge le correcteur.

Des exercices étaient quasiment impossibles à traiter. Comme celui qui demandait le nombre d'étages dévalés par Félix Baumgartner durant sa chute. « Sauf que la longueur d'un étage n'a pas été précisée. Il y a plein de candidats qui ont cherché l'étalon, en vain, dans l'énoncé. » Même difficulté pour cet exercice sur l'acidité du coca. « Beaucoup d'élèves n'ont pas su le faire. Il était noté au départ 1,25 et, vu le fiasco, il a été abaissé à 0,75. »

« Fiasco magistral »

Le correcteur a fait son petit calcul, après le changement de barème. « J'estime que nous avons « donné » 3,5 points sur un total de 6,5 points au premier exercice, 4,75 points pour un total de 8,5 au deuxième exercice, et 3,5 points sur un total de 5 points au troisième exercice. Soit 11,5/20. »

L'Union des professeurs de physique-chimie a écrit hier au ministère pour dénoncer un « fiasco magistral » et « le pathétique artifice pour remonter les notes ». « Un fossé abyssal se creuse entre les attentes du programme et le niveau moyen des élèves sortant de terminale S. » Contacté, le ministère de l'Éducation nationale n'a pas souhaité commenter.

Vincent JARNIGON.

Lettre ouverte de l'UdPPC à l'Inspection générale concernant l'épreuve de physique-chimie au bac S (Métropole) et sa correction

Les enseignants de physique-chimie chargés de la correction de l’épreuve du baccalauréat S sont vent-debout contre la nature des exercices retenus pour évaluer plus de 170.000 candidats et la façon dont le Ministère a géré, pour la seconde année consécutive, les moyennes catastrophiques attribuées aux premières copies corrigées.

À travers leurs très nombreux messages, ils ont fait part aux Présidents académiques et au Bureau national de l'UdPPC de leur sentiment de colère. Colère contre une hiérarchie dans le déni, incapable, malgré des avertissements répétés remontant de la base depuis la mise en place du nouveau programme en série scientifique, d’estimer et de comprendre le fossé abyssal qui s’est creusé entre les attentes du programme et le niveau moyen des élèves sortant de terminale S.

Le fiasco magistral de l’épreuve du bac S de physique-chimie 2015 en métropole (deux tiers des questions de l’épreuve spécifique ont vu leur barème modifié deux jours après la remise des copies aux correcteurs !) est venu nous en fournir la triste démonstration. Certes, au prix de ce pathétique artifice pour remonter les notes, les résultats de l’épreuve seront, cette année encore, aussi satisfaisants que d’habitude et le ministère aura beau jeu de s’en gargariser devant les médias. Mais pas plus que l'Inspection générale, les professeurs n’en seront dupes.

L’instant de vérité est arrivé. Il n’est pas agréable. Après trois années de mise en œuvre de ce programme, rejeter la faute sur des enseignants qui l’auraient mal compris ne tient plus. Nous assumons notre responsabilité en adressant à l'Inspection générale une lettre de protestation et nous attendons de sa part une réponse rapide, actant sa volonté de sortir par le haut d'une crise plus profonde dont l'épreuve du baccalauréat en question n'est que le révélateur.

Le 29 juin 2015.

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Le Québec sera indépendant ou anglophone

30 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La défense de la langue française., #La France, #Comité pour une Nouvelle résistance, #La mondialisation

Le Québec sera indépendant ou anglophone

28 juin 2015

Le Québec sera indépendant ou anglophone

 

 

Les Québécois de toutes origines, francophones et francophiles, devraient-ils baisser les bras face à 400 ans de combat linguistique pour se fondre graduellement à la majorité anglaise ou désirent-ils bâtir une nation québécoise française forte afin qu’elle conserve et transmette sa langue et sa culture, caractères uniques en Amérique du Nord?

Le moyen le plus efficace de faire disparaître une langue est de rendre bilingues ses locuteurs minoritaires.  Lors de sa dernière visite au Québec, le sociolinguiste français Claude Hagège s’est insurgé contre les volontés du gouvernement libéral d’instaurer l’enseignement de l’anglais au primaire.  Hagège n’est certes pas contre l’apprentissage des langues. Il en parle huit.  Mais il sait pertinemment où mène le bilinguisme collectif d’une minorité.  Il n’est pas le seul.  Les auteurs sérieux sur le bilinguisme sont unanimes : le bilinguisme imposé est l’étape ultime vers l’assimilation.  Vous en doutez?

L’histoire des peuples foisonne d’exemples illustrant les effets mortels du bilinguisme collectif où la langue minoritaire ne se transmet plus.  Aux États-Unis, l’assimilation des deux millions de Franco-Américains illustre parfaitement les conséquences d’un bilinguisme généralisé imposé à une minorité. Le cas de nos voisins franco-ontariens bilingues est très révélateur : malgré leurs efforts héroïques, l’assimilation est installée confortablement pour la moitié d’entre eux. Malgré le rêve utopique de Pierre Elliott Trudeau, force est de constater qu’en 2015 le bilinguisme au Canada semble être l’apanage des francophones avec ses conséquences désastreuses contribuant ainsi à la disparition de la francophonie.  Après 40 ans d’écoles d’immersion, nous peinons à obtenir des services en français dans les hôtels, les commerces et autres établissements de la capitale nationale.

Vous pensez qu’au Québec la situation diffère? Sur son blogue au mois de mars 2014,  Le bilinguisme collectif, étape vers l’assimilation, le journaliste Pierre Allard analyse avec rigueur le recensement canadien de 2011.  Les régions du Pontiac, de l’Outaouais et la grande région de Montréal démontrent  un  recul du français comme langue d’usage et une croissance rapide de l’anglais.  Pendant que les francophones bilingues s’assimilent, les anglophones, eux, restent unilingues.

En Outaouais, les signes de l’assimilation des francophones sont nombreux.  À titre d’exemple, depuis au moins quatre ans, un commerçant unilingue de Gatineau sert uniquement en anglais sa clientèle qui accepte, sans sourciller, cette situation. Une des conséquences désastreuses de l’immobilisme constitutionnel,  c’est que loi 101 affaiblie et triturée, ne prévoit pas, semble-t-il, aucune infraction pour ces commerçants récidivistes.

Dans l’article « La mortalité des langues et le bilinguisme des peuples » le professeur William Mackay de l’Université Laval explique bien que le bilinguisme collectif d’une minorité mène à sa disparition, Pour Mackay, pour qu’une langue minoritaire comme le français puisse réussir à se maintenir, il faut créer d’immenses poches d’unilinguisme de cette langue.

Le déclin inexorable du français au Canada est donc un fait, même au Québec. Un nouveau seuil est atteint.  Les citoyens de langue française ne sont plus que 22,1% au Canada et, au Québec, nous sommes passés sous la barre des 80%.  Notre poids démographique s’étiole et, par le fait même, notre pouvoir politique fond comme neige au soleil, éléments essentiels pour assurer la pérennité du français en Amérique.

Apprendre plusieurs langues est un enrichissement. Mais, le bilinguisme collectif que veut imposer le gouvernement permet aux anglophones de fonctionner uniquement en anglais et oblige les francophones à fonctionner dans les deux langues pavant ainsi une voie royale à l’assimilation des francophones.  Pendant ce temps, des centaines de milliers d’unilingues anglophones et de nouveaux arrivants préférant l’anglais comme langue d’usage n’apprendront jamais le français.

Un jour, le Québec sera souverain ou anglophone.

Denise Fontaine

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Les Grecs n’ont pas à payer une dette qui n’est pas la leur

30 Juin 2015 , Rédigé par caroleone Publié dans #Europe, #Grèce

Cet article est reposté depuis coco Magnanville.

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Charles Pasqua est mort. Il était de l’Armée des ombres

30 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #La France, #La République, #La nation ., #Europe supranationale, #AMERIQUE

Charles Pasqua est mort

Il était de l’Armée des ombres

Publié le 30 juin 2015 

 

pasqua rpr seguin chirac

Charles Pasqua nous a quittés. Il a rejoint son compagnon de route Philippe Séguin, parti il y a cinq ans. Quand vous dites que vous avez été un séguiniste, vous percevez chez votre interlocuteur une certaine admiration. Quand vous dites que vous avez aussi été un compagnon de Charlie, on vous balance le SAC, Malik Oussekine et d’autres amabilités. Et pourtant, je n’ai jamais eu à rougir de ce compagnonnage. Parce qu’à l’âge où j’avais encore de la passion pour mes petites voitures Majorette, lui entrait dans la résistance. Son oncle venait d’être tué. «Un Pasqua tombe, un autre se lève». Il s’en est fallu d’un cheveu pour que l’adolescent Pasqua ne subisse le même sort que son oncle. La chance l’a préservé. Au moment où j’écris ces lignes, le journaliste Jean-Michel Aphatie twitte, satisfait de lui : « Charles Pasqua a été le serviteur zélé de la part d’ombre de la République. ». Il ne croit pas si bien dire. Pasqua fut de l’Armée des ombres. Celle de Joseph Kessel. Mais Aphatie a-t-il seulement lu Kessel ? Certainement pas. Dans le cas contraire, il ne twitterait pas avec ses pieds ce soir.

Mes premiers combats avec Pasqua datent de 1990. Philippe Séguin, dont j’étais le militant dévoué, avait choisi de s’allier avec lui pour infléchir la ligne balladuro-juppéiste que Jacques Chirac infligeait au RPR. Il y eut ensuite Maastricht. Une défaite, sur le fil. Mais une victoire morale vingt–trois ans plus tard. Au moment où Charles Pasqua nous quitte, tout ce que les deux compagnons de route de la souveraineté nationale nous avaient ditsur cette monnaie unique se réalisent. Il y a seize ans, il m’avait choisi pour être l’un de ses colistiers pour la campagne des élections européennes qui le vit terrasser Nicolas Sarkozy. Une si belle campagne. Une victoire au bout, pour une fois. Nous étions les dissidents. Face à un parti organisé. Et nous l’avons dépassé. Parce que nous croyions à ce que nous disions à nos électeurs. Des années plus tard, je crois, comme Marie-France Garaud – qui doit être bien triste en ce lundi soir- que Charles Pasqua aurait dû se rendre rue de Lille et s’asseoir dans le fauteuil de président du RPR, au lieu de créer son parti en tête à tête avec Philippe de Villiers. Il avait acquis la légitimité des urnes. Ce putsch bonapartiste serait passé comme une lettre à la Poste d’Ajaccio.

Il avait donné sa vie au Général de Gaulle, même longtemps, très longtemps après novembre 1970. Charles Pasqua n’a pas seulement été un très grand ministre, dans des moments où les attentats touchaient déjà la France au coeur. Il était avant tout un militant. «Un militant», ce mot qu’il disait lui-même avec son accent irremplaçable. Et inoubliable.

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L’euro, ou la haine de la démocratie, par Frédéric Lordon

30 Juin 2015 , Rédigé par lucien-pons Publié dans #Grèce, #Europe supranationale, #Economie, #Le grand banditisme, #Les transnationales, #La France, #La finance dérégulée, #La dette, #Terrorisme

 

Forcément, ça leur a coupé la chique. Qu’on puisse jouer la carte de la démocratie, c’est la chose qui est maintenant tellement hors de leur entendement qu’elle les laisse toujours sidérés, pantois et démunis. Vraiment, à cet instant, on aurait voulu voir leurs têtes, mâchoires décrochées comme des tiroirs de commodes fraîchement cambriolées : Sapin, Hollande, Moscovici, leurs experts organiques, leurs journalistes de propagande, tous ceux qui n’ayant que la « modernité » à la bouche se sont si constamment efforcés d’en finir avec le peuple, pénible démos, et pénible démocratie quand il lui vient à l’idée de ne pas se contenter de valider ce qui a été décidé pour elle. Mais c’est une némésis et personne n’y pourra rien : il vient toujours un moment où la politique chassée par la porte revient par la fenêtre. Plus elle a été chassée obstinément d’ailleurs, et plus ses retours sont fracassants.

Le référendum, ou le retour du refoulé

Et c’est vraiment le retour du refoulé sous tous les rapports : celui de la mauvaise conscience notamment. C’est qu’on peut difficilement porter la démocratie en bandoulière, en faire des chartes à enluminures ou des hymnes à la joie, un modèle offert au monde (éventuellement à coup de frappes aériennes), et la bafouer à ce point à domicile.

Prononcer le mot « référendum », c’est en effet immanquablement faire resurgir le spectre du Traité constitutionnel de 2005, celui de l’acharnement jusqu’à ce que ça dise oui, ou du contournement si ça persiste à dire non. Celui du putsch également, à l’image du débarquement en 2011 de Georges Papandréou, ordinaire socialiste de droite qui n’avait rien de bien méchant, mais avait fini par s’apercevoir qu’on approchait des seuils où férule macroéconomique et tyrannie politique deviennent dangereusement indistinctes, et éprouvé le besoin d’un mandat légitime en soumettant le mémorandum à son peuple… par référendum. Appliquant une doctrine en fait formée de longue date puisqu’elle est intrinsèque à l’Union monétaire même, mais dont la formulation pleinement explicite attendra 2015 et l’inénarrable Juncker – « il n’y a pas de choix démocratiques contre les Traités européens »… –, il avait suffi aux institutions européennes de quelques pressions de coulisses pour obtenir le renversement de l’imprudent, et nommer directement le banquier central Papademos premier ministre ! – c’est tellement plus simple –, qui plus est à la tête d’une coalition faisant, pour la première fois depuis les colonels, entrer au gouvernement un parti ouvertement d’extrême-droite (Laos), particularité qui n’avait pas davantage ému le journalisme d’accompagnement à l’époque (il n’a pas manqué depuis de pousser des cris de putois quand Syriza a fait alliance avec la droite souverainiste d’Anel).

C’est tout ce lourd passé, et même ce lourd passif, qui se trouve replié dans le mot « référendum », le sale petit secret de toute une construction institutionnelle qui ne se sent pas d’autre devoir vis-à-vis de la démocratie que celui du simple oblat verbal, de la célébration en mots, et en réalité n’a pas d’autre projet la concernant que d’extinction méthodique.

Comme on trouve encore des gens suffisamment acharnés pour contester que les Traités donnent à l’Europe le caractère d’une entité néolibérale, on en trouve de suffisamment bêtes pour nier qu’ils entraînent la moindre perte de souveraineté – expérience récemment faite au contact, tout à fait fortuit, d’un député socialiste dont, par charité chrétienne on ne dira pas le nom. Comme la chose est inhérente aux traités mêmes dont, rappelons-le, la caractéristique première tient au fait (monstrueux) d’avoir constitutionnalisé des contenus substantiels de politique économique, comme la chose est inhérente aux traités, donc, et qu’ils ne l’ont pas vue, ils ne doivent pas avoir davantage connaissance de la manière dont se déroulent les négociations depuis 2011, et particulièrement celles de ces dernières semaines. Car la Troïka ne se contente pas d’imposer un cadrage macroéconomique délirant, elle entend également en imposer le détail – et décider elle-même, dans le menu, des augmentations d’impôt et des baisses de dépenses, c’est-à-dire prendre en mains directement l’intégralité des commandes.

Que le gouvernement Syriza, à l’encontre de ses propres engagements électoraux, ait accepté de se couler dans la logique du mémorandum et de jouer le jeu de l’ajustement budgétaire n’était pas encore assez : car la Troïka ne demande pas qu’un objectif global, mais aussi la manière. Il n’est pas suffisant que la Grèce s’impose une restriction supplémentaire de 1,7 point de PIB, il faut qu’elle la compose comme il faut. Par exemple l’augmentation du taux d’imposition sur les sociétés de 26% à 29%, ainsi que la taxe exceptionnelle de 12% sur les profits supérieurs à 500 000 euros ont été refusées par la Troïka au motif qu’elles étaient… de nature à tuer la croissance ! – ou quand l’étrangleur déconseille à ses victimes le port du foulard. En revanche la Troïka tient beaucoup à ce qu’on en finisse avec la petite allocation de solidarité servie sur les retraites les plus pauvres – le décile inférieur a perdu jusqu’à 86 % de revenu disponible de 2008 à 2012 [1] … c’est donc qu’il reste 14 bons pourcents : du gras ! Elle refuse la proposition grecque de taxer les jeux en ligne, mais demande la fin du subventionnement du diesel pour les agriculteurs – des nantis. Et tout à l’avenant.

Les institutions de la haine politique

On pourrait se perdre à l’infini dans ces détails qui disent tous le délire idéologique additionné d’instincts sociaux meurtriers – au sens presque littéral du terme, car rompre avec le fléau du gouvernement par abstractions macroéconomiques demande de prendre connaissance du tableau des conditions concrètes d’existence de la population grecque à l’époque de l’austérité, entre baisse de l’espérance de vie, explosion du taux de suicide, effondrement de la qualité des soins, etc [2]. On pourrait dire tout ça, donc, mais on n’aurait pas dit l’essentiel, qui tient à une forme de haine politique, comme il y avait jadis des haines religieuses, mais, fait inédit, une haine politique institutionnelle, une haine portée par des institutions. Depuis le premier jour, les institutions européennes n’ont pas eu d’autre projet que de faire mordre la poussière au gouvernement Syriza, d’en faire, par un châtiment exemplaire, une leçon à méditer par tous les autres pays qui pourraient avoir à l’idée eux aussi de ne pas plier, comme s’il fallait annuler l’événement de la première authentique alternance politique en Europe depuis des décennies.

Chaque régime politique, même celui qui a de la démocratie plein la bouche, a ses points d’impensable, ses interdictions formelles et ses exclusions catégoriques. La dite « démocratie parlementaire », qui fait vœu de débattre de tout, s’est en fait constituée comme le régime politique de défense de la propriété privée du capital (et de toutes les prérogatives qui y sont attachées), c’est pourquoi elle accepte qu’on débatte de tout sauf de la propriété privée du capital (et de toutes les prérogatives qui y sont attachées) [3] – et l’histoire a suffisamment montré de quoi la « démocratie » était capable quand le peuple des manants avait l’idée de s’en prendre au règne du capital. Pour autant, dans ce périmètre-là, il restait un peu de marge à explorer. C’était encore trop pour une construction néolibérale comme l’Union européenne qui a saisi la fenêtre d’une époque pour réduire autant qu’elle le pouvait le cercle du discutable : les formes de la concurrence intérieure, le statut de la banque centrale, la nature et les cibles de la politique monétaire, les orientations de la politique budgétaire, le rapport aux marchés financiers : toutes ces choses ont été irrévocablement tranchées par inscription constitutionnelle dans les traités, à la fin expresse qu’à leur sujet le débat soit clos.

Comment s’étonner qu’une construction aussi congénitalement libérale se soit donné des institutions qui suintent à ce point la haine de tout ce qui est progressiste ? Syriza ne pouvait pas être un partenaire : elle a été d’emblée, et en fait très logiquement, considérée comme un ennemi. L’ennemi ici, c’est celui qui veut vous forcer à rediscuter de ce que vous avez décrété soustrait à toute discussion. Aussi bien le référendum (à supposer qu’il ne devienne pas sans objet d’ici dimanche) que l’imminente sortie de l’euro sont des affirmations du droit de rediscuter – des affirmations du principe démocratique.

Le droit de rediscuter se paye cher en Union européenne. Dans un mouvement misérable qui ajoute à la considération qu’on peut lui porter, l’Eurogroupe, entité informelle à la consistance juridique d’ailleurs incertaine, met tous ses efforts à ce qu’il soit le plus coûteux possible. Mais en réalité c’est toute la construction institutionnelle qui porte la responsabilité de ce qui est en train de se passer : car, à la fin des fins, c’est bien la Banque centrale européenne (BCE) qui donnera le coup de grâce en interrompant le refinancement des banques grecques.

Faut-il qu’elle soit grande la détestation de la souveraineté populaire pour ne pas même accorder l’extension du plan d’aide à l’échéance du référendum… Tout est dit d’une passion anti-démocratique européenne devenue si écumante qu’elle ne parvient même pas à se tenir à son propre ordre légal : c’est que le refinancement des banques, grecques ou autres, est une mission de la BCE, assignée par les traités, et dont l’accomplissement est sans rapport avec les vicissitudes latérales de tel ou tel ordre, fussent-elles celles d’un plan de sauvetage. Que la terminaison du plan de sauvetage mardi 30 juin s’accompagne, comme il en est lourdement question, de la fermeture du guichet ELA (Emergency Liquidity Assistance), où la totalité du système bancaire grec est vitalement suspendu, est une connexion dont la légalité est plus que douteuse eu égard à l’autonomie des missions de refinancement de la BCE. [Il faut vraiment convoquer les aruspices pour avoir le fin mot du communiqué publié dimanche 28 juin par la BCE, car l’annonce du maintien du programme ELA pour les banques grecques n’est accompagnée d’aucune mention d’échéance… de sorte qu’il peut bien se trouver interrompu à tout moment. Cependant, contre la menace lourdement sous-entendue de fermer l’ELA en conséquence de l’arrêt du plan de sauvetage le 30 juin, il pourrait être politiquement rationnel pour la BCE de ne pas aller jusqu’à se faire l’exécuteur anticipé des basses œuvres, et de maintenir son guichet ouvert jusqu’à l’échéance du référendum : c’est qu’on doit beaucoup compter dans les institutions européennes sur le fait que le contrôle des capitaux mis en place lundi 29 juin est un repoussoir électoral, et que la restriction de l’accès des déposants à leurs encaisses monétaires est le plus sûr moyen d’aiguillonner le vote « oui ».]

En tout cas, on le sait bien, le simple fait d’avoir exclu les banques grecques des procédures ordinaires de refinancement pour les cantonner au guichet d’urgence de l’ELA n’avait d’autre propos que de leur faire sentir leur état de dépendance extrême, et de leur faire connaître le pouvoir discrétionnaire auprès duquel leur survie se renégocie quasi-quotidiennement – c’est-à-dire la possibilité qu’à tout moment le pouce s’abaisse. Comme toujours, c’est aux limites, et dans les situations de crise extrême, que les ordres institutionnels révèlent leur vérité. Ici toute la sophistication juridique de la construction européenne se ramène à un pouce levé ou bien baissé. Et la comédie du droit laisse voir à nu les rapports de force qu’elle cache ordinairement.

Le moment du chaos

Techniquement parlant en tout cas, il est bien certain que la fermeture du refinancement auprès de la BCE, qu’elle survienne mardi 30 ou plus tard, effondrera le système bancaire grec dans la journée, et forcera, de fait, au réarmement de la Banque centrale grecque comme prêteur en dernier ressort, c’est-à-dire émetteur d’une liquidité qui ne sera pas reconnue par le SEBC (Système européen de banques centrales). On l’appellera de la drachme.

Effectuée dans une pareille urgence, la sortie grecque de l’euro ne pourra pas éviter le moment du chaos, et pour des raisons dont Syriza porte une part. Il est à craindre que le refus d’envisager dès le début la sortie de la monnaie unique, et d’en faire une menace crédibilisant d’ailleurs la position grecque dans le rapport de force, laisse aujourd’hui le gouvernement dans un état de totale impréparation. Le sens stratégique possible de l’accord de prolongation passé avec l’Eurogroupe le 21 février dernier aurait dû être de mettre à profit les quatre mois gagnés pour préparer logistiquement et politiquement la sortie.

Celle-ci est vouée à présent à s’opérer dans les plus mauvaises conditions. Il est même impossible que se fassent aussi vite l’ajustement technique du système des paiements et la conversion des espèces monétaires. Si bien qu’il y aura vraisemblablement un moment bizarre de double circulation monétaire pendant lequel des espèces émises par le système bancaire grec auront toutes les apparences de l’euro mais n’en seront pas moins des drachmes… qui en principe ne seront pas reconnues comme euros à l’extérieur alors même qu’elles leur ressembleront comme deux gouttes d’eau !

Rien de tout ça ne sera fait pour décourager le run bancaire, en fait déjà bien entamé puisqu’on évalue à 130 milliards d’euros les retraits opérés depuis janvier. Que les gens retirent des espèces si ça peut les tranquilliser, ça n’est pas le problème, en tout cas pour le système bancaire [4] : dès que la situation se stabilisera, ces fonds effectueront le mouvement inverse, et entre temps c’est la Banque de Grèce qui prendra le relais de la BCE pour maintenir les banques dans la liquidité. C’est que cet argent prenne le large qui est un problème. Aussi un drastique contrôle des capitaux, avec contingentement des retraits, sera la mesure à prendre dès les toutes premières heures (elle est déjà prise au moment où ce texte est publié). Avec la dévaluation carabinée de la drachme qui suivra sa réintroduction, les Grecs y perdront du pouvoir d’achat international ? Oui, et ça sera comme ça. Par définition, la conversion est une opération purement nominale qui laisse invariant le pouvoir d’achat interne… à l’inflation importée près. Or vu la dégringolade anticipée de la drachme, celle-ci sera conséquente. La couronne islandaise qui a initialement perdu près des trois quarts de sa valeur contre euro a laissé derrière elle une inflation de 18 % en 2008. Mais les premières fluctuations sont toujours d’une ampleur extravagante, et vouées à s’ajuster plus raisonnablement à moyen terme : la couronne a été rapidement stabilisée 40 % en dessous de sa valeur de 2008, l’inflation est d’ailleurs redescendue en dessous des 5 % dès la mi-2009, elle est désormais proche de 0. Il en ira vraisemblablement de même avec la drachme.

Dans l’intervalle il faudra peut-être ajouter au contrôle des capitaux un dispositif de protectionnisme ciblé dans les marchés de biens et services. C’est que la balance courante grecque à très court terme va devenir déficitaire. Or l’interruption de tout flux financier entrant interdira de la financer par la partie « compte de capital » de la balance globale, et la position extérieure nette de la Grèce va se détériorer. Il faudra donc réduire la flambée des importations, alors que l’effet de renchérissement de leur prix devrait d’abord l’emporter sur celui de contraction des volumes. Evidemment il est vital que les entreprises continuent d’avoir librement accès aux biens étrangers d’équipement ou de consommation intermédiaire. Le dispositif protectionniste devra donc être ciblé sur les (certains) biens de consommation (hors énergie notamment), et ceci jusqu’à ce que les exportations « réagissent » à la dévaluation de la drachme – en général dans un délai de 12 à 18 mois (de ce point de vue, la sortie de l’euro se passe au plus mauvais moment possible de l’année puisqu’il est trop tard pour que le tourisme, qui est le secteur le plus dynamique du commerce international grec, en enregistre l’effet, et qu’il faudra attendre la saison prochaine pour en recueillir les bénéfices). L’énorme incertitude achèvera de mettre en carafe le peu d’investissement qui restait (le taux d’investissement est tombé à 12 % en 2014 [5]…). Tous ces effets ajoutés à la désorganisation initiale promettent à la croissance grecque de plonger. Il faut avoir le courage de le dire : le début va être une épreuve.

Cette épreuve n’a de sens, économiquement parlant, que parce qu’elle ouvre par ailleurs de nouvelles opportunités et restaure de nombreux degrés de liberté absolument fermés dans le cadre des institutions de l’euro. En premier lieu elle permet d’en finir avec l’austérité, dont les nouvelles mesures ne relâchaient rien : la Grèce se trouvait enjointe de dégager un excédent primaire de 1 point de PIB cette année même, puis de 2 en 2016, puis de 3 en 2017, puis de 3,5 en 2018 ! Elle se trouve également soulagée des 26 milliards d’euros dus d’ici la fin 2015 à ses créanciers de toute sorte qu’elle va envoyer élégamment se faire foutre – 26 milliards d’euros [6], ça n’est pas loin de… 15 points de PIB ! Voilà à quoi la Grèce se saigne depuis tant d’années : à payer une dette que tout le monde sait insoutenable en dépit de tous ses rééchelonnements et, plus encore,dont elle ne porte pas la responsabilité ! Car les 80 points de PIB de dette pris depuis 2008 ne sont pas, comme le répète l’éditorialisme en pilotage automatique, « la dette de la Grèce » : c’est la dette de l’impéritie européenne, la dette de la plus gigantesque erreur de politique économique de l’histoire du capitalisme, la dette de l’acharnement idéologique, dit plus brièvement : la dette de la zone euro – et par conséquent la dette dont il n’est que justice que la zone euro se la carre dans le train.

Le vrai visage des « amis de l’Europe »

En écrivant en janvier que l’alternative de Syriza était de passer sous la table ou de la renverser[7] et qu’il n’y aurait pas de tiers terme, en particulier que l’idée d’obtenir quoi que ce soit des institutions européennes, ou pire encore d’engager leur transformation de l’intérieur, était un rêve de singe, il faut bien avouer qu’on n’était pas prêt à parier grand-chose sur l’hypothèse du renversement. Hic Rhodus hic salta [8] comme dit l’adage latin. Et c’est là qu’on voit les vrais hommes politiques. Pour toutes les erreurs stratégiques qu’il a commises jusqu’ici, il se pourrait bien que Tsipras en soit un. C’est qu’il faut une sacrée consistance pour faire face à ce mélange de périls et de chances qui s’offre à lui aujourd’hui – qui s’offre à lui ? non, qu’il a fait advenir en se tenant au plus près de l’essence de la politique : la proposition faite au peuple de décider souverainement.

Comme Roosevelt se déclarait fier en 1936 d’être devenu objet de haine de l’oligarchie capitaliste qu’il avait décidé de défier carrément, Tsipras peut s’enorgueillir des tombereaux d’injures que lui réserve une oligarchie d’un autre type, le ramassis des supplétifs d’une époque finissante, et qui connaitront le même destin qu’elle, la honte de l’histoire. La première chose que Jean Quatremer a cru bon de tweeter consiste en photos de queues devant les distributeurs à billets. Et d’annoncer avec une joie mauvaise : « La Grèce sera donc en faillite mardi à minuit. Accrochez-vous ! ».

On voudrait que quelque archiviste de talent, conscient de ce qui se joue d’historique ces jours-ci, s’attache à collecter tout ce qui va se dire et qui méritera de rester, tout ce que pense et dit l’oligarchie quand, à l’épreuve d’un moment critique, elle jette enfin le masque – car cette fois-ci le masque est bel et bien jeté. « La Grèce, c’est fini »titre le JDD du 28 juin, dirigé par Denis Olivennes, l’un des Gracques à qui l’on doit cette tribune à valeur de document quasi-psychiatrique publiée dans Les Echos, où l’on apprenait qu’il était urgent de « ne [pas laisser] Monsieur Tsipras braquer les banques » [9], textuellement, alors que le refus de restructurer la dette grecque jusqu’en 2012 n’a pas eu d’autres finalités que de sauver les banques allemandes, françaises, etc., ces banques où, précisément, prolifère la racaille Gracque, en effet la vraie racaille dans la société française – pas celle de Sarkozy –, ces « anciens hauts fonctionnaires socialistes » comme ils aiment à se présenter eux-mêmes, et qui en disent assez long sur l’état réel du « socialisme » français – pour ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçus.

Bloomberg fait déjà des gorges chaudes de ce qu’on puisse envisager « sur les documents hautement techniques » de la Troïka de demander leur avis « aux mamies grecques » [10]. Mais c’est vrai, quelle idée ! La vraie démocratie est bien celle qui se contente de l’avis des économistes et des journalistes spécialisés de Bloomberg. Ou de Libération. Comme toujours les événements historiques, la sortie grecque sera un test de Rorschach en vraie grandeur, un bain photographique surpuissant. On peut le dire dès maintenant puisque la grande vidange est déjà à l’œuvre : l’oligarchie dégondée va montrer son vrai visage, et parler son vrai langage. Jean-Louis Bourlanges sur France Culture traite Tsipras de « terroriste révolutionnaire » [11] (sic), Quatremer relaie, écumant, les errances de Kathimerini, quotidien de droite qui qualifie le référendum de « coup d’Etat de bolcheviks », formidable moment de vérité où l’on va voir sans fard qui est qui et qui dit quoi. Oui, on voudrait vraiment que tout ceci soit méticuleusement consigné, pour qu’on sache ce qu’il en aura été de la « démocratie » en Europe à l’époque de la monnaie unique. Et pour que cette belle accumulation produise l’effet qu’elle est vouée à produire : celui du ridicule mêlé d’ignominie.

Et nous ?

Par un paradoxe qui doit tout aux coups de fouet de l’adversité, il se pourrait que cette avalanche de haine, car il n’y a désormais plus d’autre mot, soit le meilleur ciment des gauches européennes, et leur plus puissant moteur. Car la guerre idéologique est déclarée. Et il faudra bien cet état de mobilisation et de colère pour supporter ce qu’il va falloir supporter. Il ne faut pas s’y tromper : sauf à ce que tout l’euro parte en morceaux à son tour, hypothèse qui n’est certainement pas à exclure mais qui n’est pas non plus la plus probable, les yeux injectés de sang d’aujourd’hui laisseront bientôt la place à l’écœurant rire triomphateur des Versaillais quand la Grèce passera par le fond du trou. Car elle y passera. Elle y passera au pire moment d’ailleurs, quand Espagnols et Portugais, sur le point de voter, se verront offrir le spectacle du « désastre grec » comme figure de leur propre destin s’ils osaient à leur tour contester l’ordre de la monnaie unique. Ce sera un moment transitoire mais terrible, où, sauf capacité à embrasser un horizon de moyen terme, les données économiques de la situation n’offriront nul secours, et où l’on ne pourra plus compter que sur la colère et l’indignation pour dominer toutes les promesses de malheur. En attendant que se manifestent les bénéfices économiques, et plus encore politiques, du geste souverain.

Que faire entre temps pour échapper à la rage impuissante lorsqu’on n’est pas grec ? Depuis février, on a vu fleurir des initiatives de solidarité où le réconfortant le dispute au dérisoire : c’est que la version KissKiss BankBank des Brigades internationales a surtout pour effet de dire quelque chose de l’époque… En réalité l’événement offre peut-être la meilleure occasion de redécouvrir, et pour certains de découvrir tout court, que l’internationalisme réel consiste moins dans le dépassement imaginaire des nations que dans la solidarité internationale des luttes nationales. Et dans leurs inductions mutuelles. Les Grecs sont sur le point de défier l’ordre néolibéral en son institution principale : la monnaie unique européenne. Pour nous qui souffrons des pouvoirs entièrement vendus à cet ordre, être à la hauteur de l’éclaireur grec ne réclame pas moins que de nous retourner contre nos gouvernements.

Notes
[1] Philippe Légé, « Ne laissons pas l’Europe écrire sa tragédie grecque », Note des Economistes Atterrés, 30 avril 2015.

[2] Sanjay Basu et David Stuckler, « Quand l’austérité tue », Le Monde diplomatique, octobre 2014.

 

[3] Inutile d’arguer des épisodes de « nationalisation » qui ont toujours été très partiels et n’ont jamais remis en cause l’essentiel, à savoir les rapports sociaux de production, inchangés même dans les enclaves de capitalisme d’Etat.

 

[4] C’est un problème si cet argent retiré de la circulation monétaire cesse d’animer les échanges marchands.

 

[5] Il était à 26 % en 2008…

 

[6] Dont un accord avec l’Eurogroupe n’aurait couvert que 15 milliards d’euros, et encore sans compter le déblocage fractionné, par tranches de 7,5 milliards, bien fait pour activer à chaque fois une clause de revoyure.

 

[7] « L’alternative de Syriza : passer sous la table ou la renverser », 19 janvier 2015.

 

[8] « C’est ici qu’il faut sauter ».

 

[9] Les Gracques, « Grèce : ne laissons pas Monsieur Tsipras braquer les banques », Les Echos, 15 juin 2015.

 

[10] « Tsipras Asking Grandma to Figure Out if Debt Deal is Fair », Bloomberg, 28 juin 2015.

 

[11] « L’esprit public », France Culture, 28 juin 2015.

 

Source : Frédéric Lordon, pour son blog La Pompe à phynances, le 29 juin 2015.

 

 

25 réponses à L’euro, ou la haine de la démocratie, par Frédéric Lordon

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