Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 05:40

Dossier d'Iran  n°96  du 21-04 au 21-05                               
    
C.De Broeder & M.

 

2-5 Clara Weiss : La Russie se prépare contre

 

une frappe militaire israélo-américaine contre l'Iran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au cours de ces quelques derniers mois, la Russie a entrepris d'intenses préparatifs pour parer à une éventuelle frappe militaire perpétrée par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran. Selon de récents rapports, l'état-major russe s'attend cet été à une guerre contre l'Iran qui aurait d'énormes répercussions non seulement au Moyen-Orient mais aussi dans le Caucase.
Les troupes russes au Caucase ont été techniquement renforcées et un bataillon de missiles situé dans la Mer caspienne a été placé en attente. Les patrouilleurs lance-missiles de la flotte caspienne ont à présent jeté l'ancre au large de la côte du Daguestan. L'unique base militaire russe dans le Caucase du Sud, qui se situe en Arménie, est également en état d'alerte pour une intervention militaire. L'automne dernier, suite à une intensification du conflit en Syrie, la Russie avait envoyé son porte-avions Kousnetsov au port syrien de Tartous. Des experts pensent que la Russie pourrait soutenir Téhéran en cas de guerre, du moins sur un plan militaire et technique.
Dans un commentaire publié en avril, le général Leonid Ivashov, président de l'Académie des problèmes géopolitiques, a écrit qu'une « guerre contre l'Iran serait une guerre contre la Russie » et il appelé à une « alliance politico-diplomatique » avec la Chine et l'Inde. Il a dit que des opérations étaient entreprises de par le Moyen-Orient dans le but de déstabiliser la région et d'agir à l'encontre de la Chine, de la Russie et de l'Europe. La guerre contre l'Iran, écrit Ivashov, « atteindrait nos frontières, déstabiliserait la situation dans le Caucase du Nord et affaiblirait notre position dans la région caspienne. »
Dans le cas d'une guerre contre l'Iran, la préoccupation principale de Moscou concerne les conséquences pour le Caucase du Sud. L'Arménie est l'unique alliée du Kremlin dans la région et entretient de liens économiques étroits avec l'Iran, alors que la Géorgie et l'Azerbaïdjan voisins entretiennent des liens militaires et économiques avec les Etats-Unis et Israël.
Ce que le Kremlin craint avant tout, c'est que l'Azerbaïdjan ne participe aux côtés d'Israël et des Etats-Unis à une alliance militaire contre l'Iran. L'Azerbaïdjan partage ses frontières avec l'Iran, la Russie, l'Arménie et la Mer caspienne et est, depuis le milieu des années 1990, un important allié militaire et économique des Etats-Unis dans le Caucase du Sud, abritant plusieurs bases militaires américaines.
Les relations entre l'Iran et l'Azerbaïdjan sont d'ores et déjà très tendues. Téhéran a, à plusieurs reprises, accusé Bakou d'avoir participé à des attaques terroristes et d'avoir commis des actes de sabotage très vraisemblablement en collaboration avec des agences de renseignement israéliennes et américaines. Ces dernières années, l'Azerbaïdjan a doublé ses dépenses militaires et a scellé en février un accord d'armement avec Israël s'élevant à 1,6 milliards de dollars américains et comprenant la fourniture de drones et de systèmes de défense anti-missiles.
A en croire des sources haut placées du gouvernement Obama, Mark Perry a dit fin mars au journal américain Foreign Policy que Bakou avait donné à Israël une autorisation d'accès à plusieurs bases aériennes près de la frontière Nord de l'Iran et qui seraient susceptibles d'être utilisées lors d'une frappe aérienne contre Téhéran. Le magazine cite un haut responsable du gouvernement américain qui aurait dit que, « Les Israéliens ont acheté un aéroport et cet aéroport se nomme Azerbaïdjan. » Perry a prévenu que : « Les experts militaires doivent à présent prendre en considération un scénario de guerre qui inclut non seulement le Golfe persique mais aussi le Caucase. »
Le gouvernement de Bakou a immédiatement nié le rapport mais le rédacteur en chef du journal d'Azerbaïdjan, Neue Zeit, Shakir Gablikogly, a prévenu que l'Azerbaïdjan pourrait être embarqué dans une guerre contre l'Iran.
Même s'il devait s'avérer que l'Azerbaïdjan n'est pas le point de départ d'une attaque israélienne contre l'Iran, le danger existe qu'une guerre ne mène à une escalade militaire d'autres conflits territoriaux telle la querelle entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet de Nagorny-Karabakh. Cette région est indépendante depuis 1994, date de la fin de la guerre civile, mais le gouvernement de Bakou, les Etats-Unis et le Conseil européen insistent pour qu'elle soit considérée comme faisant partie de l'Azerbaïdjan. Au cours de ces deux dernières années, il y a eu des conflits répétés à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et les commentateurs ont mis en garde que le conflit risquait de se transformer en une guerre impliquant la Russie, les Etats-Unis et l'Iran.
Lors d'une récente interview accordée au journal russe Komsomolskaya Pravda, l'expert militaire russe Mikhail Barabanov a dit que les conflits sur les territoires de l'ex-Union soviétique pourraient résulter en une intervention militaire en Russie. Toute intervention opérée dans la région par les Etats-Unis ou toute autre puissance de l'OTAN entraînerait « un risque inévitable de recours à l'arme nucléaire. » La Russie possède le deuxième plus grand arsenal nucléaire du monde après les Etats-Unis.
Après l'effondrement de l'Union soviétique, l'Eurasie est devenue, en raison de son importance géostratégique, l'épicentre des rivalités économiques et politiques ainsi que des conflits militaires entre les Etats-Unis et la Russie. L'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie forment un pont entre l'Asie centrale riche en ressources et la Mer caspienne d'une part et l'Europe et la Mer Noire de l'autre.
Les Etats-Unis cherchent depuis les années 1990 à gagner de l'influence dans la région grâce à des alliances économiques . En 1998, le vice-président américain d'alors Richard Cheney avait déclaré, « A ma connaissance, je ne peux pas me rappeler une époque où une région a si soudainement connu une aussi grande importance stratégique que la région caspienne. »
Dans son livre Le Grand Echiquier (1998), Zbigniew Brzezinski, l'ancien conseiller à la sûreté du président Jimmy Carter, avait écrit : « Une puissance qui domine l'Eurasie contrôlerait les deux tiers des régions les plus avancées et économiquement les plus productives du monde. En Eurasie se concentrent environ les trois quarts des ressources énergétiques connues du monde. »
L'importance cruciale de la région réside dans son rôle de zone de transit pour l'approvisionnement énergétique d'Asie vers l'Europe en contournant la Russie. En soutenant des projets d'oléoduc alternatifs, Washington a cherché à affaiblir les liens russes avec l'Europe qui est lourdement tributaire du pétrole et du gaz russes.
Jusque-là, la Géorgie est le pays clé pour le transit des livraisons de gaz et de pétrole et s'est trouvée au cour des conflits de la région. La « révolution des roses » de la Géorgie en 2003 fut incitée par Washington pour installer Mikhail Saakashvili au pouvoir comme président dans le but de sauvegarder les intérêts économiques et stratégique des Etats-Unis dans la région. Cette révolution a mené à une intensification des tensions avec Moscou en vue d'arriver à une suprématie géostratégique. La guerre entre la Géorgie et la Russie à l'été 2008 a représenté une aggravation des rivalités entre les deux pays avec la possibilité de s'élargir en une guerre russo-américaine. Les relations entre la Russie et la Géorgie restent très tendues.
L'influence américaine dans le Caucase et en Asie centrale a décliné significativement ces dernières années. En plus de la Russie, la Chine est devenue une force majeure dans la région, établissant des liens économiques et militaires importants avec les Etats d'Asie centrale tels le Kazakhstan. Bien que la Russie et la Chine demeurent des rivaux, ils ont conclu une alliance stratégique dans leur concurrence avec les Etats-Unis. Pour les Etats-Unis, une guerre contre l'Iran représente une nouvelle étape dans leur confrontation croissante avec la Chine et la Russie pour le contrôle des ressources de l'Asie centrale et du Moyen-Orient.
Article original, WSWS, paru le 28 avril 2012
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=KUM20120517&articleId=30887


Par lucien-pons - Publié dans : La Syrie, La Libye, l'Iran, - Communauté : les anti-capitalistes
Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 18:45

Au Québec, le printemps érable tourne à l'orage.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=6IHElEp9sWU >

 

4193125007La contestation étudiante ne faiblit pas au Québec, bien au contraire. Alors que plus de trois cents personnes ont été arrêtées dans la nuit de dimanche à lundi à Montréal (Canada), le mouvement prend une tournure plus violente et plus politique depuis le vote, vendredi, d'une "loi spéciale". Le gouvernement tente d'étouffer le mouvement, qui célèbre ses 100 jours avec une énième manifestation mardi 22 mai. FTVi revient sur le conflit étudiant le plus long de l'histoire du pays.

 

• 2011, la sève monte

En mars 2011, le Premier ministre libéral du Québec, Jean Charest, prévoit d'augmenter de 75% les droits de scolarité 

Le Québec a beau bénéficier des frais de scolarité les moins élevés au niveau national, les étudiants s'opposent à cette hausse et veulent "prendre exemple sur les pays scandinaves, sur la France et l'Allemagne, qui ont des frais de scolarité très bas", rapporte Rue89. Des pétitions et des manifestations fleurissent à la rentrée, mais le mouvement naît vraiment l'année suivante.

 • 2012, le printemps érable prend racine

A partir de la mi-février, le Québec vit au rythme des plus grosses manifs étudiantes de son histoire. Le 22 mars, ils sont près de 250 000 à marcher dans les rues de Montréal. Un petit carré de feutrine rouge épinglé sur la veste, les étudiants marchent contre l'endettement qui les guette, et contre le modèle américain.

Le 27 avril, Jean Charest propose une bonification des bourses étudiantes et un étalement de la hausse des frais de scolarité sur sept ans (contre cinq initialement), comme le rapporte le quotidien québécois Le Devoir. Une offre jugée "insultante" et rejetée à l'unanimité par la Coalition large de l'association pour une solidarité syndicale étudiante (Classe), la plus importante organisation étudiante, et la plus radicale.

La ministre québécoise de l'Education, Line Beauchamp, démissionne le 14 mai dans l'espoir de provoquer un "électrochoc". Elle affirme avoir perdu confiance dans la volonté des dirigeants étudiants de trouver une solution. "Ce n'est pas en changeant de ministre qu'on va régler la crise actuelle", rétorque Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Classe.

 

• Une "loi-matraque" pour mettre fin au mouvement

Pour juguler le conflit, le Parlement adopte le 18 mai une "loi spéciale" présentée par le gouvernement de Jean Charest. En plus de suspendre les cours jusqu'à la mi-août dans les universités et collèges universitaires en grève, le texte restreint le droit de manifester et impose de lourdes amendes pour les contrevenants. La chef de l'opposition, Pauline Marois, qui dirige le Parti québécois, parle "d'un des jours les plus sombres pour la démocratie québécoise" et dénonce une "loi-matraque pour faire taire les Québécois".

Plusieurs milliers de personnes manifestent dans la foulée à Montréal contre la nouvelle loi. Une marche émaillée de quelques incidents, avec des cocktails Molotov lancés dans le centre-ville.

 

• Les arrestations se multiplient

Plus de trois cents personnes ont été interpellées lors d'une manifestation dimanche 20 mai au soir. Les violences ont fait dix blessés, dont un grave, selon les autorités. La manifestation a été déclarée "illégale" par les forces de l'ordre dix minutes après le départ. Le mouvement prend ainsi une tournure plus violente et plus politique, la Classe annonçant son refus de se soumettre à la loi spéciale.

Plus tôt dans la journée, la branche québécoise du collectif de pirates informatiques Anonymous avait revendiqué le blocage de plusieurs sites gouvernementaux, dans le cadre d'une opération destinée à soutenir le mouvement étudiant. Le groupe de pirates a annoncé cette action, baptisée "Opération Québec", via un message vidéo mettant en scène un homme masqué avec une voix numérique qui met en garde le gouvernement québécois.

 

< http://www.youtube.com/watch?v=eDvLITpLGbM&feature=related >

Par lucien-pons - Publié dans : Ecole - Communauté : les anti-capitalistes
Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 18:28
Comment dire "Starve the Beast" (1) dans la langue de la zone euro
La vraie finalité des "Mesures d’Austérité" (Counterpunch).

!cid 2429A51E91324E699FBA1C7390063236@computerPar Mike WHITNEY.

La zone euro s'enfonce dans une récession qui aurait pu être évitée. Si les politiciens avaient accepté de soutenir fiscalement les pays en difficulté du sud de l’Europe et garanti leurs bons du trésor (comme le gouvernement des Etats-Unis le fait pour les bons du Trésor étasuniens) leur économie aurait continué à enregistrer de la croissance pendant que les réformes nécessaires étaient mises en place. Mais la Troïka (le FMI, la BCE et la Commission européenne) a décidé de ne les aider qu’à condition qu’ils mettent en place des mesures d’austérité drastiques qui ont obligé les leaders à faire des coupes sombres dans les effectifs de fonctionnaires et dans les budgets des services et des programmes sociaux. Le résultat était entièrement prévisible ; l’activité économique s’est mise à piétiner à mesure que les pays s’effondraient l’un après l’autre.

La récession a donc été essentiellement le résultat d’un choix, une blessure auto-infligée par les décideurs de Bruxelles et de Frankfort. N’importe qui pouvait prédire ce qui allait arriver parce que les politiques de contraction engendrent la contraction de l’économie. Si on mène des politiques dont le but est de resserrer l’économie, eh bien l’économie se resserrera.

Tout le mois dernier, l’attention s’est concentrée principalement sur l’Espagne et à juste titre. Le système bancaire espagnol s’écroule sous le poids de dizaines de milliards de créances douteuses générées par la gigantesque bulle immobilière qui continue de se dégonfler. Le chômage en Espagne est le plus haut d’Europe à 24% (Le chômage de la jeunesse atteint plus de 50%). Malgré tout, le premier ministre de droite espagnol, Mariano Rajoy, tente d’atteindre l’objectif de déficit exigé par la Troïka, ce qui aura pour conséquence de faire monter le chômage encore davantage tout en augmentant la récession.

Selon Der Speigel :

"Le premier ministre a récemment annoncé qu’il voulait réduire de 10 milliards les dépenses d’éducation et de santé du pays. ... Pour répondre à la demande du gouvernement central, les régions vont devoir supprimer 80 000 postes d’enseignants sur 500 000."

Comme on peut le constater, les mesures d’austérité et la consolidation de la dette ne font qu’aggraver les malheurs de l’Espagne. Finalement, après beaucoup de souffrances inutiles, l’Espagne demandera une aide financière bien que le président actuel de la BCE, Mario Draghi, assure qu’il n’en sera rien.

Mais les problèmes de l’Europe ne se limitent pas à l’Espagne ni aux pays de la périphérie. La production française à baissé pour le second mois consécutif et le déclin s’accélère. Le secteur des services montre aussi des signes de détresse à mesure que les mesures d’austérité se mettent en place et réduisent graduellement la demande agrégée. Le chômage augmente à mesure que la dépression s’accentue. Selon les données d’Eurostat, le taux de chômage désaisonnalisé a atteint 10% en avril, le plus haut taux depuis 12 ans. L’augmentation du chômage a accru la pauvreté qui affecte maintenant 13,5% de la population. Les mesures d’austérité ont entraîné la chute de la consommation, la perte de la confiance et une récession globale dans tous les secteurs. Pourtant les intraitables banquiers et bureaucrates de Bruxelles et de Francfort n’ont pas modifié leur course d’un iota. Ils restent arcboutés sur le dogme de l’austérité.

Ecoutez Draghi défendre l’austérité dans un interview pour le Wall Street Journal :

"Il n’y avait pas d’alternative à la consolidation fiscale et on ne peut pas nier que cela ait pour effet de contracter l’économie sur le court terme. Dans le futur, il y aura ce qu’on appelle le vecteur de confiance qui réactivera la croissance ; mais ce n’est pas quelque chose qui se produit tout de suite et c’est pourquoi les réformes structurelles sont de première importance parce que la contraction sur le court terme sera suivie d’une croissance soutenue sur le long terme si on met ces réformes en oeuvre." (“Q&A : ECB President Mario Draghi”, Wall Street Journal)

Notez bien que Draghi ne défend pas l’austérité en s’appuyant sur une théorie économique reconnue, ni en donnant des exemples de réussite d’une politique d’austérité (Y en a-t-il ?). Il ne nomme pas d’économistes distingués à l’appui de sa théorie. Il nous dit tout simplement "Faites-nous confiance, nous sommes des experts".... "L’expansion par la contraction marchera parce qu’on vous le dit", même si l’économie s’effondre, si le chômage et la misère atteignent des records, et si la zone euro se débat avec la pire récession de ces 80 dernières années. "Faites-nous confiance, nous savons ce que nous faisons."

Et voilà un échantillon de l’opinion de Draghi sur la taxation tirée du même interview :

"Une ’bonne’ consolidation est une consolidation où les impôts sont plus bas et la participation de l’état dans les infrastructures et autres investissement la plus faible possible." ... Une ’mauvaise’ consolidation est en fait la plus facile à obtenir... en augmentant les impôts et en diminuant la participation du capital."

Résumons-nous : Diminution des dépenses publiques et austérité : "Bien". Augmentation des impôts : "Mal". Est-ce que ce n’est pas les mêmes foutaises de droite que nous entendons depuis des années ?

"L’austérité" est une attaque contre le modèle social européen qui a pour but de détricoter les avancées progressistes du siècle dernier. Il y a un consensus presque total sur le fait que se serrer la ceinture n’améliore pas mais au contraire empire la situation. Réduire les déficits au coeur d’une récession est le meilleur moyen d’étrangler l’activité économique et de susciter l’agitation sociale. Et c’est ce qui est arrivé. En plus de transformer beaucoup de grandes villes européennes en zones de tir libre, l’austérité est en train de remodeler le paysage politique et d’engendrer des éléments radicaux à droite comme à gauche qui veulent sortir de l’union des 17 pays européens et rétablir la souveraineté nationale. (Hourra !).

Pourtant les politiciens semblent ne se soucier nullement de la tempête politique qu’ils ont déclenchée. Ils restent fixés, tels des rayons lasers, sur leur but initial, qui est de s’assurer que la plus grande partie de la richesse nationale monte tout en haut de l’échelle sociale. Pour cela ils utilisent de façon démagogique "la crise de la dette" pendant que leur laquais politiques et leurs "techniciens" diminuent les retraites, la sécurité sociale et les subventions pour protéger l’industrie ; coupent dans les budgets de l’état, réduisent les emplois fédéraux, écrasent les syndicats, suppriment les taxes douanières et les impôts sur le capital et privatisent toujours plus de biens et de services publics. Moins d’état signifie moins d’activité, une demande plus faible et plus de souffrances pour les travailleurs. En d’autres termes, l’austérité a atteint le résultat précis qu’elle poursuivait : des plus grands profits pour les 1% et que dalle pour les autres.

Voilà un extrait d’un article de Reuters :

"L’activité économique de la zone euro s’est effondrée beaucoup plus rapidement qu’on ne l’avait prévu en avril, ce qui laisse penser qu’il n’y aura pas de reprise économique avant la seconde moitié de l’année..."

"Les très mauvais chiffres actuels de l’indice PMI (2) pour la France montrent clairement que la situation de la zone euro est catastrophique"... L’industrie française a connu son pire mois depuis juin 2009. Les firmes disent que les commandes se sont réduites et que la chute de la demande les a forcées à licencier...

"Il n’y a aucun réel vecteur de croissance ici, ce qui laisse présager que, même si le rythme du déclin n’est pas encore très rapide, on peut s’attendre à le voir s’accélérer dans les mois à venir," a déclaré Chris Williamson, le chef économiste de la firme Markit qui établit l’indice PMI. ("La récession de la zone euro s’est accentuée brutalement en avril", Reuters)

La "consolidation de la dette" et les "réformes structurelles" de Draghi ont augmenté la pression déflationniste et accentué la récession. Elles ont été un échec complet et il ne fallait pas être grand clerc pour le pronostiquer.

Sommes-nous vraiment censés croire que le président de la BCE ne savait pas quels seraient les effets de sa politique, qu’il ne savait pas que des politiques de contraction feraient se replier l’économie ?

Bien sûr qu’il le savait. Draghi n’est pas un idiot ; c’est un économiste très compétent. Cela prouve simplement qu’il avait un autre motif et que cette politique a été définie pour servir les intérêts des ses amis de la finance au détriment des 99%. De fait, le vrai but de l’austérité n’est pas de réduire les déficits ni de générer de la croissance, c’est d’imposer aux états un carcan fiscal pour donner aux multinationales et à la haute finance une plus grande part du gâteau. Voilà le vrai but de toute l’entreprise, en doutez-vous encore ?

Il ne faut pas. L’austérité n’est que la version européenne de "starve the beast".

Mike WHITNEY

MIKE WHITNEY habite dans l’état de Washington. Il a contribué à l’ouvrage : Hopeless : Barack Obama and the Politics of Illusion (AK Press).

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/2012/04/27/the-meaning-of-auster...

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Notes :

1. Starve the beast (que l’on pourrait traduire en français par « affamer la bête »), ou choke the beast, est une expression politique et une théorie conservatrice américaine visant à créer volontairement un déficit public, au moyen d’allègements fiscaux et de politiques de réductions d’impôts, afin de forcer ensuite l’État à faire des coupes budgétaires, réduire ses engagements dans certains secteurs tels que l’assurance-santé, la sécurité sociale ou l’éducation (Wikipedia).

2. Indice PMI (US) : Le PMI, tiré de l’anglais " Purchasing Managers Index ", est l’indicateur de l’activité dans le secteur manufacturier aux Etats-Unis. Il est fondé sur une enquête mensuelle réalisée auprès de directeurs d’achat de l’industrie américaine et donne une image immédiate de la santé de l’activité manufacturière. Baromètre de l’état de santé de l’économie américaine, cet indice est très suivi par les institutions financières pour décider de l’évolution des taux d’intérêt outre-Atlantique. (Source : Lexique AOF)

URL de cet article 16553
http://www.legrandsoir.info/la-vraie-finalite-des-mesures-d-austerite-counterpunch.html
Par lucien-pons - Publié dans : Europe supranationale - Communauté : les anti-capitalistes
Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 17:49

384499 320070614692215 100000678381250 1040634 212-copie-1L’avenir de l’Europe se joue en Grèce

Les invités de Mediapart : « Le nouveau gouvernement français, qui se cantonne dans un silence prudent, devrait affirmer haut et fort, qu’il respectera les décisions du peuple grec, et rejettera toute proposition d’exclure la Grèce de l’Europe ou de la zone euro. »

Par Etienne Balibar, philosophe, Michaël Löwy, philosophe et sociologue et Eleni Varikas, professeure de science politique.

 

 

 

L’avenir de l’Europe se joue en Grèce. Les invités de Mediapart : « Le nouveau gouvernement français, qui se cantonne dans un silence prudent, devrait affirmer haut et fort, qu’il respectera les décisions du peuple grec, et rejettera toute proposition d’exclure la Grèce de l’Europe ou de la zone euro. ».

 

La situation de la Grèce  en ce moment est sans précédent depuis la fin de l’occupation allemande en 1944: réduction brutale des salaires et des retraites. Chômage des jeunes à 50%. Entreprises, petits commerces, journaux, maisons d’édition en faillite. Des milliers de mendiants et SDF dans les rues. Impôts extravagants et arbitraires et coupes à répétition sur les salaires et retraites. Privatisations en série, sabordage des services publics (santé, éducation) et de la sécurité sociale. Les suicides se multiplient. On pourrait continuer la liste des méfaits du « Mémorandum ».

En revanche, les banquiers, les armateurs et l’Eglise (le plus grand propriétaire foncier), eux, ne sont pas imposés. On décrète la réduction de tous les budgets sociaux mais on ne touche pas au gigantesque budget de la « défense »: on oblige la Grèce à continuer à acheter un matériel militaire de milliards d’euros chez ces fournisseurs européens qui sont aussi – pure coïncidence – ceux qui exigent le payement de la dette (Allemagne, France).

La Grèce est devenue un laboratoire pour l’Europe. On teste sur des cobayes humains des méthodes qui seront ensuite appliquées au Portugal, à l’Espagne, à l’Irlande, à l’Italie et ainsi de suite. Les responsables de cette expérience, la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, FMI) et leurs associés des gouvernements grecs, n’étaient pas inquiets : a-t-on jamais vu des cochons d’Inde, des souris de laboratoire, protester contre une expérimentation scientifique ? Miracle! Les cobayes humains se sont révoltés : en dépit de la répression féroce menée par une police largement infiltrée par les néonazis, recrutés au cours des dernières années, les grèves générales, les occupations des places, les manifestations et les protestations n’ont pas arrêté depuis une année. Et maintenant, comble de l’insolence, les Grecs viennent de voter contre la continuation de l’« expérience », en réduisant de moitié le score des partis de gouvernement (la droite et le centre gauche qui, à l’encontre de son programme, a signé le mémorandum) et en multipliant par quatre le soutien à Syriza (coalition de la gauche radicale).

On n’a pas besoin d’appartenir à la gauche radicale pour voir combien les remèdes néo-libéraux de la Troïka sont catastrophiques; Paul Krugman, prix Nobel d’économie, ne cesse de le dire: comment « assainir les finances » de la Grèce si on met le pays à genoux, en récession, ce qui, évidemment, ne peut que réduire les recettes et déséquilibrer le budget ? A quoi ont servi les « généreux » prêts de l’Europe et du FMI ? A payer… la dette envers les banques, quitte à s’endetter à nouveau. Les « experts » de la Troïka ont le capitalisme comme religion (W. Benjamin, 1921): une religion dont les divinités –les marchés financiers aux décrets imprévisibles, arbitraires et irrationnels– exigent des sacrifices (humains).

Faisant de l’arbitraire, du secret et de la peur un véritable mode de gouvernement, une telle politique de brutal asservissement d’un peuple ne pouvait que provoquer des réactions de rage,  de désarroi, de colère. Une partie de cette colère fut canalisée par une sinistre force raciste, antisémite et xénophobe, le groupe néo-nazi Aube Dorée. Mais les indignés, eux, ont apporté dans leur grande majorité leur appui, pour la première fois depuis 1958, à la gauche radicale. Cette gauche est profondément européenne. Elle n’a aucune intention de quitter l’euro, mais refuse catégoriquement le Mémorandum imposé par la Troïka, et accepté par les gouvernements grecs qui se sont succédé les dernières années: le Pasok, la Nouvelle Démocratie, et celui «d’unité nationale » avec l’extrême droite. Elle propose des alternatives concrètes, réalistes et immédiatement applicables: un moratoire sur la dette, suivi d’un audit international, pour vérifier sa légitimité; la mise sous contrôle social des banques; la suppression des mesures antisociales prises par les gouvernements signataires du Mémorandum. Appuyée sur un large spectre de la gauche démocratique, les mouvements sociaux, des indignés, des travailleurs en lutte, des réseaux de défense des immigrés , les groupes féministes, queer, écologistes, elle a réussi à devenir la deuxième force politique du pays. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, donc ils l’ont fait », dirait Mark Twain.

Un deuxième scrutin aura lieu en juin. Certains sondages donnent la gauche radicale comme première force politique du pays. Pour nous, il est clair que l’avenir de l’Europe se joue en Grèce. Les porte-paroles du capital financier, Jose Manuel Barroso ou Wolfgang Schäuble l’ont compris, qui menacent les Grecs de toutes sortes de représailles, s’ils osent ne pas voter pour les candidats avalisés par les banques et le FMI. Le nouveau gouvernement français, qui se cantonne dans un silence prudent, devrait affirmer haut et fort, qu’il respectera les décisions du peuple grec, et rejettera toute proposition d’exclure la Grèce de l’Europe ou de la zone euro.

Il est urgent de soutenir la gauche radicale grecque, et l’élan démocratique, antifasciste et unitaire qui la porte. Elle est, en ce moment, à la pointe du combat pour sortir la Grèce, et par suite, l’Europe, du cauchemar de l’austérité néo-libérale.

L’avenir de l’Europe se joue en ce moment en Grèce.

 

NV 1184 page 1 a

 

Par lucien-pons - Publié dans : Grèce - Communauté : les anti-capitalistes
Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 04:56

Ce texte, peu connu, est pour moi un des plus importants et visionnaires de Keynes, et date de 1933. Le texte original, “National Self-Sufficiency”, a été publié par The Yale Review, vol.22, n˚ 4 (juin 1933), p. 755-769..

Toute ressemblance avec une situation existante ne serait nullement fortuite.

P.S. par facilité de lecture et de diffusion, je vous propose aussi ce texte en pdf ici

Comme la plupart des Anglais, j’ai été élevé dans le respect du libre-échange, considéré non seulement comme une doctrine économique qu’aucune personne rationnelle et instruite ne saurait mettre en doute, mais presque comme une composante de la morale. Je considérais les entorses à ce principe comme stupides et scandaleuses. Je pensais que les inébranlables convictions de l’Angleterre en matière de libre-échange, maintenues depuis près d’un siècle, expliquaient sa suprématie économique devant les hommes et sa justification devant Dieu. En 1923, j’écrivais encore que le libre-échange s’appuyait sur des “vérités” fondamentales qui, énoncées avec les réserves d’usage, ne pouvaient être contestées par quiconque comprend le sens des mots.

Quand je relis ce que j’écrivais alors à propos de ces vérités fondamentales, je ne pense pas être en contradiction avec moi-même. J’ai cependant changé d’orientation, comme beaucoup de mes contemporains. Ma connaissance de la théorie économique a de fait évolué, et je n’accuserais plus Monsieur Baldwin, comme je le faisais alors, d’être“une victime de l’erreur protectionniste dans sa forme la plus grossière” parce qu’il pensait, dans les conditions qui étaient celles de l’époque, que des droits de douane pouvaient aider à réduire le chômage dans notre pays. Mais c’est autre chose qui m’a fait changer d’avis : mes espoirs, mes préoccupations et mes craintes ont changé, comme ceux de beaucoup, voire de la plupart des gens de notre génération, dans le monde entier. C’est un long processus, que celui de s’arracher à des modes de pensée qui étaient ceux d’avant la guerre, ceux du XIXe siècle. Il est surprenant de constater combien un esprit traîne d’oripeaux obsolètes même après avoir changé ses conceptions centrales. Mais aujourd’hui enfin, après avoir parcouru un tiers du XXe siècle, nous sommes, pour la plupart d’entre nous, en train de sortir du précédent, et d’ici que nous arrivions à la moitié de ce siècle, il se peut que nos façons de penser et nos préoccupations soient aussi différentes des méthodes et des valeurs du XIXe que chaque siècle a pu l’être du précédent.[...]

L’ouverture internationale n’est pas facteur de paix

D’abord, la question de la paix. Nous sommes aujourd’hui pacifistes avec une telle force de conviction que si les tenants de l’internationalisme économique pouvaient l’emporter sur ce point, ils retrouveraient vite notre appui. Mais il n’est pas évident que concentrer ses efforts sur la conquête de marchés étrangers, introduire dans les structures économiques d’un pays les ressources et l’influence de capitalistes étrangers et dépendre étroitement des politiques des autres pour sa propre vie économique garantisse la paix entre les nations. L’expérience et la prévoyance nous permettraient même d’affirmer le contraire. La protection par un pays de ses intérêts à l’étranger, la conquête de nouveaux marchés, le développement de l’impérialisme économique, sont les éléments incontournables de la politique de tous ceux qui veulent maximiser la spécialisation internationale et la diffusion géographique du capital, où que soit installé celui qui le possède. Si l’on pouvait éviter les fuites de capitaux, les politiques intérieures seraient plus faciles à déterminer. Il y a un véritable divorce entre les propriétaires et les vrais gestionnaires lorsque, par suite de la forme juridique des entreprises, leur capital est réparti entre d’innombrables individus qui achètent des actions aujourd’hui, les revendent demain et n’ont ni la connaissance ni la responsabilité de ce qu’ils ne possèdent que peu de temps. C’est déjà grave à l’intérieur d’un pays, mais les mêmes pratiques étendues à l’échelle internationale deviennent intolérables en période de tension – je ne suis pas responsable de ce que je possède et ceux qui gèrent mon bien n’ont pas de comptes à me rendre. Un calcul financier peut montrer qu’il est avantageux pour moi d’investir quelque part dans le monde où l’efficacité marginale du capital est maximale ou bien le taux d’intérêt le plus élevé. Mais on voit à l’expérience que le fait que le propriétaire soit éloigné de la gestion est préjudiciable aux relations entre les hommes, et que cela provoque tôt ou tard des tensions et des inimitiés qui finissent par réduire à néant les calculs financiers.

Je me sens donc plus proche de ceux qui souhaitent diminuer l’imbrication des économies nationales que de ceux qui voudraient l’accroître. Les idées, le savoir, la science, l’hospitalité, le voyage, doivent par nature être internationaux. Mais produisons chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible, et surtout faisons en sorte que la finance soit nationale. Cependant, il faudra que ceux qui souhaitent dégager un pays de ses liens le fassent avec prudence et sans précipitation. Il ne s’agit pas d’arracher la plante avec ses racines, mais de l’habituer progressivement à pousser dans une direction différente.

Pour toutes ces raisons, j’ai donc tendance à penser qu’après une période de transition, un degré plus élevé d’autosuffisance nationale et une plus grande indépendance économique entre les nations que celle que nous avons connue en 1914 peuvent servir la cause de la paix, plutôt que l’inverse. De toute façon, l’internationalisme économique n’a pas réussi à éviter la guerre, et si ses défenseurs répondent qu’il n’a pas vraiment eu sa chance, son succès ayant toujours été incomplet, on peut raisonnablement avancer qu’une réussite plus achevée est fort improbable dans les années qui viennent.

Coûts et avantages du patriotisme économique

Mais laissons de côté ces questions d’appréciation, où chacun reste attaché à sa propre opinion, pour nous tourner vers un sujet plus purement économique. Au XIXsiècle, le partisan de l’internationalisme économique pouvait à juste titre soutenir que sa politique contribuait à l’enrichissement rapide du monde, qu’elle favorisait le progrès économique, et que faire marche arrière nous aurait gravement appauvris, ainsi que nos voisins. Ceci soulève la question de l’équilibre entre les avantages économiques et non économiques, qui n’est jamais facile à trancher. La pauvreté est une calamité, et les gains économiques un authentique bienfait qui ne doit pas être sacrifié à d’autres, sauf s’il est clair qu’il pèse moins lourd dans la balance. Je pense qu’au XIXe siècle les gains de l’internationalisme économique l’emportaient sur ses inconvénients pour deux raisons. À une époque où de nouveaux continents se peuplaient par une émigration massive, il était normal que les hommes emportent avec eux dans les mondes nouveaux les fruits matériels de la technique du monde ancien, représentant l’épargne accumulée de ceux qui les envoyaient. L’investissement de l’épargne britannique allait permettre aux ingénieurs britanniques d’installer les voies ferrées et le matériel roulant qui transporteraient des émigrants britanniques vers de nouvelles terres et de nouveaux pâturages, et une partie des produits reviendrait légitimement à ceux dont la frugalité avait produit cette épargne. Cet internationalisme économique ne ressemble en rien à la participation prise par un spéculateur de Chicago dans une entreprise allemande, ou à celle d’une vieille fille anglaise dans les investissements de la municipalité de Rio de Janeiro. C’était néanmoins le type d’organisation nécessaire pour permettre la première internationalisation, qui a finalement conduit à la deuxième. Par ailleurs, à une époque où les niveaux d’industrialisation et les possibilités d’apprentissage technique étaient extrêmement inégaux dans les différents pays, on pouvait tirer des avantages considérables d’une spécialisation nationale poussée.

Mais je ne suis pas persuadé qu’aujourd’hui les avantages économiques de la division internationale du travail soient comparables à ce qu’ils furent. Soyons clair : je ne pousserai pas mon raisonnement au-delà d’un certain point. Un niveau élevé de spécialisation internationale est nécessaire dans un monde rationnel, chaque fois qu’il est dicté par d’importantes différences de climat, de ressources naturelles, d’aptitudes naturelles, de niveau de culture et de densité de population. Mais pour une gamme de plus en plus large de produits industriels, et peut-être également de produits agricoles, je ne pense pas que les pertes économiques dues à l’autosuffisance soient supérieures aux avantages autres qu’économiques que l’on peut obtenir en ramenant progressivement le produit et le consommateur dans le giron d’une même organisation économique et financière nationale. L’expérience prouve chaque jour un peu plus que beaucoup de processus modernes de production de masse peuvent être maîtrisés dans la plupart des pays et sous presque tous les climats avec une efficacité comparable. De plus, à mesure que la richesse s’accroît, le logement, les services à la personne et les équipements locaux, qui ne peuvent pas faire l’objet d’un commerce international, prennent une part de plus en plus importante dans l’économie nationale, au détriment des produits de base et des objets manufacturés. Si les coûts de ces derniers produits augmentaient modérément, à cause d’une plus grande autosuffisance nationale, les conséquences ne seraient pas très graves, en comparaison avec les avantages de nature différente. En bref, l’autosuffisance nationale, même si elle a un coût, est un luxe que nous aurions les moyens de nous offrir, si nous le souhaitions.

Y a-t-il assez de bonnes raisons pour que nous le souhaitions ? L’orientation que je développe va peiner nombre de mes amis, éduqués à l’ancienne et à juste titre choqués par le gaspillage et les pertes économiques allant de pair avec le nationalisme économique qu’ils ont connu. Je vais tenter de l’expliquer en des termes avec lesquels ils puissent être d’accord.

Le capitalisme international et néanmoins individualiste, décadent mais dominant depuis la fin de la guerre, n’est pas une réussite. Il n’est ni intelligent, ni beau, ni juste, ni vertueux, et il ne tient pas ses promesses. En bref, nous ne l’aimons pas et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes.

 D’année en année, il devient plus évident que le monde s’engage dans diverses expériences politico-économiques correspondant à des tempéraments nationaux et à des environnements historiques différents. L’internationalisme économique des libre-échangistes du XIXe siècle supposait que le monde entier était ou serait organisé sur la base d’un capitalisme concurrentiel et de la liberté du contrat privé protégé de façon inviolable par la loi. Ce modèle pouvait en être à divers stades de développement et de complexité, mais il était toujours conforme à un type uniforme qu’il convenait de chercher à perfectionner, et certainement pas à détruire. Le protectionnisme du XIXsiècle était une vilaine tache sur l’efficacité et le bon sens de cet ordre des choses, et il ne modifiait en rien l’idée générale que l’on se faisait des caractéristiques fondamentales de l’économie.

Mais aujourd’hui des pays remettent en question ce modèle. La Russie est encore seule à mener son expérience très particulière, mais d’autres abandonnent les théories du XIXe siècle. L’Italie, l’Irlande, l’Allemagne s’intéressent de près à de nouvelles formes d’économie politique. Je prévois qu’à leur suite bien d’autres pays vont chercher, chacun de son côté, de nouvelles idoles économiques. Même la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, qui respectent encore strictement l’ancien modèle, aspirent sans le montrer à un nouveau concept économique. Nous ne savons pas quelle sera l’issue. Nous sommes tous sur le point de faire beaucoup d’erreurs. Personne ne peut dire lequel des nouveaux modèles se révélera le meilleur.

Mais voici ce que j’en pense aujourd’hui. Chacun de nous a ses préférences. Nous ne croyons pas être déjà sauvés, et nous voulons tous travailler à notre propre salut. Nous ne souhaitons donc pas être à la merci de forces mondiales s’efforçant d’instaurer un quelconque équilibre général conforme aux principes idéaux -si l’on peut dire- d’un capitalisme du laisser-faire. Il reste des gens qui s’accrochent aux vieilles idées, mais aujourd’hui ils ne représentent une force sérieuse dans aucun pays. Nous souhaitons -du moins pour l’instant, et aussi longtemps que durera cette phase de transition expérimentale- être nos propres maîtres, aussi libres que possible des ingérences du monde extérieur.

Par conséquent, vue sous cet angle, une politique de renforcement de l’autosuffisance nationale ne doit pas être considérée comme un idéal en soi, mais comme le moyen de créer un environnement dans lequel d’autres idéaux pourront être poursuivis commodément et en toute sécurité.

Laissez-moi vous en donner un exemple aussi simple que possible, choisi parce qu’il est en relation avec des idées qui m’ont beaucoup occupé l’esprit ces derniers temps. Dans les activités économiques quotidiennes, qu’il faut distinguer de celles qui sont dirigées de façon centralisée, je suis favorable au maintien d’autant de décision et d’initiative privées qu’il est possible. Mais j’ai fini par être convaincu que le maintien de la structure de l’entreprise privée est incompatible avec le degré de bien-être matériel que l’avancée des techniques nous permettrait, à moins que le taux d’intérêt ne tombe à un chiffre nettement inférieur à celui auquel il devrait être fixé par le jeu naturel des forces opérant selon les anciennes règles. En fait, la transformation de la société à laquelle irait ma préférence demanderait que le taux d’intérêt baisse jusqu’à disparaître dans les trente prochaines années. Mais ce n’est pas près d’arriver, dans un système où ce taux, une fois pris en compte le risque et les autres facteurs, a tendance à s’uniformiser à un niveau mondial sous l’effet du jeu normal des forces financières. Pour de multiples raisons que je ne peux développer ici, l’internationalisme économique, avec ce qu’il comporte de libre mouvement de capitaux et de fonds à investir, aussi bien que de libre échange de marchandises, peut condamner mon propre pays, pour une génération, à un niveau de prospérité matérielle inférieur à celui qu’il pourrait atteindre dans un système différent.

Mais ce n’est qu’une illustration. Ce que je soutiens, c’est que la nouvelle génération n’a rien à attendre d’un système économique mondialement uniforme, qui était, en gros, celui du XIXe siècle, et que nous devons être aussi peu soumis que possible à l’influence des changements économiques décidés ailleurs, afin de pouvoir faire nous-mêmes les expériences que nous souhaitons, pour aller vers la République sociale idéale du futur. Je pense qu’une démarche délibérée vers une plus grande autosuffisance nationale et un plus grand isolement économique nous faciliterait la tâche, dans la mesure où cela n’aurait pas un coût excessif.

Les méfaits de la course à la rentabilité à tout prix

Cette nouvelle façon de voir les choses a une autre explication. Le XIXe siècle a donné une place extravagante à ce que l’on peut désigner, pour faire court, aux “résultats financiers”, promus critère d’appréciation de toute action, qu’elle soit publique ou privée. Mener sa vie était devenu une sorte de parodie du cauchemar d’un comptable. Au lieu d’utiliser leurs ressources matérielles et techniques, toujours croissantes, pour bâtir une cité splendide, les hommes construisaient des taudis. Et ils pensaient que c’était une bonne chose, qu’il fallait le faire parce que, selon les critères de l’entreprise privée, les taudis sont “rentables”, alors qu’une ville superbe aurait été, selon eux, une dépense d’une folle prodigalité et qui aurait, dans le langage stupide des financiers, “hypothéqué l’avenir” – même si personne ne peut comprendre comment la construction, aujourd’hui, de grands et magnifiques édifices pourrait appauvrir l’avenir, sauf à avoir l’esprit farci d’analogies fallacieuses avec une comptabilité inappropriée. Même aujourd’hui, je passe mon temps – moitié pour rien, moitié avec succès – à tenter de convaincre mes compatriotes que la nation tout entière s’enrichirait à coup sûr si les hommes et les machines inemployés étaient utilisés pour construire les logements dont nous avons tant besoin plutôt qu’en les payant à ne rien faire. Car les cerveaux de cette génération sont tellement obscurcis par de faux calculs qu’ils se défient de conclusions qui seraient évidentes s’ils ne faisaient pas une confiance aveugle à un système de comptes financiers contestant la rentabilité d’une telle politique. Nous devons rester pauvres parce qu’il n’est pas rentable d’être riches. Nous devons vivre dans des taudis, non pas parce que nous ne pouvons pas construire des palais, mais parce que nous “n’en avons pas les moyens”.

La même règle de calcul financier, autodestructrice, régit chaque moment de la vie. Nous détruisons la beauté de la campagne parce que les splendeurs d’une nature qui n’appartient à personne n’ont aucune valeur économique. Nous sommes capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne rapportent aucun dividende. Londres est l’une des villes les plus riches de l’histoire de la civilisation, mais elle ne “peut pas se permettre” les réalisations les plus ambitieuses dont sont capables ses habitants, parce qu’elles ne sont “pas rentables”.

Si j’étais au pouvoir, aujourd’hui, j’entreprendrais avec détermination de doter nos grandes villes de tous les équipements artistiques et culturels susceptibles de répondre aux attentes individuelles les plus ambitieuses des citoyens de chacune de ces villes. Je suis convaincu que ce que nous savons créer, nous en avons les moyens, et que l’argent ainsi dépensé sera non seulement plus utile que n’importe quelle allocation de chômage, mais qu’il rendra inutiles ces allocations. Parce qu’avec ce que nous avons dépensé pour les chômeurs en Angleterre depuis la guerre nous aurions pu faire de nos villes les plus magnifiques réalisations humaines du monde.

De même, nous avons considéré qu’il nous fallait absolument ruiner les paysans et détruire une économie fondée sur des traditions très anciennes pour gagner quelques centimes sur une miche de pain. Rien ne devait échapper à l’autel de Moloch et de Mammon réunis ; nous devions tout sacrifier à ces monstres dont le culte nous permettrait de vaincre la pauvreté et conduirait sûrement et aisément la prochaine génération, portée par l’intérêt composé, vers la paix économique.

Nous avons perdu nos illusions, non pas que nous soyons plus pauvres qu’avant – au contraire, même aujourd’hui, nous bénéficions, du moins en Grande-Bretagne, d’un niveau de vie plus élevé que jamais -, mais parce que les valeurs autres qu’économiques semblent avoir été sacrifiées. En pure perte, dans la mesure où notre système économique ne nous permet pas de tirer le meilleur parti de la richesse autorisée par le progrès technique, qu’il en est même loin, ce qui nous amène à penser que nous aurions pu faire une bien meilleure utilisation de ces possibilités inexploitées.

Mais dès que nous nous permettons de ne pas respecter le critère du profit comptable, nous commençons à changer notre civilisation. Nous devons le faire très prudemment, avec beaucoup de précautions, et en toute conscience. Parce que pour une grande partie de l’activité humaine il sera sage de maintenir les critères financiers habituels. C’est l’Etat plus que l’individu qui doit changer ses critères. Ce sur quoi il nous faut tirer un trait, c’est la conception d’un ministre des Finances qui serait le président d’une sorte de société par actions. Et si les fonctions et les objectifs de l’Etat doivent être étendus, le choix de ce qui doit être produit dans un cadre national et de ce qui doit faire l’objet d’échanges avec l’étranger devra figurer en bonne place parmi les priorités de la politique.

Trois écueils à éviter

De ces réflexions sur les finalités propres à l’Etat, je reviens au monde de la politique contemporaine. Après avoir cherché à comprendre, en toute impartialité, les idées qui fondent le besoin ressenti par tant de pays d’une plus grande autosuffisance nationale, il nous faut examiner avec soin si, dans la pratique, nous ne sommes pas en train de rejeter trop facilement des acquis importants du XIXe siècle. Je trouve que dans tous les pays, sans exception, où les partisans de l’autosuffisance nationale ont pris le pouvoir, beaucoup de bêtises ont été commises. Mussolini est peut-être en train de parvenir à l’âge de raison, mais la Russie offre le pire exemple que le monde ait connu d’incompétence administrative et sacrifie à des idiots à peu près tout ce qui fait que la vie vaut d’être vécue. L’Allemagne est entre les mains d’irresponsables déchaînés – il est donc trop tôt pour juger sa politique économique. L’Etat libre d’Irlande, trop petit pour parvenir à un niveau élevé d’autosuffisance nationale, qu’il devrait payer d’un coût économique très élevé, est en train de débattre de plans qui pourraient le ruiner s’ils étaient mis en oeuvre.

Dans le même temps, les pays qui conservent ou adoptent un protectionnisme pur et dur, à l’ancienne, modernisé par l’adoption de quelques mesures de contingentement, font des choses rationnellement indéfendables. Si donc la Conférence économique mondiale [Cette conférence s'est tenue à Londres en 1933 pour tenter d'organiser une réponse multilatérale aux effets de la crise économique du début des années 1930] débouche sur une réduction mutuelle des droits de douane et ouvre la voie à des accords régionaux, on ne pourra que sincèrement s’en féliciter. Je ne voudrais pas que l’on croie que j’approuve ce qui est actuellement fait par les politiques au nom du nationalisme économique. Loin de là. Mais mes critiques sont celles d’un homme portant un regard amical et sympathique sur les expéri mentations menées avec obstination dans le monde contemporain, qui souhaite qu’elles réussissent, qui a lui-même des projets dans ce sens et qui, en dernier ressort, préfère n’importe quoi plutôt que ce que les rapports financiers appellent “l’opinion de Wall Street”. Et j’essaie de montrer que le monde vers lequel nous nous dirigeons avec difficulté est bien différent de l’idéal économique internationaliste de nos pères, et que les politiques actuelles ne doivent pas être jugées selon les règles du credo précédent.

 Je vois dans le nationalisme économique et dans les mouvements en faveur de l’autosuffisance nationale trois dangers majeurs qui compromettent leurs chances de succès.

Le premier est la Bêtise – la bêtise du doctrinaire. Il n’y a rien de surprenant à la trouver dans ces mouvements qui sont passés sans transition du stade des propos excessifs d’après-dîner à celui de l’action. On a du mal, au début, à distinguer le discours brillant qui a permis d’emporter l’adhésion des foules et le fond du message, beaucoup plus terne. Passer de l’un à l’autre n’a rien de cynique. Les mots doivent avoir de la force, car ils portent les idées qui partent à l’assaut de l’absence de pensée. Mais lorsqu’on a atteint les sièges du pouvoir et de l’autorité on ne devrait pas se permettre de licence poétique. Il faut alors compter, au centime près, ce que l’on avait considéré comme méprisable quand il fallait faire assaut de rhétorique. Si elle veut survivre, une société qui expérimente doit être beaucoup plus efficace que celle qui est installée dans sa routine. Il lui faut utiliser à fond toutes ses capacités économiques, et elle ne peut pas se permettre de céder à la stupidité ou à l’irréalisme des doctrinaires. Quand un doctrinaire passe à l’action, il doit, pour ainsi dire, oublier sa doctrine. Car celui qui, dans l’action, reste prisonnier de son discours, manquera probablement son but.

Le second danger – pire que la bêtise – est la Précipitation. Citons Paul Valéry : “Le résultat des luttes politiques est de troubler, de falsifier dans les esprits la distinction entre ce qui est important et ce qui est urgent.” La transition économique d’une société doit être menée lentement. Les arguments que je viens de développer ne portent pas sur une révolution brutale, mais sur une tendance séculaire. La Russie nous donne aujourd’hui un exemple terrifiant des maux provoqués par une précipitation démentielle et inutile. Les sacrifices et les pertes inhérents à la transition sont beaucoup plus graves quand on avance à marche forcée. Je ne crois pas que le caractère progressif soit inévitable, mais je crois à la progressivité. C’est d’autant plus vrai que lorsqu’on s’achemine vers une plus grande autosuffisance nationale et vers une planification de l’économie interne. Il est dans la nature des processus économiques de s’inscrire dans la durée. Une transition trop rapide provoquera une telle destruction de richesse sans contrepartie que le nouvel état des choses sera, au début, bien pire que l’ancien, et que la grande expérimentation sera discréditée. Car les hommes jugent impitoyablement selon les résultats, et même selon les premiers résultats.

Le troisième danger, le pire des trois, est l’Intolérance et la répression de toute critique éclairée. Les nouveaux mouvements arrivent généralement au pouvoir par la violence plus ou moins ouverte. Ils n’ont pas convaincu leurs opposants, ils les ont terrassés. La méthode moderne – que je trouve désastreuse, au risque de paraître vieux jeu – consiste à utiliser la propagande et à s’emparer des médias. Il est considéré comme habile et efficace d’empêcher toute idée de se développer et d’utiliser les moyens du pouvoir pour paralyser la réflexion. Ceux qui ont considéré que ces méthodes étaient nécessaires pour parvenir au pouvoir sont tentés de continuer à se servir, pendant la période d’édification de la nouvelle société, des mêmes outils dangereux qui leur ont servi à s’introduire dans la place.

C’est encore la Russie qui fournit un exemple des terribles erreurs que commet un régime lorsqu’il s’affranchit de toute critique. L’incompétence qui caractérise la conduite des guerres, que ce soit d’un bord ou de l’autre, s’explique de la même façon, l’organisation hiérarchique mettant le haut commandement à l’abri de la critique. Je n’admire pas sans réserve les politiciens, mais eux du moins baignent dans la critique, ce qui leur donne une incontestable supériorité sur les militaires. Les révolutions ne réussissent que parce qu’elles sont menées par des hommes politiques contre des soldats. Cela peut sembler paradoxal, mais qui a jamais entendu parler d’une révolution réussie menée par des soldats contre des politiciens ? Cela étant, nous haïssons tous la critique. Seule une conviction profonde nous permet de nous y soumettre de bonne grâce.

Les nouveaux modèles économiques vers lesquels nous avançons à tâtons sont, par nature, au stade de l’expérimentation. Nous n’avons pas en tête, prête à l’emploi, l’idée exacte de ce que nous voulons. Nous la découvrirons chemin faisant, et nous devrons lui donner forme en fonction de notre expérience. Ce processus de critiques courageuses, libres et sans merci est la condition sine qua non du succès final. Nous avons besoin du concours de tous les esprits brillants du moment. Staline a éliminé tout esprit critique, tous ceux qui faisaient preuve d’indépendance, même lorsqu’ils avaient de la sympathie pour sa cause. Il a créé un climat dans lequel le fonctionnement intellectuel s’est atrophié. Les délicates circonvolutions du cerveau ont été pétrifiées. Le son assourdissant du mégaphone remplace les souples inflexions de la voix humaine. Les idioties de la propagande stupéfient même les oiseaux et les bestiaux. Que Staline soit un exemple terrifiant pour tous ceux qui veulent faire des expériences. Si ce n’est pas le cas, je retournerai vite à mes vieux idéaux du XIXe siècle et à l’héritage intellectuel construit sur la réflexion que nous cherchons aujourd’hui à détourner pour atteindre nos propres objectifs.

John Maynard Keynes, 1933

 
Par lucien-pons - Publié dans : Economie - Communauté : Les blogs citoyens

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